Nouveaux contacts avec la police chez les enfants et les jeunes victimes de crimes violents, 2010 à 2024
par Adam Cotter et Loanna Heidinger
Début de l'encadré
Faits saillants
- La majorité des enfants et des jeunes victimes de crimes violents ont eu un ou des contacts subséquents avec la police, soit en tant que victimes d’un crime violent, soit en tant qu’auteurs présumés d’un crime, ou les deux. Parmi les 59 636 enfants et jeunes victimes de crimes violents en 2010, près de 6 sur 10 (58 %) ont eu au moins un contact subséquent avec la police avant la fin de 2024.
- Parmi tous les enfants et les jeunes victimes de crimes violents en 2010, 3 sur 10 (30 %) avaient eu de nouveaux contacts avec la police en tant que victimes et auteurs présumés. Des proportions plus faibles avaient eu de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés seulement (17 %) ou en tant que victimes seulement (11 %).
- La moitié (51 %) des victimes de crimes violents âgées de 12 à 17 ans sont plus tard devenues des auteurs présumés d’au moins une affaire criminelle déclarée par la police au cours de la période de 2010 à 2024.
- Des proportions similaires de garçons (29 %) et de filles (31 %) victimes de crimes violents avaient eu des contacts subséquents avec la police, et ce, en tant que victimes et auteurs présumés durant la période de suivi. Cependant, les garçons étaient plus susceptibles que les filles (22 % par rapport à 10 %) d’avoir de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés seulement, tandis que les filles étaient plus susceptibles que les garçons (15 % par rapport à 8 %) d’avoir de nouveaux contacts en tant que victimes seulement.
- La prévalence des nouveaux contacts était la plus faible parmi les victimes d’une première affaire dont l’auteur présumé était un étranger. Lorsque l’auteur présumé de la première affaire était apparenté à la victime ou connu de celle-ci, la victime était plus susceptible d’avoir un nouveau contact avec la police.
- Environ le tiers (35 %) des jeunes de 12 à 17 ans qui ont été victimes de crimes violents en 2010 sont par la suite devenus des auteurs présumés d’une affaire de violence avant la fin de 2024.
- Les jeunes qui ont été victimes de voies de fait en 2010 étaient plus susceptibles d’avoir des contacts subséquents avec la police (67 %) que les jeunes victimes d’une infraction d’ordre sexuel (59 %).
Fin de l'encadré
De nombreux travaux de recherche ont permis d’établir que les expériences de victimisation à un âge précoce sont associées à un large éventail de répercussions négatives au cours de la vie. Ces répercussions peuvent être immédiates, comme les préjudices, les lésions corporelles ou la détresse émotionnelle, ou à long terme, comme des niveaux inférieurs de satisfaction à l’égard de la vie, une moins bonne santé physique et mentale, des résultats socioéconomiques moins favorables, des taux accrus de consommation de substances et de dépendance aux substances, une probabilité plus élevée de commettre des infractions, et de nouvelles expériences de victimisation (p. ex. Benedini, Fagan et Gibson, 2016; Burczycka, 2016; Fernandez et autres, 2015; Forbes et autres, 2019; Heidinger, 2022; Jennings et autres, 2011; McDougall et Vaillancourt, 2015; McGrath et autres, 2011; Mersky et autres, 2012; Mulford et autres, 2018; Perez et Widom, 1994; Scrafford et autres, 2018; Swanston et autres, 2003; Takizawa et autres, 2014; Turanovic, 2023; Widom et Ames, 1994; Widom et autres, 2008; Wright et autres, 2016).
En ce qui concerne précisément la victimisation et les infractions, la recherche soutient généralement la notion du cycle de la violence : les expériences de victimisation avec violence sont associées à une probabilité accrue de vivre davantage de violence — à la fois en tant que victime et auteur présumé. Certains travaux de recherche portent sur les expériences futures de victimisation avec violence, d’autres sur les infractions et la délinquance subséquentes, tandis que d’autres mettent en lumière la corrélation entre la victimisation et la perpétration d’actes criminels, que l’on appelle le chevauchement victime-délinquant (Jennings et autres, 2011). Des recherches antérieures ont régulièrement conclu qu’une proportion élevée de délinquants violents ont déjà été victimes de crimes violents. Cependant, la plupart des victimes de crimes violents ne deviennent pas elles-mêmes des délinquants (Bureau de l'ombudsman fédéral des victimes d'actes criminels, 2021; Wright et autres, 2016).
Fondé sur les données du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC), le présent article de Juristat permet d’identifier une cohorte d’enfants et de jeunes uniques (âgés de 0 à 17 ans) qui ont été victimes d’un crime violent en 2010; ce crime est considéré comme leur premier contact avec la policeNote . L’étude permet ensuite de suivre les contacts subséquentsNote de ces enfants et ces jeunes avec la police en tant que victimes de crimes violents et auteurs présumés de crimes violents, de crimes contre les biens ou d’autres types de crimesNote jusqu’à la fin de 2024. Les caractéristiques de la victime et de la première affaire de 2010 sont examinées afin d’explorer l’incidence de divers facteurs sur les tendances futures en matière de contacts avec la police.
L’approche de la présente étude diffère de celle des recherches antérieures, qui reposait sur des questions rétrospectives pour explorer les répercussions de la victimisation sur les résultats plus tard dans la vie (p. ex. Burczycka, 2016; Heidinger, 2022). La présente étude met plutôt l’accent sur les affaires de victimisation pendant l’enfance déclarées par la police qui ont été consignées au moment où elles sont survenues en 2010, et non sur les données autodéclarées sur des expériences qui pourraient remonter à des années, voire des décennies. Elle permet également le suivi longitudinal de ces enfants et ces jeunes afin d’examiner leurs tendances en matière de contact avec la police, plutôt que de représenter une estimation à une date fixe. Ces répercussions et résultats à plus court terme n’ont pas fait l’objet d’autant de recherches canadiennes d’ampleur nationale auparavant.
La création initiale d’un fichier de données consacré expressément à l’examen des nouveaux contacts avec la police parmi les enfants et les jeunes victimes de crimes violents a été financée par Femmes et Égalité des genres Canada. La création finale du fichier analytique ainsi que la présente analyse ont été financées par le ministère de la Justice du Canada.
