Résumé

Contexte

Les données sur les personnes en situation d’itinérance proviennent souvent d’enquêtes et de dénombrements transversaux qui sont effectués auprès d’échantillons sélectionnés et qui exigent beaucoup de temps et de main-d’œuvre. Aux fins de la présente étude, des données administratives exhaustives sur la santé qui proviennent des visites à l’urgence sont utilisées pour dénombrer les personnes en situation d’itinérance et caractériser les tendances démographiques et géographiques observées dans la province de l’Ontario, au Canada, de 2010 à 2017.

Données et méthodes

Les personnes en situation d’itinérance ont été repérées par leur code postal, désigné « XX ». Les résultats comprenaient le nombre de personnes en situation d’itinérance stratifié selon l’année et la semaine, le sexe et l’âge représentés graphiquement chaque année, l’emplacement de chaque visite à l’urgence, et les changements dans la composition démographique et la répartition géographique.

Résultats

Au cours de la période de sept ans observée, 39 408 personnes se sont trouvées en situation d’itinérance. Le nombre de visites à l’urgence a augmenté au cours de la période visée aux fins de la présente étude dans tout l’Ontario. En moyenne, le nombre de visites était le plus élevé en septembre de chaque année, et le moins élevé en janvier. Les augmentations de l’itinérance globale étaient secondaires aux hausses de l’itinérance chez les personnes d’âge actif. Les visites à l’urgence étaient concentrées dans les centres urbains. La proportion totale des patients en situation d’itinérance est devenue moins concentrée à Toronto, passant de 60 % à 40 % au cours de la période visée par l’étude, sous l’effet d’un déplacement vers les services d’urgence situés à l’extérieur de la ville.

Interprétation

La présente étude montre que les données administratives sur la santé peuvent permettre de brosser un tableau complet du profil démographique et d’autres caractéristiques analysés au fil du temps. Il est possible d’assurer une surveillance de la population de façon rentable et un suivi en temps réel des variations, ce qui permet de coordonner les services et de les mettre en œuvre en temps opportun.

Mots clés

Itinérance, démographie, données administratives, service d'urgence

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202100100002-fra

Résultats

L’itinérance constitue une préoccupation sociale généralisée au Canada et dans de nombreux autres pays développés. Plus de 235 000 personnes au Canada se trouvent en situation d’itinérance au cours d’une année donnée, et de 25 000 à 35 000 personnes peuvent vivre une situation d’itinérance au cours d’une nuit donnée. L’itinérance peut englober toutes sortes de situations, notamment le fait de vivre dans la rue ou dans des endroits qui ne sont pas destinés à l’habitation, le fait de séjourner dans un refuge pour la nuit ou un refuge d’urgence, le fait de vivre temporairement en situation d’itinérance « cachée » chez des amis, des membres de la famille ou des étrangers, ou dans un motel, un centre pour itinérants ou une maison de chambres, ou le fait de résider dans un logement précaire ou inadéquat. Pour la planification et l’élaboration des politiques, il est important de comprendre la composition de cette population, de savoir si l’itinérance est en progression et de déterminer où l’itinérance se révèle problématique. Toutefois, le recensement des personnes en situation d’itinérance présente de nombreuses difficultés qui peuvent susciter des doutes quant à la qualité des renseignements exploitables. [Article complet]

Auteurs

Stephenson Strobel (sbs296@cornell.edu) travaille au département de l’analyse et de la gestion des politiques de l’Université Cornell à Ithaca, dans l’État de New York, aux États-Unis, et au département de médecine familiale de la faculté des sciences de la santé de l’Université McMaster à Hamilton, en Ontario, au Canada. Ivana Burcul, Jia Hong Dai et Zechen Ma travaillent au campus régional de Niagara de l’école de médecine Michael G. DeGroote de l’Université McMaster à St. Catharines, en Ontario, au Canada. Shaila Jamani travaille à la faculté des sciences appliquées de la santé de l’Université Brock à St. Catharines, en Ontario, au Canada. Rahat Hossain travaille au département de psychiatrie de l’Université de Toronto à Toronto, en Ontario, au Canada.

Début de l'encadré

 

Ce que l’on sait déjà sur le sujet?

  • Parmi les différentes méthodologies de dénombrement des personnes en situation d’itinérance figurent les enquêtes, les dénombrements ponctuels et la toute récente et nouvelle utilisation des données administratives sur la santé.
  • À l’heure actuelle, les méthodes de surveillance utilisées comme « normes de référence » peu-vent entraîner un risque de biais dans les estimations en raison de l’échantillonnage de commodité. De plus, elles comportent des limites telles que le fait de mener une enquête seulement auprès de collectivités particulières ou de mener une enquête auprès des per-sonnes seulement à des dates précises.
  • Des estimations exactes du nombre de personnes en situation d’itinérance et de leurs caractéris-tiques démographiques et géographiques ne sont actuellement pas disponibles à des fins de planification et d’élaboration des politiques en Ontario, au Canada.

Ce qu’apporte l’étude?

  • Une analyse des données administratives sur la santé provenant des visites à l’urgence à l’échelle de la province a permis d’estimer que 39 408 personnes s’étaient trouvées en situation d’itinérance pour la période allant de 2010 à 2017 en Ontario.
  • Le nombre de personnes en situation d’itinérance qui se sont présentées à l’urgence a nettement augmenté de 2014 à 2017, et le nombre le plus élevé de personnes s’étant présentées à l’urgence a été observé en septembre de chaque année.
  • Les personnes de moins de 40 ans sont devenues le segment de population prédominant parmi les personnes en situation d’itinérance. De plus, la proportion de cette population observée à Toronto, en Ontario, a diminué, passant de 60 % à 40 % sous l’effet de son déplacement vers les réseaux locaux d’intégration des services de santé d’autres régions de la province.

Fin de l'encadré

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