Rapports sur la santé
Comprendre les expériences de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance au Canada : quels sont les liens avec les idées suicidaires et les troubles de santé mentale?

par Danielle Bader et Kristyn Frank

Date de diffusion : le 18 septembre 2024

DOI: https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202400900002-fra

Résumé

Contexte

La violence physique et sexuelle subie pendant l’enfance est associée aux idées suicidaires et à des troubles de santé mentale. Or, on en sait peu sur les types de mauvais traitements non physiques. La présente étude traite donc des liens entre les types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance (p. ex. la violence psychologique, l’agression interpersonnelle, l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes et la négligence psychologique ou physique) et les idées suicidaires et les troubles de santé mentale.

Données et méthodologie

Les données de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés de 2018 ont permis d’estimer la proportion de personnes âgées de 15 ans et plus au Canada qui ont été victimes de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance. Des analyses de régression multivariées ont été utilisées pour examiner les liens entre cinq types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance et les idées suicidaires et les troubles de santé mentale.

Résultats

Dans l’ensemble, l’agression interpersonnelle a été la forme de mauvais traitement non physique la plus courante (45,7 %), suivie de la violence psychologique (40,4 %) et de la négligence psychologique (20,0 %). Les personnes ayant été victimes d’une forme quelconque de mauvais traitement non physique pendant leur enfance étaient plus susceptibles d’avoir des idées suicidaires au cours de leur vie, comparativement aux personnes n’ayant jamais subi de tels traitements. Les personnes ayant été victimes de violence psychologique, d’agression interpersonnelle et de négligence psychologique étaient plus susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble de l’humeur que celles n’ayant jamais subi ces types de mauvais traitements. Par ailleurs, comparativement aux personnes n’ayant jamais subi l’un ou l’autre des mauvais traitements à l’étude, celles ayant été victimes de violence psychologique, d’agression interpersonnelle ou de négligence psychologique ou physique étaient plus susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble anxieux. Enfin, les diagnostics de troubles de stress post-traumatique étaient plus probables chez les personnes ayant été victimes de négligence psychologique et physique que chez celles n’ayant jamais subi ces types de mauvais traitements.

Interprétation

Il y a un lien entre les mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance et les idées suicidaires et les troubles de santé mentale. Les résultats de la présente étude font ressortir l’importance d’inclure les types de mauvais traitements non physiques infligés aux enfants dans les enquêtes basées sur la population afin de différencier les liens avec les résultats en matière de santé mentale, permettant ainsi une meilleure harmonisation des interventions et des politiques.

Mots-clés

Exposition à de la violence entre partenaires intimes, idées suicidaires, mauvais traitements infligés pendant l’enfance, négligence durant l’enfance, troubles de santé mentale, violence psychologique

Auteurs

Danielle Bader et Kristyn Frank travaillent à la Division de l’analyse de la santé à Statistique Canada.

 

Ce que l’on sait déjà sur le sujet

  • En 2018, 32,3 % des personnes au Canada ont été la cible uniquement de maltraitance non physique durant leur enfance, alors que 23,3 % ont subi de mauvais traitements non physiques et physiques pendant cette période.
  • Les types de mauvais traitements physiques infligés aux enfants sont associés à des comportements suicidaires (p. ex. des idées suicidaires, des plans et des tentatives de suicide) et à des troubles de santé mentale.

Ce qu’apporte l’étude

  • La présente étude fournit de nouveaux renseignements sur la proportion de personnes ayant été victimes de différents sous-types de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance, en particulier de violence psychologique, d’agression interpersonnelle et de négligence psychologique et physique.
  • Les résultats de l’étude ont montré que, parmi la population canadienne âgée de 15 ans et plus, il y a un lien entre les idées suicidaires et la violence psychologique, l’agression interpersonnelle, l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes et la négligence psychologique et physique. Par ailleurs, il y a une corrélation entre les diagnostics de troubles de l’humeur et la violence psychologique, l’agression interpersonnelle et la négligence psychologique. Enfin, les troubles anxieux sont associés à la violence émotionnelle, à l’agression interpersonnelle et à la négligence psychologique et physique, tandis que les troubles de stress post-traumatique sont liés à la négligence psychologique et physique.

Introduction

Au Canada, tous les enfants ont des droits fondamentaux, y compris en ce qui concerne la protection contre la violence physique et psychologique et l’exploitation sexuelleNote 1. Selon l’estimation la plus complète des mauvais traitements infligés aux enfants au Canada, calculée à l’aide des données de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés (ESEPP) de 2018, on constate que la majorité de la population (59,7 %) a subi au moins un type de mauvais traitement (p. ex. de la violence physique, sexuelle ou psychologique, de l’agression interpersonnelle, une exposition à de la violence physique entre partenaires intimes ou de la négligence psychologique ou physique) avant l’âge de 15 ans. Environ le tiers (32,3 %) des personnes ont subi uniquement de mauvais traitements non physiques (p. ex. de la violence psychologique, de l’agression interpersonnelle, une exposition à de la violence physique entre partenaires intimes ou de la négligence psychologique ou physique), alors que plus de 2 personnes sur 10 ont été victimes de mauvais traitements physiques et non physiquesNote 2. Ces résultats suscitent de nouvelles questions concernant la santé mentale des personnes au Canada ayant subi de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance.

Les études épidémiologiques portent principalement sur les types de maltraitance physique des enfants (p. ex. la violence physique et sexuelle est associée à des comportements suicidaires, comme des idées suicidaires et des tentatives de suicide)Note 3, Note 4, Note 5, Note 6, Note 7. Une étude basée sur la population canadienne a révélé un lien entre les idées suicidaires et toutes les formes de violence faite aux enfants (p. ex. la violence physique, la violence sexuelle et l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes), en tenant compte des facteurs sociodémographiques et des troubles de santé mentale (rapport des cotes [RC] : 2,9; intervalle de confiance [IC] : 2,5 à 3,3)Note 3. Par ailleurs, les études montrent invariablement des corrélations entre les mauvais traitements infligés pendant l’enfance et les troubles de santé mentale, dont les troubles de l’humeur et les troubles d’anxiété généraliséeNote 3, Note 4, Note 8, Note 9, Note 10. Plus précisément, certaines données probantes indiquent qu’il y a un lien entre l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes pendant l’enfance et les troubles de santé mentaleNote 3, Note 4. La santé mentale est un enjeu de santé publique au Canada, et elle peut être corrélée aux mauvais traitements infligés pendant l’enfance.

