Regards sur la société canadienne
Au-delà de la répartition entre régions urbaines et régions rurales : repenser la géographie sociale du Canada Logo

Date de diffusion : le 29 janvier 2025

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Introduction

La vie en milieu rural peut évoquer des images de collectivités où les liens qui unissent les habitants sont très étroits, d’un environnement calme où les niveaux de pollution sonore sont faibles et où la congestion routière est réduite, et sans doute par-dessus tout, d’un coût de la vie moins élevé et de logements plus abordables. Dans ce contexte, on pourrait supposer que la satisfaction à l’égard de la vie et le sentiment de bien-être sont systématiquement plus élevés chez les résidents des régions rurales que chez ceux des régions urbaines. D’ailleurs, des recherches antérieures ont montré que les personnes vivant en région rurale sont plus susceptibles de présenter un niveau plus élevé de satisfaction à l’égard de la vieNote .

Cependant, la répartition générale entre régions urbaines et régions rurales est ce qu’elle est, c’est-à-dire trop générale. Une nouvelle analyse révèle que la désagrégation à des niveaux géographiques inférieurs donne un portrait plus contrasté, où le fait de vivre dans les régions rurales serait bénéfique pour le sentiment de bien-être général, mais pas de façon uniforme. Plus particulièrement, la distance par rapport aux grands centres urbains joue un rôle déterminant pour ce qui est des sentiments du bien-être subjectif, puisque les résidents des « villes-dortoirs » dans les régions rurales ont tendance à se sentir plus proches des résidents des régions urbaines que des résidents des régions rurales plus éloignées.

En élaborant une classification géographique plus significative qui va au-delà de la répartition traditionnelle entre régions urbaines et régions rurales, on pourrait accroître nos connaissances relatives aux indicateurs clés de la qualité de vie. Pour mieux comprendre cette variation géographique, différentes options de classification ont été examinées en tenant compte des données sur le bien-être, à savoir six indicateursNote de l’Enquête sociale canadienne (ESC).

L’objectif initial était de déterminer la combinaison de classifications géographiques qui pourrait le mieux expliquer les variations entre les indicateurs du bien-être. Cette enquête a révélé qu’une combinaison de trois classifications géographiques serait la plus utile pour expliquer les différences géographiques entre les indicateurs du bien-être : 1) la province, 2) le type de centre de population et 3) la taille de la collectivité et la zone d’influence métropolitaine. Les deux dernières mesurant des concepts différents de caractère urbain et de densité, elles ont été combinées pour former une nouvelle classification géographique dérivée, à savoir « centre de population — zone d’influence métropolitaine ».

L’échelle géographique de 21 points ainsi obtenue tient compte à la fois de la taille du centre de population et de l’influence des autres centres de population à proximité, allant de 1 pour les régions les plus urbaines du Canada, comme le centre-ville de Toronto, à 21 pour les régions les plus rurales et éloignées du pays, comme les régions éloignées du Labrador (carte 1). La nouvelle échelle géographique permet également la production d’estimations pour les plus petites régions géographiques, ce qui est souvent impossible en raison des restrictions relatives à la taille de l’échantillon et de la variabilité d’échantillonnage élevée. En regroupant les régions dont les classifications géographiques sont identiques, comme celles ayant une note de 5, il est possible de dégager des tendances du bien-être dans les différentes classifications géographiques pour une même province et d’observer des variations dans une même classification géographique entre les différentes provinces. L’analyse qui suit est fondée sur la nouvelle échelle de 21 points pour évaluer la satisfaction à l’égard de la vie et le sentiment d’appartenance.

Carte 1 Carte nationale des « centres de population — zone d’influence métropolitaine » : une échelle de 21 points, Canada

Description de la carte 1

Cette carte nationale affiche les « centres de population — zones d’influence métropolitaine » en fonction d'une échelle de 21 points, obtenus à partir de l’analyse décrite dans le présent document, au moyen d’un dégradé de rouge. Dans la carte, les zones les plus urbaines apparaissent dans une nuance de rouge foncé, tandis que les zones éloignées les plus rurales apparaissent dans une nuance de rose clair.

Source : Statistique Canada, Fichiers des limites géographiques, 2021.

