Répartition optimale pour une enquête téléphonique à base de sondage double
4. Comparaison du protocole d’interview exhaustive et du protocole de présélectionRépartition optimale pour une enquête téléphonique à base de sondage double
4. Comparaison du protocole d’interview exhaustive et du protocole de présélection
Nous allons comparer le protocole
d’interview exhaustive et le protocole de présélection pour déterminer lequel
est le moins coûteux ou le plus efficient. Ce genre de comparaison peut fournir
des indications pratiques aux concepteurs des futures enquêtes téléphoniques à
base de sondage double.
4.1 Comparaison
des variances minimales et des coûts minimaux
Si l’on fixe le coût ou la variance, le
rapport suivant donne une mesure d’appréciation de l’efficience :
Les
valeurs inférieures à 1,0 favorisent l’approche de présélection, tandis que les
valeurs supérieures à 1,0 favorisent l’approche exhaustive.
Nous allons illustrer l’efficience à
l’aide de six scénarios concernant une enquête auprès d’une population
hypothétique d’adultes. Pour tous les scénarios, la taille de la population est
tirée de la Current Population Survey de mars 2010 (http://www.census.gov/cps/data/), et les proportions de
population par situation d’usage du téléphone proviennent de la National Health Interview Survey couvrant
la période de janvier à juin 2010 (Blumberg et Luke 2010). Les valeurs sont
et
Pour tous les scénarios, l’objet de l’enquête
est l’estimation du nombre total d’adultes ayant un certain attribut.
Les
hypothèses propres aux scénarios sont présentées dans le tableau suivant :
Tableau 4.1
Définition des six scénarios pour une population hypothétique d’adultes Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Définition des six scénarios pour une population hypothétique d’adultes . Les données sont présentées selon Scénarios (titres de rangée) et XXXXX(figurant comme en-tête de colonne).
Scénarios
1
0,791
0,750
0,800
0,750
0,784
2
0,759
0,800
0,750
0,750
0,750
3
0,500
0,500
0,500
0,500
0,500
4
0,518
0,600
0,500
0,400
0,469
5
0,209
0,250
0,200
0,250
0,216
6
0,241
0,200
0,250
0,250
0,250
Les moyennes correspondent aux
proportions d’adultes dotés de l’attribut. Le scénario 1 concerne une
population où les moyennes des domaines sont similaires, la moyenne du domaine
F-et-M étant légèrement supérieure aux moyennes des populations EXM et EXF. Le
scénario 2 concerne une population où la moyenne du domaine EXF est légèrement
supérieure aux moyennes des domaines des autres situations d’usage du
téléphone. Le scénario 3 correspond à une population où les moyennes de tous
les domaines de situation d’usage du téléphone sont égales. Le scénario 4 correspond
à une population où la moyenne du domaine EXF est beaucoup plus grande que la
moyenne du domaine EXM. Les scénarios 5 et 6 correspondent aux scénarios 1 et
2, respectivement, sauf que les moyennes sont égales à un (1) moins la moyenne
correspondante. La moyenne du domaine EXM décroît du scénario 1 au scénario 6.
Nous avons sélectionné les six
scénarios pour illustrer les diverses conditions dans lesquelles les moyennes
des domaines EXM, EXF et F-et-M diffèrent. Des différences peuvent survenir du
fait que les jeunes adultes, les Hispaniques, les adultes en simple
cohabitation sans lien de parenté, les adultes locataires, et les adultes qui
vivent dans la pauvreté ont tendance à appartenir à la catégorie EXM (Blumberg et
Luke 2013). Pour se faire une idée plus précise des efficiences relatives de la
démarche de l’interview exhaustive et de celle de la présélection, les
concepteurs des futures enquêtes pourront reprendre nos calculs sur des
scénarios de leur cru qu’il leur appartiendra de préciser, quitte à les adapter
aux conditions particulières de leurs applications.
Les six scénarios seront évalués à
l’aune de trois structures de coûts hypothétiques. Ces structures de coûts
servent à éclairer les diverses conditions dans lesquelles le coût unitaire de
la présélection est élevé ou peu élevé par rapport au coût unitaire de
l’interview de l’enquête, les structures de coûts 1 à 3 prenant en compte, dans
cet ordre, des coûts de présélection relatifs croissants. Tous les éléments de
coût sont exprimés en heures d’interview :
Structure de coût 1 :
et
Structure
de coût 2 :
et
Structure
de coût 3 :
et
Tous
ces scénarios tiennent compte du fait qu’une interview par téléphone mobile
prend deux fois plus de temps par répondant qu’une interview par téléphone fixe.
Les courbes d’efficience correspondant
aux différents scénarios pour la première structure de coût sont tracées dans
la figure 4.1. Nous avons dressé des graphiques similaires pour les deuxième et
troisième structures de coût, mais nous ne pouvons les présenter ici, faute d’espace.