La majorité des enfants et des jeunes victimes de crimes violents en 2010 ont eu un ou des contacts subséquents avec la police avant la fin de 2024
En 2010, 59 636 enfants et jeunes ont été victimes d’un crime violent déclaré par la police. La grande majorité d’entre eux (79 %) étaient des jeunes, âgés de 12 à 17 ans, tandis que des proportions plus faibles étaient des enfants plus âgés, c’est-à-dire âgés de 6 à 11 ans (15 %), ou des enfants en bas âge, âgés de 0 à 5 ans (6 %). Selon leur âge au moment du premier contactNote , ces victimes de crimes violents déclarés par la police en 2010 étaient âgées de 14 à 31 ans à la fin de 2024.
Dans l’ensemble, un peu plus de la moitié (52 %) des enfants et des jeunes victimes d’un crime violent en 2010 étaient des garçons. Plus particulièrement, les garçons étaient surreprésentés parmi les enfants plus âgés (58 %), mais les proportions des genres étaient similaires chez les enfants en bas âge (50 % de garçons et 50 % de filles) et les jeunes (51 % de garçons et 49 % de filles).
Parmi les enfants et les jeunes victimes de crimes violents en 2010, près de 6 sur 10 (58 %) ont eu au moins un contact subséquent avec la police durant la période de suivi, soit en tant que victimes, soit en tant qu’auteurs présumés, ou les deux (tableau 1)Note . Il y avait souvent des chevauchements entre les nouveaux contacts en tant que victimes et en tant qu’auteurs présumés. Plus précisément, 30 % des enfants et des jeunes victimes de crimes violents avaient eu un ou des contacts subséquents avec la police en tant que victimes et auteurs présumés, comparativement à 17 % en tant qu’auteurs présumés seulement et à 11 % en tant que victimes seulement.
Les contacts subséquents avec la police variaient en fonction du groupe d’âge de la victime au moment de son premier contact. Les personnes qui étaient des jeunes au moment de leur victimisation initiale étaient deux fois plus susceptibles d’avoir des contacts subséquents avec la police (62 %) que celles qui étaient alors des enfants en bas âge (31 %).
La nature du contact subséquent variait elle aussi selon l’âge (graphique 1). Les victimes qui étaient des enfants en bas âge en 2010 avaient plus souvent un ou des contacts subséquents avec la police en tant que victimes d’un crime violent seulement (15 %), tandis que des proportions plus faibles avaient un ou des contacts en tant qu’auteurs présumés seulement (6 %) ou en tant que victimes et auteurs présumés (10 %). Les proportions de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés augmentaient avec l’âge au moment de la victimisation initiale : la moitié (51 %) des jeunes victimes de crimes violents en 2010 ont été identifiés comme auteurs présumés d’au moins une affaire criminelle au cours de la période de 2010 à 2024Note . Les jeunes qui étaient âgés de 12 à 17 ans en 2010 avaient atteint l’âge de 26 à 31 ans à la fin de la période de suivi, ce qui signifie que bon nombre de leurs nouveaux contacts avec la police ont eu lieu à l’âge adulte.
Graphique 1 début

Tableau de données du graphique 1
| Groupe d'âge de la victime | Contact subséquent avec la police en tant que victime et auteur présumé | Contact subséquent avec la police en tant qu’auteur présumé seulement | Contact subséquent avec la police en tant que victime d’un crime violent seulement | Aucun contact subséquent avec la police |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Note : La victimisation initiale désigne la première affaire de victimisation avec violence survenue en 2010 lors de laquelle un enfant ou un jeune a été identifié comme victime d’une infraction avec violence déclarée par la police. La première affaire est définie aux fins d’analyse et ne représente pas nécessairement la véritable première expérience de victimisation, car des enfants et des jeunes victimes inclus dans la cohorte pourraient avoir été victimes d’un crime violent ou auteurs présumés d’un crime avant l’affaire de 2010. Exclut les infractions antérieures (soit celles qui ont été déclarées en 2010, mais qui sont survenues avant le 1er janvier 2010). Un contact subséquent ou nouveau contact désigne tout contact officiel d’une personne avec la police qui survient après l’affaire de victimisation initiale, soit en tant que victime d’un crime violent, soit en tant qu’auteur présumé de toute affaire criminelle, pendant la période sélectionnée pour l’analyse (2010 à 2024).
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, Programme de déclaration uniforme de la criminalité. |
||||
| Enfants en bas âge (0 à 5 ans) |
10 | 6 | 15 | 69 |
| Enfants plus âgés (6 à 11 ans) |
24 | 13 | 13 | 50 |
| Jeunes (12 à 17 ans) |
33 | 18 | 11 | 38 |
| Tous les enfants et jeunes (0 à 17 ans) |
30 | 17 | 11 | 42 |
Graphique 1 fin
Il convient de souligner que, dans le cas des personnes qui étaient des jeunes au moment de la première affaire, la période de suivi comprend l’adolescence tardive et le début de l’âge adulte, une période de la vie où les taux de victimisation ainsi que les taux de délinquance pourraient être supérieurs à ceux d’autres âges. Quels que soient les antécédents de victimisation, il est possible que les niveaux plus élevés de contacts avec la police observés chez ce groupe soient en partie attribuables à l’âge. Chez les enfants en bas âge, bon nombre des années comprises dans la période à l’étude remontent à bien avant qu’ils atteignent cette tranche d’âge. En outre, l’âge de la responsabilité criminelle au Canada étant de 12 ans, une bonne partie de la période de suivi des enfants en bas âge visés par l’analyse comprend des années durant lesquelles ces enfants étaient trop jeunes pour être inculpés d’une infraction criminelleNote . Ce facteur pourrait influencer la mesure dans laquelle ces enfants sont entrés en contact avec la police et ont été enregistrés dans les données du Programme DUC, en particulier en tant qu’auteurs présumés (Carrington, 2007)Note .
Les filles et les garçons affichent des taux de nouveaux contacts similaires, mais les garçons plus souvent en tant qu’auteurs présumés, et les filles plus souvent en tant que victimes
De façon générale, les taux de nouveaux contacts avec la police étaient similaires entre les garçons et les filles qui avaient été victimes de crimes violents déclarés par la police en 2010 : 59 % des garçons et 57 % des filles avaient eu au moins un nouveau contact avec la police après la première affaire de victimisation.