Les collectivités rurales affichent systématiquement des niveaux plus élevés de satisfaction à l’égard de la vie que les centres urbains

La satisfaction à l’égard de la vie est un indicateur clé de la qualité de vie et sert souvent de baromètre du bonheur ou du bien-être subjectif, entre autresNote . Selon les données trimestrielles de l’ESC, de 2021 à 2024, la moitié (50,0 %) des Canadiens ont déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie, attribuant une note de satisfaction de 8 ou plus sur une échelle de satisfaction de 10 points. Sans surprise, on a noté des variations au pays, le niveau déclaré de satisfaction à l’égard de la vie étant plus élevé dans l’est du Canada. En particulier, les résidents de Terre-Neuve-et-Labrador (56,3 %) et du Québec (58,9 %) se disaient plus satisfaits à l’égard de la vie, tandis que ceux de l’Ontario (46,3 %) et de l’Ouest (p. ex. 47,4 % en Alberta et 46,7 % en Colombie-Britannique) étaient moins susceptibles de se déclarer satisfaits à l’égard de la vie.

En poussant encore plus loin l’analyse, on obtient des perspectives géographiques sur le bonheur des Canadiens. Selon la nouvelle classification géographique, les niveaux élevés de satisfaction à l’égard de la vie étaient le plus souvent déclarés dans les régions moins urbanisées et peu exposées à l’influence des grandes régions urbaines. Plus précisément, les personnes les plus heureuses vivaient dans divers types de régions, allant des régions rurales ayant une faible influence des centres urbains ou n’en ayant aucune (note de 21 dans la classification géographique) aux centres comptant une population de moins de 100 000 habitants et sans aucune influence des centres de plus grande taille (note de 7).

Les petits centres de population situés au Québec ont affiché certains des niveaux les plus élevés de satisfaction à l’égard de la vie au Canada (tableau 1). Les villes faisant partie de ces catégories comprennent Contrecœur, Marieville, Pont-Rouge, Magog et Saguenay.

Tableau 1
Pourcentage de Canadiens ayant déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie, selon la province et le « centre de population — zone d’influence métropolitaine », 2021 à 2024 Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Centre de population — zone d’influence métropolitaine (ZIM) (titres de rangée) et Canadiens ayant déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie , C.-B., Alb., Sask., Man., Ont., Qc, N.-B., N.-É., Î.‑P.‑É. et T.-N.-L., calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Centre de population — zone d’influence métropolitaine (ZIM) Canadiens ayant déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie
C.-B. Alb. Sask. Man. Ont. Qc N.-B. N.-É. Î.‑P.‑É. T.-N.-L.
pourcentage
Note ...

n'ayant pas lieu de figurer

Note *

valeur significativement différente de la moyenne nationale de 50,0 % (p < 0,05)

