Actes de violence antérieurs déclarés par la police et caractéristiques sociodémographiques des victimes d’un homicide lié au genre au Canada
Début de l'encadré
Faits saillants
- Aux fins du présent article de Juristat, les homicides de femmes et de filles liés au genre sont définis comme des homicides résolus qui ont été perpétrés par un homme ou un garçon qui était un partenaire intime ou un membre de la famille de la victime, qui a infligé des actes de violence sexuelle à la victime lors de l’homicide ou qui a tué une femme ou une fille identifiée par la police comme une travailleuse du sexe.
- De 2009 à 2022, les femmes et les filles tuées lors d’un homicide lié au genre étaient plus âgées que les autres victimes d’un homicide; environ la moitié d’entre elles étaient en relation conjugale et occupaient plus souvent un emploi au moment de leur décès.
- Les femmes et les filles autochtones étaient surreprésentées parmi les victimes. Même si elles constituaient 5 % de l’ensemble de la population des femmes et des filles en 2021, les femmes et les filles autochtones représentaient le cinquième des victimes d’un homicide lié au genre.
- De 2009 à 2022, plus du quart (26 %) de l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre avaient eu au moins un contact antérieur avec la police en tant que victimes d’un crime violent, tandis que 57 % des victimes autochtones d’un homicide lié au genre avaient eu au moins un contact antérieur avec la police.
- Une faible proportion (19 %) des victimes d’un homicide lié au genre qui avaient eu un contact antérieur avec la police avaient eu cinq contacts ou plus avec celle-ci, mais elles avaient été victimes d’actes de violence ayant mené à plus de la moitié des contacts avec la police enregistrés.
- La plupart (79 %) des contacts avec la police mettant en cause des victimes d’un homicide lié au genre concernaient des infractions liées aux voies de fait, et les actes de violence antérieurs ayant mené à près des deux tiers (63 %) de l’ensemble des contacts avec la police avaient entraîné des blessures corporelles chez la victime.
- De 2009 à 2022, plus de la moitié (56 %) des contacts avec la police des victimes d’un homicide lié au genre impliquaient un auteur présumé qui était un partenaire intime actuel ou ancien.
- Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui avaient eu un contact antérieur avec la police, la moitié (49 %) d’entre elles avaient été agressées au moins une fois par la même personne qui a par la suite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide. Cette proportion était au moins six fois plus élevée que celle observée chez les autres victimes d’un homicide.
- Selon les données couplées, parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui étaient inscrites à un programme d’études postsecondaires de 2009-2010 à 2021-2022, 2 victimes sur 5 (39 %) suivaient un programme universitaire.
- Près de 1 victime d’un homicide lié au genre sur 6 (16 %) était une immigrante ou une résidente non permanente. Parmi ces victimes, un peu plus du cinquième (21 %) ont été tuées au cours de leurs cinq premières années au Canada, une proportion supérieure à celle enregistrée chez les autres victimes d’un homicide (12 %).
- Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui avaient visité un service d’urgence avant leur décès, environ les deux tiers (64 %) s’y étaient rendues au cours de l’année précédente. Ces victimes s’y étaient rendues en moyenne 3,2 fois. Ces chiffres sont inférieurs à ceux observés chez les autres victimes d’un homicide.
- Même si une proportion plus élevée de victimes d’un homicide lié au genre avaient déclaré un revenu d’emploi dans leur déclaration de revenus comparativement aux autres victimes d’un homicide, 2 d’entre elles sur 5 (41 %) étaient considérées comme ayant un faible revenu, une proportion plus de deux fois supérieure à celle enregistrée chez les familles dans la population générale (17 % en 2022).
Fin de l'encadré
Au cours des dernières années, le terme « féminicide » — généralement compris comme l’homicide de femmes et de filles en raison de leur genre — a gagné en visibilité pour passer d’un terme relativement spécialisé à un terme maintenant couramment employé dans les discussions sur l’égalité des genres et la justice. En ayant recours au terme « féminicide », on reconnaît que, pour de nombreuses femmes et filles qui sont tuées, l’homicide n’est pas simplement un acte criminel, mais un acte qui trouve son origine dans la misogynie, le patriarcat et les déséquilibres entre les genres. De telles dynamiques sont souvent accentuées par des inégalités systémiques, comme le sexisme, la discrimination, le colonialisme, le racisme, la pauvreté et une histoire collective de traumatismes qui exposent certaines femmes et filles à un risque accru (gouvernement du Canada, 2022; ONUDC, 2025). Au Canada, le terme « féminicide » apparaît de plus en plus souvent dans les discussions sur les mesures législatives et stratégiques visant à lutter contre la violence faite aux femmes et aux filles. Parmi ces mesures figure la Loi visant à protéger les victimes (projet de loi C-16), qui a reçu la sanction royale en juin 2026. Entre autres réformes, la Loi traite les meurtres de femmes et de filles comme des féminicides lorsqu’ils sont commis dans des circonstances aggravantes particulières, y compris les homicides perpétrés par un partenaire intime impliquant un contrôle coercitif, ainsi que les meurtres commis dans un contexte de haine, de violence sexuelle, de traite de personnes ou d’exploitation. Toutefois, conformément à la terminologie internationale, le terme « homicide lié au genre » sera utilisé dans le présent article (voir l’encadré 1 pour obtenir une définition).
Les homicides liés au genre sont rarement des événements isolés. Ils représentent souvent l’aboutissement d’actes de violence répétés et touchent certains groupes de femmes et de filles de façon disproportionnée (Campbell et autres, 2009; Bureau du coroner en chef, 2024; ONUDC, 2024; ONUDC, 2025; ONU Femmes, 2015). Les antécédents de violence comptent parmi les signes précurseurs les plus courants dans ces affaires et constituent désormais un élément central de nombreux outils d’évaluation des risques (Campbell et autres, 2009; Czarnietzki et autres, 2024; Johnson et autres, 2019; Koppa et Messing, 2021). Pourtant, certaines formes précises de violence fondée sur le genre qui précèdent souvent ces décès, notamment la violence de la part de partenaires intimes et la violence sexuelle, sont largement sous-signalées à la police (Conroy, 2021b; Cotter, 2021b; Cotter et Burczycka, 2026). Par conséquent, dans de nombreuses affaires, il peut manquer des antécédents de violence documentés, mais les affaires signalées pourraient être le signe de cas de violence plus graves ou chroniques, ce qui rend particulièrement importante l’analyse des données déclarées par la police. Une analyse précédente des auteurs présumés d’un homicide lié au genre a révélé que bon nombre d’entre eux avaient eu des contacts antérieurs avec la police et les établissements de soins de santé (Sutton-Preddie, 2025). L’élargissement de cette base de données probantes au moyen de l’examen des contacts antérieurs des victimes avec la police et de leurs caractéristiques sociodémographiques peut aider à cerner les domaines de préoccupation possibles, les occasions d’intervention et les moyens d’améliorer la capacité de prévenir de futures affaires.
À partir de multiples ensembles de données couplées, le présent article de Juristat fournit des renseignements sur la nature et la fréquence des actes de violence antérieurs déclarés par la police contre des femmes et des filles qui ont par la suite été tuées lors d’un homicide lié au genre, ainsi que sur leurs caractéristiques sociodémographiques (c.-à-d. les caractéristiques relatives aux études, à l’immigration, à la santé et au revenu). L’article est divisé en trois sections. La première section présente les renseignements démographiques de base recueillis dans le cadre de l’Enquête sur les homicides afin de fournir une base sur laquelle reposent les analyses des données couplées. La deuxième section porte sur les caractéristiques des actes de violence antérieurs déclarés par la police envers les victimes d’un homicide lié au genre recueillies par le couplage des données de l’Enquête sur les homicides avec celles du Programme de déclaration uniforme de la criminalité. La troisième section fait état des données sur plusieurs facteurs sociodémographiques et économiques grâce au couplage des données de l’Enquête sur les homicides avec les données sur l’enseignement postsecondaire, l’immigration, la santé et les dossiers fiscaux.
Chaque section présente d’abord des données sur l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre afin de faire ressortir les grandes tendances puis, lorsque la taille de l’échantillon le permet, les données sont désagrégées selon l’identité autochtone des victimes (membres des Premières Nations, Métis ou Inuit). Cette approche s’inscrit dans la réponse du gouvernement du Canada à l’appel à l’action 39 de la Commission de vérité et réconciliation, qui vise la publication de données sur la victimisation liée à la violence familiale et les homicides des Autochtones au Canada.
Cet article a été produit avec le soutien financier de Femmes et Égalité des genres Canada.
Début de l'encadré 1
Encadré 1
Terminologie
Même si l’emploi du terme « féminicide » s’est accru au cours des dernières années, aucune définition normalisée ne fait encore consensus à l’échelle internationale, malgré son intégration récente dans le droit pénal canadienNote . En 2022, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, en collaboration avec l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, a élaboré un cadre statistique visant à normaliser la collecte de données sur les féminicides dans les collectivités, les régions et les pays. Selon ce cadre, tous les homicides volontaires de femmes ou de filles commis par un partenaire intime ou un membre de la famille sont considérés comme étant liés au genre, de même que les homicides où au moins l’un des huit mobiles liés au genre est présent, peu importe le type de relation (pour obtenir plus de renseignements, voir l’encadré 1 dans Sutton, 2023).
La définition utilisée dans le présent article de Juristat s’inspire du cadre statistique et repose sur l’ensemble des renseignements pertinents recueillis au moyen de l’Enquête sur les homicides. Plus particulièrement, les homicides liés au genre de femmes et de filles sont définis comme des homicides perpétrés par un homme ou un garçon qui était un partenaire intime ou un membre de la familleNote de la victime, qui a infligé des actes de violence sexuelle à la victime lors de l’homicideNote ou qui a tué une femme ou une fille identifiée par la police comme une travailleuse du sexeNote . Pour être inclus, l’homicide devait avoir été perpétré par un homme ou un garçon auteur présumé et l’affaire devait avoir été classée par les services de police (c.-à-d. résolue)Note .
