La modélisation espace-état appliquée aux séries chronologiques de l’Enquête sur la population active des Pays-Bas : sélection de modèles et estimation de l’erreur quadratique moyenne
Section 2. Enquête sur la population active des Pays-Bas
2.1 Plan de sondage
L’Enquête sur la population active (EPA) des Pays-Bas repose sur un plan de sondage avec renouvellement de panel depuis
octobre 1999. Chaque mois, on prélève un échantillon d’adresses selon un
plan d’échantillonnage stratifié à deux degrés. Les strates correspondent
géographiquement à des régions. Les municipalités sont les unités primaires
d’échantillonnage et les adresses, les unités secondaires. Tous les ménages
résidant à une adresse sont compris dans l’échantillon. Nous considérerons ici
les données d’observation de l’EPA entre janvier 2001 et juin 2010,
période où on a recueilli les données de la première vague par des interviews
sur place assistées par ordinateur (IPAO) et par les soins d’intervieweurs
visitant à domicile les ménages échantillonnés. Après un maximum de six
tentatives, l’intervieweur dépose une lettre pour le répondant, lui demandant
d’appeler pour prendre rendez-vous. Quand un membre d’un ménage ne peut être
contacté, on permet une interview par substitution auprès des membres du même
ménage. Les répondants sont interviewés à nouveau à quatre reprises, à des
intervalles trimestriels. Au cours de ces quatre vagues subséquentes, les
données sont recueillies par interview téléphonique assistée par ordinateur
(ITAO) et les personnes répondent à un questionnaire condensé permettant d’établir
tout changement de leur situation sur le marché du travail. Les interviews par
substitution sont permises. Les numéros de téléphone cellulaire et les numéros confidentiels
de lignes terrestres sont recueillis dès la première vague pour prévenir toute
érosion du panel. Au début de l’application du plan de sondage avec
renouvellement de panel pour l’EPA, la taille brute d’échantillon était
d’environ 6 200 adresses par mois en moyenne et, dans environ 65 %
des cas, il s’agissait de ménages qui répondaient entièrement. Les taux de
réponse des vagues qui suivent sont d’environ 90 % du taux de la vague qui
précède.
L’estimateur par la régression généralisée (ERG) (Särndal et coll.
1992) est appliqué pour estimer la population active en chômage totale. Cet
estimateur tient compte de la complexité du plan d’échantillonnage et exploite
l’information auxiliaire disponible dans les registres pour corriger, du moins
en partie, toute non-réponse sélective. Soit
l’ERG du nombre total de
chômeurs dans le mois
pour la
vague de répondants. On
obtient cinq estimations semblables par mois, chacune étant directement fondée
sur l’échantillon ayant accédé à l’enquête dans le mois
L’estimateur ERG de ce total
de population se définit ainsi :
où
représente les observations de l’échantillon
avec 1 si la
personne dans le
ménage est en chômage et avec zéro dans les autres cas;
est le nombre de personnes de 15 ans et
plus dans le
ménage; enfin, les
sont les poids de régression du ménage
au moment
La méthode de Lemaître et Dufour (1987) sert à
l’obtention de poids égaux pour toutes les personnes appartenant à un même
ménage :
où
est la probabilité d’inclusion du ménage
au moment
la taille du ménage
au moment
et
étant un vecteur de
dimensions avec l’information auxiliaire de modèle de
pondération sur la
personne dans le
ménage au moment
Le vecteur
contient les totaux de population des
variables auxiliaires. Le modèle de pondération est défini par les variables
suivantes (le nombre de catégories figure entre parenthèses):
âge(5)sexe + région(44)+ sexe(2)
âge(21)+âge(5)
état
matrimonial(2)+ ethnicité(8), où
désigne l’interaction des variables et où
âge(5)sexe est une variable en huit classes avec l’âge en cinq catégories, dont
les deuxième, troisième et quatrième se détaillent pour les deux sexes.
