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  1. Introduction
  2. Données
  3. Mesure de l'entrée et de la sortie d'entreprises
  4. Tendances globales de l'entrée et de la sortie d'entreprises
  5. Entrée et sortie d'entreprises selon l'industrie
  6. Entrée et sortie selon la taille des entreprises
  7. Conclusion
  8. Annexe

1   Introduction

Le présent document de recherche décrit la façon dont la base de données du Programme d'analyse longitudinale de l'emploi (PALE) de Statistique Canada a été utilisée pour examiner les tendances de l'entrée et de la sortie des entreprises dans les diverses industries du secteur canadien des entreprises.

L'importance des entrées et des sorties d'entreprises est un fait généralement reconnu. Les modèles schumpétériens de destruction créatrice soulignent le rôle qu'elles jouent dans l'innovation, donc dans l'amélioration de la productivité. En vue de survivre et de remplacer les entreprises existantes, les nouvelles entreprises matérialisent énergiquement de nouvelles idées. Les pressions que ces nouvelles entreprises exercent ainsi forcent les entreprises existantes à innover. Durant ce processus, les gagnantes persistent et prospèrent, tandis que les perdantes périclitent et disparaissent. De surcroît, le modèle du cycle de vie des produits prédit que des taux élevés de roulement (entrée et sortie) sont associés au premier stade du cycle de vie d'un nouveau produit.

Malgré une littérature théorique assez abondante, le manque de données au niveau de l'entreprise limitait auparavant les analyses empiriques de la dynamique des entreprises. Depuis la fin des années 1980, la création de bases de microdonnées longitudinales a entraîné le lancement de travaux de recherche partout dans le monde, mais l'étendue et la qualité limitées des ensembles de données disponibles ont limité les études à des secteurs d'activité particuliers, souvent la fabrication ou le commerce de détail, ou à de simples comparaisons entre pays (Ahn, 2001; Scarpetta et coll., 2002; Bartelsman et coll., 2009; Baldwin et Lafrance, 2011; Baldwin et Gu, 2008; Foster et coll., 2006; Haskel et Sadun, 2009). Par contre, les caractéristiques uniques de l'ensemble de données du PALE permettent de produire des statistiques sur la dynamique des entreprises pour toutes les industries du secteur des entreprises. En outre, l'ensemble de données du PALE comporte une fonction de suivi de la main-d'oeuvre qui permet de dépister les activités de fusion et d'acquisition au cours du temps, donc de produire des taux effectifs d'entrée et de sortie.

L'objectif principal du document est de présenter une analyse descriptive des tendances de l'entrée et de la sortie d'entreprises dans l'économie canadienne et d'établir ainsi un fondement solide pour de futures études approfondies. Les fichiers de l'ensemble de données du PALE produits pour les années 2001 à 2009 sont utilisés pour estimer l'étendue de l'entrée et de la sortie selon l'industrie et selon la taille de l'entreprise pour l'ensemble du secteur canadien des entreprises. Le document met l'accent sur deux aspects particuliers de l'entrée sur le marché et de la sortie de celui-ci 1 .

En premier lieu, le document décrit l'importance relative des entreprises entrantes et sortantes selon le nombre d'entreprises de même que selon l'emploi. Le nombre d'entreprises entrantes ou d'entreprises sortantes est une mesure de l'intensité de l'entrée sur le marché ou de la sortie de ce dernier, puisqu'il indique combien d'entreprises individuelles participent au processus. L'emploi dans les entreprises entrantes et sortantes est une mesure de l'effet de l'entrée et de la sortie des entreprises, puisqu'il amalgame l'intensité et une composante de taille. L'entrée ou la sortie d'une entreprise est définie à l'aide de la règle de trois ans, selon laquelle une entreprise est considérée comme entrante si elle fait son apparition et survit un an — comparaison qui nécessite l'examen de la situation de l'entreprise sur trois années. La règle de trois ans permet d'isoler les nombreuses entreprises éphémères qui survivent moins d'une année civile des entreprises entrantes et sortantes qui survivent plus longtemps. La distinction établie entre ces divers types d'entreprises permet d'obtenir des renseignements supplémentaires sur la dynamique des entreprises et réduit l'effet des erreurs de mesure ainsi que des données mal définies implicites dans ces catégories d'entreprises. La règle de trois ans a été appliquée dans plusieurs études menées par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (Bartelsman et coll., 2003).

Sont ensuite examinées la persistance des tendances de l'entrée et de la sortie par industrie au cours du temps, et la corrélation entre les taux d'entrée et de sortie par industrie. Les résultats révèlent des écarts importants entre les taux d'une industrie à l'autre et d'une catégorie de taille à l'autre, ce qui indique que les facteurs propres à l'industrie jouent un grand rôle dans la détermination des tendances de l'entrée et de la sortie d'entreprises.

La présentation du document de recherche est la suivante. La section 2 donne un aperçu des données du PALE. La section 3 est consacrée à la mesure des taux d'entrée et de sortie à partir de la base de données du PALE. La section 4 résume les tendances de l'entrée et de la sortie pour l'ensemble du secteur des entreprises, tandis que la section 5 donne les résultats détaillés par industrie et la section 6, par taille. La section 7 est réservée aux conclusions.

