Section 4 : La violence familiale envers les personnes âgées

par Maire Sinha et Shelly Milligan

La violence familiale peut toucher les gens de tous âges, y compris les personnes âgées (Walsh et autres, 2007). La violence faite aux aînés peut être le prolongement de la violence familiale à un âge plus avancé, comme dans certains cas de victimisation conjugale, ou bien elle peut commencer au troisième âge. Ce type de violence, comme tous les types de crimes violents, s'exerce dans le cadre sociodémographique général de la société canadienne. Tout changement majeur dans ce contexte, tel que des changements de la taille et la composition de la population âgée, peut influer sur la fréquence et la nature de la violence familiale contre les aînés (Chappell et autres, 2003). La population actuelle des personnes âgées fait d'ailleurs l'objet d'une évolution importante.

Les personnes de 65 ans et plus constituent maintenant un segment croissant de la population canadienne, leur proportion étant passée de 9 % de la population en 1981 à 14 % en 2009 (Statistique Canada, 2010)Note 1. L'incidence de cette croissance démographique sur la fréquence de la violence familiale envers les personnes âgées est complexe lorsque l'on considère l'hétérogénéité de la population des personnes âgées.

La recherche sur la santé de la population indique que les personnes âgées sont généralement en meilleure santé, plus actives et plus stables financièrement que par le passé (Turcotte et Schellenberg, 2007). En fait, les personnes âgées obtiennent de meilleurs résultats que les plus jeunes pour plusieurs indicateurs de santé mentale et physique, particulièrement pour les niveaux de bien-être et de stress psychologique perçus (Turcotte et Schellenberg, 2007). Les indicateurs de sécurité financière des personnes âgées se sont également améliorés; par exemple, le faible revenu a diminué chez les aînés, les actifs se sont accrus et le taux de propriétaires a progressé (Turcotte et Schellenberg, 2007). Ces facteurs donnent à penser que la population actuelle des personnes âgées dépend moins des autres que les générations précédentes (Chappell et autres, 2003).

Bien qu'une majorité croissante de personnes âgées nécessite peu d'aide extérieure (Chappell et autres, 2003), l'espérance de vie plus longue des personnes âgées signifie que la proportion des aînés les plus âgés a augmenté. Ces derniers sont plus susceptibles que les aînés plus jeunes de souffrir d'une déficience physique ou cognitive, qui nécessite souvent le recours à des sources informelles de soutien, telles que des membres de la famille, ou à des services de soutien social officiels (Bravell et autres, 2008). Les aînés handicapés pourraient être particulièrement vulnérables à la victimisation par des fournisseurs de soins, les travaux de recherche antérieurs ayant révélé que les personnes handicapées, y compris les adultes âgés, sont généralement plus à risque de victimisation que les personnes non handicapées (Brennan, 2012; Perreault, 2009).

La présente section dresse le profil de la violence familiale contre les aînés, c'est-à-dire les personnes de 65 ans et plus, afin de mieux comprendre la nature unique de cette forme de violence à l'endroit de la population diversifiée des personnes âgées au Canada. À cette fin, les données déclarées par la police sont utilisées pour examiner la fréquence, les facteurs de risque et la gravité de la violence familiale contre les aînés, les mobiles qui la sous-tendent, l'inculpation par la police dans ces affaires, et les différences et tendances régionales associées à cette forme de violence. Ces caractéristiques sont comparées avec celles de la violence contre les aînés aux mains de personnes non apparentées. Englobées dans l'analyse comparative de la violence familiale et de la violence non familiale sont toutes les affaires de violence en vertu du Code criminel contre les aînés qui ont été jugées fondées par la police. Les affaires qui comprennent des infractions non prévues par le Code criminel, telles que la violence psychologique, ainsi que les affaires sans violence, telles que celles ayant trait au vol ou à la fraude, sont exclues.

