Rapports sur la santé
Prévalence de l’exposition aux faisceaux laser et des blessures y étant associées

par Sami S. Qutob, Michelle O’Brien, Katya Feder, James McNamee, Mireille Guay et John Than

Date de diffusion : le 16 janvier 2019

Depuis les années 1990, l’amélioration de la technologie laser et la réduction des coûts de fabrication ont facilité l’intégration des produits laser à la vie quotidienne dans un champ élargi d’applications, notamment la médecine et l’esthétique, la sécurité, les communications, l’instrumentation et le divertissement. De nombreux produits laser novateurs et peu coûteux sont de plus en plus faciles à obtenir sur le marché de la consommation. Cela se traduit par une augmentation des ventes de produits laser, les analystes de l’industrie rapportant une hausse des revenus totaux dans le marché mondial du laser, qui sont passés de 6,32 milliards de dollars en 2009 à 9,56 milliards de dollars en 2014 (une hausse de 51 %)Note 1.

La Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants est un organisme indépendant qui est composé d’experts scientifiques et qui donne des conseils sur les effets sur la santé et l’environnement des rayonnements non ionisants, notamment le rayonnement laser. La Commission a établi des lignes directrices sur les limites de l’exposition au rayonnement laserNote 2. Ces limites d’exposition servent de fondement scientifique à la Commission électrotechnique internationale (CEI) pour la classification des dangers posés par les dispositifs laser (c.-à-d. les classes 1, 1M, 1C, 2, 2M, 3R, 3B et 4) en fonction de leurs propriétés de rayonnement accessible (CEI 60825-1)Note 3.

La classification CEI du niveau de dangerosité des dispositifs laser est fondée sur le niveau d’exposition au rayonnement accessible, la longueur d’ondes, la durée de l’émission et l’angle soustendu par la source apparente (c.-à-d. la géométrie du faisceau et le schéma de rayonnement). Selon la norme de la CEI, les dispositifs laser dont le faisceau est inférieur à la limite d’émission accessible de la classe 3R présentent un risque minimal pour l’œil puisqu’ils ont des marges de sécurité adéquates et suscitent des réactions d’aversion et des réflexes de clignement rapides et innés. Ainsi, les expositions involontaires ou par réflexion reproduisent rarement les conditions liées aux pires cas. Toutefois, le risque de blessure reste présent avec l’utilisation d’optiques télescopiques et la projection intentionnelle et il augmente avec la durée de l’exposition. Une exposition à un faisceau laser très puissant (classes 3B et 4), qu’il soit direct ou réfléchi, a le potentiel de causer des graves lésions aux yeux ou à la peau et peut poser un risque d’incendieNote 3.

L’accroissement de la disponibilité des produits laser grand public et l’augmentation de leur vente aux Canadiens, surtout par les achats en ligne de lasers portatifs de grande puissance, pourraient faire augmenter le risque de lésions oculaires ou cutanées causées par une exposition au rayonnement laser. À l’heure actuelle, il est possible de dériver les estimations de la prévalence des blessures causées par le laser seulement à partir de comptes rendus (p. ex. des exposés de cas) publiés dans la littérature scientifique. Les comptes rendus de blessures qui sont publiés représentent sans doute un faible pourcentage du nombre total de blessures causées par un laser. La majorité des incidents ne font pas l’objet d’une publication officielle dans les revues scientifiques, puisqu’ils ne sont habituellement pas signalés hors du milieu cliniqueNote 4. Le manque de renseignements sur la prévalence, chez les Canadiens, des blessures causées par l’utilisation d’un produit laser ou l’exposition à un laser pose un problème de surveillance, d’évaluation des risques et de gestion des risques.

En 2014, Santé Canada a soumis des questions concernant la prévalence de l’utilisation d’un produit laser ou de l’exposition à un tel produit ainsi que des blessures y étant associées au cours des 12 mois précédents pour qu’elles soient posées dans le cadre de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de Statistique Canada, une enquête représentative de la population nationale. La collecte de ces renseignements venait soutenir les efforts de surveillance et répondre aux nouvelles préoccupations en matière de santé qui avaient trait aux produits laser. Les données de l’ESCC ont particulièrement facilité l’analyse de paramètres comme :

Ces renseignements permettront d’enrichir la base canadienne de connaissances sur les blessures causées par le laser. Ils permettront également de procéder à une évaluation plus rigoureuse des risques liés aux produits laser, d’éclairer les stratégies de gestion des risques et d’appuyer les recommandations et les conseils fondés sur des données probantes.

