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  1. Introduction
  2. Résultats au chapitre de la scolarité des enfants d'immigrants au Canada
  3. Résultats sur le marché du travail des enfants d'immigrants aux États-Unis
  4. Un résumé des déterminants
  5. Conclusion et discussion

1   Introduction

Il est difficile de surestimer l'importance des résultats des enfants d'immigrants dans les principaux pays qui accueillent des immigrants, tels que le Canada et les États-Unis. La deuxième génération représente une importante partie de la population totale de l'un et l'autre pays. La réussite de la deuxième génération sur le marché du travail reflète le processus à long terme d'intégration des immigrants.

La taille de la population de deuxième génération dépend, bien entendu, des niveaux d'immigration de première génération. En termes absolus, les États-Unis accueillent plus d'immigrants que tout autre pays; en termes relatifs, le taux d'immigration annuel a été plus élevé au Canada que dans tout autre pays au cours des dernières années.

Au Canada, en 2006, le tiers de la population était composé d'immigrants ou d'enfants d'immigrants; un habitant sur cinq était un immigrant et 15 % de la population étaient des Canadiens de deuxième génération. Seule l'Australie montre des chiffres plus élevés. Étant donné que l'immigration est fortement concentrée sur le plan géographique, l'effet sur certaines villes est considérable. À Toronto, les trois quarts de la population se composent d'immigrants ou de leurs enfants. Par conséquent, les résultats économiques des immigrants ont de l'importance.

Aux États-Unis, les proportions sont légèrement inférieures à celles observées au Canada et en Australie en raison de taux d'immigration plus faibles, mais elles sont plus significatives en termes absolus. En 2006, les immigrants représentaient 12 % de la population, une proportion plus faible que celles du Canada et de l'Australie; 11 % étaient des Américains de deuxième génération. Dans l'ensemble, près du quart de la population des États-Unis se composait d'immigrants ou d'enfants d'immigrants.

Les résultats économiques des immigrants de première génération arrivant au Canada et aux États-Unis se sont détériorés au cours d'une grande partie de la période écoulée depuis le début des années 1980 (Aydemir et Skuterud, 2005; Borjas, 2000; Chiswick, Lee et Miller, 2005; Picot et Sweetman, 2005). Les résultats économiques des immigrants sont importants, bien entendu, mais l'on pourrait soutenir que ce sont les résultats de leurs enfants qui importent vraiment. Les meilleures possibilités économiques et d'études qui s'offrent à leurs enfants sont souvent le principal motif d'immigration.

1.1  Objectifs

Le présent document passe en revue les déterminants des résultats sur le marché du travail de la deuxième génération au Canada et aux États-Unis et comprend quelques travaux de recherche originaux portant sur le Canada. Les résultats en matière d'emploi, de chômage et de gains sont inclus. Étant donné que les résultats sur le marché du travail des membres de la deuxième génération dépendent dans une large mesure de leur niveau de scolarité, les déterminants des résultats au chapitre de la scolarité des enfants d'immigrants sont inclus également.

Les résultats sur le marché du travail sont examinés dans deux optiques. Premièrement, comment les résultats de la deuxième génération se comparent-ils à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes 1  (c.-à-d. les enfants de parents nés au pays) et quels sont les déterminants des écarts des résultats en matière de gains entre ces deux générations? La deuxième optique est intergénérationnelle. Comment s'en tirent les enfants d'immigrants, comparativement à leurs parents? Il faut examiner cette question dans une perspective à plus long terme, souvent en comparant les résultats des enfants, habituellement lorsqu'ils sont jeunes adultes, à ceux de leurs parents 25 ans plus tôt. Dans le présent document, ces sujets sont examinés à la lumière des résultats publiés dans la littérature sociologique et économique.

Les déterminants des « écarts » des résultats au chapitre de la scolarité et sur le marché du travail sont importants. Les sociétés ont besoin de savoir pourquoi les groupes d'immigrants ont un rendement supérieur ou inférieur à celui des personnes nées au pays et pourquoi le rendement des enfants d'immigrants diffère de celui des enfants de parents nés au pays. Le degré d'« intégration » des familles d'immigrants est habituellement mesuré de cette façon.

1.2  Différences contextuelles entre le Canada et les États-Unis

Le Canada et les États-Unis sont des pays qui accueillent d'importants nombres d'immigrants. Au cours des dernières décennies, toutefois, les profils d'immigration affichent de nombreuses différences qui influent sur les résultats de la deuxième génération. Avant les années 1960, les deux pays utilisaient le pays d'origine comme principal déterminant dans la sélection des immigrants, en privilégiant l'Europe de l'Ouest. Dans les années 1960, tous deux ont modifié leurs politiques d'immigration, donnant lieu au phénomène appelé par de nombreux chercheurs « nouvelle » immigration (Green et Green, 2004; Smith et Edmonston, 1997). Au Canada, il s'agit d'un beaucoup plus grand nombre d'immigrants en provenance d'Asie et d'Afrique tandis qu'aux États-Unis, il s'agit d'une réorientation vers l'immigration en provenance du Mexique et d'autres pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.