Des proportions similaires de garçons (29 %) et de filles (31 %) ont eu de nouveaux contacts avec la police en tant que victimes et auteurs présumés durant la période de suivi, mais les deux genres présentaient un écart notable quant à la nature de leurs contacts subséquents avec la police. Les garçons étaient nettement plus susceptibles (22 %) que les filles (10 %) d’avoir eu de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés seulement, tandis que les filles avaient eu plus souvent de nouveaux contacts en tant que victimes seulement (15 %), comparativement aux garçons (8 %).
Conformément à la tendance générale, les personnes qui étaient des jeunes au moment de leur victimisation initiale présentaient la proportion la plus élevée de contacts subséquents avec la police (tableau 2). Plus de la moitié (55 %) des garçons qui étaient des jeunes au moment de leur victimisation initiale en 2010 ont par la suite été identifiés comme auteurs présumés d’un crime de tout type, comparativement à 46 % des filles qui étaient des jeunes au moment de leur victimisation initiale en 2010. Par contre, la moitié (50 %) des filles qui étaient des jeunes au moment de leur victimisation initiale ont par la suite été victimes d’un autre crime violent déclaré par la police, comparativement à 38 % des garçons qui étaient des jeunes au moment de leur victimisation initiale.
Début de l'encadré 1
Encadré 1
Contacts antérieurs avec la police parmi les
enfants et les jeunes victimes de crimes violents en 2024
L’une des limites des données déclarées par la police est le fait qu’elles ne comprennent que les affaires qui sont portées à son attention. En raison du sous-signalement de la victimisation avec violence aux autorités, en particulier lorsque la victime est un enfant ou un jeune, la prévalence réelle de la violence envers les enfants et les jeunes pourrait être sous-estimée.
Une autre limite du fichier employé pour l’analyse dans le présent article est le fait que l’affaire de victimisation survenue en 2010, quoiqu’elle soit traitée comme la première affaire aux fins de l’analyse, ne représente pas nécessairement la toute première victimisation avec violence d’un enfant ou d’un jeune. L’année 2010 a été sélectionnée comme point de départ du couplage pour des raisons de qualité des données, car la couverture et certains renseignements clés ne sont pas disponibles pour les années antérieures, mais tout contact avec la police survenu avant 2010 n’est pas pris en compte.
Pour mieux comprendre cet écart potentiel, un fichier analytique complémentaire a été créé. Ce fichier a permis d’identifier tous les enfants et les jeunes victimes de crimes violents déclarés par la police en 2024 et a permis d’examiner les antécédents de contact avec la police. Les résultats de cette cohorte d’enfants et de jeunes victimes de 2024 ont donné une idée de l’ampleur des contacts antérieurs qui n’ont peut-être pas été observés dans la cohorte de 2010.
En 2024, on a dénombré 66 664 enfants et jeunes victimes de crimes violents déclarés par la police. Dans l’ensemble, près des deux tiers d’entre eux (64 %) n’avaient eu aucun contact antérieur avec la police, ni en tant que victimes d’un crime violent, ni en tant qu’auteurs présumés d’un crime. Cependant, les niveaux d’antécédents de contacts antérieurs avec la police variaient considérablement en fonction de l’âge, ayant tendance à croître avec celui-ci.
Selon les données policières, les victimes qui étaient des enfants en bas âge (0 à 5 ans) étaient moins susceptibles d’avoir subi un crime violent avant l’affaire de 2024. Parmi les victimes qui étaient des enfants plus âgés (6 à 11 ans), près de 1 sur 5 (18 %) avait déjà eu un contact avec la police. Plus précisément, 14 % de ces enfants avaient déjà été victimes, 2 % avaient déjà été auteurs présumés et 1 % avaient été à la fois victimes et auteurs présumés avant l’affaire de 2024Note .
Parmi les jeunes (12 à 17 ans), 57 % des victimes n’avaient eu aucun contact antérieur avec la police en tant que victimes ou auteurs présumés; cependant, la proportion de ce groupe qui avait eu au moins un contact antérieur avec la police (43 %) était plus élevée que celle des autres groupes. Dans l’ensemble, 18 % des membres de ce groupe avaient déjà été victimes, 10 % avaient déjà été auteurs présumés et 15 % avaient été à la fois victimes et auteurs présumés.
Les résultats rétrospectifs de l’échantillon d’enfants et de jeunes victimes de 2024 donnent à penser que, pour la plupart des enfants, l’affaire de 2010 représente probablement leur première véritable victimisation déclarée par la police. Cependant, pour de nombreux jeunes, des contacts avec la police qui précèdent l’affaire de 2010 pourraient déjà avoir influencé leur trajectoire.
Fin de l’encadré 1
Les victimes d’affaires perpétrées par des étrangers ont moins de nouveaux contacts
Les tendances observées en matière de contacts subséquents avec la police au sein de la cohorte de 2010 des enfants et des jeunes victimes de crimes violents correspondent à la notion selon laquelle la victimisation et la délinquance futures déclarées par la police sont influencées par des contextes et des types de violence différents.
La répartition des liens de l’auteur présumé avec la victime variait selon l’âge de la victime, ce qui traduit les différences entre les diverses phases de l’enfance et de la jeunesse. Par exemple, les enfants en bas âge étaient plus souvent victimes de violence de la part d’un membre de leur famille (67 % de toutes les affaires en 2010), tandis que la violence perpétrée par des amis, des connaissances ou des étrangers était plus courante chez les jeunes (76 %). Ces résultats correspondent également aux tendances plus larges en matière de relations sociales selon l’âge, qui démontrent que les enfants en bas âge sont plus susceptibles de passer la majorité de leur temps entourés de membres de leur famille immédiate et élargie, alors que les jeunes sont en général plus indépendants et ont un plus large éventail de contacts avec des personnes à l’extérieur de leur foyer et de leur famille.
Quel que soit l’âge de la victime au moment de la victimisation initiale de 2010, les taux de nouveaux contacts les plus faibles ont été enregistrés chez les personnes victimes d’un crime violent commis par un étranger (tableau 3). Plus précisément, 21 % des enfants en bas âge, 43 % des enfants plus âgés et 52 % des jeunes qui ont été agressés par un étranger en 2010 ont eu des contacts subséquents avec la police avant la fin de 2024, comparativement à 31 % des enfants en bas âge, à 50 % des enfants plus âgés et à 62 % des jeunes victimes en général.