Données et méthodes

Sources de données

L’ESCC de Statistique Canada recueille auprès de la population canadienne des données sur la santé qui seront utilisées aux échelons national, provincial et régional. Dérivées du cycle 4 de l’ESCC, les données de réponse rapide analysées dans le présent article ont été recueillies dans le cadre d’interviews réalisées par téléphone de mars à juin 2014. Les personnes se sont fait interroger sur leur utilisation d’un produit laser ou leur exposition à un tel produit au cours des 12 mois précédents.

Le questionnaire de l’ESCC a été soumis directement aux personnes interrogées au cours d’interviews téléphoniques assistées par ordinateur. L’ESCC porte sur la population à domicile âgée de 12 ans et plus dans les provinces et les territoires. L’enquête exclut :

Ensemble, ces exclusions représentent moins de 3 % de la population âgée de 12 ans et plus. Le module de réponse rapide de l’ESCC portant sur l’exposition à un faisceau laser visait la même population que l’ESCC, à l’exception des participants des trois territoires (le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut).

En tout, 31 709 ménages faisaient partie du champ d’enquête du module de réponse rapide sur l’exposition à un faisceau laser. Des réponses valides ont été fournies par 19 765 personnes. Cela correspond à un taux de réponse global de 62,3 %. Une description détaillée de la méthodologie de l’ESCC et des sources utilisées se trouve sur le site Web de Statistique Canada.

Mesures

Le module de réponse rapide de l’ESCC portant sur l’exposition à un faisceau laser se composait de deux sections. La première série de questions visait à demander aux personnes si elles avaient utilisé un produit laser ou été exposées à un tel produit au cours des 12 mois précédant l’enquête. Dans l’affirmative, on demandait aux personnes d’indiquer le type de produit laser qu’elles avaient utilisé ou auquel elles avaient été exposées. Les personnes interrogées disposaient des options suivantes pour les produits :

Les personnes affirmant avoir utilisé un produit laser ou été exposées à un tel produit devaient ensuite indiquer si elles avaient subi une blessure ou éprouvé un malaise. On leur demandait de mentionner la partie du corps touchée (c.-à-d. l’œil, la peau, une autre partie) ainsi que la fréquence et la durée du malaise ou de la blessure. Les personnes ayant signalé plusieurs malaises ou blessures étaient invitées à fournir des réponses sur la pire blessure ou le pire malaise survenu.

La dernière série de questions concernait le type de dispositif laser ayant causé le malaise ou la blessure, la provenance du dispositif et le fait que la blessure découlait d’une utilisation personnelle du dispositif ou de son utilisation par une autre personne.

Toutes les questions sont accessibles sur le site Web de Statistique Canada.

Analyse statistique

Les analyses portaient sur un échantillon de 19 765 personnes âgées de 12 ans et plus dans les 10 provinces. Les données ont été pondérées pour qu’elles soient représentatives de la population canadienne, et les analyses ont été réalisées à l’aide du SAS EG 5.1 (SAS Institute Inc., États-Unis). La procédure SURVEYFREQ du SAS a servi à calculer les pourcentages et les coefficients de variation (c.v.). Les données ayant un c.v. dans la fourchette de 16,6 % à 33,3 % sont marquées d’un E et leur interprétation doit se faire avec prudence; les données ayant un c.v. supérieur à 33,3 % ont été supprimées (indication F) en raison de la très grande variabilité de l’échantillonnage. Pour la vérification des écarts de la prévalence entre les groupes sociodémographiques, la procédure SURVEYLOGISTIC a servi à calculer les rapports de cotes et les intervalles de confiance (IC) correspondants et une correction de Bonferroni a été appliquée pour les comparaisons par paire. L’énoncé ESTIMATE de la procédure SURVEYLOGISTIC a servi à vérifier la présence d’une tendance linéaire dans l’utilisation d’un dispositif laser ou l’exposition à un tel dispositif entre les niveaux de revenu. Les deux procédures tenaient compte des poids d’échantillonnage et la variance était estimée à l’aide de poids bootstrap.

Résultats

En 2014, 48,1 % des Canadiens âgés de 12 ans et plus (environ 14,5 millions de personnes) ont déclaré avoir utilisé un dispositif laser ou avoir été exposé aux faisceaux d’un tel dispositif au cours des 12 mois précédents. Une différence entre les sexes, faible mais statistiquement significative, se découpait : chez les hommes canadiens, la cote exprimant le risque d’utiliser un dispositif laser ou d’être exposé à un tel dispositif était 1,12 fois plus élevée que chez les femmes (tableau 1). Chaque groupe d’âge a également déclaré une plus forte prévalence d’exposition que le groupe d’âge de 45 ans et plus.