La variance de l’estimateur ERG
est ainsi approchée :
où
les résidus ERG sont
est le nombre de ménages dans la strate
étant le nombre total de strates). Le vecteur
est un estimateur du type Horvitz-Thompson du
coefficient de régression qui vient de la régression de la variable cible sur
les variables auxiliaires de l’échantillon.
2.2 Le modèle SCS de l’EPA
Il y a deux raisons pour lesquelles Statistics Netherlands a décidé de
passer à un modèle de production fondé sur les séries chronologiques, en juin
2010. La première était que l’échantillon de l’EPA était de trop petite taille pour
produire des estimations mensuelles. Puisque l’échantillon dans la première
vague était constitué d’environ 4 000 ménages, en moyenne, les estimations
ERG de la population active en chômage présentaient un coefficient de variation
d’environ 4 % à l’échelon national, ce qui était jugé trop instable pour
la publication des statistiques officielles. Il faut aussi dire que les
chiffres mensuels du chômage doivent être diffusés pour six domaines en
fonction d’une classification sexe-âge. Les estimations fondées sur le plan pour
ces domaines présentent des coefficients de variation bien plus élevés. Une
autre difficulté avec l’EPA est ce que l’on appelle le biais de renouvellement
de l’échantillon (BRE), c’est-à-dire les différences systématiques entre les
estimations issues des différentes vagues (voir, par exemple, Bailar 1975, ou
Pfeffermann 1991). Parmi les explications courantes de ce biais figurent l'érosion de l’échantillon, les effets d’échantillon longitudinal et les
différences entre les questionnaires et les modes propres aux diverses vagues
successives. Dans le cas de l’EPA, on présume que les estimations de la
première vague sont les plus fiables et que celles des vagues subséquentes sous-estiment
systématiquement les effectifs de chômeurs. Pour un examen plus détaillé, voir
van den Brakel et Krieg (2009).
Les deux problèmes sont résolus avec le modèle SCS qui utilise en entrée
cinq séries d’estimations ERG pour les cinq vagues considérées. Dans cette
modélisation, on décompose une série observée en plusieurs composantes
inobservées (tendance et composante saisonnière, par exemple). On peut employer
le filtre de Kalman, en combinaison facultative avec un algorithme de lissage,
pour extraire ces composantes de la série chronologique observée. C’est ainsi
qu’on sépare les estimations des composantes définissant le signal du chômage
de la variance inexpliquée du paramètre de population, ainsi que de la variance
d’échantillonnage. Cela donne généralement des estimations ponctuelles moins instables
et des erreurs-types bien moindres que celles qui caractérisent les estimations
ERG. En modélisant les différences systématiques entre les cinq séries en
entrée, le modèle tient aussi compte du biais de renouvellement du panel.
Dans chaque mois
un vecteur à cinq dimensions
est observé. Il contient les
estimations ERG de nombre total de chômeurs pour les cinq vagues considérées.
En se fondant sur Pfeffermann (1991), van den Brakel et Krieg (2009) ont conçu
le modèle suivant pour les estimations ERG
où
est un vecteur colonne à cinq dimensions de
uns, où
est le paramètre réel de population (scalaire)
qui est inconnu, où
est un vecteur contenant des variables d’état
pour le BRE et enfin où
est un vecteur des erreurs d’enquête en
corrélation avec les erreurs correspondantes des vagues antérieures (nous
présentons cette structure plus loin). Pour le paramètre réel de population,
nous posons que
soit la somme d’une tendance stochastique
d’une composante saisonnière stochastique
et d’une composante irrégulière
Dans le cas de la tendance stochastique
nous posons ce qu’on appelle
le modèle de lissage de la tendance :
où
et
correspondent au niveau et à la pente du
paramètre réel de population; le terme de perturbation de la pente présente la
distribution suivante :
Pour la composante saisonnière
nous posons le modèle
trigonométrique :
où chacune de ces six harmoniques suit le processus
suivant :
étant la
fréquence saisonnière,
Nous posons que les termes stochastiques
et
à espérance nulle sont normalement et
indépendamment distribués et présentent la même variance dans et entre tous les
harmoniques :
La deuxième composante en (2.4) est le biais de renouvellement (BRE).