Dans l’ensemble, les études canadiennes ayant montré des corrélations entre les mauvais traitements infligés pendant l’enfance et les problèmes de santé mentale (p. ex. les comportements suicidaires et les troubles de santé mentale) portaient surtout sur les types de maltraitance physique. Or, on en sait peu sur les liens avec les types de mauvais traitements non physiques subis pendant l’enfance, plus particulièrement la violence psychologique et la négligence psychologique et physique. Il s’agit de la première étude nationale basée sur la population au Canada à traiter des corrélations entre la violence psychologique et la négligence (psychologique et physique) et les idées suicidaires et les troubles de santé mentale. Dans des cas extrêmes, les mauvais traitements non physiques infligés aux enfants peuvent entraîner des blessures mortelsNote 11, Note 12, Note 13, Note 14.

L’approche axée sur la santé de la population (ASP) laisse entendre que l’environnement dans lequel un enfant grandit crée des conditions propices ou non à la maltraitanceNote 15. D’après l’ASP, les mauvais traitements infligés pendant l’enfance sont attribuables aux déterminants de la santé sur le plan personnel, familial, communautaire et de la société dans l’environnement d’une personne, ainsi qu’à la corrélation entre ces facteursNote 15, Note 16. L’ASP et les résultats antérieurs révélant les déterminants sociaux liés à la maltraitance des enfants ont permis de déterminer les variables de contrôle à inclure dans les analyses statistiques aux fins de la présente étude.

L’étude porte sur les personnes ayant déclaré de façon rétrospective avoir subi de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance. S’inspirant de l’ASP, les autrices ont examiné les corrélations entre les types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance et les idées suicidaires au cours de la vie et les troubles de santé mentale à long terme (p. ex. les troubles de l’humeur, les troubles anxieux et les troubles de stress post-traumatique [TSPT]). L’étude a permis de répondre aux questions suivantes :

  1. Quelle proportion de la population canadienne a subi différents types de mauvais traitements non physiques pendant l’enfance?
  2. Les personnes ayant subi de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance sont-elles plus susceptibles de déclarer avoir des idées suicidaires que les personnes n’ayant pas été victimes des types de mauvais traitements à l’étude?
  3. Les personnes ayant subi de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance sont-elles plus susceptibles de déclarer avoir des troubles de santé mentale que les personnes n’ayant pas été victimes des types de mauvais traitements à l’étude?

Méthodologie

Données et échantillon

Les données analysées sont tirées de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés (ESEPP) de 2018. L’ESEPP est une enquête menée auprès de la population générale qui permet de recueillir des données rétrospectives au sujet de la violence fondée sur le genre, y compris la violence physique, sexuelle et psychologique faite aux enfants, l’agression interpersonnelle et la négligence psychologique et physique, subie avant l’âge de 15 ans. Les données ont été recueillies d’avril à décembre 2018 auprès de personnes de 15 ans et plus vivant dans les 10 provinces et les 3 territoires du Canada, à l’exclusion des personnes vivant en établissement. Le taux de réponse était de 43,1 % pour les provinces et de 73,2 % pour les territoires. La taille définitive de l’échantillon analytique était de 40 660 répondants. Pour obtenir une description de l’échantillon de l’étude, consulter l’annexe A.

Principales mesures

Parmi les mesures de santé mentale utilisées en tant que variables dépendantes, il y avait les idées suicidaires au cours de la vie, les troubles de l’humeur, les troubles anxieux et les TSPT. Les idées suicidaires ont été évaluées au moyen d’une seule question dichotomique qui consistait à demander aux répondants s’ils ont déjà sérieusement songé à se suicider (0 = non; 1 = oui). Les questions sur les problèmes de santé chroniques qui durent depuis au moins six mois et qui ont été diagnostiqués par un professionnel de la santé comprenaient les diagnostics de troubles de l’humeur, de troubles anxieux et de TSPT. Les réponses aux questions sur les diagnostics de troubles de santé mentale ont été traitées comme des variables binaires (0 = non; 1 = oui, a reçu un diagnostic de trouble de santé mentale).

Les différents types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance sont les principales variables indépendantes examinées. Les répondants ont dû répondre à des questions rétrospectives sur leurs expériences de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance (c.-à-d. avant l’âge de 15 ans), en particulier de la violence psychologique, de l’exposition à de l’agression interpersonnelle par un parent ou une autre personne responsable d’eux, de l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes, de la négligence psychologique et de la négligence physique. Pour mesurer la violence psychologique, on a tenu compte des personnes qui ont eu une expérience où un parent ou une autre personne responsable d’elles a tenu des propos qui leur ont fait de la peine. Pour mesurer l’exposition à de l’agression interpersonnelle, on a demandé aux répondants s’ils ont vu ou entendu des parents ou d’autres personnes responsables d’eux se dire des choses blessantes ou les dire à un autre adulte dans la maison. Cela comprend l’exposition à de la violence psychologique entre partenaires intimes ainsi que la violence non physique dans d’autres types de relations familiales et non familiales. Pour évaluer la violence physique entre partenaires intimes, on a demandé aux répondants s’ils ont déjà vu ou entendu un parent, un beau-parent ou un tuteur se frapper entre eux ou ou frapper un autre adulte. La négligence psychologique a été évaluée en demandant aux répondants s’ils se sont déjà sentis mal aimés ou non voulus par un parent ou une autre personne responsable d’eux. Enfin, la négligence physique a été mesurée en tenant compte des cas où les parents n’ont pas répondu aux besoins fondamentaux du répondant, comme le laver, le nourrir ou le vêtir.

