Rapports économiques et sociaux
Salles de classe mondiales : évolution des tendances en matière de flux d’étudiants de niveau postsecondaire entre le Canada et les États-Unis
DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202501000002-fra
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L’éducation transfrontalière, particulièrement au niveau du baccalauréat et des cycles supérieurs, est à la fois un moteur de l’innovation et un baromètre des flux de talents en Amérique du Nord. Alors que certains étudiants qui étudient à l’étranger continuent de vivre et de travailler dans le pays où ils effectuent leurs études postsecondaires, la plupart d’entre eux rentrent dans leur pays natal après avoir obtenu leur diplôme. Ils ramènent avec eux des compétences, des connaissances et de nouvelles perspectives (Choi et Hou, 2025)Note . Le fait d’étudier à l’étranger façonne non seulement les trajectoires éducatives et professionnelles des personnes, mais cela a également des répercussions plus larges pour le maintien en poste des talents, le perfectionnement de la main-d’œuvre et la compétitivité économique des pays d’origine et d’accueil.
Pour les étudiants canadiens, étudier aux États-Unis offre un accès à une vaste gamme d’universités de calibre mondial et de programmes universitaires spécialisés, ainsi qu’une exposition à un environnement culturel diversifié et dynamique. Les États-Unis attirent des étudiants canadiens au moyen de leur réputation d’excellence universitaire et de leurs possibilités d’emploi dans des domaines à forte demande, ainsi que de la possibilité d’y résider à long terme. À l’inverse, certains étudiants américains sont attirés par les universités canadiennes par des facteurs comme les programmes de grade universitaire reconnus à l’échelle internationale, la faiblesse des frais de scolarité, l’attrait de la société multiculturelle du Canada et les possibilités d’emploi après l’obtention du diplôme. Il est aussi généralement considéré comme plus facile d’être admis dans les universités canadiennes que dans celles des États-Unis : les meilleures universités du Canada ont des taux d’admission globaux plus élevés et le processus de demande est plus simple (Times Higher Education, n.d.).
Il est essentiel pour les décideurs politiques et les institutions universitaires de comprendre les modèles et les tendances des échanges éducatifs entre les pays tout en gérant les défis et les possibilités d’un paysage mondial en évolution rapide. Après deux décennies de croissance importante du nombre d’étudiants étrangers, le Canada a imposé un plafond aux permis d’études internationaux, limitant les approbations aux niveaux observés avant la pandémie de COVID-19 (gouvernement du Canada, 2025). Au cours de la dernière décennie, la politique étudiante internationale des États-Unis est passée d’une approche généralement ouverte et axée sur la croissance à des périodes de restriction qui ont eu des répercussions importantes sur le nombre d’étudiants étrangers, les finances universitaires et la réputation mondiale de l’enseignement supérieur aux États-Unis. En particulier, les États-Unis ont récemment introduit des restrictions importantes sur les admissions internationales d’étudiants, imposant des interdictions propres aux pays et aux établissements et un contrôle de sécurité renforcé (Knox, 2025). Ces récents changements de politique devraient réduire le flux d’étudiants de niveau postsecondaire entre les deux pays.
Le présent article présente une comparaison des tendances récentes dans le nombre d’étudiants au niveau du baccalauréat et des études supérieures du Canada aux États-Unis et des États-Unis au Canada, ainsi que leurs domaines d’études.
Les données sur les citoyens canadiens qui étudient aux États-Unis sont tirées du Open Doors Report on International Educational Exchange de l’Institute of International Education (IIE), ce qui est une ressource exhaustive et de longue date sur les étudiants et les universitaires étrangers aux États-Unis (IIE, 2024)Note . Cet article porte principalement sur les statistiques sur les étudiants internationaux inscrits au crédit universitaire dans les universités ou les collèges américains pour des études de premier ou de cycles supérieurs. Un étudiant étranger désigne toute personne qui étudie dans un établissement d’enseignement supérieur aux États-Unis avec un visa temporaire qui permet de suivre des cours universitaires. Le Open Doors Report on International Educational Exchange définit le « pays d’origine » dans ses statistiques internationales sur les étudiants comme le pays de citoyenneté de l’étudiant.
Les données sur les citoyens américains qui étudient au Canada sont tirées du Fichier des résidents non permanents (FRNP) de Statistique Canada et du Système d’information sur les étudiants postsecondaires (SIEP). Le FRNP fournit des dénombrements des résidents étrangers titulaires d’un permis d’études valide, ainsi que les niveaux d’études prévus. Le SIEP contient des renseignements sur le niveau et le domaine d’études de tous les étudiants inscrits dans des établissements postsecondaires canadiens, qu’ils soient publics ou privés à but non lucratif, qui sont entièrement ou partiellement financés par une province ou un territoire.
