Rapports économiques et sociaux
Méthodologie mise à jour pour l’estimation des employés interprovinciaux et interterritoriaux
DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202500100003-fra
Début du texte
Les employés interprovinciaux et interterritoriaux (EII) sont des personnes qui travaillent dans d’autres régions tout en gardant leur résidence principale dans leur province ou territoire d’origine. Le concept des EII était auparavant appelé « employés interprovinciaux », et plusieurs études ont examiné l’emploi rémunéré interprovincial au Canada (par exemple, Morissette et Qiu, 2015; Laporte et Lu, 2013; Laporte, Lu et Schellenberg, 2013). Depuis 2021, la Division de l’analyse sociale et de la modélisation de Statistique Canada a publié des estimations annuelles sur l’EII en utilisant des données tirées de la Base de données canadienne sur la dynamique employeurs-employés au moyen de l’Entrepôt commun de données de sortie (ECDS)Note . Le présent article décrit une méthodologie mise à jour pour estimer les EII et compare les méthodologies antérieure et nouvelle en utilisant les estimations sur les EII de 2002 à 2020Note . La méthodologie mise à jour permet de s’assurer que le nombre d’EII envoyés par une province ou un territoire donné à toutes les autres circonscriptions et le nombre d’EII reçus de cette province ou de ce territoire par toutes les autres circonscriptions sont identiques.
La section ci-dessous consacrée à la méthodologie définit d’abord les EII, puis compare les deux méthodologies pour la production annuelle des EII. Les nombres d’EII de 2002 à 2020 produits par les méthodologies antérieure et nouvelle sont aussi fournis dans les graphiques pour montrer les répercussions de la révision.
Méthodologie
Définition des employés interprovinciaux et interterritoriaux
Les EII sont des employés rémunérés qui ont une résidence permanente dans une province ou un territoire donné tout en déclarant des revenus provenant d’une province ou d’un territoire différentNote .
Une province ou un territoire donné peut fournir des travailleurs à d’autres circonscriptions (EII sortants) et recevoir des travailleurs d’autres circonscriptions (EII entrants). Plus précisément,
- Les EII reçus par A provenant de B sont appelés les EII entrants à A et provenant de B.
- Les EII envoyés par B à A sont appelés EII sortants de B vers A.
Par exemple, les EII qui arrivent en Alberta en provenance de l’Ontario sont des personnes dont le principal emploi est en Alberta, mais qui ont déclaré l’Ontario comme lieu de résidence dans leurs déclarations fiscales T1 au cours de l’année t, moins les sortants de l’Alberta vers l’Ontario et les entrants reçus par l’Alberta provenant de l’OntarioNote . Étant donné que les EII sont utilisés pour mesurer les employés dont la résidence principale reste dans une province ou un territoire donné pendant qu’ils travaillent dans une autre province ou un autre territoire, il faut supprimer le nombre de personnes qui quittent de façon permanente une province ou un territoire pour s’établir dans une autre circonscription (entrants et sortants). Pour quantifier le nombre d’entrants et de sortants, des renseignements sur le lieu de résidence de l’année précédente (t-1) et de l’année suivante (t+1) sont nécessaires dans l’estimation, comme indiqué au tableau 1.
Dans cet exemple, comme le montre le panneau A du tableau 1, les sortants sont définis comme des employés qui quittent l’Alberta de façon permanente pour l’Ontario 1) dont le principal emploi est en Alberta pendant l’année t mais qui résident en Ontario à la fin de l’année t, 2) qui résident en Alberta l’année précédente (t-1) et 3) qui résident en Ontario l’année suivante (t+1). Les entrants sont définis comme les employés qui quittent l’Ontario de façon permanente pour s’établir en Alberta. Comme l’indique le panneau B du tableau 1, ils 1) ont leur principal emploi en Alberta au cours de l’année t mais résident en Ontario à la fin de l’année t, 2) résident en Ontario au cours de l’année précédente (t-1) et 3) résident en Alberta l’année suivante (t+1).