De plus, les personnes victimes d’une affaire dont l’auteur présumé était un étranger en 2010 qui ont eu des contacts subséquents avec la police étaient moins susceptibles d’être des victimes et des auteurs présumés, comparativement aux victimes dont le lien avec l’auteur présumé était d’une autre nature. Des recherches antérieures ont révélé que les facteurs de risque, les conséquences et la probabilité d’une nouvelle victimisation sont différents dans le cas de la violence perpétrée par un étranger, comparativement à d’autres types de violence comme la violence familiale ou la violence de la part de pairs (p. ex. intimidation ou harcèlement continu à l’école) (Turanovic, 2023). Ces constatations pourraient en partie expliquer la variance observée dans le taux de nouveaux contacts avec la police.
Les victimes dont l’affaire de violence initiale a été commise par un membre de la famille élargie (p. ex. un oncle, une tante, un grand-parent, un cousin) ont eu davantage de nouveaux contacts avec la police : 36 % des enfants en bas âge, 52 % des enfants plus âgés et 70 % des jeunes victimes sont devenus des victimes ou des auteurs présumés d’au moins une affaire subséquente.
À titre de comparaison, les personnes qui ont été initialement agressées par un parent ont généralement eu moins de nouveaux contacts avec la police, comparativement aux personnes agressées par un autre membre de leur famille immédiate ou élargie. Dans l’ensemble, 3 enfants en bas âge sur 10 (30 %) qui ont été agressés par un parent en 2010 ont eu de nouveaux contacts avec la police, de même que près de la moitié (46 %) des enfants plus âgés et environ 6 jeunes sur 10 (62 %).
Cet écart est probablement lié aux profils d’âge des personnes qui ont été agressées par un parent, car les enfants en bas âge ont eu moins de nouveaux contacts avec la police mais ont été plus souvent victimisés par un parent. Pour la moitié (49 %) des enfants en bas âge victimes d’un crime violent en 2010, l’auteur du crime était un parent, une proportion qui diminuait pour s’établir à 25 % chez les enfants plus âgés et à 8 % chez les jeunes. Il est également possible que les affaires perpétrées par un parent soient moins susceptibles d’être signalées à la police, comparativement aux affaires qui impliquent un autre type d’auteur présumé, par exemple un étranger, une connaissance ou un membre de la famille élargie.
La majorité des jeunes victimes de violence de la part de partenaires intimes ont de nouveaux contacts avec la police
Chez les jeunes, il est également possible d’examiner les expériences de violence dans le contexte d’une relation avec un partenaire intimeNote . Contrairement à bien d’autres types de liens de l’auteur présumé avec la victime, parmi les jeunes, les filles victimes de violence de la part d’un partenaire intime (3 525) étaient 9 fois plus nombreuses que les garçons victimes de cette forme de violence (380) en 2010.
Dans l’ensemble, 7 jeunes sur 10 (70 %) victimes de violence de la part de partenaires intimes en 2010 ont eu de nouveaux contacts avec la police durant la période de suivi, la plupart d’entre eux en tant que victimes et auteurs présumés (42 %). Des proportions relativement plus faibles de victimes de violence de la part de partenaires intimes ont eu des contacts subséquents avec la police en tant que victimes seulement (15 %) ou en tant qu’auteurs présumés seulement (12 %).
Parmi les jeunes garçons victimes de violence de la part de partenaires intimes en 2010, les deux tiers (66 %) sont plus tard devenus auteurs présumés d’une autre affaire criminelle au cours de la période de 2010 à 2024, et près de la moitié (47 %) ont été victimes d’une autre affaireNote Note . Par contre, chez les filles, plus de la moitié de celles qui ont été victimes de violence de la part de partenaires intimes en 2010 sont par la suite devenues auteures présumées (53 %) ou victimes (58 %) d’une autre affaireNote .
L’exposition à la violence durant l’enfance est associée à une probabilité accrue de devenir victime ou auteur de violence dans les relations avec des partenaires intimes plus tard dans la vie (Burczycka, 2016; Cotter, 2021b; Widom et autres, 2008). Une explication courante de ce lien est la théorie de l’apprentissage social, ou transmission intergénérationnelle de la violence (Powers et autres, 2017). Selon cette théorie, le fait d’être témoin ou victime de violence à un âge précoce, en particulier lorsque cette violence est commise par des adultes occupant une position d’influence (p. ex. les parents), peut influencer les croyances des enfants à l’égard des comportements normatifs dans les relations et des approches de résolution des conflits. En somme, une personne victime ou témoin d’actes violents est généralement plus susceptible d’en être à nouveau victime ou d’en devenir l’auteur, car elle pourrait avoir appris que la violence est une caractéristique normale des relations interpersonnelles, y compris, mais sans s’y limiter, les relations entre partenaires intimes (Neppl et autres, 2019; Richards et autres, 2017; Widom et autres, 2014).
Les nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés sont plus fréquents chez les jeunes
En plus des contacts subséquents avec la police, le fichier de données a permis d’analyser le nombre de contacts supplémentaires avec la police, soit en tant que victime d’un crime violent, soit en tant qu’auteur présumé d’un crime de toute natureNote . La fréquence des nouveaux contacts variait selon le genre et le groupe d’âge de la victime au moment de la victimisation initiale (tableau 4, tableau 5).
Par exemple, la moitié (51 %) des jeunes victimes de crimes violents en 2010 ont eu des contacts subséquents avec la police en tant qu’auteurs présumés d’un crime de tout type et, parmi ceux-ci, environ le quart (27 %) ont eu 10 contacts subséquents ou plus en tant qu’auteurs présumés. Les garçons victimes ont eu plus souvent de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés (55 %) que les filles victimes (46 %) et, parmi les jeunes ayant eu de nouveaux contacts, une plus grande proportion de garçons (31 %) que de filles (22 %) ont eu 10 contacts subséquents ou plus. Les jeunes garçons victimes ayant eu de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés ont eu en moyenne 12 nouveaux contacts, et les jeunes filles victimes, 8 nouveaux contacts.
