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  1. Introduction
  2. Sources des données, sélection de l'échantillon et concepts
  3. Estimations de l’emploi interprovincial en Alberta
  4. Caractéristiques sociodémographiques des employés interprovinciaux
  5. Emploi et revenus
  6. Perspective des entreprises de l’emploi interprovincial
  7. Conclusion
  8. Tableaux en annexe

1   Introduction

L’expansion du secteur du pétrole et du gaz de l’Alberta et l’essor de l'activité économique qui a suivi font de cette province une destination attrayante pour les chercheurs d’emploi. Pour certains, un emploi en Alberta s’accompagne d’un déménagement permanent dans la province. En effet, pendant les années 2000, la migration interprovinciale nette en Alberta dépassait de loin celle des autres provinces ou territoires 1 , et la proportion de nouveaux immigrants s’établissant en Alberta a également augmenté 2 . Pour d’autres chercheurs d’emploi, un emploi en Alberta ne se traduit pas par une installation dans la province. C’est le cas des Canadiens qui se déplacent en Alberta pour aller travailler, mais qui conservent leur lieu de résidence principale ailleurs.

Même en Alberta, les perspectives d’emploi se traduisent probablement par une évolution des modalités de résidence et de travail. Certaines personnes ont probablement délaissé les collectivités du Sud au profit de celles plus au Nord afin de tirer profit des possibilités d’emploi 3 , tandis que d’autres peuvent conserver leur résidence principale dans le Sud, mais se déplacent au travail dans le Nord selon un horaire de neuf jours de travail et cinq jours de congé.

L’adoption par les travailleurs de ces divers régimes a gonflé les populations des collectivités de l’Alberta, mais la détermination exacte de l’ampleur de cet effet demeure toujours un sujet d'étude et de discussions. Bien qu’il soit relativement simple de dénombrer les personnes qui conservent leur résidence principale dans la province, il est plus compliqué d’identifier et de dénombrer les personnes qui font la navette pour aller travailler en Alberta mais qui résident ailleurs. Ces personnes sont hautement mobiles et habitent souvent des régions éloignées et des logements temporaires, comme des hôtels, des véhicules de loisirs, des terrains de camping, des camps de chantier et des résidences privées. Par conséquent, il n’existe pas beaucoup d’information exhaustive sur cette population transitoire (shadow population), largement définie comme les personnes résidant ou travaillant temporairement dans une région, mais conservant une résidence permanente ailleurs.

L’utilité des enquêtes auprès des ménages est limitée à cet égard. Par exemple, l’Enquête sur la population active et la plupart des autres enquêtes auprès des ménages recueillent de l’information sur le lieu de résidence des personnes interrogées, mais pas sur leur lieu de travail 4 . Le questionnaire complet (formule 2B) du Recensement de 2006 fait exception, en demandant aux personnes interrogées où elles avaient travaillé pendant la semaine précédente ou, si elles ne travaillaient pas cette semaine-là, où se trouvait le poste occupé le plus longtemps l’année précédente. Toutefois, les répondants du questionnaire complet du recensement qui avaient travaillé à l’extérieur de leur province ou territoire de résidence l’année précédente ne seraient pas désignés comme des travailleurs interprovinciaux s’ils avaient travaillé dans leur province ou territoire de résidence la semaine précédant le recensement ou si leur emploi hors province l’année précédente avait duré moins longtemps que tout emploi occupé dans la province.

Plusieurs initiatives ont été entreprises par des organismes municipaux et provinciaux en Alberta afin de dénombrer les populations transitoires 5 . S’il est vrai que de telles initiatives ont donné des résultats intéressants et utiles à l’échelon local, la couverture géographique limitée et l’hétérogénéité des définitions et des méthodologies employées dans ces études restreignent leur capacité d’étayer des conclusions plus larges et des estimations à l’échelon provincial 6 .

Une autre façon d’obtenir des renseignements sur les populations transitoires consiste à utiliser des sources de données administratives. L’objectif du présent document consiste à utiliser ces données pour produire des estimations et de l’information descriptive sur les employés interprovinciaux travaillant en Alberta. Plus précisément, les personnes sont désignées comme des employés interprovinciaux si elles touchent des revenus de T4 (État de la rémunération payée) en Alberta au cours d’une année donnée, mais qu’elles déclarent résider dans une autre province ou un autre territoire dans leur déclaration T1 (Déclaration de revenus et de prestations). Bien que les employés interprovinciaux travaillent dans pratiquement toutes les provinces et tous les territoires au Canada, ce document s’intéresse seulement aux personnes ayant un emploi en Alberta.

Le document est organisé en plusieurs sections. La section 2 contient des renseignements détaillés sur les sources de données, la sélection de l’échantillon et les concepts. À la section 3, des estimations de la taille de la main-d’oeuvre interprovinciale en Alberta sont fournies, en chiffres absolus et comme proportion de l’emploi provincial et des revenus de T4. À la section 4, les caractéristiques sociodémographiques des employés interprovinciaux sont décrites, et les proportions de l’emploi interprovincial dans les industries et les distributions pour l'ensemble des industries sont évaluées. À la section 5, les régimes d’emploi et les revenus des employés interprovinciaux sont examinés, de même que la mesure dans laquelle les employés interprovinciaux s’installent ultérieurement en Alberta ou travaillent dans cette province sur plusieurs années. À la section 6, l’emploi interprovincial est examiné en s’appuyant sur les entreprises comme unité d’analyse, et de l’information descriptive est présentée sur la proportion d’entreprises faisant affaires en Alberta et embauchant des employés interprovinciaux, ainsi que sur les proportions de travailleurs propres aux entreprises. Des conclusions et des suggestions en vue de recherches futures sont présentées à la section 7.

L’utilisation de données administratives comporte plusieurs avantages. Premièrement, une méthodologie uniforme peut être appliquée à l'ensemble des provinces et des territoires, afin de produire des estimations nationales exhaustives de l’emploi interprovincial. Bien que ce rapport se limite à l’emploi interprovincial en Alberta, des estimations pour d’autres provinces et territoires pourraient être calculées au moyen de la même approche. Deuxièmement, les données administratives de l’Agence du revenu du Canada offrent des données de haute qualité sur les gains et les revenus, afin de faciliter les estimations des dimensions financières de l’emploi interprovincial. Troisièmement, les données administratives sont disponibles sur une base annuelle, permettant le calcul des variations d’une année à l’autre du niveau et de l’incidence de l’emploi interprovincial. Cela dit, il y a un décalage associé à l’élaboration et à la validation de fichiers de données administratives, qui entraîne un décalage associé à la disponibilité des estimations de l’emploi interprovincial. Les données étaient disponibles jusqu’en 2010 au moment où la présente analyse était en cours. Les données administratives sont également longitudinales, ce qui permet de cerner les transitions et les trajectoires des employés interprovinciaux.

En outre, il est important de souligner les paramètres et les limites de cette étude. Le concept de populations transitoires englobe de nombreux sous-groupes, comme les travailleurs interprovinciaux (employés et travailleurs autonomes), les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants hors province et d’autres groupes (p. ex., les demandeurs du statut de réfugié). Cette composition hétérogène rend difficiles, voire impossibles, le dénombrement et l'examen des populations transitoires d'une manière exhaustive au moyen d'une seule source de données. Étant donné l'utilisation d’une approche méthodologique fondée sur les données administratives employées, ce document se limite aux employés interprovinciaux. Les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants hors province et les autres groupes sont inclus uniquement s'ils ont gagné des revenus de T4 en Alberta alors qu'ils résidaient dans une autre province ou un autre territoire.

Ces paramètres et limites ont ces incidences particulières sur les travailleurs autonomes. Plus précisément, les travailleurs autonomes non constitués en société ne peuvent pas être identifiés ou inclus dans les estimations de l'emploi interprovincial, parce qu'ils ne s’émettent pas personnellement un feuillet T4, la source de données d'après laquelle la province ou le territoire d'emploi est déterminé. Les travailleurs autonomes constitués en société peuvent être inclus, mais seulement s'ils s’émettent un feuillet T4 en Alberta. Compte tenu de l'information disponible, il est impossible de faire une distinction entre les travailleurs autonomes constitués en société et la population générale d’employés, ou de déterminer la proportion de travailleurs autonomes constitués en société exploitant une entreprise en Alberta qui ont été inclus dans l'analyse ou exclus de cette dernière. Dans l'ensemble, les estimations de l'emploi interprovincial en Alberta sont considérées comme modérées dans la mesure où les travailleurs autonomes non constitués en société et un ensemble inconnu de travailleurs autonomes constitués en société qui travaillent en Alberta, mais qui résident ailleurs, ne peuvent pas être inclus. C'est pour cette raison que le terme « employés interprovinciaux » est utilisé, soulignant la définition axée sur le T4.

