Résultats

Avertissement Consulter la version la plus récente.

Information archivée dans le Web

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.











Méthodes
Définitions
Résultats
Discussion

L'Enquête sur la santé dans les collectivités  canadiennes (ESCC) – Nutrition de 2004 était la première enquête nationale sur les habitudes alimentaires de la population canadienne réalisée depuis le début des années 1970. L'un des objectifs de l'ESCC de 2004 était de déterminer l'apport d'énergie (calories), de macronutriments (lipides, protéines et glucides) et de micronutriments (vitamines et minéraux) pour différents groupes.

Bien que l'on ait pris toutes les mesures possibles, de la conception du questionnaire à la vérification et à la validation des données brutes, en passant par l'échantillonnage et la formation des intervieweurs, pour s'assurer que les données soient exactes, l'ESCC, comme la plupart des enquêtes sur la nutrition, est sujette à des problèmes de sous-déclaration1-6. Pour plusieurs raisons (oubli, désirabilité sociale, image de soi, crainte d'être jugé négativement5,6), les participants à l'enquête peuvent déclarer délibérément ou accidentellement avoir mangé et bu moins qu'ils ne l'ont fait en réalité.

L'ESCC s'appuie sur un instrument de collecte bien établi, l'Automated Multiple-Pass Method (AMPM)7,8, pour aider les participants à se remémorer au maximum ce qu'ils ont consommé le jour avant l'entrevue. Malgré cela, comme il est montré dans un article compagnon9, la sous-déclaration parmi la population de 12 ans et plus est demeurée, en moyenne, de l'ordre de 10 % de l'apport énergétique total. La sous-déclaration est associée à un certain nombre de caractéristiques, dont l'indice de masse corporelle, l'âge, le sexe et l'activité physique.

La sous-déclaration de l'apport énergétique et de l'apport de nutriments particuliers a des incidences sur l'analyse des données de l'ESCC. Par exemple, elle obscurcit les relations entre la quantité et le type d'aliments consommés et l'indice de masse corporelle. Le présent article a pour but de résoudre ces questions grâce à l'identification des personnes dont la déclaration est « plausible ».

Méthodes

Source des données

L'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) – Nutrition de 2004 était conçue pour recueillir des renseignements sur l'apport alimentaire et de nutriments de la population à domicile, aux niveaux national et provincial. Étaient exclus du champ d'observation les membres des Forces canadiennes régulières, les habitants des trois territoires, les personnes vivant dans les réserves indiennes, les établissements et certaines régions éloignées, ainsi que tous les résidents (militaires et civils) des bases des Forces canadiennes. Le plan d'enquête, l'échantillon et les méthodes d'interview de l'ESCC sont décrits en détail dans un rapport publié antérieurement10.

Au total, 35 107 personnes ont répondu à un premier rappel alimentaire de 24 heures, et un sous-échantillon de 10 786 d'entre elles ont répondu à un deuxième rappel alimentaire de trois à dix jours plus tard. Les taux de réponse ont été de 76,5 % et 72,8 %, respectivement. La teneur énergétique et en nutriments des aliments déclarés durant chaque rappel a été déterminée conformément au Fichier canadien sur les éléments nutritifs (supplément 2001b)11.

Au départ, il était prévu de peser et de mesurer tous les participants à l'ESCC de deux ans et plus, mais pour diverses raisons, le poids et la taille d'environ 40 % d'entre eux n'ont pas été mesurés. Afin d'apporter une correction pour cette non-réponse, un autre poids de sondage a été créé en se basant sur des catégories de personnes ayant des caractéristiques sociodémographiques semblables. Étant donné le biais qui a été observé entre les données autodéclarées et les données mesurées12,13, il est préférable d'utiliser des valeurs mesurées plutôt qu'autodéclarées de la taille et du poids. Par conséquent, la présente analyse porte sur les participants à l'enquête pour lesquels on disposait de données mesurées sur le poids et la taille (avec le poids de sondage approprié).

L'étude porte sur 16 190 personnes de 12 ans et plus qui ont répondu aux questions sur l'activité physique. Les femmes qui étaient enceintes ou qui allaitaient, les personnes de poids très faible (indice de masse corporelle inférieur à 18,5 kg/m2) et celles dont l'apport alimentaire était nul ou invalide ont été exclues.

