Activité physique durant les loisirs à la suite d'un diagnostic de problème de santé vasculaire

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Par Pamela L. Ramage-Morin, Julie Bernier, Jason T. Newsom, Nathalie Huguet, Bentson H. McFarland et Mark S. Kaplan

Les modes de vie inactifs sont reconnus comme présentant un risque pour la santé et comme contribuant aux coûts élevés des soins de santé et au décès prématuré1-4. Le manque d'activité physique régulière est associé à l'apparition de problèmes de santé chroniques, y compris la maladie cardiaque, l'hypertension et le diabète5,6. L'activité physique peut contribuer à prévenir ces maladies – directement, grâce à une meilleure santé vasculaire6,7, ou indirectement, grâce à des mesures comme le contrôle du poids, la réduction du stress et une bonne qualité de sommeil8. Les avantages s'étendent à la prévention secondaire, car un mode de vie actif chez les personnes déjà atteintes d'un problème de santé chronique aide à limiter la progression ou les complications de la maladie8.

En dépit de la promotion active des avantages de l'activité physique, la plupart des Canadiens sont relativement inactifs. Moins de 15 % des adultes de 40 ans et plus respectent les nouvelles lignes directrices canadiennes en matière d'activité physique9. Environ 40 % des Canadiens de 40 à 59 ans dépassent, en moyenne, les 10 000 pas recommandés par jour; chez les 60 à 79 ans, la proportion est de 20 %9.

Même si l'apparition d'une maladie vasculaire chronique n'est jamais une expérience positive, elle peut à la longue procurer des avantages pour la santé, dans la mesure où elle constitue un « rappel à l'ordre » et incite les personnes inactives à faire plus d'activité physique. De fait, les changements dans les comportements influant sur la santé qui suivent l'apparition de problèmes de santé chroniques sont bien documentés. Par exemple, l'abandon du tabac est plus répandu chez les personnes ayant nouvellement reçu un diagnostic de problème de santé (p.ex., maladie cardiaque, accident vasculaire cérébral, cancer, diabète ou hypertension) que chez les personnes n'ayant pas reçu de diagnostic10-14. Une perte de poids intentionnelle, des changements au régime alimentaire, une réduction du cholestérol à lipoprotéines de faible densité (LDL) et une diminution de la consommation d'alcool à la suite d'événements indésirables en matière de santé ont également été déclarés10,11,15,16.

Les résultats concernant les changements en matière d'activité physique à la suite d'un diagnostic de problème de santé chronique sont moins clairs. Newsom et coll.16 n'ont fait état d'aucune augmentation significative du pourcentage de personnes qui sont devenues actives après avoir reçu un diagnostic; au contraire, les personnes ayant fait l'objet d'un diagnostic de cancer, d'accident vasculaire cérébral ou de maladie pulmonaire étaient moins susceptibles de déclarer faire régulièrement de l'exercice vigoureux. Quant à Neutal12, il a noté une faible baisse de l'inactivité physique à la suite d'un diagnostic d'hypertension, tandis que van Gool et coll.17 ont signalé une hausse de la probabilité d'être inactif à la suite d'un diagnostic de problème de santé chronique. Pour leur part, Allegrante et coll.11 ont noté des changements positifs significatifs quant à l'activité physique globale et à la musculation chez les personnes ayant une maladie des artères coronaires.

La présente étude, qui repose sur un important échantillon longitudinal représentatif de la population d'adultes, vise à déterminer : 1) si les Canadiens inactifs de 40 ans et plus sans maladie vasculaire deviennent actifs à la suite d'un diagnostic de maladie vasculaire; 2) les facteurs liés au fait de devenir actif durant ses loisirs; et 3) les modifications apportées aux comportements influant sur la santé, y compris en regard de l'activité physique, chez les personnes ayant nouvellement reçu un diagnostic, ou les intentions en ce sens.

