Bulletin d'analyse : régions rurales et petites villes du Canada
Les perspectives des entreprises rurales, quatrième trimestre de 2022

par Anne Munro, Jacqueline Ha et Andrew Balcom

Date de diffusion : le 20 decembre 2022

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En octobre 2022, les prix à la consommation ont augmenté de 0,7 %, ce qui représente la plus forte hausse mensuelle depuis juin 2022Note . Les prix se sont appréciés de 6,9 % par rapport au même mois de 2021 et les prix de l’essence se sont accrus de 17,8 % au cours de cette même périodeNote . La croissance des salaires horaires moyens d’une année sur l’autre est demeurée élevée puisqu’elle s’est chiffrée à plus de cinq pour cent (5,6 %) pour un cinquième mois consécutifNote . La hausse des coûts des matériaux et des intrants ainsi que des coûts liés au transport a causé des problèmes persistants dans les chaînes d’approvisionnement pour les entreprises canadiennes.

La hausse de l’inflation est demeurée l’obstacle à court terme le plus souvent attendu au quatrième trimestre de 2022. Plus des trois cinquièmes (62,4 %) des entreprises rurales se disent préoccupées par la hausse de l’inflation, une proportion supérieure à celle des entreprises urbaines (57,6 %). Parmi les autres obstacles à court terme les plus couramment attendus par les entreprises rurales figurent l’augmentation du coût des intrants (51,4 %), les coûts liés au transport (45,6 %), et la hausse des taux d’intérêt et des coûts liés à la dette (40,2 %). La majorité des entreprises rurales (64,4 %) ont affirmé qu’il était à tout le moins plutôt probable qu’elles transmettent les hausses de leurs coûts à leurs clients au cours des 12 prochains mois. Malgré ces défis, plus d’un quart (27,6 %) des entreprises rurales se sont dites très optimistes à l’égard de leurs perspectives pour les 12 prochains mois. Il s’agit d’une proportion plus élevée que celle observée parmi les entreprises urbaines (22,8 %).

Au cours du quatrième trimestre de 2022, les entreprises rurales qui s’attendaient à éprouver des difficultés liées aux chaînes d’approvisionnement et aux niveaux des stocks étaient moins susceptibles d’affirmer que leurs problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement s’étaient aggravés, passant de  64,3 % en troisième trimestre à 51,9 %. Ces entreprises étaient plus portées à prévoir s’adapter en trouvant d’autres intrants (33,7 %), en s’associant à de nouveaux fournisseurs (27,9 %) ou en collaborant avec leurs fournisseurs pour accroître la rapidité (25,6 %).

Plus de la moitié (52,1 %) des entreprises rurales ont affirmé qu’elles augmenteront les salaires qu’elles versent à leur personnel au cours de la prochaine année, et une proportion similaire (51,7 %) a indiqué avoir tenu compte de l’inflation dans une moyenne ou une grande mesure au moment d’établir les salaires et les traitements. Plus du tiers (34,8 %) des entreprises rurales s’attendaient également à augmenter le prix de vente de leurs biens et services durant la même période.

L’Enquête canadienne sur la situation des entreprises (ECSE) fournit des renseignements détaillés sur les perceptions des entreprises quant à l’environnement dans lequel elles mènent actuellement leurs activités ainsi que sur leurs attentes pour l’avenir. Dans cette analyse, on porte une attention particulière aux entreprises en région ruraleNote  en se fondant sur les résultats de l’ECSE du quatrième trimestre de 2022, menée du 3 octobre au 7 novembre 2022.

Les entreprises rurales sont plus optimistes à l’égard de leur avenir qu’au début de 2022

Par rapport au début de l’année, au quatrième trimestre de 2022, les entreprises rurales étaient légèrement plus susceptibles de se dire très optimistes quant à leurs perspectives pour les 12 prochains mois (22,5 % pendant le premier trimestre de l’année par rapport à 27,6 %). C’est dans le secteur des arts, spectacles et loisirs qu’on a observé la plus forte hausse du pourcentage d’entreprises rurales qui affirment être très optimistes (42,3 % par rapport à 15,0 % au premier trimestre). Dans le contexte de ce changement, le pourcentage d’entreprises rurales dans ce secteur qui étaient plutôt optimistes ou très optimistes à l’égard de leur avenir est passé à 90,1 %, devant les entreprises urbaines dans ce secteur (79,1 %) et les entreprises rurales au premier trimestre (74,6 %).

