Rapports sur la santé
Mortalité liée à la maladie d’Alzheimer au Canada : une analyse selon les causes multiples de décès, 2004 à 2011

par Jungwee Park

Date de diffusion : le 18 mai 2016 Date de correction: (si nécessaire)

La maladie d’Alzheimer, la forme de démence la plus courante, est une affection neurologique évolutive, dégénérative et mortelle caractérisée par la perte de la mémoire et de la capacité à réfléchir et à communiquer, ainsi que par des changements de l’humeur et du comportement. Les prévisions indiquent que la prévalence de la maladie d’Alzheimer et d’autres démences connexes augmentera rapidementNote 1Note 2. Selon l’un des rapports, le nombre de cas au Canada devrait atteindre plus d’un million d’ici 2038Note 2. En 2011, il s’agissait de la septième cause de décès (la neuvième chez les hommes et la sixième chez les femmes)Note 3.

Il est possible que la mortalité liée à la maladie d’Alzheimer soit sous-déclarée dans les certificats de décèsNote 4Note 5. Par exemple, à mesure que la maladie évolue, les patients n’arrivent plus à coordonner leur motricité de base pour, par exemple, avaler, marcher ou contrôler leur vessie ou leurs intestins. La difficulté à avaler peut provoquer l’inhalation d’aliments et ainsi causer une pneumonie de déglutition; l’incapacité à marcher peut entraîner des plaies de lit; et l’incontinence peut causer des infections de la vessie, qui sont particulièrement difficiles à traiter parce que les patients ne sont pas en mesure de comprendre et de participer à leur traitementNote 6. Une affection secondaire de ce genre, plutôt que la maladie d’Alzheimer, peut être consignée comme cause initiale de décès. En conséquence, l’examen de la maladie d’Alzheimer en tant que cause initiale ne permet pas nécessairement de bien évaluer la prévalence des décès qui y sont attribuables.

Conformément aux règles administratives internationales, chaque décès est classé selon une cause initiale uniqueNote 7Note 8, c.-à-d. la maladie ou le traumatisme à l’origine de la suite d’événements ayant directement entraîné la mort, ou les circonstances de l’accident ou de l’acte de violence ayant entraîné un traumatisme mortelNote 9. Toutefois, les affections chroniques comme la maladie d’Alzheimer sont associées à un certain nombre de problèmes concomitants et il est difficile de les classer dans une catégorie uniqueNote 9Note 10Note 11Note 12. Ces autres problèmes peuvent comprendre des problèmes de santé consignés comme étant la cause directe du décès, des maladies survenant entre la cause initiale et la cause directe, et des problèmes de santé contributifs ne faisant pas partie de la séquence d’événements ayant entraîné la mort. Dans la présente analyse, les causes autres que la cause initiale consignées dans le certificat de décès sont appelées « causes secondaires ».

Pour pallier les limites de l’approche reposant sur une cause unique de décès, on se sert de statistiques sur les causes multiples de décès (y compris la cause initiale et les causes secondaires). Cette approche permet d’effectuer une évaluation plus complète et de mieux comprendre l’association entre les affections chroniques et la mortalité.

Sauf dans le cadre de projets particuliersNote 13Note 14Note 15Note 16, des données sur les causes multiples de décès ne sont accessibles que depuis peu au CanadaNote 7. Statistique Canada a créé un ensemble de données sur les causes multiples de décès dans lequel sont saisis électroniquement la cause initiale et les causes secondaires inscrites sur les certificats de décès (voir Les données). Les nombres de décès et les taux de mortalité liés à la maladie d’Alzheimer (comme cause initiale ou secondaire du décès) et l’examen de l’évolution de la situation de 2004 à 2011 présentés ici sont fondés sur ces données. La répartition des décès attribuables à la maladie d’Alzheimer selon le sexe, l’âge et la province ou le territoire est aussi examinée. Enfin, on recense les causes secondaires les plus courantes lorsque la maladie d’Alzheimer est inscrite comme cause initiale du décès, ainsi que les causes initiales les plus courantes lorsque la maladie d’Alzheimer est inscrite comme cause secondaire.

Hausse au fil du temps des décès par maladie d’Alzheimer comme cause initiale

Les 80 868 décès attribuables à la maladie d’Alzheimer qui sont survenus de 2004 à 2011 représentaient 4,3 % de tous les décès au cours de cette période. La maladie d’Alzheimer était la cause initiale de 48 525 décès (2,6 %) et une cause secondaire de 32 343 autres décès (1,7 %). Cet écart indique que la maladie d’Alzheimer est plus susceptible d’être citée comme cause initiale du décès que comme cause secondaire, le ratio entre les deux s’établissant à 0,67 (0,80 pour les hommes et 0,61 pour les femmes).

En 2008, des changements aux règles de codage ont été mis en œuvre, et beaucoup de décès qui auraient auparavant été consignés comme étant attribuables à d’autres causes ont été codés comme ayant pour cause initiale la maladie d’AlzheimerNote 17. Comme il est difficile de mesurer l’effet de ce changement des règles de codage sur la hausse du nombre de décès attribuables à la maladie d’Alzheimer à partir de 2008, les tendances qui ressortent des données sur la mortalité attribuable à la maladie d’Alzheimer doivent être interprétées avec prudence.

Le taux brut de mortalité par maladie d’Alzheimer comme cause initiale a augmenté entre 2004 et 2011. Chez les hommes, le taux est passé de 10,1 à 11,5 pour 100 000 et chez les femmes, il est passé de 24,4 à 25,4 pour 100 000 (figure 1).