Les réponses aux questions sur les mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance ont été mesurées à l’aide d’une échelle ordinale représentant la fréquence d’occurrence (c.-à-d. jamais, 1 ou 2 fois, 3 à 5 fois, 6 à 10 fois, plus de 10 fois). À l’heure actuelle, il n’y a aucune mesure validée permettant de déterminer les seuils pour les types de mauvais traitements non physiques. Aux fins des analyses effectuées dans le cadre de la présente étude, les types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance ont été dichotomisés selon l’absence (code 0) ou la présence (au moins une occurrence; code 1) de mauvais traitement, car les réponses ne suivent pas une répartition ordinale (c.-à-d. la relation est non linéaire). Pour tous les types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance, on observe une baisse des réponses après la catégorie « 1 ou 2 fois », puis une augmentation pour la catégorie « plus de 10 fois » (voir l’annexe B).

Covariables pour les modèles de régression

En vue d’isoler les relations entre l’expérience de mauvais traitements non physiques pendant l’enfance et les idées suicidaires et les troubles de santé mentale, les modèles de régression tiennent compte des déterminants de la santé liés aux mauvais traitements infligés pendant l’enfance, lesquels ont été présentés dans des études antérieures. Parmi ces déterminants, on retrouve le genre, l’orientation sexuelle, l’âge, l’état matrimonial, le plus haut niveau de scolarité, le revenu personnel à l’âge adulte, la région de naissance, les groupes de population, l’identité autochtone et la situation vis-à-vis de l’incapacité. Souvent, les enfants subissent plusieurs types de mauvais traitements et non un seulNote 2, Note 17; il est donc important que les modèles de régression logistique tiennent également compte de la violence physique ou sexuelle subie. Le présent document montre les résultats du modèle sans la variable de la violence physique ou sexuelle subie (modèle 1) et ceux du modèle qui tient compte de ce type de violence (modèle 2). La violence physique comprend trois éléments : 1) un adulte vous a giflé ou tapé sur la tête ou les oreilles, ou encore vous a frappé avec un objet dur pour vous faire mal; 2) un adulte vous a poussé, agrippé, bousculé ou vous a lancé un objet pour vous faire mal; 3) un adulte vous a donné un coup de pied, mordu, frappé avec le poing, étranglé, brûlé ou attaqué physiquement d’une autre façon. La violence sexuelle comprend deux éléments : 1) un adulte vous a forcé ou a essayé de vous forcer à avoir une activité sexuelle non désirée en vous menaçant, en vous immobilisant ou en vous faisant mal d’une autre façon; 2) un adulte vous a touché contre votre volonté d’une manière sexuelle — cela veut dire tout ce qui va d’un attouchement non désiré à un baiser ou des caresses.

Analyses statistiques

Pour tenir compte du plan de sondage complexe, des poids bootstrap ont été utilisés comme technique d’estimation de la variance. De plus, des poids d’échantillonnage pour l’ESEPP de 2018 ont été appliqués pour que les estimations puissent être généralisées à la population canadienne. Des statistiques descriptives ont été calculées pour chaque type de mauvais traitement non physique. Par la suite, divers modèles de régression logistique binaire ont été estimés pour examiner séparément les corrélations entre les mauvais traitements non physiques subis pendant l’enfance et les idées suicidaires au cours de la vie et les troubles de santé mentale à long terme.

Plus précisément, les variables dépendantes de ces modèles permettent de mesurer les idées suicidaires ainsi que les diagnostics de troubles de l’humeur, de troubles anxieux et de TSPT. Pour faciliter l’interprétation, les estimations de la régression logistique ont été converties en probabilités prédites et représentées sous forme de graphiques avec les IC de 95 % correspondants. Selon la même approche que celle adoptée dans de précédents travaux de recherche épidémiologique, médicale et dans le domaine de la santéNote 18, Note 19, Note 20, les IC ont été utilisés pour déterminer s’il y avait une différence statistiquement significative entre les estimations des variables principales, puisqu’ils sont plus prudents et significatifs que les valeurs de p.

Résultats

Proportion de personnes ayant subi de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance au Canada

La proportion de personnes ayant subi au moins un type de mauvais traitement non physique pendant leur enfance s’élevait à 58,0 % (IC : 57,2 à 58,7). Dans l’ensemble, l’exposition à de l’agression interpersonnelle était le type le plus courant de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance (45,7 %; IC : 44,9 à 46,5), suivie de la violence psychologique (40,4 %; IC : 39,6 à 41,2), de la négligence psychologique (20,0 %; IC : 19,3 à 20,7), de l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes (12,3 %; IC : 11,8 à 12,9) et de la négligence physique (4,0 %; IC : 3,7 à 4,3).

Analyses de régression logistique

Les cinq types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance étaient associés à une probabilité accrue d’avoir des idées suicidaires et tous les troubles de santé mentale à l’étude, en tenant compte des caractéristiques sociodémographiques (voir « Modèle 1 » dans le tableau 1).

Lorsque la violence physique ou sexuelle était ajoutée aux modèles (voir « Modèle 2 » dans le tableau 1 et les graphiques 2 à 5), certaines différences entre les estimations disparaissaient. D’autres analyses ont été menées en tenant compte des troubles de santé mentale uniquement dans les modèles prédisant les idées suicidaires et de l’expérience de la violence entre partenaires intimes depuis l’âge de 15 ans (au cours de la vie) dans tous les modèles. Toutefois, la prise en compte des troubles de santé mentale dans les modèles prédisant les idées suicidaires ainsi que de l’expérience de la violence entre partenaires intimes au cours de la vie dans tous les modèles n’a pas entraîné de modification importante des probabilités prédites (données non présentées).