Une deuxième limite est l'absence d'information sur la distribution des employés interprovinciaux en Alberta. La taille de l’effectif interprovincial aux niveaux géographiques infraprovinciaux, c'est-à-dire dans des municipalités particulières, suscite beaucoup d'intérêt. Le problème réside dans la nécessité de dénombrer des populations non permanentes qui comptent sur l'infrastructure et les services locaux. Cependant, bien que de l'information infraprovinciale sur le lieu de résidence soit disponible dans la déclaration de revenus T1, il n'y a pas d'information infraprovinciale sur le lieu de travail dans le feuillet T4. Bref, il est possible de déterminer si des employés interprovinciaux de Terre-Neuve-et-Labrador habitent à Cornerbrook, à Gander, ou à St. John’s, mais il n'est pas possible de déterminer si leur emploi en Alberta se trouve à Fort McMurray, à Calgary ou à Canmore. Cette lacune empirique persiste.

Enfin, le feuillets T4 et la déclaration de revenus T1 renferment de l'information sur les gains et les revenus sur une base annuelle seulement. Aucune information n'est recueillie sur le nombre d'heures travaillées par semaine ou le nombre de semaines travaillées par année. Par conséquent, le salaire horaire ou les gains hebdomadaires ne peuvent pas être calculés. En outre, étant donné qu'on ne recueille pas la date du début et de la fin des emplois, la durée des emplois en Alberta ne peut pas être calculée à un niveau plus détaillé que le niveau annuel. Compte tenu de la prévalence manifeste des emplois qui ne durent qu'une partie de l'année chez les employés interprovinciaux, ce genre d'information serait utile pour cette analyse. L'information sur les caractéristiques socio-économiques, comme le niveau de scolarité, la profession exercée et le statut d'immigrant, n'est pas recueillie dans les feuillets T4 et les formulaires T1 : les employés interprovinciaux ne peuvent donc pas être examinés dans cette optique.

2   Sources des données, sélection de l'échantillon et concepts

2.1  Sources de données constitutives

Une base de données intégrées (ou appariées) renfermant de l'information de quatre sources différentes est utilisée dans le cadre de cette étude. Voici les quatre sources de données constitutives : 

Fichier T4

Le fichier T4 contient de l'information fiscale déclarée par les employeurs qui ont versé à un employé un des types de revenus suivants : revenu d’emploi (p. ex., salaires et traitements); commissions; allocations et prestations imposables; revenu de pêche; ou tout autre paiement pour des services rendus pendant l'année. L'information sur la province ou le territoire d'emploi provient du champ 10 de chaque feuillet T4 (État de la rémunération payée). Le Guide de l'employeur – Comment établir le feuillet T4 et le Sommaire de l’Agence du revenu du Canada renferme les instructions suivantes à l'intention des employeurs qui remplissent le feuillet T4 au sujet de la province ou du territoire d'emploi : 

  1. « Utilisez l'une des abréviations suivantes pour indiquer où l'employé a travaillé… Vous déterminez la province ou le territoire d'emploi d'un employé selon le lieu de travail où il doit se présenter au travail… Si un employé a travaillé ou était employé dans plus d'une province ou d'un territoire au cours de l'année, remplissez des feuillets T4 distincts. Pour chaque endroit, vous devez indiquer la rémunération totale de l'employé ainsi que les montants qui ont été retenus…. » (p. 9)

Fichier sur la famille T1 (FFT1)

Le fichier sur la famille T1 (FFT1) est un fichier de données administratives construit à partir de l’information des déclarations annuelles de revenus des particuliers (c.-à-d., T1, Déclaration de revenus et de prestations). De plus, le FFT1 renferme de l'information de la Prestation fiscale canadienne pour enfants et du feuillet T4, État de la rémunération payée, ce qui permet de totaliser les données pour les personnes et les familles de recensement. La variable sur la province ou le territoire de résidence du FFT1 indique la province ou le territoire de résidence déclaré par chaque déclarant au 31 décembre de l'année d'imposition. Au moment de cette analyse, le FFT1 était disponible jusqu'en 2010.

Fichier historique T1 (T1H)

Le fichier historique T1 (T1H) est un fichier de données administratives basées sur l'information des déclarations annuelles de revenus des particuliers (c.-à-d. T1, Déclaration de revenus et de prestations). Le fichier T1H contient de l'information sur les déclarants retardataires des T1 et les nouvelles cotisations des déclarations de revenus. Étant donné que l'effectif interprovincial est très mobile, les personnes qui appartiennent à ce groupe sont plus susceptibles que les personnes de la population générale de produire leur déclaration de revenus en retard. Par conséquent, le fichier T1H est utilisé en plus du FFT1 afin d'accroître le taux d’appariement entre les fichiers T4 et T1 et de faire en sorte que les déclarants retardataires soient pris en considération dans les estimations de l'emploi interprovincial. Au moment de cette analyse, le fichier T1H était disponible jusqu'en 2008.

Fichier du Programme d’analyse longitudinale de l’emploi (PALE)

Le fichier du PALE contient de l'information sur l'emploi annuel, la masse salariale annuelle et l'industrie pour toutes les entreprises constituées en société et non constituées en société au Canada qui ont payé au moins un employé. Le fichier renferme de l'information sur les industries où les titulaires de T4 sont des employés; les industries où les titulaires de T4 sont des employés sont un facteur important à considérer dans cette analyse.

2.2  Sélection des données et fichier de données

Les données de ces quatre sources ont d'abord été appariées afin de créer un ensemble de fichiers transversaux intégrés pour les années 2003 à 2010. Ce processus comporte plusieurs étapes. D'abord, une série de protocoles standard a été exécutée afin de cerner et de rectifier les cas où les personnes ont changé de numéro d’assurance sociale (NAS) pendant la période. Les enregistrements T4 dont le NAS était manquant ou incomplet ont également été relevés, une proportion de 0,2 % à 0,4 % d'entre eux ayant été exclue du fichier pour ce motif.

Ensuite, les personnes qui ont reçu un ou plusieurs feuillets T4pour un emploi en Alberta ont été relevées et conservées. Chacun de ces enregistrements T4 a ensuite été apparié au FFT1 au moyen des NAS disponibles dans les deux fichiers. Un taux d’appariement initial d'environ 88 % à 90 % a été obtenu pour les années 2003 à 2010. Des renseignements supplémentaires ont été tirés du fichier T1H, y compris les déclarants retardataires, ce qui a porté le taux d’appariement aux alentours de 93 % à 95 % jusqu'en 2008 7 .

Une analyse des enregistrements T4 non appariés a révélé que les jeunes et les personnes à faible revenu étaient surreprésentés dans ce groupe. Pour régler ce problème et augmenter les taux d'appariement T4-FFT1, les personnes de moins de 18 ans et celles dont les revenus de T4 8  étaient inférieurs à 1 000 $ ont été exclues de l'échantillon. Ce genre d'exclusion est souvent utilisé dans les analyses de l’offre de main-d’oeuvre. En appliquant ces critères de sélection, le taux d’appariement entre le fichier T4 et le FFT1 ou le fichier T1H a été augmenté à environ 97 % à 98 % de 2004 à 2008. Les chiffres et les taux d’appariement sont indiqués dans le tableau 1.

La première colonne du tableau 1 indique que le nombre total de personnes ayant des enregistrements T4 9  de l’Alberta variait de 1,7 million en 2003 à un peu plus de 2,1 millions en 2008. Ces observations sont désignées comme la « main-d'oeuvre de l'Alberta » dans l'analyse et servent de dénominateur pour calculer l'incidence de l'emploi interprovincial dans la province 10 .

La grande majorité de personnes qui ont gagné des revenus de T4 en Alberta ont indiqué dans leur déclaration de revenus T1 que l'Alberta était leur province de résidence 11 . Des quelque 2,1 millions de titulaires de T4 en Alberta en 2008, un peu moins de 1,9 million habitaient dans la province cette année-là, tandis qu'environ 166 000 résidaient dans une autre province ou un autre territoire (tableau 2, partie inférieure). Le nombre d'observations où il manque de l'information sur la province ou le territoire de résidence dans la déclaration de revenus T1 est négligeable, représentant environ 0,03 % à 0,11 % de l'échantillon. Ces observations ont été incluses dans la main-d'oeuvre de l'Alberta tout au long de l'analyse.

2.3  Détermination des employés interprovinciaux

Les employés interprovinciaux pourraient être désignés comme les personnes qui ont gagné des revenus de T4 en Alberta, mais qui ont indiqué une autre province ou un autre territoire de résidence dans leur déclaration de revenus T1. Une telle approche engloberait les personnes qui ont quitté la province pendant l'année (c.-à-d. les émigrants internes). Comme l'indique la figure 1, les émigrants internes peuvent être désignés comme les personnes : (i) qui ont gagné des revenus de T4 en Alberta pendant l'année t, mais qui habitaient dans une autre province ou un autre territoire à la fin de l'année t; et (ii) qui habitaient en Alberta l’année précédente (t-1); et (iii) qui résidaient encore à l'extérieur de l'Alberta l'année suivante (t+1). Selon cette définition, le nombre estimatif d'émigrants internes annuels de l'Alberta variait d'environ 19 000 à 23 000 de 2004 à 2006, et d'environ 27 000 à 35 000 de 2007 à 2009 12 . Les employés interprovinciaux peuvent être définis comme les personnes qui, pendant l'année t, travaillaient en Alberta mais résidaient dans une autre province ou un autre territoire moins tous les émigrants internes de l’Alberta. Il s'agit là de la « définition de base » des employés interprovinciaux utilisée dans l'analyse.