Méthodes

Source des données

Le pourcentage de personnes « inactives » dans la population a été estimé à partir du fichier transversal de 1994-1995 de l'Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP) et à partir de la composante annuelle de 2007-2008 de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC). Les données sur les changements au niveau de l'activité physique proviennent de huit cycles (1994-1995 à 2008-2009 inclusivement) du fichier longitudinal des ménages de l'ENSP. Des descriptions des méthodes de l'ENSP et de l'ESCC sont disponibles dans des articles déjà publiés18-20. D'autres détails concernant l'ENSP et l'ESCC sont compris dans la documentation relative à l'une et l'autre enquête, à l'adresse www.statcan.gc.ca.

Définitions

Afin de mesurer l'activité physique durant les loisirs, on a demandé aux participants à l'enquête d'indiquer la fréquence et la durée de leur participation à diverses activités au cours des trois mois précédents (tableau A en annexe)21,22. La dépense d'énergie (DE) quotidienne moyenne pour toutes les activités a été calculée de la façon suivante :

DE (kcal/kg/jour) = somme de ([Ni *Di * valeur MET]/365 jours), où :

Ni = nombre de fois que le participant à l'enquête a participé à une activité i sur une période de 12 mois.
Di = durée moyenne en heures de l'activité i ;
MET = demande d'énergie de l'activité exprimée en kilocalories dépensées par kilogramme de poids corporel par heure d'activité (kcal/kg/heure).

Tableau A Activités physiques de loisir comprises dans la composante longitudinale de l'Enquête nationale sur la santé de la population, selon l'annéeTableau A Activités physiques de loisir comprises dans la composante longitudinale de l'Enquête nationale sur la santé de la population, selon l'année

Les valeurs MET s'expriment habituellement selon trois niveaux d'intensité, à savoir faible, moyenne et élevée. Comme les participants à l'ENSP n'avaient pas à préciser l'intensité de leurs activités, on a utilisé les valeurs MET correspondant au niveau d'intensité faible pour chaque activité, une approche inspirée par l'Institut canadien de la recherche sur la condition physique et le mode de vie. Les participants à l'enquête ont été classés comme inactifs (DE<1,5) ou actifs (DE≥1,5). Les personnes qui étaient inactives à la date de référence et actives deux ans plus tard ont été classées comme étant devenues actives.

Les participants à l'enquête ont indiqué si un professionnel de la santé avait diagnostiqué chez eux un problème de santé chronique qui avait duré ou devait vraisemblablement durer six mois ou plus. Les personnes faisant de l'hypertension artérielle ou souffrant d'une maladie cardiaque et/ou du diabète ont été classées comme ayant une maladie vasculaire. Ont été considérées comme atteintes du diabète les personnes qui avaient pris de l'insuline le mois précédent. Une fois une maladie vasculaire déclarée pour une personne, on a considéré qu'elle était présente lors des cycles subséquents.

Le niveau d'incapacité a trait à la présence et à la gravité de problèmes de santé chroniques qui nuisent à l'activité physique, mais n'ont pas été inclus dans les modèles (p. ex., l'arthrite). Le niveau d'incapacité repose sur le Health Utilities Index Mark 3 (HUI3), un indice établi à l'Université McMaster23-25 qui mesure l'état de santé fonctionnelle d'une personne à partir de plusieurs critères, à savoir la vue, l'ouïe, la parole, la mobilité, la dextérité, la cognition, l'état émotif, la douleur et l'inconfort. L'état de santé fonctionnelle a été évalué et défini en fonction des niveaux d'incapacité suivants : aucune incapacité (score de 1,00); incapacité légère (0,89 à 0,99); incapacité modérée (0,70 à 0,88); et incapacité grave (score inférieur à 0,70). On a ensuite dichotomisée la variable en aucune incapacité/incapacité légère et incapacité modérée/incapacité grave.