Comparaison des méthodologies antérieure et nouvelle
D’un point de vue conceptuel, le nombre d’EII envoyés par une province ou un territoire donné à d’autres circonscriptions et le nombre d’EII reçus de cette province ou de ce territoire par toutes les autres circonscriptions devraient être identiques les uns aux autres. Par exemple, si une province ou un territoire donné envoie 10 000 EII à d’autres circonscriptions au cours de l’année t, le nombre d’EII reçus de cette province ou de ce territoire par toutes les autres circonscriptions sera égal à 10 000.
Toutefois, un examen de la méthodologie antérieure a montré que différentes estimations ont été produites pour tenir compte des EII entrants et sortants envoyés par une province ou un territoire donné à d’autres circonscriptions et du nombre d’EII reçus de cette province ou territoire par d’autres circonscriptions. Des mises à jour sont nécessaires dans deux secteurs particuliers du processus pour remédier à l’incohérence des flux de travailleurs.
Premièrement, dans la méthodologie antérieure, le nombre d’EII envoyés par une province ou un territoire donné (EII sortants) était fondé sur l’emploi principal occupé par les travailleurs de cette province ou de ce territoire à l’extérieur de leur province d’origine. En revanche, le nombre d’EII reçus de cette province ou de ce territoire par d’autres circonscriptions (EII entrants) était fondé sur tout emploi occupé par des travailleurs de cette province ou de ce territoire à l’extérieur de la province d’origine. Par conséquent, un travailleur résidant en Ontario et occupant un emploi en Alberta et un autre en Saskatchewan serait compté comme un travailleur envoyé par l’Ontario à d’autres circonscriptions, mais serait compté comme deux travailleurs reçus de l’Ontario par d’autres circonscriptions (c.-à-d. un travailleur reçu par l’Alberta et un travailleur reçu par la Saskatchewan). Dans la nouvelle méthodologie, seul le concept d’emploi principal est utilisé pour définir les mesures entrantes et sortantes afin d’assurer la cohérence.
Deuxièmement, la méthodologie antérieure traitait les entrants et sortants de manière asymétrique pour mesurer les flux de travailleurs entre deux circonscriptions. Afin de s’assurer que le nombre d’EII entrants et sortants de l’emploi principal est identique entre les deux circonscriptions, deux changements particuliers ont été apportés à la nouvelle méthodologie. Tout d’abord, lorsqu’on calcule le nombre d’EII reçus par la circonscription A de la circonscription B, les sortants de la circonscription A comprennent uniquement les travailleurs quittant A pour B. De même, pour calculer le nombre d’EII envoyés par la circonscription B à la circonscription A, les entrants de la circonscription B comprennent uniquement les travailleurs quittant A pour B. Un traitement symétrique semblable est appliqué aux entrants de la circonscription A et aux sortants de la circonscription B. Deuxièmement, lorsque l’on calcule les estimations du nombre d’EII reçus par A de B, la nouvelle méthodologie exclut désormais à la fois les entrants et les sortants de la circonscription ANote . De même, lorsque l’on calcule les estimations du nombre d’EII envoyés par B à A, les entrants et les sortants de la circonscription B sont maintenant exclus.
Compte tenu de ces changements dans le processus adopté dans la nouvelle méthodologie, le nombre d’EII envoyés par une province ou un territoire donné à toutes les autres circonscriptions est maintenant conforme au nombre d’EII reçus de cette province ou de ce territoire par toutes les autres circonscriptions.
Répercussions de la révision de la méthodologie
Le graphique 1 indique le nombre total d’EII au Canada par rapport aux méthodologies antérieure et nouvelle. Comme expliqué dans la dernière section, l’objectif de la mise à jour est de s’assurer que le nombre d’EII entrants et le nombre d’EII sortants calculés à partir de la nouvelle méthodologie sont identiques. Cela se reflète dans le graphique 1, où les deux mesures de la nouvelle méthodologie sont identiques l’une à l’autre.
Une autre observation est que le nombre total d’EII dans le cadre de la nouvelle méthodologie est légèrement inférieur aux mesures dans le cadre de la méthodologie antérieure. Néanmoins, les deux mesures tirées des deux méthodologies montrent encore des tendances très semblables au fil du temps de 2002 à 2020.