Figure 1 : Détermination des émigrants internes — Approche 1 (définition de base)

La définition des émigrants internes peut être élargie, restreignant ainsi la définition des employés interprovinciaux, en tenant compte du lieu de travail et du lieu de résidence pendant l'année t-1 et l'année t, mais en faisant abstraction des caractéristiques des personnes pendant l'année t+1 (voir la figure 2). Plus précisément, les émigrants peuvent être considérés comme les personnes : (i) qui résidaient en Alberta pendant l'année, mais (ii) qui se sont installées dans une autre province ou un autre territoire l'année suivante (c.-à-d. l’année t). La présence des personnes dans la province ou le territoire l'année suivante n'est pas prise en compte. Encore une fois, les employés interprovinciaux peuvent être définis comme toutes les personnes qui, pendant l'année t travaillaient en Alberta mais résidaient dans une autre province ou un autre territoire, moins les émigrants internes relevés en fonction de cette méthode élargie. Ce groupe est appelé « définition de base sauf les résidents de l'Alberta pendant l'année t-1 » dans l'analyse.

Figure 2 : Détermination des émigrants internes — Approche 2

Enfin, la définition la plus large des émigrants internes (et donc la définition la plus restreinte des employés interprovinciaux) tient compte des personnes dont la province ou le territoire de résidence pendant l'année ne se trouve pas dans les données T4-FFT1-T1H. Les émigrants internes sont désignés comme les personnes dont la province ou le territoire de résidence indique qu'elles ont quitté l'Alberta (c.-à-d. les personnes indiquées dans la figure 2), ainsi que celles sur qui il n'y a pas assez d'information pour prendre une décision en ce sens (voir la figure 3). Encore une fois, les employés interprovinciaux peuvent être définis comme toutes les personnes qui, pendant l’année t, travaillaient en Alberta mais résidaient dans une autre province ou un autre territoire moins les personnes désignées comme des émigrants internes de cette façon. Ce groupe est appelé «  définition de base sauf l’Alberta et les personnes dont le lieu de résidence est inconnu pendant l’année t-1 » dans l'analyse.

Figure 3 : Détermination des émigrants internes — Approche 3

Dans l’ensemble, les approches 1 à 3 définissent les émigrants internes d’une façon de plus en plus inclusive et fournissent ainsi des définitions et des estimations de plus en plus restrictives des employés interprovinciaux. La sensibilité des estimations de l’emploi interprovincial aux définitions de rechange peut donc être évaluée.

3   Estimations de l’emploi interprovincial en Alberta

Les estimations du nombre absolu et du pourcentage d’employés interprovinciaux en Alberta sont indiquées dans le tableau 3. La partie supérieure du tableau est basée sur les données appariées T4-FFT1 et indique que le nombre d’employés interprovinciaux a augmenté, pour passer d’environ 62 000 à quelque 122 000 de 2004 à 2008, pour ensuite se replier aux alentours de 97 000 en 2009 (définition de base). Les définitions plus restrictives produisent des estimations inférieures d’à peu près 4 000 à 10 000 la plupart des années 13 . Cependant, les données T4-FFT1 ne comprennent pas les déclarants retardataires et sous-estiment donc le nombre d’employés interprovinciaux dans la province.

La partie inférieure du tableau 3, qui est basée sur les données T4-FFT1-T1H, englobe les déclarants retardataires et produit des estimations annuelles de l’emploi interprovincial, qui sont de 8,2 % à 9,4 % plus élevées que celles basées sur les données T4-FFT1 exclusivement. Bref, l’inclusion des déclarants retardataires et des nouvelles cotisations fiscales augmente le nombre d’employés interprovinciaux en Alberta d’environ 4 000 à 10 000 chaque année. Si ce fait est pris en compte, le nombre d’employés interprovinciaux dans la province a augmenté d’environ 67 000 à quelque 121 000 de 2004 à 2007 (définition de base). Bien que le fichier T1H ne soit pas encore disponible pour permettre la prolongation de la série à 2008 et 2009, l’application d’un « rajustement pour tenir compte des déclarants retardataires » aux données T4-FFT1 donne des estimations de 133 000 et 106 000 employés interprovinciaux en Alberta respectivement en 2008 et en 2009 14 . Le graphique 1 met ces estimations en contexte, pour démontrer que pour la plupart des années, le nombre d’employés interprovinciaux en Alberta était considérablement plus élevé que le nombre de nouveaux résidents s’installant dans la province 15 .

Comme la municipalité de Lloydminster chevauche la frontière entre l'Alberta et la Saskatchewan, elle constitue un cas particulier pour la mesure de l'emploi interprovincial. Dans cette étude, les résidents de Lloydminster du côté de l’Alberta sont dénombrés dans la main-d’oeuvre de l’Alberta, à condition d’avoir au moins un T4 de l’Alberta, tandis que les résidents de Lloydminster du côté de la Saskatchewan sont dénombrés comme des employés interprovinciaux s’ils ont au moins un T4 de l’Alberta. Ce dernier groupe comprend environ 2 800 à 3 600 personnes chaque année, ce qui représente environ 2 % à 4 % des employés interprovinciaux. Les personnes résidant dans la partie albertaine de Lloydminster qui ont des revenus de T4 de la Saskatchewan sont des employés interprovinciaux dans cette province, mais ils dépassent la portée de l’analyse.

Toutes proportions gardées, la proportion de la main-d'oeuvre de l’Alberta composée d'employés interprovinciaux est passée de 3,8 % à 6,2 % de 2004 à 2008, pour ensuite tomber à 5,1 % en 2009 (définition de base, données T4-FFT1-T1H; tableau 3, partie inférieure). Les deux définitions les plus restrictives de « l’emploi interprovincial » produisent des estimations qui sont de 0,2 point de pourcentage à 0,3 point de pourcentage plus basses (approche 2) et de 0,4 point de pourcentage à 0,9 point de pourcentage plus basses (approche 3), respectivement 16 .

La valeur des revenus de T4 reçus par les employés interprovinciaux en Alberta s’est accrue d’environ 1,3 milliard de dollars à approximativement 4,1 milliards de dollars de 2004 à 2008, pour ensuite se replier à quelque 3,3 milliards de dollars en 2009 (définition de base, données T4-FFT1-T1H; tableau 4, partie inférieure). En termes relatifs, il s’agissait de 3,6 % des revenus totaux de T4 payés en Alberta en 2008 et de 3,0 % des revenus de T4 totaux payés en Alberta en 2009. Encore une fois, l’utilisation des deux définitions plus restrictives donne des estimations qui sont de 0,1 point de pourcentage à 0,2 point de pourcentage plus faibles (approche 2) et de 0,1 point de pourcentage à 0,3 point de pourcentage plus faibles (approche 3), respectivement.

Le fait que les employés interprovinciaux en Alberta représentaient 6,2 % de la main-d’oeuvre provinciale mais seulement 3,6 % des revenus de T4 provinciaux en 2008 s’explique par divers facteurs, notamment les caractéristiques sociodémographiques des employés interprovinciaux, les industries où ils travaillaient et la mesure dans laquelle ils ont travaillé en Alberta et dans leur province ou territoire de résidence pendant l’année. L’étude se penche maintenant sur ces caractéristiques.

L’information sur les caractéristiques des familles n’est pas disponible dans le fichier T1H. Par conséquent, l’analyse ci-dessous est basée sur les données T4-FFT1 appariées. De plus, étant donné que les caractéristiques des employés interprovinciaux ne diffèrent pas de façon marquée entre les trois définitions décrites à la section 2, l’information est présentée en fonction de la définition de base seulement pour faciliter la présentation.

4   Caractéristiques sociodémographiques des employés interprovinciaux

4.1  Sexe, âge et caractéristiques familiales

Étant donné la composition industrielle de l’économie de l’Alberta et la plus forte probabilité de mobilité géographique chez les jeunes employés, il se pourrait que les employés interprovinciaux dans la province soient surtout de jeunes hommes 17 . C’est souvent le cas. Chaque année de 2005 à 2009, de 71 % à 74 % des employés interprovinciaux en Alberta étaient des hommes, tandis que c’était le cas d’un peu plus de la moitié des employés résidents de l'Alberta (tableau 5).

De même, pendant la période allant de 2004 à 2009, plus de la moitié des employés interprovinciaux en Alberta avaient moins de 35 ans, la plus forte proportion ayant de 18 à 24 ans (tableau 6). Cependant, pendant la période, une évolution marquée de la composition selon l'âge des employés interprovinciaux a été observée, la proportion de personnes de 18 à 24 ans s’étant repliée de 14,3 points de pourcentage et celle du groupe de 45 ans et plus s’étant accrue de 9,5 points de pourcentage. Bref, à mesure que la taille de la main-d’oeuvre interprovinciale augmentait tout au long des années 2000, des personnes des tranches d’âge supérieures étaient celles qui grossissaient les rangs. Ce phénomène pourrait être attribuable à des variations de la demande de main-d’oeuvre (c.-à-d. les types de travailleurs recherchés par les employeurs), à des variations de l’offre de main-d’oeuvre (c.-à-d. les types de personnes prêtes à se déplacer en Alberta pour le travail) ou à une combinaison des deux. Le vieillissement général de la main-d’oeuvre est un autre facteur à considérer, comme l'indiquent les chiffres correspondants pour les employés résidents de l'Alberta (tableau 6, partie inférieure).