Nous posons que la première vague est sans biais, ainsi que l’expliquent van
den Brakel et Krieg (2009). Les BRE des vagues qui suivent sont fonction du
temps et se modélisent comme des processus à marche aléatoire. On justifie le
tout en disant que les procédures de terrain subissent de fréquents changements
et que, par ailleurs, les taux de réponse évoluent progressivement dans le
temps, ce qui rend le BRE tributaire du temps, comme l’illustrent van den
Brakel et Krieg (2015) (voir la figure 4.3). Le vecteur BRE des cinq
vagues peut s’écrire ainsi :
avec :
Nous posons que les perturbations BRE ne sont pas corrélées entre
les vagues et que leur distribution est normale, c’est-à-dire
avec égalité des variances
dans les quatre vagues.
La dernière composante en (2.4) est celle des erreurs d’enquête pour
les cinq estimations ERG, c’est-à-dire
Pour tenir compte de
l’hétérogénéité des erreurs d’échantillonnage causée par les variations
temporelles de taille d’échantillon, nous modélisons ces erreurs en proportion
des erreurs-types fondées sur le plan, d’après le modèle d’erreur de mesure
proposé par Binder et Dick (1990), c’est-à-dire
où
et
sont des erreurs
d’échantillonnage réduites ou normalisées en fonction d’un processus
stationnaire que nous définirons plus loin. Ici, les
sont les estimations des
variances, fondées sur le plan, qui sont
tirées des microdonnées en (2.3). Ils sont traités comme variances
d’échantillonnage connues a priori dans le modèle SCS.
Comme l’échantillon de la première vague n’est pas en chevauchement
avec les échantillons observés par le passé, les
peuvent se modéliser comme du
bruit blanc avec
et
La variance des erreurs
d’échantillonnage
sera égale à la variance des
estimations ERG si l’estimation de maximum de vraisemblance des
est à peu près égale à
l’unité.
Dans les vagues qui suivent, les erreurs d’enquête sont en
corrélation avec les erreurs d’enquête des vagues antérieures. Nous estimons le
coefficient d’autocorrélation à partir des données d’enquête par la méthode que
proposent Pfeffermann, Feder et Signorelli (1998). La structure
d’autocorrélation est mise en modélisation autorégressive AR(1) et le
coefficient d’autocorrélation s’obtient par les équations de Yule-Walker (van
den Brakel et Krieg 2009):
Nous posons que le coefficient d’autocorrélation du premier ordre
est commun aux quatre vagues. Son estimation fait fonction d’information a
priori dans le modèle. Comme
représente un processus
AR(1),
La variance de l’erreur d’échantillonnage
correspond approximativement
à
si l’estimation de maximum de
vraisemblance des
est à peu près égale à
Nous posons cinq
hyperparamètres différents
pour les erreurs
d’échantillonnage comme composantes des cinq vagues.
Nous regroupons les variances de perturbation avec le paramètre
d’autocorrélation
dans un vecteur
d’hyperparamètres appelé
le vecteur contenant
seulement les variances de perturbation est
Pour éviter les estimations
négatives, nous estimons à l’échelle logarithmique les hyperparamètres des
variances de perturbation dans
Nous employons la méthode du
quasi-maximum de vraisemblance (voir, par exemple, Harvey 1989) où on traite
les estimations
comme étant connues. Dans
cette étude, l’analyse numérique se fait avec OxMetrics 5 (Doornik 2007) en
combinaison avec le progiciel SsfPack 3.0 (Koopman, Shephard et Doornik
2008).