Au cours d’une année donnée, le nombre de titulaires de permis d’études déclarés dans le FRNP ne correspond pas exactement au nombre d’étudiants étrangers inscrits dans le SIEP, pour plusieurs raisons. Par exemple, certains titulaires de permis d’études au niveau postsecondaire ne sont pas inscrits dans des établissements postsecondaires financés par l’État (par exemple, environ 12 % des personnes qui ont l’intention d’obtenir un baccalauréat ou un diplôme d’études en 2019). Parallèlement, le nombre d’étudiants étrangers déterminé par le SIEP inclut non seulement les titulaires de permis d’études, mais aussi les personnes ayant d’autres types de visa et celles n’ayant pas de visa (Choi et Hou, 2023).
Dans le présent article, le FRNP est utilisé pour montrer les tendances à long terme du nombre de titulaires de permis d’études ayant la citoyenneté américaine qui avaient l’intention d’étudier au niveau du premier cycle et des cycles supérieurs à partir de 2000Note . Les données du SIEP sont disponibles à partir de 2010 et sont utilisées pour montrer les domaines d’études des étudiants inscrits de premier cycle et de cycles supérieurs.
Comme le montre le graphique 1, le nombre de titulaires de permis d’études ayant la citoyenneté américaine qui ont l’intention d’étudier au niveau du premier cycle et des cycles supérieurs au Canada a augmenté graduellement, passant d’environ 5 000 en 2000 à 11 000 en 2019, puis a diminué à environ 10 000 au début des années 2020. Des tendances semblables ont été observées au niveau du premier cycle et des cycles supérieurs. La plupart des années, les étudiants de premier cycle étaient deux à trois fois plus nombreux que les étudiants des cycles supérieurs.

Tableau de données du graphique 1
| Étudiants canadiens de premier cycle aux États-Unis | Étudiants canadiens de cycles supérieurs aux États-Unis | Étudiants américains de premier cycle au Canada | Étudiants américains de cycles supérieurs au Canada | |
|---|---|---|---|---|
| number | ||||
| Note : Le nombre d’étudiants américains au Canada est fondé sur les titulaires de permis d’études à la fin de l’année civile de 2000 à 2023.
Sources : Institute of International Education, Étudiants internationaux par lieu d’origine et niveau de scolarité; et Statistique Canada, Fichier des résidents non permanents. |
||||
| 2000-2001 | 13 480 | 10 694 | 3 626 | 1 357 |
| 2001-2002 | 13 472 | 11 810 | 4 383 | 1 434 |
| 2002-2003 | 13 859 | 11 252 | 5 000 | 1 605 |
| 2003-2004 | 13 996 | 12 129 | 5 541 | 1 788 |
| 2004-2005 | 13 710 | 13 087 | 6 032 | 1 936 |
| 2005-2006 | 14 257 | 12 355 | 6 316 | 2 152 |
| 2006-2007 | 13 546 | 12 491 | 6 346 | 2 281 |
| 2007-2008 | 13 623 | 13 040 | 6 279 | 2 469 |
| 2008-2009 | 14 261 | 13 185 | 5 957 | 2 487 |
| 2009-2010 | 13 607 | 11 950 | 5 917 | 2 626 |
| 2010-2011 | 13 154 | 11 618 | 5 741 | 2 756 |
| 2011-2012 | 12 866 | 11 190 | 5 616 | 2 996 |
| 2012-2013 | 13 395 | 10 982 | 5 574 | 3 122 |
| 2013-2014 | 13 916 | 11 207 | 5 493 | 3 171 |
| 2014-2015 | 13 131 | 10 605 | 5 577 | 3 017 |
| 2015-2016 | 13 223 | 10 220 | 5 691 | 2 995 |
| 2016-2017 | 13 191 | 10 113 | 6 177 | 3 152 |
| 2017-2018 | 12 581 | 9 517 | 6 837 | 3 371 |
| 2018-2019 | 12 470 | 9 471 | 7 336 | 3 565 |
| 2019-2020 | 12 409 | 9 488 | 7 492 | 3 602 |
| 2020-2021 | 11 981 | 9 499 | 6 268 | 3 066 |
| 2021-2022 | 13 004 | 10 338 | 6 801 | 3 477 |
| 2022-2023 | 13 051 | 10 669 | 6 619 | 3 525 |
| 2023-2024 | 13 726 | 10 428 | 6 716 | 3 314 |
Le flux d’étudiants canadiens vers les États-Unis était beaucoup plus important que le flux dans la direction opposée, bien que l’écart ait diminué depuis le début des années 2000. Le nombre total d’étudiants canadiens de premier cycle et de cycles supérieurs inscrits dans des établissements postsecondaires américains a fluctué entre 21 500 et 27 400, la plus grande partie étant attribuable au nombre d’étudiants de cycles supérieurs. Contrairement à la composition des étudiants américains au Canada, le nombre d’étudiants canadiens de cycles supérieurs aux États-Unis n’était que légèrement inférieur au nombre d’étudiants de premier cycle.
Sur une base annuelle au cours des deux dernières décennies, le Canada a envoyé 4 900 à 9 900 étudiants de premier cycle et 5 900 à 11 200 étudiants de cycles supérieurs de plus aux États-Unis qu’il n’en a reçu des États-Unis.