Identification des personnes dont la déclaration est plausible

Identifier les personnes faisant une déclaration plausible requiert l'établissement de bornes inférieure et supérieure de la dépense énergétique totale prédite, c'est-à-dire un intervalle dans lequel doit être comprise la quantité d'énergie qui devrait être dépensée pour maintenir le poids mesuré. Pour déterminer la dépense énergétique totale prédite des participants à l'ESCC, on a pris des équations établies par l'Institute of Medicine (IOM)14, qui modélisent la dépense énergétique, laquelle est déterminée par la méthode de l'eau doublement marquée en se basant sur l'âge, la taille et le poids (indice de masse corporelle), ainsi que le niveau d'activité physique. Des détails sur le calcul de l'activité physique d'après les données de l'ESCC et sur les équations de l'IOM figurent dans l'article compagnon traitant de la sous-déclaration de l'apport énergétique9.

Chaque participant à l'ESCC a été classé comme ayant fait une déclaration plausible, une sous-déclaration ou une surdéclaration en comparant sa dépense énergétique totale prédite à son apport énergétique déclaré. Les premiers à proposer ce genre d'approche, Goldberg et coll.15 ont créé un intervalle de confiance pour le niveau d'activité physique (NAP) fondé sur les coefficients de variation (CV) de l'apport énergétique des sujets (CVAEm), l'exactitude de la mesure de leur taux métabolique de base (CVBm), et la variation totale du niveau d'activité physique (CVPt). Black16 a établi un guide pratique pour l'utilisation des bornes et a expliqué les limites de la méthode. McCrory et coll. sont allés plus loin et ont comparé directement la dépense énergétique totale prédite et l'apport énergétique mesuré. Dans une première étude17, le modèle de la dépense énergétique totale s'appuyait sur une base de données se rapportant à 93 personnes seulement, tandis qu'une deuxième18 s'appuyait sur les équations de l'IOM, qui ont été établies d'après des renseignements recueillis auprès de plus de 700 personnes. Dans les deux cas, on a supposé que toutes les personnes rentraient dans la catégorie d'activité physique « peu active ». Dans le rapport intitulé What America Drinks19, la méthode de McCrory a été modifiée afin de produire des intervalles plus grands pour les apports plausibles en supposant qu'il existait quatre niveaux distincts d'activité physique pour chaque personne.

Pour les besoins de la présente analyse, les intervalles de McCrory pour les quatre niveaux d'activité physique ont été appliqués aux participants à l'ESCC en fonction de la quantité d'activité déclarée par chacun. Autrement dit, l'intervalle appliqué varie selon que la personne est sédentaire, peu active, active ou très active.

L'intervalle de confiance du ratio de l'apport énergétique mesuré (AEd) aux besoins énergétiques prédits (BEp) a été construit à partir de l'écart-type (E.-T.) défini comme :

Formule 1

ou Formule 2 représente la variation intra-individu de l'apport énergétique, d, le nombre de jours du rappel alimentaire, Formule 3, l'erreur de prédiction des besoins énergétiques et Formule 4, la variation d'un jour à l'autre et l'erreur de mesure de la dépense énergétique totale déterminée par la méthode de l'eau doublement marquée.

Black et Cole20 ont estimée Formule 4 à 8,2 %, qui est la valeur utilisée dans la présente étude. Formule 2 et  Formule 3 ont été calculés d'après les données de l'ESCC, Formule 2 ayant été obtenu à partir des données fournies par les personnes qui ont répondu à deux rappels alimentaires, selon la formule :

Formule 5

CVi est le CV calculé pour chaque personne. On a obtenu Formule 3 en divisant l'erreur-type moyenne des prédictions individuelles pour un groupe par la prédiction moyenne de la dépense énergétique pour ce groupe.

L'ESCC fournit deux rapports alimentaires pour environ 30 % de l'échantillon, mais seul le premier a servi dans l'analyse qui suit. Par conséquent, d=1, et on utilise pour E.-T. une valeur moyenne de 35 % (tableau 1).

Une nouvelle fenêtre s'ouvrira

Tableau 1
Estimation de l'écart-type (E.-T.), selon le groupe d'âge et le sexe, population à domicile de 12 ans et plus, 2004

La distribution de l'apport énergétique étant asymétrique, on a utilisé une échelle logarithmique pour construire les intervalles de confiance et on a exponentié les bornes. L'intervalle de confiance du ratio de l'apport énergétique à la dépense énergétique (AE/DE) pour les personnes faisant une déclaration plausible est :

AE:DE∈[exp(-α*E.-T.); exp(α*E.-T.)]

Un facteur multiplicatif α peut être appliqué à l'écart-type pour construire l'intervalle de confiance. Ici, est appliqué uniquement un facteur multiplicatif de 1.