Des travaux de recherche antérieurs26,27, s'appuyant sur l'échantillon longitudinal de l'ENSP de 1994-1995, ont permis de déterminer deux facteurs distincts dans l'échelle de contrôle, soit le fatalisme et le contrôle. Les cinq premiers énoncés du module sur le contrôle ont trait au fatalisme (valeur propre, 2,9; coefficient alpha de Cronbach, 0,8) :

1. Vous avez peu de contrôle sur ce qui vous arrive.

2. Vous ne pouvez vraiment rien faire pour résoudre certains de vos problèmes.

3. Vous ne pouvez pas faire grand-chose pour changer bien des choses importantes dans votre vie.

4. Vous vous sentez souvent impuissant(e) face aux problèmes de la vie.

5. Vous trouvez parfois que vous vous faites malmener dans la vie.

Les réponses ont été classées sur une échelle allant de 0 (tout à fait d'accord) à 4 (entièrement en désaccord), puis on a fait la somme des scores, qui pouvaient aller de 0 à 20. Les personnes dont le score global était inférieur à la médiane (14) ont été considérées comme fatalistes.

Les deux derniers énoncés ont trait au contrôle (valeur propre, 1,1; coefficient alpha de Cronbach, 0,5) :

6. Ce que votre avenir renferme dépend surtout de vous-même.

7. Vous pouvez réaliser à peu près tout ce que vous décidez de faire.

Les réponses ont été classées sur une échelle allant de 0 (entièrement en désaccord) à 4 (tout à fait d'accord), puis on a fait la somme des scores, qui pouvaient aller de 0 à 8. Les personnes ayant obtenu un score global inférieur à la médiane (6) ont été classées comme ayant un faible sentiment de contrôle. Dans les cycles 2 et 3 de l'ENSP, on a exclu le module sur le contrôle, de sorte que les analyses du fatalisme et du contrôle sont fondées sur les autres cycles.

Le soutien social perçu se fonde sur quatre questions oui/non tirées des deux premiers cycles de l'ENSP (tableau B en annexe). Les participants à l'enquête qui ont répondu « oui » aux quatre questions ont été considérés comme ayant un soutien social élevé. Pour les autres cycles, le soutien social perçu a été mesuré au moyen de la sous-échelle du soutien émotionnel/informationnel de l'Étude des issues médicales (EIM)28. Les huit questions ont été évaluées sur une échelle de cinq points : jamais (score de 1), pas souvent (2), parfois (3), la plupart du temps (4), ou tout le temps (5). Les personnes qui ont répondu « parfois », « la plupart du temps » ou « tout le temps » aux huit questions ont été classées comme ayant un soutien social élevé.

Tableau B Questions relatives au soutien social dans l'Enquête nationale sur la santé de la population, selon l'année et le cycleTableau B Questions relatives au soutien social dans l'Enquête nationale sur la santé de la population, selon l'année et le cycle

Techniques d'analyse

Les données ont été analysées à l'aide du logiciel SAS, version 9.1 (Droits d'auteur, 2002-2003, SAS Institute Inc.). Celles-ci ont été pondérées selon l'âge, le sexe et la province et ajustées pour la non-réponse, afin d'être cohérentes avec les estimations du recensement pour l'année de référence de l'enquête. Afin de tenir compte des effets de plan de sondage de l'ENSP et de l'ESCC, on a estimé des valeurs p et effectué des tests d'hypothèse au moyen de la méthode du bootstrap29,30.

Analyses transversales

On a calculé des fréquences pondérées et des totalisations croisées à partir des données provenant du cycle 1 (1994-1995) de la composante des ménages de l'ENSP et de l'ESCC de 2007-2008, afin de pouvoir estimer le pourcentage de la population à domicile de 40 ans et plus qui était inactive, selon le sexe et le groupe d'âge.

Analyses longitudinales

Les fréquences pondérées ont servi à estimer le pourcentage de la population à domicile de 40 ans et plus qui était inactive ou active lors du premier cycle de l'ENSP. Pour les sept cycles subséquents (1996-1997 à 2008-2009 inclusivement), on a estimé parmi les personnes faisant toujours partie de la cohorte les pourcentages qui, d'un cycle à l'autre, sont demeurés ou devenus inactifs ou actifs.