À titre de comparaison, une proportion plus faible (16 %) des enfants en bas âge qui ont été victimes de crimes violents en 2010 ont eu de nouveaux contacts avec la police en tant qu’auteurs présumés avant la fin de 2024. Comme il a été mentionné précédemment, dans le cas des enfants en bas âge, la période de suivi de l’analyse comprend bon nombre d’années avant que les victimes de la première affaire n’atteignent l’âge minimal de 12 ans auquel une personne peut être tenue criminellement responsable au Canada. Ce facteur a une incidence sur le nombre d’enfants en bas âge pouvant être formellement identifiés comme auteurs présumés d’un crime dans le contexte du Programme DUC (Carrington, 2007).
Environ le tiers des jeunes victimes d’un crime violent en 2010 sont plus tard devenus auteurs présumés d’une affaire de violence
Bon nombre de jeunes qui ont eu des contacts subséquents avec la police en tant qu’auteurs présumés ont été identifiés comme auteurs présumés d’un crime violent (graphique 2; tableau 4). Par exemple, environ le tiers (35 %) des jeunes qui ont été victimes d’un crime violent en 2010 ont plus tard été identifiés comme auteurs présumés d’une affaire de violence, et ceux-ci comptaient en moyenne 3,8 contacts de ce type. Par contre, 16 % des jeunes victimes d’un crime violent en 2010 ont plus tard été identifiés comme auteurs présumés d’affaires sans violence seulement.
Graphique 2 début

Tableau de données du graphique 2
| Groupe d'âge de la victime | Aucun contact subséquent avec la police en tant qu’auteur présumé | Contact subséquent avec la police en tant qu’auteur présumé d’un crime violent seulement Tableau de données du graphique 2 Note 1 | Contact subséquent avec la police en tant qu’auteur présumé d’un crime sans violence seulement |
|---|---|---|---|
| pourcentage | |||
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, Programme de déclaration uniforme de la criminalité. |
|||
| Enfants en bas âge (0 à 5 ans) |
84 | 10 | 5 |
| Enfants plus âgés (6 à 11 ans) |
63 | 25 | 12 |
| Jeunes (12 à 17 ans) |
49 | 35 | 16 |
| Tous les enfants et jeunes (0 à 17 ans) |
53 | 32 | 15 |
Graphique 2 fin
Les nouveaux contacts avec la police en tant que victime d’un crime présentaient une tendance similaire sur le plan de l’âge. En effet, les victimes qui étaient plus âgées au moment de la première affaire de violence étaient plus susceptibles de devenir victimes d’une affaire subséquente, et les victimes qui étaient plus âgées et ont eu de nouveaux contacts avaient généralement vécu un nombre plus élevé d’affaires de violence (tableau 5).
Les victimes de voies de fait sont plus susceptibles d’avoir de nouveaux contacts avec la police en tant qu’auteurs présumés
Le type de violence subie lors de la première affaire est un autre facteur pouvant influer sur la victimisation ou la délinquance futures. Par exemple, la violence sexuelle durant l’enfance est associée à plusieurs conséquences négatives, dont une probabilité accrue de victimisation et de délinquance futures, entre autres résultats défavorables (McGrath et autres, 2011; Widom et Ames, 1994).
Parmi les jeunes qui ont été victimes d’un crime violent en 2010, ceux dont la première affaire était des voies de fait étaient plus susceptibles d’avoir des contacts subséquents avec la police (67 %) que ceux dont la première affaire était une infraction d’ordre sexuel (59 %) (tableau 6).
L’écart était plus marqué pour ce qui est des contacts subséquents en tant qu’auteurs présumés : 58 % des jeunes ayant subi des voies de fait en 2010 ont plus tard eu des contacts avec la police en tant qu’auteurs présumés, comparativement à 43 % des jeunes qui ont été agressés sexuellementNote . En revanche, il n’y avait qu’un écart minime entre les taux de victimisation subséquente des jeunes qui ont été victimes de voies de fait (47 %) et des jeunes qui ont été victimes d’une agression sexuelle (46 %) en 2010.
Les travaux de recherche sur les résultats futurs liés à la criminalité et à la délinquance portent souvent sur les expériences de la petite enfance. Parmi les victimes qui étaient des enfants en bas âge en 2010, près de 3 personnes sur 10 (28 %) qui ont subi une agression sexuelle ont plus tard eu des contacts avec la police en tant que victimes d’une autre affaire, une proportion légèrement supérieure à celle enregistrée chez les victimes de voies de fait (25 %)Note .
Il est probable que le genre influence aussi les tendances en matière de nouveaux contacts selon le type d’infraction, car les filles représentaient une part disproportionnée des victimes d’infractions d’ordre sexuel. En outre, selon bon nombre d’enquêtes antérieures sur la victimisation autodéclarée, seule une petite proportion des agressions sexuelles sont portées à l’attention de la police et sont donc couvertes par les données policières (Conroy et Cotter, 2017; Cotter, 2021a). Ce sous-signalement est encore plus prononcé pour ce qui est des enfants et des jeunes victimes, de même que des hommes et garçons qui sont victimes d’infractions d’ordre sexuel.
Aucune corrélation notable n’est observée entre les nouveaux contacts et la présence d’une arme lors de la première affaire
La présence d’une arme lors de la première affaire n’avait pas d’incidence notable sur la probabilité que les enfants et les jeunes victimes de crimes violents aient de nouveaux contacts avec la police, et ce, pour tous les groupes d’âgeNote . Par exemple, peu importe le fait qu’une arme ait été présente ou non lors de la première affaire, des proportions similaires de jeunes ont eu des contacts subséquents avec la police en tant que victimes et auteurs présumés (33 % lorsqu’une arme était présente par rapport à 34 % en l’absence d’une arme), en tant qu’auteurs présumés seulement (22 % par rapport à 18 %) ou en tant que victimes seulement (8 % par rapport à 11 %), ou n’ont eu aucun contact subséquent avec la police (37 % par rapport à 38 %) (tableau 7).
Il convient de souligner que parmi les jeunes, la probabilité d’avoir de nouveaux contacts avec la police était légèrement plus faible lorsqu’une arme à feu était présente lors de la première affaire (60 %), comparativement à d’autres types d’armes tels qu’un couteau ou un instrument contondant (64 %)Note .