2   Données

L'analyse de la dynamique des entreprises requiert des données longitudinales pour pouvoir suivre les entreprises au cours du temps et repérer celles qui entrent sur le marché et celles qui en sortent. L'ensemble de données du PALE permet d'effectuer ce genre de suivi qui, dans le cas de la présente étude, s'étend de 2000 à 2008 2 . Cette base de données administrative englobe toutes les entreprises de l'économie canadienne qui possèdent une feuille de paye et qui, par conséquent, émettent au moins un État de la rémunération payée (feuillet T4). Le PALE englobe les entreprises constituées ou non constituées en société, à l'exclusion des entreprises individuelles (travailleurs autonomes) et des sociétés de personnes dont les associés ne prélèvent pas de salaire. Comme il s'agit d'un fichier longitudinal, le niveau d'emploi annuel des entreprises est suivi au cours du temps. À l'heure actuelle, il y a des données pour la période allant de 1983 à 2008. À partir des renseignements recueillis par la Division du Registre des entreprises de Statistique Canada, les données du PALE sont structurées au niveau de l'entreprise statistique, qui est le niveau d'agrégation le plus faible pour lequel existe un ensemble complet d'états financiers 3 . Dans le présent document, cette unité statistique est appelée « entreprise ».

Le système de suivi de la main-d'oeuvre du PALE permet d'exclure, des nombres d'entreprises entrantes et d'entreprises sortantes, les cas de changement de structure d'entreprises résultant d'activités de fusion et d'acquisition (F et A). Par exemple, deux entreprises qui fusionnent pour en former une troisième ne sont pas reconnues dans le fichier du PALE comme deux sorties et une entrée d'entreprise. On garde plutôt dans le fichier la structure finale en faisant remonter dans le temps son historique de l'emploi pour assurer la cohérence. Afin de pouvoir suivre ces changements structurels au cours du temps, l'ensemble de données de chaque année est tenu à jour comme une version distincte. La dernière année de chaque version donne la structure d'entreprise qui existait cette année-là. Par conséquent, les taux d'entrée et de sortie d'entreprises sont calculés à partir des données des trois dernières années de chaque version du PALE 4 . De cette façon, les données les plus récentes sont utilisées pour déterminer les taux de création et de disparition d'entreprises, tout en excluant les activités de F et A 5 . L'inconvénient de cette méthode est qu'elle ne permet pas d'analyser directement les activités de F et A, qui sont donc exclues de la présente étude 6 .

On crée la base de données du PALE en couplant les données du Registre des entreprises avec celles d'un fichier sommaire des gains annuels des employés tirés des feuillets T4 et des remises de retenues à la source faites par les sociétés. Donc, la principale variable utilisée pour calculer les taux de création et de disparition d'entreprises est l'unité moyenne de main-d'oeuvre (UMM). L'UMM est une mesure de l'emploi qui représente l'effectif moyen que posséderait une entreprise si celle-ci payait à ses employés la rémunération annuelle moyenne du travailleur type dans l'industrie en question 7 .

3   Mesure de l'entrée et de la sortie d'entreprises

Deux choix sont proposés dans la littérature en matière de règles de décision pour compter les entrées et les sorties d'entreprises à partir d'un ensemble de données annuelles. L'un est fondé sur des observations faites sur une période de deux ans 8 . La figure 1 présente la façon de classer les entreprises en fonction de leur présence sur le marché au moyen de la règle de deux ans.

Figure 1 : Règle de dénombrement des entreprises sur une période de deux ans selon la présence sur le marché

Une entreprise dont l'emploi est positif durant l'année t est considérée comme étant active cette année-là. Une entreprise active durant l'année t est comptée comme une entrée cette année-là s'il n'existe aucun enregistrement d'emploi l'année précédente, ou comme une entreprise survivante si son emploi était positif l'année précédente; l'entreprise sera comptée comme une sortie si son emploi devient nul l'année suivante. En vertu de cette règle, les entreprises sortantes durant une année et les entreprises entrantes ou survivantes durant la même année ne sont pas mutuellement exclusives. Par conséquent, la somme des nombres d'entreprises par catégorie n'est pas égale au nombre total d'entreprises actives.

Posons que les nombres d'entreprises par catégorie sous la règle de deux ans sont le nombre d'entreprises actives (TI), le nombre d'entreprises entrantes (EI) le nombre d'entreprises survivantes (CI ) et le nombre d'entreprises sortantes (XI ). Donc

Une autre règle pour saisir les entrées et les sorties d'entreprises est fondée sur les observations de l'emploi sur une période de trois ans 9 . La figure 2 présente la structure de la règle de trois ans.

Figure 2 : Règle de dénombrement des entreprises sur une période de trois ans selon la présence sur le marché

Définir les entrées et les sorties sur une période de trois ans au lieu de deux ans permet d'isoler les entreprises éphémères. Une entreprise éphémère est une entreprise qui n'existe que pendant une seule période (absente, présente, absente) 10 ; une entreprise entrante est une entreprise dont l'emploi (effectif) est positif aux périodes t et t + 1 (absente, présente, présente); une entreprise sortante est définie comme ayant existé à la période t et à la période précédente t - 1, mais non à la période t + 1 (présente, présente, absente). Par conséquent, à n'importe quel point dans le temps, la population d'entreprises actives (TII ) comprend les entreprises entrantes (EII), les entreprises sortantes (XII ), les entreprises éphémères (SII ), et les entreprises persistantes (CII ) qui sont celles dont l'emploi est positif pendant chacune des trois années observées. Sous la règle de trois ans, toutes les catégories sont mutuellement exclusives si bien que leur somme est égale au nombre total d'entreprises actives