La régression logistique multivariée s'appuie sur les données provenant de huit cycles de l'ENSP. Les données ont été regroupées en sept cohortes d'observations pour les années de référence, à partir de 1994-1995, et les suivis ont été menés à deux ans d'intervalle (tableau C en annexe). Faisaient uniquement partie de l'échantillon de l'étude les participants à l'enquête qui, à chaque date de référence, étaient âgés de 40 ans et plus, étaient inactifs et n'avaient pas de maladie vasculaire, et qui ont répondu de façon complète à l'enquête à la date de référence et lors du suivi. Les participants à l'enquête ont continué de fournir des enregistrements aux fins des analyses pour chaque cycle pour lequel ils répondaient aux critères de référence.

Tableau C Tailles d'échantillons pour l'analyse longitudinale : population à domicile des 40 ans et plus, inactifs, sans maladie vasculaire et dont les réponses étaient complètes à la date de référenceTableau C Tailles d'échantillons pour l'analyse longitudinale : population à domicile des 40 ans et plus, inactifs, sans maladie vasculaire et dont les réponses étaient complètes à la date de référence

Le deuxième cycle de l'ENSP comportait des questions sur l'amélioration des comportements influant sur la santé, et sur les intentions et les obstacles en ce sens. L'analyse des associations entre le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire et ces variables reposait sur les observations auprès des membres de la première cohorte (1994/1995 à 1996/1997).

Les analyses ont toutes été stratifiées selon le sexe.

Résultats

En 2007-2008, 54 % des personnes de 40 ans et plus étaient inactives durant leurs loisirs, ce qui représente une baisse par rapport au taux de 63 % enregistré en 1994-1995. Ce changement est ressorti pour tous les groupes d'âge (figure 1).

Figure 1 Pourcentage de personnes inactives durant leurs loisirs, selon le groupe d'âge et le sexe, population à domicile de 40 ans et plus, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2007-2008Figure 1 Pourcentage de personnes inactives durant leurs loisirs, selon le groupe d'âge et le sexe, population à domicile de 40 ans et plus, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2007-2008

Les personnes de 75 ans et plus étaient plus susceptibles que les adultes plus jeunes d'être inactives. Toutefois, les hommes de 65 à 74 ans étaient moins susceptibles que ceux de 50 à 64 ans d'être inactifs. Dans l'ensemble, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d'être inactives.

D'un cycle de l'ENSP à l'autre, près de 30 % des membres de la cohorte ont modifié leur niveau d'activité physique durant les loisirs, le nombre de personnes devenues actives équivalant à peu près au nombre devenues inactives (figure 2).

Figure 2 Pourcentage de personnes qui ont maintenu ou modifié leur niveau d'activité durant les loisirs sur une période de deux ans, population à domicile âgée de 40 ans et plus à la date de référence, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009Figure 2 Pourcentage de personnes qui ont maintenu ou modifié leur niveau d'activité durant les loisirs sur une période de deux ans, population à domicile âgée de 40 ans et plus à la date de référence, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009

Chez les hommes, le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire n'était pas associé au niveau d'activité physique au moment du suivi (tableau 1). Par contre, chez les femmes ayant reçu un diagnostic, la cote exprimant la possibilité d'être active au moment du suivi était plus faible (0,8), même si cette association s'estompait lorsque d'autres facteurs étaient pris en compte (tableau 2). Dans les modèles ajustés, toujours chez les femmes, le fait d'être jeune et de ne pas avoir d'incapacité, ou d'avoir une incapacité légère, était associé à une cote exprimant la possibilité de devenir active plus élevée. Un niveau de scolarité plus élevé était associé au fait de devenir actif chez les membres des deux sexes.