Des articles antérieurs de Juristat ont montré que les homicides liés au genre se distinguent des homicides non liés au genre à plusieurs égards importants (Sutton-Preddie, 2025; Sutton et Cotter, 2023; Sutton, 2023). Par exemple, des différences sont souvent observées quant à l’âge des victimes, au lieu de l’homicide, à la méthode utilisée pour tuer la victime et aux mobiles déclarés par les services de police (Sutton, 2023). Les auteurs présumés de ces crimes avaient souvent eu moins de contacts antérieurs avec la police, mais une plus grande proportion de ces contacts concernaient des actes de violence commis contre la même victime qui a ensuite été tuée dans l’homicide lié au genre (Sutton-Preddie, 2025). Même si ces auteurs présumés faisaient face, en moyenne, à moins d’accusations liées à un homicide devant les tribunaux, ils étaient plus souvent reconnus coupables et condamnés à des périodes d’incarcération plus longues (Sutton et Cotter, 2023). Les différences observées pourraient être principalement attribuables au genre de la victime ou, sinon, à certains facteurs particulièrement associés à ces homicides, par exemple le fait qu’ils aient été perpétrés par un homme ou un garçon entretenant une relation étroite, souvent intime, avec la victime.
Par conséquent, tout au long du présent article de Juristat, les homicides liés au genre seront comparés à deux groupes de référence distincts : les homicides de femmes et de filles non liés au genre et les homicides d’hommes et de garçons. Le premier groupe ne nécessite aucune preuve des critères liés au genre mentionnés précédemment (p. ex. les homicides de femmes ou de filles liés aux drogues, au vol qualifié ou dans lesquels une femme ou une fille était l’auteure présumée), mais les affaires devaient avoir été classées par la police. Les homicides d’hommes et de garçons comprennent tous les homicides classés et ne sont pas distingués selon le lien de l’auteur présumé avec la victime ni selon d’autres caractéristiques.
Il convient de souligner qu’un grand nombre d’homicides de femmes et de filles non liés au genre pourraient en réalité être liés au genre, sans toutefois pouvoir être classés comme tels à partir des données actuellement disponibles dans l’Enquête sur les homicides. Même si les homicides de femmes et de filles commis par des hommes dans le cadre de liens entre partenaires intimes ou de liens familiaux avec elles représentent la forme la plus courante de féminicide, d’autres homicides de femmes et de filles motivés par le genre (p. ex. lorsqu’il existe des éléments de preuve de haine, de contrôle coercitif, d’actes de violence antérieurs ou d’exploitation) ne sont pas pris en compte, ou ne le sont pas de façon fiable, dans l’Enquête sur les homicides. Cette limite n’est pas propre au Canada; il s’agit plutôt de limites plus générales des données mises en lumière dans les efforts de surveillance internationaux qui soulignent également la difficulté à identifier et à enregistrer les homicides liés au genre (ONUDC, 2024; ONUDC, 2025).
Pour faciliter la lecture, les termes « homicides liés au genre » et « homicides non liés au genre » sont souvent utilisés dans le présent article, sans référence au genre des victimes. Toutefois, sauf indication contraire, ils font toujours référence à des homicides de femmes et de filles.
Fin de l’encadré 1
Caractéristiques démographiques des victimes d’homicide lié au genre
De 2009 à 2022, 6 534 homicides classés ont été couplés aux données du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC) (voir l’encadré 2 pour obtenir des renseignements détaillés sur le couplage)Note . Dans l’ensemble, 7 victimes d’un homicide sur 10 (69 %) étaient des hommes et des garçons, tandis que la proportion restante de 31 % était composée de femmes et de filles. Parmi les femmes et les filles victimes, il s’agissait d’un homicide lié au genre pour plus des deux tiers (69 %) d’entre elles, et 1 victime sur 5 (20 %) de ces homicides liés au genre a été identifiée comme une Autochtone par les services de policeNote .
Conformément à la définition utilisée dans le présent article, la plus forte proportion de victimes d’un homicide lié au genre entretenaient une relation intime actuelle ou antérieure (c.-à-d. partenaire intime conjugal ou non conjugal) avec l’auteur présumé (66 %); venaient ensuite une relation familiale (c.-à-d. enfant ou autre membre de la famille; 28 %) ou un autre type de relation, comme une relation de connaissance (3 %) ou d’amitié (2 %), ou encore l’absence de relation avec l’auteur présumé (étranger; 2 %)Note (graphique 1).
Graphique 1 début

Tableau de données du graphique 1
| Lien de l’auteur présumé avec la victime | Homicides de femmes et de filles liés au genre | Homicides de femmes et de filles non liés au genre | Homicides d’hommes et de garçons |
|---|---|---|---|
| pourcentage | |||
| Note : D’après une analyse des données relatives aux victimes d’un homicide couplées avec succès aux enregistrements relatifs aux victimes dans le Programme de déclaration uniforme de la criminalité. Les homicides de femmes et de filles liés au genre désignent les homicides résolus commis par un homme ou un garçon qui était un partenaire intime ou un membre de la famille de la victime, qui a infligé des actes de violence sexuelle à la victime lors de l’homicide ou qui a tué une femme ou une fille identifiée par la police comme une travailleuse du sexe. Les homicides de femmes et de filles non liés au genre sont tous ceux qui ne répondent pas aux critères mentionnés précédemment, mais qui concernent une femme ou une fille victime et qui ont été perpétrés par un auteur présumé connu. Les homicides d’hommes et de garçons excluent les affaires qui n’ont pas été résolues. Un faible nombre d’homicides pris en compte dans le total d’une année donnée pourraient en réalité avoir été commis au cours d’années précédentes. Les homicides sont comptabilisés en fonction de l’année durant laquelle ils sont déclarés à Statistique Canada. Exclut les victimes dont le genre et le lien avec l’auteur présumé ont été codés comme étant inconnus.
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, fichier de couplage d’enregistrements sur les homicides liés au genre. |
|||
| Conjoint | 49,0 | 1,1 | 3,6 |
| Partenaire intime autre qu’un conjoint | 17,2 | 0,7 | 2,1 |
| Enfant | 12,9 | 4,2 | 4,9 |
| Autre membre de la famille | 14,6 | 14,0 | 11,4 |
| Ami | 2,2 | 31,5 | 34,4 |
| Connaissance | 2,6 | 26,8 | 24,8 |
| Étranger | 1,5 | 21,6 | 18,8 |
Graphique 1 fin
En revanche, dans les homicides non liés au genre et les homicides d’hommes et de garçons, environ 4 victimes sur 5 entretenaient une relation ni intime ni familiale avec l’auteur présumé (80 % et 78 %, respectivement). Plus précisément, ces victimes étaient le plus souvent des amis (32 % et 34 %, respectivement), des connaissances (27 % et 25 %, respectivement) ou des étrangers (22 % et 19 %, respectivement) de l’auteur présumé.
L’examen du sous-groupe des victimes autochtones d’homicide lié au genre révèle une tendance générale semblable : la plupart d’entre elles ont été tuées par un partenaire intime (65 %) ou un membre de la famille (26 %). Une proportion légèrement plus élevée de femmes et de filles autochtones (9 %) ont toutefois été tuées par un auteur présumé avec lequel elles n’entretenaient aucune relation intime ou familiale par rapport à l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre (7 %).
Les victimes d’un homicide lié au genre sont plus âgées et présentent souvent des caractéristiques démographiques comparables à celles observées dans la population générale
De 2009 à 2022, plusieurs différences notables ont été observées dans les caractéristiques démographiques des victimes d’un homicide lié au genre comparativement aux autres victimes d’un homicide. Au cours de cette période, l’âge médian des victimes d’un homicide au Canada était de 35 ans. Les victimes d’un homicide lié au genre étaient toutefois plus âgées en moyenne, leur âge médian s’établissant à 39 ans (par rapport à 35 ans chez les victimes d’un homicide non lié au genre, et à 34 ans chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide). À l’instar des tendances observées dans la population générale (Statistique Canada, 2022a), la moitié (50 %) des victimes d’un homicide lié au genre étaient en relation conjugale, comparativement à 26 % des victimes d’un homicide non lié au genre et à 28 % des hommes et des garçons victimes d’un homicide (tableau 1).
L’emploi est généralement associé à un risque réduit d’homicide puisqu’il peut procurer une stabilité financière, du soutien social et une exposition moindre aux environnements à risque élevé. Dans le contexte des homicides commis par un partenaire intime, l’emploi peut favoriser l’indépendance financière et l’autonomie, permettant ainsi aux personnes de quitter des relations de violence et de réduire le risque d’homicide (Campbell et autres, 2009; ONU Femmes, 2015). À l’inverse, le chômage et, dans certains cas, le sous-emploi ou le travail précaire, peut accroître la vulnérabilité en augmentant les désavantages économiques, l’isolement et la dépendance envers des partenaires violents, ce qui limite les possibilités de quitter la relation et augmente le risque d’homicide (Centers for Disease Control and Prevention, 2024; Garcia-Vergara et autres, 2022). Selon les données déclarées par la police, une proportion importante des femmes et des filles victimes d’un homicide lié au genre occupaient un emploi (44 %)Note . Cette proportion était inférieure au taux d’emploi (62 %) observé chez les personnes de 15 ans et plus dans la population générale (Statistique Canada, 2026), mais supérieure aux taux enregistrés chez les victimes d’un homicide non lié au genre (28 %) et chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide (35 %).
