Rapports économiques et sociaux
Maintien en poste et recrutement de jeunes travailleurs qualifiés de langue officielle minoritaire dans les provinces canadiennes
DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202400600002-fra
Début du texte
Résumé
Retenir et recruter de jeunes travailleurs qualifiés est important pour n’importe quelle collectivité, mais peut l’être encore plus pour les collectivités où la principale langue officielle parlée est une langue officielle minoritaire. Le présent article éclaire cette question en présentant la proportion de jeunes qui ont grandi dans une province et qui obtenu un diplôme d’études postsecondaires, mais qui sont partis travailler dans une autre région du pays (ce qu’on appelle la « perte de compétences »). L’article porte également sur les jeunes diplômés de niveau postsecondaire se rendant dans une province pour travailler, comme proportion de la population initiale de jeunes diplômés de niveau postsecondaire de cette province (appelée « acquisition de compétences »). L’accent est mis sur les locuteurs de langue officielle minoritaire, c’est-à-dire les personnes qui parlent une langue officielle qui n’est pas la langue principale parlée dans leur province d’origine ou leur province de travail (c.-à-d. l’anglais au Québec et le français ailleurs). L’article présente plusieurs constatations intéressantes. Par exemple, le Nouveau-Brunswick a enregistré une perte nette de 1 jeune francophone qualifié sur 5 (ou -19 %) ayant fait ses études postsecondaires entre 2010 et 2017 et ayant été suivi deux ans après l’obtention de son diplôme. Les pertes nettes au Nouveau-Brunswick étaient plus importantes chez les titulaires d’un grade (1 sur 4). En revanche, l’Alberta était de loin la province gagnant le plus grand nombre net de jeunes travailleurs qualifiés de langue officielle minoritaire (70 %). De plus, 2 jeunes francophones qualifiés sur 3 quittant l’Ontario (67 %) ont obtenu leurs diplômes d’études postsecondaires en Ontario avant de partir, ce qui est beaucoup plus élevé que dans toutes les autres provinces examinées. Toutefois, l’Ontario a enregistré des acquisitions nettes dans l’ensemble, surtout chez les titulaires d’un grade ainsi que chez les diplômés de domaines d’études généralement mieux rémunérés.
Auteurs
Marc Frenette travaille à la Division de l’analyse sociale et de la modélisation de la Direction des études analytiques et de la modélisation à Statistique Canada.
Introduction
Le Canada compte deux langues officielles (le français et l’anglais), mais la plupart des collectivités du pays ont une langue officielle dominante selon la démographie. Même si l’anglais est la principale langue parlée dans la majeure partie du pays à l’extérieur du Québec, plusieurs régions au sein de certaines provinces comptent des communautés francophones dynamiques, ainsi qu’une forte présence anglophone dans certaines parties du Québec. La vitalité économique de ces communautés de langue officielle minoritaire dépend, en grande partie, du maintien en poste et du recrutement de travailleurs qualifiés. En effet, pour que les entreprises et les industries demeurent au sein de la collectivité, il peut être nécessaire d’atteindre une masse critique de travailleurs qualifiés. Cependant, les travailleurs qualifiés peuvent être tentés de quitter leur collectivité pour occuper des emplois mieux rémunérés ailleurs. Bien que cela puisse aider leur situation économique personnelle ou familiale, cela pourrait avoir des répercussions négatives sur la collectivité qu’ils laissent derrière eux. Ces départs peuvent être plus probables parmi certains groupes souvent très à l’aise de parler les deux langues officielles. Par exemple, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue du Canada et environ le tiers de ses résidents déclarent le français comme leur première langue officielle; bon nombre d’entre eux sont très à l’aise de parler anglais.
Connaître la proportion de personnes qui ont grandi en tant que locuteurs de langue officielle minoritaire (LLOM) et qui ont obtenu plus tard un titre scolaire de niveau postsecondaire pour finir par quitter leur province d’origine peut orienter les discussions sur le maintien en poste de jeunes qualifiés dans ces collectivités. Dans ce contexte, il est important de mettre l’accent sur les jeunes, car la mobilité géographique tend à être la plus élevée chez les jeunes adultes. De plus, il est important de comprendre leur voie de sortie (c.-à-d. s’ils ont fait leurs études postsecondaires dans leur province d’origine) pour des raisons financières, puisque les études postsecondaires sont partiellement financées par les provinces. Cela peut également orienter les stratégies de maintien en poste (p. ex. le fait d’inciter les jeunes à étudier dans leur province d’origine peut-il aider à les maintenir en poste?). Bien sûr, le recrutement de jeunes LLOM qualifiés est tout aussi important, car il peut compenser la perte de talents causée par l’émigration.