Tableau 1 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir actif, population à domicile d'hommes inactifs de 40 ans et plus sans maladie vasculaire à la date de référence, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009Tableau 1 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir actif, population à domicile d'hommes inactifs de 40 ans et plus sans maladie vasculaire à la date de référence, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009

Tableau 2 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir active, population à domicile de femmes inactives de 40 ans et plus sans maladie vasculaire à la date de référence, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009Tableau 2 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir active, population à domicile de femmes inactives de 40 ans et plus sans maladie vasculaire à la date de référence, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009

Les anciens fumeurs des deux sexes avaient une cote exprimant la possibilité de devenir actif plus élevée, comparativement aux fumeurs actuels. Dans les modèles ajustés, ce rapport se maintenait, mais aucune différence ne ressortait entre les personnes qui n'avaient jamais fumé et celles qui fumaient.

Chez les personnes fatalistes et chez celles qui croyaient avoir un moins grand sentiment de contrôle, la cote exprimant la possibilité de devenir actif était moins élevée, même si ces associations disparaissaient lorsque des facteurs éventuellement confusionnels étaient pris en compte.

Les résultats ont fait ressortir des associations selon le sexe entre les ressources sociales et l'activité physique durant les loisirs. Chez les hommes ayant un médecin de famille et un niveau élevé de soutien social, la cote exprimant la possibilité de devenir actif était plus élevée, même si l'association avec le soutien social diminuait dans le modèle corrigé. Dans le cas des femmes, le fait d'avoir un conjoint et d'avoir un niveau de soutien social élevé étaient significatifs, mais encore une fois, le lien avec le soutien social s'atténuait lorsque d'autres facteurs confusionnels étaient pris en compte.

Même si le diagnostic d'une maladie vasculaire n'était généralement pas associé au fait de devenir actif, certaines personnes ayant fait l'objet d'un nouveau diagnostic se sont mises à faire de l'activité physique durant leurs loisirs. L'analyse a été reprise, uniquement pour les participants à l'enquête qui avaient reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire (tableaux 3 et 4). Même lorsque d'autres facteurs confusionnels étaient pris en compte, les personnes n'ayant pas d'incapacité ou ayant une incapacité légère affichaient une cote exprimant la possibilité de devenir actif significativement plus élevée que celles ayant une incapacité modérée ou grave. La cote exprimant la possibilité de devenir actif était plus faible chez les hommes fatalistes et plus élevée chez les femmes ayant un conjoint, bien que ces associations perdaient l'une et l'autre de l'importance dans les modèles complets.

Tableau 3 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir actif, population à domicile d'hommes inactifs de 40 ans et plus ayant reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009Tableau 3 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir actif, population à domicile d'hommes inactifs de 40 ans et plus ayant reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009

Tableau 4 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir active, population à domicile de femmes inactives de 40 ans et plus ayant reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009Tableau 4 Rapports de cotes reliant certaines caractéristiques au fait de devenir active, population à domicile de femmes inactives de 40 ans et plus ayant reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire, Canada, territoires non compris, 1994-1995 à 2008-2009

D'autres analyses ont permis d'examiner les associations entre le diagnostic d'une maladie vasculaire et les changements réels dans les comportements influant sur la santé ou les intentions en ce sens. La cote exprimant la possibilité d'avoir amélioré sa santé d'une façon quelconque au cours des 12 derniers mois ne différait pas selon que les personnes avaient reçu ou n'avaient pas reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire (tableau 5). Parmi les femmes qui avaient réellement amélioré leurs comportements influant sur la santé, la cote exprimant la possibilité qu'elles déclarent une intensification de l'exercice comme changement le plus important était plus faible chez celles ayant reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire. Parmi les difficultés faisant obstacle aux efforts pour améliorer sa santé figuraient la trop grande fatigue chez les hommes et une incapacité ou un problème de santé chez les femmes.