Les caractéristiques démographiques des victimes d’homicide lié au genre varient selon l’identité autochtone
Même si les femmes et les filles autochtones représentaient environ 5 % de l’ensemble des femmes et des filles au Canada en 2021 (Statistique Canada, 2022b), 1 victime sur 5 (20 %) de tous les homicides liés au genre de 2009 à 2022 était AutochtoneNote . Comparativement à l’ensemble des victimes d’homicide lié au genre, les victimes autochtones d’un homicide lié au genre étaient plus jeunes, leur âge médian étant de 30 ans par rapport à 39 ans chez l’ensemble des victimes d’homicide lié au genreNote . Les victimes autochtones d’homicide lié au genre étaient plus souvent célibataires et n’avaient jamais été mariées (37 % par rapport à 24 % pour l’ensemble des victimes d’homicide lié au genre) ou vivaient en union libre (41 % par rapport à 23 %) au moment de l’homicide. Une plus faible proportion de victimes autochtones d’un homicide lié au genre occupait un emploi comparativement à l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre (19 % par rapport à 44 %).
La surreprésentation des Autochtones parmi les victimes et les auteurs présumés d’actes criminels est bien documentée (Burczycka et autres, 2026; ministère de la Justice du Canada, 2024; Heidinger, 2022; Heidinger, 2021; Perreault, 2022). Cette surreprésentation trouve son origine dans les lois et politiques du colonialisme de peuplement ayant déplacé les peuples autochtones de leurs terres, séparé les familles et les communautés, et tenté de supprimer les langues et les pratiques spirituelles et culturelles (Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, 2019; Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015). Les répercussions de ces politiques persistent sous la forme de discrimination systémique et de racisme, lesquels créent des obstacles à l’accès à la justice, à l’éducation, à l’emploi et à des services adaptés à la culture (Patrimoine canadien, 2024; Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015). À ces difficultés s’ajoutent l’isolement géographique, les possibilités économiques limitées et les pratiques d’interventions policières excessives, des facteurs qui, pris ensemble, peuvent entraîner des cycles de pauvreté et de consommation de substances ainsi que des taux d’incarcération plus élevés (Patrimoine canadien, 2024; Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015), augmentant ainsi la vulnérabilité des peuples autochtones à toutes les formes de violence, dont l’homicide.
Début de l'encadré 2
Encadré 2
Fichier de couplage : actes de violence antérieurs déclarés par la police envers les victimes d’homicide
Puisque de nombreux homicides liés au genre constituent l’aboutissement d’actes de violence antérieurs (Campbell et autres, 2009; Czarnietzki et autres, 2024; Johnson et autres, 2019; ONUDC, 2025; ONUDC, 2018), l’examen des contacts antérieurs avec la police en tant que victime de crimes violents peut fournir des renseignements importants sur les occasions de prévention et d’intervention. Les données déclarées par la police ne rendent toutefois compte que d’une minorité des incidents de victimisation avec violence. Au Canada, environ le quart des incidents de violence sont signalés à la police, les taux de signalement étant encore plus faibles dans le cas des agressions sexuelles et de la violence de la part de partenaires intimes (Cotter et Burczycka, 2026; Cotter, 2021a; Cotter, 2021b). Les données policières permettent donc d’éclairer les expériences vécues de victimisation, mais elles reflètent possiblement des formes de violence plus graves ou persistantes et sous-estiment vraisemblablement l’ampleur réelle de la violence subie.
Afin de réaliser cette analyse, un fichier de données a été créé en couplant les données de l’Enquête sur les homicides et celles du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC), dans lequel tous les homicides liés au genre, les homicides non liés au genre et les homicides contre des hommes et des garçons classés et déclarés par la police au cours de la période de 2009 à 2022 ont été sélectionnés pour la cohorteNote . Même si l’analyse porte principalement sur les victimes, le fait de limiter l’étude aux homicides classés réduit le risque que des homicides non liés au genre visant des femmes et des filles soient en réalité liés au genre une fois l’affaire classée et un auteur présumé identifié. Par conséquent, les comparaisons entre les homicides liés au genre et les homicides non liés au genre visant des femmes et des filles risquent moins d’être influencées par des erreurs de classification.
Un identificateur unique a été créé pour chaque victime d’homicide afin de coupler leurs enregistrements aux données du Programme DUC, ce qui a permis d’analyser l’ensemble des affaires déclarées par la police dans lesquelles la personne avait été victime d’un crime violent depuis 2009. Parmi tous les homicides classés, 97 % des enregistrements sur les victimes ont pu être couplés avec succès aux données du Programme DUCNote . Au total, 6 534 victimes d’homicide au cours de la période de 2009 à 2022 ont été incluses dans le fichier de données couplées : 1 399 victimes d’un homicide lié au genre, 631 femmes et filles victimes d’un homicide non lié au genre et 4 504 hommes ou garçons victimes d’un homicide.
Un contact avec la police désigne une affaire déclarée dans laquelle une personne a été victime d’une infraction criminelle avec violence avant l’homicide. Ces contacts se limitent aux victimes d’un homicide qui avaient eu des contacts avec la police au cours de la période allant du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2022. Par conséquent, le nombre total de contacts antérieurs avec la police des victimes d’un homicide est vraisemblablement sous-estimé, particulièrement dans le cas des personnes tuées au début de la période de référence. Les données de couplage se limitent également à certaines affaires de crimes violents, puisque le Programme DUC ne permet pas de recueillir de données sur les victimes pour les crimes contre les biens et les autres infractions au Code criminel et à d’autres lois fédéralesNote . Puisque certains crimes contre les biens sont commis dans un contexte de violence fondée sur le genre et qu’un grand nombre d’affaires de crimes violents ne sont jamais portées à l’attention de la police, les données présentées dans cette analyse ne rendent pas compte de l’ampleur réelle des actes de violence antérieurs envers les victimes d’un homicide lié au genre.
Fin de l’encadré 2
Actes de violence antérieurs déclarés par la police envers les victimes d’un homicide lié au genre
Même si le risque varie selon les personnes, les relations et les collectivités, les antécédents de violence figurent parmi les facteurs les mieux documentés associés aux homicides liés au genre. La documentation montre d’ailleurs qu’une intervention policière antérieure a eu lieu dans un nombre considérable de cas (Campbell et autres, 2009; Czarnietzki et autres, 2024; Dawson et Carrigan, 2021; Johnson et autres, 2019; Koppa et Messing, 2021; Bureau du coroner en chef, 2024). La présente section fournit donc des renseignements sur les actes de violence déclarés par la police à l’endroit des femmes et des filles qui ont ensuite été tuées dans une affaire d’homicide lié au genre, à partir d’un fichier de couplage des données de l’Enquête sur les homicides et du Programme DUC.
Sauf indication contraire, la plupart des résultats présentés dans cette section rendent compte de l’ensemble des contacts antérieurs avec la police relativement à une infraction avec violence et ne se limitent pas aux infractions commises dans un contexte de violence familiale ou de violence de la part de partenaires intimes ni à celles perpétrées par la même personne ensuite identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide. Il convient toutefois de souligner qu’un risque accru de nouvelle victimisation est observé chez les personnes ayant déjà été victimes de violence (Cotter et Heidinger, 2026; Rogers et autres, 2023). Par conséquent, des contacts peuvent survenir lors de multiples épisodes et impliquer les mêmes auteurs présumés ou des auteurs présumés différents.
Plus du quart des victimes d’un homicide lié au genre avaient déjà eu des contacts avec la police en tant que victimes d’un crime violent
De 2009 à 2022, la plupart (74 %) des victimes d’un homicide lié au genre n’avaient eu aucun contact avec la police en tant que victimes d’un crime violent avant leur décès (graphique 2). Plus du quart (26 %) de ces femmes et filles avaient toutefois déjà eu de tels contacts, soit une proportion légèrement inférieure à celles observées chez les victimes d’un homicide non lié au genre (28 %) et chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide (27 %). En revanche, une plus forte proportion de victimes autochtones d’homicide avaient eu au moins un contact antérieur avec la police en tant que victimes de violence (57 % parmi les victimes autochtones d’un homicide lié au genre, 56 % parmi les victimes autochtones d’un homicide non lié au genre et 50 % parmi les hommes et les garçons autochtones victimes d’un homicide).
Graphique 2 début

Tableau de données du graphique 2
| Nombre de contacts avec la police | Homicides de femmes et de filles liés au genre | Homicides de femmes et de filles non liés au genre | Homicides d’hommes et de garçons | Total |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Note : D’après une analyse des données relatives aux victimes d’un homicide couplées avec succès aux enregistrements relatifs aux victimes dans le Programme de déclaration uniforme de la criminalité. Les homicides de femmes et de filles liés au genre désignent les homicides résolus commis par un homme ou un garçon qui était un partenaire intime ou un membre de la famille de la victime, qui a infligé des actes de violence sexuelle à la victime lors de l’homicide ou qui a tué une femme ou une fille identifiée par la police comme une travailleuse du sexe. Les homicides de femmes et de filles non liés au genre sont tous ceux qui ne répondent pas aux critères mentionnés précédemment, mais qui concernent une femme ou une fille victime et qui ont été perpétrés par un auteur présumé connu. Les homicides d’hommes et de garçons excluent les affaires qui n’ont pas été résolues. Un faible nombre d’homicides pris en compte dans le total d’une année donnée pourraient en réalité avoir été commis au cours d’années précédentes. Les homicides sont comptabilisés en fonction de l’année durant laquelle ils sont déclarés à Statistique Canada. Exclut les victimes dont le genre a été codé comme étant inconnu et les contacts antérieurs avec la police qui ont eu lieu le même jour que l’homicide.