Les taux d'immigration de ces « nouveaux » pays d'origine ont augmenté tout particulièrement vers la fin des années 1970 et dans les années 1980, et de nombreux enfants de ces immigrants arrivent maintenant sur le marché du travail. Il est encore trop tôt pour évaluer les résultats sur le marché du travail et leurs déterminants en ce qui concerne les enfants de cette « nouvelle » immigration. Les enfants des immigrants qui sont arrivés au pays durant les années 1970 ont moins de 40 ans et ceux des immigrants arrivés au cours des années 1980, moins de 30 ans. En outre, étant donné que la plupart des études des résultats de la deuxième génération sont fondées sur la population de 20 à 60 ans environ, bon nombre des « enfants » (d'âge adulte) inclus sont les enfants d'immigrants dont l'arrivée au pays a précédé la « nouvelle » immigration. Par conséquent, les recherches sur les déterminants des résultats au chapitre de la scolarité des enfants de la « nouvelle » immigration sont plus nombreuses que celles portant sur leurs résultats sur le marché du travail (voir le document complémentaire de Picot et Hou [2009] résumant les résultats au chapitre de la scolarité).

Smith et Edmonston (1997) ainsi que Green et Green (2004) fournissent des aperçus de l'histoire de l'immigration aux États-Unis et au Canada, respectivement. Aydemir et Sweetman (2007) examinent les différences historiques. La « nouvelle » immigration affiche des différences dans trois domaines qui sont importants pour les résultats des immigrants de deuxième génération.

En premier lieu, les taux d'immigration sont plus élevés au Canada qu'aux États-Unis depuis les années 1940; par conséquent, les populations de première et de deuxième génération sont relativement plus grandes au Canada qu'aux États-Unis. En deuxième lieu, la répartition des immigrants selon la région d'origine a évolué de façon très différente dans l'un et l'autre pays. Aux États-Unis, depuis toujours, une plus forte proportion d'immigrants proviennent du Mexique et d'autres pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud. Comme le montre le présent document, il s'agit là d'un facteur important, puisque les résultats des immigrants de deuxième génération de ces groupes sont souvent inférieurs à ceux des autres groupes, comme les Asiatiques, qui représentent une forte proportion des « nouveaux » immigrants au Canada.

En troisième lieu, le principal programme d'immigration des États-Unis est axé sur la réunification des familles. En revanche, environ la moitié des immigrants au Canada entrent maintenant dans la « catégorie des travailleurs qualifiés », dans laquelle les immigrants sont sélectionnés selon un système de points. Le résultat est que, de façon générale, les immigrants qui arrivent au Canada ont maintenant un niveau de scolarité plus élevé que ceux qui arrivent aux États-Unis.

Il existe une abondante littérature sociologique américaine sur l'assimilation de la deuxième génération, qui porte principalement sur les résultats au chapitre de la scolarité et sur d'autres résultats comme la formation des familles, mais les études sur les résultats sur le marché du travail sont moins nombreuses. Une bonne partie de ces recherches sont axées sur la théorie de l'« assimilation segmentée » selon laquelle divers facteurs peuvent donner lieu à une assimilation réussie mais également à de moins bons résultats dans le cas des immigrants de deuxième génération 2  . Selon cette théorie, des déterminants tels que le statut socioéconomique de la famille, l'ampleur du phénomène du parent seul, le contexte social dans lequel les immigrants sont accueillis et la discrimination peuvent jouer un rôle important, particulièrement dans le cas de résultats plus faibles. La théorie prévoit des résultats très différents aux États-Unis selon le groupe ethnique auquel appartiennent les immigrants. Pour un aperçu récent, voir Portes, Fernandez-Kelly et Haller (2009). Pour d'autres aperçus, voir Portes et Fernandez-Kelly (2008), Zhou (1997) et Zhou et coll. (2008). Cette théorie a été largement appliquée aux résultats observés aux États-Unis. Elle est rarement invoquée pour expliquer les résultats des immigrants de deuxième génération au Canada.