Description de la figure 4.1
Figure présentant les courbes de l’efficience en fonction du paramètre pour chacun des six scénarios, pour la première structure de coût. L’efficience est sur l’axe des y, allant de 0,50 à 0,95. Le paramètre est sur l’axe des x, allant de 0,05 à 0,95. Les courbes sont convexes. L’efficience est minimale pour pour les scénarios 3 à 6 et pour pour les scénarios 1 et 2. L’efficience maximale est d’environ 0,92 pour le scénario 1 et 0,89 pour le scénario 2, avec Pour le scénario 3, elle est d’environ 0,82 avec Pour les scénarios 4, 5 et 6, l’efficience maximale est respectivement d’environ 0,80, 0,79 et 0,75 lorsque
Pour
la structure de coût 1, c’est l’approche de présélection qui donne la variance
la plus faible à coût fixe, et ce, pour les six scénarios. Pour la structure de
coût 3, où le coût de présélection unitaire est beaucoup plus élevé en termes
relatifs que dans la structure de coût 1, l’approche exhaustive donne la
variance la plus faible dans la moitié des scénarios de population. Pour la
structure de coût 2, qui comprend un niveau intermédiaire de coût de
présélection, l’approche de présélection l’emporte sur l’approche exhaustive
pour tous les scénarios, sauf le scénario 1, où les deux approches sont
d’efficience presque égale.
L’expression de l’efficience
donnée en (4.1) permet d’appréhender la
comparaison du protocole d’interview exhaustive et du protocole de
présélection. Le coût de présélection unitaire n’intervient que dans le terme
du numérateur de
Pour un scénario donné donc, si le coût de
présélection augmente, la valeur de
ne peut qu’augmenter. Si les coûts de
présélection sont faibles,
peut être inférieur à 1,0, auquel cas on
privilégiera le protocole de présélection. De même, des coûts de présélection
élevés peuvent faire en sorte que
dépasse 1,0, auquel cas on devra privilégier
le protocole d’interview exhaustive.
Il est aussi utile d’étudier le sens de
la variation de l’efficience
en fonction des moyennes de
domaine (c’est-à-dire des proportions de domaine) pour une structure de coût
donnée. L’identité (4.1) et les définitions des composantes de la variance
montrent bien que, tant que les écarts entre les moyennes de domaine restent
raisonnables, la variation des moyennes de domaine
et
n’aura que peu d’incidence, relativement, sur
et
de sorte que
aura tendance à varier
directement en fonction de
lequel dépend à son tour du
rapport
du domaine EXM. Plus la moyenne est faible
dans le domaine EXM, plus le rapport sera petit, et plus
le sera aussi, par contrecoup. Ainsi, pour
chaque structure,
prend des valeurs plus faibles dans les
scénarios 5 et 6 que dans les scénarios 1 et 2, et des valeurs moyennes dans
les scénarios 3 et 4, comme on peut le constater.
Pour le protocole d’interview
exhaustive, on obtient les
optimaux aux points où les
courbes d’efficience passent par leur valeur maximale. Le tableau 4.2 donne les
tailles d’échantillon optimales et les paramètres
optimaux pour chaque scénario et structure de
coût, dans l’hypothèse d’un budget fixe de 1 000 heures d’interview. Pour
le protocole de présélection, nous pouvons espérer effectuer en moyenne
interviews par téléphone mobile. Pour tous les
scénarios de population et toutes les structures de coût étudiés ici, le nombre
d’interviews achevées par téléphone mobile est plus faible dans le cas du
protocole de présélection que dans celui du protocole d’interview exhaustive. Ce
dernier utilise des ressources pour interroger des cas F-et-M dans les deux
échantillons et requiert un plus grand nombre d’interviews par téléphone mobile
pour bien représenter les cas EXM. Par ailleurs, si le protocole de
présélection est plus efficient pour interviewer les cas EXM, il nécessite, en
contrepartie, des ressources pour les interviews de présélection. Les
optimaux se situent dans l’intervalle de
valeurs de 0,4 à 0,6, et la variance dans le cas du protocole d’interview
exhaustive tombe bien dans cet intervalle. Nous examinerons cette question à la
section 4.2.
En résumé, ces illustrations nous permettent
de conclure que l’approche de présélection est souvent plus efficiente que
l’approche exhaustive. Une augmentation du coût de la présélection par rapport
au coût de l’interview peut toutefois faire pencher la balance en faveur de
l’approche exhaustive. On privilégiera cette dernière dans les enquêtes où la
présélection coûte très cher, en termes relatifs; autrement, la préférence ira
à l’approche de présélection. L’approche de présélection aura tendance à être
plus efficiente pour les petites valeurs de la moyenne du domaine EXM que pour
les grandes valeurs de cette moyenne.