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, fichier de couplage d’enregistrements sur les homicides liés au genre. |
||||
| Aucun contact — l’homicide est le seul contact | 74,5 | 71,9 | 72,5 | 72,9 |
| Un autre contact | 11,9 | 10,8 | 14,4 | 13,5 |
| Deux à quatre autres contacts | 8,9 | 10,8 | 10,5 | 10,2 |
| Cinq autres contacts ou plus | 4,8 | 6,5 | 2,6 | 3,4 |
Graphique 2 fin
Dans l’ensemble, 357 femmes et filles victimes d’un homicide lié au genre avaient eu au moins un contact antérieur avec la police en tant que victimes de violence, pour un total de 1 075 contacts. Parmi ces femmes et filles, près de 1 sur 5 (19 %) avait eu cinq contacts ou plus, ce qui représentait plus de la moitié (53 %) de l’ensemble des contacts antérieurs enregistrés chez les victimes d’un homicide lié au genre. Une tendance semblable a été observée pour ce qui est des homicides non liés au genre : 23 % des femmes et des filles avaient été victimes d’actes de violence ayant mené à 56 % de l’ensemble des contacts. Une plus faible proportion d’hommes et de garçons victimes d’un homicide (9 %) avaient eu cinq contacts ou plus, ce qui correspondait à une part moindre (29 %) de l’ensemble des contacts. Parmi les 357 victimes d’un homicide lié au genre qui avaient eu au moins un contact antérieur avec la police, une forte proportion (43 %) d’entre elles étaient des Autochtones, et la moyenne était de 4,3 contacts antérieurs. Le tiers (33 %) de ces femmes et filles avaient eu cinq contacts ou plus avec la police, mais elles avaient été victimes d’actes de violence ayant mené à plus des deux tiers (67 %) de l’ensemble des contacts.
Même si les actes de violence antérieurs déclarés par la police étaient légèrement moins fréquents chez les victimes d’un homicide lié au genre, certaines femmes et filles vivaient dans des contextes particulièrement violents et affichaient, en moyenne, un plus grand nombre de contacts avec la police que les autres groupes. Par exemple, parmi les 357 victimes d’un homicide lié au genre qui avaient eu au moins un contact antérieur avec la police, les trois quarts (76 %) avaient subi de la violence aux mains d’un partenaire intime au moins une fois. Cette proportion était supérieure à celles enregistrées chez les victimes d’un homicide non lié au genre (55 %) et chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide (22 %).
Dans l’ensemble, 1 victime d’un homicide lié au genre sur 8 avait eu des contacts avec la police au cours de l’année ayant précédé son décès
Une plus forte proportion de femmes et de filles que d’hommes et de garçons, peu importe si l’homicide était lié ou non au genre, avaient eu des contacts avec la police au cours de l’année ayant précédé l’homicide (graphique 3). Plus précisément, la police avait été mise au fait de la violence vécue par environ 1 femme ou fille sur 8 (13 %) au cours de l’année ayant précédé son homicide, comparativement à 9 % des hommes et des garçons victimes d’un homicide.
Graphique 3 début

Tableau de données du graphique 3
| Temps écoulé (en mois) Tableau de données du graphique 3 Note 1 | Homicides de femmes et de filles liés au genre | Homicides de femmes et de filles non liés au genre | Homicides d’hommes et de garçons |
|---|---|---|---|
| proportion | |||
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, fichier de couplage d’enregistrements sur les homicides liés au genre. |
|||
| 0 | 0,1 | 0,2 | 0,2 |
| 3 | 5,1 | 5,4 | 3,3 |
| 6 | 8,4 | 8,5 | 5,8 |
| 9 | 10,2 | 10,2 | 7,6 |
| 12 | 12,7 | 13,0 | 9,1 |
| 15 | 14,8 | 14,9 | 10,9 |
| 18 | 15,3 | 16,9 | 12,1 |
| 21 | 16,6 | 18,0 | 13,9 |
| 24 | 17,5 | 20,0 | 15,0 |
| 27 | 18,2 | 21,1 | 16,2 |
| 30 | 19,3 | 22,4 | 17,3 |
| 33 | 20,3 | 22,8 | 18,2 |
| 36 | 21,2 | 23,4 | 19,0 |
Graphique 3 fin
Des tendances semblables ont été observées chez les victimes autochtones, mais dans une bien plus grande mesure. Au total, 3 victimes autochtones d’un homicide lié au genre sur 10 (29 %) avaient eu des contacts avec la police en tant que victimes de violence au cours de l’année ayant précédé leur décès, une proportion supérieure à celle enregistrée chez les hommes et les garçons autochtones victimes d’un homicide (17 %).
Même si ces résultats rendent compte de l’ensemble des actes de violence antérieurs déclarés par la police — sans se limiter aux infractions commises dans un contexte de violence familiale ou de violence de la part de partenaires intimes ni à celles perpétrées par la même personne ensuite identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide —, les données révèlent que le cinquième (21 %) de l’ensemble des contacts antérieurs avec la police chez les victimes d’un homicide lié au genre avaient eu lieu dans les trois années ayant précédé l’homicide. Des possibilités d’évaluation significative des risques et de planification de la sécurité demeurent donc pour une proportion importante des victimes d’un homicide lié au genre.
Les infractions liées aux voies de fait et les blessures mineures sont courantes dans les actes de violence antérieurs ayant mené à des contacts avec la police
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui avaient eu un contact antérieur avec la police au cours de la période de 2009 à 2022, les infractions liées aux voies de fait (79 %) constituaient la forme de violence la plus souvent subie (tableau 2). La même tendance a été observée chez les victimes d’un homicide non lié au genre (78 %), chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide (82 %) ainsi que chez les victimes autochtones d’un homicide lié au genre (84 %). Après les infractions liées aux voies de fait, les proportions les plus élevées enregistrées chez les femmes et les filles qui ont par la suite été victimes d’un homicide lié au genre concernaient les menaces (6,7 % de l’ensemble des victimes et 5,8 % des victimes autochtones) et les infractions sexuelles (6,3 % de l’ensemble des victimes et 6,6 % des victimes autochtones).
Par ailleurs, dans les actes de violence antérieurs ayant mené à près des deux tiers (63 %) des contacts avec la police, les victimes d’un homicide lié au genre avaient subi des blessures corporelles, et la grande majorité de ces blessures (94 %) étaient mineuresNote (tableau 3). Les blessures corporelles étaient un peu plus fréquentes dans les actes de violence antérieurs chez les victimes d’un homicide lié au genre que chez les victimes d’un homicide non lié au genre (60 %), mais moins courantes comparativement aux affaires visant des hommes et des garçons (69 %). Lorsque la victime d’un homicide lié au genre était Autochtone, une plus grande proportion de victimes avaient subi des blessures corporelles (67 %).
Chez les victimes d’un homicide lié au genre ainsi que chez les femmes et les filles victimes d’un homicide non lié au genre, les actes de violence antérieurs ayant mené à la plupart des contacts avec la police comportaient le recours à la force physique (77 % et 73 %, respectivement), alors qu’une arme était présente dans une proportion relativement faible d’actes de cette nature (15 % et 20 %, respectivement)Note . En revanche, les actes de violence antérieurs ayant mené à des contacts avec la police chez les hommes et les garçons victimes comportaient moins souvent le recours à la force physique (53 %), et une plus grande proportion comportait la présence d’une arme (40 %).
Début de l'encadré 3
Encadré 3
Le contrôle coercitif : un facteur de risque dans les homicides liés au genre
Un sous-ensemble précis d’affaires de violence de la part de partenaires intimes, désigné sous l’appellation de contrôle coercitif, a fait l’objet d’une attention récente des chercheurs, des politiciens et des médias en raison de son lien étroit avec les homicides contre des partenaires intimes (Johnson et autres, 2019; Domestic Violence Death Review Team, 2024)Note . Au Canada, cette reconnaissance accrue se reflète dans de nouvelles mesures législatives, comme la Loi visant à protéger les victimes (projet de loi C-16)Note , qui criminalise l’adoption de comportements coercitifs et de contrôle dans les relations intimes et traite les meurtres de femmes et de filles comme des féminicides lorsqu’ils sont commis dans des circonstances aggravantes particulières, y compris les homicides perpétrés par un partenaire intime impliquant un contrôle coercitif, ainsi que les meurtres commis dans un contexte de haine, de violence sexuelle, de traite de personnes ou d’exploitation.
En vertu du projet de loi C-16, les comportements coercitifs ou contrôlants sont définis comme une série de comportements dirigés contre un partenaire intime qui amènent cette personne à croire que sa sécurité physique ou psychologique — ou celle de son enfant, d’une personne de son entourage ou d’un animal dont elle a la charge — est menacée. Cette loi présente des exemples précis de comportements de contrôle coercitif, dont bon nombre n’atteignaient pas auparavant le seuil criminel, comme le fait de contrôler ou de surveiller les mouvements, les communications, l’emploi ou les études, les finances, l’expression de genre, l’apparence, les soins de santé et les croyances de la victime partenaire. Elle criminalise également les menaces de se donner la mort ou de poser un geste autodestructeur lorsqu’elles sont utilisées comme tactique de contrôle par l’auteur.
Outre les comportements décrits dans le projet de loi C-16, d’autres formes courantes de contrôle coercitif comprennent ce qui suit (ministère de la Justice du Canada, 2023):
- isolement social, des amis ou de la famille, du milieu de travail ou scolaire;
- privation des besoins fondamentaux;
- insultes, humiliation ou dénigrement d’une personne de manière répétée pour la dévaloriser;
- dommages aux biens personnels.
Les résultats de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés de 2025 ont révélé que la violence psychologique était la forme de violence de la part de partenaires intimes la plus répandue chez les femmes depuis l’âge de 15 ans (Cotter et Burczycka, 2026), ce qui comprend bon nombre des comportements mentionnés ci-dessus. Par exemple, près du tiers (31 %) des femmes ont déclaré que, à un certain moment depuis l’âge de 15 ans, leur partenaire les avait rabaissées ou leur avaient dit des mots blessants, 28 % se sont fait traiter de personne dérangée, stupide ou bonne à rien, et 17 % avaient un partenaire qui a fait des commentaires sur leurs expériences sexuelles passées ou comportements sexuels de manière à les intimider, à les humilier ou à les faire sentir honteusesNote .
Par ailleurs, de nombreuses femmes ont déclaré que leur comportement était surveillé parce que leur partenaire exigeait de savoir avec qui et où elles se trouvaient en tout temps (19 %), les suivait ou rôdait près de leur domicile ou de leur lieu de travail (12 %), les harcelait au téléphone, par courriel ou au moyen des médias sociaux (15 %), et les a empêchées d’avoir des contacts avec leurs amis ou des membres de leur famille (11 %). Bien qu’elle soit moins répandue, la violence économique a aussi été déclarée par certaines femmes sous forme d’un accès limité à un emploi, à de l’argent ou à des ressources financières (5 %). Une proportion équivalente (5 %) de femmes ont indiqué que leurs animaux de compagnie avaient été blessés ou menacés de l’être.