Les nombres d'entreprises entrantes, sortantes et actives déterminés en appliquant la règle de deux ans et la règle de trois ans sont reliés. Évidemment, le nombre total d'entreprises actives doit être le même sous les deux règles. Le nombre d'entreprises entrantes (sortantes) sous la règle de deux ans est égal au nombre d'entreprises entrantes (sortantes) sous la règle de trois ans plus le nombre d'entreprises éphémères. En outre, une entreprise classée comme survivante en appliquant la règle de deux ans peut être, sous la règle de trois ans, soit une entreprise persistante soit une entreprise sortante. Donc

Un avantage important de la règle de trois ans est l'additivité des nombres d'entreprises selon la présence sur le marché (équation (2)). Par conséquent, la somme des parts de l'emploi des diverses catégories de présence sur le marché est égale à un, ce qui facilite la communication des résultats. De surcroît, sous la règle de deux ans, le roulement total (la somme des entreprises entrantes et sortantes) est surestimé, parce que les entreprises qui entrent sur le marché et en sortent la même année sont comptées deux fois, d'abord comme des entrantes puis comme des sortantes.

Un inconvénient de l'utilisation de la règle de trois ans avec l'ensemble de données du PALE tient au fait que toutes les mesures ont pour référence l'avant-dernière année de chaque version du fichier, et que les changements structurels qui ont eu lieu durant la dernière année du fichier ne sont pas reflétés. Seules les mesures des entrées sont affectées, car les mesures des sorties ont les mêmes années de référence sous les deux règles. Le biais qu'introduit dans le taux d'entrée le fait de ne pas saisir les changements structurels sous la règle de trois ans est évalué en calculant le taux d'entrée en prenant pour année de référence la dernière ainsi que l'avant-dernière année de chaque version du fichier (graphique 1). En moyenne, les deux séries diffèrent très peu et concordent au cours du temps. Par conséquent, la règle de trois ans est utilisée ici pour calculer les taux d'entrée et de sortie.

Les mesures de l'entrée et de la sortie d'entreprises produites sont fondées sur les nombres d'entreprises entrantes et sortantes, ainsi que sur les mesures de leur effectif (emploi) exprimées en UMM. Une entreprise est considérée comme étant active durant l'année t si son nombre d'UMM cette année-là est positif. Les taux d'entrée et de sortie pour l'industrie i durant l'année t sont calculés à partir des nombres d'entreprises calculés en appliquant la règle de trois ans : 

Les taux totaux d'entrée et de sortie sont également calculés afin de comparer les résultats présentés ici à ceux d'études réalisées en appliquant la règle de deux ans. Ces taux sont les suivants : 

Le taux de roulementéquation est donné par

qui mesure le pourcentage d'entreprises actives durant une année de référence dont la situation de présence sur le marché a changé durant la période t. Les entreprises éphémères ne sont comptées qu'une seule fois dans cette mesure 11 .

Comme les entreprises entrantes et sortantes ont tendance à être plus petites que les entreprises persistantes, il est important d'examiner leur contribution à l'emploi dans l'industrie. La part de l'emploi des entreprises de la catégorie Z dans l'industrie i durant l'année t est définie comme étant

La taille moyenne des entreprises et son évolution au cours du temps fournit des renseignements supplémentaires sur la démographie des entreprises. Pour chaque industrie, la taille moyenne des entreprises entrantes et des entreprises sortantes et leur taille relativement à celle des entreprises persistantes sont calculées comme il suit : 

4   Tendances globales de l'entrée et de la sortie d'entreprises

La population cible est le secteur canadien des entreprises, c'est-à-dire toutes les entreprises à l'exclusion de celles des industries des administrations publiques et des institutions sans but lucratif. En 2008, dans ce secteur, le nombre d'entreprises ayant employé de la main-d'oeuvre durant l'année se chiffrait à plus d'un million.

Au cours de n'importe quelle année, on peut distinguer quatre types d'entreprises : les entreprises entrantes (les nouvelles entreprises qui n'existaient pas l'année précédente), les entreprises sortantes (les entreprises qui sortiront du marché durant l'année en question), les entreprises éphémères (les entreprises qui entrent sur le marché et qui en sortent la même année), et les entreprises persistantes (les entreprises qui existaient déjà et qui continueront d'exister à la fin de l'année). Comparativement au nombre total d'entreprises, la catégorie des entreprises persistantes est celle qui compte le plus grand nombre d'entreprises. Néanmoins, ensemble, les entreprises entrantes et sortantes représentent de 22 % à 24 % de l'ensemble des entreprises, quelle que soit l'année prise en considération. De 2000 à 2008, les taux d'entrée, de sortie et de roulement des entreprises étaient, en moyenne, de 10,8 %, 9,0 % et 23,2 %, respectivement (tableau 1).

Bien que les entreprises entrantes et sortantes soient nombreuses, elles représentent un faible pourcentage de l'emploi, mesuré par le nombre d'unités moyennes de main-d'oeuvre (UMM). Au cours de la période de référence de 9 ans, l'entrée, la sortie et le roulement des entreprises représentaient, en moyenne, respectivement 1,9 %, 1,6 % et 3,8 % de l'emploi total. À n'importe quel point dans le temps, une intensité (part du nombre total d'entreprises) et une efficacité (part de l'emploi) plus élevées des entrées que des sorties est un signe de vitalité et de croissance de l'économie canadienne. Les parts très faibles de l'emploi correspondant aux entreprises entrantes et sortantes comparativement à leurs parts respectives du nombre d'entreprises sont en harmonie avec leur petite taille. De 2000 à 2008, les entreprises entrantes et sortantes comptaient, en moyenne, 2,1 UMM (tableaux 24 et 25), soit environ le sixième de la taille moyenne de l'ensemble des entreprises.