Dans les ouvrages économiques, les auteurs utilisent des déterminants traditionnels pour expliquer les écarts des résultats sur le marché du travail selon les générations (la première génération, la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes). Ces déterminants comprennent le niveau de scolarité des enfants d'immigrants, lui-même attribuable à plusieurs déterminants dont le niveau de scolarité des parents immigrants, le degré de mobilité au chapitre de la scolarité des immigrants et de leurs enfants, la quantité de « capital ethnique » 3  et la valeur accordée aux études par le groupe ethnique ou originaire d'une même région. D'autres déterminants des résultats sur le marché du travail de la deuxième génération comprennent le lieu de résidence, la région d'origine ou l'origine ethnique, le capital ethnique, les attentes des parents, l'appartenance à une « minorité visible » (minorité raciale) et la discrimination. Cette dernière variable est rarement examinée directement dans la littérature économique.

2   Résultats au chapitre de la scolarité des enfants d'immigrants au Canada

2.1  Résultats sur le marché du travail des enfants d'immigrants au Canada

Étant donné que le niveau de scolarité est un prédicteur puissant des gains et d'autres résultats sur le marché du travail, les niveaux de scolarité atteints par les enfants d'immigrants au Canada sont passés brièvement en revue ci-dessous (pour de plus amples détails, voir Picot et Hou, 2011).

Les niveaux de scolarité des Canadiens de deuxième génération sont nettement supérieurs à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes. Selon les données du Recensement de la population du Canada de 2006, 36 % des enfants d'immigrants étaient titulaires d'un diplôme, comparativement à 24 % des immigrants de troisième génération et des générations subséquentes. En outre, l'écart positif sur le plan du niveau de scolarité enregistré par les enfants de deux parents immigrants est plus grand que celui affiché par les enfants ayant seulement un parent immigrant (Hum et Simpson, 2007; Aydemir et Sweetman, 2007). Ce niveau de scolarité plus élevé est particulièrement marqué chez les membres de deuxième génération d'un groupe de minorité visible (Boyd, 2002; Aydemir et Sweetman, 2007). Une variation significative s'observe entre les nationalités, les deuxièmes générations de Chinois, de Sud-asiatiques et d'Africains enregistrant les niveaux de scolarité les plus élevés (Abada, Hou et Ram, 2008). Toutefois, très peu de nationalités de deuxième génération enregistrent des niveaux de scolarité inférieurs à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes.

Les immigrants au Canada sont plus scolarisés que la population dans son ensemble. Ce niveau de scolarité plus élevé chez les parents immigrants de Canadiens de deuxième génération (comparativement à la troisième génération et aux générations subséquentes) est à l'origine d'environ la moitié de l'écart quantitatif positif sur le plan du niveau de scolarité entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes (Boyd, 2002; Aydemir et Sweetman, 2007). Le lieu de résidence est important, puisque les membres de la deuxième génération sont disproportionnellement plus nombreux à vivre dans de grandes régions urbaines où le niveau de scolarité est plus élevé. Le « capital ethnique » joue un rôle, le quart environ de l'écart lui étant attribuable (Abada et coll., 2008). Les attentes des parents jouent également un rôle, souvent important (Finnie et Mueller, 2010). Néanmoins, une grande partie de l'écart persiste même après correction des données pour tenir compte de tous ces effets, particulièrement chez les groupes aux niveaux de scolarité plus élevés, comme les immigrants de deuxième génération nés de parents immigrants chinois et sud-asiatiques, deux des plus grands groupes d'immigrants au Canada au cours des dernières décennies.

Les effets du niveau d'études des parents sur le niveau de scolarité des enfants sont plus faibles chez les familles où les parents sont des immigrants plutôt que des personnes nées au Canada (Hum et Simpson, 2007). Autrement dit, la mobilité au chapitre de la scolarité entre la première et la deuxième génération est plus grande chez les familles où les parents sont des immigrants que chez celles où les parents sont nés au Canada. Ce résultat semble être attribuable principalement à l'observation selon laquelle les enfants de familles immigrantes moins scolarisées sont plus susceptibles d'atteindre un niveau de scolarité plus élevé que leurs homologues nés au Canada de familles ayant des niveaux de scolarité plus faibles comparables (Bonikowska, 2008). La persistance intergénérationnelle des années d'études entre la première et la deuxième génération est plutôt faible entre les immigrants et leurs enfants nés au Canada, soit seulement d'environ le tiers de celle observée chez les familles où les parents sont nés au Canada. En outre, le revenu des familles d'immigrants a peu à voir avec ce lien intergénérationnel en matière de scolarité (Aydemir, Chen et Corak, 2008).

Globalement ces effets se traduisent par un niveau de scolarité beaucoup plus élevé chez les enfants d'immigrants que chez leurs homologues dont les parents sont nés au Canada.