Tableau 5 Rapports de cotes reliant le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire à l'amélioration des comportements influant sur la santé, aux obstacles à l'amélioration, et aux intentions à cet égard, selon le sexe, population à domicile inactive de 40 ans et plus en 1994-1995, Canada, territoires non compris, 1996-1997Tableau 5 Rapports de cotes reliant le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire à l'amélioration des comportements influant sur la santé, aux obstacles à l'amélioration, et aux intentions à cet égard, selon le sexe, population à domicile inactive de 40 ans et plus en 1994-1995, Canada, territoires non compris, 1996-1997

En ce qui a trait à l'avenir, chez les femmes ayant reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire, la cote exprimant la possibilité qu'elles déclarent avoir l'intention d'essayer d'améliorer leur santé physique dans l'année était faible. Chez les femmes qui prévoyaient faire des changements, le diagnostic d'une maladie vasculaire n'était pas associé avec l'intention de commencer à faire de l'exercice ou d'en faire davantage.

Discussion

La présente étude, fondée sur un vaste échantillon représentatif de la population, a permis de déterminer que les adultes inactifs d'âge mûr et plus âgés qui avaient reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire (hypertension, maladie cardiaque ou diabète) ne sont pas devenus plus actifs.

Il a été proposé que le sentiment de contrôle chez une personne (fatalisme ou contrôle) peut avoir des répercussions sur ses comportements à la suite d'un diagnostic de maladie vasculaire. Ainsi, on s'attendait à ce que les personnes dont le sentiment de contrôle était grand soient portées à devenir actives durant leurs loisirs. Des travaux de recherche antérieurs ont montré qu'un grand sentiment de contrôle est associé à une perception positive de l'état de santé chez les personnes déjà atteintes d'un problème de santé chronique31,32, et que la santé des personnes âgées dont le sentiment de contrôle était grand a décliné beaucoup moins au fil du temps que celle des personnes dont le sentiment de contrôle était faible33. Cela s'explique peut-être par le fait, entre autres, que les personnes dont le sentiment de contrôle est grand sont plus susceptibles d'adopter des comportements favorables à la santé et d'utiliser des services de santé préventifs34,35. Les résultats de la présente étude n'appuient cette hypothèse que légèrement, les associations entre le sentiment de contrôle et le fait de devenir actif étant ressorties uniquement des modèles non ajustés.

Il est compréhensible que les personnes inactives le demeurent après l'apparition d'un nouveau problème de santé chronique. L'ENSP a dégagé des obstacles à l'amélioration de sa santé physique chez les personnes ayant reçu un nouveau diagnostic : la trop grande fatigue dans le cas des hommes, et une incapacité ou un problème de santé dans celui des femmes. Étant donné que ces obstacles sont courants au sein de la population générale36, on peut envisager qu'ils limitent l'activité physique chez les personnes confrontées à des nouveaux problèmes de santé chroniques. Des études antérieures portent à croire que les personnes âgées craignent peut-être que l'activité physique soit douloureuse ou entraîne des blessures37.

L'usage du tabac pourrait être un facteur clé d'autres modifications touchant les comportements influant sur la santé. À l'instar d'autres documents de recherche, la présente étude montre que la cote exprimant la possibilité de devenir actif est plus élevée chez les anciens fumeurs que chez les fumeurs actuels35. Toutefois, Allegrante et coll.11 suggèrent que l'activité physique est un comportement de transition; une fois que celui-ci a fait l'objet d'un changement, d'autres suivent. Par contre, Newsom et coll.38 ont déterminé que les comportements importants pour la santé, y compris en matière d'exercice et d'usage du tabac, sont dans une large mesure indépendants; ainsi, un changement à l'égard d'un comportement n'en entraîne pas forcément un autre.

Les ressources sociales influent peut-être sur la recherche de modes de vie plus actifs. La présente étude montre que le fait pour les hommes d'avoir un médecin de famille et pour les femmes de vivre avec un(e) conjoint(e) est significativement associé au fait de devenir actif. Des sources de soutien éventuel comme celles-ci sont importantes pour permettre aux personnes âgées de devenir plus actives39.