Il y a moins de nouveaux contacts avec la police lorsque la première affaire n’a pas été classée
Le statut de classement d’une affaire — c’est-à-dire si un auteur présumé a été identifié par la police et inculpéNote , si un auteur présumé a été identifié mais n’a pas été inculpé, ou si aucun auteur présumé n’a été identifié — peut également influencer les trajectoires futures des nouveaux contacts avec la police chez les enfants et les jeunes victimes. Par exemple, si l’auteur présumé est inculpé relativement à l’infraction, des conditions pourraient être mises en place (p. ex. une ordonnance de non-communication ou des changements relatifs au temps parental ou aux responsabilités décisionnelles à l’égard de l’enfant) pour prévenir ou limiter les interactions futures entre la victime et l’auteur présumé. En contrepartie, la victime pourrait être appelée à participer à une enquête, et peut-être à un procès si les chefs d’accusation sont portés devant les tribunaux, ce qui pourrait exacerber les répercussions négatives et les traumatismes de la victimisation (Whitcomb, 2003).
Les tendances en matière de nouveaux contacts avec la police variaient selon le statut de classement de la première affaire. Parmi les trois groupes d’âge examinés, les personnes dont la première affaire n’a pas été classée (c.-à-d. qu’aucun auteur présumé n’a été identifié) étaient moins susceptibles d’avoir de nouveaux contacts avec la police (graphique 3).
Graphique 3 début

Tableau de données du graphique 3
| Groupe d'âge de la victime | Contact subséquent avec la police en tant que victime et auteur présumé | Contact subséquent avec la police en tant qu’auteur présumé seulement | Contact subséquent avec la police en tant que victime d’un crime violent seulement | Aucun contact subséquent avec la police |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Note : La victimisation initiale désigne la première affaire de victimisation avec violence survenue en 2010 lors de laquelle un enfant ou un jeune a été identifié comme victime d’une infraction avec violence déclarée par la police. La première affaire est définie aux fins d’analyse et ne représente pas nécessairement la véritable première expérience de victimisation, car des enfants et des jeunes victimes inclus dans la cohorte pourraient avoir été victimes d’un crime violent ou auteurs présumés d’un crime avant l’affaire de 2010. Exclut les infractions antérieures (soit celles qui ont été déclarées en 2010, mais qui sont survenues avant le 1er janvier 2010). Un contact subséquent ou nouveau contact désigne tout contact officiel d’une personne avec la police qui survient après l’affaire de victimisation initiale, soit en tant que victime d’un crime violent, soit en tant qu’auteur présumé de toute affaire criminelle, pendant la période sélectionnée pour l’analyse (2010 à 2024).
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, Programme de déclaration uniforme de la criminalité. |
||||
| Affaire non classée | ||||
| Enfants en bas âge (0 à 5 ans) |
8 | 5 | 16 | 71 |
| Enfants plus âgés (6 à 11 ans) |
20 | 11 | 13 | 57 |
| Jeunes (12 à 17 ans) |
26 | 18 | 11 | 46 |
| Tous les enfants et jeunes (0 à 17 ans) |
24 | 16 | 11 | 49 |
| Affaire classée avec ou sans mise en accusation | ||||
| Enfants en bas âge (0 à 5 ans) |
10 | 6 | 15 | 68 |
| Enfants plus âgés (6 à 11 ans) |
25 | 14 | 13 | 48 |
| Jeunes (12 à 17 ans) |
36 | 18 | 11 | 35 |
| Tous les enfants et jeunes (0 à 17 ans) |
33 | 17 | 12 | 39 |
Graphique 3 fin
Dans l’ensemble, la moitié (49 %) des enfants et des jeunes victimes dont la première affaire de violence survenue en 2010 n’a pas été classée par la police n’ont eu aucun nouveau contact avec la police, ni en tant que victimes ni en tant qu’auteurs présumés. Cette proportion diminuait pour se situer à 39 % lorsque l’auteur présumé de la première affaire avait été inculpé ou lorsque l’affaire avait été classée sans mise en accusationNote .
Le classement d’une affaire n’est pas en soi un indicateur de gravité, mais il est possible que certaines affaires plus graves et possiblement plus traumatisantes soient davantage susceptibles d’être classées en raison de la présence de preuves physiques, dont de l’ADN ou des lésions corporelles.
Les taux de nouveaux contacts avec la police sont les plus élevés chez les enfants et les jeunes qui ont été agressés initialement au Manitoba, en Saskatchewan et dans les territoires
Les tendances globales observées chez les enfants et les jeunes victimes de crimes violents en 2010 se maintenaient dans toutes les provinces et tous les territoires, y compris des taux de nouveaux contacts avec la police qui augmentaient avec l’âge au moment de la première victimisation avec violence. Les constatations relatives aux contacts subséquents avec la police cadrent généralement avec les données policières : les provinces et les territoires affichant les plus forts taux globaux de crimes déclarés par la police, soit le Manitoba, la Saskatchewan et les territoires, enregistrent également les taux de nouveaux contacts avec la police les plus élevés (graphique 4).
Graphique 4 début

Tableau de données du graphique 4
| Province ou territoire | Contact subséquent avec la police en tant que victime et auteur présumé | Contact subséquent avec la police en tant qu’auteur présumé seulement | Contact subséquent avec la police en tant que victime d’un crime violent seulement | Aucun contact subséquent avec la police |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Note : La victimisation initiale désigne la première affaire de victimisation avec violence survenue en 2010 lors de laquelle un enfant ou un jeune a été identifié comme victime d’une infraction avec violence déclarée par la police. La première affaire est définie aux fins d’analyse et ne représente pas nécessairement la véritable première expérience de victimisation, car des enfants et des jeunes victimes inclus dans la cohorte pourraient avoir été victimes d’un crime violent ou auteurs présumés d’un crime avant l’affaire de 2010. Exclut les infractions antérieures (soit celles qui ont été déclarées en 2010, mais qui sont survenues avant le 1er janvier 2010). Un contact subséquent ou nouveau contact désigne tout contact officiel d’une personne avec la police qui survient après l’affaire de victimisation initiale, soit en tant que victime d’un crime violent, soit en tant qu’auteur présumé de toute affaire criminelle, pendant la période sélectionnée pour l’analyse (2010 à 2024).