Le niveau de scolarité apparaissait comme un facteur significativement associé à l’utilisation du laser et à l’exposition à celui-ci. La prévalence de l’utilisation du laser ou de l’exposition au laser était de 58,6 % parmi les Canadiens ayant un certificat, un diplôme ou un grade universitaire, un pourcentage supérieur à celui observé chez ceux ayant fait des études postsecondaires partielles (certificat ou diplôme, y compris d’une école de métiers) (50,2 %; rapport de cotes de 1,4; IC à 95 % : 1,21, 1,62; données non présentées) et à celui observé chez ceux ayant un diplôme d’études secondaires ou un niveau équivalent ou inférieur d’études (39,1 %; rapport de cotes de 2,11; IC à 95 % : 1,84, 2,42) (tableau 1). Une tendance linéaire positive qui était statistiquement significative (p < 0,0001) se dessinait aussi dans l’utilisation de dispositifs laser ou l’exposition à un tel dispositif d’un niveau de revenu à l’autre, de sorte que plus le revenu du ménage était élevé, plus la probabilité était grande qu’une personne utilise un dispositif laser ou y soit exposée. Chez les travailleurs autonomes canadiens, la prévalence d’exposition à des produits laser ou d’utilisation de tels produits était légèrement plus faible comparativement aux personnes qui sont à l’emploi d’une entreprise ou d’un organisme (53,4 % par rapport à 58,7 %) (tableau 1).

Comparativement à la prévalence en Ontario, la prévalence des Canadiens exposés à des produits laser ou ayant utilisé de tels produits s’est avérée significativement plus élevée (p < 0,05) dans les provinces de l’Ouest (c.-à-d. au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique) et significativement plus faible (p < 0,05) au Québec (tableau 1).

Le tableau 2 présente la répartition pondérée des personnes ayant utilisé des produits laser ou y ayant été exposées, et ce, pour différents types de produits. Parmi les types de produits le plus souvent déclarés par ceux qui ont utilisé un dispositif laser ou ont été exposés à un tel dispositif, on comptait les lecteurs laser, les pointeurs laser, les lasers utilisés pour le divertissement et les outils d’arpentage par laser (tableau 2). Des différences entre les sexes apparaissaient en fonction du type de produit laser. La proportion de femmes (51,7 %) ayant indiqué avoir été exposée à des lecteurs laser ou en avoir utilisé était significativement plus élevée (p = 0,0109) que celle d’hommes (48,3 %). La prévalence de l’utilisation d’un pointeur laser ou de l’exposition à celui-ci était significativement (p < 0,0001) plus élevée chez les hommes que chez les femmes (58,5 % comparativement à 41,5 %). L’utilisation d’un dispositif laser pour le divertissement ou l’exposition à un tel dispositif était significativement plus élevée (= 0,0023) chez les hommes que chez les femmes (55,0 % par rapport à 45,0 %). Une proportion significativement plus élevée (p < 0,0001) d’hommes ont utilisé des outils d’arpentage par laser (81,0 % comparativement à19,0 %) (tableau 2). Plus particulièrement, la cote exprimant le risque d’utiliser un pointeur laser ou d’y être exposé était 1,5 fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Inversement, les femmes présentaient une cote exprimant le risque d’utiliser des dispositifs laser pour un traitement esthétique ou d’y être exposées 4,2 fois plus élevée que les hommes (données non présentées).

Parmi les Canadiens ayant déclaré avoir utilisé un produit laser, 1,1 %E (IC à 95 % : 0,7, 1,4) ont indiqué avoir ressenti un malaise ou s’être blessés au cours des 12 mois précédents. Il s’agissait entre autres de lésions cutanées comme une éruption cutanée, des démangeaisons ou de la douleur et de lésions oculaires comme des démangeaisons, de la douleur, des objets flottants visibles, une vision trouble, une brûlure, un aveuglement par l’éclair, un larmoiement intense ou une perte de la vue (tableau 3). Environ 44,9 %E des personnes ayant déclaré avoir subi une blessure ont indiqué une seule occurrence au cours des 12 mois précédents, tandis que 49,5 %E ont signalé au moins deux occurrences au cours de la même période (tableau 3). Parmi ceux ayant indiqué avoir subi une blessure causée par un produit laser, 41,3 %E ont déclaré avoir subi une blessure ou ressenti un malaise à la peau, tandis que 59,1 % ont signalé une blessure aux yeux. La prévalence des troubles de la vision ne semblait pas varier selon le sexe (données non présentées). Parmi les personnes ayant mentionné une lésion causée par un dispositif laser, 63,9 % ont précisé que le malaise ou la blessure avait duré deux jours ou moins, tandis que 34,0 %E ont déclaré que la blessure avait duré plus de deux jours (tableau 3).