Les normes sociales sont peut-être un facteur, elles aussi37. La majorité des Canadiens sont inactifs, particulièrement aux âges plus avancés9. Ainsi, à l'opposé des changements comme celui d'abandonner le tabac – au Canada, où les non-fumeurs sont majoritaires40, on se conforme aux normes en cessant de fumer –, le fait de devenir actif est contraire à la norme. Par ailleurs, les stéréotypes de la personne âgée frêle et non portée à effectuer des changements de mode de vie et à profiter de tels changements créent d'autres obstacles à l'adoption d'un mode de vie plus actif 41,42.

Il se peut aussi que l'ENSP n'ait pas permis de déceler les changements d'activité physique. Les participants à l'enquête pourraient être devenus plus actifs, mais pas suffisamment pour passer de la catégorie des « inactifs » à celle des « actifs ». Cette explication est peu probable toutefois. Les  analyses préliminaires des changements survenus entre la date de référence et le suivi dans les dépenses réelles d'énergie par rapport aux dépenses estimatives laissent supposer qu'il ne s'agit pas d'une question de classification; les personnes inactives avaient réellement tendance à le demeurer.

Même en demeurant inactifs, les participants à l'enquête pourraient avoir réalisé des progrès dans leur « processus » pour devenir actifs. Le modèle transthéorique (MTT) de changement de comportement fait état de cinq étapes : la précontemplation, la contemplation, la préparation, l'action, et le maintien43,44. Le diagnostic d'une maladie vasculaire pourrait pousser une personne à entreprendre les premières étapes du processus. Cela dit, lorsqu'on a questionné les participants à l'enquête quant à leurs intentions pour améliorer leur santé physique, le diagnostic d'une maladie vasculaire n'était pas associé à l'intention de changer ses comportements. En fait, chez les femmes ayant reçu le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire, la cote exprimant la possibilité d'avoir l'intention de changer était plus faible que chez les autres, ce qui est cohérent avec les résultats d'une étude antérieure sur les Canadiens âgés45.

Limites

L'attrition due à la non-réponse représente une limite dans les études longitudinales. La non-réponse désigne les cas où il y a eu refus de participer à l'ENSP ou perte de vue au suivi. Parmi les 17 598 personnes observées qui répondaient aux critères d'inclusion de base (avoir 40 ans et plus, être inactif, n'avoir aucune maladie vasculaire et avoir des données complètes), 1 349 (7,7 %) ont été exclues en raison de la non-réponse au moment du suivi (tableau C en annexe). Au total, 397 (2,3 %) autres participants à l'enquête ont été exclus parce qu'ils sont décédés, et 109 (0,6 %), parce qu'ils ont été placés en établissement. Les personnes plus âgées et celles qui ne détenaient pas un diplôme d'études postsecondaires étaient plus susceptibles d'être des non-répondants; il ne ressortait aucune différence entre les hommes et les femmes (données non présentées). Il est possible que l'attrition ait entraîné un biais de sélection, car les participants à l'enquête jeunes et ayant un niveau de scolarité élevé n'ont peut-être pas les mêmes comportements en ce qui a trait à l'activité physique.

Même si, afin de maximiser la taille de l'échantillon, le plan de sondage a nécessité le regroupement de mesures répétées, relativement peu d'enregistrements ont montré que les participants à l'enquête sont devenus actifs au cours de la période de deux ans, en particulier parmi les participants à l'enquête qui venaient de recevoir le diagnostic d'un problème de santé vasculaire (tableau C en annexe). Les petites tailles d'échantillon augmentent la possibilité d'erreurs de type II, selon lesquelles une trop faible puissance peut empêcher de déceler les associations réelles entre certaines variables indépendantes et les changements dans l'activité physique.