Fréquence des affaires de violence contre les aînés déclarées par la police

Les Canadiens âgés affichent les taux de violence familiale les plus bas

Le risque qu'un Canadien soit victime d'un crime violent diminue généralement à mesure qu'augmente l'âge. Ainsi, les personnes âgées ont connu les taux les plus bas de crimes violents déclarés par la police, que cette violence ait été perpétrée par un membre de leur famille ou par une personne n'appartenant pas au réseau familial. En 2010, il y a eu 61 personnes âgées victimes de violence familiale pour 100 000 habitants, soit un total de près de 2 800 personnes âgées victimes d'actes de violence déclarés par la police. Ce taux de violence familiale était environ 7,5 fois plus faible que celui du groupe d'âge le plus à risque, soit les personnes de 25 à 34 ans, et la moitié du taux du deuxième groupe d'âge en importance, soit les personnes de 55 à 64 ans (graphique 4.1).

Graphique 4.1
Victimes d'un crime violent dans la famille et hors de la famille, affaires déclarées par la police, selon le groupe d'âge de la victime, Canada, 2010

Tableau de données du graphique 4.1

Graphique 4.1 Victimes d'un crime violent dans la famille  et hors de la famille, affaires déclarées par la police, selon le groupe d'âge  de la victime, Canada, 2010

Note : La violence familiale désigne la violence commise par des conjoints et conjointes, des enfants, des frères et sœurs, et des membres de la famille élargie. Les conjoints et conjointes comprennent des personnes de 15 à 89 ans. Les autres relations familiales comprennent des personnes de 0 à 89 ans. La violence non familiale désigne la violence commise par des amis, des connaissances, des partenaires amoureux, des associés, des personnes associées à des fins criminelles, des symboles d'autorité et des étrangers. Exclut les affaires pour lesquelles l'âge ou le sexe de la victime était inconnu. Les taux sont calculés pour 100 000 habitants. Les chiffres de population sont fondés sur des estimations au 1er juillet fournies par la Division de la démographie de Statistique Canada.
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique, Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire.

Une explication possible de la probabilité réduite de violence familiale chez les aînés concerne l'exposition plus faible des personnes âgées aux auteurs éventuels, comparativement aux plus jeunes personnes. Selon les données du Recensement de 2006, un pourcentage plus élevé de personnes âgées que de personnes de 18 à 64 ans vivaient seules plutôt qu'avec des membres de la famille (28 % par rapport à 11 %). De plus, les personnes âgées qui vivent une vie indépendante et en santé n'ont souvent pas besoin de l'aide de leurs enfants adultes (Chappell et autres, 2003). Par ailleurs, dans certains cas, particulièrement celui des femmes âgées, les personnes âgées survivent à leur conjoint et ne sont donc pas à risque de violence conjugale (Chappell et autres, 2003).

En 2010, le risque d'être victime de violence familiale chez les aînés était plus faible que celui d'être victime de violence commise par un ami ou une connaissance, mais plus élevé que celui d'être victime de violence aux mains d'un étranger (tableau 4.1). Dans l'ensemble, le taux de violence familiale contre les aînés était deux fois moindre que celui de la violence non familiale (61 par rapport à 124 pour 100 000 habitants).

Comme on l'a mentionné à la section 1, certains universitaires et chercheurs ont envisagé d'inclure dans la définition de la violence familiale toutes les formes de violence entre partenaires intimes, c'est-à-dire la violence conjugale et la violence dans le cadre de fréquentations. Selon les données déclarées par la police pour 2010, le fait d'englober la violence dans le cadre de fréquentations dans la catégorie de la violence familiale aurait une incidence négligeable sur la fréquence de la violence familiale contre les aînés. Autrement dit, le taux de violence familiale contre les aînés comprenant les affaires de violence dans le cadre de fréquentations ne serait que légèrement supérieur au taux excluant ces affaires (65 victimes par rapport à 61 victimes pour 100 000 habitants).

Facteurs de risque de violence chez les aînésNote 2

Les femmes âgées sont plus à risque que les hommes âgés d'être victimes de violence familiale

Comme dans le cas des affaires de violence à l'endroit des jeunes adultes qui ont été déclarées par la police, les différences entre les sexes quant au risque de victimisation dépendent de la source de la violence, c'est-à-dire à l'intérieur ou à l'extérieur du réseau familial. En 2010, les femmes âgées étaient plus vulnérables à la violence familiale, leur taux étant 34 % plus élevé que celui des hommes âgés. À l'inverse, le taux de violence non familiale enregistré par les hommes âgés était près du double de celui des femmes âgées (166 par rapport à 90 pour 100 000).