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, Programme de déclaration uniforme de la criminalité. |
||||
| Terre-Neuve-et-Labrador | 30 | 15 | 13 | 42 |
| Île‑du-Prince-Édouard | 35 | 22 | 11 | 33 |
| Nouvelle-Écosse | 34 | 16 | 11 | 39 |
| Nouveau-Brunswick | 28 | 17 | 15 | 40 |
| Québec | 26 | 15 | 14 | 45 |
| Ontario | 23 | 17 | 11 | 49 |
| Manitoba | 48 | 14 | 11 | 27 |
| Saskatchewan | 49 | 16 | 9 | 25 |
| Alberta | 33 | 18 | 11 | 39 |
| Colombie-Britannique | 29 | 17 | 11 | 43 |
| Yukon | 59 | 13 | 10 | 18 |
| Territoires du Nord-Ouest | 64 | 15 | 6 | 15 |
| Nunavut | 60 | 15 | 8 | 17 |
Graphique 4 fin
Par exemple, plus des deux tiers des jeunes qui avaient été victimes d’une première affaire au Manitoba (67 %), en Saskatchewan (71 %) et dans les territoires (84 %) en 2010 ont eu au moins un nouveau contact avec la police en tant qu’auteurs présumés, tandis que 63 %, 61 % et 75 % des jeunes, respectivement, ont été victimes d’une affaire subséquente. À l’inverse, les jeunes dont la victimisation initiale est survenue au Québec ou en Ontario, où les taux de crimes déclarés par la police ont tendance à être plus faibles, ont eu moins de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés (45 % au Québec et 44 % en Ontario) ou en tant que victimes (41 % au Québec et 35 % en Ontario).
C’est également au Manitoba (53 %), en Saskatchewan (53 %) et dans les territoires (70 %) que les jeunes qui avaient été victimes en 2010 présentaient les proportions les plus élevées de contacts subséquents avec la police, à la fois en tant que victimes et auteurs présumés, ce qui met de nouveau en évidence le chevauchement entre la victimisation et la délinquance. Encore une fois, c’est au Québec (28 %) et en Ontario (25 %) que les jeunes étaient le moins susceptibles d’être identifiés à la fois comme victimes et auteurs présumés lors d’une affaire subséquente.
Début de l'encadré 2
Encadré 2
Temps écoulé entre la première affaire et le
contact subséquent en tant qu’auteur présumé
Le choix d’une période de suivi a des répercussions sur les données relatives aux contacts subséquents. Aux fins du présent article, la période de suivi la plus longue possible (14 ans) a été sélectionnée afin d’observer une trajectoire plus longue, en particulier pour les enfants en bas âge qui n’ont atteint l’âge de la responsabilité criminelle que vers la fin de la période à l’étude. Les résultats auraient peut-être été différents si une période de suivi plus brève avait été employée.
À l’instar des écarts en matière de prévalence des contacts subséquents, le temps écoulé entre la première affaire et le premier contact avec la police en tant qu’auteur présumé variait également en fonction du groupe d’âge de la victime au moment de la première affaire (graphique 5)Note . Par exemple, le quart (24 %) des jeunes qui ont été victimes d’un crime violent en 2010 sont devenus auteurs présumés d’une affaire criminelle moins d’un an plus tardNote . Cinq ans après la première affaire, 45 % des jeunes étaient devenus auteurs présumés d’une affaire criminelle. Au cours des 10 années suivantes, cette proportion affichait une croissance modeste de six points de pourcentage pour atteindre 51 %.
Graphique 5 début

Tableau de données du graphique 5
| Temps écoulé en années Tableau de données du graphique 5 Note 1 | Enfants en bas âge (0 à 5 ans) | Enfants plus âgés (6 à 11 ans) | Jeunes (12 à 17 ans) |
|---|---|---|---|
| pourcentage cumulatif | |||
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, Programme de déclaration uniforme de la criminalité. |
|||
| 0 | 0 | 6 | 24 |
| 1 | 0 | 10 | 33 |
| 2 | 1 | 14 | 38 |
| 3 | 1 | 17 | 41 |
| 4 | 2 | 21 | 43 |
| 5 | 2 | 24 | 45 |
| 6 | 3 | 27 | 46 |
| 7 | 4 | 30 | 47 |
| 8 | 6 | 32 | 48 |
| 9 | 7 | 33 | 49 |
| 10 | 9 | 34 | 49 |
| 11 | 11 | 35 | 50 |
| 12 | 13 | 36 | 50 |
| 13 | 15 | 37 | 51 |
| 14 | 16 | 37 | 51 |
Graphique 5 fin
En revanche, chez les victimes qui étaient des enfants en bas âge, la proportion de personnes ayant eu des contacts subséquents avec la police n’augmentait de manière notable que de six à sept ans après l’affaire initiale, alors que les membres les plus âgés de cette cohorte atteignaient ou étaient en voie d’atteindre l’âge de la responsabilité criminelle.
Fin de l’encadré 2
Résumé
La présente analyse porte sur les contacts subséquents avec la police d’une cohorte d’enfants et de jeunes qui ont été victimes de crimes violents déclarés par la police en 2010. Entre la première affaire survenue en 2010 et la fin de l’année 2024, près de 6 enfants et jeunes victimes de crimes violents sur 10 (58 %) ont eu un ou des contacts subséquents avec la police, soit en tant que victimes d’un crime violent, soit en tant qu’auteurs présumés d’un crime, ou les deux.
Les taux de nouveaux contacts avec la police variaient selon l’âge. Les enfants en bas âge, soit ceux âgés de 0 à 5 ans en 2010, étaient les moins susceptibles d’avoir eu de nouveaux contacts avec la police avant la fin de 2024 (31 %). Par contre, 62 % des jeunes âgés de 12 à 17 ans en 2010 ont eu de nouveaux contacts avec la police avant la fin de 2024.
Il y a également un chevauchement clair entre la victimisation et la délinquance subséquentes chez les enfants et les jeunes victimes de crimes violents. Parmi tous les enfants et les jeunes qui ont été victimes d’un crime violent en 2010, 30 % ont eu de nouveaux contacts à la fois en tant que victimes et auteurs présumés, tandis que des proportions plus faibles ont eu de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés seulement (17 %) ou en tant que victimes seulement (11 %).
D’autres facteurs pourraient contribuer aux écarts relatifs aux nouveaux contacts avec la police après la victimisation durant l’enfance, dont le type d’infraction et le lien de l’auteur présumé avec la victime. Les enfants et les jeunes qui ont été agressés initialement par un étranger étaient moins susceptibles d’avoir de nouveaux contacts avec la police que ceux dont la victimisation initiale est survenue aux mains d’un membre de leur famille ou d’une connaissance.