graphique 1

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1 Entreprises rurales et Entreprises urbaines, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Entreprises rurales Entreprises urbaines
pourcentage
Toutes les industries 75,0 69,3
Agriculture, foresterie, pêche et chasse 67,4 62,6
Extraction minière, exploitation en carrière et extraction de pétrole et de gaz 61,7 65,3
Construction 79,8 70,9
Fabrication 73,6 72,9
Commerce de gros 84,9 76,4
Commerce de détail 75,8 64,9
Transport et entreposage 51,1 55,3
Industrie de l’information et industrie culturelle 71,0 69,0
Finance et assurances 78,5 73,5
Services immobiliers et services de location et de location à bail 64,7 71,0
Services professionnels, scientifiques et techniques 83,0 68,4
Services administratifs, services de soutien, services de gestion des déchets et services d’assainissement 83,7 73,7
Soins de santé et assistance sociale 90,5 78,2
Arts, spectacles et loisirs 90,1 79,1
Services d’hébergement et de restauration 65,3 57,7
Autres services (sauf les administrations publiques) 81,2 70,4

Les entreprises urbaines ont affiché des tendances similaires pendant la même période, 22,8 % s’étant dites très optimistes à propos des 12 prochains mois comparativement au début de l’année (20,8 %). Les secteurs des soins de santé et assistance sociale (de 26,9 % à 42,2 %), des autres services (de 13,9 % à 28,0 %) et de l’industrie de l’information et industrie culturelle (de 9,4 % à 20,2 %) ont vu la plus forte hausse de l’optimisme des entreprises urbaines.

Plus de trois cinquièmes des entreprises rurales se disent préoccupées par la hausse de l’inflation

Bien que les entreprises rurales manifestent un optimisme croissant, des domaines de préoccupations subsistent. Au cours du quatrième trimestre de 2022, la hausse de l’inflation est restée l’obstacle à court terme le plus fréquemment attenduNote  par les entreprises rurales (62,4 % – un pourcentage pratiquement inchangé depuis le trimestre précédent [62,7 %]).

Les entreprises canadiennes associent toujours les pressions persistantes dans l’économie aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, aux prix élevés des produits de base (exacerbés par la guerre en Ukraine), à la demande excédentaire et aux coûts élevés de la main-d’œuvre comme des facteurs qui expliquent l’inflation durable tant à l’international qu’au paysNote . L’indice des prix à la consommation (6,9 %)Note , l’Indice des prix des produits industriels (10,1 %)Note  et l’Indice des prix des matières brutes (9,0 %)Note  ont tous augmenté d’une année à l’autre en octobre 2022, ce qui semble indiquer que l’inflation à la hausse est répandue dans tous les aspects de l’économie.

L’augmentation du coût des intrants (main-d’œuvre, capital, énergie, matières brutes, etc.) était le deuxième obstacle le plus couramment cité par près de la moitié des entreprises rurales (51,4 %), quoiqu’en baisse de 4,6 points de pourcentage depuis de premier trimestre. Cet obstacle se classait également au deuxième rang pour les entreprises urbaines (47,5 %), mais en baisse de 1,5 point de pourcentage sur la même période. En réponse, plus de trois cinquièmes des entreprises rurales (64,4 %) et des entreprises urbaines (61,2 %) ont affirmé qu’il était plutôt probable ou très probable qu’elles transmettent les hausses de leurs coûts à leurs clients au cours des 12 prochains mois.

Les coûts liés au transport étaient le troisième obstacle le plus souvent indiqué par les entreprises rurales (45,6 %), 10 points de pourcentage devant les entreprises urbaines (35,5 %). Les prix de l’essence ont bondi de 17,8 % d’une année sur l’autre en octobreNote . Toutes les entreprises sont touchées par cette situation, mais les entreprises rurales le sont encore plus en raison de leur isolement relatif et des temps de voyagement plus longs.

