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La présente étude visait à déterminer si les probabilités de craindre la criminalité différaient entre les quartiers urbains du Canada, et si les facteurs propres aux personnes et à leurs quartiers pouvaient expliquer ces écarts. En outre, l'étude avait pour objet de comprendre l'impact des perceptions qu'ont les Canadiens du désordre et de la criminalité dans leur quartier sur leurs probabilités de craindre la criminalité.

Fondés sur les données de l'Enquête sociale générale de 2004 et du Recensement de 2001, les résultats ont indiqué que, dans un quartier moyen, environ 18 % des résidents âgés de 15 ans et plus ont déclaré se sentir très peu en sécurité ou pas du tout en sécurité lorsqu'ils étaient seuls dans leur quartier une fois la nuit tombée. Toutefois, cette proportion variait sensiblement entre les quartiers, la proportion de résidents déclarant une crainte de la criminalité dans 95 % des quartiers se situant entre 5 % et 45 %.

Les résultats ont également révélé qu'un certain nombre de caractéristiques démographiques des personnes étaient liées à la probabilité d'éprouver une crainte de la criminalité. Plus particulièrement, les femmes étaient beaucoup plus susceptibles que les hommes d'indiquer qu'elles ne se sentaient pas en sécurité dans leur quartier. Cette constatation valait même après la prise en compte des conditions socioéconomiques du quartier, des expériences personnelles de victimisation et des perceptions du désordre et de la criminalité dans le quartier par les résidents. Ce résultat concorde avec ceux de recherches dans le cadre desquelles on a examiné les écarts entre la crainte de la criminalité selon le sexe. Il indique aussi que dans les études futures, on devrait examiner de plus près les différences entre les causes profondes de la crainte chez les hommes et les femmes (Schafer, Huebner et Bynum, 2006).

Certaines des caractéristiques socioéconomiques et démographiques des quartiers qui ont été examinées dans la présente étude étaient liées à de plus grandes probabilités de craindre la criminalité. Ces effets indépendants des quartiers sur la crainte ont été observés dans les endroits où il y avait des proportions plus élevées de familles à faible revenu, de membres de minorités visibles et de familles monoparentales. Le lien entre ces caractéristiques des quartiers et la crainte persistait, abstraction faite des caractéristiques des personnes. 

L'étude a également servi à examiner le lien entre les probabilités de craindre la criminalité et les perceptions des résidents concernant le niveau de risque dans leur quartier. Les résultats ont révélé que les perceptions qu'avaient les résidents de la criminalité et du désordre physique et social étaient liées à la crainte de la criminalité indépendamment des caractéristiques des personnes ou des quartiers. En outre, ces perceptions ont eu pour effet de réduire la solidité du lien entre la crainte et les caractéristiques du quartier (c.-à-d. de fortes proportions de familles à faible revenu, de membres de minorités visibles et de familles monoparentales). À l'instar des résultats d'autres travaux de recherche, ce résultat laisse entendre que l'effet des variables propres aux quartiers, comme celles examinées dans la présente étude, est au moins partiellement déterminé par les perceptions qu'ont les résidents de leur environnement local (LaGrange, Ferraro et Supanic, 1992; Wyant, 2008).

Enfin, les résultats de cette étude indiquent que, pour mieux comprendre les écarts de la crainte de la criminalité, il faut tenir compte à la fois des personnes et des endroits où elles habitent. En fin de compte, les caractéristiques des personnes et leurs perceptions sont les variables qui ont le plus contribué à l'explication des écarts de la crainte chez les Canadiens vivant en milieu urbain. Toutefois, une part statistiquement significative de la variation de la crainte a été attribuée à l'environnement du quartier. Les résultats laissent également entendre qu'il existe des caractéristiques des quartiers, outre les caractéristiques socioéconomiques et démographiques des résidents, qui peuvent mettre en lumière la variation observée des niveaux de crainte. Des travaux de recherche sur les effets des quartiers liés aux expériences personnelles de la criminalité et de la victimisation ont fait ressortir l'importance des caractéristiques des quartiers, comme la qualité et l'étendue de l'interaction sociale entre les résidents, les taux de crimes déclarés par la police et l'utilisation du territoire dans les zones locales (Sampson, Raudenbush et Earls, 1997). Des travaux futurs visant à examiner les caractéristiques des quartiers pour expliquer la crainte de la criminalité bénéficieraient de l'utilisation de sources de données indépendantes qui mesurent de tels facteurs.