Dans le présent article, plusieurs questions sont posées : « Quelle proportion de jeunes LLOM qualifiés quittent leur province d’origine pour aller travailler ailleurs? », « Les provinces touchées sont-elles en mesure de compenser les pertes en attirant d’autres jeunes LLOM qualifiés d’autres régions du pays? », « Les jeunes LLOM qualifiés qui quittent une province font-ils leurs études postsecondaires dans leur province d’origine avant de partir? » et « Les jeunes LLOM qualifiés se rendent-ils dans une autre province après avoir fait leurs études postsecondaires ailleurs? »; enfin, « Certains types de jeunes LLOM qualifiés sont-ils plus susceptibles que d’autres de partir ou de se rendre dans une autre province, en fonction des titres scolaires et de la discipline? »
Frenette et Handler (2024) ont examiné ces enjeux aux échelons provincial et territorial sans faire de distinction entre les LLOM et les autres personnes. Par conséquent, les mêmes données et méthodes sont utilisées ici. Plus précisément, dans le cadre du présent article, on a déterminé la population des jeunes en âge de fréquenter l’école secondaire (selon la province où ils vivaient à 16 ansNote ) à partir du Fichier des familles T1 (FFT1). Au sein de cet échantillon, seules les personnes ayant finalement obtenu un titre d’études postsecondaires auprès d’un collège public ou d’une université publique entre 2010 et 2017 dans le Système d’information sur les étudiants postsecondaires (SIEP) et qui ne figuraient pas dans le SIEP deux ans après l’obtention de leur diplôme ont été sélectionnées. Ensuite, on a déterminé la province de travail deux ans après l’obtention du diplôme d’études postsecondaires au moyen du Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre (FDLMO) et du FFT1Note . La comparaison de la province de travail avec la province de résidence initiale permet de calculer les pertes et les acquisitions de compétences à l’échelon provincial. Les résultats sont présentés principalement pour les LLOM, définis comme les personnes qui ont fréquenté l’école secondaire à l’extérieur du Québec et déclarent le français comme l’une de leurs langues maternelles ou comme leur seule langue maternelle, ou qui ont fréquenté l’école secondaire au Québec et déclarent l’anglais comme l’une de leurs langues maternelles ou comme leur seule langue maternelle. La langue maternelle est fondée sur le Recensement de la population de 2016. À des fins de comparaison, certains résultats sont également présentés pour les personnes qui ne parlaient pas une langue officielle minoritaire. La taille des échantillons limitait l’analyse à six provinces (la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Québec, l’Ontario, le Manitoba et l’Alberta) et, dans certains cas, à trois provinces (le Nouveau-Brunswick, le Québec et l’Ontario).
Tout au long de l’article, les termes jeunes travailleurs qualifiés et perte ou acquisition de compétences seront utilisés pour décrire succinctement les diplômés de niveau postsecondaire. D’autres groupes de travailleurs peuvent très bien être qualifiés, mais le présent article met l’accent sur les diplômés de niveau postsecondaireNote .
Le présent article porte sur la propension des provinces à maintenir en poste ou à recruter de jeunes LLOM qualifiés vivant au Canada au cours de leur adolescence et ayant fait des études postsecondaires au Canada. Les pénuries qui subsistent peuvent éventuellement être comblées par des talents étrangers grâce au système d’immigration. Toutefois, la connaissance des tendances migratoires des jeunes talents canadiens qualifiés pourrait servir de base aux discussions stratégiques sur la dépendance à l’égard des talents étrangers pour combler les pénuries de main-d’œuvre.