Il y a une différence appréciable entre les profils d’âge des hommes et des femmes chez les travailleurs interprovinciaux, les femmes étant le plus souvent plus jeunes (tableau 7). En 2008, par exemple, 68 % des employées interprovinciales avaient 35 ans ou moins, contre 51 % des hommes. En comparaison, 40 % des hommes et des femmes en Alberta avaient moins de 35 ans. Une différence semblable a été décelée au cours des autres années également (p. ex., 74 % et 60 % respectivement en 2004).

Le profil d’âge croissant des employés interprovinciaux s’expliquait par l’évolution du profil matrimonial de ce groupe pendant la période (tableau 8). De 2004 à 2009, la proportion d’employés interprovinciaux qui étaient mariés ou qui vivaient en union libre a augmenté de 10 points de pourcentage, passant de 38 % à 48 %, une plus forte variation ayant été observée chez les hommes (11 points de pourcentage) par rapport aux femmes (6,5 points de pourcentage). La proportion d’employés mariés résidents de l'Alberta est demeurée inchangée pendant cette période, à environ 63 %.

4.2  Province ou territoire d’origine

Plusieurs facteurs, dont la distance géographique, sont susceptibles d’influer sur la probabilité que des personnes résidant dans d’autres provinces ou territoires recherchent un emploi en Alberta. Pendant la période allant de 2004 à 2009, les résidents de la Colombie-Britannique ont continué de représenter la plus forte proportion d’employés interprovinciaux en Alberta (graphique 2), et leur nombre absolu a augmenté pendant la période allant de 2004 à 2008 (graphique 3). De même, une proportion considérable d’employés interprovinciaux provenait de la Saskatchewan. Collectivement, ces deux provinces voisines représentaient 59 % des employés interprovinciaux de l’Alberta en 2004, mais cette proportion était tombée à 43 % en 2008, les employés d’autres provinces ou territoires étant arrivés en plus grand nombre.

En dépit de la distance entre le Canada atlantique et l’Alberta, le nombre d’employés interprovinciaux de cette région a presque triplé de 2004 à 2008. L’augmentation la plus prononcée a été relevée chez les employés de Terre-Neuve-et-Labrador, mais des hausses considérables ont également été détectées chez ceux de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. En 2008, les Canadiens de l’Atlantique représentaient 26,3 % des employés interprovinciaux en Alberta, en hausse par rapport à 13,4 % en 2004.

Le nombre et la proportion d’employés interprovinciaux arrivant de l’Ontario a également augmenté pendant la période. Fait intéressant, malgré les similarités entre l’Ontario et le Québec pour ce qui est de la taille de la population et de la distance de l’Alberta, les employés interprovinciaux étaient beaucoup moins nombreux à provenir du Québec. Les données utilisées ne permettent pas de déterminer si ce phénomène s’explique par des barrières linguistiques, la reconnaissance professionnelle ou d’autres facteurs.

L’emploi interprovincial peut également être considéré dans la perspective de la population de personnes ayant un emploi dans la province ou le territoire d’origine. Autrement dit, quelle proportion de personnes ayant un emploi, disons à Terre-Neuve-et-Labrador, ont reçu des revenus de T4 de l’Alberta? Le tableau 9 indique le ratio d’employés interprovinciaux en Alberta aux personnes ayant un emploi dans la province ou le territoire de résidence. En 2008, 5,3 % des personnes ayant un emploi et résidant à Terre-Neuve-et-Labrador ont gagné des revenus de T4 de l’Alberta, contre 2,6 % et 3,8 % des personnes ayant un emploi et résidant respectivement à l’Île-du-Prince-Édouard et en Saskatchewan 18 .

4.3  Industrie de l’emploi

En Alberta, l’incidence de l’emploi interprovincial varie considérablement d’une industrie à une autre. Au sommet de la période, en 2008, les employés interprovinciaux représentaient 14,1 % de l’emploi dans l’industrie de la construction de l’Alberta, 11,5 % de l’emploi dans le secteur de l’extraction pétrolière et gazière et des activités de soutien, 10,2 % de l’emploi en agriculture, foresterie et pêche, et 9 % de l’emploi dans le secteur de l’hébergement et des services de restauration (tableau 10). De 2004 à 2008, la croissance de l’emploi interprovincial était particulièrement robuste dans le secteur de la construction, qui a enregistré une hausse de 6,7 % à 14,1 %. En 2009, une baisse de 2,5 points de pourcentage est survenue, portant la proportion à 11,6 %.

Mesurés en proportion des revenus totaux de T4, les employés interprovinciaux représentaient 9,9 % des revenus de T4 versés par l’industrie de la construction de l’Alberta en 2008, en hausse par rapport à 3,2 % en 2004. En 2008, les employés interprovinciaux représentaient environ 4 % à 6 % des revenus de T4 dans plusieurs autres industries, notamment les suivantes : extraction pétrolière et gazière et activités de soutien; exploitation minière; services de gestion des déchets et d’assainissement 19 ; agriculture, foresterie et pêche; et hébergement et services de restauration (tableau 11).

D'après l'examen de la distribution des employés interprovinciaux dans l’ensemble des industries, les plus fortes proportions de personnes travaillaient dans les secteurs suivants : (1) construction; (2) extraction pétrolière et gazière et activités de soutien; (3) hébergement et services de restauration; et (4) commerce de détail (tableau 12). En 2004, plus de la moitié (51,3 %) des employés interprovinciaux travaillaient dans ces quatre industries, une proportion qui s’est hissée à 57,6 % en 2008. La proportion d’employés résidents de l'Alberta et travaillant dans ces industries était de 31 % et de 33 % en 2004 et en 2008 respectivement. Pendant la période allant de 2004 à 2009, les plus fortes proportions d’employés résidents de l'Alberta ont été relevées dans les secteurs du commerce de détail, des soins de santé et de l’assistance sociale, de la fabrication et de la construction.

Mesurées en proportion des revenus totaux de T4, deux industries (la construction et l’extraction pétrolière et gazière et les activités de soutien) représentaient plus de la moitié (57 %) de tous les revenus de T4 versés aux employés interprovinciaux en 2008, comparativement à 24 % des revenus de T4 versés aux employés résidents de l'Alberta (tableau 13). Ce phénomène est attribuable au fait que ces industries sont très payantes et comptent les plus fortes proportions d’employés interprovinciaux.

Des différences marquées sont observées entre la distribution des hommes et des femmes chez les employés interprovinciaux dans l’ensemble des industries. En 2009, la moitié des employés interprovinciaux de sexe masculin travaillaient dans seulement deux industries (la construction; et l’extraction pétrolière et gazière et les activités de soutien), tandis qu’environ le tiers des employées interprovinciales (36 %) travaillaient dans deux industries (hébergement et services de restauration; et commerce de détail [tableau 14]).

5   Emploi et revenus

5.1  Emploi

Les régimes d’emploi des employés interprovinciaux peuvent varier en fonction de plusieurs dimensions. Par exemple, les personnes peuvent travailler à temps plein en Alberta toute l’année, à un régime de neuf jours de travail suivis de six jours de congé, pendant une partie de l'année, ou en prenant un emploi d’été en Alberta pour ensuite rentrer à la maison. Les employés peuvent également occuper des postes saisonniers dans leur province ou leur territoire de résidence et se déplacer pour aller travailler en Alberta pendant la saison morte. Malgré l’absence d’information sur les semaines travaillées pendant l’année dans le fichier de données, quelques détails peuvent être obtenus en déterminant si les employés interprovinciaux ont gagné des revenus de T4 uniquement en Alberta ou en Alberta et dans d’autres provinces et territoires.

En 2004, 66 % des employés interprovinciaux ont gagné des revenus de T4 en Alberta et dans d'autres provinces ou territoires, tandis que 34 % ont gagné des revenus de T4 uniquement en Alberta (tableau 15). La proportion de personnes ayant un emploi uniquement en Alberta était légèrement plus élevée en 2008 (à 37,1 %), et a continué d’augmenter, pour atteindre 44,8 % en 2009.

La plupart des années, peu de différence a été observée entre les proportions d’hommes et de femmes ayant reçu des T4 hors Alberta 20 . Cependant, il y avait une forte corrélation en fonction de l’âge, les employés interprovinciaux plus âgés étant plus susceptibles que les autres de travailler exclusivement en Alberta (c.-à-d. de recevoir des T4 uniquement de l’Alberta). En effet, il y avait une différence d’au moins 20 points de pourcentage à cet égard entre les employés interprovinciaux de 18 à 24 ans et les employés interprovinciaux de 45 ans et plus. Cette tendance se traduit également par des différences en ce qui touche l’état matrimonial. Dans l’ensemble des provinces et des territoires de résidence, la proportion d’employés interprovinciaux gagnant des revenus de T4 uniquement de l’Alberta était la plus élevée chez ceux de la Saskatchewan et de Terre-Neuve-et-Labrador, et la plus faible chez ceux du Québec et des Territoires du Nord-Ouest.