2.2  Taux de participation, taux de chômage et résultats professionnels

Il existe peu d'études canadiennes portant sur l'emploi, le chômage et les résultats professionnels des enfants d'immigrants 4  et sur les déterminants de ces résultats. En l'absence de pareils travaux, les données qui suivent sont celles de mai 2006 portant sur le groupe des 25 à 54 ans (travailleurs d'âge moyen et d'âge mûr) tirées du Recensement de la population du Canada de 2006.

Les taux de chômage des enfants d'immigrants sont pratiquement identiques à ceux des enfants de parents nés au Canada, tant pour les hommes que pour les femmes (tableau 1). Globalement, les taux de chômage des enfants d'immigrants seraient même plus faibles que ceux de leurs homologues dont les parents sont nés au Canada (4,4 % par rapport à 4,9 %, tableau 1). Toutefois, ce profil n'est pas évident dans le cas de tous les groupes. Ces données laissent supposer que les membres de deuxième génération d'une minorité visible ont de moins bons résultats que ceux auxquels on pourrait s'attendre étant donné leurs antécédents scolaires.

L'« avantage » en matière de taux de chômage s'observe seulement chez les Canadiens de deuxième génération qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible. Chez les minorités visibles (Noirs, Asiatiques et autres), les taux de chômage sont plus élevés chez les immigrants de deuxième génération que chez ceux de troisième génération et des générations subséquentes. En outre, les taux de chômage chez les Canadiens de deuxième génération de descendance asiatique sont plus élevés que ceux chez les Canadiens de troisième génération et des générations subséquentes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible (5,4 % par rapport à 4,9 %), même si les Asiatiques ont des niveaux de scolarité significativement plus élevés. Les taux de chômage des immigrants de deuxième génération Noirs et des « autres minorités visibles » sont encore plus élevés, soit de 9,2 % et de 8,6 %, respectivement.

Les professions des enfants d'immigrants qui sont occupés reflètent leur niveau de scolarité. Ces personnes sont beaucoup plus susceptibles que les immigrants de troisième génération et des générations subséquentes d'occuper un poste professionnel ou un poste connexe 5  et beaucoup moins susceptibles d'occuper un emploi dans les métiers, les transports, la fabrication ou l'industrie primaire. Cela est particulièrement vrai pour la deuxième génération de descendance asiatique, dont les niveaux de scolarité sont plus élevés (tableau 2).

Globalement, environ 30 % des enfants d'immigrants (âgés de 25 à 54 ans), c'est-à-dire de deuxième génération, occupaient des emplois professionnels, comparativement à 26 % des enfants de parents nés au Canada, c'est-à-dire des Canadiens de troisième génération et des générations subséquentes non membres d'un groupe de minorité visible. Cette différence s'observe pour chacun des quatre groupes ethniques examinés au tableau 2 (personnes qui ne sont pas membres d'une minorité visible, Noirs, Asiatiques et autres minorités visibles). Jusqu'à 37 % des Canadiens de la deuxième génération de descendance asiatique étaient membres de professions libérales.

2.3  L'écart au chapitre des gains entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes

Le niveau élevé des résultats au chapitre de la scolarité de la deuxième génération au Canada, particulièrement dans la population des minorités visibles, devrait laisser prévoir de meilleurs résultats en matière de gains. Les recherches confirment encore largement cette hypothèse. Toutefois, il est analytiquement difficile de se concentrer plus particulièrement sur les enfants de la « nouvelle » immigration postérieure à 1970, dans une large mesure en provenance de pays en développement comme la Chine et l'Inde. Les enfants d'immigrants qui sont arrivés durant les années 1970 ont moins de 40 ans; ceux d'immigrants arrivés durant les années 1980 ont moins de 30 ans. Ainsi, bon nombre des « enfants » (d'âge adulte) visés par les études, qui habituellement portent sur la population de 20 à 60 ans environ, sont des enfants de familles d'immigrants arrivés avant les années 1970.

En l'absence de variables de contrôle ou en tenant compte seulement de l'âge, les chercheurs ont conclu que les gains de la deuxième génération sont supérieurs à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes. Par exemple, Aydemir et Sweetman (2007), s'appuyant sur les données du Recensement de 2001 pour le groupe des 20 à 64 ans 6  , montrent des gains annuels moyens chez les Canadiens de sexe masculin de deuxième génération 7  qui sont de 13 % supérieurs à ceux des hommes canadiens de troisième génération et des générations subséquentes, qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible, et de 22 % supérieurs dans le cas des femmes. Aydemir, Chen et Corak (2005) font état de résultats comparables pour une large gamme d'indicateurs. En incluant les personnes de 16 à 65 ans qui ont des gains positifs, ils constatent que la deuxième génération a des gains annuels moyens de 9 % plus élevés que ceux de la troisième génération et des générations subséquentes 8  dans le Recensement de la population de 2001. Hum et Simpson (2007), s'appuyant sur les données de l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu de 1999, obtiennent des résultats comparables : la deuxième génération jouit d'un avantage de 10 % sur le plan de la rémunération horaire et des gains annuels (données non corrigées). Étant donné l'avantage marqué au niveau de la scolarité dont jouit la deuxième génération par rapport à la troisième génération et aux générations subséquentes, ces résultats ne devraient pas étonner.