Graphique 1 Proportion de personnes âgées de 15 ans et plus ayant subi de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance au Canada, 2018

Description de la graphique 1 
Tableau de données du Graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du Graphique 1. Les données sont présentées selon Types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance (titres de rangée) et Proportion et Intervalles de confiance de 95%, calculées selon de et à unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance Proportion Intervalles de confiance de 95%
de à
Violence psychologique 40,4 39,6 41,2
Agression interpersonnelle 45,7 44,9 46,5
Exposition à la violence physique entre partenaires intimes 12,3 11,8 12,9
Négligence psychologique 20,0 19,3 20,7
Négligence physique 4,0 3,7 4,3

Tableau 1
Modèles logit binaires servant à prédire la probabilité d’avoir des idées suicidaires et des troubles de santé mentale chez les personnes de 15 ans et plus, selon le type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Modèles logit binaires servant à prédire la probabilité d’avoir des idées suicidaires et des troubles de santé mentale chez les personnes de 15 ans et plus. Les données sont présentées selon Trouble de santé mentale (titres de rangée) et Violence psychologique , Agression interpersonnelle, Exposition
à de la violence physique
entre partenaires intimes, Négligence psychologique, Négligence physique, Rapport
de cotes
corrigé et Intervalle de
confiance
de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Trouble de santé mentale Violence psychologique Agression interpersonnelle Exposition
à de la violence physique
entre partenaires intimes
Négligence psychologique Négligence physique
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle de
confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle de
confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle de
confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle de
confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle de
confiance
de 95 %
de à de à de à de à de à
Pensées suicidaires
Modèle 1 2,85Tableau 1 Note  2,56 3,17 2,43Tableau 1 Note  2,19 2,71 2,59Tableau 1 Note  2,28 2,94 3,51Tableau 1 Note  3,16 3,90 2,85Tableau 1 Note  2,28 3,55
Modèle 2 1,93Tableau 1 Note  1,70 2,18 1,65Tableau 1 Note  1,47 1,86 1,55Tableau 1 Note  1,35 1,79 2,32Tableau 1 Note  2,05 2,62 1,63Tableau 1 Note  1,29 2,06
Trouble de l’humeur
Modèle 1 2,05Tableau 1 Note  1,81 2,32 1,74Tableau 1 Note  1,55 1,96 1,66Tableau 1 Note  1,45 1,91 2,22Tableau 1 Note  1,96 2,51 1,74Tableau 1 Note  1,41 2,16
Modèle 2 1,62Tableau 1 Note  1,42 1,86 1,36Tableau 1 Note  1,19 1,55 1,21 1,03 1,41 1,75Tableau 1 Note  1,52 2,01 1,26 1,01 1,58
Trouble anxieux
Modèle 1 1,72Tableau 1 Note  1,53 1,93 1,53Tableau 1 Note  1,36 1,71 1,57Tableau 1 Note  1,37 1,81 1,89Tableau 1 Note  1,68 2,12 1,85Tableau 1 Note  1,49 2,30
Modèle 2 1,42Tableau 1 Note  1,25 1,61 1,25Tableau 1 Note  1,11 1,41 1,21 1,04 1,40 1,53Tableau 1 Note  1,34 1,76 1,41Tableau 1 Note  1,12 1,77
Trouble de stress post-traumatique
Modèle 1 1,85Tableau 1 Note  1,52 2,25 1,47Tableau 1 Note  1,19 1,81 1,89Tableau 1 Note  1,56 2,28 2,54Tableau 1 Note  2,11 3,07 2,65Tableau 1 Note  2,02 3,46
Modèle 2 1,26 1,00 1,58 0,99 0,78 1,26 1,25 1,00 1,56 1,84Tableau 1 Note  1,49 2,26 1,75Tableau 1 Note  1,32 2,32

Graphique 2 Idées suicidaires au cours de la vie chez les personnes de 15 ans et plus, selon le type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance

Description de la graphique 2 
Tableau de données du Graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du Graphique 2 Probabilité ajustée et Intervalles de confiance de 95%, calculées selon de et à unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Probabilité ajustée Intervalles de confiance de 95%
de à
Violence psychologique
Non 0,122 0,114 0,131
Oui 0,195 0,186 0,205
Agression interpersonnelle
Non 0,128 0,119 0,136
Oui 0,183 0,174 0,191
Exposition à de la violence physique entre partenaires intimes
Non 0,150 0,144 0,156
Oui 0,202 0,186 0,219
Négligence psychologique
Non 0,131 0,125 0,138
Oui 0,235 0,221 0,249
Négligence physique
Non 0,156 0,150 0,161
Oui 0,216 0,185 0,246

Graphique 3 Diagnostics de troubles de l’humeur chez les personnes de 15 ans et plus, selon le type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance

Description de la graphique 3 
Tableau de données du Graphique 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du Graphique 3 Probabilité ajustée et Intervalles de confiance de 95%, calculées selon de et à unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Probabilité ajustée Intervalles de confiance de 95%
de à
Violence psychologique
Non 0,083 0,076 0,090
Oui 0,120 0,113 0,127
Agression interpersonnelle
Non 0,089 0,082 0,096
Oui 0,112 0,106 0,119
Exposition à de la violence physique entre partenaires intimes
Non 0,100 0,095 0,105
Oui 0,115 0,103 0,126
Négligence psychologique
Non 0,089 0,083 0,095
Oui 0,135 0,124 0,145
Négligence physique
Non 0,101 0,096 0,106
Oui 0,120 0,102 0,138

Graphique 4 Diagnostics de troubles anxieux chez les personnes de 15 ans et plus, selon le type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance

Description de la graphique 4 
Tableau de données du Graphique 4
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du Graphique 4 Probabilité ajustée et Intervalles de confiance de 95%, calculées selon de et à unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Probabilité ajustée Intervalles de confiance de 95%
de à
Violence psychologique
Non 0,117 0,109 0,124
Oui 0,150 0,142 0,158
Agression interpersonnelle
Non 0,122 0,113 0,130
Oui 0,143 0,136 0,150
Exposition à de la violence physique entre partenaires intimes
Non 0,130 0,125 0,136
Oui 0,149 0,135 0,163
Négligence psychologique
Non 0,122 0,115 0,128
Oui 0,164 0,153 0,176
Négligence physique
Non 0,131 0,126 0,137
Oui 0,166 0,142 0,191