Les enfants et les jeunes qui ont été victimes d’un crime violent en 2010 n’ont pas tous eu de nouveaux contacts avec la police. Il est possible que des facteurs autres que la victimisation initiale aient une incidence sur les trajectoires des contacts subséquents. En d’autres termes, la victimisation ou la délinquance après la première affaire de victimisation ne découlent pas nécessairement de la première affaire en soi, mais sont plutôt associées à des facteurs plus larges qui accroissent le risque de tout contact avec la police.
Par exemple, des facteurs externes ou sociaux, dont la marginalisation, la violence intergénérationnelle, le statut socioéconomique et l’accès à l’éducation, sont associés à la fois à la probabilité d’être la victime ou l’auteur d’un crime (Turanovic, 2023). En outre, il a été démontré que des facteurs d’ordre individuel, tels que la dépression et l’anxiété, sont à la fois des prédicteurs et des résultats de la victimisation (Forbes et autres, 2019).
Malgré le rôle potentiel de facteurs externes, il convient de souligner que les expériences de violence durant l’enfance comptaient parmi les principaux facteurs de risque de la victimisation avec violence chez les adultes au Canada, même en tenant compte d’autres caractéristiques (Cotter, 2021a).
Ensemble, les données présentées dans cet article appuient les conclusions d’études antérieures selon lesquelles la victimisation d’une personne durant l’enfance ou la jeunesse peut influencer ses contacts subséquents avec la police, à la fois en tant que victime et auteur présumé d’un crime. Des recherches futures pourraient prendre appui sur cette exploration initiale et reposer sur le fichier de données pour examiner les tendances longitudinales de contact avec la police pour des groupes précis ou des types de violence en particulier. On pourrait également envisager de coupler ces données à celles d’autres sources en vue d’analyser d’autres caractéristiques démographiques et socioéconomiques des enfants et des jeunes victimes de crimes violents, ce qui permettrait d’évaluer les facteurs de risque et de protection associés aux contacts subséquents.
Tableaux de données détaillés
Description de l’enquête
Programme de déclaration uniforme de la criminalité
Le Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC) a été mis sur pied en 1962 avec la collaboration et l’aide de l’Association canadienne des chefs de police. Le Programme DUC a été conçu pour mesurer les affaires criminelles qui ont été signalées aux services de police fédéraux, provinciaux et municipaux au Canada.
Une affaire peut comprendre plus d’une infraction. Afin d’assurer la comparabilité des données, les chiffres figurant dans le présent article sont fondés sur l’infraction la plus grave dans l’affaire, qui est déterminée d’après une règle de classification normalisée utilisée par tous les services de police. Cependant, il est possible de produire, sur demande, des chiffres fondés sur toutes les infractions.
Méthodologie et limites
La présente analyse repose sur les données déclarées par la police, et se limite donc aux affaires qui ont été officiellement enregistrées et déclarées par la police. Or, des particuliers pourraient avoir subi des expériences de victimisation ou posé des gestes qui sont de nature criminelle, mais ne figurent pas dans les statistiques officielles, car ils n’ont jamais été signalés. Cela pourrait également signifier que l’on ne tient pas compte de certaines expériences défavorables non criminelles, dont les mauvais traitements émotionnels et le fait d’être témoin de violence entre ses parents, malgré des recherches qui démontrent que ces expériences peuvent avoir des résultats similaires aux actes criminels (Cotter, 2021a; Cotter et Savage, 2019).
Les niveaux de déclaration varient en fonction de nombreux facteurs, dont la nature de l’infraction. Par exemple, certains types d’actes violents, comme les agressions sexuelles, la violence de la part de partenaires intimes et la violence familiale, sont moins susceptibles d’être signalés à la police (Conroy, 2021; Cotter, 2021a). En outre, le niveau de sous-signalement est accru lorsque la victime est un enfant ou un jeune, en particulier en très bas âge, car elle ne sait pas nécessairement à qui signaler l’infraction, ne reconnaît peut-être pas que certains comportements sont inacceptables et devraient être signalés, et pourrait dépendre d’autres personnes pour constater l’infraction et la signaler en son nom (Finkelhor et autres, 2001; Kuoppamaki et autres, 2011). La probabilité de signalement pourrait également être influencée par la relation entre la victime, l’auteur présumé et le tiers.
Une autre limite du fichier est la manière dont on définit la notion de contact subséquent. Après l’établissement du premier contact, toute affaire déclarée à compter de cette date, inclusivement, était considérée comme un contact subséquent (c.-à-d. un nouveau contact). Or, il est possible que certains enfants et jeunes aient été à la fois victimes et auteurs présumés lors de la même première affaire, par exemple dans le cas d’une altercation physique entre pairs. Étant donné la manière dont le fichier a été compilé, ces enfants et jeunes seraient donc comptés à la fois comme des victimes de la première affaire et comme des auteurs présumés lors d’un nouveau contact, ce qui pourrait entraîner une légère surestimation du taux de nouveaux contacts en tant qu’auteurs présumés et brosser un portrait inexact de la trajectoire de la personneNote .
Les expériences de certains membres de la cohorte ne sont pas incluses ou représentées. Par exemple, une personne qui a été victime d’un crime à l’âge de 15 ans en 2010 avait peut-être déjà été agressée auparavant à une ou plusieurs occasions, ce qui pourrait avoir influencé sa trajectoire future. L’analyse n’en tiendrait pas compte, car l’affaire survenue en 2010 serait considérée comme le « premier » contact de cette personne avec la police.
Le fait d’entamer la période de suivi après la première affaire de victimisation survenue en 2010, et donc de traiter erronément cette affaire comme étant le « premier » contact, peut fausser d’une autre manière la représentation de la trajectoire d’une personne. Par exemple, certains enfants et jeunes victimes d’un crime, en particulier les enfants plus âgés et les jeunes, pourraient déjà avoir eu un contact avec la police en tant qu’auteurs présumés d’un crime antérieur. Ces cas ne sont pas saisis dans le fichier de données et ne sont donc pas pris en compte dans l’analyse.
Malgré ces limites, le fichier couplé rend possible un suivi longitudinal des personnes, ce qui permet d’examiner leur trajectoire et de déterminer les tendances en matière de contact ainsi que les caractéristiques associées aux écarts dans les résultats futurs.
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