Le risque plus élevé de violence familiale chez les femmes peut être attribué dans une large mesure à la plus forte fréquence de la violence conjugale chez les femmes âgées que chez les hommes âgés (tableau 4.1, graphique 4.2). Plus précisément, en 2010, le taux de violence conjugale chez les femmes âgées était plus du double de celui chez les hommes âgés (22 par rapport à 10 pour 100 000 habitants). Les femmes âgées étaient également légèrement plus susceptibles que les hommes âgés d'être victimisées par leurs enfants en 2010 (27 par rapport à 24 pour 100 000).

Graphique 4.2
Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime et le lien de l'auteur présumé avec celle-ci, Canada, 2010

Tableau de données du graphique 4.2

Graphique 4.2 Personnes  âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille, affaires  déclarées par la police, selon le sexe de la victime et le lien de l'auteur  présumé avec celle-ci, Canada, 2010

Note : Exclut les affaires pour lesquelles l'âge ou le sexe de la victime était inconnu. Les taux sont calculés pour 100 000 personnes de 65 à 89 ans. Les chiffres de population sont fondés sur des estimations au 1er juillet fournies par la Division de la démographie de Statistique Canada.
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique, Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire.

Pour les deux sexes, les enfants adultes étaient les auteurs les plus courants de la violence familiale (39 % des femmes victimes et 46 % des hommes victimes). C'était particulièrement le cas lorsque la violence avait abouti au meurtre d'une personne âgée. Au cours des 10 dernières années, la moitié (50 %) des homicides dans la famille sur des personnes âgées ont été commis par des enfants adultes.

Les aînés plus jeunes sont plus vulnérables aux crimes violents que les aînés plus âgés

L'âge est un facteur important de la vulnérabilité des personnes âgées à la violence familiale et à la violence non familiale. Par le passé, les aînés plus jeunes étaient plus à risque que les aînés plus âgés de violence commise par des membres de leur famille ou par d'autres types d'agresseurs (Sinha, 2011; Ogrodnik, 2007). Les données de 2010 viennent confirmer ces constatations antérieures relatives à la violence familiale et à la violence non familiale envers les aînés. En particulier, les taux de violence familiale par âge contre les aînés atteignent un sommet à 65 ans, puis diminuent généralement (graphique 4.3).

Graphique 4.3
Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille, affaires déclarées par la police, selon l'âge de la victime, Canada, 2010

Tableau de données du graphique 4.3

Graphique 4.3 Personnes  âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille, affaires  déclarées par la police, selon l'âge de la victime, Canada, 2010

Note : La violence familiale désigne la violence commise par des conjoints et conjointes, des enfants, des frères et sœurs, et des membres de la famille élargie. Exclut les affaires pour lesquelles l'âge ou le sexe de la victime était inconnu. Les taux sont calculés pour 100 000 personnes de 65 à 89 ans. Les chiffres de population sont fondés sur des estimations au 1er juillet fournies par la Division de la démographie de Statistique Canada.
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique, Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire.

Le type d'auteur de violence contre les aînés est aussi étroitement lié à l'âge des aînés. Les personnes de 75 à 79 ans étaient plus susceptibles d'être victimisées par des membres de leur famille, particulièrement des enfants adultes (graphique 4.4). On ne peut toutefois en dire autant pour toutes les personnes âgées, car celles qui étaient dans la soixantaine ou au début de la septième décennie, ou qui avaient plus de 80 ans étaient le plus souvent victimisées par des amis ou des connaissances.

Graphique 4.4
Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent, affaires déclarées par la police, selon le groupe d'âge de la victime et le lien de l'auteur présumé avec celle-ci, Canada, 2010

Tableau de données du graphique 4.4

Graphique 4.4 Personnes  âgées qui ont été victimes d'un crime violent, affaires déclarées par la  police, selon le groupe d'âge de la victime et le lien de l'auteur présumé avec  celle-ci, Canada, 2010

1. Comprend les conjoints et conjointes, les enfants, les frères et sœurs, et les membres de la famille élargie.
2. Comprend les amis, les connaissances, les partenaires amoureux, les associés, les personnes associées à des fins criminelles et les voisins.
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique, Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire.