Pour chacune des formes de violence fondée sur le genre mentionnées ci-dessus, les femmes étaient plus susceptibles d’en avoir été victimes que les hommes. Même si les données actuelles ne permettent pas d’examiner quelles formes de violence étaient associées aux femmes et aux filles devenues plus tard victimes d’un homicide lié au genreNote , l’ajout récent d’une infraction précise au Code criminel portant sur le contrôle coercitif permettra de mener ce type d’analyse à l’avenir. Puisque le contrôle coercitif est maintenant une infraction criminelle, la police sera en mesure de déterminer et de consigner ces affaires après la mise en œuvre de la nouvelle loi et la formation connexe.
Fin de l’encadré 3
Dans les affaires d’homicide lié au genre, la plus grande proportion des contacts antérieurs avec la police impliquent un partenaire intime actuel en tant qu’auteur présumé
Selon la définition d’un homicide lié au genre, la victime et l’auteur présumé entretiennent une relation entre partenaires intimes ou une relation familiale, l’affaire présente des éléments de violence sexuelle ou l’auteur a commis l’homicide contre une femme ou une fille que la police avait identifiée comme une travailleuse du sexe. Comme il a été mentionné précédemment, la majorité (66 %) des homicides liés au genre ont été classés dans cette catégorie parce que la victime entretenait une relation entre partenaires intimes avec l’auteur présumé. De même, la plus grande proportion (56 %) des contacts antérieurs avec la police des victimes d’un homicide lié au genre impliquaient un auteur présumé qui était un partenaire intime actuel (43 %) ou ancien (13 %), qu’il s’agisse ou non de la même personne que celle ayant été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide (tableau 3). En revanche, les contacts antérieurs avec la police visant des victimes d’un homicide non lié au genre ainsi que des hommes et des garçons victimes d’un homicide étaient le plus souvent attribuables à une personne avec laquelle ils entretenaient une relation ni intime ni familiale (42 % et 72 %, respectivement).
Des tendances semblables ont été observées chez les victimes autochtones. Plus de la moitié (53 %) des contacts antérieurs avec la police impliquaient un partenaire intime actuel (43 %) ou ancien (10 %) de la victime autochtone d’un homicide lié au genre. Les affaires visant des victimes autochtones d’un homicide non lié au genre ainsi que des hommes et des garçons autochtones victimes d’un homicide impliquaient plus souvent un auteur présumé avec lequel ces personnes entretenaient une relation ni intime ni familiale (40 % et 67 %, respectivement).
Près de la moitié des victimes d’un homicide lié au genre qui avaient eu des contacts antérieurs avec la police avaient été agressées par la même personne qui a par la suite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide
Même si la plupart des victimes d’un homicide n’avaient eu aucun contact avec la police en tant que victimes de violence avant leur décès, de 2009 à 2022, environ 1 victime sur 8 (12 %) d’un homicide lié au genre avait eu au moins un tel contact impliquant la même personne qui a par la suite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide. Une telle situation a été observée chez 2,2 % des victimes d’un homicide non lié au genre et chez 1,7 % des hommes et des garçons victimes d’un homicide. Le quart (26 %) des victimes autochtones d’un homicide lié au genre avaient déjà été agressées par la même personne qui a ensuite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide.
Parmi les personnes qui avaient eu des contacts antérieurs avec la police en tant que victimes de violence, la proportion de victimes d’un homicide lié au genre qui avaient été agressées au moins une fois par la même personne qui a par la suite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide était six fois plus élevée que la proportion enregistrée chez les victimes d’un homicide non lié au genre (49 % par rapport à 7,9 %) (tableau 3)Note . L’écart était encore plus marqué chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide : 6,2 % de ces victimes ayant eu des contacts antérieurs avec la police avaient été agressées au moins une fois par la même personne qui a ensuite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide.
Il importe de souligner qu’un nombre beaucoup plus élevé de victimes d’un homicide lié au genre ont vraisemblablement subi des actes de violence antérieurs perpétrés par la même personne qui a par la suite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide, mais les données actuelles rendent seulement compte des affaires de violence portées à l’attention de la police. Cela dit, l’examen des caractéristiques de ces situations peut permettre de mieux comprendre certains facteurs afin d’éclairer l’élaboration de nouvelles pratiques d’évaluation des risques, de gestion des risques et de planification de la sécurité, ainsi que l’adaptation des pratiques existantes visant à prévenir les homicides liés au genre.
Les actes de violence antérieurs ayant mené à des contacts avec la police concernent des infractions plus graves et entraînent des blessures corporelles lorsqu’ils impliquent la même personne par la suite identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui avaient été agressées par la même personne par la suite identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide, 68 % avaient eu un contact antérieur avec la police, 27 % en avaient eu de deux à quatre et 5 % en avaient eu cinq ou plus. Pour une plus grande proportion de ces contacts, les actes de violence concernaient des infractions liées aux voies de fait de niveau 2 ou 3 (26 %) et avaient entraîné des blessures corporelles (71 %) par rapport à l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre (18 % et 63 %, respectivement). Chez les victimes autochtones d’un homicide lié au genre, les actes de violence antérieurs ayant mené à 30 % des contacts avec la police concernaient des infractions liées aux voies de fait de niveau 2 ou 3 et 79 % avaient entraîné des blessures corporelles lorsque l’affaire impliquait la même personne par la suite identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide. Ces proportions étaient supérieures à celles observées chez l’ensemble des victimes autochtones d’un homicide lié au genre (18 % et 67 %, respectivement).
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui avaient été agressées par la même personne par la suite identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide, la plupart des contacts antérieurs impliquaient un partenaire intime (84 % et 86 % dans le cas des actes de violence antérieurs envers les victimes autochtones d’un homicide lié au genre). Conformément aux tendances générales observées, la majorité de ces affaires de violence déclarées par la police impliquaient un partenaire intime actuel (69 % dans l’échantillon global par rapport à 74 % chez les victimes autochtones d’un homicide lié au genre).
Caractéristiques sociodémographiques et économiques des victimes d’un homicide lié au genre
Afin de mieux comprendre les caractéristiques sociodémographiques et socioéconomiques des victimes d’un homicide, cette section présente des données tirées d’un couplage d’enregistrements portant sur les études postsecondaires des victimes, le fait qu’elles avaient le statut d’immigrante ou de résidente non permanente, leurs contacts antérieurs avec le système de santé et les indicateurs économiques. Comme dans les sections précédentes, l’analyse met l’accent sur les victimes d’un homicide lié au genre, tout en établissant des comparaisons avec les victimes d’un homicide non lié au genre ainsi qu’avec les hommes et les garçons victimes d’un homicide lorsque des différences ressortent. Toutes les analyses se limitent aux victimes qui ont pu être couplées avec succès à chacun des fichiers de données. Si plusieurs enregistrements sont inclus, seul le plus récent (p. ex. le dossier fiscal) ou le plus pertinent (p. ex. le plus haut niveau de scolarité atteint) est analysé. Même si certaines victimes n’auront pas d’enregistrements dans chaque fichier (notamment celles qui ont effectué leurs études postsecondaires avant 2009, celles qui sont nées au Canada ou qui n’ont pas visité un service d’urgence durant la période à l’étude, ou encore qui n’ont pas produit de déclaration de revenus au cours des trois années ayant précédé l’homicide), les données présentées constituent les renseignements les plus exhaustifs actuellement disponibles.
Les données présentées dans cette étude ne visent pas à stigmatiser des personnes ou des communautés susceptibles de vivre déjà des situations de marginalisation, mais plutôt à cerner des tendances et des possibilités en matière de prévention et d’intervention précoce. De nombreux homicides, notamment les homicides liés au genre, surviennent dans des contextes structurels, sociaux et culturels plus larges. Des facteurs comme la pauvreté, l’instabilité en matière de logement, le chômage, les inégalités entre les genres et des normes sociales préjudiciables contribuent souvent à la victimisation par homicide et à la perpétration d’homicides. Ces facteurs exercent leurs effets à l’échelle de la communauté et de la société, alors que les données accessibles aux fins d’analyse se limitent aux caractéristiques individuelles. Par conséquent, il convient de tenir compte de ce contexte plus large dans l’interprétation des résultats.
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui fréquentaient un établissement d’enseignement postsecondaire, 2 personnes sur 5 étaient inscrites à un programme de baccalauréat ou à un programme menant à un grade supérieur
Parmi l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre pour lesquelles des renseignements sur les études postsecondaires étaient connusNote , les trois quarts (75 %) d’entre elles fréquentaient un établissement d’enseignement postsecondaire à un moment donné au cours des années scolaires allant de 2009-2010 à 2021-2022, tandis que 25 % des victimes avaient obtenu leur diplôme.
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui fréquentaient un établissement d’enseignement postsecondaire à un moment donné au cours de la période de référence, 2 personnes sur 5 (39 %) étaient inscrites à un programme de baccalauréat ou à un programme menant à un grade supérieur. Des proportions égales ont été observées dans les programmes d’enseignement supérieur de cycle court (p. ex. collège) (24 %) et les programmes d’enseignement postsecondaire non supérieur (p. ex. école de métiers ou formation d’apprenti) (24 %) (graphique 4). En revanche, les victimes d’un homicide non lié au genre étaient le plus souvent inscrites à un programme d’enseignement postsecondaire non supérieur (35 %) ou à un programme de baccalauréat ou à un programme menant à un grade supérieur (34 %). Une plus forte proportion d’hommes et de garçons victimes d’un homicide étaient également inscrits à un programme d’enseignement postsecondaire non supérieur (39 %), alors qu’une proportion relativement plus faible d’entre eux suivaient un programme de baccalauréat ou un programme menant à un grade supérieur (19 %).