Une évaluation plus détaillée du rôle que joue l’emploi en Alberta dans les revenus totaux des employés interprovinciaux est présentée dans le tableau 16. Par définition, les personnes qui ont reçu des T4 de l’Alberta seulement ont reçu 100 % de leurs revenus de T4 de cette province. Cependant, chez les employés interprovinciaux qui ont reçu des T4 de l’Alberta et d’autres provinces ou territoires, une importante variation est constatée.

En 2008, 18,1 % des employés interprovinciaux ont gagné moins de 25 % de leurs revenus de T4 en Alberta. C’était le plus souvent le cas des femmes et des jeunes, surtout ceux de 18 à 24 ans. Pour ce qui est de la province ou du territoire de résidence, les employés interprovinciaux du Québec, du Manitoba et des territoires étaient plus susceptibles que ceux des autres provinces de recevoir moins de 25 % de leurs revenus totaux de T4 en Alberta.

Pour le quart des employés interprovinciaux (26,7 %), les revenus de T4 de l’Alberta représentaient de 25 % à 74 % de leurs revenus totaux de T4 pendant l’année. À l’extrémité supérieure du spectre, plus de la moitié (55,3 %) des employés interprovinciaux ont reçu plus de 75 % de leurs revenus totaux de T4 de l’Alberta en 2008. Cette proportion a augmenté, pour atteindre près de 61 % en 2009. Un niveau élevé d'activité sur le marché du travail de l’Alberta, comme en témoigne cette mesure des revenus, était répandu chez les employés les plus âgés, en particulier ceux de 45 à 64 ans, et chez ceux des provinces de l’Atlantique et de la Saskatchewan.

5.2  Revenus

Il est important de déterminer si un employé interprovincial a gagné ou non des revenus de T4 uniquement en Alberta par l'examen de la distribution des revenus de ce groupe. Comme l’indique le tableau 17, les revenus médians gagnés en Alberta par tous les employés interprovinciaux se situaient à 16 347 $ en 2009, moins de la moitié des revenus médians gagnés par les employés résidents de l'Alberta (40 610 $). Les revenus médians sont beaucoup plus bas chez les employés interprovinciaux qui travaillaient en Alberta et dans d'autres provinces ou territoires (à 9 260 $) que chez ceux qui travaillaient uniquement en Alberta (à 33 035 $). Des variations entre les profils d’âge de ces groupes (comme l’indique le tableau 15) et la probabilité de l’emploi pendant une partie de l'année expliquent au moins une partie de cet écart.

Les revenus des employées interprovinciales sont relativement faibles, la médiane générale (8 013 $) se situant environ au quart de la médiane des employées résidentes de l'Alberta (31 893 $). Encore une fois, les employées interprovinciales ont tendance à être jeunes et travaillent en plus grand nombre que les hommes dans le secteur de l’hébergement et des services de restauration et dans celui du commerce de détail, deux secteurs peu rémunérateurs. Chez les employés interprovinciaux de sexe masculin, ceux qui travaillaient en Alberta seulement gagnaient des revenus se rapprochant de ceux des employés résidents de l'Alberta, en particulier vers l’extrémité supérieure de la distribution des revenus. En effet, au 75e centile, ces employés interprovinciaux avaient reçu des revenus comparables à ceux des résidents de l’Alberta (80 457 $ et 82 906 $ respectivement).

Les graphiques 4 et 5 montrent les distributions des employés interprovinciaux et des employés résidents de l'Alberta pour ce qui est des revenus de T4 de l’Alberta gagnés en 2009. Les employés interprovinciaux qui ont gagné des revenus de T4 en Alberta et dans d'autres provinces ou territoires sont fortement concentrés vers la gauche (ou l’extrémité inférieure) de la distribution, une tendance particulièrement marquée chez les femmes.

Lorsque leurs revenus sont comparés avec ceux des résidents de l’Alberta, il est important d’établir une distinction entre les employés interprovinciaux travaillant partiellement ou totalement en Alberta. D’autres facteurs, comme l’âge, le sexe, l’état matrimonial et l’industrie d'emploi, doivent également être pris en considération.

Le tableau 18 montre la différence entre les revenus des employés interprovinciaux travaillant en Alberta seulement et les employés résidents de l'Alberta en fonction de l’âge et du sexe, en tenant compte de différentes caractéristiques socio-économiques. Il présente les résultats de 30 différentes régressions, en montrant seulement les résultats des coefficients sur la variable dichotomique « travaillant seulement en Alberta ».

Comme le tableau 17 permet de l'observer, les employés interprovinciaux de sexe masculin qui travaillaient seulement en Alberta gagnaient 11 890 $ de moins que les employés de sexe masculin résidents de l'Alberta. Dans le tableau 18, lorsque l’âge et l’état matrimonial sont pris en compte, cet écart de revenus diminue. Autrement dit, si les employés interprovinciaux et les employés résidents de l'Alberta avaient la même distribution selon l’âge et la même composition d’états matrimoniaux, l’écart des revenus entre les deux groupes serait de 10 098 $. Cependant, lorsque la composition de l’industrie et la taille des entreprises sont prises en compte, les écarts de revenus entre les deux groupes augmentent. Encore une fois, cette tendance signifie que, si les employés interprovinciaux travaillaient exactement dans les mêmes industries et dans des entreprises de la même taille que les employés résidents de l'Alberta, ils gagneraient 18 469 $ de moins. Cet écart de revenus restant pourrait s’expliquer par d’autres facteurs, comme le niveau de scolarité. Cependant, étant donné les limites des données administratives, cette information n’est pas disponible.

L’écart de revenus entre les employés interprovinciaux et les employés résidents de l'Alberta est plus faible pour les hommes de moins de 35 ans (3 539 $) que pour les hommes de 35 ans et plus (16 744 $). Pour les deux groupes d’âge, l’écart diminue à mesure que l’âge et l’état matrimonial sont pris en compte. Toutefois, lorsque l’industrie et la taille des entreprises sont contrôlées, l’écart de revenus entre les employés interprovinciaux et les employés résidents de l'Alberta s’accroît encore une fois.

Chez les femmes, une tendance différente est observée. Contrairement aux hommes, à mesure que des contrôles sont ajoutés aux régressions, les variations des revenus des femmes diminuent. Pour les femmes, l’écart de revenus entre les employées interprovinciales travaillant en Alberta seulement et les employées résidentes de l'Alberta se chiffre à 14 183 $, comme l'indique le tableau 17. Lorsque l’on tient compte de l’âge et de l’état matrimonial, l’écart tombe à 10 836 $. L’ajout de contrôles pour tenir compte de l’industrie et de la taille des entreprises rétrécit l’écart de revenus à 9 925 $. Bien que ces facteurs puissent expliquer en partie l’écart de revenus entre les deux groupes, d’autres facteurs, comme le niveau de scolarité, doivent également être pris en considération.

5.3  Revenus par industrie

Les revenus médians des T4 de l’Alberta varient largement en fonction de l’industrie. Encore une fois, il est important de faire la distinction entre les employés interprovinciaux qui travaillaient exclusivement en Alberta et les employés interprovinciaux qui travaillaient en Alberta et ailleurs. Notre analyse s’intéresse au premier groupe.

Chez les employés interprovinciaux de sexe masculin travaillant en Alberta seulement, les revenus médians des personnes travaillant dans le secteur de la construction, qui représentait le tiers de l’emploi interprovincial chez les hommes, se chiffraient à 51 200 $. Ces chiffres étaient comparables aux revenus médians des employés de sexe masculin résidents de l'Alberta et travaillant dans cette industrie (50 095 $). Vers l’extrémité supérieure de la distribution des revenus (75e centile), les employés interprovinciaux de sexe masculin oeuvrant dans le secteur de la construction ont gagné près de 86 400 $.

Dans le secteur de l’extraction pétrolière et gazière et des activités de soutien, qui représentait environ 17 % de l’emploi interprovincial chez les hommes, les revenus médians se situaient juste au-dessous de 60 000 $, un niveau considérablement plus bas que celui des revenus médians des résidents de l'Alberta travaillant dans cette industrie (93 328 $). Vers l’extrémité supérieure de la distribution des revenus (75e centile) dans le secteur de l’extraction pétrolière et gazière et des activités de soutien, les revenus s’établissaient à environ 96 000 $ et à quelque 145 000 $ respectivement chez les employés interprovinciaux de sexe masculin et les résidents de l'Alberta travaillant dans cette province.

Chez les employées interprovinciales travaillant exclusivement en Alberta, les revenus médians de celles qui travaillaient dans le secteur de l’hébergement et des services de restauration ou dans celui du commerce de détail se situaient aux alentours de 10 000 $, un peu moins que les revenus médians des résidentes de l'Alberta travaillant dans ces industries. Les employées interprovinciales sont concentrées dans les deux industries où les revenus sont les plus faibles.

5.4  Les revenus avant et après le statut d’employé interprovincial

Les revenus dépendent de diverses caractéristiques personnelles et professionnelles, dont bon nombre ne sont pas directement observées dans les fichiers de données administratives utilisés pour cette analyse. Par exemple, il se peut que les personnes qui n’ont pas de perspectives d’emploi viables dans leur province ou leur territoire de résidence, comme celles ayant un faible niveau de compétence ou n’ayant pas de titres scolaires du niveau postsecondaire, soient les plus portées à chercher un emploi ailleurs. Étant donné que les données administratives ne comprennent pas d’information sur le niveau de scolarité ou la profession, il est difficile d’en tenir compte directement.

