Comparabilité des données autodéclarées sur la consommation de médicaments et des données tirées des demandes de paiement des pharmacies

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Par Sara Allin, Ahmed M. Bayoumi, Michael R. Law et Audrey Laporte

Les données sur la consommation de médicaments sur ordonnance pour la recherche à l'échelle de la population proviennent d'enquêtes auprès des collectivités et de fichiers de données administratifs. Ces deux sources présentent chacune des avantages et des inconvénients pour l'étude de la consommation de médicaments, mais elles sont rarement comparées. L'objectif du présent article est d'examiner la concordance entre deux sources de données sur la consommation de médicaments en Ontario.

Des données sur la consommation de médicaments sont recueillies dans le cadre de nombreuses enquêtes. Le plan de sondage et la mise en œuvre de ces enquêtes semblent avoir une incidence sur l'aptitude qu'ont les participants à se souvenir des détails exacts de leur consommation de médicaments1. Les enquêtes qui visent à recueillir des renseignements détaillés comme les noms et les doses des médicaments par des moyens tels que la vérification des armoires à pharmacie ou l'examen en personne des étiquettes sur les contenants des médicaments sur ordonnance fournissent des données hautement comparables à celles provenant des demandes de paiement des pharmacies2-8. En revanche, les enquêtes contenant des questions ouvertes semblent fournir des données qui le sont moins3-9. Selon une étude, la sensibilité d'une question précise était deux fois plus élevée que celle d'une question ouverte (88 % contre 41 %)3. En outre, les données d'enquête et celles sur les demandes de paiement concordent davantage lorsqu'il s'agit de médicaments pris régulièrement, comme ceux contre les troubles cardiovasculaires et le diabète, contrairement aux médicaments consommés selon le besoin, tels que les inhibiteurs de la pompe à protons10. Les documents sur le sujet donnent à penser que les différences entre les questions d'enquête, les catégories de médicaments et les populations sondées influent sur le degré de comparabilité entre les données d'enquête et les données sur les demandes de paiement pour médicaments.

Jusqu'à présent, aucune étude n'a eu pour objectif d'examiner la comparabilité des données d'enquête et de celles provenant des demandes de paiement pour médicaments sur ordonnance au Canada. La présente étude compare deux sources d'information sur la consommation de médicaments sur ordonnance par les personnes de 65 ans et plus en Ontario — l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) et la base de données sur les demandes de paiement du Programme de médicaments de l'Ontario (PMO). L'analyse porte sur les médicaments contre les troubles cardiovasculaires et le diabète, ceux-ci étant utilisés fréquemment et, dans la plupart des cas, prescrits régulièrement. Un deuxième objectif consiste à examiner la comparabilité des données relatives à la consommation de médicaments obtenues à partir des questions différentes des cycles de 2001 et de 2005 de l'ESCC. En 2001, les questions ont été posées à tous les participants, tandis qu'en 2005, elles ne l'ont été qu'à ceux qui ont déclaré que l'on avait diagnostiqué chez eux les problèmes de santé pertinents. Enfin, l'étude comprend l'examen des facteurs personnels associés à une meilleure concordance entre les deux sources de données.

Données et méthodes

Sources des données

Les données proviennent du couplage de la base de données sur les demandes de paiement pour médicaments du PMO et de la base de données de l'ESCC, à partir des numéros d'assurance-maladie des participants à l'enquête. Le PMO fait partie des programmes publics de médicaments qui, collectivement, financent environ la moitié du coût total des médicaments sur ordonnance en Ontario.

La présente analyse porte sur les personnes âgées (65 ans et plus) vivant à domicile, étant donné que le PMO est le principal payeur pour cette population de tous les médicaments sur ordonnance figurant dans le formulaire des médicaments, et que l'échantillon est représentatif de cette population (les personnes de moins de 65 ans peuvent être couvertes par un régime d'assurance privé ou par le PMO si elles sont admissibles à l'aide sociale). Les personnes âgées sont inscrites automatiquement au PMO (général), qui comporte une franchise annuelle de 100 $ et une quote-part de 6,11 $ par ordonnance exécutée. Les personnes dont le revenu annuel est faible (moins de 16 018 $ pour les personnes seules et moins de 24 075 $ pour les couples) peuvent faire une demande de réduction du partage des coûts.

Sont saisis dans la base de données du PMO le nom du médicament, la forme pharmaceutique, le dosage, la date, la quantité et la durée du traitment, tels que ces éléments sont communiqués par les pharmaciens. Une vérification effectuée auprès de 50 pharmacies du sud de l'Ontario a montré une fiabilité très élevée du codage dans cette base de données du type de médicament, de la date, de la quantité et de la durée du traitement11.