En plus du nombre total d’EII, les gains annuels totaux ont également été examinés. Comme pour ce qui a été constaté avec les mesures du nombre total, le niveau des gains annuels selon la nouvelle méthodologie est un peu plus faible que la méthodologie antérieure. Toutefois, les deux mesures affichent des tendances très semblables.
Conclusion
La méthodologie sur les EII a été révisée afin de s’assurer que les nombres concordent pour les EII entrants et sortants entre deux circonscriptions. Selon la nouvelle méthodologie, les nombres totaux d’EII sont modérément inférieurs, mais les deux séries (antérieure et nouvelle) montrent la même tendance temporelle. La réduction des nombres est plus importante pour les EII entrants que pour les EII sortants en raison de la nouvelle orientation consistant à compter les EII ayant l’emploi principal plutôt que les EII ayant n’importe quel emploi.
| Année t-1 | Année t | Année t+1 | |
|---|---|---|---|
|
|||
| Panneau A | |||
| Province de travail | ... n'ayant pas lieu de figurer | Alberta | ... n'ayant pas lieu de figurer |
| Province de résidence | Alberta | Ontario | Ontario |
| Panneau B | |||
| Province de travail | ... n'ayant pas lieu de figurer | Alberta | ... n'ayant pas lieu de figurer |
| Province de résidence | Ontario | Ontario | Alberta |

Tableau de données du graphique 1
| Année | EII entrants de la méthodologie antérieure | EII entrants de la nouvelle méthodologie | EII sortants de la méthodologie antérieure | EII sortants de la nouvelle méthodologie |
|---|---|---|---|---|
| nombre | ||||
| Note : EII = employés interprovinciaux et interterritoriaux.
Source : Statistique Canada, Base de données canadienne sur la dynamique employeurs-employés, 2002 à 2021. |
||||
| 2002 | 335 290 | 314 240 | 325 350 | 314 240 |
| 2003 | 326 920 | 305 640 | 317 430 | 305 640 |
| 2004 | 335 790 | 313 000 | 326 300 | 313 000 |
| 2005 | 364 970 | 338 410 | 352 510 | 338 410 |
| 2006 | 401 460 | 372 440 | 386 920 | 372 440 |
| 2007 | 418 630 | 388 380 | 403 000 | 388 380 |
| 2008 | 435 310 | 404 590 | 418 520 | 404 590 |
| 2009 | 390 570 | 364 710 | 378 090 | 364 710 |
| 2010 | 389 240 | 363 260 | 376 230 | 363 260 |
| 2011 | 410 480 | 381 060 | 395 530 | 381 060 |
| 2012 | 434 520 | 403 040 | 417 930 | 403 040 |
| 2013 | 452 450 | 420 550 | 436 020 | 420 550 |
| 2014 | 467 430 | 436 460 | 450 930 | 436 460 |
| 2015 | 448 380 | 419 320 | 432 960 | 419 320 |
| 2016 | 421 580 | 394 290 | 408 350 | 394 290 |
| 2017 | 451 680 | 421 990 | 436 280 | 421 990 |
| 2018 | 449 500 | 419 330 | 433 700 | 419 330 |
| 2019 | 448 740 | 420 900 | 433 600 | 420 900 |
| 2020 | 417 980 | 392 250 | 406 230 | 392 250 |
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier les personnes suivantes : René Morissette, Grant Schellenberg, Christine Laporte, Yuqian Lu, Li Xue et Marc Frenette de Statistique Canada.
Auteurs
Hanqing Qiu et Ping Ching Winnie Chan font partie de la Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Direction des études analytiques et de la modélisation, de Statistique Canada.
Bibliographie
Laporte, C. et Lu, Y. 2013. « Les employés interprovinciaux au Canada », Aperçus économiques, produit n° 029, produit no 11-626-X au catalogue de Statistique Canada.
Laporte, C., Lu, Y., et Schellenberg, G. 2013. « Les employés interprovinciaux en Alberta », Direction des études analytiques : documents de recherche, no 350, produit n° 11F0019M au catalogue de Statistique Canada.
Morissette, R. et Qiu, H. 2015. « L’emploi interprovincial au Canada, 2002 à 2011 », Aperçus économiques n° 047, produit no 11-626-X au catalogue de Statistique Canada.
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