Les personnes qui ont déclaré un apport énergétique inférieur à 70 % de leur dépense énergétique prédite ont été considérées comme ayant fait une sous-déclaration; celles dont le chiffre était supérieur à 142 % de leur dépense énergétique prédite ont été considérées comme ayant fait une surdéclaration. Les déclarations plausibles sont celles faites par les personnes dont l'apport énergétique variait de 70 % à 142 % de leur dépense énergétique prédite. La représentativité de cet échantillon de déclarations plausibles a été évaluée en comparant les caractéristiques sociodémographiques des personnes les ayant faites à celles de l'échantillon total.

Techniques d'analyse

Après avoir identifié les personnes ayant fait une déclaration plausible, on a déterminé la sous-déclaration de l'apport d'énergie et de nutriments en divisant les estimations pour les personnes ayant fait une déclaration plausible par celles pour l'ensemble des participants à l'enquête.

On a fait appel à la régression linéaire pour démontrer l'effet de la sous-déclaration sur la relation entre l'apport énergétique déclaré et le poids pour l'ensemble de la population et pour les personnes ayant fait une déclaration plausible. On a recouru à la régression logistique pour déterminer l'effet de la sous-déclaration sur la modélisation des caractéristiques des personnes obèses. Les intervalles de confiance des ratios estimés et des rapports de cotes ont été estimés par la méthode du bootstrap, qui tient compte du plan d'enquête complexe de l'ESCC21-23. Le seuil de signification a été fixé à p < 0,05.

Définitions

Trois types de covariables ont été incluses dans l'étude : les facteurs de risque liés au mode de vie, l'état de santé et les caractéristiques sociodémographiques.

L'indice de masse corporelle (IMC) se calcule en divisant le poids exprimé en kilogrammes par le carré de la taille exprimée en mètres. Dans la présente analyse, les catégories d'IMC pour les adultes ont été définies conformément aux lignes directrices de Santé Canada24 Les personnes dont l'IMC est compris entre 18,5 kg/m2 et 24,99 kg/m2 sont considérées comme ayant un poids normal, entre 25 kg/m2 et 29,99 kg/m2, comme faisant de l'embonpoint, et supérieur à 30 kg/m2, comme étant obèses. Pour les adolescents de 12 à 17 ans, nous avons utilisé les catégories définies par Cole et coll.25.

Quatre niveaux d'activité physique durant les loisirs ont été définis : sédentaire, peu actif, actif et très actif.

La  consommation d'alcool se rapporte aux 12 mois qui ont précédé l'entrevue de l'ESCC.

La consommation de fruits et légumes est fondée sur la fréquence habituelle déclarée de consommation et non sur le rappel alimentaire de 24 heures. Elle représente le nombre de fois par jour que des fruits et légumes ont été consommés et non la quantité d'aliments consommés.

Les fumeurs sont les personnes qui ont déclaré fumer tous les jours ou à l'occasion.

Les variables associées à l'état de santé sont l'état de santé autodéclaré (excellent, très bon, bon, passable et mauvais) et l'existence d'au moins un problème de santé chronique.

Les variables sociodémographiques sont le  sexe et l'âge, basés sur les groupes âge-sexe de l'IOM pour les apports nutritionnels de référence, le niveau de scolarité  le plus élevé dans le ménage (études secondaires partielles, diplôme d'études secondaires, études postsecondaires partielles, diplôme d'études postsecondaires), le groupe de revenu du ménage en provenance de toutes les sources et tenant compte de la taille du ménage (inférieur, moyen-inférieur, moyen, moyen-supérieur et supérieur), la situation d'emploi la semaine qui a précédé l'entrevue, ainsi que le statut d'immigrant et le statut d'Autochtone.

Résultats

Un tiers de sous-déclarations

Si on limite une analyse aux données recueillies auprès des personnes faisant une déclaration plausible, le coût risque d'être élevé en ce qui a trait à la taille de l'échantillon. En se fondant sur l'intervalle de confiance de 70 % à 142 % autour du ratio de l'apport énergétique déclaré à la dépense énergétique prédite, on a établi que 9 196 (57 %) des participants à l'ESCC sélectionnés pour l'étude avaient fait une déclaration plausible, 5 388 (33 %) avaient fait une sous-déclaration, et 1 606 (10 %), une surdéclaration.