La proportion de jeunes travailleurs qualifiés de langue officielle minoritaire varie considérablement selon la province
Pour mettre les choses en contexte, le graphique 1 montre les tailles relatives des populations de LLOM parmi la population de jeunes qualifiés dans chacune des six provinces examinées dans le présent article. Comme on pouvait s’y attendre, le Nouveau-Brunswick (la seule province officiellement bilingue du Canada) a enregistré la plus forte proportion, soit 36,5 %. La population de jeunes travailleurs qualifiés de LLOM au Québec se classait deuxième en ce qui a trait à sa taille relative (13,7 %). Toutes les autres provinces ont enregistré des populations de LLOM relativement plus petites : Ontario (4,2 %), Manitoba (3,6 %), Nouvelle-Écosse (2,7 %) et Alberta (1,3 %). Toutefois, il est important de souligner qu’au sein de chaque province, ces populations peuvent former une part importante de petites collectivités, ce qui peut stimuler l’économie locale et même entraîner l’utilisation quotidienne de leur langue dans les entreprises et la société.

Tableau de données du graphique 1
| Pourcentage | |
|---|---|
| Nouvelle-Écosse | 2,7 |
| Nouveau-Brunswick | 36,5 |
| Québec | 13,7 |
| Ontario | 4,2 |
| Manitoba | 3,6 |
| Alberta | 1,3 |
|
Notes : Le dénominateur de toutes les estimations est la population de futurs diplômés de niveau postsecondaire (main-d’œuvre qualifiée) résidant dans la province pendant les études secondaires. Le numérateur est la population de locuteurs de langue officielle minoritaire au sein de la population décrite dans le dénominateur. L’échantillon comprend les cohortes de diplômés de niveau postsecondaire de 2010 à 2017. Sources : Statistique Canada, Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre, Système d’information sur les étudiants postsecondaires, Recensement de la population de 2016 et Fichier des familles T1. |
|
Le Nouveau-Brunswick a enregistré une perte nette de 1 jeune francophone qualifié sur 5
Le graphique 2 présente les pertes et les acquisitions brutes et nettes de compétences au sein de la population de jeunes LLOM. Bien sûr, les tendances en matière de mobilité des jeunes LLOM qualifiés peuvent refléter, dans une certaine mesure, les tendances plus générales en matière de mobilité des jeunes travailleurs qualifiés dans ces provinces. Par exemple, lorsque les prix du pétrole augmentent ou baissent, la demande de main-d’œuvre augmente ou diminue également en Alberta et dans d’autres provinces productrices de pétrole; cela pourrait avoir une incidence sur la migration de grands groupes de jeunes. Pour cette raison, les résultats du graphique 2 seront également examinés dans ce contexte plus large en faisant référence au graphique 3, qui montre les pertes et les acquisitions brutes et nettes de compétences au sein de la population de jeunes non-LLOM.
Le Nouveau-Brunswick a enregistré les plus fortes pertes nettes de jeunes LLOM qualifiés (parlant français dans ce cas) en pourcentage (graphique 2). Plus précisément, 21 % des jeunes ayant fait leurs études postsecondaires entre 2010 et 2017, ayant fréquenté l’école secondaire au Nouveau-Brunswick et parlant français travaillaient ailleurs deux ans après l’obtention de leur diplôme d’études postsecondaires. Le Nouveau-Brunswick a également réussi à recruter des diplômés de niveau postsecondaire francophones qui ont fréquenté l’école secondaire à l’extérieur du Nouveau-Brunswick, mais cela représentait 2 % de son bassin initial de futurs diplômés de niveau postsecondaire parlant français et ayant fréquenté l’école secondaire au Nouveau-Brunswick. Ainsi, le Nouveau-Brunswick a déclaré une perte nette de compétences équivalant à 19 % de sa population initiale de jeunes francophones qualifiés. Cette perte nette de compétences n’était pas propre aux LLOM de la province; le Nouveau-Brunswick a également enregistré une perte nette de compétences des non-LLOM équivalant à 16 % (également la plus élevée des six provinces). Cela peut faire ressortir une raison plus générale derrière les tendances (p. ex. les débouchés économiques). Quelle que soit la raison, le résultat du graphique 2 indique des pertes nettes substantielles de jeunes francophones qualifiés au Nouveau-Brunswick.
