2 Modèles à deux niveaux : travaux antérieurs
J.N.K. Rao, F. Verret et M.A. Hidiroglou
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Les
modèles multiniveaux (ou modèles hiérarchiques) sont d'usage très répandu,
notamment dans les domaines des sciences sociales, de l'éducation et de la
santé, pour analyser les données d'enquête possédant une structure
hiérarchique. Ici, nous nous concentrons sur les modèles à deux niveaux
associés à l'échantillonnage à deux degrés de grappes (niveau 2) : un
échantillon,
d'unités de
niveau 2,
est sélectionné
selon un plan spécifié, puis un échantillon,
d'éléments (ou
unités de niveau 1),
est sélectionné
dans chacune des unités de niveau 2 échantillonnées
conformément à
un autre plan spécifié. Nous supposons, en nous inspirant de la littérature sur
les modèles multiniveaux pour données d'enquête, que le modèle concorde avec la
hiérarchie du plan de sondage, comme dans l'exemple d'une enquête sur
l'éducation réalisée auprès des élèves. Cependant, dans le cas de certaines
enquêtes polyvalentes, la structure hiérarchique du plan de sondage pourrait
être assez différente de la hiérarchie du modèle. Par exemple, l'Enquête
longitudinale nationale auprès des enfants et des jeunes au Canada est réalisée
selon un plan de sondage à plusieurs degrés où les degrés correspondent aux
régions géographiques, aux ménages dans une région et aux élèves dans un
ménage, tandis qu'un modèle multiniveaux de l'éducation peut comprendre comme
niveau les élèves, les classes, les écoles et les commissions scolaires (Rao et
Roberts 1998). Puisque les grappes du plan de sondage recoupent les grappes du
modèle pour ce genre d'enquête, il est difficile d'élaborer une méthode
pondérée selon le plan de sondage appropriée d'inférence sur les paramètres du
modèle qui permet de tenir compte de l'échantillonnage informatif des grappes
et/ou des éléments dans les grappes échantillonnées. Sous échantillonnage
informatif, le modèle supposé pour la population n'est pas nécessairement
vérifié pour l'échantillon.
Soit
le nombre
d'unités de niveau 2 dans la population et
, le nombre d'unités de niveau 1 dans l'unité
de niveau 2. Un modèle de superpopulation à deux niveaux est donné
par
où
et
sont la réponse
et le vecteur de dimension p des
valeurs des covariables associés à l'élément
dans la grappe
et
,
désigne un effet aléatoire de
niveau 2, et
et
désignent les
paramètres associés aux deux degrés du modèle supposé. Ici
et
sont les densités
de probabilité spécifiées de
sachant
et
, et de
, respectivement. Notons, que, dans le modèle (2.1), les réponses
d'une
unité i donnée sont supposées
être conditionnellement indépendantes sachant l'effet aléatoire
, mais elles sont corrélées marginalement en raison de l'effet aléatoire
commun. La formulation du modèle (2.1)
englobe à la fois les modèles à deux niveaux linéaires et les modèles à deux
niveaux linéaires généralisés. Sous échantillonnage informatif des grappes
et/ou des éléments dans les grappes échantillonnées, les méthodes classiques
applicables aux modèles multiniveaux qui ne tiennent pas compte du plan de
sondage et supposent que le modèle (2.1) est vérifié pour l'échantillon
peuvent produire des estimateurs asymptotiquement biaisés des paramètres du
modèle
et
(Pfeffermann et coll., 1998).
Cas particuliers
1) Un simple modèle
de la moyenne à erreurs emboîtées souvent utilisé dans les études en simulation
portant sur les modèles à deux niveaux est donné par
où
Le modèle (2.2) peut
être écrit sous la forme (2.1) comme
Marginalement,
mais
et
sont
corrélées :
2) Un modèle
linéaire à deux niveaux, souvent utilisé en pratique, est donné par
où
et
. Ce modèle peut également être exprimé sous la forme (2.1) comme
où
et
est le vecteur
des
éléments distincts
de
. Marginalement,
, mais
et
sont corrélées
en raison de l'effet aléatoire commun
. Cependant, dans le cas d'un modèle linéaire généralisé à deux niveaux,
la loi marginale de
ne donne
généralement pas une expression analytique : par exemple, dans le cas d'un
modèle linéaire logistique à deux niveaux pour réponses binaires.
