Émissions de gaz à effet de serre – une perspective sur les ménages canadiens

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Alison Clark Milito et Gabriel Gagnon, Division des comptes et de la statistique de l'environnement

Les ménages contribuent de deux façons aux émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada. Les émissions directes provenant de la consommation de carburants et de combustibles de chauffage comptent pour près du tiers des émissions des ménages, alors que les émissions indirectes attribuables à la production des biens et services consommés par les ménages représentent le reste (voir les définitions dans l'encadré). Les deux types d'émissions, à savoir directes et indirectes, présentent une image plus complète des émissions de GES associées aux activités des ménages.

Ensemble, les émissions directes et indirectes des ménages ont représenté 46 % de toutes les émissions de GES du Canada en 20041. Globalement, ces émissions ont augmenté de 13 % entre 1990 et 2004, passant de 285 884 kilotonnes (kt) à 321 727 kt.

Entre 1990 et 2004, l'intensité des émissions de GES des ménages a diminué de 22 % (graphique 1). Cette situation a été partiellement attribuable à une production plus efficace des biens et services par les industries ainsi qu'aux améliorations apportées à l'efficacité énergétique des habitations. Cependant, les dépenses par personne ont progressé de 25 % pendant la même période. Cette augmentation des dépenses a fait croître de 10 % les émissions indirectes de GES des ménages. Conjuguée à la hausse de 16 % des émissions directes des ménages, cette croissance a neutralisé la plus grande partie des gains d'efficience. Tous ces effets combinés n'ont à peu près pas fait varier les émissions par habitant entre 1990 et 2004.

Graphique 1 Les émissions par habitant demeurent stables malgré une efficacité accrue

Graphique 1
Les émissions par habitant demeurent stables malgré une efficacité accrue

Quelles sont les émissions directes des ménages canadiens?
À combien s'élèvent au total les émissions indirectes liées à nos achats?

Ce que vous devriez savoir au sujet de la présente étude

Les données utilisées pour cet article proviennent des Comptes des flux de matières et d'énergie (CFME) de Statistique Canada, qui intègrent les données environnementales aux données économiques du Système de comptabilité nationale du Canada (SCNC). Le SCNC est la source de quelques-uns des plus importants indicateurs de l'activité économique établis par Statistique Canada, notamment celui sur le produit intérieur brut (PIB). Le SCNC se compose entre autres des comptes d'entrées-sorties (ES) qui servent à calculer des statistiques fort détaillées sur la production et la consommation pour 303 branches d'activité, 719 biens et services et 170 catégories de la demande finale.

Les CFME se conforment au cadre de comptabilité des ES et ont pour but de surveiller l'utilisation de l'énergie et la production des émissions par branche d'activité et par secteur de la demande finale. Le couplage entre les flux se fait par la classification type des branches d'activité et des produits des tableaux d'ES. Ce couplage permet d'analyser l'interdépendance entre l'activité économique et les émissions de gaz à effet de serre (GES). Le présent article analyse les émissions de GES qui font partie des CFME. Les émissions totales de GES dans les comptes ont augmenté de 24 % entre 1990 et 2004, passant de 571 076 kilotonnes (kt) à 706 660 kt.

Les lecteurs remarqueront que les estimations d'émissions précisées dans ce document diffèrent des totaux figurant dans la présentation officielle d'Environnement Canada à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Ce fait est attribuable aux ajustements qui doivent être apportés à la sectorialisation et aux définitions du Rapport d'inventaire national afin d'assurer la conformité avec les exigences du SCNC.

Par ailleurs, les comptes utilisés dans le cadre de la présente analyse ne comprennent que les trois principaux GES, à savoir le dioxyde de carbone, le méthane et l'oxyde nitreux, et ils ne comprennent pas les émissions causées par la décomposition ou l'incinération de déchets. Le total des émissions de GES rapporté dans le Rapport d'inventaire national d'Environnement Canada a augmenté de 25,4 % entre 1990 et 2004, passant de 592 000 kt à 743 000 kt.