L'avantage en matière de gains annuels dont jouit la deuxième génération par rapport à la troisième génération et aux générations subséquentes diminue de façon significative lorsqu'on utilise des variables de contrôle pour tenir compte des années de scolarité; il devient négatif lorsque d'autres variables sont incluses (Aydemir et Sweetman, 2007, tableau 3). Pour les hommes lorsque les deux parents étaient des immigrants, l'avantage en matière de gains passe de 18,3 % à 8,7 % après la prise en compte des années de scolarité. Lorsque l'on ajoute l'état matrimonial, l'origine ethnique et le lieu de résidence (région urbaine ou rurale et ville), cet avantage devient négatif, s'établissant à 5,5 %. Ce dernier effet est lié dans une large mesure à la variable du lieu de résidence : les résidents des régions urbaines ont des gains plus élevés et les membres de deuxième génération sont plus susceptibles d'habiter dans de grandes villes. Hum et Simpson (2007) en arrivent également à la conclusion que l'avantage salarial et en matière de gains dont jouit la deuxième génération est surestimé lorsque abstraction est faite du niveau de scolarité. Ils constatent que l'avantage salarial observé dont jouit la deuxième génération par rapport à la troisième génération et aux générations subséquentes 9  a tendance à disparaître lorsqu'on inclut la variable de la scolarité.

Il convient de souligner que ces résultats sont fondés sur l'hypothèse que le rendement des années de scolarité est identique pour les immigrants, qu'ils soient de deuxième génération ou de troisième génération et des générations subséquentes. Dans une autre spécification du modèle, Aydemir et Sweetman assouplissent cette hypothèse. Ils constatent de plus faibles rendements de la scolarité pour la deuxième génération, comparativement à la troisième génération et aux générations subséquentes (rendement de 9,8 % par rapport à 11,5 % pour chaque année d'études supplémentaire pour des hommes, de 12,6 % par rapport à 16,7 % pour les femmes). Cette possibilité d'un plus faible rendement des études supérieures peut expliquer en partie l'écart salarial négatif observé après la prise en compte des différences en matière de scolarité et de lieu de résidence entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes, et il mérite probablement qu'on lui accorde plus d'attention.

Les données du Recensement de la population de 2006, qui forment un échantillon suffisamment grand pour appuyer une analyse plus détaillée, brossent un tableau plus nuancé. Conformément aux résultats des études susmentionnées, les gains hebdomadaires des hommes de deuxième génération sont d'environ 6 % plus élevés que ceux de la troisième génération et des générations subséquentes, après prise en compte de l'âge seulement (tableau 4). Toutefois, cet écart salarial positif est attribuable entièrement aux hommes canadiens de deuxième génération qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible, dont les gains hebdomadaires sont de 9 % supérieurs à ceux de leurs homologues de troisième génération et des générations subséquentes. Chez les hommes membres d'une minorité visible, l'écart est de 5 %, même si leur niveau de scolarité est supérieur à celui des Canadiens de deuxième génération et de troisième génération ainsi que des générations subséquentes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible. En outre, une variation significative s'observe entre les groupes de minorités visibles, le plus grand écart étant enregistré par les Noirs (21 %) et un petit écart positif s'observant chez les Chinois.

La prise en compte du niveau d'études élargit l'écart salarial négatif entre les immigrants de deuxième génération membres d'un groupe de minorité visible et les Canadiens de troisième génération ainsi que des générations subséquentes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible, comme on pouvait s'y attendre étant donné le niveau de scolarité plus élevé des minorités visibles. L'écart négatif est plus grand également lorsqu'on neutralise l'effet du lieu de résidence. Lorsqu'on ajoute les heures de travail et d'autres variables de contrôle pour prendre en compte la langue et l'état matrimonial, l'écart salarial entre les immigrants de deuxième génération membres d'une minorité visible et les Canadiens de troisième génération et des générations subséquentes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible diminue, passant à entre 5 % et 14 %, et l'écart salarial entre les immigrants de deuxième génération qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible et les Canadiens de troisième génération ainsi que des générations subséquentes diminue encore et devient presque nul.