Le tableau 20 (pour les hommes) et le tableau 23 (pour les femmes) montrent les revenus médians annuels des employés interprovinciaux 21  et des employés qui ne sont jamais devenus des employés interprovinciaux en Alberta 22  par groupe d’âge. La partie supérieure de chaque tableau montre les revenus médians annuels de 2004 à 2006 avant le statut d’employé interprovincial. À quelques exceptions près, les « futurs » employés interprovinciaux de sexe masculin (tableau 20) gagnaient moins dans leur province ou territoire de résidence pendant la période allant de 2004 à 2006 que les autres employés. Dans l’ensemble, les « futurs » employés interprovinciaux de sexe masculin de 35 à 49 ans ont gagné des revenus médians de 34 802 $ pendant la période allant de 2004 à 2006, comparativement à 48 458 $ pour les autres employés, une différence de 13 655 $ ou 39 %. Des écarts marqués s’observent également dans d’autres groupes d’âge.

La deuxième partie du tableau 20 indique les revenus médians en 2007-2008, où les employés interprovinciaux travaillaient en fait en Alberta, et la partie inférieure du tableau montre la variation des revenus médians annuels de la période allant de 2004 à 2006 à celle de 2007-2008, avant et après leur statut d’employés interprovinciaux. Dans l’ensemble, les revenus médians des hommes de 35 à 49 ans qui n’étaient pas devenus des employés interprovinciaux ont augmenté de 5,2 %, tandis que les revenus médians des hommes appartenant à ce groupe d’âge qui l’étaient devenus ont progressé de 38,0 %. De même, les revenus médians des hommes plus jeunes et plus âgés qui sont devenus des employés interprovinciaux ont crû de 87,8 % et 22,3 % respectivement pendant cette période, tandis que les revenus médians des hommes plus jeunes et plus âgés qui ne sont pas devenus des employés interprovinciaux ont augmenté en moindre proportion ou n'ont pas augmenté.

La plus forte hausse des revenus médians associée à l’emploi interprovincial a été observée chez les hommes résidant dans les provinces de l’Atlantique. Chez ceux de 35 à 49 ans, les revenus médians étaient de 42 % à 79 % plus élevés en 2007-2008 que de 2004 à 2006. Les revenus médians des hommes de ces provinces qui ne sont pas devenus des employés interprovinciaux sont passés de 6 % à 11 %.

L’attrait des salaires et traitements plus élevés est manifestement un facteur important considéré dans les décisions de devenir un travailleur interprovincial. Les tableaux 21 et 22 présentent des détails supplémentaires sur les variations absolues et relatives des revenus gagnés par les hommes qui sont devenus des employés interprovinciaux en Alberta en 2007 ou en 2008 par rapport à leurs revenus de 2004 à 2006. Comme l’indique le tableau 21, parmi les employés interprovinciaux de sexe masculin dont les revenus initiaux dans la province ou le territoire de résidence dépassaient 50 000 $, environ 42 % ont vu leurs revenus de T4 augmenter de plus de 25 000 $ après le début de leur statut d’employés interprovinciaux. Dans toutes les catégories de revenus antérieurs, de 20 % à 39 % environ des hommes ont enregistré des gains de cette ampleur. De façon plus générale, de 53 % à 62 % ont enregistré des gains de 10 000 $ ou plus. De même, la plupart des hommes ont enregistré des gains considérables, toutes proportions gardées, après le début de leur statut d’employés interprovinciaux (tableau 22).

À l'examen des fluctuations des revenus chez les femmes devenues des employées interprovinciales, des tendances similaires sont observées en ce qui concerne la hausse des revenus avant et après le début du travail en Alberta. Comme l’indique le tableau 23, les revenus médians des femmes de 35 à 49 ans qui sont devenues des employées interprovinciales en 2007-2008 ont augmenté de 30 %, comparativement à une hausse d’un peu moins de 10 % chez celles qui ne sont pas devenues des employées interprovinciales. Dans ce groupe d’âge, les plus fortes hausses des revenus médians ont été enregistrées chez les femmes de Terre-Neuve-et-Labrador (64,9 %), et les plus faibles, chez les femmes de l’Ontario (10,8 %). Les augmentations des revenus médians des femmes jeunes et âgées devenues des employées interprovinciales étaient également considérables, à 70,9 % et à 20,4 % respectivement.

En ce qui concerne la variation des gains de revenus absolus et relatifs, l’emploi interprovincial était associé à des revenus plus élevés dans la plupart des cas, mais la variation n’était pas aussi marquée que chez les hommes. Comme indiqué dans le tableau 24, de 5,1 % à 28 % des femmes ont enregistré des gains de plus de 25 000 $ pendant la période allant de 2007-2008 à titre d’employées interprovinciales, par rapport à la période allant de 2004 à 2006, et de 31,1 % à 55,6 % d’entre elles ont affiché des gains de 10 000 $ ou plus. Toutefois, une plus forte proportion de femmes que d’hommes travaillant dans plus d’une province ont enregistré un repli absolu pendant qu’elles travaillaient en Alberta. Par exemple, chez les femmes dont les revenus de 2004 à 2006 dépassaient 50 000 $, 30,7 % ont gagné des revenus plus faibles pendant la période de 2007-2008 d’emploi interprovincial, et 20,9 % ont enregistré un repli des revenus de plus de 15 000 $. Les facteurs expliquant ce résultat ne peuvent pas être interprétés à partir des données disponibles.

Dans le tableau 25, encore une fois, une forte proportion d’employées interprovinciales ont accru leurs revenus en travaillant en Alberta, quel que soit leur niveau préalable de revenus dans leur province ou territoire de résidence. Plus de 40 % de celles qui ont gagné de 30 000 $ à 49 999 $ (42,1 %) et de celles qui ont gagné plus de 50 000 $ (50,8 %) ont enregistré une variation relative des revenus de 100 % à 149 %. Cependant, parmi celles qui ont gagné 15 000 $ ou plus, environ 30 % ont enregistré une baisse de revenus en travaillant en Alberta. La majorité de celles qui ont gagné moins de 10 000 $ (61,3 %) ont plus que doublé leurs revenus en travaillant en Alberta.

5.5  Contribution aux revenus familiaux

Les revenus de l’Alberta ont un effet appréciable sur les revenus familiaux totaux des employés interprovinciaux. Le tableau 26 montre qu’en moyenne, les revenus de T4 de l'Alberta des employés interprovinciaux mariés ou vivant en union libre représentaient 51,6 % des revenus familiaux totaux en 2009. Pour 30,9 % des employés interprovinciaux, les revenus de T4 de l’Alberta représentaient plus de 75 % des revenus familiaux totaux. En revanche, les revenus de T4 de l’Alberta représentaient moins de 25 % des revenus familiaux totaux pour 28,8 % des employés interprovinciaux. Les hommes ont contribué davantage que les femmes à leurs revenus familiaux. De même, les employés plus âgés ont contribué davantage à leurs revenus familiaux que les employés plus jeunes. Le ratio des revenus de l’Alberta aux revenus familiaux totaux varie également selon la province ou le territoire de résidence pour les employés interprovinciaux.

Le tableau 26 montrait l’effet indépendant du sexe, de l’âge et de la province ou du territoire de résidence sur les revenus familiaux. Le tableau 27 montre comment chaque caractéristique (sexe, âge et province ou territoire de résidence) influe sur le ratio des revenus de T4 aux revenus familiaux totaux lorsque toutes les caractéristiques sont prises en compte simultanément.

Les employés interprovinciaux de sexe masculin apportent une contribution considérablement plus élevée aux revenus familiaux que leurs homologues féminins. La différence de ratio entre les hommes et des femmes était de 21,9 points de pourcentage lorsque toutes les autres caractéristiques sont prises en compte. Les employés interprovinciaux travaillant exclusivement en Alberta contribuaient considérablement plus (une différence de 33,4 points de pourcentage) aux revenus familiaux totaux que ceux qui travaillaient en partie en Alberta. L’âge des employés interprovinciaux ne faisait pas de différence pour ce qui est de la contribution à leurs revenus familiaux, puisqu’aucun de leurs coefficients de régression sur l’âge n’était significatif. Enfin, les employés interprovinciaux du Manitoba, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique ont apporté des contributions moindres à leurs revenus familiaux que ceux de l’Ontario (le groupe omis). La contribution aux revenus familiaux des employés interprovinciaux provenant d'autres provinces n’était pas significative.

5.6  L’emploi au fil du temps

L’association des employés interprovinciaux avec la province de l’Alberta peut prendre diverses formes au cours des années. Par exemple, les employés interprovinciaux peuvent développer des réseaux sociaux et professionnels et obtenir de l’information sur les marchés du logement, ce qui peut accroître la probabilité de réinstallation permanente dans la province. Par ailleurs, les employés interprovinciaux peuvent développer des liens solides avec un employeur donné, mais décider de conserver leur résidence principale dans leur province ou territoire d’origine. La relation professionnelle qui est établie peut tout de même être à long terme. Cette section porte sur la prévalence de ce genre de résultats.

