Statistique Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Certaines régions sont-elles plus sensibles aux cycles économiques?

Avertissement Consulter la version la plus récente.

Information archivée dans le Web

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Différences structurelles entre les économies provinciales et territoriales

Par Mehrzad Salem

La structure industrielle des économies régionales au Canada étant très diversifiée, la plupart des changements qui surviennent dans l’environnement économique général, par exemple la valeur croissante du dollar canadien, ont presque toujours des répercussions très différentes sur les économies provinciales et territoriales. Dans cet article, on examine comment la structure industrielle des provinces et des territoires rend certains davantage et d’autres moins sensibles aux cycles économiques.

En se fondant sur la dernière récession qui s’est produite au Canada (de 1990 à 1992), on cerne les industries qui ont tendance à renforcer ou, au contraire, à atténuer l’effet d’un ralentissement sur l’économie d’une province ou d’un territoire. On examine ensuite la structure industrielle des provinces et des territoires de manière à déterminer où les industries influencées par la conjoncture (ou « cycliques ») sont surreprésentées et quels territoires et provinces ont tendance à dépendre davantage d’industries « non cycliques » ayant une trajectoire de croissance à long terme.

Graphique 1: Tendance du PIB des industries cycliques et non cycliques durant la récesssion de 1990-1992

Graphique 1: Tendance du PIB des industries cycliques et non cycliques durant la récesssion de 1990-1992

L’analyse donne à penser que les régions où une part importante du produit intérieur brut (PIB) est attribuable aux industries non cycliques seront moins touchées par un ralentissement économique général, tandis que les provinces qui comprennent de nombreuses industries cycliques subiront des effets plus négatifs.

Selon les données récentes tirées des Comptes économiques provinciaux, entre 1997 et 2000, certaines provinces (le Québec, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick) ont vu la part de leur PIB provincial attribuable aux industries cycliques augmenter, et ce, même si l’Ontario et le Québec comptent déjà la proportion la plus élevée d’industries cycliques au Canada.

Par contre, les provinces ou territoires dont l’économie est moins dépendante des industries cycliques ont vu leur économie devenir encore moins cyclique durant cette période. Il s’agit de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Saskatchewan, de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et des territoires.

La dernière récession qui a sévi au Canada correspond généralement à la période comprise entre le deuxième trimestre de 1990 et le troisième trimestre de 1992 inclusivement. Le graphique 1 montre la tendance du PIB national mensuel réel (avril 1990=100). Dans la présente étude, on utilise une ventilation détaillée du PIB réel par industrie qui permet de cerner plus de 100 industries, d’analyser et de comparer le comportement de chacune et d’établir le total agrégé pour ce cycle. Aux fins de simplicité, les industries sont réparties en deux catégories selon qu’elles sont « cycliques » ou « non cycliques » et les cas marginaux ou ambivalents sont exclus. Plus précisément, une industrie satisfait au critère si son PIB réel baisse plus que l’économie ne se replie durant au moins un trimestre au cours du cycle. Si l’industrie affiche une tendance inférieure à la tendance agrégée pendant trois mois consécutifs, elle est considérée comme cyclique; sinon, elle est considérée non cyclique.

Il importe de procéder à cet examen à un niveau de détail assez fin (ventilation selon 110 industries) puisque des industries qui sont similaires à bien des égards peuvent se comporter différemment au cours d’un cycle économique. Par exemple, les industries manufacturières sont habituellement très cycliques. Toutefois, lorsqu’on examine les diverses industries de plus près, on constate d’importantes différences entre les effets sur elles d’un ralentissement économique. La plupart des industries manufacturières se sont repliées plus que l’économie dans son ensemble durant le dernier ralentissement cyclique, mais non l’industrie de la fabrication d’aliments ni celle de la fabrication de produits informatiques et électroniques, qui toutes deux ont continué de prendre de l’expansion lorsque le ralentissement économique s’est amorcé et dont la forte croissance s’est poursuivie durant tout le cycle. L’extraordinaire période d’innovations technologiques que traversait l’industrie des produits informatiques et électroniques a peut-être compensé les effets récessionnistes de l’économie dans son ensemble1. En application du critère ci-dessus, les deux industries sont classées dans la catégorie non cyclique.

La première étape consistait à cerner aux fins de la présente analyse les industries qui rendent l’économie d’une province plus susceptible de subir un ralentissement et celles qui atténueront probablement l’effet des cycles économiques futurs sur l’économie de la province ou du territoire. Une fois ces industries déterminées, on a mesuré l’importance de leur rôle dans l’économie de chaque province ou territoire selon la part du PIB de la province ou du territoire attribuable à ce groupe d’industries en 1997 et en 2000.