Dans les affaires de violence commises par des membres de la famille, la proportion d'auteurs présumés qui sont des enfants adultes augmente à mesure que les personnes âgées vieillissent, ce qui témoigne peut-être des niveaux croissants de dépendance des personnes âgées et de leur probabilité accrue d'être veuves. En 2010, 36 % des auteurs de violence familiale contre des personnes de 65 à 69 ans étaient des enfants adultes, la proportion correspondante pour les conjoints s'élevant à 30 %. Dans le cas des personnes âgées ayant entre 85 et 89 ans, les enfants adultes représentaient près de la moitié (49 %) des auteurs de violence familiale, comparativement à 21 % pour les conjoints.

Gravité de la violence envers les aînés

Les voies de fait simples sont la forme la plus fréquente de violence familiale contre les aînés

Le type d'infraction, l'utilisation d'armes et la fréquence des blessures peuvent être des indicateurs de la gravité des crimes violents. Selon les données déclarées par la police, les types d'infractions criminelles commises contre des victimes âgées de violence familiale et de violence non familiale sont très différents. En 2010, des voies de fait ont eu lieu plus souvent dans le cadre d'affaires de violence familiale contre des aînés que dans le cadre d'affaires de violence non familiale (67 % par rapport à 45 %) (tableau 4.2). La plupart de ces infractions étaient des voies de fait simples, la forme la moins grave de voies de fait.

Les voies de fait avaient lieu plus souvent dans le cadre d'affaires de violence conjugale que dans le cadre d'autres types d'affaires de violence familiale contre les aînés. En 2010, les voies de fait déclarées par la police représentaient 81 % des affaires commises par des conjoints, soit un taux plus élevé que celui impliquant des enfants adultes (66 %), des frères ou sœurs (64 %) et des membres de la famille élargie (53 %).

Une infraction presque exclusivement commise par des personnes non apparentées était le vol qualifié. Cette infraction représentait 13 % des affaires de violence non familiale contre les aînés. À titre de comparaison, 1 % des affaires de violence familiale avaient trait à un vol qualifié. En ce qui concerne les crimes les plus graves que sont les homicides, il n'y avait aucune différence entre le pourcentage de crimes commis par des membres de la famille et le pourcentage de ceux commis par des personnes non apparentées.

Les affaires de violence familiale contre les aînés sont plus susceptibles que les affaires de violence non familiale d'être commises au moyen de la force physique

À l'instar des crimes violents en général, la plupart des actes de violence contre les aînés ont été commis sans arme. C'était d'ailleurs le cas pour la violence familiale et la violence non familiale (tableau 4.3). Plus précisément, en 2010, une arme a été utilisée contre 14 % des victimes âgées de violence familiale et 16 % des victimes âgées de violence non familiale. Malgré les proportions semblables de l'utilisation d'armes dans l'ensemble, lorsqu'une arme à feu était utilisée contre une victime âgée, c'était moins souvent par un membre de la famille que par une personne non apparentée (6 % par rapport à 17 %). Cela s'explique en partie par le nombre plus élevé de vols qualifiés parmi les affaires de violence non familiale contre les aînés, les vols qualifiés étant plus souvent accompagnés d'une arme à feu (35 % des affaires de violence non familiale) que les autres crimes violents.

L'usage de la force physique était plus fréquent chez les auteurs présumés qui étaient des membres de la famille que chez les autres types d'agresseurs. Cela s'appliquait surtout aux cas où la victime était un conjoint ou un parent. En 2010, 61 % des affaires de violence familiale contre les aînés étaient accompagnées de l'usage de la force, comparativement à 50 % des affaires de violence non familiale. Les différences entre les sexes quant à l'usage de la force physique étaient pratiquement inexistantes, tant pour les affaires de violence familiale que pour celles de violence non familiale contre les aînés.