En octobre 2022, la Banque du Canada a augmenté son taux directeur de 0,5 point de pourcentage à 3,75 % en vue de maîtriser l’inflation élevée et les attentes à l’égard de l’inflation pour l’avenirNote . La hausse des taux d’intérêt et des coûts liés à la dette était le quatrième obstacle à court terme le plus fréquemment mentionné par les entreprises rurales (40,2 %), en baisse de 2,3 points de pourcentage depuis le troisième trimestre, alors qu’il a gagné en importance pour les entreprises urbaines durant la même période (de 35,8 % à 39,3 %).

graphique 2

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2 Hausse de l’inflation, Augmentation du coût des intrants, Coûts liés au transport et Hausse des taux d’intérêt et des coûts liés à la dette, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Hausse de l’inflation Augmentation du coût des intrants Coûts liés au transport Hausse des taux d’intérêt et des coûts liés à la dette
pourcentage
Entreprises rurales 62,4 51,4 45,6 40,2
Entreprises urbaines 57,6 47,5 35,5 39,3

La majorité des entreprises rurales prévoient augmenter les salaires

Parmi les entreprises rurales qui ne prévoyaient pas s’endetter davantage au cours des trois prochains mois (79,5 %), un quart (25,0 %) ont déclaré qu’elles n’avaient pas la capacité de le faire. Un pourcentage légèrement inférieur (19,8 %) a fait savoir que son niveau d’endettement actuel était plus élevé que juste avant le début de la pandémie de COVID-19. De plus, 9,6 % des entreprises rurales ont affirmé qu’elles n’avaient pas les liquidités requises pour poursuivre leur exploitation, mais seulement 1,7 % ont indiqué qu’elles ne pensaient pas être en mesure de les trouver.

En octobre 2022, les salaires horaires moyens des employés ont augmenté  de 5,6 % par rapport à l’année précédenteNote . Un peu plus de la moitié (52,1 %) des entreprises rurales prévoyaient augmenter leurs salaires moyens au cours des 12 prochains mois, et 21,2 % prévoyaient les augmenter d’au moins 10 %. Un pourcentage total comparable (51,7 %) des entreprises rurales ont dit avoir tenu compte de l’inflation dans une moyenne ou grande mesure quand elles ont établi les salaires ou les traitements pour leur organisation.

Les entreprises dans les secteurs des services d’hébergement et de restauration (39,9 %), de la fabrication (35,7 %) et du commerce de détail (28,3 %) étaient proportionnellement les plus nombreuses à prévoir hausser leurs salaires de plus d’au moins 10 %. Par comparaison, les entreprises urbaines dans le secteur des arts, spectacles et loisirs étaient trois fois plus enclines à anticiper des augmentations salariales de 10 % ou plus que les entreprises rurales (25,3 % par rapport à 7,7 %). En revanche, les entreprises urbaines dans le secteur de la fabrication étaient moins portées à prévoir le même niveau d’augmentations salariales que les entreprises rurales (20,3 % par rapport à 35,7 %).

Face à la hausse des salaires et des coûts des matériaux, plus d’un tiers (34,8 %) des entreprises rurales s’attendaient à ce que le prix de vente de leurs biens et services augmente au cours des trois prochains mois. Malgré ces hausses des prix attendues, moins d’entreprises rurales s’attendaient à ce que leur rentabilité (9,7 %) ou leurs réserves de liquidités (8,2 %) augmentent pendant la même période.

graphique 3

Tableau de données du graphique 3 
Tableau de données du graphique 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 3 Entreprises rurales et Entreprises urbaines, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Entreprises rurales Entreprises urbaines
pourcentage
Toutes les industries 34,8 31,9
Agriculture, foresterie, pêche et chasse 26,8 24,0
Extraction minière, exploitation en carrière et
extraction de pétrole et de gaz
31,9 21,2
Construction 31,6 36,8
Fabrication 54,7 42,9
Commerce de gros 60,2 43,7
Commerce de détail 69,8 47,8
Transport et entreposage 23,5 22,5
Industrie de l’information et industrie culturelle 46,2 19,6
Finance et assurances 19,4 20,7
Services immobiliers et services de location
et de location à bail
21,6 22,3
Services professionnels, scientifiques
et techniques
32,7 22,7
Services administratifs, services de soutien, services
de gestion des déchets et services d’assainissement
32,1 37,2
Soins de santé et assistance sociale 12,8 16,5
Arts, spectacles et loisirs 23,6 31,4
Services d’hébergement et de restauration 44,4 45,3
Autres services (sauf les administrations publiques) 19,4 34,1