Pour évaluer ces variations au fil du temps, il faut limiter la discussion et les données aux personnes qui ont commencé une nouvelle période d’emploi en Alberta en 2005 ou plus tard. En effet, les employés interprovinciaux sont définis en fonction de leur province ou de leur territoire de travail et de résidence au cours d’au moins deux ans. Une personne qui avait un régime d’emploi interprovincial en 2004 (la première année de la période de référence pour cette étude qui sert à définir l’employé interprovincial) peut avoir adopté ce régime de travail uniquement cette année-là ou pendant de nombreuses années. La durée ne peut pas être estimée dans ce cas. Lorsque l’année 2005 est établie comme point de départ, l’emploi interprovincial est observé (et les deux années antérieures de travail et de résidence), et la durée peut être estimée avec précision.

Au moyen d’un cadre longitudinal, le tableau 28 montre le pourcentage d’employés interprovinciaux dans chaque cohorte d’entrée qui ont déménagé en Alberta les années subséquentes. Il s'agit alors d’une transition à l’Alberta comme province ou territoire de résidence déclarée dans la déclaration de revenus T1. De tous les employés interprovinciaux dans la cohorte d’entrée des employés interprovinciaux de 2005, au moins 26 % ont indiqué l’Alberta comme province ou territoire de résidence au moins une fois de 2006 à 2010, et 11 % ont indiqué l’Alberta au moins trois fois. Plus tard, les cohortes d’entrée avaient un choix plus restreint d’années de transition, d’où les pourcentages plus faibles.

En ce qui concerne la cohorte d’entrée de 2005, le tableau 29 indique que les femmes étaient légèrement plus nombreuses que les hommes à s’établir en Alberta au cours des années suivantes (29,1 % et 24,7 % respectivement) et que les jeunes employés étaient beaucoup plus enclins à déménager que les plus vieux. Pour ce qui est de la province ou du territoire d’origine, les employés interprovinciaux des provinces de l’Atlantique étaient les plus susceptibles de s’établir en Alberta, tandis que les personnes du Québec étaient les moins portées à le faire (14,7 %).

Le nombre d’années pendant lesquelles les employés interprovinciaux travaillent en Alberta dépend de l’exposition à cet effet. Lorsque le nombre total d’années travaillées en Alberta est mesuré, il est donc important de tenir compte des employés interprovinciaux qui ont fini par s’installer en Alberta, comme on l'a déjà mentionné plus haut. Hormis ces employés, d’une perspective longitudinale, la plupart des employés interprovinciaux travaillent en Alberta une année seulement. Le tableau 30 montre le nombre d’années consécutives pendant lesquelles les employés interprovinciaux travaillaient en Alberta, compte tenu de leur année d’entrée initiale 23 . Parmi ceux qui ont commencé à travailler en Alberta en 2005 et qui n’ont jamais déménagé en Alberta par la suite, 62,2 % ont travaillé dans la province une année seulement, tandis que 18,9 % l’ont fait pendant deux années consécutives. Quelque 19 % ont travaillé en Alberta pendant trois années consécutives ou plus. Les tendances sont très semblables pour les personnes qui avaient un emploi interprovincial en Alberta les années suivantes.

Bien sûr, une personne peut travailler en Alberta pendant un an ou deux, travailler dans sa province ou son territoire de résidence l’année suivante, puis retourner en Alberta par la suite. Le dénombrement du nombre d’années non consécutives d’emploi interprovincial en Alberta prend en compte ces tendances (tableau 3124 , 25 . Parmi les employés interprovinciaux qui sont arrivés en Alberta en 2005, plus de la moitié (53,4 %) ont travaillé dans la province pendant une seule année de 2005 à 2010. Par ailleurs, 20,9 % ont travaillé dans province pendant seulement deux ans. Les employés interprovinciaux observés pour la première fois dans les années subséquentes sont observés pendant moins d’années et sont donc moins susceptibles de travailler deux années non consécutives ou plus en Alberta.

Un examen plus approfondi de la cohorte d’entrée d’employés interprovinciaux de 2005 permet de constater que certaines caractéristiques sociodémographiques sont corrélées avec les années non consécutives d’emploi en Alberta (tableau 32). Les hommes ont tendance à travailler sur un plus grand nombre d’années non consécutives que les femmes à titre d’employés interprovinciaux. Alors que 65,8 % des femmes dans la cohorte d’entrée de 2005 ont travaillé une seule année en Alberta, c’était le cas de 48,6 % des hommes. Après cinq ans de travail, 9,8 % des employés interprovinciaux de sexe masculin étaient encore en Alberta, comparativement à 4,4 % des femmes. Pour ce qui est de l’âge, les employés de moins de 35 ans étaient les plus susceptibles de travailler en Alberta pendant une seule année (environ 58,6 %), contre environ 48 % de ceux de 35 à 64 ans. Les personnes de 55 à 64 ans étaient les plus susceptibles d’avoir un emploi interprovincial pendant au moins trois années non consécutives. Dans l’ensemble des provinces et des territoires de résidence, les employés de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse étaient les plus enclins à travailler en Alberta pendant cinq années non consécutives.

Le nombre d’années pendant lesquelles les employés interprovinciaux travaillent en Alberta peut être déterminé par de nombreux facteurs, comme les perspectives d’emploi dans leur province ou leur territoire de résidence et les coûts et les avantages intrinsèques et extrinsèques du travail interprovincial.

6   Perspective des entreprises de l’emploi interprovincial

Jusqu’ici, l’emploi interprovincial a été étudié dans une perspective largement axée sur l’offre de main-d’oeuvre, c’est-à-dire en s’intéressant principalement aux personnes se déplaçant en Alberta pour travailler. Le revers de la médaille est la demande de main-d’oeuvre, c’est-à-dire les entreprises qui donnent du travail à ces personnes. Les données administratives utilisées permettent de cerner les entreprises, définies comme les entreprises qui ont émis au moins un feuillet T4, État de la rémunération payée, à un employé rémunéré 26 . Le terme « entreprises en Alberta » désigne les entreprises qui ont émis au moins un feuillet T4 en Alberta.

L’information sur les entreprises dans cette section est présentée à l’échelon national. L’estimation à l’échelon national comprend de l’information provenant de toutes les provinces et de tous les territoires où une entreprise donnée est établie. Il s’agit d’une mesure agrégée. L’examen de l’information à l’échelon national est plus représentatif du contexte de l’emploi ainsi que des conditions de revenus et des avantages associés à chaque entreprise 27 .

En 2008, 13,2 % des entreprises de l'Alberta avaient au moins un employé interprovincial; cette proportion est tombée à 11,4 % en 2009 (tableau 33). Il y a une forte corrélation entre la taille de l’entreprise et la probabilité d’avoir un ou plusieurs employés interprovinciaux. Cette corrélation s’explique par le fait que les entreprises ne sont pas pondérées en fonction de la taille de l’effectif et que la probabilité d’avoir au moins un employé interprovincial est bien plus grande pour une entreprise de 500 employés que pour une entreprise de 20 employés. De toutes les petites entreprises (moins de 20 employés) exploitées en Alberta, environ 8 % à 9 % avaient au moins un employé interprovincial, tandis que de 54 % à 65 % des grandes entreprises (c.-à-d. les entreprises ayant au moins 500 employés) exploitées dans la province en avaient au moins un.

En moyenne, les employés interprovinciaux comprenaient 3,0 % de la main-d’oeuvre de l’Alberta travaillant dans les entreprises et 2,5 % des revenus de T4 payés par les entreprises de l’Alberta en 2008. Les employés interprovinciaux constituaient également, en moyenne, 22,7 % de la main-d’oeuvre de l’Alberta travaillant dans les entreprises ayant au moins un employé interprovincial et ont reçu 19,2 % des revenus de T4 payés par ces entreprises.

La proportion d’effectifs des entreprises composées d’employés interprovinciaux varie également selon la catégorie de taille d'entreprise. Environ la moitié des moyennes entreprises exploitées en Alberta (celles comportant de 100 à 499 employés) avaient des employés interprovinciaux. Ces employés interprovinciaux représentaient environ 12 % de l’emploi dans chaque exploitation des entreprises de l’Alberta. Comme proportion des T4 de l’Alberta émis par ces entreprises, les employés interprovinciaux représentaient environ 10 % 28 .

Parmi les grandes entreprises (entreprises de 500 employés et plus) ayant des exploitations en Alberta, un peu moins des deux tiers avaient au moins un employé interprovincial en 2008. Dans ces entreprises, les employés interprovinciaux représentaient environ 7 % de l’emploi dans les exploitations de l’Alberta et environ 6 % des revenus de T4 versés dans la province.

Lorsque l’industrie et la taille des entreprises sont examinées en même temps (tableau 34), la corrélation entre la taille des entreprises et le pourcentage d’entreprises en Alberta comportant au moins un employé interprovincial demeure robuste. Les secteurs de l’hébergement et des services de restauration, de l’exploitation minière, de l’administration publique, du commerce de détail, de la construction, des services d’enseignement, de l’extraction pétrolière et gazière, et de l'information, de la culture et des loisirs sont plus susceptibles que les entreprises du secteur de la fabrication (catégorie omise dans la régression) d’embaucher des employés interprovinciaux.