Les victimes âgées de violence familiale sont plus susceptibles que les autres victimes âgées de subir des blessures corporelles

L'usage accru de la force physique par les auteurs présumés membres de la famille se traduit par une fréquence plus élevée de blessures corporelles chez les victimes âgées de violence familiale. En 2010, 39 % des victimes âgées de violence familiale ont subi des blessures corporelles par suite d'un crime de violence, comparativement à 30 % des victimes de violence non familiale (tableau 4.4). La plupart de ces blessures (93 % des affaires de violence familiale et 91 % des affaires de violence non familiale) avaient nécessité un traitement mineur, tel que des premiers soins, par opposition à une intervention médicale professionnelle. Il n'existait pas de différences marquées entre les sexes quant à la fréquence des blessures subies lors d'affaires de violence familiale (40 % des hommes et 39 % des femmes), mais les victimes de violence non familiale de sexe masculin étaient plus susceptibles de subir des blessures que les victimes de sexe féminin (34 % par rapport à 24 %).

La probabilité de subir des blessures corporelles variait selon la relation familiale de l'auteur présumé avec la victime. Les victimes âgées de violence conjugale étaient les plus fréquemment blessées (48 %), suivies des victimes de violence commise par des enfants adultes (39 %), par des frères ou sœurs (37 %) et par des membres de la famille élargie (30 %). Ces tendances peuvent être attribuées au nombre plus élevé de voies de fait et au nombre plus faible de menaces à l'endroit de conjoints comparativement aux autres victimes de violence familiale.

Mobiles des homicides sur des aînés

À l'aide des données de l'Enquête sur les homicides, il est possible d'examiner les facteurs de motivation qui sous-tendent les homicides contre des personnes âgées. Au cours des 10 dernières années, d'importantes différences ont été notées entre les mobiles des auteurs présumés membres de la famille et ceux des autres types d'agresseur. La frustration et l'intensification d'une dispute étaient les deux mobiles les plus courants des homicides dans la famille sur des personnes âgées, chacun représentant au moins le quart des homicides dans la famille (32 % et 26 %) (tableau 4.5).

À titre de comparaison, le gain financier était le principal mobile derrière les homicides hors de la famille sur des aînés (30 %), ce qui était surtout dû au fait que 1 victime âgée d'un homicide hors de la famille sur 4 (25 %) a été tuée pendant un vol qualifié. Une proportion similaire d'homicides dans la famille et d'homicides hors de la famille sur des personnes âgées n'avaient aucun mobile apparent (20 % et 19 %).

Taux de classement des affaires

La violence familiale envers les aînés est plus susceptible de donner lieu à des accusations que les autres types de violence contre les aînés

Il y a plusieurs façons dont la police peut découvrir qu'une personne âgée a été ou est victimisée. Les aînés signalent parfois la violence eux-mêmes, alors que dans d'autres cas, c'est une autre personne, comme un témoin, un membre de la famille ou un professionnel, qui la signale. Dans certaines provinces, la déclaration de violence soupçonnée à l'égard de personnes âgées est régie par des lois sur la protection des adultes, qui obligent les professionnels travaillant avec des personnes âgées de signaler les cas de violence soupçonnée (AuCoin, 2003). Néanmoins, une certaine proportion des affaires de violence contre les aînés ne sera jamais portée à la connaissance de la police. La sous-déclaration risque d'être particulièrement marquée dans les cas où les personnes âgées sont isolées et où les niveaux de détection sont par conséquent plus faibles (Teaster et autres, 2006; Grama, 2000).

Lorsque les affaires de violence familiale contre les aînés sont signalées à la police, elles sont plus susceptibles que les autres formes de violence contre les aînés d'entraîner une mise en accusation ou une recommandation à cet effet. Un peu plus de la moitié (51 %) des affaires de violence familiale ont donné lieu à des accusations, soit un taux plus élevé que le taux d'inculpation de 31 % pour les affaires de violence non familiale contre les aînés (tableau 4.6). Les affaires de violence familiale étaient en outre légèrement plus susceptibles d'être classées par d'autres moyens (33 % par rapport à 29 %), tels que le refus de la victime âgée de déposer des accusations et le pouvoir discrétionnaire du service de police.

Tendances et caractéristiques régionales de la violence contre les aînés

Le nombre d'homicides dans la famille sur des aînés diminue

Comme il a été mentionné précédemment, il est possible que les affaires de violence familiale contre les aînés ne soient jamais portées à l'attention de la police (Sev'er, 2009). Selon les résultats de l'Enquête sociale générale de 2009Note 3, un peu moins de la moitié (46 %) des incidents violents contre les personnes de 55 ans et plus ont été signalés à la police (Brennan, 2012). La question de la déclaration, cependant, est inexistante lorsque la violence aboutit à la mort de la victime (Nivette, 2011; Gannon et autres, 2005). Par conséquent, toute variation du taux d'homicides sur des personnes âgées peut être considérée comme un bon indicateur des tendances globales en matière de violence contre les aînés.

