Rapports économiques et sociaux
Faits saillants d’une nouvelle étude sur la croissance des revenus tout au long de la vie des personnes ayant une incapacité depuis l’enfance

Date de diffusion : le 26 juillet 2023

DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202300700006-fra

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Une étude menée par les chercheurs Sung-Hee Jeon, Jungwee Park et Dafna Kohen de Statistique Canada, récemment publié publiée dans Health Economics, présente des renseignements importants à l’égard de l’évolution des revenus tout au long de la vie des personnes ayant une incapacité depuis l’enfance. L’étude permet de noter que, contrairement à diverses autres manifestations d’un mauvais état de santé, l’incapacité peut mener à un problème de santé qui durera pour le restant de la vie d’une personne. Une incapacité peut instantanément détruire le capital humain pour un emploi précis sur une longue période et pourrait nuire gravement à la capacité de travailler d’une personne. En général, on sait qu’une incapacité prolongée a généralement des effets négatifs sur l’emploi et les revenus. Pour certaines personnes ayant une incapacité, le principal défi à surmonter sur le marché du travail est de trouver un emploi. Pour d’autres personnes, il peut être difficile de garder un emploi ou d’être admissibles à des promotions. Cependant, les personnes ayant une incapacité peuvent aussi s’adapter à leurs limites physiques ou mentales et acquérir de nouvelles compétences pouvant contrebalancer entièrement ou partiellement la perte de compétences ou d’habiletés. La mesure dans laquelle les personnes peuvent s’adapter à leur incapacité dépend probablement de l’âge à l’apparition de l’incapacité, ainsi que de la nature et de la gravité de cette incapacité. Les chercheurs doivent prendre en considération ces facteurs essentiels lorsqu’ils examinent les effets à long terme de l’incapacité sur les résultats sur le marché du travail.

L’âge à l’apparition de l’incapacité joue un rôle particulièrement important dans les résultats sur le marché du travail à vie pour les personnes ayant une incapacité. Il est possible que les répercussions d’une incapacité soient différentes selon le moment d’apparition de l’incapacité. Ainsi, elles seront différentes pour les personnes dont l’incapacité est apparue avant que le capital humain ait été développé entièrement (p. ex. les personnes dont l’incapacité est apparue durant l’enfance ou en bas âge), les personnes dont l’incapacité est apparue en milieu de carrière professionnelle pendant qu’elles étaient dans le principal groupe d’âge actif, et les personnes dont l’incapacité est apparue peu avant le départ à la retraite. Les décisions individuelles prises à l’égard de l’ajustement du capital humain (choisir un domaine d’études ou acquérir de nouvelles compétences) ou de l’adaptation au marché du travail (p. ex. changer d’emploi) dépendent de divers facteurs, notamment les coûts de renonciation pour effectuer de tels changements, les résultats attendus et les solutions de rechange pour obtenir des revenus ne provenant pas d’un travail. Comparativement aux personnes ayant une incapacité qui est apparue plus tard dans leur vie, les personnes qui ont une incapacité depuis le bas âge ont plus de temps pour s’adapter à leur incapacité et acquérir des compétences requises sur le marché du travail pour réduire les répercussions de leur incapacité, et ce, même avant d’entrer sur le marché du travail. Ces personnes pourraient aussi vouloir investir plus de temps et de ressources financières dans l’acquisition de nouvelles compétences en sachant qu’elles bénéficieront d’un tel investissement toute leur vie. L’âge à l’apparition de l’incapacité a aussi une incidence directe sur le niveau de scolarité atteint, ce qui est le plus important déterminant des revenus gagnés au cours de la vie.

La rareté des données a été un obstacle important des recherches sur les effets à long terme des incapacités qui sont apparues durant l’enfance. La nouvelle étude s’appuie sur l’information tirée d’un ensemble de données unique faisant le couplage de données entre l’Enquête canadienne sur l’incapacité de 2017 et les données longitudinales des dossiers fiscaux des particuliers. Les données couplées s’étendent sur diverses décennies et renferment des renseignements exacts sur les revenus annuels des particuliers. L’étude définit une incapacité apparaissant durant l’enfance comme étant une incapacité à long terme qui est apparue avant l’âge de 16 ans. La force analytique et l’élément unique de l’étude reposent sur la comparaison des profils de croissance des revenus des personnes avec et sans incapacité apparaissant durant l’enfance pendant toute leur vie professionnelle, depuis l’âge où les personnes ont entré dans le monde du travail jusqu’à l’âge habituel du départ à la retraite. Le cadre d’analyse utilisé dans l’étude permet surtout de mieux comprendre si les personnes ayant une incapacité depuis l’enfance tirent profit de l’accumulation de compétences sur le marché du travail et d’expériences de travail de la même façon que les personnes ayant le même niveau de scolarité, mais sans une incapacité depuis l’enfance.

L’étude montre que, d’ordre général, les revenus des personnes ayant une incapacité depuis l’enfance ont une croissance plus lente que les revenus des personnes sans une telle incapacité pendant leurs carrières professionnelles. Les personnes ayant une incapacité depuis l’enfance connaissent très peu de croissance de revenus pendant qu’elles sont dans la mi-trentaine et pendant la quarantaine, alors que les revenus des personnes sans incapacité depuis l’enfance connaissent une croissance constante jusqu’à ce que ces personnes atteignent la fin de la quarantaine ou le début de la cinquantaine. Alors que les gains annuels des hommes atteints de COD à la fin de la quarantaine sont, en moyenne, environ 3,6 fois plus élevés que leurs gains à 20 ans, les gains annuels des hommes sans COD à la fin de la quarantaine sont environ 4,2 fois plus élevés. Les revenus des femmes atteintes de COD sont environ 2,8 fois plus élevés lorsqu'elles sont au milieu de la quarantaine par rapport à ce qu'elles gagnent à 20 ans. Cependant, les femmes sans COD gagnent 3,2 fois plus au milieu de la quarantaine qu'à 20 ans.

Cette tendance de croissance très lente des revenus parmi les personnes ayant une incapacité depuis l’enfance, comparativement aux personnes sans une telle incapacité, est surtout marquée chez les hommes détenant un grade universitaire. L’étude présente les résultats pour d’importantes documentations économiques et pour des économistes qui s’intéressent depuis longtemps aux déterminants de la croissance des revenus au cours de la vie. Elle avance que l’expérience de travail pourrait être un facteur contribuant aux écarts entre les profils des gains selon l’âge des diplômés universitaires avec ou sans incapacité depuis l’enfance. Elle suggère aussi que l’expérience de travail pourrait ne pas être aussi étroitement liée aux revenus des personnes ayant une incapacité depuis l’enfance au cours de leur mi-carrière, comparativement aux personnes sans une telle incapacité.

L’étude est intitulée « Childhood-onset disabilities and lifetime earnings growth: A longitudinal analysis ». Il est possible de consulter cet article sur le site Web de Health Economics : http://doi.org/10.1002/hec.4687. Une version intégrale gratuite de l’article est aussi disponible à partir du site Web de ResearchGate.

Auteurs

Dafna Kohen et Jungwee Park travaillent à la Division de l’analyse de la santé, Statistique Canada. Sung Hee Jeon travaille à la Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Statistique Canada.

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