Par rapport à leur malaise ou à leur blessure, les personnes interrogées ont eu à indiquer le type de produit laser, à l’exception des appareils médicaux, ayant causé la lésion. La majorité des blessures découlaient de traitements esthétiques au laser (39,1 %E), p. ex. l’épilation ou le détatouage. Les pointeurs laser représentaient 26,3 %E des blessures, alors que les outils d’arpentage, les dispositifs laser utilisés pour le divertissement, les dispositifs laser pour le traitement des matériaux, les lecteurs laser de codes à barres et d’autres produits laser non mentionnés dans la présente enquête représentaient le reste des blessures, soit 34,1 %E (tableau 3). Fait intéressant, 74,9 % des personnes interrogées ont mentionné que leur blessure découlait de l’utilisation d’un produit laser par une autre personne, alors qu’environ 25,0 %E ont indiqué que leur utilisation personnelle du produit laser était à l’origine de la blessure (tableau 3).

Discussion

Dans le passé, les dispositifs laser se trouvaient habituellement dans des installations médicales, industrielles, commerciales, militaires et de recherche en raison du coût et de la complexité de leur fonctionnement. Ainsi, une formation professionnelle et l’enseignement aux utilisateurs des principes de sécurité relatifs au laser permettaient d’assurer une exploitation sécuritaire des dispositifs laserNote 5. Ces dernières années, la réduction des coûts de production a fait en sorte que les dispositifs laser sont de plus en plus répandus dans une variété de produits de consommation, notamment les jouets pour enfants. La prévalence croissante des produits laser grand public, surtout de dispositifs très puissants, pourrait présenter un risque plus élevé pour les Canadiens, surtout si les consommateurs n’ont pas les compétences, les connaissances ou les aptitudes requises pour utiliser ces dispositifs de façon sécuritaire. L’utilisation de dispositifs laser des classes 3B et 4 dans un milieu non contrôlé, surtout par un opérateur sans formation ou mal informé, soulève un risque non seulement pour l’utilisateur, mais aussi pour les observateurs et les spectateurs, qui ignorent peut-être les risques associés à une exposition au laser et sont probablement incapables de les atténuer par des mesures de sécurité adéquates.

Depuis 2012, le Canada interdit la fabrication, la publicité, l’importation, la location et la vente de lasers et de pointeurs laser de grande puissance (c.-à-d. des classes 3B et 4) qui sont portatifs et alimentés par pileNote 6. Malgré des restrictions relatives à la vente, à la location ou à l’importation des pointeurs laser de grande puissance dans de nombreux pays, plusieurs études récentes ont indiqué qu’un grand nombre de pointeurs laser étiquetés en tant qu’appareils de faible puissance (c.-à-d. des classes 1, 2 ou 3R) dépassaient le niveau de classification CEI 68025-1 déclaré et appartenaient en fait à la classe 3BNote 7Note 8Note 9. En 2013, des chercheurs du National Institute of Standards and Technology ont découvert que près de 90 % des pointeurs laser vert et environ 44 % des pointeurs laser rouge qui ont été mis à l’essai ne respectaient pas les règlements de sécurité fédéraux des États-Unis. La moitié de ces dispositifs dépassait de l’ordre de deux ou plus la limite d’émission accessible correspondant aux dispositifs laser de la classe 3RNote 7. De plus, les achats sur Internet que des fournisseurs à l’étranger expédient directement à des consommateurs canadiens posent un problème pour l’application de l’interdiction en place, surtout si la classe du laser ne représente pas fidèlement la puissance du produit. Cela signifie que les dispositifs laser de grande puissance qui sont portatifs et alimentés par pile pourraient se retrouver en plus grand nombre entre les mains des Canadiens. Par conséquent, il est important de surveiller la prévalence, chez les Canadiens, de l’utilisation de dispositifs laser et des blessures y étant associées pour faire le suivi des risques que ces dispositifs posent à la population canadienne.