Les entreprises éphémères sont habituellement très petites, n'étant à l'origine que de 0,3 % environ de l'emploi total durant une année donnée, et elles englobent un grand nombre de travailleurs autonomes et de petites entreprises. Cependant, elles sont relativement nombreuses, représentant de 3 % à 4 % de l'ensemble des entreprises et environ le quart des entreprises entrantes et sortantes : 23 % d'entreprises entrantes ont été éphémères et sont sorties du marché la même année, et 27 % d'entreprises sortantes étaient entrées sur le marché l'année de leur sortie. L'analyse de ces entreprises est difficile parce que l'on ne dispose pas de très bonnes données à leur sujet, le taux de données manquantes étant notamment de 25 % pour la classification par industrie. En outre, le fait d'inclure les entreprises éphémères parmi les entreprises entrantes et sortantes lorsque l'on applique la règle de deux ans renforce la corrélation entre les taux d'entrée et de sortie.

Les taux d'entrée et de sortie fondés sur le nombre d'entreprises varient peu au cours du temps. Aucune tendance claire ne se dégage, ni l'un ni l'autre taux ne variant de plus de 1 point de pourcentage de 2000 à 2008 (graphique 2). Au niveau agrégé, l'intensité de l'entrée et de la sortie est demeurée relativement stable depuis 2000.

Contrairement à ceux fondés sur le nombre d'entreprises, les taux d'entrée et de sortie pondérés par l'emploi révèlent divers niveaux et tendances au cours du temps (graphique 4). En 2000, les entreprises entrantes représentaient 2,4 % de l'emploi, mais en 2008, la proportion n'était plus que de 1,5 %. La part de l'emploi représentée par les entreprises sortantes a diminué également. Par conséquent, exprimé selon l'emploi, le roulement des entreprises a diminué régulièrement au cours de la décennie. Ces résultats reflètent la diminution de la taille des entreprises entrantes et sortantes. Au cours de la période, la taille moyenne des entreprises entrantes a baissé de 17 %, et celle des entreprises sortantes, de 30 %.

La corrélation attendue entre les taux d'entrée et de sortie au cours du temps est ambiguë, que l'on se fonde sur la théorie ou sur des données empiriques antérieures. Pour diverses raisons liées à la concurrence sur les marchés et à la réaffectation des ressources, l'hypothèse de destruction créatrice et l'effet de remplacement font penser à une relation positive entre l'entrée et la sortie des entreprises. Cependant, il existe d'autres déterminants de l'entrée et de la sortie, dont l'environnement commercial et la croissance économique. Cette dernière accroît la demande, d'où les profits, ce qui encourage l'entrée et protège contre la sortie. Les données empiriques d'une étude menée par Siegfried et Evans (1994) semblent indiquer un manque de consensus quant à l'interaction entre l'entrée et la sortie des entreprises.

Si l'on se base sur le nombre d'entreprises, une relation négative entre les taux d'entrée et de sortie se dégage au niveau agrégé au cours de la période allant de 2000 à 2008 (graphique 2). Des périodes distinctes d'augmentation du taux d'entrée, telles que 2004 et 2006-2007, coïncident avec un recul du taux de sortie. Cela se traduit par un taux d'entrée net instable (graphique 3), présentant des périodes d'expansion manifestes en 2004 et en 2006-2007.

En revanche, étant donné la diminution simultanée de la taille des entreprises entrantes et des entreprises sortantes 12 , les taux d'entrée et de sortie fondés sur l'emploi sont positivement corrélés (graphique 4). Toutefois, leurs variations dans le court terme sont négativement reliées, présentant de nouveau des creux dans les sorties en 2004 et en 2006-2007. Par ailleurs, l'emploi associé aux entreprises entrantes a augmenté légèrement en 2003, mais a baissé par la suite. Cette relation asymétrique entre les entrées et les sorties explique la hausse prononcée du taux d'entrée net fondé sur l'emploi en 2003-2004 et la faible hausse en 2006 (graphique 5).

Globalement, dans le secteur des entreprises, l'intensité de l'entrée et de la sortie d'entreprises est stable, mais la taille moyenne des entreprises entrantes et sortantes, d'où leur efficacité en ce qui concerne leur part de l'emploi, diminue au cours du temps. En vue de dégager les différences entre les tendances des entrées et des sorties d'une industrie à l'autre et d'une taille d'entreprise à l'autre, le secteur des entreprises est ventilé selon l'industrie et selon la taille de l'entreprise.

5   Entrée et sortie d'entreprises selon l'industrie

La présente section porte sur les mesures de l'entrée et de la sortie d'entreprises dans les industries dont les activités correspondent à celles du secteur privé au niveau à deux chiffres du Système de classification des industries de l'Amérique du Nord (SCIAN). L'univers est limité aux activités des entreprises du secteur privé. Sont exclues les entreprises classées dans les sous-secteurs des autorités monétaires; des écoles primaires et secondaires, des universités et des collèges; des hôpitaux, des cabinets de médecins, des centres de soins ambulatoires, des autres services de soins ambulatoires, des établissements de soins infirmiers et de soins pour bénéficiaires internes et de l'assistance sociale; des ménages privés et des organismes religieux, des fondations, des organisations civiques et des organisations professionnelles; et des administrations publiques.