Les coefficients d'émission d'Environnement Canada sont appliqués aux données du compte d'utilisation d'énergie de Statistique Canada, qui s'appuient également sur les cadres des branches d'activité et des produits du SCNC. Les données sur l'utilisation de l'énergie proviennent principalement de l'Enquête sur la consommation industrielle d'énergie de Statistique Canada, d'enquêtes sur le transport, du Bulletin sur la disponibilité et l'écoulement d'énergie au Canada et du Recensement des mines effectué par Ressources naturelles Canada. D'autres estimations des émissions qui ne sont pas liées à la consommation de combustibles fossiles sont tirées directement de l'inventaire des GES d'Environnement Canada et appliquées aux industries appropriées dans le Système de comptabilité nationale. Le chapitre 4 de la publication Concepts, sources et méthodes du Système des comptes de l'environnement et des ressources du Canada (16-505-G, gratuit), décrit en détail le cadre conceptuel, les sources de données et les méthodes empiriques utilisés dans cette étude.

Définitions :

Les émissions directes des ménages sont les gaz à effet de serre émis lorsque les gens conduisent leurs véhicules à des fins privées et qu'ils chauffent leur maison à l'aide de combustibles fossiles.

Les émissions indirectes des ménages sont les gaz à effet de serre que les industries émettent pour produire les biens et services que les gens achètent pour leur consommation.

L'intensité des émissions des ménages correspond à la somme totale des émissions directes et indirectes des ménages divisée par les dépenses totales (dépenses personnelles) en dollars des ménages.

Quelles sont les émissions directes des ménages canadiens?

Environ le tiers de toutes les émissions des ménages proviennent de la consommation de carburants et de combustibles domestiques.

Les émissions des ménages attribuables à la consommation de carburants ont augmenté de 29 % entre 1990 et 2004, passant de 55 770 kt à 71 873 kt, tandis que les émissions provenant des combustibles domestiques sont demeurées relativement stables.

La consommation de carburants est la plus importante source d'émissions directes attribuables aux ménages. L'augmentation des émissions associées aux carburants a dépassé pendant cette période la croissance de 16 % de la population, traduisant ainsi la popularité accrue des gros véhicules automobiles plus énergivores. Les ventes de camions2 ont progressé de 74 % entre 1990 et 2004 (graphique 2).

Graphique 2 Les ventes de camions neufs en hausse de 74 % depuis 1990

Graphique 2
Les ventes de camions neufs en hausse de 74 % depuis 1990

Le gaz naturel et le mazout de chauffage ont représenté 58 % de l'énergie consommée dans les logements canadiens en 2004, figurant pour 99 % des émissions attribuables à l'utilisation des combustibles domestiques3. Selon les plus récentes comparaisons internationales, le Canada se classe troisième des pays du G8, tout juste derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne, pour ce qui est des émissions directes de GES résidentielles par habitant (graphique 3).

Graphique 3 Les émissions canadiennes par habitant de GES issues des combustibles domestiques figurent au 3e rang des pays du G8, 2005

Graphique 3
Les émissions canadiennes par habitant de GES issues des combustibles domestiques figurent au 3e rang des pays du G8, 2005

Entre 1990 et 2004, les émissions attribuables à la consommation de gaz naturel ont progressé de 22 %, tandis que celles découlant de la consommation de mazout de chauffage ont diminué de 43 % (graphique 4). En 2004, les émissions provenant de l'utilisation des combustibles domestiques ont été de 1 % inférieures à celles de 1990 malgré une augmentation de 10 % de la consommation totale de combustibles pendant la même période. La conversion à des appareils de chauffage et de refroidissement plus éconergétiques de même que le remplacement du mazout par du gaz naturel, dont l'émission de carbones est moins intensive4, expliquent la stabilité relative des émissions attribuables à la consommation de combustibles par les ménages.

Graphique 4 La substitution du mazout de chauffage vers le gaz naturel a aidé à stabiliser les émissions associées à la consommation de carburant à domicile

Graphique 4
La substitution du mazout de chauffage vers le gaz naturel a aidé à stabiliser les émissions associées à la consommation de carburant à domicile

À combien s'élèvent au total les émissions indirectes liées à nos achats?

Près des deux tiers de toutes les émissions de GES des ménages proviennent de la production industrielle des biens et services qu'achètent les ménages (tableau 1). Les GES émis au pays pour répondre à la demande de biens et services des ménages ont augmenté de 11 % entre 1990 et 2004, passant de 189 168 kt à 209 249 kt (graphique 5).