Les résultats de la présente étude ont indiqué que près de la moitié des Canadiens avaient utilisé des dispositifs laser ou y avaient été exposés d’une façon ou d’une autre dans les 12 mois précédents. La prévalence de l’utilisation de produits laser ou de l’exposition à ceux-ci est plus élevée chez les hommes. Les différences entre les sexes sont plus évidentes dans certaines catégories de produits laser. Une plus forte proportion d’hommes ont utilisé des lasers ou y ont été exposés pour le divertissement ou pour prendre des mesures, tandis que les femmes étaient plus susceptibles d’avoir utilisé des lasers ou d’y avoir été exposées pour des raisons esthétiques. Environ 1 % des utilisateurs ont signalé avoir souffert d’une blessure ou d’un malaise lié au laser au cours de l’année précédente, les lésions aux yeux ayant été prédominantes.

Selon l’ESCC, les traitements esthétiques au laser (p. ex. l’épilation ou le détatouage) ont causé la plupart des blessures ou des malaises (39,1 %E). Cela pourrait s’expliquer par la nature du traitement en lui-même, surtout sur la peau, ou par le fait que les esthéticiennes ou les personnes qui emploient les dispositifs laser n’ont pas reçu une formation officielle ou adéquate ou qu’elles manquent d’expérience. Plusieurs études ont indiqué qu’un mauvais usage pourrait avoir causé des blessures dans le cadre de traitements esthétiques non urgents, puisque ceux-ci sont souvent associés à du personnel non autorisé et n’ayant pas la formation requiseNote 10Note 11Note 12Note 13Note 14Note 15Note 16. La prévalence plus élevée de ces types de blessures (résultant d’un mésusage des produits) découle possiblement du fait que les établissements non autorisés offrent souvent ces interventions à des tarifs plus abordables. Les personnes qui ont recours à ces traitements s’exposent à de plus grands risques. Cela étant dit, de nombreux traitements esthétiques pourraient causer un malaise ou de légères blessures à la peau dans le but de produire le résultat escompté.

En ce qui a trait à l’utilisation du laser ou à l’exposition au laser, les différences entre les sexes ayant été observées dans le cadre de l’enquête sont étayées par des exposés de cas de lésions publiés de 1999 à 2016, lesquels indiquaient que les femmes avaient subi la majorité des blessures causées par un laser lors de traitements esthétiques (p. ex. l’épilation, un traitement cutané ou le détatouage)Note 10Note 11Note 12Note 13Note 14Note 15Note 16, tandis que les hommes avaient subi la majeure partie de celles causées par un pointeur laser ou un dispositif laser utilisé pour le divertissement ou la prise de mesuresNote 4Note 9Note 10Note 11Note 12Note 13Note 14Note 15Note 16Note 17Note 18Note 19Note 20Note 21Note 22Note 23Note 24Note 25Note 26Note 27Note 28Note 29.

Une analyse des exposés de cas publiés depuis 1999Note 4Note 9Note 10Note 11Note 12Note 13Note 14Note 15Note 16Note 17Note 18Note 19Note 20Note 21Note 22Note 23Note 24Note 25Note 26Note 27Note 28Note 29 montre que dans la majorité des cas de blessures aux yeux causées par une exposition à un rayonnement laser, le mésusage par un adulte ou un enfant d’un produit laser qui était portatif et alimenté par pile était en cause. La majeure partie de ces blessures découlaient d’une utilisation irresponsable d’un laser ou d’un enfant fixant délibérément le laser du regard ou de l’utilisation inadéquate d’un dispositif laser de grande puissance (de classe 3B ou 4) dans un « environnement non contrôlé »Note 4Note 9Note 10Note 11Note 12Note 13Note 14Note 15Note 16Note 17Note 18Note 19Note 20Note 21Note 22Note 23Note 24Note 25Note 26Note 27Note 28Note 29. Le nombre de cas de blessures aux yeux causées par des produits laser qui ont été signalés chaque année a augmenté dans la dernière décennie. En 2008, aucun cas de blessure de cette nature n’a été signalé. En 2014, par contre, 29 cas de blessures causées par le laser d’un produit portatif alimenté par pile ont été signalés, ce qui représente 85 % de tous les cas déclarés cette année-là. Ces blessures sont survenues partout dans le monde, mais l’Europe, le Moyen-Orient et l’Amérique du Nord ont enregistré un plus grand nombre de cas. Un cas a été signalé au Canada en 2014Note 17. Parmi les cas rapportés en 2014 qui comprenaient le rapport de suivi à long terme des blessures, près de la moitié des lésions oculaires ont guéri en une à deux semaines, tandis que l’autre moitié des patients ont présenté des déficiences visuelles à long termeNote 12Note 13Note 17Note 18Note 19Note 20Note 21Note 22Note 23Note 24Note 25Note 26Note 27Note 28.