Le taux de mortalité par maladie d’Alzheimer comme cause secondaire a commencé à reculer en 2008, alors que le taux de mortalité par maladie d’Alzheimer comme cause initiale s’est mis à augmenter, particulièrement chez les personnes de 85 ans et plus. De 2004 à 2011, le taux de décès ayant la maladie d’Alzheimer comme cause secondaire a diminué, passant de 558,4 à 480,3 pour 100 000 chez les hommes et de 1 321,5 à 1 137,3 pour 100 000 chez les femmes de ce groupe d’âge. Durant la même période, le taux de décès dont la cause initiale était la maladie d’Alzheimer a augmenté, passant de 540,7 à 793,3 pour 100 000 chez les hommes et de 1 818,7 à 2 251,1 pour 100 000 chez les femmes (figure 2).

Cause plus fréquente chez les femmes

De 2004 à 2011, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de mourir de la maladie d’Alzheimer. Chez les femmes, la maladie d’Alzheimer a été consignée comme cause initiale pour 34 015 décès (taux brut de mortalité de 25,5 pour 100 000), et comme cause secondaire pour 20 729 décès (taux de 15,5 pour 100 000). Chez les hommes, la maladie d’Alzheimer a été consignée comme étant la cause initiale de 14 510 décès (taux brut de mortalité de 11,1 pour 100 000), et la cause secondaire de 11 614 décès (8,8 pour 100 000) (tableau 1).

Hausse des taux avec l’âge

Comme on pouvait s’y attendre, le taux de décès attribuables à la maladie d’Alzheimer augmentait avec l’âge. Lorsque la maladie d’Alzheimer était la cause initiale, le taux brut a augmenté régulièrement, passant de 0,8 pour 100 000 chez les 45 à 64 ans à 679,8 pour 100 000 dans le groupe des 85 ans et plus (tableau 1). Lorsqu’elle était une cause secondaire, le taux était de 0,4 pour 100 000 chez les 45 à 64 ans et de 433,4 pour 100 000 à 85 ans et plus.

L’âge moyen au décès lié à la maladie d’Alzheimer comme cause initiale ou secondaire s’établissait autour de 86 ans, soit 84 ans pour les hommes, et 86 ou 87 ans pour les femmes (tableau 2). Le pourcentage de décès liés à la maladie d’Alzheimer passait de 1,4 % chez les personnes décédées entre 65 et 74 ans à 4,9 % chez les 75 à 84 ans et à 8,2 % chez les 85 ans et plus (données non présentées).

Différences entre provinces et territoires

Le taux brut de mortalité liée à la maladie d’Alzheimer variait d’une province et d’un territoire à l’autre. De 2004 à 2011, le taux de décès ayant la maladie d’Alzheimer pour cause initiale ou secondaire dans les provinces allait de 19,4 pour 100 000 en Alberta à 47,8 pour 100 000 en Nouvelle-Écosse (tableau 1). Les taux de mortalité étaient beaucoup plus bas dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon.

Les différentes structures par âge des populations provinciales et territoriales pourraient expliquer les écarts dans les taux de mortalité liée à la maladie d’Alzheimer. De fait, on a constaté des taux plus faibles dans les provinces et territoires ayant une petite population de personnes âgées.

Deux autres causes

Dans l’ensemble, 18,5 % des décès liés à la maladie d’Alzheimer avaient une cause unique. De tous les décès déclarés de 2004 à 2011, 17 % avaient une cause unique. Lorsque la maladie d’Alzheimer était citée comme cause initiale, il y avait en moyenne 1,9 cause secondaire également inscrite dans le certificat de décès, un chiffre proche du nombre moyen (2,2) pour tous les décès survenus durant cette période (données non présentées). Lorsque la maladie d’Alzheimer était une cause secondaire du décès, il y avait en moyenne 2,1 autres causes secondaires inscrites. La tendance était la même dans tous les groupes d’âge.

Causes coexistantes

Lorsque la maladie d’Alzheimer était la cause initiale de décès, la cause secondaire la plus couramment indiquée était les maladies cardiovasculaires (46 %), suivies des infections respiratoires (25 %) et des maladies respiratoires (19 %) (tableau 3). D’autres causes secondaires fréquemment déclarées étaient les maladies de l’appareil génito-urinaire, les maladies endocriniennes, le diabète sucré, les maladies du système musculo-squelettique et les infections.

Lorsque la maladie d’Alzheimer était une cause secondaire, la cause initiale le plus souvent citée était les maladies cardiovasculaires (41 %), suivies des tumeurs malignes (15 %).

Lorsque la maladie d’Alzheimer était la cause initiale, les infections respiratoires et les maladies respiratoires étaient plus souvent citées comme causes secondaires chez les hommes que chez les femmes (30 % contre 23 %, et 23 % contre 17 %, respectivement).

On constate aussi des différences entre les sexes lorsque la maladie d’Alzheimer constituait une cause secondaire. Par exemple, le pourcentage de maladies cardiovasculaires comme cause initiale était plus élevé chez les femmes que chez les hommes (43 % contre 37 %). En revanche, le pourcentage de tumeurs malignes (14 % contre 17 %) et de maladies respiratoires (9 % contre 12 %) était plus faible chez les femmes que chez les hommes.

Mot de la fin

Les données sur la mortalité attribuable à une cause unique pourraient sous‐estimer le rôle d’affections chroniques comme la maladie d’Alzheimer. En utilisant des données sur les causes multiples de décès, la présente étude montre que de 2004 à 2011, un nombre total de 80 868 décès étaient liés à la maladie d’Alzheimer (comme cause initiale dans 48 525 cas, et comme cause secondaire dans 32 343 cas). La mortalité par maladie d’Alzheimer était significativement plus élevée chez les femmes et chez les personnes âgées que dans les autres groupes. Lorsque la maladie d’Alzheimer était citée comme cause initiale ou secondaire de décès, la cause initiale ou secondaire la plus souvent citée était les maladies cardiovasculaires.

Références

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