Graphique 4 début

Tableau de données du graphique 4
| Plus haut niveau de scolarité | Deuxième cycle de l’enseignement secondaire Tableau de données du graphique 4 Note 1 | Enseignement postsecondaire non supérieur Tableau de données du graphique 4 Note 2 | Enseignement supérieur de cycle court Tableau de données du graphique 4 Note 3 | Baccalauréat ou grade supérieur Tableau de données du graphique 4 Note 4 |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités, fichier de couplage d’enregistrements sur les homicides liés au genre et du Système d’information sur les étudiants postsecondaires. |
||||
| Homicides de femmes et de filles liés au genre | 13,1 | 23,9 | 23,9 | 39,2 |
| Homicides de femmes et de filles non liés au genre | 16,9 | 35,2 | 14,1 | 33,8 |
| Homicides d’hommes et de garçons | 18,2 | 38,6 | 24,2 | 18,9 |
Graphique 4 fin
Un niveau de scolarité plus élevé est souvent considéré comme un facteur de protection contre la violence en général et contre l’homicide en particulier, en raison de meilleures possibilités économiques, d’environnements de quartier plus favorables et de réseaux sociaux plus étendus, autant d’éléments susceptibles de réduire l’exposition à la violence et la dépendance économique à l’égard d’un agresseur (Campbell et autres, 2009; ONU Femmes, 2015). Les données couplées montrent toutefois que la violence survient à tous les niveaux de scolarité et que des études plus poussées ne constituent pas, à elles seules, un facteur de protection contre les homicides liés au genre.
Environ 1 victime d’un homicide lié au genre sur 6 est une immigrante ou une résidente non permanente, une proportion inférieure à leur représentation au sein de la population générale
Selon les données couplées, un peu moins de 1 victime d’un homicide lié au genre sur 6 (16 %) était une immigranteNote ou une résidente non permanenteNote arrivée au Canada depuis 1980, une proportion comparable à celle observée chez les auteurs présumés de ces homicides (17 %) (voir Sutton-Preddie, 2025). Ces proportions sont inférieures à celle enregistrée chez la population générale : selon le Recensement de 2021, environ le cinquième (21 %) des personnes au Canada sont des immigrants admis depuis 1980 et des résidents non permanents (Statistique Canada, 2023a)Note . La proportion de victimes d’un homicide lié au genre qui étaient des immigrantes ou des résidentes non permanentes est toutefois plus élevée que celles observées dans les deux groupes de référence, où 10 % des victimes d’un homicide non lié au genre et 12 % des hommes et des garçons victimes d’un homicide étaient des immigrants ou des résidents non permanents.
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre qui étaient des immigrantes, un peu plus du cinquième (21 %) d’entre elles ont été tuées au cours de leurs cinq premières années au Canada, ce qui représente une proportion supérieure à celle observée chez les autres victimes d’un homicide (12 %)Note . Même si les homicides liés au genre peuvent toucher toutes les femmes ou toutes les filles, peu importe l’âge, la situation socioéconomique, le niveau de scolarité ou l’identité ethnique ou racisée, les immigrantes et les résidentes non permanentes peuvent être confrontées à des facteurs de stress liés au processus d’intégration susceptibles d’influer sur la dynamique familiale et conjugale de manière à accroître la vulnérabilité à la violence. Les immigrantes récentes (c.-à-d. les personnes établies au Canada depuis cinq ans ou moins) peuvent être confrontées à l’isolement social et à l’exclusion, à des difficultés liées à la langue, à des difficultés socioéconomiquesNote et à un accès limité aux ressources et aux services, tout en s’adaptant à une nouvelle culture (Mamo et autres, 2015; Okeke-Ihejirika et autres, 2018; Rossiter et autres, 2018). Ces difficultés peuvent accroître la dépendance envers le partenaire, particulièrement lorsque le statut d’immigrante est relié à celui d’un partenaire parrain, et limiter l’accès aux formes de soutien officielles et non officielles. De telles conditions sont susceptibles d’augmenter le risque de violence interpersonnelle et, dans les cas les plus graves, d’homicide.
Près des deux tiers des victimes d’un homicide lié au genre avaient visité un service d’urgence au cours de l’année ayant précédé leur décès
Compte tenu du fait qu’une proportion importante des victimes d’un homicide lié au genre avaient subi des actes de violence déclarés par la police avant leur décès, les établissements de soins de santé constituent un milieu d’intervention et de prévention essentiel. Même si de nombreuses femmes victimes de violence de la part d’un partenaire intime ne recourent pas aux services officiels et ne demandent pas de soins médicaux (Cotter, 2021b; Truman et Morgan, 2014), des recherches antérieures montrent que les victimes de féminicide sont plus susceptibles de visiter un service d’urgence que les non-victimes du même âge et du même statut socioéconomique (Mamo et autres, 2015; Sharps et autres, 2001).
Parmi les victimes d’un homicide qui avaient visité un service d’urgence avant leur décèsNote , 64 % des victimes d’un homicide lié au genre s’y étaient présentées au cours de l’année ayant précédé leur décès, soit une proportion inférieure à celles observées chez les victimes d’un homicide non lié au genre (74 %) et chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide (72 %) (tableau 4).
Dans l’ensemble, parmi les personnes qui avaient visité un service d’urgence au cours de l’année ayant précédé leur décès, les victimes d’un homicide lié au genre présentaient en moyenne 3,2 admissions, un chiffre semblable à ceux enregistrés chez les victimes d’un homicide non lié au genre (4,0) et chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide (3,4). Même si une faible proportion (10 %) des victimes d’un homicide lié au genre avaient effectué cinq visites ou plus au cours de l’année ayant précédé leur décès, ces femmes et ces filles représentaient 51 % de l’ensemble des visites à l’urgence et affichaient une moyenne de 10 admissions par victime durant cette année. Au sein de la population générale, la plupart des adultes qui visitent un service d’urgence le font une seule fois par année, mais ces données concordent avec la présence d’une faible proportion de patients qui s’y présentent fréquemment (c.-à-d. quatre visites ou plus par année) et qui sont souvent considérés comme présentant un risque élevé de résultats défavorables, notamment la mortalité (Moe et autres, 2022).
Environ les deux tiers (65 %) des victimes autochtones d’un homicide lié au genre avaient visité un service d’urgence à un moment donné depuis 2009 avant leur décès. Parmi ces femmes et ces filles, 65 % l’avaient fait au cours de l’année ayant précédé leur décès. Au sein de ce groupe, le nombre moyen d’admissions s’établissait à 4,3, ce qui était inférieur à ceux observés chez les victimes autochtones d’un homicide non lié au genre (5,9) et chez les hommes et les garçons autochtones victimes d’un homicide (4,7).
Plus de 6 500 visites ont été enregistrées au service d’urgence parmi les victimes d’un homicide lié au genre au cours de la période de 2009 jusqu’à leur décès
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre, depuis 2009, 6 596 visites au service d’urgence ont été enregistrées avant la perpétration de l’homicide, si l’on se limite aux visites pour lesquelles le motif d’admission était connu. Le principal problème de santé considéré comme étant responsable de l’hospitalisation de la patiente variaitNote . Le cinquième (19 %) des visites concernaient des blessures, des empoisonnements et d’autres conséquences de causes externesNote , 15 % des visites concernaient des symptômes, des signes et des résultats cliniques et de laboratoire anormaux, non classés ailleursNote , et 13 % des visites concernaient des troubles mentaux et comportementauxNote . Chez les victimes autochtones d’un homicide lié au genre, la plus forte proportion de visites à un service d’urgence concernaient également des blessures, des empoisonnements et d’autres conséquences de causes externes (21 %). En revanche, comparativement à l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre, une plus forte proportion des victimes avaient visité le service d’urgence pour des troubles mentaux ou comportementaux (20 %).
Il n’est pas possible de déterminer quelle proportion des blessures, ni de tout autre contact avec le système de santé, était attribuable à la violence liée au genre. Selon les données de l’Enquête sociale générale de 2019 sur la victimisation, le tiers des victimes de violence conjugale ont déclaré avoir subi des blessures corporelles et, parmi celles-ci, 11 % ont été hospitalisées en raison de ces blessures (Conroy, 2021a). D’autres données autodéclarées montrent que les femmes et les filles ayant été victimes de voies de fait ou d’agressions sexuelles sont plus susceptibles d’évaluer leur santé mentale comme passable ou mauvaise, et moins susceptibles de se déclarer très satisfaites de leur vie que les femmes n’ayant pas vécu de telles expériences (Cotter et Burczycka, 2026). Par conséquent, les tendances relatives au recours à des soins de santé peuvent malgré tout refléter les répercussions plus générales de la violence et des facteurs de stress connexes sur la santé, même lorsque la cause précise de la visite n’est pas consignée.
Parmi les victimes d’un homicide lié au genre ayant produit une déclaration de revenus, plus du tiers avaient au moins un enfant de moins de 18 ans
Les dossiers fiscaux ont été analysés afin d’examiner les caractéristiques socioéconomiques des victimes d’un homicide Note . Selon ces dossiers, la plus forte proportion de victimes d’un homicide lié au genre avaient déclaré être célibataires et n’avoir jamais été mariées (41 %). Venaient ensuite les femmes mariées (39 %) et les femmes séparées, divorcées ou veuves (20 %)Note . Chez les victimes d’un homicide non lié au genre ainsi que chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide, des proportions plus élevées avaient déclaré être célibataires (53 % et 68 %, respectivement). Conformément à ces tendances, une plus forte proportion de victimes d’un homicide lié au genre avaient au moins un enfant de moins de 18 ans vivant à la même adresse (38 %), comparativement aux victimes d’un homicide non lié au genre (33 %) et aux hommes et aux garçons victimes d’un homicide (20 %)Note . Au total, au moins 367 enfants se sont retrouvés sans mère à la suite de l’homicide lié au genreNote .