2.2
Estimation ponctuelle
La
log-vraisemblance de « recensement » ou de population sous le modèle
à deux niveaux supposé (2.1) est donnée par
où
est le vecteur comprenant les
éléments
et
et
voir Asparouhov (2006)
et Rabe-Hesketh et Skrondal (2006). La fonction de score de recensement
satisfait
où
désigne
l'espérance sous le modèle. Le paramètre de recensement
est défini comme
la solution unique de
et
est convergent
sous le modèle pour
, où
est le vecteur
des éléments
et
Soit
l'échantillon constitué de
grappes avec
éléments
provenant de la grappe échantillonnée
. Soit
et
les probabilités
d'inclusion de niveau 2 et de niveau 1, respectivement, associées à
la grappe
et à l'élément
dans la grappe
. Alors, les pondérations de niveau 2 et de niveau 1 sont
données par
et
, respectivement. Asparouhov (2006) et Rabe-Hesketh et Skrondal (2006) ont
proposé une pseudo log-vraisemblance d'échantillon pondérée obtenue en
remplaçant
dans (2.6) par
et
dans (2.5) par
, où s désigne l'échantillon
de grappes et
désigne
l'échantillon d'éléments dans les grappes
. Elle est donnée par
où
et
En maximisant la
pseudo log-vraisemblance
donnée par (2.7),
nous obtenons un estimateur du pseudo maximum de vraisemblance (PMV)
. Les calculs sont exposés en détail dans Asparouhov (2006) et dans Rabe-Hesketh
et Skrondal (2006). Dans le cas particulier des modèles linéaires à deux
niveaux, Pfeffermann et coll. (1998) ont utilisé une méthode par les
moindres carrés généralisés itérative proposée par Goldstein (1986). Notons que
nous avons besoin des pondérations de niveau 1 et de niveau 2 pour
calculer
, contrairement au cas des modèles marginaux qui nécessitent seulement
les pondérations non conditionnelles des éléments
.
La
convergence sous le plan de sondage de l'estimateur PMV
du paramètre de
recensement
ou la
convergence sous le plan et sous le modèle de
en tant
qu'estimateur du paramètre du modèle
requiert que le
nombre de grappes échantillonnées,
, ainsi que la taille d'échantillon dans les grappes,
, tendent vers l'infini, même dans le cas linéaire. En outre, le biais
relatif des estimateurs sera important si les tailles d'échantillon
sont petites.
Pour remédier à ce problème, plusieurs méthodes de rajustement des pondérations
ont été proposées dans la littérature. En particulier, un facteur de mise à
l'échelle
est appliqué aux pondérations de
niveau 1
dans (2.8) avant
de maximiser la pseudo log-vraisemblance (2.7). Nous ne considérons ici que
deux méthodes de rajustement des pondérations, désignées A et A1 (Asparouhov
2006). La méthode A utilise
Dans la méthode A1,
est le même que
dans la méthode A, mais les pondérations de niveau 2
sont également rajustées
au moyen du facteur
pour compenser le
rajustement des pondérations de niveau 1. Asparouhov (2006) a mentionné
l'utilisation d'un algorithme EM accéléré pour calculer l'estimateur PMV
avec Mplus 3 :
www.statmodel.com : Muthén et Muthén, 1998-2005.
2.3 Estimation de la variance
En ce qui concerne l'estimation de la variance,
Asparouhov (2006) a proposé un estimateur de variance « sandwich »
par linéarisation de Taylor de
, qui est donné par
où
et
désignent,
respectivement, le vecteur des dérivées premières et la matrice des dérivées
secondes de
évaluées à
, et
est la dérivée
première de
évaluée à
Si la fraction
d'échantillonnage de niveau 2 est faible, alors
suit bien la variance
de
, mais non l'EQM de
si le biais
relatif de
est grand.
Kovacevic
et coll. (2006) ont étudié les estimateurs bootstrap de la variance de
. Ils ont considéré deux options.
L'option 1 consiste à utiliser les poids bootstrap de niveau 2
basés sur la
méthode de Rao, Wu et Yue (1992) et à ne pas modifier les poids de
niveau 1, c.-à-d.
, où
désigne les
échantillons bootstrap.
L'option 2 consiste à appliquer la méthode du bootstrap de Rao, Wu et Yue
(1992) au niveau 1 ainsi qu'au niveau 2, et à rajuster les poids
bootstrap de niveau 1. En remplaçant les poids
et
par
et
dans (2.7) et (2.8),
on obtient les estimateurs bootstrap PMV
et l'estimateur bootstrap
de la variance est donné par
Une étude en
simulation de (2.11), fondée sur le simple modèle de la moyenne (2.2), a montré
que l'option 1 peut donner lieu à une sous-estimation de la variance de
L'option 2 a
donné de meilleurs résultats que l'option 1. Grilli et Pratesi (2004) ont
étudié une autre méthode bootstrap pour l'estimation de la variance.
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