Même avec la croissance des prix des produits fabriqués au Canada (10,1 %) et des matières brutes (9,0 %)Note , la part des entreprises rurales qui ont déclaré que leurs problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement s’étaient aggravés au cours des trois mois précédents a diminué depuis le troisième trimestre (de 64,3 % à 51,9 %). Les entreprises ont principalement attribué ces difficultés aux délais de livraison accrus des intrants, des produits ou des fournitures (84,1 %), aux prix accrus des intrants, des produits ou des fournitures (76,4 %) et aux pénuries qui ont provoqué une baisse de la disponibilité des intrants, des produits ou des fournitures (74,2 %).

Parmi ces entreprises rurales qui anticipaient des difficultés dans les chaînes d’approvisionnement et les niveaux de stocks, elles étaient plus susceptibles de prévoir les surmonter en trouvant des intrants de remplacement (33,7 %), en nouant des partenariats avec de nouveaux fournisseurs (27,9 %) ou en collaborant avec leurs fournisseurs actuels pour améliorer les délais de livraison (25,6 %). Les entreprises rurales étaient proportionnellement moins nombreuses que les entreprises urbaines à prévoir atténuer ces problèmes en investissant dans la recherche-développement (5,3 % par rapport à 9,4 %) ou à ne prévoir prendre aucune mesure (17,4 % par rapport à 22,7 %).

graphique 4

Tableau de données du graphique 4 
Tableau de données du graphique 4
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 4 Substituer des intrants, produits ou fournitures par d'autres intrants, produits ou fournitures, S'associer à de nouveaux
fournisseurs, Collaborer avec les fournisseurs pour accroître la rapidité, Changer pour des fournisseurs
locaux, Mettre en œuvre des améliorations
technologiques, Investir dans des projets de recherche-développement et Aucune, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Substituer des intrants, produits ou fournitures par d'autres intrants, produits ou fournitures S'associer à de nouveaux
fournisseurs
Collaborer avec les fournisseurs pour accroître la rapidité Changer pour des fournisseurs
locaux
Mettre en œuvre des améliorations
technologiques
Investir dans des projets de recherche-développement Aucune
pourcentage
Entreprises rurales 33,7 27,9 25,6 14,6 12,8 5,3 17,4
Entreprises urbaines 33,2 33,3 31,8 18,2 12,2 9,4 22,7

Méthodologie

Du 3 octobre au 7 novembre 2022, des représentants d’entreprises de partout au Canada ont été invités à répondre à un questionnaire en ligne portant sur la situation des entreprises et leurs attentes pour l’avenir. L’Enquête canadienne sur la situation des entreprises utilise un échantillon aléatoire stratifié d’établissements commerciaux dans lequel les employés sont classés selon la région géographique, le secteur d’industrie et la taille d’entreprise. L’estimation des proportions se fait à l’aide de poids calés afin de calculer les totaux de population dans les domaines d’intérêt. La taille totale de l’échantillon pour ce volet de l’enquête est de 35 914 et les résultats sont basés sur les réponses d’un total de 17 363 entreprises ou organisations. Les entreprises ont été classées comme étant rurales ou urbaines en fonction de leur emplacement géographique. Le Fichier des limites des subdivisions de recensement de 2016 a été utilisé pour déterminer toutes les subdivisions de recensement (SDR) des entreprises en fonction de leur emplacement. Les entreprises situées dans des SDR classées comme des régions métropolitaines de recensement ou des agglomérations de recensement ont été classées comme étant urbaines. Toutes les entreprises situées dans d’autres emplacements étaient classées comme étant rurales.

Références

Statistique Canada. (2022). Enquête canadienne sur la situation des entreprises, premier trimestre de 2022.

Statistique Canada. (2022). Enquête canadienne sur la situation des entreprises, troisième trimestre de 2022.


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