Les victimes d’un homicide lié au genre déclaraient plus souvent un revenu d’emploi que les autres victimes d’un homicide
Parmi les personnes qui ont été victimes d’un homicide et qui avaient produit une déclaration de revenus au cours de la période de 2009 à 2021, près de 3 victimes d’un homicide lié au genre sur 5 (56 %) avaient déclaré un revenu d’emploi dans leur déclaration de revenus. Cette proportion était beaucoup plus élevée que celle observée chez les victimes d’un homicide non lié au genre (38 %) et légèrement supérieure à celle enregistrée chez les hommes et les garçons victimes d’un homicide (53 %) (tableau 5). De manière similaire, une plus faible proportion des victimes d’un homicide lié au genre (17 %) avaient déclaré un revenu provenant de l’aide sociale par rapport aux autres victimes d’un homicide (28 % et 29 %, respectivement). Toutefois, dans les trois groupes, la plus grande proportion des victimes avaient déclaré les transferts gouvernementaux comme principale source de revenus (48 %, 61 % et 50 %, respectivement)Note Note .
À l’image des inégalités socioéconomiques persistantes au Canada, une plus forte proportion des victimes autochtones présentaient des signes d’inégalité économique comparativement à l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre. Par exemple, une plus faible proportion des victimes autochtones avaient déclaré un revenu d’emploi dans leur déclaration de revenus (32 % par rapport à 56 % pour l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre), une plus grande proportion avait reçu de l’aide sociale (27 % par rapport à 17 %) et près des trois quarts (72 %) avaient déclaré les transferts gouvernementaux comme principale source de revenus (par rapport à 48 % de l’ensemble des victimes d’un homicide lié au genre).
Au total, 2 victimes d’un homicide lié au genre sur 5 peuvent être considérées comme ayant un faible revenu
Pour de nombreuses personnes au Canada, les préoccupations financières constituent une importante source de stress susceptible d’avoir des répercussions négatives sur le bien-être mental et physique ainsi que sur les relations interpersonnelles (gouvernement du Canada, 2025b). Les difficultés financières ne surviennent toutefois pas de façon isolée. Plutôt que de découler de situations ou de choix individuels, elles s’inscrivent souvent dans des inégalités sociales, économiques et structurelles plus larges (p. ex. précarité du marché du travail, hausse du coût de la vie, accès inégal à l’éducation et à l’emploi, discrimination systémique), dont les effets cumulatifs s’accentuent au fil du temps.
Certaines populations — dont les femmes, les personnes atteintes d’une maladie mentale ou d’une incapacité, les immigrants, les communautés racisées, les peuples autochtones, les aînés et les parents seuls — sont touchées de façon disproportionnée par les facteurs structurels susmentionnés et les difficultés économiques qui en découlent (Emploi et Développement social Canada, 2025). Même si la violence en général et les homicides en particulier peuvent survenir dans tous les groupes socioéconomiques, les personnes ayant un revenu plus faible sont exposées à un risque accru, puisque l’insécurité financière est souvent étroitement liée à l’instabilité en matière de logement, au fait de résider dans des quartiers défavorisés et à un accès réduit aux ressources et services de protection et, ensemble, ces facteurs accroissent la vulnérabilité à la victimisation avec violence et l’exposition globale à la violence. Le lien est toutefois complexe, car l’insécurité économique peut être à la fois un facteur qui contribue au fait d’être victime de violence et une conséquence de cette violence.
Parmi l’ensemble des victimes d’un homicide décédées au cours de la période de 2010 à 2022 qui avaient produit une déclaration de revenus durant les trois années ayant précédé leur décès, près de la moitié (47 %) étaient considérées comme ayant un faible revenu, leur revenu familial étant inférieur à la moitié du revenu médian national des familles de même taille (tableau 5)Note . Plus précisément, 2 victimes d’un homicide lié au genre sur 5 (41 %) étaient considérées comme ayant un faible revenu, une proportion plus de deux fois plus élevée que celle enregistrée chez les familles dans la population générale (17 % en 2022) (Statistique Canada, 2025), mais une proportion inférieure à celle observée chez les autres victimes d’homicide (49 %).
En grande partie en raison de lois, de politiques et de pratiques coloniales historiques et actuelles limitant les possibilités socioéconomiques des peuples autochtones, les victimes autochtones d’un homicide se trouvaient souvent dans une situation de désavantage économique plus marqué. Parmi l’ensemble des victimes autochtones d’un homicide décédées au cours de la période de 2010 à 2022 qui avaient produit une déclaration de revenus durant les trois années ayant précédé leur décès, 7 personnes sur 10 (70 %) vivaient dans une situation de faible revenu. Plus précisément, près des trois quarts (72 %) des victimes autochtones d’un homicide lié au genre étaient considérées comme ayant un faible revenu. Cette proportion était inférieure à celle observée chez les victimes autochtones d’un homicide non lié au genre (81 %), mais légèrement supérieure à celle enregistrée chez les hommes et les garçons autochtones victimes d’un homicide (68 %).
Résumé
Le présent article de Juristat a permis d’examiner les actes de violence antérieurs déclarés par la police envers les victimes d’un homicide, leurs études postsecondaires, si elles avaient le statut d’immigrante ou de résidente non permanente, leurs contacts antérieurs avec le système de santé et leur situation socioéconomique. L’analyse porte sur les femmes et les filles tuées lors d’un homicide lié au genre, désagrégées selon l’identité autochtone des victimes lorsqu’il était possible de le faire. Dans chaque analyse, des comparaisons ont été établies avec d’autres victimes d’un homicide, soit les femmes et les filles tuées lors d’un homicide non lié au genre ainsi que les hommes et les garçons victimes d’un homicide. De façon générale, les femmes et les filles victimes d’un homicide présentaient davantage de similitudes entre elles, peu importe le statut de l’affaire concernant le genre, qu’avec les hommes et les garçons victimes d’un homicide, tout en affichant plusieurs différences importantes.
Selon les données de l’Enquête sur les homicides, de 2009 à 2022, les victimes d’un homicide lié au genre étaient plus âgées que les autres victimes d’un homicide, une plus grande proportion d’entre elles étaient en relation conjugale et occupaient plus souvent un emploi au moment de leur décès. Les données couplées ont également révélé que les victimes d’un homicide lié au genre se distinguaient des autres victimes d’un homicide quant au type d’études postsecondaires suivies et aux conditions socioéconomiques. Par exemple, une proportion plus élevée d’entre elles étaient inscrites à un programme de baccalauréat à un moment donné depuis 2009-2010 et, dans l’ensemble, une plus forte proportion avait déclaré un revenu d’emploi dans leur déclaration de revenus, tandis qu’une plus faible proportion pouvait être considérée comme vivant dans une situation de faible revenu. Malgré cela, 2 victimes d’un homicide lié au genre sur 5 étaient tout de même considérées comme ayant un faible revenu, soit plus du double de la proportion observée chez les familles dans la population générale.
Plus du quart des victimes d’un homicide lié au genre avaient eu au moins un contact antérieur avec la police en tant que victimes de violence depuis 2009, une proportion comparable à celle observée chez les autres victimes. Les homicides liés au genre se distinguaient toutefois par le fait que la plus forte proportion des contacts antérieurs mettaient en cause un partenaire intime comme l’auteur présumé de l’homicide et que les victimes avaient plus souvent été agressées par la même personne qui a par la suite été identifiée comme l’auteur présumé de l’homicide. Dans les trois groupes d’homicides, la majorité des contacts antérieurs avec la police concernaient des infractions liées aux voies de fait et comportaient des blessures corporelles mineures. Près des deux tiers des victimes d’un homicide lié au genre qui avaient eu un contact avec le système de santé avaient visité un service d’urgence au cours de l’année ayant précédé leur décès, contact qui n’était pas nécessairement lié à ces voies de fait.
Les fichiers de données couplées ont montré que de nombreuses femmes et filles victimes d’un homicide avaient déjà eu des contacts avec la police en tant que victimes de violence, avaient visité un service d’urgence en raison de blessures et auraient pu tirer parti de soutiens et de programmes favorisant l’autonomisation économique. Toutefois, étant donné que la majorité des victimes d’un homicide lié au genre entretenaient une relation étroite avec l’auteur présumé et que cette proximité complique la divulgation des actes de violence antérieurs subis, cette limite doit être reconnue comme un facteur déterminant dans les efforts visant à protéger les victimes. Quoi qu’il en soit, les données présentées dans ce rapport peuvent servir à l’élaboration et à l’amélioration des programmes de protection et de planification de la sécurité afin de prévenir la violence et les homicides liés au genre.
Tableaux de données détaillés
Sources de données et méthodologie
Enquête sur les homicides
L’Enquête sur les homicides permet de recueillir des données auprès de la police sur les caractéristiques des affaires, des victimes et des auteurs présumés d’homicide au Canada. Dans le cadre de cette enquête, on a commencé à recueillir des renseignements sur l’ensemble des meurtres en 1961, puis le champ de l’enquête s’est élargi en 1974 afin d’inclure les affaires d’infanticide et d’homicide involontaire coupable. Les renseignements sur ces affaires ne sont pas disponibles pour les années antérieures à 1974, mais des chiffres tirés du Programme de déclaration uniforme de la criminalité le sont, et ils sont pris en compte dans les totaux historiques globaux.
Lorsque la police prend connaissance d’un homicide, le service de police qui mène l’enquête remplit les questionnaires de l’Enquête sur les homicides, puis les envoie à Statistique Canada. Certains homicides sont portés à l’attention de la police des mois ou des années après avoir été commis. Ces affaires sont comptabilisées dans l’année au cours de laquelle la police en a été informée (d’après la date du rapport). Les renseignements sur les auteurs présumés d’homicide sont accessibles uniquement en ce qui concerne les affaires résolues (c.-à-d. celles dans lesquelles au moins un auteur présumé a été identifié). Les caractéristiques liées aux auteurs présumés sont mises à jour à mesure que les causes d’homicide sont résolues et que de nouveaux renseignements sont envoyés aux responsables de l’Enquête sur les homicides. Les données recueillies au moyen des questionnaires sur la victime et sur l’affaire sont également mises à jour lorsque la cause est résolue. En ce qui concerne les affaires comptant plus d’un auteur présumé, seul le lien de l’auteur présumé ayant le lien le plus proche avec la victime est consigné.