Graphique 5 Diagnostics de troubles de stress post-traumatique chez les personnes de 15 ans et plus, selon le type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance

Description de la graphique 5 
Tableau de données du Graphique 5
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du Graphique 5 Probabilité ajustée et Intervalles de confiance de 95%, calculées selon de et à unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Probabilité ajustée Intervalles de confiance de 95%
de à
Violence psychologique
Non 0,032 0,026 0,037
Oui 0,039 0,035 0,042
Agression interpersonnelle
Non 0,036 0,030 0,041
Oui 0,035 0,031 0,040
Exposition à la violence physique entre partenaires intimes
Non 0,034 0,031 0,037
Oui 0,041 0,034 0,048
Négligence psychologique
Non 0,029 0,025 0,032
Oui 0,049 0,042 0,055
Négligence physique
Non 0,034 0,031 0,037
Oui 0,054 0,042 0,067

Les estimations entièrement ajustées de la régression logistique binaire pour les principales variables indépendantes converties en probabilités prédites sont présentées dans les graphiques avec les IC de 95 % correspondants (voir les graphiques 2 à 5). Les probabilités prédites ont été calculées en maintenant les variables de contrôle constantes à des valeurs typiques. Toutes les variables de contrôle étant catégoriques, elles ont été maintenues constantes à leurs proportions.

Le graphique 2 montre que les personnes ayant subi de mauvais traitements non physiques pendant leur enfance étaient plus susceptibles d’avoir des idées suicidaires que les personnes n’en ayant pas subi. Plus précisément, la probabilité d’avoir des idées suicidaires était plus élevée chez les personnes ayant été victimes de négligence psychologique (0,235; IC : 0,221 à 0,249) que celles n’ayant jamais subi ce type de maltraitance (0,131; IC : 0,125 à 0,138). La probabilité d’avoir des idées suicidaires était aussi plus élevée parmi les personnes ayant subi de la violence psychologique (0,195; IC : 0,185 à 0,205) que parmi celles n’en ayant pas subi (0,122; IC : 0,114 à 0,131).

De plus, on a observé une diminution des probabilités prédites entre le modèle 1 et le modèle 2, ce qui montre l’importance de prendre en compte la cooccurrence de plusieurs types de mauvais traitements infligés aux enfants en vue de comprendre les liens entre les idées suicidaires et les mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance (voir l’annexe C).

La probabilité de recevoir un diagnostic de trouble de l’humeur était plus élevée parmi les personnes ayant subi de la violence psychologique (0,120; IC : 0,113 à 0,127), comparativement à celles n’ayant pas subi ce type de mauvais traitement pendant leur enfance (0,083; IC : 0,076 à 0,090). La probabilité de recevoir un diagnostic de trouble de l’humeur était également plus élevée chez les personnes ayant été exposées à de l’agression interpersonnelle (0,112; IC : 0,106 à 0,119), comparativement à celles n’y ayant jamais été exposées (0,089; IC : 0,082 à 0,096). Enfin, la probabilité de recevoir un diagnostic de trouble de l’humeur était plus élevée chez les personnes ayant été victimes de négligence psychologique (0,135; IC : 0,124 à 0,145), comparativement aux personnes n’ayant jamais été la cible de ce type de négligence (0,089; IC : 0,083 à 0,095).

Les personnes ayant subi de la violence psychologique étaient plus susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble anxieux (0,150; IC : 0,142 à 0,158) que celles n’ayant jamais subi ce type de mauvais traitement (0,117; IC : 0,109 à 0,124). Les personnes exposées à de l’agression interpersonnelle pendant leur enfance étaient, elles aussi, plus susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble anxieux (0,143; IC : 0,136 à 0,150) que celles n’y ayant jamais été exposées (0,122; IC : 0,113 à 0,130). La probabilité de recevoir un diagnostic de trouble anxieux était également plus élevée chez les personnes ayant été la cible de négligence psychologique (0,164; IC : 0,153 à 0,176) que chez celles n’en ayant pas été victimes (0,122; IC : 0,115 à 0,128). Enfin, les personnes ayant été la cible de négligence physique étaient beaucoup plus susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble anxieux (0,166; IC : 0,142 à 0,191) que celles n’ayant jamais subi ce type de mauvais traitement (0,131; IC : 0,126 à 0,137).

La probabilité de recevoir un diagnostic de TSPT était plus élevée chez les personnes ayant été la cible de négligence psychologique (0,049; IC : 0,042 à 0,055) que chez celles n’ayant jamais subi ce type de mauvais traitement (0,029; IC : 0,025 à 0,032). Il en va de même pour les personnes ayant été victimes de négligence physique, qui étaient plus susceptibles de recevoir un diagnostic de TSPT (0,054; IC : 0,042 à 0,067) que les personnes n’ayant jamais subi ce type de négligence (0,034; IC : 0,031 à 0,037).

Discussion

Le premier objectif de la présente étude était de présenter la proportion de la population canadienne qui a subi différents types de mauvais traitements non physiques pendant l’enfance. Dans l’ensemble, la majorité (58,0 %) des personnes âgées de 15 ans et plus vivant dans les 10 provinces et les 3 territoires ont subi au moins un type de mauvais traitement non physique avant l’âge de 15 ans. Même si cette proportion de personnes ayant subi un mauvais traitement non physique est semblable aux constatations faites dans une autre étude reposant sur des données autodéclarées sur la victimisationNote 21, on ne peut pas faire une comparaison directe des estimations, car l’étude antérieure englobait également les châtiments corporels.