Deux autres provinces ont déclaré des pertes nettes de compétences en ce qui concerne leur jeune population de LLOM : le Québec (9 % de sa population initiale de jeunes anglophones qualifiés) et le Manitoba (6 % de sa population initiale de jeunes francophones qualifiés). Alors que le Manitoba a également enregistré une perte nette substantielle de compétences de non-LLOM (8 %), ce n’était pas le cas au Québec (perte nette de 1 %).
Les trois autres provinces examinées dans la présente étude ont toutes enregistré des acquisitions nettes de compétences de jeunes LLOM qualifiés. L’Alberta arrivait en tête de liste par une très grande marge, affichant une acquisition nette de compétences de 70 %. Bien que l’Alberta ait perdu 15 % de sa population de jeunes francophones qualifiés, elle a réussi à recruter un nombre relativement élevé de jeunes francophones qualifiés (l’équivalent d’un accroissement des compétences de 85 %). Même si l’Alberta se classait également en tête de liste quant à l’augmentation nette des compétences de non-LLOM, ce pourcentage était bien inférieur à celui de son acquisition nette de compétences de LLOM (20 % comparativement à 70 %).
L’Ontario a enregistré la deuxième augmentation nette de compétences en importance parmi les LLOM, mais la province se situait loin derrière l’Alberta, la hausse s’établissant à13 %. En revanche, l’Ontario a enregistré une modeste perte de compétences équivalant à 3 % de sa population de jeunes non-LLOM. De même, la Nouvelle-Écosse a enregistré une acquisition nette de compétences correspondant à 5 % des jeunes LLOM, mais une perte nette de compétences parmi les non-LLOM (9 %).

Tableau de données du graphique 2
| Perte de compétences | Acquisition de compétences | Perte ou acquisition nette de compétences | |
|---|---|---|---|
| pourcentage | |||
| Nouvelle-Écosse | -29 | 34 | 5 |
| Nouveau-Brunswick | -21 | 2 | -19 |
| Québec | -17 | 8 | -9 |
| Ontario | -13 | 26 | 13 |
| Manitoba | -18 | 12 | -6 |
| Alberta | -15 | 85 | 70 |
|
Notes : Le dénominateur de toutes les estimations est la population de futurs diplômés de niveau postsecondaire (main-d’œuvre qualifiée) résidant dans la province pendant les études secondaires. Le numérateur est soit les travailleurs qualifiés ayant quitté la province (perte), soit les travailleurs qualifiés étant entrés dans la province (acquisition), selon leur province de travail deux ans après l’obtention du diplôme. L’échantillon comprend les cohortes de 2010 à 2017 de diplômés de niveau postsecondaire qui étaient des locuteurs de langue officielle minoritaire, selon la province illustrée dans le graphique. Sources : Statistique Canada, Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre, Système d’information sur les étudiants postsecondaires, Recensement de la population de 2016 et Fichier des familles T1. |
|||

Tableau de données du graphique 3
| Perte de compétences | Acquisition de compétences | Perte ou acquisition nette de compétences | |
|---|---|---|---|
| pourcentage | |||
| Nouvelle-Écosse | -27 | 18 | -9 |
| Nouveau-Brunswick | -32 | 16 | -16 |
| Québec | -4 | 3 | -1 |
| Ontario | -8 | 5 | -3 |
| Manitoba | -17 | 9 | -8 |
| Alberta | -11 | 31 | 20 |
|
Notes : Le dénominateur de toutes les estimations est la population de futurs diplômés de niveau postsecondaire (main-d’œuvre qualifiée) résidant dans la province pendant les études secondaires. Le numérateur est soit les travailleurs qualifiés ayant quitté la province (perte), soit les travailleurs qualifiés étant entrés dans la province (acquisition), selon leur province de travail deux ans après l’obtention du diplôme. L’échantillon comprend les cohortes de 2010 à 2017 de diplômés de niveau postsecondaire qui ne parlaient pas une langue officielle minoritaire selon la province illustrée dans le graphique. Sources : Statistique Canada, Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre, Système d’information sur les étudiants postsecondaires, Recensement de la population de 2016 et Fichier des familles T1. |
|||
En Ontario, 2 jeunes francophones qualifiés sur 3 quittant la province ont obtenu leurs diplômes d’études postsecondaires en Ontario avant de partir
Savoir si un jeune qualifié quittant sa province suit ses études postsecondaires avant ou après son départ est important d’un point de vue fiscal, puisque l’enseignement postsecondaire est financé en partie par les provinces. Il en va de même pour les jeunes talents qualifiés qui se rendent dans une nouvelle province. La consignation de telles tendances pourrait aussi potentiellement orienter les politiques de recrutement et de maintien en poste.