Les caractéristiques des personnes ayant fait une déclaration plausible ne diffèrent pas significativement de celles de l'ensemble de la population (tableau A en annexe). Cependant, des écarts significatifs entre les personnes ayant fait une déclaration plausible et celles ayant fait une sous-déclaration ou une surdéclaration se dégagent en ce qui concerne l'IMC, l'activité physique, le niveau de scolarité le plus élevé dans le ménage et la province. Ces écarts persistent dans un modèle de régression logistique (données non présentées).

Association entre l'apport énergétique déclaré et le poids

La relation biologique entre l'apport énergétique et le poids est évidente : pour que le poids se maintienne, il faut que la dépense énergétique à long terme soit égale à l'apport énergétique à long terme. Plus le poids est élevé, plus la dépense énergétique est importante et plus l'apport énergétique doit être grand. Donc, théoriquement, les coefficients de la régression du poids sur les besoins énergétiques estimatifs prédits et du poids sur l'apport énergétique devraient être les mêmes.

Le tableau 2 donne la pente du poids dans le modèle de la dépense énergétique totale prédite. Comme cette dernière dépend du poids corporel, en principe, la relation devrait être forte. En fait, cette hypothèse est vérifiée, le R2 variant de 0,51 à 0,77 (données non présentées).

Le tableau 2 montre aussi la pente du poids dans le modèle de l'apport énergétique pour l'ensemble des personnes interrogées et pour celles faisant une déclaration plausible. Pour l'ensemble des personnes, non seulement les pentes sont toutes significativement différentes de celles pour la dépense énergétique totale, mais elles sont en outre négatives pour 7 des 12 groupes âge-sexe, ce qui signifie que plus le poids mesuré est élevé, plus l'apport énergétique déclaré est faible. Dans ces modèles, R2 n'est jamais supérieur à 0,04 (données non présentées).

Une nouvelle fenêtre s'ouvrira

Tableau 2
Pente de la variable de poids dans la modélisation des besoins énergétiques prédits ou de l'apport énergétique pour tous les participants à l'enquête et pour ceux dont la déclaration est plausible, selon le groupe d'âge et le sexe, population à domicile de 12 ans et plus, Canada, territoires non compris, 2004

En revanche, pour les personnes faisant une déclaration plausible, la pente du poids est toujours positive. Toutes les pentes s'approchent davantage de la relation biologique théorique (selon laquelle plus le poids est élevé, plus l'apport énergétique est important) et aucun écart significatif ne se dégage du modèle de la dépense énergétique pour 4 des 12 groupes âge-sexe. Par conséquent, si l'on se fonde sur les personnes faisant une déclaration plausible, la qualité du modèle de l'apport énergétique s'améliore, le R2 variant de 0,02 à 0,24 (données non présentées).

Effet sur la déclaration de l'apport de nutriments

La comparaison de la consommation déclarée moyenne d'un nutriment calculée pour l'ensemble des personnes interrogées à celle calculée pour les personnes faisant une déclaration plausible permet d'estimer la mesure dans laquelle la consommation du nutriment est sous-déclarée (tableau 3). Par exemple, si on compare l'apport calorique déclaré par toutes les personnes interrogées à celui déclaré par celles ayant fait une déclaration plausible, on obtient un taux moyen de sous-déclaration de l'apport énergétique de 8,1 %, qui est proche des 9,6 % estimés dans l'article compagnon9. La sous-déclaration de la consommation de lipides et de glucides s'établit à 9,3 % et à 9,6 %, respectivement. La consommation de calcium (8,3 %) et celle d'alcool (8,8 %) sont également sous-déclarées. (Une valeur négative indique que l'apport du nutriment est surdéclaré par l'ensemble de la population.)

Une nouvelle fenêtre s'ouvrira

Tableau 3
Sous-déclaration de certains nutriments, population à domicile de 12 ans et plus, Canada, territoires non compris, 2004

Le ratio de l'apport énergétique déclaré à la dépense énergétique prédite (AE/DE) est plus élevé pour les personnes faisant une déclaration plausible (0,98) que pour l'ensemble des personnes interrogées (0,90) (tableau 4). Quels que soient l'âge et le sexe, le ratio pour les personnes faisant une déclaration plausible est plus élevé, variant de 0,96 à 1,02, comparativement à un intervalle de 0,84 à 1,01 pour l'ensemble de la population. Même chez les personnes obèses, qui ont tendance à sous-déclarer leur apport énergétique, le ratio est de 0,96 pour celles considérées comme ayant fait une déclaration plausible, comparativement à 0,79 pour l'ensemble des participants.