En raison de retards de classification dans le Registre des entreprises et de problèmes de mesure liés à la classification exacte des entreprises par industrie, un nombre important d'entreprises ne reçoivent pas de code du SCIAN tout au début de leur existence. Par exemple, pour l'année 2008, environ 24 % d'entreprises entrantes, y compris les entreprises éphémères figurant dans la version 2009 du fichier du PALE, ne possèdent pas de code du SCIAN. Ces entreprises non classées sont réparties par industrie selon la distribution des entreprises classées.

L'analyse descriptive en fonction de l'industrie est axée sur trois aspects, à savoir l'hétérogénéité, la tendance au cours du temps et la corrélation interindustrielle entre les taux d'entrée et de sortie après correction pour tenir compte des effets fixes d'industrie.

5.1  Hétérogénéité

Les mesures moyennes de l'entrée et de la sortie d'entreprises de 2000 à 2008 sont présentées au tableau 2, qui donne les taux moyens d'entrée et de sortie, et la part d'entreprises éphémères, en fonction du nombre d'entreprises ainsi que de l'emploi, et la taille moyenne (exprimée en UMM) des entreprises dans chaque industrie.

Entrée

Les trois mesures de l'entrée d'entreprises varient considérablement d'une industrie à l'autre. Le taux d'entrée fondé sur le nombre d'entreprises varie de 6,6 % pour la fabrication de biens non durables à 13,5 % pour les services professionnels. La part de l'emploi imputable aux entrées est la plus faible, à 0,7 %, pour les services publics et la plus élevée, à 3,4 %, pour l'enseignement et pour les arts, spectacles et loisirs. La taille moyenne des entreprises entrantes est la plus petite, soit 1,05 UMM, dans le secteur de l'agriculture et la plus grande, soit 7,9 UMM, dans le secteur des services publics. Qu'il soit fondé sur le nombre d'entreprises ou sur l'emploi, le taux d'entrée est plus élevé dans le secteur producteur de services que dans le secteur producteur de biens, mais la taille moyenne des entreprises entrantes est à peu près la même dans les deux secteurs. Les deux taux d'entrée sont positivement corrélés (0,41), mais chacun des taux corrèle négativement avec la taille moyenne des entreprises entrantes (-0,17 pour le taux fondé sur le nombre d'entreprises, et -0,55 pour celui fondé sur l'emploi).

Sortie

Les trois mesures de la sortie d'entreprises varient également selon l'industrie. Fondé sur le nombre d'entreprises, le taux de sortie varie de 6,0 % dans le secteur de la santé à 11,0 % dans celui des arts, spectacles et loisirs. Fondé sur l'emploi, il varie de 0,6 % dans le secteur des services publics à 2,8 % dans celui de l'agriculture. La taille moyenne des entreprises sortantes varie de 0,92 UMM dans le secteur de l'agriculture à 5,17 UMM dans celui des services publics. Les deux taux de sortie sont plus élevés dans le secteur producteur de services que dans celui producteur de biens, mais dans l'un et l'autre, les entreprises sortantes ont, en moyenne, à peu près la même taille. Le coefficient de corrélation entre les deux taux de sortie est de 0,23, c'est-à-dire une valeur plus faible que celle entre les deux taux d'entrée. La taille moyenne des entreprises sortantes est négativement corrélée au taux de sortie calculé selon l'emploi (-0,62), mais faiblement corrélée au taux de sortie calculé selon le nombre d'entreprises (0,04).

Relation interindustrielle entre l'entrée et la sortie d'entreprises

Au niveau agrégé, au cours de la période allant de 2000 à 2008, les deux taux d'entrée étaient supérieurs aux taux de sortie. Il en était en général ainsi au niveau de l'industrie : qu'il soit fondé sur la mesure du nombre d'entreprises ou celle de l'emploi, le taux d'entrée était supérieur au taux de sortie dans toutes les industries, sauf celles de l'agriculture, de l'extraction minière et de la fabrication de biens non durables. Dans les industries de l'agriculture et de la fabrication de biens non durables, les deux taux d'entrée étaient inférieurs aux taux de sortie, contribuant donc à la contraction de l'emploi dans ces deux industries (tableaux 15 et 16). D'après le pourcentage d'entreprises, l'industrie de l'extraction minière comptait plus d'entrées que de sorties, tandis que, selon la part de l'emploi, la situation était inverse, en raison de la taille beaucoup plus grande des entreprises sortantes que des entreprises entrantes (tableau 2).

La théorie prédit que l'entrée et la sortie d'entreprises sont fortement corrélées dans les diverses industries. Selon l'hypothèse de destruction créatrice, les entreprises entrantes efficaces dans une industrie peuvent forcer les entreprises établies moins efficaces à disparaître. En outre, l'hypothèse « du remplacement et de la libération des ressources » (Storey et Jones, 1987) donne à penser que les entreprises sortantes créent des possibilités pour les entreprises entrantes éventuelles. En outre, en raison de liens possibles entre les obstacles à l'entrée et à la sortie, les obstacles à la sortie d'une industrie peuvent décourager l'entrée dans cette industrie (Shapiro et Khemani, 1987). Des données empiriques à l'appui de la relation interindustrielle positive entre l'entrée et la sortie d'entreprises sont présentées dans Shapiro et Khemani (1987), Dunne et coll. (1988), Cable et Schwalbach (1991), Dunne et Roberts (1991), ainsi que Siegfried et Evans (1992). Les résultats du présent document corroborent ces données. Si l'on considère la moyenne des industries de 2000 à 2008, le coefficient de corrélation entre les taux d'entrée et de sortie fondés sur le nombre d'entreprises est de 0,63, celui entre les taux fondés sur l'emploi est de 0,87 et celui entre les tailles moyennes des entreprises entrantes et sortantes est de 0,87. La corrélation positive indique qu'une industrie dans laquelle les taux d'entrée sont supérieurs à la moyenne a également tendance à afficher des taux de sortie supérieurs à la moyenne.