Bien que les produits laser aient fait partie de nombreux produits de consommation avant 1999, les ouvrages scientifiques rapportent relativement peu de blessures non militaires causées par laser. La majorité des produits laser grand public comprenaient des lasers à diode rouge (630 nm à 650 nm) qui fonctionnaient à un niveau d’émission accessible plus faible en raison des limites de la technologie laser de l’époque. De plus, les comptes rendus de blessures causées par le laser qui ont été publiés n’ont peut-être pas été conservés. La majorité des incidents n’auraient pas été présentés sous forme d’exposés de cas par les revues scientifiques ou auraient peut-être été mal diagnostiqués comme étant des maladies oculairesNote 29.Enfin, les traumatismes causés par le laser dans des milieux industriels, commerciaux, militaires et médicaux pouvaient ne pas être déclarés en raison d’un manque de connaissance des systèmes de déclaration. Il est possible que certains incidents n’aient pas été déclarés parce qu’une personne a omis de respecter les protocoles (p. ex. elle n’a pas utilisé de lunettes de protection) et craint une mesure disciplinaire au travail. Il est également possible que les incidents liés au laser dont les effets sur les yeux ou la peau ont vite disparu n’aient pas été signalés.

Forces et limites

Les résultats de cette étude comportent un certain nombre de limites. L’évaluation des blessures n’était pas idéale parce que le questionnaire ne précisait pas le type de blessure subie pour chaque type de tissu organique (c.-à-d. pour l’œil : un aveuglement par l’éclair, des corps flottants ou une perte de la vue; pour la peau : des brûlures, un changement de pigmentation ou des cicatrices) et plaçait les malaises dans la même catégorie que les blessures. De plus, on interrogeait les personnes sur les blessures causées par le laser seulement au cours des 12 mois précédents. Les blessures subies au cours de la vie, surtout chez les personnes plus âgées qui n’utilisent plus de dispositifs laser, auraient pu permettre de brosser un portrait plus complet de la prévalence des blessures. Enfin, en raison de la petite taille de l’échantillon de blessures signalées, on a attribué le code « E » aux statistiques relatives au type de produit laser (à l’exception des appareils médicaux) qui a causé la blessure. Cela indique un degré élevé de variabilité qui exige une interprétation prudente. Malgré le faible nombre de cas de blessures, les valeurs sont tout de même publiables. Par contre, l’inclusion d’un échantillon de plus grande taille ou d’autres ressources de surveillance à l’échelle nationale ou provinciale est nécessaire pour représenter plus fidèlement le nombre et les types de blessures qui surviennent ainsi que les circonstances dans lesquelles elles se produisent. L’une des forces de l’enquête est que ses résultats sont représentatifs de la population canadienne. L’enquête avait un vaste échantillon de 19 765 personnes et un taux de réponse global de 62,3 %, ce qui est difficile à obtenir dans une enquête de ce genre. Il s’agit également de la première en son genre à documenter l’effet de l’utilisation des dispositifs laser au Canada. L’enquête indique que le risque de lésion est plus élevé en fonction du type de produit laser utilisé et de la personne qui l’utilise.

Conclusion

Les résultats de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes montrent une très grande prévalence de l’utilisation de produits laser grand public et de l’exposition à ceux-ci chez les Canadiens de 12 ans et plus. Cette enquête fait état d’un nombre décelable de cas de malaises ou de blessures au cours de l’année précédente. De plus, elle a permis d’observer de fortes associations entre certains groupes (p. ex. selon l’âge, le sexe), le type de dispositifs utilisés et les types de blessures déclarées. Les données montrent que les traitements esthétiques au laser exposent les femmes à un plus grand risque de lésion cutanée et que les hommes présentent un risque plus élevé de lésion oculaire liée à l’utilisation d’outils d’arpentage, de pointeurs ou de dispositifs laser pour le divertissement. En résumé, la majorité des blessures causées par le laser dont la présente étude fait état sont survenues aux yeux, comparativement à la peau, et elles découlaient habituellement de l’utilisation du dispositif par une autre personne.

Références
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