L'ENSP permet de recueillir des données autodéclarées, lesquelles sont sujettes à des biais de remémoration et de désirabilité sociale. L'hypertension, la maladie cardiaque, le diabète et l'utilisation d'insuline n'ont été vérifiés par aucune autre source. L'étude ne tient pas compte d'autres problèmes de santé éventuellement liés à l'activité physique. Toutefois, dans les modèles multidimensionnels, les données ont été corrigées de l'incapacité, afin de tenir compte d'autres problèmes de santé et de la gravité des maladies vasculaires.

La variable de l'activité physique se limite aux activités durant les loisirs; l'activité physique au travail, pendant la réhabilitation et dans d'autres domaines non liés aux loisirs a été exclue. Par conséquent, le niveau global d'activité physique des participants à l'enquête est peut-être sous-estimé; certaines études donnent à penser que les activités autres que de loisirs, comme la marche ou faire de la bicyclette pour se déplacer, représentent une part substantielle de l'activité totale46. Toutefois, les personnes âgées sont plus susceptibles que les jeunes d'être inactives dans tous les domaines de leur vie46.

Il n'existe pas de norme par excellence pour mesurer l'activité physique; tant avec les mesures directes qu'indirectes, il peut y avoir des problèmes et des biais46. Des travaux antérieurs ont dégagé une corrélation relativement faible entre l'activité physique directement mesurée et autodéclarée, ainsi qu'un manque d'uniformité dans le sens des différences : les données autodéclarées produisaient des estimations tantôt plus élevées, tantôt plus faibles47. Malgré les problèmes pouvant être liés à l'utilisation de renseignements autodéclarés, il s'agit d'une méthode reconnue de collecte de données sur l'activité physique dans les grandes enquêtes sur la population comme l'ENSP.

La liste des activités physiques varie légèrement selon le cycle de l'ENSP (tableau A en annexe), ce qui fait que certains « changements » pourraient dépendre de l'inclusion ou de l'exclusion dans cette liste d'activités particulières. Par ailleurs, entre les cycles, certains participants à l'enquête peuvent avoir augmenté leur niveau d'activité durant les loisirs, puis avoir rechuté. De tels changements auraient été imperceptibles, sauf peut-être lors de la sous-analyse, lorsqu'on a demandé aux participants s'ils avaient fait quelque chose pour améliorer leur santé au cours des 12 derniers mois.

Les données sur une vaste gamme de facteurs qui peuvent influencer le fait qu'une personne devienne physiquement active à la suite d'un diagnostic de problème de santé chronique ne sont pas recueillies dans le cadre de l'ENSP. Il s'agit notamment des attitudes et des comportements des membres de la famille et des amis, des antécédents familiaux de maladie ou de mode de vie, de la disponibilité ou de l'accessibilité de programmes de réhabilitation, ainsi que de l'environnement physique, comme des endroits sûrs où marcher et des installations de loisirs.

Conclusion

Les données de la présente étude montrent que, pour les Canadiens dont l'âge se situe du milieu à la fin de la vie, le diagnostic d'une nouvelle maladie vasculaire n'était pas associé au fait de devenir physiquement plus actif durant ses loisirs. Toutefois, certaines personnes ayant reçu un tel diagnostic sont devenues actives – les personnes sans incapacité ou ayant une incapacité légère avaient une cote exprimant la possibilité de participer à des activités physiques durant les loisirs plus élevée que les autres. Une étude plus poussée est requise pour évaluer la mesure dans laquelle les adultes âgés reconnaissent l'utilité de l'activité physique comme moyen de prévention secondaire, les obstacles que doivent franchir les personnes âgées (particulièrement celles ayant des problèmes de santé chroniques et des incapacités) au moment de l'adoption de modes de vie plus actifs, et le soutien requis pour aider cette population à devenir plus active.

Remerciements

La présente étude a été financée en partie grâce à une subvention des National Institutes of Health: National Institute on Aging (R01 AG034211), Newsom (CP).