Le type le plus courant de mauvais traitement non physique était l’exposition à de l’agression interpersonnelle (45,7 %), suivie de la violence psychologique (40,4 %), de la négligence psychologique (20,0 %), de l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes (12,3 %) et de la négligence physique (4,0 %). Bien que chaque type de mauvais traitement soit déclaré séparément, il est important de tenir compte du fait que certaines personnes ont subi plus d’un type de mauvais traitement. Or, les estimations des mauvais traitements non physiques infligés aux enfants varient grandement d’une étude de recherche à une autre. Ces variations s’expliquent par les différentes définitions et mises en application des types précis de mauvais traitements, le nombre d’éléments et de seuils utilisés pour établir la présence d’un mauvais traitement, la population (p. ex. population générale ou échantillons cliniques), les caractéristiques de l’échantillon les types de questions posées, le type de déclaration (p. ex. autodéclaration des enfants, des jeunes ou des adultes, les données administratives), et la période au cours de laquelle les expériences ont eu lieu (p. ex. de 0 à 15 ans, à 16 ans ou à 18 ans; l’année précédente). Par exemple, un examen systématique a montré que, dans l’ensemble, la prévalence de la violence psychologique variait entre 6,5 % et 53,8 %, alors que celle de la négligence (psychologique et physique) variait entre 1,6 % et 67,3 %Note 22. Dans une autre méta-analyse qui combinait des mesures autodéclarées de la violence psychologique, de la négligence psychologique et de la négligence physique infligée aux enfants avant l’âge de 18 ans, on estimait que la prévalence de ces mauvais traitements se situait à 36,3 %, à 18,4 % et à 16,3 %, respectivementNote 23. Toutefois, les recherches laissent entendre qu’il y a une forte cooccurrence entre la violence psychologique faite aux enfants et les autres types de mauvais traitementsNote 2, Note 3, Note 17, ce qui pourrait être indicateur d’une éducation dysfonctionnelle, et, dans ce cas, une enquête par une agence de protection de l’enfance peut s’avérer nécessaireNote 24.

Le deuxième objectif de l’étude était d’examiner si différents types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance étaient associés aux idées suicidaires. Les personnes ayant subi de la violence psychologique, de l’agression interpersonnelle, de la négligence psychologique ou physique ou ayant été exposées à de la violence physique entre partenaires intimes étaient plus susceptibles de déclarer avoir des idées suicidaires que celles n’ayant jamais subi l’un de ces types de mauvais traitements. Dans l’ensemble, les résultats de la présente étude correspondent à ceux des recherches antérieures qui montrent que l’expérience de types de mauvais traitements non physiques pendant l’enfance augmente le risque d’idées suicidairesNote 25, Note 26. D’après le modèle théorique du suicide à trois étapes, les personnes qui éprouvent de la douleur, accompagnée d’un sentiment de désespoir, pourraient commencer à réfléchir au suicide ou à avoir une volonté modérée de se suicider si elles ne peuvent envisager une amélioration de leur situationNote 27.

Le dernier objectif de la présente étude était d’examiner si différents types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance étaient associés à des troubles de santé mentale. Les personnes ayant subi de la violence psychologique, de l’agression interpersonnelle ou de la négligence psychologique pendant leur enfance étaient plus susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble de l’humeur, comparativement aux personnes n’ayant jamais été la cible de ces types de mauvais traitements. Le fait de recevoir un diagnostic de trouble anxieux était associé à des expériences de violence psychologique, d’agression interpersonnelle et de négligence psychologique ou physique pendant l’enfance. Enfin, les personnes ayant été victimes de négligence psychologique ou physique avant l’âge de 15 ans étaient plus susceptibles de recevoir un diagnostic de TSPT. Malgré les différentes définitions de la violence psychologique et de la négligence psychologique, ces résultats concordent avec ceux d’une étude antérieure qui a révélé un éventail de troubles mentaux parmi les personnes de la population générale aux États-Unis ayant subi uniquement de la violence psychologique, uniquement de la négligence psychologique ou ces deux types de mauvais traitements pendant leur enfanceNote 24. Bien que d’importants travaux de recherche aient été menés sur la corrélation entre les troubles de santé mentale et la violence sexuelle et physique, il est possible que la maltraitance de type émotif ou psychologique soit à l’origine de tous les autres types de mauvais traitements, ce qui pourrait avoir des conséquences égales ou supérieures à celles découlant de la violence sexuelle ou physiqueNote 28, Note 29.

Dans l’ensemble, la présente étude a montré que les cinq types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance étaient associés aux idées suicidaires. De plus, certains types de mauvais traitements non physiques étaient aussi associés à des troubles de santé mentale. De telles constatations n’ont jamais été faites auparavant pour la population générale du Canada. Ces résultats, qui cadrent avec l’ASPNote 15, mettent en évidence l’importance d’élargir la définition des mauvais traitements infligés pendant l’enfance dans les enquêtes basées sur la population de sorte à inclure les types de mauvais traitements non physiques. Cela permettra d’examiner de façon plus approfondie la prévalence de ces mauvais traitements et leurs corrélations avec les problèmes de santé physique et mentale.

Limites et points forts

L’ESEPP est une enquête transversale, ce qui signifie qu’on ne sait pas quand les répondants ont eu des idées suicidaires ou ont reçu un diagnostic de trouble de santé mentale. Ces résultats ne peuvent donc pas servir à tirer des conclusions sur le lien de causalité. Le volet portant sur l’agression interpersonnelle est vaste; il comprend l’exposition à de la violence psychologique entre partenaires intimes ainsi qu’à de la violence non physique dans d’autres types de relations familiales et non familiales. Les futures recherches devraient dissocier l’exposition à de la violence psychologique entre partenaires intimes, car elle peut coexister avec l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes et avoir des effets négatifs sur le développement de l’enfantNote 30, Note 31.

Des études antérieures ont montré une forte corrélation entre l’expérience de mauvais traitements pendant l’enfance et la consommation de substances psychoactives3. Toutefois, les personnes ayant subi de la violence psychologique ou ayant été exposées à de la violence physique entre partenaires intimes n’ont pas eu à répondre à des questions concernant la consommation de substances psychoactives pour faire face à la violence subie au cours de leur vie. Puisque la consommation de substances psychoactives est souvent associée à l’exposition à de la violence physique entre partenaires intimes pendant l’enfanceNote 3, Note 4, il serait important que des questions à cet égard ainsi que des questions sur d’autres capacités d’adaptation soient incluses dans les collectes de données futures portant sur les mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance. Certaines données ont montré une relation dose-réponse (c.-à-d. une exposition accrue selon le nombre de types de mauvais traitements ou la fréquence) entre les mauvais traitements infligés pendant l’enfance et les troubles de santé mentaleNote 3, Note 32. Cependant, dans le cadre de la présente étude, on a dichotomisé le fait de savoir si le répondant a subi chacun des types de mauvais traitements non physiques, car il n’y a aucune mesure validée permettant de déterminer les seuils pour les types de mauvais traitements non physiques. La répartition des réponses pour tous les types de mauvais traitements était donc bimodale. Par conséquent, il se peut que des renseignements importants sur la fréquence et la gravité des mauvais traitements soient manquants.