Pour les femmes, le tableau est très comparable, sauf que tous les écarts initiaux sont positifs en raison des niveaux de scolarité très élevés des femmes de deuxième génération, particulièrement celles qui sont membres d'un groupe de minorité visible. Le lieu de résidence est une variable très importante à laquelle une bonne partie de l'écart salarial positif est attribuable, de même que la scolarité.

Ces données laissent supposer que l'écart salarial positif non corrigé (sauf pour tenir compte de l'âge) observé chez les immigrants de deuxième génération est associé principalement aux hommes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible et aux femmes. Dans la population des minorités visibles, l'écart salarial est attribuable dans une large mesure aux niveaux de scolarité très élevés et au lieu de résidence. Après la prise en compte de ces différences, on observe des écarts salariaux négatifs entre ces personnes et les Canadiens de troisième génération ainsi que des générations subséquentes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible.

Aucune autre étude portant sur les déterminants des résultats sur le marché du travail des immigrants de deuxième génération au Canada n'a été trouvée comme suite à une recherche documentaire. Toutefois, un assez grand nombre de travaux de recherche portent sur la question de savoir s'il existe un écart salarial entre les membres d'un groupe de minorité visible et les personnes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible au Canada. Pour une revue de ces travaux de recherche, voir Hou et Coulombe (2010). Les résultats dans ce domaine sont mixtes, certains chercheurs constatant un écart salarial entre les membres d'un groupe de minorité visible et les personnes qui ne sont pas membres d'un tel groupe (Baker et Benjamin, 1994; Pendakur et Pendakur, 1998; Stelcner, 2000), tandis que d'autres concluent à l'absence d'un écart salarial chez les hommes ou à sa présence seulement chez les Noirs (Hum et Simpson, 1999; Pendakur et Woodcock, 2008). Toutefois, les plus grands échantillons des données du recensement donnent à penser qu'il existe effectivement un écart salarial négatif entre les membres de groupes minorités visibles et les personnes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible, même dans les données brutes. Ce résultat concorde avec ceux des études susmentionnées sur les écarts au chapitre des gains entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes et avec le rôle important de l'appartenance à une minorité visible.

D'autres travaux portant sur les groupes ethniques qui ont fait leurs études au Canada 10  laissent supposer non seulement une différence significative de niveau de scolarité d'un groupe ethnique à l'autre, comme il est noté précédemment, mais aussi une forte différence de rendement économique chez groupes ethniques produite par une année d'études supplémentaire (Sweetman et Dicks, 1999). Ces deux facteurs influent sur les résultats au chapitre des gains des divers groupes ethniques mais, plus important encore, même après la prise en compte des études et d'autres variables, les chercheurs ont constaté que les différents niveaux de salaire chez les groupes ethniques tiennent en partie à des différences en matière de rendement de la scolarité.

Il se peut que l'intégration économique des minorités visibles au Canada s'échelonne sur plusieurs générations. Skuterud (2010) utilise les données des recensements de 2001 et de 2006 pour examiner plus particulièrement l'écart au chapitre des gains annuels selon les générations. Après inclusion de plusieurs variables de contrôle, il constate que l'écart au chapitre des gains entre les minorités visibles et les Canadiens de troisième génération et des générations subséquentes qui ne sont pas membres d'un groupe de minorité visible diminue de la génération 1.5 (dont les membres avaient 12 ans ou moins à leur arrivée au Canada) à la deuxième génération ainsi qu'à la troisième génération et aux générations subséquentes de membres des minorités visibles. Pour les besoins de la présente étude, plus particulièrement, il constate, après prise en compte d'un grand nombre de variables, y compris le niveau de scolarité 11  , que les hommes de deuxième génération dans tous les groupes de minorités visibles avaient des gains inférieurs à ceux des Canadiens de troisième génération et des générations subséquentes qui n'étaient pas membres d'un groupe de minorité visible. En 2005, l'écart au chapitre des gains hebdomadaires allait de 0,14 point log (environ 14 %) chez les Noirs à 0,033 point log chez les Chinois 12  .

2.4  La transmission intergénérationnelle des gains entre familles d'immigrants

La mesure dans laquelle les gains sont transmis entre les immigrants et leurs enfants est intéressante. Si le degré de transmission (la corrélation) est élevé, quel qu'en soit le mécanisme, il en résultera des répercussions économiques sur les résultats des futures cohortes d'enfants d'immigrants, étant donné les résultats économiques nettement moins bons des immigrants qui arrivent au pays depuis les années 1980. Il n'est pas étonnant de constater que la transmission des gains entre la première et la deuxième génération est étroitement liée au degré de transmission intergénérationnelle du niveau de scolarité.