La persistance de l'entrée et de la sortie d'entreprises dans une industrie signifie qu'il existe des facteurs propres à l'industrie qui sous-tendent les différences entre les taux d'entrée et de sortie. L'examen de la corrélation des taux d'entrée et de sortie au cours du temps renseigne sur l'étendue de la persistance. Une corrélation intertemporelle positive indique qu'une industrie dont le taux d'entrée (de sortie) est supérieur à la moyenne durant une année particulière aura un niveau d'entrée (de sortie) supérieur à la moyenne les années subséquentes. Le tableau 3 et le tableau 4 donnent la simple corrélation intertemporelle des taux d'entrée et de sortie au niveau de l'industrie fondés sur le nombre d'entreprises. Aussi bien les taux d'entrée que les taux de sortie sont positivement corrélés entre eux d'une année à l'autre et ces relations persistent au cours du temps, sauf pour le taux de sortie en 2000. Cette année-là, le taux de sortie pourrait avoir été dicté en grande partie par l'éclatement de la bulle des entreprises pointcom. La forte persistance de l'entrée et de la sortie d'entreprises au niveau de l'industrie implique que les différences entre industries sont principalement dues à des facteurs particuliers à l'industrie.

5.2  Tendances au cours du temps

Deux aspects des tendances de l'entrée et de la sortie d'entreprises au niveau de l'industrie sont examinés ici, à savoir les tendances temporelles et la corrélation entre les taux d'entrée et de sortie pour chaque industrie.

Au niveau agrégé, l'intensité de l'entrée et de la sortie d'entreprises est demeurée stable au cours du temps pendant la période de référence, tandis que l'efficacité de ces entrées et sorties a diminué, en raison de la diminution de la taille relative des entreprises entrantes ainsi que sortantes. Pour déterminer si ces tendances s'observent également au niveau de l'industrie, nous avons procédé à la régression des variables d'entrée et de sortie sur la variable de tendance temporelle pour chaque industrie (figure 3).

Figure 3 : Régression de l'entrée et de la sortie d'entreprises sur la tendance temporelle, selon l'industrie, le nombre d'entreprises et l'emploi

Parmi les 18 industries étudiées, le taux d'entrée calculé d'après le nombre d'entreprises était stable dans neuf industries, suivait une tendance à la hausse dans trois d'entre elles, et une tendance à la baisse dans six d'entre elles. Le taux de sortie selon le nombre d'entreprises était stable dans 14 industries et suivait une tendance à la baisse dans 4 industries. Les taux d'entrée et de sortie calculés d'après l'emploi suivaient une tendance à la baisse dans la majorité des industries 13 . Ces résultats au niveau de l'industrie concordent avec ceux obtenus au niveau agrégé.

La corrélation entre les taux d'entrée et de sortie au cours du temps est calculée pour chaque industrie (tableau 5). Fait qui n'est pas surprenant, la corrélation entre les taux d'entrée et de sortie calculés d'après l'emploi est positive pour 16 des 18 industries. Cette corrélation est due à la diminution de la taille moyenne des entreprises entrantes et des entreprises sortantes. La corrélation entre les taux d'entrée et de sortie calculés d'après le nombre d'entreprises est négative pour 11 industries et positive pour 7 d'entre elles, ce qui implique que les taux d'entrée et de sortie pourraient réagir de la même façon aux facteurs variant en fonction du temps dans certaines industries, mais de manière opposée dans d'autres. La corrélation positive constatée dans les deux industries manufacturières étudiées ici est en accord avec la plupart des résultats empiriques (Dunne et Roberts, 1991; Austin et Rosenbaum, 1990; Siegfried et Evans, 1992).

5.3  Corrélation interindustrielle entre l'entrée et la sortie d'entreprises après correction pour tenir compte des effets fixes d'industrie

Comme nous l'avons mentionné plus haut, les taux d'entrée et de sortie sont en général corrélés positivement dans les diverses industries, relation qui est causée en grande partie par des facteurs propres aux industries. En éliminant les moyennes des industries des taux d'entrée et de sortie, il est possible d'étudier d'autres facteurs à l'origine des variations au cours du temps. Certains de ces facteurs peuvent favoriser ou décourager l'entrée sur le marché ainsi que la sortie de celui-ci, tandis que d'autres peuvent favoriser l'une et décourager l'autre. Si un groupe particulier de facteurs exerce une influence dominante au cours du temps, on devrait observer une corrélation systématiquement positive ou négative entre les taux d'entrée et de sortie. Si ce n'est pas le même ensemble de facteurs qui entre continuellement en jeu, la corrélation devrait alterner entre une valeur positive durant certaines périodes et une valeur négative durant d'autres périodes.

Les effets fixes d'industrie sont éliminés en procédant au démoyennage des séries de taux d'entrée et de sortie des industries et en calculant les corrélations interindustrielles entre les écarts des taux d'entrée et de sortie par rapport aux moyennes d'industrie correspondantes pour la période allant de 2000 à 2008.