Une nouvelle fenêtre s'ouvrira

Tableau 4
Ratio de l'apport énergétique et de la dépense énergétique prédite pour tous les participants et pour les personnes dont la déclaration est plausible, selon la catégorie d'indice de masse corporelle (IMC), le groupe d'âge et le sexe, population à domicile de 12 ans et plus, Canada, territoires non compris, 2004

Effet sur la modélisation de l'obésité

La sous-déclaration importante de la consommation d'aliments et de boissons dans le cadre de l'ESCC a des incidences sur l'analyse des données. Ainsi, la relation entre l'apport énergétique (calories consommées) et l'obésité chez les personnes de 18 ans et plus varie selon que les résultats sont fondés sur l'ensemble des participants à l'enquête ou sur ceux ayant fait une déclaration plausible. Si on considère l'ensemble des participants à l'enquête, aucune association significative ne se dégage entre la consommation de calories et l'obésité (tableau 5). Par contre, si on limite l'analyse aux personnes ayant fait une déclaration plausible, une association positive et significative entre l'obésité et les calories consommées s'observe chez les deux sexes.

Une nouvelle fenêtre s'ouvrira

Tableau 5
Rapports corrigés de cotes reliant l'apport énergétique et certaines caractéristiques à l'obésité chez l'ensemble des participants et chez les personnes ayant fait une déclaration plausible, population à domicile de 18 ans et plus, Canada, territoires non compris, 2004

Discussion

La principale force de la présente étude tient à la grande taille de l'échantillon. Même si on exclue les personnes faisant une sous-déclaration ou une surdéclaration, le nombre de personnes dont la déclaration est plausible est suffisamment grand et représentatif pour permettre une analyse détaillée. En outre, grâce à l'existence de données mesurées sur la taille et le poids, on évite de devoir tenir compte du biais de non-réponse associé à l'autodéclaration de ces variables. Enfin, une variable d'activité physique a été ajoutée et plusieurs niveaux d'activité considérés pour prédire les besoins énergétiques.

On aurait pu supposer, comme l'ont fait McCrory et coll.17, ainsi que Huang et coll.18, que tous les participants à l'enquête étaient « peu actifs ». Ainsi, on aurait obtenu un échantillon un peu plus petit de personnes dont la déclaration est plausible (56 %), mais 96 % des participants à l'ESCC resteraient classés dans la même catégorie (sous-déclaration, surdéclaration ou déclaration plausible) que dans la présente étude. La différence tient au degré de représentativité de l'échantillon, qui serait un peu plus faible si on n'avait utilisé qu'un seul niveau d'activité physique.

Il aurait également été possible d'estimer l'activité physique en employant la méthode décrite dans What America Drinks19, dans laquelle la borne inférieure de l'intervalle de confiance est déterminée en émettant l'hypothèse d'un niveau d'activité sédentaire et la limite supérieure de l'intervalle, en supposant que le niveau d'activité physique est très actif. Selon cette méthode, une proportion beaucoup plus importante de l'échantillon de l'ESCC (74 %) serait considérée comme constituée de personnes dont la déclaration est plausible et elle comprendrait chaque personne de ce type identifiée dans le cadre de la présente étude. Par contre, cette méthode corrige moins bien la distorsion de la relation biologique entre l'apport énergétique et le poids corporel et, dans le modèle logistique, la relation entre l'apport énergétique et l'obésité est plus faible.

Une autre option est celle des seuils de Goldberg pour le niveau d'activité physique (NAP) établis à l'aide du ratio entre l'apport énergétique et les taux métaboliques de base prédits d'après les équations de Schofield26. L'utilisation du même écart-type, avec un NAP comparatif de base de 1,55 et un facteur multiplicatif de 1, produit un échantillon un peu plus petit de personnes dont la déclaration est plausible (54 %) que celui obtenu dans la présente étude. Bien que la répartition des participants à l'enquête entre les catégories de sous-déclaration, surdéclaration et déclaration plausible soit la même pour 90 % de l'échantillon, la représentativité du groupe de personnes dont la déclaration est plausible n'est pas aussi bonne.

Dans la présente étude, on a exponentié les intervalles de confiance, tandis que McCrory et coll.17 et Huang et coll.18 ont utilisé un intervalle de confiance de  ±35 %. L'application de ce dernier aux données de l'ESCC déplacerait l'intervalle de confiance de telle sorte que le nombre de sous-déclarations augmenterait et celui de surdéclarations diminuerait, quoique 92 % des participants à l'enquête seraient classés dans la même catégorie que dans la présente étude. La différence concerne la correction du ratio de l'apport énergétique à la dépense énergétique (AE/DE). Au lieu de porter le ratio AE/DE calculé pour les déclarations plausibles à 0,98, comme cela est le cas si on utilise l'échelle logarithmique, un intervalle de confiance symétrique produit un ratio AE/DE moyen de 0,94.

