1. Introduction

Constance F. Citro

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Tim Holt, ancien chef de l’Office for National Statistics du Royaume-Uni et ancien président de la Royal Statistical Society, a cerné cinq grands défis pour les statistiques officielles - à savoir qu’elles soient « plus vastes, plus approfondies, plus rapides, de meilleure qualité et moins coûteuses » (Holt 2007) - liste à laquelle j’ajouterais « moins fastidieuses » et « plus pertinentes ». Selon moi, pour relever comme il convient un ou plusieurs de ces défis, sans parler de tous les sept, les organismes statistiques officiels doivent passer du paradigme des enquêtes par échantillon probabiliste en vigueur depuis les 75 dernières années à un paradigme de sources de données multiples. Certains organismes ont procédé à ce changement pour la plupart de leurs programmes statistiques (voir, par exemple, Nelson et West 2014, au sujet de l’usage très étendu de statistiques fondées sur des données de registre au Danemark), et presque tous ont effectué ce changement pour certains de leurs programmes, mais il existe néanmoins des programmes qui ne sont pas encore rendus très loin sur cette voie. Dans le cas des programmes de statistiques sur les ménages des États-Unis, il reste beaucoup à faire.

Cette transition ne devrait pas simplement élever une autre source de données au rang de panacée de la statistique officielle remplaçant l’enquête par échantillon probabiliste. Le recensement de la République allemande de 2011 - le premier réalisé dans ce pays depuis 1983 - nous rappelle justement les dangers d’une telle approche. Les résultats du recensement ont indiqué que les dossiers administratifs sur lesquels l’Allemagne avait fondé les chiffres de population officiels pendant plusieurs décennies surestimaient la population parce que les émigrants nés à l’étranger n’étaient pas enregistrés correctement (voir http://www.nytimes.com/2013/06/01/world/europe/census-shows-new-drop-in-germanys-population.html?_r=0 [November 2014]).

Ma thèse est que les programmes de statistiques officielles doivent prendre pour point de départ l’information dont ont besoin les utilisateurs pour l’élaboration des politiques, l’évaluation des programmes et la compréhension des tendances sociétales, et travailler à rebours des concepts vers les sources de données appropriées. Ces sources peuvent fort probablement inclure des enquêtes à échantillonnage probabiliste, mais aussi un ou plusieurs autres types de données. Ma thèse peut dans un certain sens passer pour un truisme, mais les personnes qui consacrent leur vie à perfectionner un outil particulier pour la collecte des données pourraient trop souvent considérer que cet outil est nécessaire en toute situation, plutôt que d’envisager le moyen le plus rentable d’obtenir les statistiques que souhaitent les décideurs, les chercheurs et d’autres utilisateurs des données.

Je ne doute pas un seul instant que Joe Waksberg, que j’ai eu l’honneur de connaître alors qu’il participait à un panel d’experts sur la méthodologie du recensement décennal du Committee on National Statistics (CNSTAT) au milieu des années 1980, approuverait mon sujet. Non seulement Joe était un être doué d’une bienveillance et d’un charme hors du commun, mais il possédait aussi une aptitude de premier plan à résoudre les problèmes et à innover. Joe insistait sur le fait qu’il importe d’examiner non seulement ce que l’on vous demande, mais aussi ce à quoi, selon vous, pense l’analyste (Morganstein et Marker 2000). Joe s’écartait invariablement des sentiers battus afin de cerner des sources de données et des modèles répondant aux besoins sous-jacents d’information au lieu de partir d’un concept a priori quant aux outils qu’il convenait d’utiliser.

Dans l’exposé qui suit, à la section 2, je passe brièvement en revue l’ascension et les avantages de l’échantillonnage probabiliste pour la statistique officielle aux États-Unis et, à la section 3, les menaces croissantes qui pèsent sur la pertinence, l’exactitude, l’actualité et la rentabilité des estimations fondées sur des enquêtes, ainsi que leur acceptation par le public. À la section 4 et à la section 5, j’examine les points forts et les points faibles des dossiers administratifs et d’autres sources de données non probabilistes qui pourraient être utiles, seules ou regroupées, pour la production de statistiques officielles. À la section 6, je décris de belles occasions pour les États-Unis de transformer les programmes d’enquêtes-ménages courants afin d’utiliser de multiples sources de données pour fournir de l’information d’une plus grande valeur. Je conclus à la section 7 en énumérant les obstacles à l’évolution vers le paradigme des sources de données multiples et propose des moyens de les aplanir.

Je me concentre sur ce que je connais le mieux, à savoir la statistique officielle aux États-Unis et les programmes de statistiques sur les ménages en particulier. D’autres programmes statistiques et d’autres organismes découvriront des analogies avec leurs propres travaux. Je critique le paradigme des enquêtes dans une perspective d’amélioration des statistiques officielles, tout en continuant d’apprécier grandement la valeur des enquêtes à échantillonnage probabiliste, seules ou combinées à d’autres sources de données, et d’éprouver une profonde admiration pour le travail important des organismes statistiques voués à servir le bien public (voir National Research Council 2013c).

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