Comparativement à la déclaration prospective, il se peut que les données autodéclarées sur la victimisation soient biaisées, car elles sont subjectives, donnent lieu à l’interprétation ou sont fondées sur le souvenir d’une situation. Toutefois, la gravité ou l’importance d’un événement est un facteur important en ce qui concerne le fait de se souvenir d’expériences négativesNote 33, Note 34. De plus, la dépression est associée à un biais de mémoire négatif, correspondant à l’hypothèse de congruence à l’humeur, selon laquelle les renseignements congruents à l’humeur sont plus facilement accessibles que les renseignements non congruents à l’humeurNote 35, Note 36. Par conséquent, une étude a révélé que les personnes en dépression ou dans une détresse psychologique accrue pendant la période de collecte des données étaient plus susceptibles de déclarer de nouvelles expériences négatives vécues pendant l’enfance qu’elles n’avaient pas déclaré 12 ans auparavantNote 37.

Le but du présent article était de déterminer s’il y avait des corrélations entre les types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance et le fait d’avoir des idées suicidaires ou des troubles de santé mentale. L’examen de la fréquence et de la gravité dépassait donc la portée de l’article. Toutefois, les résultats montrent que des estimations prudentes des mauvais traitements non physiques sont associées de façon importante aux idées suicidaires et à certains troubles de santé mentale. Par conséquent, il sera important que les travaux de recherche futurs traitent de la fréquence et du nombre de types de mauvais traitements subis, car les types de mauvais traitements non physiques infligés pendant l’enfance ont tendance à être chroniquesNote 38 et à être accompagnés de maltraitance physiqueNote 2, Note 3, Note 17, Note 39.

Malgré les limites dont il a été question précédemment, la présente étude comporte des points forts importants. L’ESEPP de 2018 reposait sur une définition large des mauvais traitements infligés pendant l’enfance et a permis de recueillir des renseignements concernant cinq sous-types différents, dont certains n’avaient pas encore été examinés au niveau de la population au Canada. Les territoires étaient inclus dans la base de sondage de l’enquête, ce qui constitue un atout, puisque les personnes qui vivent dans ces régions géographiques sont souvent exclues des enquêtes nationales menées auprès des ménages pour recueillir ce type d’information (p. ex. la composante sur la santé mentale de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2012). Ces résultats sont donc représentatifs de l’ensemble de la population canadienne. Enfin, le recours à une grande source de données représentatives nationales a permis d’inclure diverses covariables qui cadrent avec l’ASP. Cela a aussi permis de déterminer si les idées suicidaires et les troubles de santé mentale sont associés aux cinq sous-types de mauvais traitements non physiques pendant l’enfance.

Conclusion

La majorité de la population canadienne âgée de 15 ans et plus a subi au moins un type de mauvais traitement non physique pendant l’enfance (violence psychologique, exposition à de la violence physique entre partenaires intimes ou négligence physique). De plus, on a observé des liens entre les cinq types de mauvais traitements non physiques pendant l’enfance et les idées suicidaires. Certains troubles de santé mentale ont aussi été associés aux mauvais traitements non physiques pendant l’enfance. Ces constatations laissent à penser qu’il est important que les professionnels de la santé mentale et les cliniciens travaillent avec la population adulte, ainsi que les enseignants et le personnel des services de garde d’enfants, soient mis au courant de toute violence psychologique, agression interpersonnelle, exposition à de la violence physique entre partenaires intimes, négligence psychologique et négligence physique.

Remerciement

Ce document a été financé par Femmes et Égalité des genres Canada.


Annexe A
Caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon de l’étude
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon de l’étude Proportion (%) et Intervalle de confiance de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Proportion (%) Intervalle de confiance de 95 %
de à
Genre
Hommes 49,1 48,8 49,3
Femmes 50,9 50,7 51,2
Orientation sexuelle
Hétérosexuel 96,3 96,0 96,7
LGB+ 3,7 3,3 4,0
Âge
15 à 29 ans 23,6 23,4 23,9
30 à 39 ans 17,2 17,0 17,4
40 à 49 ans 15,4 15,2 15,6
50 à 59 ans 16,8 16,6 17,0
60 à 69 ans 14,0 13,9 14,2
70 à 79 ans 8,5 8,4 8,7
80 ans et plus 4,4 4,3 4,5
Niveau de scolarité
Sans de diplôme d’études secondaires 12,3 11,9 12,8
Diplôme d’études secondaires ou équivalent 25,2 24,6 25,9
Certificat d’une école de métiers, d’un collège ou d’une université 32,9 32,2 33,6
Grade universitaire 29,5 28,8 30,2
Revenu personnel
Jusqu’à 19 999 $ 6,2 5,8 6,6
20 000 $ à 59 999 $ 26,3 25,6 26,9
60 000 $ à 99 999 $ 23,9 23,2 24,5
100 000 $ à 149 999 $ 20,7 20,1 21,4
150 000 $ et plus 23,0 22,3 23,7
État matrimonial
Marié(e) ou en union libre 60,2 59,5 60,9
Séparé(e) ou divorcé(e) 7,7 7,3 8,0
Veuf(ve) 4,8 4,6 5,1
Célibataire/jamais marié(e) 27,3 26,7 27,9
Lieu de naissance
Colombie-Britannique 7,3 7,0 7,5
Alberta 7,3 7,0 7,6
Saskatchewan 3,6 3,5 3,8
Manitoba 3,4 3,2 3,5
Québec 20,3 19,9 20,7
Ontario 25,5 24,8 26,1
Provinces de l’Atlantique 7,1 6,9 7,3
Territoires 0,2Annexe A Note  0,2 0,3
À l’extérieur du Canada 25,4 24,6 26,1
Groupes de population
Autochtone 3,0 2,8 3,3
Noir 2,7 2,4 3,0
Non-Autochtone, non racisé 75,7 74,9 76,4
Situation vis-à-vis de l’incapacité
Non, n’a pas d’incapacité 65,1 64,3 65,8
Oui, a une incapacité 34,9 34,2 35,7
Trouble de santé mentale
Idées suicidaires 15,8 15,2 16,4
Trouble de l’humeur 10,3 9,8 10,8
Trouble anxieux 13,3 12,8 13,9
Trouble de stress post-traumatique 3,6 3,3 3,9
A subi de mauvais traitements physiques pendant l’enfance
Oui, a été victime de violence physique ou sexuelle 20,1 19,5 20,7
Oui, a été victime de violence physique et sexuelle 4,2 3,9 4,5