Huang et coll.18 ont utilisé pour ainsi dire la même méthode que celle suivie ici pour identifier les personnes ayant fait une déclaration plausible dans la Continuing Survey of Food Intakes by Individuals (CSFII) réalisée de 1994 à 1996. Ils se sont servis pour cela d'un intervalle de confiance optimal de ±30,8 % correspondant à 1,4 fois l'écart-type (E.-T.). McCrory et coll.17 se sont servis d'équations prédictives un peu différentes, mais leur intervalle de confiance de ±1 E.-T. correspond à ± 30 %. Dans les deux cas, l'intervalle de confiance est comparable à celui obtenu dans la présente analyse. La différence tient au fait que le CV des apports énergétiques est plus faible dans le cas de la CSFII que dans celui de la population canadienne.

Limites

Une limite importante de la présente étude est que la prédiction des besoins énergétiques est fondée sur un modèle construit par l'Institute of Medicine en utilisant un échantillon d'environ 700 personnes de divers âges et niveaux d'activité physique, et que les personnes très actives et certains âges sont sous-représentés dans cet échantillon.

Le niveau d'activité physique mesuré dans l'ESCC est autodéclaré. En outre, il ne se rapporte qu'aux loisirs; l'activité physique au travail et liée au transport n'est pas incluse.

Enfin, le fait d'écarter d'une analyse les personnes qui font une sous-déclaration ou une surdéclaration entraîne l'exclusion de certaines personnes faisant une déclaration plausible qui ont tout simplement bu et mangé beaucoup plus ou beaucoup moins que d'habitude le jour du rappel alimentaire. Malgré cela, si l'on s'en tient à leurs caractéristiques sociodémographiques, les personnes identifiées comme ayant fait une déclaration plausible sont représentatives de l'ensemble de la population.

Conclusion

Il est essentiel de tenir compte de la sous-déclaration dans les analyses des données provenant d'enquêtes sur la nutrition, surtout si l'on étudie la relation entre le régime alimentaire et des variables fortement corrélées à la sous-déclaration, comme l'indice de masse corporelle. La présente étude montre qu'un peu plus de la moitié des participants à l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes ont déclaré une consommation « plausible » d'aliments et de boissons, compte tenu de leur taille, leur poids et leur niveau d'activité physique. Un bon tiers de ces personnes ont fait une « sous-déclaration », en ce sens que les quantités qu'elles ont déclaré avoir bues et mangées ne leur permettraient pas de maintenir leur poids mesuré. La sous-déclaration est particulièrement fréquente chez les personnes obèses et, par conséquent, elle a tendance à fausser les analyses de la relation entre l'apport énergétique et l'obésité.

La présente étude confirme les résultats d'autres chercheurs, particulièrement McCrory et coll.17 et Huang et coll.18, en ce qui concerne l'effet de la sous-déclaration sur la relation biologique entre l'apport énergétique et le poids, ainsi que sur les modèles ayant trait à l'indice de masse corporelle. En outre, étant donné la grande taille de l'échantillon de l'ESCC, ces résultats peuvent être confirmés pour des groupes âge-sexe particuliers.

L'étude valide aussi les résultats présentés dans l'article compagnon sur la sous-déclaration9. Les caractéristiques des personnes faisant une sous-déclaration, comparativement à celles dont la déclaration est plausible sont essentiellement les mêmes que celles dégagées suivant l'autre méthode. La sous-déclaration moyenne de l'apport énergétique est un peu plus faible dans la présente analyse, mais néanmoins en harmonie avec les résultats de l'autre article.

La méthode employée dans la présente étude possède de nombreuses applications. Elle peut être utilisée pour analyser les modèles se rapportant à l'indice de masse corporelle et pour estimer le niveau de sous-déclaration des nutriments, de certains aliments et de groupes d'aliments. Les résultats obtenus indiquent que certains aliments sont particulièrement susceptibles d'être sous-déclarés. Des études pourraient être entreprises dans l'avenir pour mieux préciser quels sont les aliments dont la consommation est sous-déclarée, ainsi que les circonstances dans lesquelles les aliments consommés peuvent ne pas être déclarés.