Le graphique 4 montre le pourcentage de sortants et d’entrants ayant terminé leurs études postsecondaires avant de quitter la province ou de s’y rendre, respectivement, pour l’échantillon de LLOM. Dans le graphique, une barre bleue plus grande indique plus de répercussions financières négatives pour la province en question, tandis qu’une barre orange plus grande correspond à plus de répercussions financières positives. Les jeunes quittant l’Ontario étaient les plus susceptibles d’obtenir leurs titres scolaires de niveau postsecondaire en Ontario avant de partir (67 %); ce pourcentage dépassait de loin celui de leurs homologues du Québec (46 %). En revanche, 41 % des entrants en Ontario ont obtenu leurs titres scolaires de niveau postsecondaire avant de s’y rendre, tandis que 55 % des entrants au Québec en ont fait de même. En Nouvelle-Écosse et en Alberta, les entrants étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir terminé leurs études postsecondaires avant leur arrivée (56 % et 60 %, respectivement) que ceux quittant la province ne le faisaient avant leur départ (32 % et 41 %, respectivement). Au Nouveau-Brunswick, 42 % des sortants ont obtenu leurs titres scolaires de niveau postsecondaire avant de partir, tandis que 35 % des entrants en ont fait de même avant d’arriver.

Tableau de données du graphique 4
| Niveau d’études postsecondaires le plus élevé obtenu avant d’avoir quitté la province | Niveau d’études postsecondaires le plus élevé obtenu avant d’être entré dans la province | |
|---|---|---|
| pourcentage | ||
| Nouvelle-Écosse | 32 | 56 |
| Nouveau-Brunswick | 42 | 35 |
| Québec | 46 | 55 |
| Ontario | 67 | 41 |
| Manitoba | 42 | 52 |
| Alberta | 41 | 60 |
|
Notes : Le dénominateur de toutes les estimations est la population de futurs diplômés de niveau postsecondaire (main-d’œuvre qualifiée) résidant dans la province pendant les études secondaires qui ont quitté la province (barres bleues) ou qui sont entrés dans la province (barres oranges) selon leur province de travail deux ans après l’obtention du diplôme. Le numérateur correspond aux sortants ou aux entrants qualifiés ayant terminé leur plus haut niveau d’études postsecondaires avant de quitter la province ou d’y entrer, en fonction de leur province de travail deux ans après l’obtention de leur diplôme. L’échantillon comprend les cohortes de 2010 à 2017 de diplômés de niveau postsecondaire qui étaient des locuteurs de langue officielle minoritaire, selon la province illustrée dans le graphique. Sources : Statistique Canada, Recensement de la population de 2016, Système d’information sur les étudiants postsecondaires, Fichier des familles T1, Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre. |
||
Les pertes nettes de locuteurs francophones du Nouveau-Brunswick étaient plus importantes chez les titulaires d’un grade
Quels types de jeunes LLOM qualifiés les provinces ont-elles tendance à perdre et à gagner? On peut répondre à cette question en fonction des proportions présentant différents niveaux de diplômes ainsi que de la proportion de diplômés de certaines disciplines. Seules trois provinces ont pu être incluses pour cette partie de l’analyse en raison de la plus petite taille des échantillons : le Nouveau-Brunswick, le Québec et l’Ontario.
Comme le montre le tableau 1, le Nouveau-Brunswick a perdu une proportion beaucoup plus élevée de sa population de jeunes LLOM qualifiés ayant obtenu un grade (26 %) que leurs homologues ayant obtenu un certificat ou un diplôme (14 %). Cela n’a pas été contrebalancé par de plus grandes acquisitions de compétences chez les titulaires d’un grade (3 %), comparativement aux titulaires d’un certificat ou d’un diplôme (2 %).