Retour à la référence de note&nbsp;* referrer

Source : Statistique Canada, Enquête sociale canadienne, plusieurs cycles, 2021 à 2024.
Grand centre de population (de 100 000 habitants ou plus)  
1 Influencé par un centre de population de 1,5 million d’habitants ou plus 43,2 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer 43,5 Tableau 1 Note * 54,6 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
2 Influencé par un centre de population de 500 000 à 1 499 999 habitants ... n'ayant pas lieu de figurer 46,7 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer 48,1 Tableau 1 Note * 44,9 Tableau 1 Note * 61,8 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
3 Influencé par un centre de population de 100 000 à 499 999 habitants 48,2 ... n'ayant pas lieu de figurer 47,5 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer 46,7 Tableau 1 Note * 60,5 Tableau 1 Note * 51,7 45,7 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer 50,3
Moyen centre de population (de 30 000 à 99 999 habitants)  
4 Influencé par un centre de population de 1,5 million d’habitants ou plus 50,9 ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer 38,5 Tableau 1 Note * 60,7 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
5 Influencé par un centre de population de 500 000 à 1 499 999 habitants ... n'ayant pas lieu de figurer 35,4 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
6 Influencé par un centre de population de 100 000 à 499 999 habitants 45,2 Tableau 1 Note * 49,1 ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer 45,1 Tableau 1 Note * 59,7 42,7 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
7 Influencé par un centre de population de 10 000 à 99 999 habitants 50,9 50,7 49,1 50,5 47,1 60,5 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer 51,0 ... n'ayant pas lieu de figurer
Petit centre de population (de 1 000 à 29 999 habitants)  
8 Influencé par un centre de population de 1,5 million d’habitants ou plus 51,1 ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer 47,6 62,6 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
9 Influencé par un centre de population de 500 000 à 1 499 999 habitants ... n'ayant pas lieu de figurer 47,9 ... n'ayant pas lieu de figurer 50,4 55,2 56,9 ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
10 Influencé par un centre de population de 100 000 à 499 999 habitants 39,5 ... n'ayant pas lieu de figurer 49,2 ... n'ayant pas lieu de figurer 47,1 68,8 Tableau 1 Note * 52,2 47,3 ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
11 Influencé par un centre de population de 10 000 à 99 999 habitants 52,3 48,3 54,4 58,3 Tableau 1 Note * 48,1 57,9 Tableau 1 Note * 53,7 47,0 52,0 56,2 Tableau 1 Note *
12 ZIM forte 59,1 43,5 ... n'ayant pas lieu de figurer 47,8 49,1 69,0 Tableau 1 Note * 58,6 52,8 ... n'ayant pas lieu de figurer 51,5
13 ZIM modérée 49,3 49,6 52,0 53,8 48,1 55,4 49,8 43,8 54,2 64,1 Tableau 1 Note *
14 ZIM faible ou nulle 50,0 43,2 61,9 Tableau 1 Note * 66,3 Tableau 1 Note * 57,6 67,2 Tableau 1 Note * 52,0 48,2 ... n'ayant pas lieu de figurer 65,2 Tableau 1 Note *
Région rurale  
15 Influencée par un centre de population de 1,5 million d’habitants ou plus 54,2 ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer 56,0 61,5 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
16 Influencée par un centre de population de 500 000 à 1 499 999 habitants ... n'ayant pas lieu de figurer 48,7 ... n'ayant pas lieu de figurer 65,2 Tableau 1 Note * 51,2 66,5 Tableau 1 Note * ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer
17 Influencée par un centre de population de 100 000 à 499 999 habitants 51,7 ... n'ayant pas lieu de figurer 53,4 ... n'ayant pas lieu de figurer 56,1 Tableau 1 Note * 65,8 Tableau 1 Note * 55,6 Tableau 1 Note * 50,8 ... n'ayant pas lieu de figurer 59,9 Tableau 1 Note *
18 Influencée par un centre de population de 10 000 à 99 999 habitants 53,3 49,3 51,9 ... n'ayant pas lieu de figurer 54,3 63,0 Tableau 1 Note * 66,1 Tableau 1 Note * 48,3 56,9 Tableau 1 Note * 58,0
19 ZIM forte 56,0 55,8 55,4 54,0 54,9 Tableau 1 Note * 65,0 Tableau 1 Note * 58,2 Tableau 1 Note * 48,1 60,4 Tableau 1 Note * 63,6 Tableau 1 Note *
20 ZIM modérée 55,8 55,7 56,8 58,7 Tableau 1 Note * 56,0 Tableau 1 Note * 66,0 Tableau 1 Note * 58,7 Tableau 1 Note * 58,4 Tableau 1 Note * 58,7 Tableau 1 Note * 60,4 Tableau 1 Note *
21 ZIM faible ou nulle 61,6 Tableau 1 Note * 54,3 52,1 56,3 57,3 62,7 Tableau 1 Note * 57,3 Tableau 1 Note * 58,4 Tableau 1 Note * 67,2 Tableau 1 Note * 64,9 Tableau 1 Note *

D’autre part, les niveaux de satisfaction à l’égard de la vie étaient les plus faibles dans les plus grandes villes du Canada et, plus largement, au sein des collectivités ayant une note géographique inférieure à 6 — à l’exception de celles du Québec, où la satisfaction à l’égard de la vie est demeurée élevée (tableau 1). Le centre-ville de Toronto et celui de Vancouver se sont démarqués en affichant des pourcentages significativement plus faibles de résidents ayant déclaré une satisfaction élevée à l’égard de la vie (43,5 % et 43,2 %, respectivement). Ces résultats correspondent aux travaux de recherche antérieurs sur les résultats de satisfaction à l’égard de la vie au Canada, qui ont montré que la satisfaction à l’égard de la vie est plus faible dans les régions urbaines que dans les régions plus rurales de plus petite tailleNote .

L’influence des grands noyaux urbains (comptant une population de 500 000 habitants ou plus) se faisait même ressentir dans les moyens centres de population — ceux ayant une population entre 30 000 et 99 999 habitants. En particulier, les résidents des petites collectivités de l’Alberta et de l’Ontario comptaient parmi les moins susceptibles d’indiquer un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie.