Si les industries non cycliques jouent un rôle plus dominant dans l’économie d’une province, elles auront tendance à lui permettre de mieux résister aux fortes baisses au cours de cycles économiques futurs. Si les industries cycliques représentent une plus grande part du PIB d’une province, elles auront l’effet contraire.2

Le tableau 1 montre comment on a réparti les industries dont se compose l’économie nationale en deux groupes en se fondant sur l’analyse ci-dessus. Le graphique 1 montre le PIB réel total de chaque groupe par rapport à celui de l’économie dans son ensemble (ensemble des industries) durant la récession qui a sévi de 1990 à 1992. Alors que l’économie s’est repliée de 2,7 % au creux de ce cycle au début de 1991, le groupe des industries non cycliques a connu une expansion d’environ 4 % tandis que celui des industries cycliques a subi un repli d’environ 8 %.

Industries cycliques Industries non cycliques
  • Agriculture, foresterie, pêche et chasse
  • Extraction minière et activités de soutien (excl. l'extraction de pétrole et de gaz)
  • Industrie de la construction
  • Industrie de la fabrication1
  • Industrie du commerce de gros et de détail
  • Transport et entreposage2
  • Services postaux, messageries et services de messagers
  • Industries du film et de l'enregistrement sonore
  • Édition, services d'information et de traitement des données
  • Services professionnels, scientifiques et techniques
  • Services administratifs et gestion de déchets
  • Arts, spectacles et loisirs
  • Hébergement et services de restauration
  • Autres services (sauf administrations publiques)
  • Extraction de pétrole et de gaz
  • Services publics
  • Fabrication d'aliments
  • Fabrication de produits informatiques et électroniques
  • Transport par pipeline
  • Radiotélévision et télécommunications
  • Finance, assurance et services immobiliers
  • Services d'enseignement
  • Soins de santé et assistance sociale
  • Administrations publiques
1 Sauf les industries de la fabrication des aliments et de la fabrication de produits informatiques et électroniques qui sont comprises dans le groupe des industries non cycliques.
2 Sauf transport par pipeline

Lorsque le cycle a pris fin en septembre 1992, l’écart entre les deux groupes s’était encore creusé, s’établissant à environ 15 points de pourcentage. On peut donc conclure qu’une province ou un territoire dont l’économie est davantage fondée sur des industries non cycliques est moins susceptible de subir un repli important au cours d’un cycle économique futur, toutes autres choses étant égales par ailleurs. La mesure dans laquelle une province ou un territoire s’en tirera bien au cours d’un cycle économique futur dépend essentiellement de la part de son PIB attribuable à des industries cycliques plutôt qu’à des industries non cycliques.

Graphique 2: Part du PIB attribuable aux industries non cycliques

Graphique 2: Part du PIB attribuable aux industries non cycliques

Dans la présente étude, on a procédé à une analyse des données tirées des Comptes économiques provinciaux pour montrer la part du PIB imputable aux industries non cycliques entre 1997 et 2000, la dernière année pour laquelle ces données détaillées sont disponibles3. Le graphique 2, fondé sur ces données, montre la part du PIB de chaque province ou territoire attribuable aux industries non cycliques qui sont susceptibles de prendre de l’expansion durant un cycle, d’après le graphique 1. Il montre également comment la structure des économies provinciales a évolué entre 1997 et 2000.

Moins de la moitié du PIB du Québec et de l’Ontario est attribuable aux industries non cycliques. Par contre, la dépendance à l’égard des industries non cycliques de toutes les autres provinces et des territoires est supérieure à la moyenne nationale. En Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick et au Manitoba, provinces dont plus de la moitié du PIB est attribuable aux industries cycliques, les activités de fabrication jouent un rôle important dans l’économie provinciale. En Ontario et au Québec, plus de 20 % du PIB est attribuable aux industries manufacturières qui ont été classifiées comme cycliques parce qu’elles ont eu un rendement inférieur à celui de l’économie dans son ensemble pour au moins un trimestre durant la récession qui a sévi de 1990 à 1992.

Entre 1997 et 2000, les provinces dans l’Ouest du Canada et les territoires sont devenus moins dépendants à l’égard des industries cycliques. Les provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse ont affiché une tendance contraire, de même que celles du Québec et de l’Ontario. L’économie de Terre-Neuve-et-Labrador est devenue beaucoup moins cyclique lorsque le projet d’exploitation pétrolière en mer Hibernia est devenu opérationnel et que l’industrie pétrolière est devenue la principale source d’activité contribuant au PIB de la province en 2000, représentant plus de 15 % de celui-ci. Alors que l’industrie du pétrole et du gaz est bien connue pour ses cycles d’exploration, l’industrie de l’extraction a tendance à ne pas suivre les cycles économiques généraux qui se produisent au Canada.

Le changement structurel de loin le plus important s’est produit à Terre-Neuve-et-Labrador, où la part du PIB de la province attribuable aux activités d’extraction de pétrole et de gaz est passée d’une fraction de 1 % en 1997 à plus de 15 % en 2000. Ce changement est certainement de bon augure pour la province en cas de repli de l’économie, mais il a été compensé en partie par des baisses de la part du PIB attribuable à deux importantes industries non cycliques, soit la finance, les assurances et les services immobiliers (-3,6 %) et l’enseignement (-2,0 %).