Annexe B
Répartition des réponses pour chaque type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Répartition des réponses pour chaque type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance Violence psychologique, Agression interpersonnelle, Exposition à de la violence physique entre partenaires intimes, Négligence psychologique, Négligence physique, % et Intervalle de confiance de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Violence psychologique Agression interpersonnelle Exposition à de la violence physique entre partenaires intimes Négligence psychologique Négligence physique
% Intervalle de confiance de 95 % % Intervalle de confiance de 95 % % Intervalle de confiance de 95 % % Intervalle de confiance de 95 % % Intervalle de confiance de 95 %
de à de à de à de à de à
1 ou 2 fois 15,8 15,2 16,4 16,5 15,9 17,1 6,2 5,9 6,6 6,9 6,5 7,4 1,3 1,1 1,5
3 à 5 fois 7,9 7,4 8,3 8,5 8,0 9,0 2,5 2,3 2,8 3,4 3,1 3,7 0,6 0,5 0,7
6 à 10 fois 3,7 3,4 4,1 4,0 3,7 4,3 0,9 0,8 1,0 1,7 1,5 2,0 0,4 0,3 0,5
Plus de 10 fois 13,0 12,5 13,6 16,7 16,2 17,3 2,6 2,4 2,9 7,9 7,5 8,4 1,8 1,6 2,0

Annexe C
Modèles logit binaires servant à prédire la probabilité d’avoir des idées suicidaires ou un trouble de santé mentale chez les personnes de 15 ans et plus, selon le type de mauvais traitement non physique infligé pendant l’enfance
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Modèles logit binaires servant à prédire la probabilité d’avoir des idées suicidaires ou un trouble de santé mentale chez les personnes de 15 ans et plus. Les données sont présentées selon Trouble de santé mentale (titres de rangée) et Violence psychologique, Agression interpersonnelle, Exposition à la violence physique entre partenaires intimes, Négligence psychologique, Négligence physique, Non, Oui, Marges et Intervalle de confiance de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Trouble de santé mentale Violence psychologique Agression interpersonnelle Exposition à la violence physique entre partenaires intimes Négligence psychologique Négligence physique
Non Oui Non Oui Non Oui Non Oui Non Oui
Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 % Marges Intervalle de confiance de 95 %
de à de à de à de à de à de à de à de à de à de à
Pensées suicidaires
Modèle 1 0,10 0,10 0,11 0,23 0,22 0,24 0,11 0,10 0,11 0,21 0,20 0,22 0,14 0,14 0,15 0,27 0,25 0,29 0,12 0,11 0,13 0,29 0,28 0,30 0,15 0,15 0,16 0,30 0,27 0,34
Modèle 2 0,12 0,11 0,13 0,20 0,19 0,21 0,13 0,12 0,14 0,18 0,17 0,19 0,15 0,14 0,16 0,20 0,19 0,22 0,13 0,13 0,14 0,24 0,22 0,25 0,16 0,15 0,16 0,22 0,19 0,25
Trouble de l’humeur
Modèle 1 0,08 0,07 0,08 0,13 0,12 0,14 0,08 0,07 0,09 0,12 0,12 0,13 0,10 0,09 0,10 0,14 0,13 0,15 0,08 0,08 0,09 0,15 0,14 0,16 0,10 0,10 0,11 0,15 0,13 0,17
Modèle 2 0,08 0,08 0,09 0,12 0,11 0,13 0,09 0,08 0,10 0,11 0,11 0,12 0,10 0,10 0,11 0,12 0,10 0,13 0,09 0,08 0,10 0,14 0,12 0,15 0,10 0,10 0,11 0,12 0,10 0,14
Trouble anxieux
Modèle 1 0,11 0,10 0,12 0,16 0,15 0,17 0,11 0,10 0,12 0,15 0,15 0,16 0,13 0,12 0,13 0,17 0,16 0,19 0,12 0,11 0,12 0,18 0,17 0,19 0,13 0,13 0,14 0,20 0,17 0,22
Modèle 2 0,12 0,11 0,12 0,15 0,14 0,16 0,12 0,11 0,13 0,14 0,14 0,15 0,13 0,13 0,14 0,15 0,14 0,16 0,12 0,12 0,13 0,16 0,15 0,18 0,13 0,13 0,14 0,17 0,14 0,19
Trouble de stress post-traumatique
Modèle 1 0,03 0,02 0,03 0,05 0,04 0,05 0,03 0,03 0,03 0,04 0,04 0,05 0,03 0,03 0,03 0,06 0,05 0,06 0,03 0,02 0,03 0,06 0,05 0,07 0,03 0,03 0,04 0,08 0,06 0,09
Modèle 2 0,03 0,03 0,04 0,04 0,04 0,04 0,04 0,03 0,04 0,04 0,03 0,04 0,03 0,03 0,04 0,04 0,03 0,05 0,03 0,03 0,03 0,05 0,04 0,06 0,03 0,03 0,04 0,05 0,04 0,07
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