L’année 2019 a marqué le premier cycle de collecte des données de l’Enquête sur les homicides pour lequel des renseignements sur l’identité de genre ont été déclarés à la fois pour les victimes et les auteurs présumés d’homicide. L’identité de genre fait référence au genre qu’une personne exprime publiquement dans sa vie quotidienne, y compris au travail, dans les commerces et services, dans son milieu de vie ou dans la communauté en général. Avant 2019, les données de l’Enquête sur les homicides étaient présentées selon le sexe des victimes et des auteurs présumés. Le sexe et le genre font référence à deux concepts. Il convient de faire preuve de prudence lorsque l’on compare les chiffres de la variable « sexe » avec ceux de la variable « genre ». Étant donné le petit nombre de victimes et d’auteurs présumés déclarés ou identifiés comme des personnes non binaires, les données agrégées de l’Enquête sur les homicides accessibles au public ont été recodées de sorte à attribuer à ces victimes et auteurs présumés la valeur « hommes et garçons » ou « femmes et filles » afin d’assurer la protection des renseignements personnels et la confidentialité. La valeur « hommes et garçons » ou « femmes et filles » a été attribuée aux victimes et aux auteurs présumés déclarés ou identifiés comme des personnes non binaires en fonction de la répartition régionale des victimes ou des auteurs présumés selon le genre.
Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l’affaire
Le Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l’affaire (DUC 2) est une enquête à base de microdonnées qui permet de saisir des renseignements détaillés sur les crimes déclarés par la police, y compris les caractéristiques liées aux affaires, aux victimes et aux auteurs présumés. On estime que la couverture du Programme DUC 2 de 2009 à 2022 s’élève à 99 % de la population du Canada. Seuls sont inclus les services de police qui ont toujours participé au Programme DUC 2, afin que des comparaisons puissent être établies au fil du temps.
L’option permettant à la police de coder les victimes comme des personnes non binaires dans le Programme DUC a été ajoutée en 2018. Dans le contexte du Programme DUC, une personne non binaire est une personne qui exprime publiquement un genre ni exclusivement masculin ni exclusivement féminin. Compte tenu de l’existence possible d’un petit nombre de victimes et d’auteurs présumés identifiés comme étant non binaires, les données du Programme DUC accessibles au public ont été recodées de manière à répartir les victimes selon les catégories « hommes et garçons » ou « femmes et filles » en fonction de la répartition régionale des victimes selon le genre. Ce recodage assure la protection des renseignements personnels et la confidentialité des victimes.
Fichiers de données de l’Environnement de couplage de données sociales
Les données de l’Enquête sur les homicides ont été intégrées à l’Environnement de couplage de données sociales (ECDS), un environnement hautement sécurisé à Statistique Canada qui facilite la création de fichiers couplés de données sur la population aux fins d’analyse sociale. Au cours de ce processus, un identificateur de l’ECDS a été attribué à chaque victime et auteur présumé d’homicide correspondant aux fichiers index sources de Statistique Canada (p. ex. dossiers fiscaux, enregistrements de l’état civil, données sur l’immigration). Ces identificateurs servent ensuite à apparier des enregistrements individuels à d’autres ensembles de données (p. ex. éducation, santé, revenu) aux fins d’analyse.
Dans l’ECDS, 94 % des enregistrements sur les homicides ont été couplés avec succès. Aux fins du présent article, l’Enquête sur les homicides a été couplée à plusieurs autres ensembles de données canadiens, dont les suivants :
- le Système d’information sur les étudiants postsecondaires (SIEP) pour examiner les antécédents scolaires des victimes;
- la Base de données sur les congés des patients et le Système national d’information sur les soins ambulatoires pour analyser les contacts antérieurs des victimes avec le système de santé;
- le Fichier des immigrants reçus et le Fichier des résidents non permanents, qui font partie de la Base de données longitudinales sur l’immigration, afin de déterminer la proportion de victimes d’un homicide qui ont été admises au Canada et à quel moment;
- le Fichier des familles T1 pour saisir le profil socioéconomique des victimes.
Système d’information sur les étudiants postsecondaires
Il s’agit d’un ensemble de données administratives annuelles pancanadiennes (provinciales et territoriales) sur toutes les inscriptions et tous les grades décernés par des universités et des collèges publics selon le type de programme, le type de sanction d’études et le domaine d’études pour chaque année de déclaration. Le Système d’information sur les étudiants postsecondaires (SIEP) permet de recueillir des renseignements relatifs aux programmes et aux cours offerts dans les établissements d’enseignement, les caractéristiques démographiques des étudiants, ainsi que de l’information sur les programmes et les cours auxquels ils sont inscrits ou dont ils sont diplômés. La Plateforme longitudinale entre l’éducation et le marché du travail comprend des données longitudinales du SIEP pour l’année scolaire 2009‑2010 et les années suivantes. Pour en savoir plus, consulter la page d’information du SIEP de Statistique Canada.
Base de données longitudinales sur l’immigration
Il s’agit d’un ensemble de données administratives sur tous les immigrants depuis 1952 et les résidents non permanents depuis 1980. La Base de données longitudinales sur l’immigration (BDIM) fournit des renseignements détaillés et fiables sur la situation socioéconomique des immigrants après leur admission, comme le revenu d’emploi et la mobilité. Elle relie les résultats à court et à long terme aux caractéristiques à l’admission, telles que la catégorie d’admission de l’immigrant, son pays d’origine et sa connaissance des langues officielles. La base de données est composée de plusieurs fichiers, dont le Fichier des immigrants reçus ainsi que le Fichier des résidents non permanents qui ont été utilisés dans le présent article. Ces fichiers limitent l’analyse aux personnes qui ont été admises au Canada depuis 1980. Pour en savoir plus, consulter la page d’information de la BDIM de Statistique Canada.
Base de données sur les congés des patients
La Base de données sur les congés des patients (BDCP) contient des données administratives, cliniques et démographiques sur les congés des hôpitaux (y compris les décès survenus dans les hôpitaux, les départs volontaires et les transferts) pour toutes les provinces et tous les territoires, à l’exception du Québec. Pour ce couplage d’enregistrements, les fichiers de la BDCP pour les exercices financiers allant de 2009-2010 à 2021-2022 ont été inclus dans l’analyse. Par conséquent, la présente analyse ne tient pas compte des victimes d’un homicide ayant reçu des congés d’hôpital avant 2009.
Les éléments d’information recueillis au moyen de la BDCP peuvent varier d’une année à l’autre et selon les secteurs de compétence. La collecte de chaque élément d’information peut être obligatoire, obligatoire si applicable, facultative ou non applicable. La déclaration des données sur les soins hospitaliers de courte durée est obligatoire dans toutes les provinces et tous les territoires, à l’exception du Québec. Par conséquent, ce couplage d’enregistrements porte uniquement sur ces hospitalisations.
Pour de plus amples renseignements, consulter le site Web de métadonnées de la BDCP. Il est à noter que les éléments d’information de la BDCP ne sont pas tous disponibles dans le fichier analytique pour ce projet de couplage d’enregistrements.
Système national d’information sur les soins ambulatoires
Le Système national d’information sur les soins ambulatoires (SNISA) permet de recueillir des renseignements sur les admissions aux services d’urgence. Au cours de la période à l’étude allant de 2009-2010 à 2021-2022, la transmission des données des services d’urgence au SNISA était obligatoire en Ontario et en Alberta, et seulement en partie obligatoire ou non obligatoire dans les autres provinces et territoires. Par conséquent, les renseignements sur les visites aux services d’urgence ne sont pas nécessairement complets pour toutes les provinces et tous les territoires. Plus précisément, les données peuvent être biaisées en faveur du contexte en Ontario et en Alberta, car ces provinces représentaient la plus grande proportion des membres de la cohorte à l’étude (64 %) et sont les seules provinces à avoir un rapport obligatoire des services d’urgence (y compris le rapport des diagnostics). Ces provinces ont enregistré le plus grand nombre de visites aux services d’urgence. Les données sur les victimes d’un homicide qui avaient visité un service d’urgence avant 2009 ne sont pas disponibles.
Les raisons des visites ont été classées selon la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, 10e révision, adaptation canadienne (CIM-10-CA). La classification reposait sur le problème principal et les autres problèmes enregistrés lors de la visite, ainsi que sur le diagnostic de la patiente ou du patient au moment de la sortie du service d’urgence lorsque le problème principal n’était pas déclaré. Les classifications comprennent un petit nombre de diagnostics non confirmés pour lesquels la confirmation définitive était encore en attente au moment de l’extraction des données par les codeurs. Un code de classification n’était pas disponible pour 11 % des visites; ces visites ont été exclues de l’analyse.
Pour de plus amples renseignements, consulter le site Web des métadonnées du SNISA.
Fichier des familles T1
Le Fichier des familles T1 (FFT1) fournit des renseignements sur le revenu personnel et familial, l’emploi et la composition de la famille. Ces données sont principalement recueillies à partir des déclarations de revenus transmises à l’Agence du revenu du Canada. Bien que cela soit rare, si une personne avait plus d’un dossier d’impôt au cours d’une année donnée, le dossier le plus exhaustif était conservé.
Le FFT1 est uniquement disponible pour les particuliers qui ont produit une déclaration de revenus au cours de la période de 2009 à 2022. Pour maximiser la couverture aux fins de la présente étude, les dossiers fiscaux pourraient remonter jusqu’à trois ans avant l’homicide. Plus précisément, le dossier fiscal pertinent devait provenir de l’année précédant immédiatement l’homicide ou de l’une des deux années fiscales précédentes, jusqu’à trois ans avant l’homicide.
Pour obtenir de plus amples renseignements, voir la page d’information relative au FFT1 de Statistique Canada.
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