Le niveau de scolarité de la deuxième génération est peut-être le déterminant le plus important de ses résultats sur le marché du travail. À son tour, il est attribuable dans une large mesure, premièrement, au niveau de scolarité des parents immigrants et, deuxièmement, à la mobilité au chapitre de la scolarité entre les parents immigrants et les enfants. Idéalement, les enfants de familles d'immigrants dont les parents sont moins scolarisés (ou de parents à faible revenu) afficheraient une assez grande mobilité intergénérationnelle ascendante (faible transmission intergénérationnelle du niveau de scolarité), atteignant des niveaux de scolarité plus élevés.

Aydemir, Chen et Corak (2005) se concentrent sur la mobilité des gains entre la première et la deuxième génération au Canada. Ils constatent qu'en moyenne, les enfants de deuxième génération gagnent plus que leurs parents immigrants à des points comparables du cycle de vie. Toutefois, les gains des pères sont plus ou moins corrélés à ceux des fils; les gains des fils sont d'environ 2,7 % plus élevés pour chaque augmentation de 10 % des gains des pères (une élasticité intergénérationnelle du revenu de 0,27), soit une corrélation relativement faible. Cette corrélation est environ deux fois plus élevée aux États-Unis qu'au Canada. La mobilité des gains est donc plus grande au Canada qu'aux États-Unis. En outre, la mesure dans laquelle les gains des fils sont corrélés à ceux des pères est à peu près la même pour les familles d'immigrants que pour celles nées au Canada. Selon les normes internationales, il s'agit d'un niveau assez élevé de mobilité au chapitre des gains. Il est comparable à celui de l'ensemble des pays nordiques et nettement supérieur à celui des États-Unis et du Royaume-Uni. Les gains des pères sont un prédicteur moins puissant des gains des fils au Canada que dans de nombreux pays, chez les familles d'immigrants de même que chez celles de personnes nées au Canada.

Comme il est mentionné plus haut, le niveau de scolarité des enfants est le plus évident mécanisme déterminant de la mobilité intergénérationnelle des gains. Aydemir, Chen et Corak (2005) se penchent sur la question de savoir dans quelle mesure le niveau de mobilité intergénérationnelle des gains observé est attribuable au niveau de scolarité plus élevé de la deuxième génération. Ils en arrivent à la conclusion qu'au Canada, la scolarité des enfants n'est pas le principal facteur qui sous-tend les élasticités intergénérationnelles. Ils constatent que la relation entre le revenu des pères et le niveau de scolarité des fils est faible. Ce résultat concorde avec ceux présentés ci-dessus. Ce n'est pas le revenu de la famille qui dicte le niveau de scolarité des enfants.

Passons ensuite à la question du « capital ethnique » soulevée par Borjas (1992) : Aydemir, Chen et Corak (2005) en arrivent à la conclusion que le niveau de scolarité moyen des parents dans la collectivité immigrante est important. Ils émettent l'hypothèse que les collectivités dont le niveau de scolarité est plus élevé sont capables d'aider leurs enfants à surmonter d'une façon qui les avantage les obstacles auxquels ils peuvent se heurter dans la société en général.

2.5  Résumé des résultats sur le marché du travail canadien

On pourrait s'attendre à ce que les résultats sur le marché du travail reflètent l'important avantage scolaire dont jouit la deuxième génération par rapport à la troisième génération et aux générations subséquentes au Canada, ce qui est effectivement le cas dans l'ensemble. Les données non corrigées (brutes) sur l'emploi, le chômage et les gains laissent supposer qu'en moyenne, les enfants d'immigrants s'en tirent aussi bien sinon mieux que les enfants de parents nés au Canada. Les taux d'emploi des enfants d'immigrants sont comparables à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes; en outre, les taux de chômage sont plus faibles et les gains, plus élevés chez les enfants d'immigrants que chez les immigrants de troisième génération et des générations subséquentes. Toutefois, ces données agrégées brutes masquent d'importantes différences entre les générations.

Les données sur l'emploi et le chômage donnent à penser que les immigrants de deuxième génération membres d'un groupe de minorité visible se trouvent aux prises avec de plus grandes difficultés au chapitre de l'emploi. Les données sur les professions reflètent le niveau de scolarité de la deuxième génération : les immigrants de deuxième génération qui sont occupés sont plus susceptibles d'occuper un emploi professionnel et moins susceptibles d'occuper un emploi de col bleu que les immigrants de troisième génération et des générations subséquentes.

Chez les personnes occupées, les gains moyens des Canadiens de deuxième génération sont supérieurs à ceux des enfants de parents nés au Canada, en l'absence de variables de contrôle. Plus de la moitié de l'avantage en matière de gains est attribuable au niveau de scolarité. Le lieu de résidence importe également. Les immigrants et leurs enfants ont tendance à habiter dans de grands centres urbains où les salaires sont plus élevés.