Par exemple, les résidents de Banff–Airdrie (à proximité de Calgary) et de Sturgeon River–Parkland (à proximité d’Edmonton) étaient les moins susceptibles de déclarer un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie : ils affichaient une moyenne de 35,4 %. De même, en Ontario, dans des villes comme Halton Hills et Whitchurch–Stouffville (faisant toutes deux partie de la région du Grand Toronto), ainsi qu’Orangeville, juste au nord de la région du Grand Toronto, une proportion plus faible de personnes (38,5 %) ont déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie (carte 2).

Carte 2 Satisfaction à l’égard de la vie au Canada, selon le centre de population, 2021 à 2024

Description de la carte 2

Cette carte affiche le pourcentage de Canadiens ayant indiqué un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie dans chacun des 21 « centres de population — zones d’influence métropolitaine », calculé séparément pour chaque province au Canada. Sur la carte, les pourcentages sont indiqués au moyen d’un dégradé allant du vert foncé (c.-à-d. les régions affichant le plus grand pourcentage de Canadiens ayant déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie, de 62 % à 69 %) au mauve foncé (c.-à-d. les régions affichant le plus faible pourcentage de Canadiens ayant déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie, de 35 % à 39 %). Les cartes en médaillon montrent plus en détail les régions métropolitaines de recensement de Vancouver et de Toronto.

Source : Statistique Canada, Enquête sociale canadienne, plusieurs cycles, 2021 à 2024.

Le sentiment d’appartenance à la collectivité est le plus faible dans les régions urbaines

Le sentiment d’appartenance d’une personne à sa collectivité peut avoir une incidence non seulement sur le bien-être de cette personne, mais peut également avoir des répercussions importantes sur son engagement social et sa participation au sein de la collectivité. Dans le cas de l’appartenance à la collectivité, les résidents des « villes-dortoirs » situées juste à l’extérieur des plus grandes villes du Canada ont tendance à connaître certains des niveaux les plus faibles d’appartenance à la collectivité.

Bien que près de la moitié des Canadiens (46,8 %) aient déclaré avoir un sentiment d’appartenance à leur collectivité « plus ou moins fort » ou « très fort », ces proportions étaient parmi les plus faibles chez les résidents juste à l’extérieur des grands noyaux urbains. Par exemple, dans les régions urbaines situées à l’extérieur de la région métropolitaine de recensement de Toronto (p. ex. Hamilton), 42,6 % des résidents ressentaient un certain attachement à leur collectivité (carte 3). Pour certains, des niveaux plus faibles d’engagement communautaire peuvent être liés à des périodes plus courtes passées dans leur propre collectivité, en raison de la nécessité de parcourir de longues distances pour travailler. Selon certaines études antérieures, les trajets de longue durée réduisent le temps consacré aux obligations personnelles et aux activités récréatives au sein des collectivités résidentiellesNote . Le sentiment d’appartenance n’était que légèrement plus élevé chez les résidents des plus grandes villes du Canada, soit environ 44 % chez les résidents de Toronto, de Vancouver et de Montréal.

Carte 3 Sentiment d’appartenance dans les parties du sud de l’Ontario et du Québec, selon le centre de population, 2021 à 2024

Description de la carte 3

Cette carte affiche le pourcentage de Canadiens ayant déclaré un fort sentiment d’appartenance à leur collectivité locale, au sein de chacun des 21 « centres de population — zones d’influence métropolitaine », calculé séparément pour l’Ontario et le Québec. La carte porte sur une région comprenant le sud de l’Ontario et des régions du sud du Québec, y compris Toronto et Montréal. Sur la carte, les pourcentages sont indiqués au moyen d’un dégradé de vert foncé (c.-à-d. les régions affichant le plus grand pourcentage de Canadiens ayant déclaré un fort sentiment d’appartenance, de 63 % à 74 %) au mauve foncé (c.-à-d. les régions ayant le plus faible pourcentage de Canadiens ayant déclaré un fort sentiment d’appartenance, de 36 % à 42 %).

Source : Statistique Canada, Enquête sociale canadienne, plusieurs cycles, 2021 à 2024.