Les corrélations interindustrielles entre les taux d'entrée et de sortie fondés sur le nombre d'entreprises après correction pour tenir compte des effets fixes d'industrie sont présentées au tableau 6. La série de lignes donne les corrélations interindustrielles entre les écarts des taux de sortie par rapport aux moyennes d'industrie pour une année et les écarts des taux d'entrée par rapport aux moyennes d'industrie pour chaque année de 2000 à 2008. La série de colonnes peut être interprétée de la même façon. Aucune relation systématique ne se dégage entre les écarts des taux d'entrée et des taux de sortie au cours de la même période pour ce qui est des taux calculés d'après le nombre d'entreprises. Par exemple, la corrélation entre les écarts des taux d'entrée et des taux de sortie était négative (-0,42) en 2001 et est devenue positive en 2002 (0,56), ce qui signifie que les écarts des taux d'entrée et ceux des taux de sortie évoluaient dans le même sens dans les diverses industries en 2002, mais en direction opposée en 2001.

Comme la réaction des entrées et des sorties aux changements n'est pas nécessairement instantanée, nous avons également examiné la façon dont le taux d'entrée (sortie) durant une période est relié au taux de sortie (d'entrée) durant d'autres périodes. La corrélation intertemporelle entre les écarts des taux d'entrée (de sortie) à la période t et les écarts des taux de sortie (d'entrée) à la période figure varie d'une valeur positive à une valeur négative quand la valeur de t change. Cette constatation signifie que les facteurs autres que les effets fixes d'industrie qui causent des changements au cours du temps varient eux-mêmes au cours du temps.

Cependant, même si les nombres d'entreprises entrantes et sortantes ne sont pas toujours corrélés positivement, les parts de l'emploi de ces entreprises devraient l'être, à cause de l'effet de déplacement. Pour vérifier qu'il en est ainsi, nous avons calculé les corrélations intra-temporelles et intertemporelles entre les écarts des taux d'entrée et les écarts des taux de sortie quand ces taux sont mesurés en se fondant sur l'emploi (tableau 7). Les corrélations durant la même période (intra-temporelles) étaient systématiquement positives. Ce comouvement des parts de l'emploi des entreprises entrantes et des entreprises sortantes corrobore l'effet de déplacement.

6   Entrée et sortie selon la taille des entreprises

À la présente section, l'entrée et la sortie d'entreprises est ventilée selon l'emploi. Les entreprises entrantes et sortantes sont groupées en fonction de la mesure de leur effectif exprimée en UMM durant l'année de leur entrée sur le marché ou de leur sortie de celui-ci. Comme la présence sur le marché ne correspond pas à l'année complète pour les entreprises entrantes l'année de leur création et pour les entreprises sortantes la dernière année de leur exploitation, l'effectif des entreprises entrantes la première année et celui des entreprises sortantes la dernière année ne représente pas nécessairement l'effectif de ces entreprises durant leurs activités normales. Pour résoudre ce problème, les entreprises entrantes sont également groupées en fonction de leur effectif la deuxième année de leur existence, et les entreprises sortantes, en fonction de leur effectif l'avant-dernière année de leur existence.

Distribution selon la taille

La distribution des entreprises entrantes selon la taille fondée sur leurs nombres d'UMM les première et deuxième années de leur existence est présentée au tableau 8. Naturellement, les entreprises entrantes sont très petites. En moyenne, durant leur première année, 62,2 % d'entrantes comptaient moins de 1 UMM, et 93,2 %, moins de 5 UMM. La distribution selon la taille change peu durant la deuxième année d'exploitation — de 2000 à 2008; les entreprises employant moins de 1 UMM représentaient 47,7 % de l'ensemble des entreprises entrantes, et celles comptant moins de 5 UMM, 87,7 %. Au fil du temps, la distribution des entreprises entrantes selon la taille a évolué légèrement vers des entreprises plus petites. Dans la cohorte de 2000, 63,1 % des entreprises avaient utilisé moins de 1 UMM la première année et 29,3 %, de 1 à moins de 5 UMM. Chez la cohorte de 2008, les parts correspondantes étaient de 64,7 % et 30,1 %. Les parts de toutes les autres catégories de taille ont diminué durant le passage de la cohorte de 2000 à la cohorte de 2008. Cette tendance persiste lorsque l'on examine la taille des entreprises entrantes durant la deuxième année d'exploitation.

La distribution des entreprises sortantes selon la taille est semblable à celle des entreprises entrantes. En moyenne, 65,1 % des entreprises sortantes comptaient moins de 1 UMM durant leur dernière année d'exploitation; au cours de l'avant-dernière année, la part était de 50,4 %. Une majorité écrasante d'entreprises sortantes employaient moins de 5 UMM : 93,1 % au cours de la dernière année d'exploitation et 87,5 % au cours de l'avant-dernière année. La distribution des entreprises sortantes selon la taille s'est également déplacée vers les entreprises plus petites. La part des entreprises sortantes comptant de 1 à moins de 5 UMM a augmenté, la part des entreprises comptant moins de 1 UMM est demeurée stable, et la part de toutes les autres catégories de taille a diminué (tableau 9).

Dans l'ensemble, les distributions selon la taille des entreprises donnent à penser que les entreprises entrantes et sortantes sont fortement concentrées dans le groupe des petites entreprises.