La structure industrielle de l’économie de l’Île-du-Prince-Édouard n’a pas beaucoup changé. On constate surtout une augmentation de 3,5 % de la part du PIB de la province imputable à l’industrie de la fabrication des aliments, une industrie non cyclique.

L’économie de la Nouvelle-Écosse est devenue légèrement plus cyclique parce que la part de son PIB imputable à l’industrie de la finance a diminué et qu’en même temps plusieurs autres industries manufacturières, comme la fabrication de papier, de produits du pétrole et du charbon et la fabrication de produits en caoutchouc et en matière plastique, ont connu une expansion. Ce phénomène s’est produit malgré une augmentation de 2,8 % de la part du PIB attribuable à l’industrie non cyclique d’extraction de pétrole et de gaz.

Le Nouveau-Brunswick a affiché une tendance similaire. Dans cette province, les parts du PIB provincial imputables aux industries cycliques comme la construction, la fabrication de papier, la fabrication de produits du pétrole et du charbon et les services administratifs et de soutien étaient à la hausse tandis que les parts attribuables à bon nombre des industries non cycliques étaient à la baisse.

Au Québec et en Ontario, provinces aux économies les plus cycliques, une plus grande part du PIB était attribuable aux industries cycliques tant dans le secteur de la fabrication que dans celui des services. En Ontario, les industries de fabrication de matériel de transport, des produits métalliques et de machines ont augmenté leur part de l’économie provinciale. En outre, les services professionnels, scientifiques et techniques, une industrie de services cyclique, a porté à 5 % sa part du PIB de l’Ontario, atteignant une taille presque égale à celle de l’industrie du commerce de détail de la province.

Au Québec, une part croissance du PIB était attribuable aux industries cycliques manufacturières, des services professionnels, scientifiques et techniques et des services administratifs et de soutien.

Au Manitoba, les parts croissantes attribuables à un certain nombre d’industries cycliques ont été compensées par les parts croissantes attribuables à un certain nombre d’industries non cycliques, ainsi que par des replis dans la fabrication de machines et le transport par camion, deux industries cycliques. La structure de l’économie de la province n’a pas beaucoup changé entre 1997 et 2000. Environ 51 % de son PIB était attribuable aux industries cycliques, soit un taux à peu près égal à la moyenne nationale (52 %) en 2000.

Les économies de la Saskatchewan, de l’Alberta et la Colombie-Britannique sont devenues beaucoup plus non cycliques. Le changement a été particulièrement marqué en Saskatchewan et en Alberta. En Saskatchewan, l’industrie d’extraction de pétrole et de gaz a augmenté de 5,7 points de pourcentage sa part du PIB provincial, tandis qu’en Alberta elle a augmenté sa part de 7,4 points de pourcentage.

En Saskatchewan, les parts du PIB attribuables à l’extraction de charbon et à la construction ont diminué, de même que les parts des industries de services cycliques comme l’édition, les services professionnels, scientifiques et techniques et les services administratifs et de soutien.

L’économie de l’Alberta est devenue beaucoup moins cyclique en raison d’une augmentation de 7,4 points de pourcentage de la part du PIB imputable à l’industrie d’extraction de pétrole et de gaz. La baisse des parts du PIB attribuables aux industries cycliques comme le commerce de gros et de détail et le transport par camion a contribué à ce changement.

L’économie de la Colombie-Britannique est aussi devenue moins cyclique. Toutefois, l’extraction de pétrole et de gaz a joué un rôle plus modeste, la part du PIB de la province attribuable à cette industrie augmentant de 2,2 points de pourcentage seulement. Les parts croissantes attribuables à la production d’électricité et à la fabrication de produits informatiques et électroniques et la forte baisse des parts attribuables à la foresterie et à l’exploitation forestière ainsi qu’à la construction étaient des facteurs importants.

Les économies des territoires, combinées aux fins de la présente analyse, sont aussi devenues moins cycliques, principalement à cause de la part croissante de leur PIB attribuable à l’extraction de pétrole et de gaz. Cette tendance a été compensée en partie par la plus grande part du PIB attribuable à l’extraction minière.


1 Un ralentissement cyclique marqué s’est amorcé dans l’industrie vers la fin de 2000, mais il ne s’inscrivait pas dans le cadre d’un phénomène plus vaste à l’échelle de l’économie.
2 Ces généralisations sont fondées essentiellement sur l’hypothèse selon laquelle les industries qui étaient « cycliques » durant le cycle de 1990 à 1992 se comporteront de la même façon au cours d’un cycle futur.
3 Les données utilisées pour déterminer la part du PIB des provinces et des territoires attribuable aux industries cycliques sont tirées des tableaux d’entrées-sorties en prix courants pour les années de référence 1997 et 2000.