L'ESCC est une enquête transversale réalisée par Statistique Canada auprès de la population à domicile de 12 ans et plus. Sont exclus du champ d'observation de l'enquête les membres à temps plein des Forces canadiennes, les habitants des réserves indiennes, des terres de la Couronne et de certaines régions éloignées, ainsi que les personnes vivant en établissement. La présente analyse est fondée sur les données pour l'Ontario provenant de deux cycles de l'enquête auxquels des questions ont été posées sur les médicaments, à savoir les premier (2001) et troisième (2005) cycles.

L'ESCC comprend des modules de contenu optionnels. Une cote est attribuée à chaque module en fonction du temps moyen nécessaire pour y répondre; les régions sociosanitaires peuvent choisir n'importe quelle combinaison de ces modules, à condition que la cote totale ne dépasse pas un certain seuil (32). En 2001, un module facultatif sur la consommation de médicaments a été administré dans 29 des 37 régions sociosanitaires de l'Ontario; en 2005, les questions sur les médicaments étaient obligatoires pour toutes les régions sociosanitaires. Une étude antérieure n'a révélé aucune différence importante entre les caractéristiques socioéconomiques, de santé et démographiques des personnes qui ont répondu au module optionnel sur les médicaments et celles des personnes qui ne l'ont pas fait12. En outre, la possibilité d'effets de sélection individuels doit être écartée, parce que la décision d'inclure le module a été prise au niveau de la région sociosanitaire.

La présente étude a été approuvée par le comité d'éthique de la recherche du Sunnybrook Health Sciences Centre.

Sélection de l'échantillon

Les données sur les médicaments autodéclarés et sur les médicaments délivrés ont été comparées pour les participants à l'ESCC auxquels au moins un médicament avait été délivré au cours de la période de 100 jours ayant précédé l'entrevue de l'enquête (en 2001 et en 2005). Cent jours représente la durée la plus commune et la durée maximale d'une prescription, en ce qui concerne les médicaments examinés dans le cadre de la présente étude.

Pour les deux années, l'échantillon sélectionné aux fins de l'analyse comprenait les participants à l'enquête âgés de 66 ans ou plus au moment de l'entrevue qui avaient consenti à ce que les renseignements recueillis à leur sujet dans le cadre de l'ESCC soient appariés aux données administratives et pour lesquels au moins une demande de paiement pour médicament sur ordonnance avait été faite au cours de la période de 100 jours précédant la date de l'entrevue. L'échantillon complet de l'ESCC pour l'Ontario (n=37 681) et l'échantillon des participants à l'ESCC de l'Ontario qui avaient consenti à l'appariement de leurs données (n=32 848 ou 87 %) ne différaient pas quant aux caractéristiques sociodémographiques de leurs membres (pourcentage de personnes nées au Canada, de femmes, de personnes mariées et de titulaires d'un diplôme d'études postsecondaires) ou à leur état de santé (taux d'autodéclaration d'une bonne santé, de déclaration de limitations des activités, de déclaration d'une visite chez le médecin l'année précédente et de personnes ayant un médecin de famille).

Des analyses de sensibilité ont été effectuées en utilisant une période de 30 jours précédant l'entrevue de l'enquête et une période de 130 jours précédant l'entrevue. La question de l'enquête concerne les médicaments consommés dans les 30 derniers jours, mais un laps de temps plus long est vraisemblablement nécessaire pour permettre la saisie des médicaments enregistrés sur les demandes de paiement ayant été consommés au cours des 30 derniers jours, mais prescrits à une date antérieure. La période de 130 jours a été choisie de manière à inclure les personnes qui avaient pris un médicament dans les 30 jours précédant l'entrevue, mais qui avaient fait exécuter l'ordonnance au cours de la période de 100 jours précédant sa consommation.

Les questions posées au sujet de la consommation de médicaments lors des cycles de 2001 et de 2005 de l'ESCC n'étaient pas les mêmes. En 2001, on a posé une série de questions sur la consommation de médicaments de plusieurs catégories à tous les participants à l'enquête, y compris : « J'aimerais maintenant vous poser quelques questions concernant l'utilisation de médicaments, sur ordonnance ou non. Au cours du dernier mois, avez-vous pris... (des médicaments pour la tension artérielle, des pilules pour contrôler le diabète)? » En 2005, on a demandé aux participants à l'enquête s'ils avaient certains problèmes de santé (dont l'hypertension et le diabète) qui avaient été diagnostiqués par un professionnel de la santé. La question était suivie d'une autre sur la consommation de médicaments, à laquelle il fallait répondre par oui ou non : « Au cours du dernier mois, avez-vous pris des médicaments pour l'hypertension? » et/ou « Au cours du dernier mois, avez-vous pris des pilules pour contrôler le niveau de sucre sanguin? » Le tableau A en annexe donne les numéros d'identification des médicaments (no DIN) compris dans chacune de ces catégories.