Tableau 1 Émissions canadiennes de gaz à effet de serre attribuables aux dépenses et à la consommation des ménages, 2004p

Tableau 1
Émissions canadiennes de gaz à effet de serre attribuables aux dépenses et à la consommation des ménages, 2004p

Graphique 5 Les deux tiers des émissions de GES des ménages proviennent des achats de biens et services

Graphique 5
Les deux tiers des émissions de GES des ménages proviennent des achats de biens et services

En 2004, 66 % de toutes les émissions indirectes des ménages étaient associées à la production de biens (137 074 kt), le reste s'expliquant par la production des services (72 174 kt). Cette proportion était de 72 % pour les biens et de 28 % pour les services en 1990.

Les biens et services de consommation qui ont donné lieu aux plus fortes émissions indirectes de GES en 2004 ont été l'électricité, les aliments et boissons non alcoolisées, les repas pris au restaurant et les hôtels, de même que les carburants et les lubrifiants. Ces quatre catégories ont représenté 54 % de toutes les émissions indirectes des ménages. Par contre, elles ont figuré pour tout juste 21 % de toutes les dépenses des ménages (tableau 2).

Achats de biens et services provoquant les plus importantes émissions indirectes des ménages, 2004p

Tableau 2
Achats de biens et services provoquant les plus importantes émissions indirectes des ménages, 2004p

Achats d'électricité

L'électricité représente 42 % de toute l'énergie consommée dans les maisons, mais il n'y a pas émission directe de GES chaque fois qu'un ménage allume une lumière. Cependant, il y a émission de GES lorsque l'électricité est produite à partir de combustibles fossiles. Environ le quart de l'électricité au Canada est produite à l'aide de combustibles fossiles5, comme le charbon et le gaz naturel. L'industrie de l'électricité est le principal émetteur de gaz à effet de serre au Canada.

La consommation d'électricité a donné lieu aux plus fortes émissions indirectes de la part des ménages en 2004, même si elle représentait une fraction modeste (2 %) de toutes les dépenses des ménages. Cette situation est attribuable aux émissions élevées associées à la production de l'électricité.

Achats d'aliments et de boissons non alcoolisées

Les achats d'aliments et de boissons non alcoolisées par les ménages constituent la deuxième source indirecte de gaz à effet de serre. Cette situation traduit bien l'importance des aliments et des boissons non alcoolisées dans les dépenses globales des ménages (9 % en 2004) et la relation entre ces biens et l'industrie agricole, l'un des secteurs économiques dégageant les plus fortes intensités de GES.

Services de restauration et d'hébergement

Les dépenses personnelles dans les restaurants et les hôtels représentent la troisième source d'émissions indirectes. Même si l'intensité des émissions de carbone associée aux domaines de la restauration et de l'hébergement n'est pas très élevée (0,317 kt/millions de dollars), l'importance de cette catégorie demeure élevée en raison des fortes dépenses que lui consacrent les ménages (50 milliards de dollars en 2004). Les émissions de GES rattachées à l'utilisation des services de restauration et d'hébergement sont principalement liées à la production des aliments et de l'électricité, facteurs nécessaires afin de générer ces services.

Achats de carburants et de lubrifiants pour véhicules

Les émissions libérées pendant la production de carburants et de lubrifiants destinés à répondre à la demande des ménages correspondent presque à celles qui découlent des dépenses dans les restaurants et les hôtels, même si les dépenses des ménages sont inférieures de 51 % dans cette catégorie (tableau 2). Cette situation s'explique par la plus forte intensité des émissions liée à l'achat de carburants et de lubrifiants (0,624 kt/millions de dollars).


Notes :

  1. Le reste des émissions totales, soit 54 %, provenait de la production industrielle pour répondre à la demande en biens et services d'autres consommateurs (les exportations aux pays étrangers par exemple) et des émissions rattachées aux activités gouvernementales.
  2. Comprennent les camions légers, les fourgonnettes et les véhicules utilitaires sport.
  3. L'électricité représente la tranche restante (42 %) de l'énergie totale consommée dans les maisons, mais sa consommation ne produit pas directement d'émissions de gaz à effet de serre. Voir : Statistique Canada, tableau CANSIM 153-0032, site consulté le 25 septembre 2008.
  4. Le mazout de chauffage produit 47 % de dioxyde de carbone de plus par unité d'énergie (73,11 tonnes/terajoule) que le gaz naturel (49,68 tonnes/terajoules) lorsqu'il est brûlé. Voir : A.P. Jaques, 1992, Estimations des émissions de gaz provoquant l'effet de serre au Canada en 1990, Environnement Canada.
  5. Statistique Canada, tableau CANSIM 127-0001, site consulté le 24 septembre 2008.
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