Taux d'entrée et de sortie selon la catégorie de taille

La question qui se pose est celle de savoir si les petites entreprises sont plus susceptibles que les autres d'être nouvelles ou d'être éliminées. Comparativement aux entreprises existantes, les entreprises entrantes ont tendance à être petites, ce qui signifie que leur part parmi les petites entreprises est plus importante. En outre, le désavantage sur le plan des coûts et les inefficacités d'échelle ont tendance à rendre les petites entreprises moins productives que les grandes, d'où plus susceptibles d'échouer. On étudie cette question en examinant les taux d'entrée et de sortie calculés selon la taille de l'entreprise (tableaux 10 et 11).

Qu'il soit mesuré en fonction du nombre d'entreprises ou en fonction du nombre d'emplois, le taux d'entrée est plus élevé dans le groupe des petites entreprises. De 2000 à 2008, le taux d'entrée fondé sur le nombre d'entreprises était, en moyenne, de 19,5 % pour le groupe des entreprises les plus petites, de 8,5 % pour celles comptant de 1 à moins de 5 UMM et de 1,0 % seulement pour celles employant 100 UMM ou plus. Les taux d'entrée correspondants fondés sur le nombre d'emplois étaient de 17,1 %, 7,5 % et 0,5 %. Le fait que les taux d'entrée calculés selon le nombre d'emplois sont plus faibles que ceux calculés d'après le nombre d'entreprises donne à penser que la diminution de la taille des entreprises entrantes au niveau agrégé se manifeste dans toutes les catégories de taille. Durant la période de référence de l'étude, le taux d'entrée n'a augmenté que pour le groupe de taille la plus petite; pour tous les autres groupes de taille, particulièrement celui des grandes entreprises, le taux a baissé (tableau 10).

Le taux de sortie suit une tendance comparable. Les petites entreprises sont plus susceptibles que les grandes de sortir du marché. Le taux de sortie calculé d'après le nombre d'entreprises était, en moyenne, de 17,0 % pour le groupe des entreprises les plus petites, de 6,4 % pour les entreprises comptant de 1 à moins de 5 UMM, et de 0,9 % pour celles comptant 100 UMM ou plus; les parts de l'emploi des entreprises sortantes étaient respectivement de 13,6 %, 5,7 % et 0,5 % pour les trois catégories de taille. Les taux de sortie calculés d'après le nombre d'emplois étaient également plus faibles que ceux calculés d'après le nombre d'entreprises pour toutes les catégories de taille d'entreprise. De 2000 à 2008, l'un et l'autre de ces taux ont été stables pour les deux catégories inférieures de taille et ont diminué pour toutes les autres catégories (tableau 11).

Cependant, dans toutes les catégories de taille, les entrées d'entreprises ont été plus nombreuses que les sorties.

7   Conclusion

Le présent document, qui s'appuie sur l'ensemble de données du Programme d'analyse longitudinale de l'emploi (PALE) de Statistique Canada, résume les tendances fondamentales de l'entrée et de la sortie dans le secteur canadien des entreprises, ventilées selon l'industrie et selon la taille de l'entreprise.

Plusieurs observations se dégagent. Premièrement, les résultats montrent systématiquement que les entrées sont plus nombreuses que les sorties, au niveau agrégé ainsi qu'aux niveaux désagrégés selon l'industrie et selon la taille de l'entreprise. Cette constatation témoigne de la vitalité et de la croissance généralisée de l'économie canadienne.

Deuxièmement, l'intensité de l'entrée et de la sortie d'entreprises mesurée par la part du nombre total d'entreprises qui sont des entrantes et des sortantes est demeurée stable au cours du temps au niveau agrégé et dans la majorité des industries; pendant ce temps, l'efficacité de l'entrée et de la sortie d'entreprises mesurée par la part de l'emploi a diminué au cours du temps au niveau agrégé et dans la plupart des industries. Les distributions des entreprises entrantes et sortantes selon la taille, ainsi que les taux d'entrée et de sortie selon la catégorie de taille donnent à penser que le roulement des entreprises concerne en grande partie les petites entreprises, une tendance qui s'est accentuée. En outre, la taille moyenne des entreprises entrantes et des entreprises sortantes a diminué au cours du temps.

Troisièmement, les taux d'entrée et de sortie sont corrélés négativement au cours du temps au niveau agrégé; en revanche, au niveau désagrégé, ces corrélations deviennent positives dans de nombreuses industries, dont celles de la fabrication et du commerce de gros. Cela implique que certains facteurs variables en fonction du temps influent de la même façon sur les entrées et les sorties dans certaines industries, mais agissent en sens opposés dans d'autres.

Quatrièmement, les facteurs propres à l'industrie sont des déterminants importants des tendances de l'entrée et de la sortie d'entreprises. Les taux d'entrée et de sortie diffèrent non seulement considérablement d'une entreprise à l'autre, mais ils persistent aussi au cours du temps et leur corrélation interindustrielle est fortement positive.

Cinquièmement, après correction pour neutraliser les effets fixes d'industries, la corrélation au cours d'une période donnée entre les taux d'entrée et de sortie au niveau des industries est positive durant certaines années et négative durant d'autres, ce qui signifie que l'effet des autres facteurs que ceux propres à l'industrie sur les taux d'entrée et de sortie n'est pas uniforme au cours du temps. Des études approfondies devront être menées pour comprendre pourquoi il en est ainsi et pour illustrer encore davantage la richesse de la capacité analytique de la base de données du PALE.

8   Annexe

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