Tableau A Nom du médicament et numéro d'identification du médicament (DIN) des antihypertenseurs et des antidiabétiques orauxTableau A Nom du médicament et numéro d'identification du médicament (DIN) des antihypertenseurs et des antidiabétiques oraux

Méthodes

En se servant du logiciel SAS 9.2, on a comparé les taux de prévalence de la consommation d'antihypertenseurs et d'antidiabétiques oraux calculés d'après les données de l'ESCC et d'après celles de la base de données du PMO, et ce, pour les deux périodes. On a déterminé le nombre et le pourcentage de participants à l'ESCC qui ont déclaré prendre des antihypertenseurs et des antidiabétiques oraux parmi ceux pour lesquels une demande de paiement avait été faite dans les 100 jours précédant l'entrevue (la sensibilité de la mesure autodéclarée), ainsi que le nombre et le pourcentage de participants à l'enquête qui n'ont pas déclaré prendre le médicament et pour lesquels il n'existait pas de demande de paiement correspondante en vertu du PMO (la spécificité de la mesure autodéclarée). En appliquant la méthode du bootstrap, fournie par Statistique Canada13, on a calculé le coefficient de concordance (entre les deux sources de données) kappa, ainsi que les intervalles de confiance à 95 %. En s'inspirant d'Altman14, on a tenu compte de cinq niveaux de concordance : mauvaise (coefficient kappa inférieur à 0,20); passable (de 0,20 à 0,40); modérée (de 0,41 à 0,60); bonne (de 0,61 à 0,80) et très bonne (de 0,81 à 1,00).

Afin d'examiner les facteurs associés à la concordance entre les deux sources de données, on a recouru à la régression logistique pour modéliser la cote exprimant les chances de concordance, combinant la sensibilité et la spécificité. Autrement dit,  il y avait « concordance » si, pour une personne ayant déclaré prendre un médicament, une demande de paiement pour médicaments avait été faite dans les 100 jours précédant l'entrevue ou, encore, si pour une personne n'ayant pas déclaré avoir pris un médicament, aucune demande de paiement n'avait été faite dans les 100 jours précédant l'entrevue. Des modèles distincts ont été exécutés pour la consommation d'antihypertenseurs et celle d'antidiabétiques oraux, pour les deux années de référence de l'enquête. Les variables indépendantes ont été choisies en s'appuyant sur des études qui ont comparé des données autodéclarées de la consommation de médicaments et de l'utilisation des soins de santé à des données administratives à ce sujet3,6,15,16. Elles consistent en l'âge, le sexe, les caractéristiques relatives à la santé et les caractéristiques socioéconomiques. On a défini trois groupes d'âge : 66 à 74 ans, 75 à 84 ans et 85 ans et plus. L'état de santé a été mesuré en se basant sur l'autoévaluation de la santé globale (mauvaise/passable contre bonne / très bonne / excellente). Le statut socioéconomique a été mesuré au moyen d'un indicateur de l'inscription au programme de médicaments des personnes âgées à faible revenu, ainsi qu'en fonction du plus haut niveau de scolarité atteint (au moins études postsecondaires partielles contre pas d'études postsecondaires). Les poids de sondage de l'enquête ont été utilisés pour tenir compte de son plan d'échantillonnage complexe.

Résultats

La prévalence de la consommation d'antihypertenseurs pour 2001 était de 40 %, aussi bien selon les données autodéclarées que selon celles provenant des demandes de paiement des pharmacies; en 2005, ce taux était de 52 % d'après les données autodéclarées et de 49 % d'après les données sur les demandes de paiement (tableau 1). La prévalence de la consommation d'antidiabétiques oraux était la même d'après les deux sources de données.