Les étudiants américains au Canada et les étudiants canadiens aux États-Unis diffèrent également dans leur domaine d’études choisi (tableau 1). Les étudiants américains au Canada étaient fortement concentrés dans les sciences humaines et sociales, qui représentaient ensemble 47 % des étudiants américains au cours de l’année universitaire 2010-2011 et 39 % en 2022-2023, la plus récente année des données du SIEP. Par comparaison, les étudiants canadiens aux États-Unis étaient relativement concentrés dans les professions de la gestion des affaires et de la santé, qui représentaient 31 % des étudiants canadiens en 2010-2011 et 29 % en 2023-2024. Les étudiants canadiens aux États-Unis étaient aussi plus susceptibles d’étudier l’ingénierie que les étudiants américains au Canada.
| Étudiants canadiens aux États-Unis |
Étudiants américains au Canada |
|||
|---|---|---|---|---|
| 2010-2011 | 2023-2024 | 2010-2011 | 2022-2023 | |
| nombre | ||||
| Note : Le nombre d’étudiants est arrondi à la centaine près.
Sources : Institute of International Education, Domaines d’études internationaux des étudiants pour certains lieux d’origine; Statistique Canada, Système d’information sur les étudiants postsecondaires. |
||||
| Nombre total d’étudiants | 27 500 | 29 000 | 9 100 | 10 800 |
| pourcentage | ||||
| Domaine d’études | ||||
| Gestion des affaires | 15,3 | 17,3 | 8,8 | 9,4 |
| Éducation | 9,1 | 4,1 | 2,9 | 2,4 |
| Ingénierie | 7,7 | 8,8 | 5,5 | 5,8 |
| Beaux-arts et arts appliqués | 7,8 | 7,2 | 8,4 | 7,0 |
| Professions de la santé | 16,1 | 11,5 | 4,6 | 4,7 |
| Sciences humaines | 4,8 | 2,7 | 25,6 | 16,8 |
| Mathématiques et informatique | 2,4 | 8,6 | 4,2 | 7,5 |
| Sciences physiques et de la vie | 8,0 | 10,8 | 11,3 | 15,7 |
| Sciences sociales | 12,0 | 11,0 | 21,7 | 21,9 |
| Autres domaines d’études | 14,3 | 15,7 | 6,9 | 8,5 |
| Non déclaré | 2,5 | 2,4 | 0,0 | 0,4 |
En résumé, le présent article met en lumière l’asymétrie des flux d’étudiants de premier cycle et de cycles supérieurs entre le Canada et les États-Unis, les Canadiens poursuivant des études aux États-Unis étant beaucoup plus nombreux que l’inverse. Bien que les deux pays puissent bénéficier d’échanges éducatifs transfrontaliers qui favorisent l’innovation et le transfert de connaissances, le Canada envoie généralement davantage d’étudiants aux États-Unis qu’il n’en reçoit des États-Unis au niveau du premier cycle et des cycles supérieurs. La plupart de ces étudiants peuvent éventuellement retourner au Canada après l’obtention de leur diplômeNote . Les différents domaines d’études — les étudiants américains au Canada gravitent vers les sciences humaines et les sciences sociales, tandis que les étudiants canadiens aux États-Unis se concentrent davantage sur la gestion des affaires, les professions de la santé et l’ingénierie — peuvent refléter des motivations variables pour chercher à étudier à l’étranger et des demandes du marché du travail
Auteurs
Feng Hou et Yuqian Lu travaillent à la Division de l’analyse et de la modélisation économiques et sociales, Direction des études analytiques et de la modélisation, à Statistique Canada.
Remerciements
Les auteurs aimeraient remercier Sylvie Brunet, Felix Blain, Amélie Lafrance-Cooke, Andre Lebel et George Marshall pour leurs conseils et leurs commentaires sur une version antérieure de cet article.
Bibliographie
Choi, Y., et Hou, F. 2023. « Caractéristiques des étudiants étrangers de niveau postsecondaire qui ne se sont pas inscrits à un programme d’études postsecondaires financé par l’État ». Rapports économiques et sociaux, vol. 3, no 11, p. 1 à 7.
Choi, Y., et Hou, F. 2025. « Maintien au Canada des diplômés en science, technologie, ingénierie, mathématiques et informatique ». Rapports économiques et sociaux, vol. 5, no 7, p. 1 à 7.
Gouvernement du Canada. 2025. Attributions provinciales et territoriales de 2025 dans le cadre du plafond d’étudiants étrangers. Consulté le 12 juillet 2025.
IIE (Institute of International Education). 2024. Open Doors Report on International Educational Exchange (en anglais seulement).
Knox, L. 2025. Where International Students Stand Now (en anglais seulement). Consulté le 13 juillet 2025.
Times Higher Education. (n.d.). Finding your university: US versus Canada (en anglais seulement). Consulté le 12 juillet 2025.
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