Tableau 4.2
Tailles d’échantillon et valeurs optimales de p pour l’approche exhaustive et l’approche de présélection Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tailles d’échantillon et valeurs optimales de p pour l’approche exhaustive et l’approche de présélection . Les données sont présentées selon Structure de coût (titres de rangée) et Approche de présélection et Approche exhaustive, calculées selon XXXXX unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Structure de coût
Approche de présélection
Approche exhaustive
Scénario 1
1
494
747
234
0,45
337
331
2
469
641
201
0,45
337
331
3
431
505
159
0,45
337
331
Scénario 2
1
506
728
229
0,45
339
330
2
481
626
197
0,45
339
330
3
443
494
155
0,45
339
330
Scénario 3
1
583
615
193
0,50
344
328
2
559
533
167
0,50
344
328
3
520
425
134
0,50
344
328
Scénario 4
1
605
582
183
0,55
377
312
2
581
506
159
0,55
377
312
3
543
405
127
0,55
377
312
Scénario 5
1
606
581
182
0,55
358
321
2
582
505
159
0,55
358
321
3
544
404
127
0,55
358
321
Scénario 6
1
618
563
177
0,55
354
323
2
594
490
154
0,55
354
323
3
557
393
123
0,55
354
323
4.2 Choix
du paramètre de composition
pour le protocole d’interview exhaustive
La répartition optimale étant fonction
du paramètre de composition, il importe d’aborder le choix de ce paramètre. Nous
avons vu que la variance est peu sensible au choix de
dans un voisinage raisonnable du
optimal. Même si la valeur
exacte du
optimal n’est jamais connue en pratique, nous
allons présenter dans cette partie une méthode pratique que les statisticiens
peuvent utiliser pour sélectionner une valeur raisonnable de
qui se rapproche de l’optimum.
L’échantillon de lignes mobiles et l’échantillon
de lignes fixes fournissent chacun un estimateur de départ du total du domaine
F-et-T. Le paramètre
sert ensuite à composer un
estimateur aux performances supérieures pour ce domaine en combinant les
estimateurs de départ. Si l’estimateur obtenu à partir de l’échantillon de
lignes fixes est le plus précis des deux estimateurs de départ,
devrait être relativement
grand, et inversement, si l’estimateur obtenu à partir de l’échantillon de
lignes mobiles l’emporte en précision, alors
devrait être relativement
grand. Il est donc logique, d’un point de vue statistique, de considérer la
valeur de
qui est proportionnelle à l’espérance de la
taille de l’échantillon dans le domaine du double usage, c’est-à-dire
où la répartition optimale
est fondée sur ce choix de
Ainsi,
est une solution de l’équation
et
et
sont définis
à leur tour en fonction de
L’équation (4.2) fait apparaître que
dépend de la variable d’intérêt
Or, cette dépendance rend ce
choix de
inopérant en pratique, puisqu’il en résultera
des tailles d’échantillon et des poids de sondage différents selon la variable
d’intérêt. Pour avoir une solution pratique, on peut donc envisager de prendre
le
qui correspond à la variable étudiée
(le total de la population correspondant à
cette variable est simplement le nombre total d’unités qui existent dans les deux
bases de sondage, chaque unité n’étant comptée qu’une seule fois). Dans cette
approche,
est une solution de l’équation :
Pour les structures de coût considérées dans cette section,
le
correspondant est 0,52. Dans la figure 4.1, on voit que
cette valeur est très proche du
optimal pour les
divers scénarios, sans qu’il y ait de perte sensible d’efficience. Une autre
façon de procéder serait d’évaluer (4.2) pour un petit ensemble formé des
éléments les plus importants de l’enquête, de choisir une valeur de
qui réalise un bon compromis, et de définir ensuite la répartition
optimale en fonction de cette valeur de compromis.
Techniques d’enquête publie des articles sur les divers aspects des méthodes statistiques qui intéressent un organisme statistique comme, par exemple, les problèmes de conception découlant de contraintes d’ordre pratique, l’utilisation de différentes sources de données et de méthodes de collecte, les erreurs dans les enquêtes, l’évaluation des enquêtes, la recherche sur les méthodes d’enquête, l’analyse des séries chronologiques, la désaisonnalisation, les études démographiques, l’intégration de données statistiques, les méthodes d’estimation et d’analyse de données et le développement de systèmes généralisés. Une importance particulière est accordée à l’élaboration et à l’évaluation de méthodes qui ont été utilisées pour la collecte de données ou appliquées à des données réelles. Tous les articles seront soumis à une critique, mais les auteurs demeurent responsables du contenu de leur texte et les opinions émises dans la revue ne sont pas nécessairement celles du comité de rédaction ni de Statistique Canada.
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