Les résidents des régions rurales de toutes les provinces étaient beaucoup plus susceptibles de déclarer un fort sentiment d’appartenance que ceux des régions urbaines. Par exemple, à Terre-Neuve-et-Labrador, il y avait une différence de 27 points de pourcentage dans les proportions de résidents ayant déclaré un fort sentiment d’appartenance entre la région la plus urbaine, St. John’s (46,2 %), et les régions les plus rurales, dont Westport et Baine Harbour (74,1 %). De même, 44,1 % des résidents des régions urbaines du Québec (p. ex. Montréal) ont déclaré avoir un fort sentiment d’appartenance à leur collectivité, par rapport à 68,1 % des résidents des régions rurales du Québec (p. ex. Caplan et Témiscaming).

La notion selon laquelle le sentiment d’appartenance est plus fort dans les petites villes et les régions rurales du Canada que dans les régions urbaines est soutenue par des études antérieuresNote . Des recherches s’appuyant sur les données de l’Enquête sociale générale de 2014 sur la victimisation et de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes ont exploré en profondeur la relation entre le sentiment d’appartenance et les caractéristiques du quartier, l’« enracinement » (c’est-à-dire la durée de résidence) et le capital social. Une étude a révélé que les caractéristiques du quartier, y compris la densité de la population, étaient un facteur important du sentiment d’appartenance à la collectivité, les régions plus densément peuplées étant associées à des niveaux plus faibles d’appartenance.

Conclusion

L’élaboration d’un système de classification géographique à 21 niveaux permet une compréhension plus approfondie et plus complète de la géographie sociale. Lorsqu’on applique cette classification à deux indicateurs de la qualité de vie (satisfaction à l’égard de la vie et sentiment d’appartenance), il est clair que la répartition traditionnelle entre régions urbaines et régions rurales peut être trop superficielle étant donné qu’elle a pour effet de dissimuler des renseignements clés sur les personnes qui sont les plus vulnérables aux niveaux plus faibles de bien-être subjectif. La présente étude a permis, plus particulièrement, de cerner les points névralgiques associés aux faibles niveaux de bien-être subjectif, les résidents des « villes-dortoirs » étant les plus susceptibles d’afficher des niveaux plus faibles de satisfaction à l’égard de la vie et de sentiment d’appartenance à la collectivité. Des recherches subséquentes devraient élargir la portée de cette analyse initiale et examiner de manière plus approfondie les corrélats possibles de même que les liens avec d’autres indicateurs clés de la qualité de vie.

Myfanwy Thomson et Simon Hemm étaient analystes au Centre de renseignements et d’innovation en données sociales de Statistique Canada. Maire Sinha et Lauren Pinault travaillent actuellement comme analystes au Centre de renseignements et d’innovation en données sociales de Statistique Canada.


Sources de données, méthodes, limites et définitions

Tous les indicateurs sociaux utilisés dans le présent article sont tirés de l’Enquête sociale canadienne (ESC), au moyen des vagues de collecte regroupées qui se sont déroulées entre avril 2021 et mars 2024. L’ESC est une enquête trimestrielle volontaire et transversale qui permet de recueillir des renseignements sur le bien-être, la santé, l’emploi du temps, la confiance à l’égard des institutions et d’autres questions sociales. La population cible de l’ESC comprend l’ensemble des personnes ne vivant pas en établissement âgées de 15 ans ou plus et vivant hors réserve dans l’une des 10 provinces du Canada. Les exclusions représentent moins de 2 % de la population canadienne âgée de 15 ans ou plus.

Deux des six indicateurs sociaux recueillis périodiquement dans le contexte de l’ESC (satisfaction à l’égard de la vie et sentiment d’appartenance à la collectivité) ont été sélectionnés et leurs données ont été regroupées à l’échelle des vagues dans le cadre de l’analyse. Dans tous les cas, les réponses à ces indicateurs ont été dichotomisées aux fins d’analyse.