Au Québec et en Ontario, les pertes de compétences entre les deux types de diplômés étaient beaucoup plus proches. Même si le Québec n’a pas compensé ces pertes par des acquisitions pour les deux types de diplômés, l’Ontario l’a fait dans les deux cas. Cela a été particulièrement le cas pour les titulaires d’un grade en Ontario, où les acquisitions (34 %) ont largement dépassé les pertes (15 %), ce qui a entraîné une acquisition nette de 19 %Note .
| Province | Certificat ou diplôme | Grade (baccalauréat, diplôme universitaire ou professionnel) |
||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Perte de compétences | Acquisition de compétences | Perte ou acquisition nette de compétences | Perte de compétences | Acquisition de compétences | Perte ou acquisition nette de compétences | |
| pourcentage | ||||||
| Nouveau-Brunswick | 14 | 2 | -12 | 26 | 3 | -23 |
| Québec | 16 | 8 | -8 | 17 | 8 | -8 |
| Ontario | 11 | 15 | 5 | 15 | 34 | 19 |
|
Notes : Le dénominateur de toutes les estimations est la population de futurs diplômés de niveau postsecondaire (main-d’œuvre qualifiée) résidant dans la province pendant les études secondaires. Le numérateur est soit les travailleurs qualifiés ayant quitté la province (perte), soit les travailleurs qualifiés étant entrés dans la province (acquisition), selon leur province de travail deux ans après l’obtention du diplôme. L’échantillon comprend les cohortes de diplômés de niveau postsecondaire de 2010 à 2017. Sources : Statistique Canada, Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre, Système d’information sur les étudiants postsecondaires, Recensement de la population de 2006 et Fichier des familles T1. |
||||||
Les disciplines dans lesquelles les pertes et les acquisitions ont été enregistrées ont été regroupées en deux grandes catégories. La première comprend des domaines que des travaux de recherche antérieurs ont généralement associés à une rémunération relativement élevée, y compris les disciplines en STGMNote qui mettent l’accent sur les mathématiques (c.-à-d. le génie, les mathématiques, l’informatique, la physique, la chimie), ainsi que les programmes en affaires, en santé et en droit (LLB, JD, BCL) (trois exemples de programmes SACHESNote ) Note Note Note . La deuxième catégorie comprend tous les autres programmes. En général, ces programmes sont associés à des salaires plus bas. La répartition en secteurs généralement mieux rémunérés et généralement moins bien rémunérés est instructive, car une rémunération élevée peut indiquer une forte demande ou une faible offre. De plus, le recrutement et le maintien en poste de diplômés de disciplines généralement mieux rémunérées ont d’importantes répercussions financières sur les provinces du point de vue des recettes fiscales.
Les résultats présentés au tableau 2 donnent à penser que le Nouveau-Brunswick était un peu plus susceptible de perdre de jeunes LLOM qualifiés provenant de disciplines généralement moins rémunérées (23 %) que de disciplines généralement mieux rémunérées (18 %). Il en allait de même pour le Québec (19 % et 14 % respectivement), alors qu’en Ontario, la différence était faible (13 % et 14 % respectivement).
En ce qui concerne le recrutement de jeunes LLOM qualifiés, l’Ontario a obtenu des résultats relativement plus élevés pour attirer des jeunes de disciplines généralement mieux rémunérées (32 %) que de disciplines généralement moins rémunérées (23 %). Les parts de l’acquisition de compétences étaient beaucoup plus proches pour les deux types de disciplines au Nouveau-Brunswick et au Québec.