Malgré des fluctuations annuelles, les taux d'homicides dans la famille sur des aînés sont demeurés relativement stables au cours des 15 dernières années (graphique 4.5). Par le passé, ces taux étaient généralement plus faibles que les taux d'homicides hors de la famille. Cependant, les baisses plus soutenues et plus marquées des homicides hors de la famille sur des personnes âgées, particulièrement pendant les années 1980, comparativement aux homicides dans la famille, se sont traduites par des taux d'homicides dans la famille et d'homicides hors de la famille sur des personnes âgées à peu près semblables ces dernières années.

Graphique 4.5
Personnes âgées qui ont été victimes d'un homicide dans la famille et hors de la famille, Canada, 1980 à 2010

Tableau de données du graphique 4.5

Graphique 4.5

Note : Les homicides dans la famille désignent les homicides commis par des conjoints et conjointes, des enfants, des frères et sœurs, et des membres de la famille élargie. Les homicides hors de la famille désignent les homicides commis par des amis, des connaissances, des partenaires amoureux, des associés, des personnes associées à des fins criminelles, des symboles d'autorité et des étrangers. Exclut les homicides pour lesquels l'âge ou le sexe de la victime était inconnu. Les taux sont calculés pour 1 million de personnes de 65 ans et plus. Les chiffres de population sont fondés sur des estimations au 1er juillet fournies par la Division de la démographie de Statistique Canada.
Source : Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique, Enquête sur les homicides.

Les provinces de l'Ouest affichent les taux de violence familiale contre les aînés les plus élevés

Les taux de violence familiale envers les aînés ont tendance à varier de la même façon entre les provinces et les territoires que les taux de crimes violents dans l'ensemble. Plus particulièrement, en 2010, les personnes âgées qui vivaient dans les territoires étaient plus à risque de violence familiale que les personnes âgées qui vivaient dans les provinces (tableau 4.7). La situation du Nunavut différait de celle des provinces et des autres territoires, le taux de violence familiale contre les aînés y étant plus élevé que le taux de violence non familiale (2 312 par rapport à 905 pour 100 000 habitants).

À l'échelon provincial, les provinces de l'Ouest affichaient sans exception les taux les plus élevés de violence familiale contre les aînés. De même, les taux de violence non familiale contre les aînés étaient les plus élevés en Colombie-Britannique, au Manitoba et en Saskatchewan. Cependant, le taux de violence non familiale en Alberta était inférieur à ceux du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Québec.

Outre les différences entre les provinces quant à la fréquence globale de la violence contre les aînés, on a noté des variations dans certaines provinces et certains territoires pour ce qui est de l'écart entre les sexes de la violence familiale envers les aînés (tableau 4.7). Ainsi, le risque accru de violence familiale chez les femmes âgées n'a pas été constaté dans toutes les provinces. Plus précisément, les hommes âgés qui vivaient à Terre-Neuve-et-Labrador et à l'Île-du-Prince-Édouard étaient plus susceptibles que les femmes âgées d'être victimes de violence familiale.

Les taux de violence familiale contre les aînés sont plus faibles dans les régions métropolitaines de recensement

On peut avoir l'impression que les villes et les régions métropolitaines de recensement (RMR)Note 4 présentent des taux plus élevés de crimes violents que les autres régions. Cela ne s'appliquait pas à la violence contre les aînés, particulièrement à la violence familiale envers les aînés. La probabilité d'être victimes de violence familiale était plus faible chez les personnes âgées vivant dans une RMR et la plus élevée chez les personnes âgées vivant dans les autres régions (51 par rapport à 79 pour 100 000 personnes âgées) (tableau 4.8).

Certaines des plus petites RMR figuraient parmi celles qui affichaient les taux les plus élevés de violence familiale contre les aînés. Abbotsford–Mission a enregistré le taux le plus important de violence familiale contre les aînés (103 pour 100 000), suivie de Regina (85) et de Peterborough (74). Dans toutes les RMR, à l'exception de Peterborough, les taux de violence familiale étaient plus faibles que les taux de violence non familiale.