Tableau 1 Concordance entre les données tirées des demandes de paiement pour médicaments et les données autodéclarées sur la consommation d'antihypertenseurs et d'antidiabétiques oraux, selon la période au cours de laquelle les médicaments ont été délivrés, population à domicile de 65 ans et plus, Ontario, 2001 et 2005Tableau 1 Concordance entre les données tirées des demandes de paiement pour médicaments et les données autodéclarées sur la consommation d'antihypertenseurs et d'antidiabétiques oraux, selon la période au cours de laquelle les médicaments ont été délivrés, population à domicile de 65 ans et plus, Ontario, 2001 et 2005

La sensibilité des données autodéclarées concernant les antidiabétiques oraux était plus élevée que celle des données autodéclarées sur les antihypertenseurs. La sensibilité des données autodéclarées sur la consommation d'antihypertenseurs était légèrement plus élevée en se fondant sur la question ciblée de 2005 que sur la question ouverte de 2001. La spécificité était également beaucoup plus élevée pour les antidiabétiques oraux que pour les antihypertenseurs. Par contre, la différence de spécificité entre les deux années d'enquête était faible.

Selon le coefficient kappa, pour les antidiabétiques oraux, la concordance entre les sources de données était bonne en 2001 et très bonne en 2005. Pour les antihypertenseurs, la concordance était modérée. L'adoption de questions ciblées en 2005 semble être associée à une amélioration de la concordance entre les sources de données dans le cas des deux catégories de médicaments.

Les analyses de sensibilité fondées sur une période de 30 jours et une période de 130 jours aux fins de mesure des données tirées des demandes de paiement pour médicaments montrent que les résultats sont sensibles à la longueur de la période (tableau 1). La prévalence de la consommation de médicaments, ainsi que la sensibilité et la concordance globale, étaient réduites de manière significative pour la période de 30 jours, ce qui n'est pas surprenant. Pour la période de 130 jours, les résultats demeuraient en grande partie inchangés.

La concordance globale entre les sources de données, définie comme étant la déclaration de la consommation du médicament et l'existence d'une demande correspondante de paiement pour médicaments d'une pharmacie, ou la non-déclaration de la consommation du médicament et l'absence d'une demande correspondante de paiement pour médicaments d'une pharmacie, était presque parfaite pour les antidiabétiques oraux (97 % en 2001 ainsi qu'en 2005). Pour les antihypertenseurs, la concordance globale était plus faible, soit 75 % en 2001 et 78 % en 2005.

Les facteurs personnels associés à la concordance globale pour les antihypertenseurs ont été modélisés par régression logistique (tableau 2). Les analyses ont révélé que les seules associations statistiquement significatives étaient celles avec l'âge (la concordance entre les sources de données étant moins probable pour les personnes très âgées que pour celles de 66 à 74 ans) et avec la santé (la concordance entre les sources de données étant plus faible pour les personnes en moins bonne santé que pour les autres).

Tableau 2 Rapports de cotes corrigés reliant certaines caractéristiques à la concordance entre les données tirées des demandes de paiement pour médicaments et les données autodéclarées sur la consommation d'antihypertenseurs, population à domicile de 65 ans et plus, Ontario, 2001 et 2005Tableau 2 Rapports de cotes corrigés reliant certaines caractéristiques à la concordance entre les données tirées des demandes de paiement pour médicaments et les données autodéclarées sur la consommation d'antihypertenseurs, population à domicile de 65 ans et plus, Ontario, 2001 et 2005

Discussion

Il s'agit de la première étude visant à évaluer la concordance entre les données d'une enquête nationale sur la santé (ESCC) et les données provenant des demandes de paiement pour médicaments des pharmacies. La concordance entre les deux sources de données était élevée pour les antidiabétiques oraux, mais modérée pour les antihypertenseurs. La prévalence de la consommation de médicaments était comparable pour les deux catégories de médicaments.

Les questions des deux cycles de l'ESCC portant sur la consommation de médicaments différaient. L'approche ciblée adoptée en 2005 a donné une meilleure concordance avec les données sur les demandes de paiement pour les deux catégories de médicaments. Une période de référence de 100 jours pour la mesure des données sur les demandes de paiement semble avoir été adéquate aux fins de la saisie de l'information sur les médicaments consommés au cours des 30 jours ayant précédé l'entrevue de l'enquête.

Dans l'analyse multivariée, la concordance entre les données autodéclarées et les données provenant des demandes de paiement concernant les hypertenseurs était plus élevée chez les aînés les plus jeunes que chez les moins jeunes, et pour ceux en bonne santé comparativement à ceux ayant déclaré une santé générale mauvaise ou passable. De même, une étude sur l'utilisation des soins de santé a révélé des cotes plus faibles de concordance entre les données autodéclarées et les données administratives chez les personnes les plus âgées16.