7   Conclusion

La croissance économique robuste tout au long de la plupart des années 2000 a fait de l’Alberta une destination attrayante pour les chercheurs d’emploi. Alors que de nombreuses personnes se sont installées en Alberta en permanence, d’autres ont conservé leur résidence permanente ailleurs mais ont fait la navette pour aller travailler en Alberta. De 2004 à 2008, le nombre d’employés interprovinciaux en Alberta a presque doublé et, la plupart de ces années, il a dépassé l’arrivée de résidents permanents dans cette province.

Bien que certains des travailleurs interprovinciaux observés dans cette étude se soient ultérieurement installés en Alberta, du moins d’après leur déclaration de revenus T1, la plupart ne l’ont pas fait. Parmi ceux qui sont restés dans leur province ou territoire de résidence, leurs motifs ne peuvent pas être établis à partir des données utilisées. Il est probable que des facteurs comme les liens familiaux, les réseaux sociaux, les ententes organisationnelles (p. ex., garderie, inscription à l’école), la propriété résidentielle et la qualité de vie étaient importants. Néanmoins, la perspective d’emplois abondants et disponibles ailleurs était intéressante. De plus, après pondération pour tenir compte des coûts d’un déménagement interprovincial, les avantages du travail interprovincial l’emportaient pour ces personnes. De toute évidence, les gens réagissent aux perspectives d’emploi de diverses façons, et au sens plus large, les marchés du travail s’adaptent de différentes façons.

La mobilité résidentielle et la mobilité professionnelle peuvent être examinées à différents niveaux géographiques. Cette analyse de la mobilité d’emploi se situait au niveau interprovincial, et se trouve dans la cellule « D » de la matrice deux sur trois présentée à la figure 4. Parmi les autres formes d’adaptation de la main-d’oeuvre, mentionnons les personnes qui changent de lieu de résidence dans une province ou un territoire pour profiter des occasions d’emploi (cellule « A »), les personnes qui conservent leur résidence dans une région d’une province ou d'un territoire, mais qui se déplacent dans une autre région pour le travail (cellule « B ») ou les personnes qui déménagent de province ou de territoire (cellule « C »). Parmi les personnes de l’étranger, les immigrants et les travailleurs étrangers temporaires au Canada se distinguent par la nature résidentielle ou professionnelle de leur mobilité et sont entrés dans les cellules « E » et « F » respectivement. Le concept des populations transitoires est largement pris en considération par les groupes dans la ligne inférieure de la matrice.

Figure 4 : Mobilité résidentielle et mobilité professionnelle

L’adaptation au marché du travail se produit dans tous les types de mobilité présentés dans la figure 4, et un aperçu exhaustif tiendrait compte de chacun. Cependant, bien que l’information sur la mobilité résidentielle puisse être obtenue des enquêtes et des sources administratives, l’information sur la mobilité professionnelle demeure limitée. Hormis le questionnaire complet du recensement (formule 2B) et l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, l’information sur le lieu de travail n’est pas recueillie à l’heure actuelle pendant les enquêtes-ménages ou disponible au-delà de l’échelon provincial dans les sources de données administratives. Cette question nécessite des données supplémentaires.

Les types de mobilité indiqués dans la figure 4 sont interreliés. Une importante minorité d’employés interprovinciaux en Alberta a été documentée dans le rapport comme ayant fini par s’établir dans la province et est théoriquement passée de la cellule « D » à la cellule « C ». L’emploi interprovincial peut avoir été un tremplin vers un déménagement résidentiel, en offrant aux personnes une occasion d’établir des réseaux et de recueillir de l’information avant d’assumer les frais d’un déménagement dans une autre province. L’emploi infraprovincial et international et la mobilité résidentielle justifient une analyse dans le même sens.

Pour ce qui est de l’emploi interprovincial en Alberta, bien des personnes résidant ailleurs au Canada se sont rendues dans cette province pour le travail pendant les années 2000. En 2004, environ 62 000 à 67 500 employés interprovinciaux ont été dénombrés en Alberta, ce qui représente de 3,6 % à 3,8 % de l’emploi provincial. En 2008, le nombre d’employés interprovinciaux avait augmenté, pour se situer aux alentours de 122 500 à 133 000, et leur proportion de l’emploi provincial avait atteint 5,7 % à 6,2 %. Ces chiffres ont quelque peu diminué en 2009 après la récession économique.

Pendant la période de référence, la majorité des employés interprovinciaux en Alberta étaient des hommes, dont bon nombre avaient moins de 35 ans. Néanmoins, à mesure que le nombre d’employés interprovinciaux en Alberta s’est accru pendant les années 2000, les travailleurs âgés étaient les plus nombreux à grossir les rangs. En 2009, près du tiers des employés interprovinciaux dans la province avaient 45 ans ou plus. Le profil d’âge changeant de ce groupe ressortait de son profil matrimonial, la proportion d’employés interprovinciaux qui étaient mariés ou qui vivaient en union libre ayant augmenté pendant la période.

Les perspectives d’emploi en Alberta ont également attiré de plus en plus de gens de provinces de plus en plus éloignées. De fortes proportions d’employés interprovinciaux ont continué de se déplacer de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan, mais les proportions de l’Ontario et des provinces de l’Atlantique ont affiché une hausse marquée. En 2008, un employé interprovincial sur quatre en Alberta faisait la navette des provinces de l’Atlantique. Les répercussions économiques de l’emploi interprovincial sur les petites collectivités et provinces « d’attache » dépassaient la portée de cette analyse. Cependant, étant donné que près de 5.3 % des titulaires de T4 à Terre-Neuve-et-Labrador ont gagné des revenus de l’Alberta en 2008, l’incidence pourrait avoir été considérable.

Un haut niveau d’hétérogénéité est ressorti de l’emploi et des revenus des employés interprovinciaux. Plus de la moitié des employés interprovinciaux de sexe masculin travaillaient dans le secteur de la construction ou de l’extraction pétrolière et gazière, mais plus du tiers des employées interprovinciales travaillaient dans le secteur de l’hébergement et des services de restauration ou du commerce de détail. Un autre important facteur pour établir la distinction entre les personnes de la population d’employés interprovinciaux a trait au fait d’avoir gagné des revenus de T4 uniquement en Alberta ou en Alberta et dans d'autres provinces ou territoires. La présence de T4 d’une autre province ou d’un autre territoire suggère fortement que le travail en Alberta a été effectué une partie de l’année. Ce phénomène porte à croire que les personnes ayant travaillé une partie de l’année étaient fortement biaisées en faveur du seuil inférieur de la distribution des revenus de T4 de l’Alberta. Par conséquent, bien que certains employés interprovinciaux aient gagné des salaires élevés en Alberta, les revenus étaient plutôt modestes pour bon nombre d’entre eux, du moins en partie parce qu’ils ont travaillé dans la province une partie de l’année seulement. C’est un facteur à garder à l’esprit, sachant que même si les employés interprovinciaux représentent de 5,7 % à 6,2 % de la main-d’oeuvre des T4 de l’Alberta, seulement 3,4 % à 3,6 % des revenus de T4 de l’Alberta en 2008 leur ont été versés.

Les employés interprovinciaux qui ont gagné des revenus de T4 exclusivement de l’Alberta étaient représentés de façon plus uniforme dans l'ensemble de la distribution des revenus. C’est d'ailleurs dans ce groupe que se trouvent les personnes à revenus plus élevés. Chez les employés interprovinciaux de sexe masculin qui travaillaient exclusivement en Alberta, les revenus médians de ceux qui travaillaient dans le secteur de la construction ou de l’extraction pétrolière et gazière se situaient respectivement aux alentours de 51 000 $ à 60 000 $, et un homme sur quatre dans ces industries gagnait des revenus annuels dépassant respectivement 86 000 $ ou 96 000 $.

En Alberta, les employés interprovinciaux étaient une source importante d’offre de main-d’oeuvre pendant une bonne partie des années 2000. En 2008, ces employés représentaient 10 % ou plus de l’emploi total dans les secteurs de la construction, de l’extraction pétrolière et gazière ainsi que de l’agriculture, de la foresterie et de la pêche. Dans bien d’autres industries, les employés interprovinciaux représentaient de 5 % à 10 % de la main-d’oeuvre. Cette année-là, 13 % des entreprises exploitées en Alberta comptaient au moins un employé interprovincial. Dans ce sous-ensemble d’entreprises, un peu moins de 20 % des revenus de T4 de l’Alberta ont été versés à des employés interprovinciaux.

De plus, tout comme l’emploi interprovincial est important pour certaines entreprises, il est certainement important pour certaines personnes et leurs familles. Par exemple, chez les employés interprovinciaux qui étaient mariés ou qui vivaient en union libre, les revenus de l’Alberta représentaient plus de la moitié de leurs revenus familiaux pendant l’année, en moyenne. À cet égard, les relations de travail et leurs dimensions financières s’échelonnaient sur de longues distances. Bien sûr, l’absence d’un partenaire (ou parent) du domicile pendant de longues périodes peut également avoir eu d’autres conséquences.

Finalement, bien que le thème de ce rapport soit l’emploi interprovincial en Alberta, l’ampleur de l’adaptation au marché du travail par la mobilité professionnelle dans les autres provinces, territoires et régions mérite des recherches approfondies.

8   Tableaux en annexe

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