Les identificateurs géographiques du Fichier des attributs géographiques (FAG) de 2021 ont été associés aux données regroupées de l’ESC en fonction de l’îlot de diffusion commun (c’est-à-dire le côté de rue le long d’un îlot). À partir du FAG, les caractéristiques géographiques suivantes ont été prises en compte dans les modèles visant à expliquer les variations des indicateurs sociaux : i) la province, ii) la région, iii) le type de région métropolitaine de recensement, iv) le type de centre de population ou de région rurale, v) la classification du centre de population ou de la région rurale, vi) la zone d’influence métropolitaine du centre de population ou de la région rurale, vii) la taille de la collectivité et la zone d’influence métropolitaine et viii) s’il s’agit d’une région rurale ou urbaine. Une fois les données du FAG associées, des modèles de régression pas à pas ascendants et descendants ont été utilisés pour déterminer les classifications géographiques associées à la plus grande part de la variabilité pour chacun des six indicateurs sociaux (c’est-à-dire qui étaient présentes dans la majorité des modèles pour l’ensemble des indicateurs). Pour tous les indicateurs sociaux, les deux variables suivantes, soit 1) la taille de la collectivité et la zone d’influence métropolitaine et 2) la classification du centre de population ou de la région rurale, étaient significatives dans tous les modèles de régression (modèles pas à pas ascendants et descendants), tandis qu’une troisième variable, soit 3) la province, était significative dans tous les modèles sauf pour la solitude.

Par exemple, on a attribué à tous les répondants qui ont participé à l’ESC pendant la période à l’étude d’environ trois ans, des caractéristiques géographiques en fonction de leur quartier (p. ex. les personnes vivant dans le quartier Annex de Toronto ont été jumelées à des caractéristiques géographiques, comme vivre dans des types de villes les plus grandes et les plus denses). Puis, afin de déterminer la meilleure combinaison de caractéristiques géographiques en vue de décrire les indicateurs sociaux mesurés au moyen de l’ESC, des analyses de régression logistique pas à pas ont été menées entre l’indicateur (p. ex. si quelqu’un a déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie) et la liste de caractéristiques géographiques possibles. Dans presque tous les cas, une combinaison de deux variables, à savoir la taille de la collectivité et la zone d’influence métropolitaine ainsi que la classification du centre de population ou de la région rurale, a expliqué la plupart des variations des indicateurs de la qualité de vie. Par conséquent, ces caractéristiques géographiques ont été combinées en un modèle de classification à 21 points. Dans le cas des répondants vivant dans le quartier Annex de Toronto, on leur a alors attribué la désignation la plus urbaine (1) selon le nouveau système à 21 points, ainsi qu’aux résidents d’autres quartiers dont la désignation urbaine était similaire (p. ex. Gastown, à Vancouver).

Les estimations de chacun des indicateurs de la qualité de vie à l’échelle de la population, reposant sur le nouveau système à 21 points, ont été déterminées au moyen de poids d’enquête et de poids bootstrap afin de tenir compte de la population sous-jacente du Canada.

Documents consultés

Kitchen, Peter, Allison Williams et James Chowhan. 2012. « Sense of community belonging and health in Canada: A regional analysis », Social Indicators Research, vol. 107, p. 103 à 126.

Lu, Chaohui, Grant Schellenberg, Feng Hou et John F. Helliwell. 2015. « Comment va la vie en ville? La satisfaction à l’égard de la vie dans les différentes régions métropolitaines de recensement et régions économiques du Canada », Aperçus économiques, produit no 11-626-X au catalogue de Statistique Canada, no 046.

Ruggeri, Kai, Eduardo Garcia-Garzon, Áine Maguire, Sandra Matz et Felicia A. Huppert. 2020. « Well-being is more than happiness and life satisfaction: a multidimensional analysis of 21 countries », Health and Quality of Life Outcomes, vol. 18, no 192.

Schellenberg, Grant, Chaohui Lu, Christoph Schimmele et Feng Hou. 2018. « The correlates of self-assessed community belonging in Canada: Social capital, neighbourhood characteristics, and rootedness », Social Indicators Research, vol. 140, p. 597 à 618.

Statistique Canada. 2022. « Les environnements locaux contribuent à la satisfaction à l’égard de la vie », Infographies, produit no 11-627-M au catalogue de Statistique Canada.

Statistique Canada. 2023. « Durée du navettage, 2011 à 2022 », Qualité de l’emploi au Canada, produit no 14-28-0001 au catalogue de Statistique Canada.

Statistique Canada. 2024. « Satisfaction à l’égard de la vie au Canada, 2023 », Infographies, produit no 11-627-M au catalogue de Statistique Canada.

Tassinari, Filippo, Lukas Kleine-Rueschkamp et Paolo Veneri. 2023. « Life satisfaction along the urban-rural continuum. A global assessment ». OECD Regional Development Papers, no 44, OECD Publishing, Paris.


Renseignements additionnels

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