Le niveau plus élevé de concordance entre les sources de données pour les antidiabétiques oraux que pour les antihypertenseurs a été signalé ailleurs6. Certaines personnes ne savent peut-être pas qu'elles font de l'hypertension17-20 et, par conséquent, ignorent le type de médicament qu'elles prennent. En outre, la question de l'ESCC concerne les médicaments pour la « tension artérielle », mais il est possible que certaines personnes prennent des antihypertenseurs pour d'autres raisons (p. ex., après un infarctus du myocarde ou une défaillance cardiaque) et n'en aient donc pas fait la déclaration lors de l'ESCC.

Limites

Un certain nombre de difficultés se pose lorsqu'on compare différentes sources de données sur la consommation de médicaments sur ordonnance. Les enquêtes fournissent des données sur les médicaments qui sont effectivement consommés par la personne, tandis que les demandes de paiement pour médicaments des pharmacies fournissent des données sur les médicaments qui ont été délivrés. Après avoir été délivré, un médicament prescrit pour un problème de santé chronique n'est pas forcément consommé, par exemple, si la personne ne respecte pas le plan de traitement21-23. Celle-ci pourrait oublier de prendre le médicament, ou commencer à le prendre, mais s'arrêter parce que les symptômes diminuent ou disparaissent ou parce qu'elle éprouve des effets indésirables24,25. Par conséquent, la comparabilité des données sur la consommation autodéclarée de médicaments et de celles provenant des demandes de paiement des pharmacies se complique du fait qu'il n'est pas possible de déterminer si la déclaration inexacte est due à des problèmes de remémoration des types de médicaments pris26 ou à la non-observation du traitement. Les niveaux de non-observation du traitement sont vraisemblablement plus élevés pour les problèmes de santé asymptomatiques, tels que l'hypertension. Comme on a utilisé une variable binaire de consommation/non-consommation, l'étude englobe les personnes qui observent imparfaitement le traitement, mais non celles qui n'ont pas pris le médicament du tout au cours de la période de 100 jours. Une autre cause d'écarts entre les deux sources de données tient au fait que certaines personnes pourraient déclarer des traitements complémentaires reçus contre l'hypertension comme étant des « médicaments contre l'hypertension »27.

Les données issues des demandes de paiement pour médicaments des pharmacies ne renseignent pas sur les personnes qui ont acheté un médicament non énuméré dans le formulaire du PMO. Cependant, la majorité des médicaments offerts dans les catégories de médicaments visés par la présente étude sont inclus dans ce formulaire, de sorte que le risque que des données manquent parce que certains achats de médicaments n'ont pas été remboursés par le programme est vraisemblablement faible28.

Conclusion

Les résultats de la présente analyse donnent à penser que les autodéclarations de la consommation de médicaments constituent une source de données exactes et valides pour mesurer la consommation chez les personnes âgées des médicaments pris pour traiter des problèmes de santé chroniques. L'administration de questions sur la consommation de médicaments selon une approche ciblée plutôt qu'ouverte semble accroître l'exactitude des données. Dans le cas des antihypertenseurs, les chercheurs devraient prendre en considération une sous-déclaration éventuelle, particulièrement chez les personnes de plus de 75 ans et chez celles en mauvaise santé. L'accès à des données couplées offre une occasion unique d'évaluer la comparabilité des sources de données et de poursuivre l'étude des profils de consommation des médicaments.

Remerciements

Les auteurs remercient les Instituts de recherche en santé du Canada, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario, la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé et la Fondation Lupina. Michael Law (Ph. D.) bénéficie d'une bourse salariale pour nouveaux chercheurs des Instituts de recherche en santé du Canada et d'une bourse de l'Early Career Scholar Program du Peter Wall Institute for Advanced Studies. Les travaux du Dr Bayoumi sont financés par une chaire de recherche appliquée sur les services et les politiques de santé des Instituts de recherche en santé du Canada et du ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario. La présente étude a été financée en partie par une subvention de fonctionnement des Instituts de recherche en Santé du Canada (MOP-221233, « For Whom the Bill Tolls : Private Drug Insurance in Canada », chercheur principal Michael Law). Les auteurs remercient les participants au séminaire « Polinomics » du Centre for Health Economics and Policy Analysis de l'Université McMaster de leurs commentaires au sujet de versions antérieures du présent article. Ils remercient aussi Michael Paterson, Michael Manno et Anjie Huang de leur aide pour l'analyse statistique. Le Centre for Research on Inner City Health est financé en partie par une subvention du ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario. Les opinions exprimées dans le présent article sont celles des auteurs et ne sont pas sanctionnées officiellement par les organismes qui ont financé les travaux.