| Province | Programmes en génie, mathématiques, informatique, physique, chimie, affaires, santé et droit | Tous les autres programmes | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Perte de compétences | Acquisition de compétences | Perte ou acquisition nette de compétences | Perte de compétences | Acquisition de compétences | Perte ou acquisition nette de compétences | |
| pourcentage | ||||||
| Nouveau-Brunswick | 18 | 3 | -15 | 23 | 2 | -21 |
| Québec | 14 | 7 | -8 | 19 | 10 | -9 |
| Ontario | 14 | 32 | 19 | 13 | 23 | 10 |
|
Notes : Le dénominateur de toutes les estimations est la population de futurs diplômés de niveau postsecondaire (main-d’œuvre qualifiée) résidant dans la province pendant les études secondaires. Le numérateur est soit les travailleurs qualifiés ayant quitté la province (perte), soit les travailleurs qualifiés étant entrés dans la province (acquisition), selon leur province de travail deux ans après l’obtention du diplôme. L’échantillon comprend les cohortes de diplômés de niveau postsecondaire de 2010 à 2017. Sources : Statistique Canada, Fichier de données longitudinales sur la main-d’œuvre, Système d’information sur les étudiants postsecondaires, Recensement de la population de 2006 et Fichier des familles T1. |
||||||
Conclusion
L’établissement et le maintien de collectivités dynamiques peuvent nécessiter une main-d’œuvre jeune et qualifiée. Cependant, il peut être difficile de retenir et de recruter de jeunes talents qualifiés, surtout dans les collectivités où la principale langue parlée est une langue officielle minoritaire (c.-à-d. l’anglais au Québec ou le français ailleurs). Le présent article éclaire la question en estimant les acquisitions et les pertes de jeunes LLOM qualifiés dans diverses provinces.
L’analyse a donné lieu à plusieurs constatations intéressantes. Par exemple, le Nouveau-Brunswick a enregistré une perte nette de 1 jeune francophone qualifié sur 5 (ou -19 %) ayant fait ses études postsecondaires entre 2010 et 2017 et ayant été suivi deux ans après l’obtention de son diplôme. Les pertes nettes au Nouveau-Brunswick étaient plus importantes chez les titulaires d’un grade (1 sur 4). En revanche, l’Alberta était de loin la province acquérant le plus grand nombre de jeunes LLOM qualifiés (70 %). De plus, 2 jeunes francophones qualifiés sur 3 quittant l’Ontario (67 %) ont obtenu leurs titres scolaires de niveau postsecondaire en Ontario avant de partir; ce nombre est beaucoup plus élevé que celui pour toutes les autres provinces examinées. Toutefois, l’Ontario a globalement présenté des acquisitions nettes, surtout parmi les titulaires d’un grade et parmi les diplômés de domaines d’études généralement mieux rémunérés.
Il est également important de mentionner que les données présentées dans cet article ont été recueillies avant la pandémie de COVID-19 et la hausse récente du télétravail. Il est peut-être désormais plus facile pour certains travailleurs de rester dans leur province ou territoire d’origine pendant qu’ils travaillent (à distance) dans une autre région du pays. Cela peut être particulièrement vrai pour les diplômés de niveau postsecondaire, car ceux-ci sont beaucoup plus susceptibles d’occuper un emploi où le télétravail est possible que d’autres travailleurs (Deng et coll., 2020). Même si cela pouvait réduire la main-d’œuvre qualifiée disponible pour les employeurs locaux dans certaines régions, le fait que les travailleurs peuvent continuer de vivre (et de dépenser) là où ils ont grandi (plutôt que de déménager) pourrait atténuer les pertes économiques pour les provinces ou territoires d’origine (c.-à-d. que la ressource a peut-être disparu, mais que l’argent est encore dépensé localement). Des études ultérieures au moyen de données plus récentes pourraient porter sur cette dynamique.
Bibliographie
Deng, Z., R. Morissette et D. Messacar. (2020). Faire tourner l’économie à distance : le potentiel du travail à domicile pendant et après la COVID-19. StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur.https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/45-28-0001/2020001/article/00026-fra.htm
Frenette, M. et T. Handler. (2020). Quels programmes de baccalauréat étaient associés aux plus hauts salaires avant la pandémie de COVID-19? Un regard sur les domaines d’études très détaillés. Aperçus économiques. No 120. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-626-x/11-626-x2020018-fra.htm
Frenette, M. et T. Handler. 2024. Maintien en poste et recrutement de jeunes travailleurs qualifiés : résultats par province et territoire. Rapports économiques et sociaux.Vol. 4, No 3. https://www150.statcan.gc.ca/n1/en/catalogue/36280001202400400003
Laporte, C. et R. Mueller. 2011. Profil d’achèvement des apprentis inscrits : qui poursuit, abandonne et termine les programmes? Direction des études analytiques : documents de recherche, no 422. Produit no 11F0019M au catalogue de Statistique Canada. Ottawa : Statistique Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11f0019m/11f0019m2011333-fra.htm
- Date de modification :