Résumé

En 2010, comme au cours des années antérieures, les personnes âgées risquaient le moins d'être victimes de crimes violents déclarés par la police. Bien que l'âge et le sexe des personnes âgées aient influé sur ce risque, les aînés étaient généralement plus susceptibles d'être victimes de violence non familiale que de violence familiale. Cependant, la violence contre les aînés était parfois plus grave lorsque l'agresseur était un membre de la famille, les victimes âgées de violence familiale étant plus susceptibles d'être agressées physiquement que les autres victimes âgées et, par conséquent, subissant plus fréquemment des blessures.

Les taux de violence familiale et de violence non familiale contre les aînés affichaient des variations régionales semblables. Les taux provinciaux de violence familiale et de violence non familiale envers les aînés étaient généralement les plus élevés dans l'Ouest et les plus faibles dans l'Est. Les régions autres que les régions métropolitaines de recensement du Canada ont enregistré des taux plus élevés de violence familiale contre les aînés que les régions métropolitaines de recensement.

Tableaux de données détaillés

Tableau 4.1 Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime et le lien de l'auteur présumé avec celle-ci, Canada, 2010

Tableau 4.2 Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille et hors de la famille, affaires déclarées par la police, selon le type d'infraction, Canada, 2010

Tableau 4.3 Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille et hors de la famille, affaires déclarées par la police, selon le type d'arme, Canada, 2010

Tableau 4.4 Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille et hors de la famille, affaires déclarées par la police, selon la gravité des blessures, Canada, 2010

Tableau 4.5 Personnes âgées qui ont été victimes d'un homicide dans la famille et hors de la famille, selon le mobile, Canada, 2000 à 2010

Tableau 4.6 Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille et hors de la famille, affaires déclarées par la police, selon l'état de classement, Canada, 2010

Tableau 4.7 Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime et la province et le territoire, 2010

Tableau 4.8 Personnes âgées qui ont été victimes d'un crime violent dans la famille et hors de la famille, affaires déclarées par la police, selon la région métropolitaine de recensement, 2010

Références

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TEASTER, Pamela B., Karen A. ROBERTO et Tyler A. DUGAR. 2006. « Intimate partner violence of rural aging women », Family Relations, vol. 55, no 5, p. 636 à 648.

TURCOTTE, Martin, et Grant SCHELLENBERG. 2007. Un portrait des aînés au Canada, 2006, produit no 89-519-X au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, Division de la statistique sociale et autochtone.

WALSH, Christine A., et autres. 2007. « Violence across the lifespan: Interconnections among forms of abuse as described by marginalized Canadian elders and their care-givers », The British Journal of Social Work, vol. 37, no 3, p. 491 à 514.

Notes

  1. Parmi les principaux facteurs à l'origine de cette croissance figurent le vieillissement de la population du baby-boom, la diminution des taux de fécondité et l'augmentation de l'espérance de vie (Turcotte et Schellenburg, 2007).
  2. Les parties suivantes portent sur les caractéristiques de la violence familiale en fonction de la définition de la violence familiale qui exclut la violence dans le cadre de fréquentations.
  3. L'Enquête sociale générale sur la victimisation est une enquête-ménage menée tous les cinq ans dans laquelle on questionne les Canadiens sur leurs expériences de victimisation. Les données des Territoires du Nord-Ouest, du Yukon et du Nunavut ont été recueillies au moyen d'une méthode différente et, par conséquent, ont été exclues. Pour de plus amples détails, voir la section 1 et la section « Sources de données ».
  4. Une région métropolitaine de recensement (RMR) est composée d'une ou de plusieurs municipalités voisines situées autour d'un grand noyau urbain. Une RMR doit compter au moins 100 000 habitants, dont au moins 50 000 vivent dans le noyau urbain. Pour faire partie de la RMR, les municipalités adjacentes doivent être fortement intégrées à la région urbaine centrale, le degré d'intégration étant mesuré par le débit de la migration quotidienne calculé à partir des données du recensement. Une RMR est normalement desservie par plus d'un service de police.
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