Il n'en est pas de même des hommes de deuxième génération membres d'un groupe de minorité visible. En moyenne, ils gagnent moins que les Canadiens de troisième génération et des générations subséquentes non membres d'un groupe de minorité visible, même s'ils sont plus susceptibles d'habiter dans de grands centres et s'ils ont des niveaux de scolarité plus élevés. Après la prise en compte de ces différences qui incluent qu'ils sont moins susceptibles d'occuper un emploi à temps plein ainsi que d'autres caractéristiques démographiques et du travail, l'écart salarial entre ce groupe et les personnes qui ne sont pas membres d'une minorité visible de troisième génération et des générations subséquentes est de l'ordre de 5 % à 14 %.

Il se peut que l'intégration économique soit un processus multigénérationnel. Dans le cas des minorités visibles, par rapport aux Canadiens de troisième génération et des générations subséquentes qui ne sont pas membres d'une minorité visible, l'écart salarial diminue d'une génération à l'autre; il est plus grand dans la première génération, se rétrécit dans la deuxième génération et diminue encore dans la troisième génération. Ce phénomène peut être lié à un processus d'acculturation de très long terme.

On observe un niveau assez élevé de mobilité intergénérationnelle des gains entre la première et la deuxième génération. La mobilité intergénérationnelle des gains au Canada est à peu près la même chez les familles d'immigrants que chez les familles de personnes nées au Canada et elle est plus grande que celle chez les immigrants aux États-Unis ou chez les Américains de naissance. Le capital ethnique est un déterminant important de ce processus au Canada. Non seulement explique-t-il une partie des résultats au chapitre de la scolarité de la deuxième génération, il est également un facteur important dans la transmission des gains de la première à la deuxième génération, au-delà et en plus de son effet sur le niveau de scolarité de la deuxième génération.

3   Résultats sur le marché du travail des enfants d'immigrants aux États-Unis

3.1  Résultats au chapitre de la scolarité des enfants d'immigrants aux États-Unis

Étant donné l'importance de la variable du niveau de scolarité pour les résultats sur le marché du travail, voici un bref résumé des résultats au chapitre de la scolarité de la deuxième génération présentés dans un article de synthèse de Picot et Hou (2011).

Les enfants américains dont les parents sont des immigrants ont des niveaux de scolarité non corrigés comparables à ceux des enfants de parents nés aux États-Unis, ou marginalement plus élevés (Card, DiNardo, et Estes, 2000; Chiswick et DebBurman, 2004). Après la prise en compte des différences en matière de niveau de scolarité des parents, de lieu de résidence et de situation familiale ainsi que d'autres variables, on constate que la deuxième génération atteint des niveaux de scolarité plus élevés que la troisième génération et les générations subséquentes (Card et coll., 2000; OCDE, 2006).

Toutefois, comme au Canada, on observe des différences significatives liées au groupe ethnique ou à la nationalité. Aux États-Unis, la deuxième génération de parents immigrants en provenance du Mexique ou d'autres pays d'Amérique centrale ou d'Amérique du Sud ont considérablement moins d'années d'études que les Blancs de troisième génération et des générations subséquentes, tandis que les Américains dont les parents étaient des immigrants en provenance d'Europe, d'Asie et d'Afrique ont plus d'années d'études. Une grande partie de ces différentes interethniques est liée aux différences liées aux niveaux de scolarité des parents.

Les auteurs des ouvrages sociologiques publiés constatent que le niveau de scolarité et la situation socioéconomique des parents sont importants mais, même après la prise en compte de ces facteurs, les différents résultats au chapitre de la scolarité chez les groupes ethniques persistent, comme c'est le cas au Canada (p. ex., Rumbault, 2005). Les attentes des parents en ce qui concerne le niveau de scolarité peuvent jouer un rôle, tout comme la structure familiale; les enfants de deuxième génération provenant de familles intactes affichent des résultats supérieurs. En outre, l'incidence du phénomène du parent seul est plus élevée dans certains groupes ethniques que dans d'autres.

Le « degré de rigidité » entre le niveau de scolarité des parents immigrants et celui des enfants est plus élevé aux États-Unis qu'au Canada (Card et coll., 2000; Card, 2005). Autrement dit, il existe une plus forte corrélation entre le niveau de scolarité des parents et celui de leurs enfants. Il se peut que des niveaux plus élevés de mobilité au chapitre de la scolarité d'une génération à l'autre soient attribuables à certaines dimensions du système canadien d'éducation. La question est abordée plus en profondeur plus loin. Il est encourageant de noter que, comme dans le cas du Canada, certains chercheurs estiment que les importants progrès de la deuxième génération par rapport à la troisième génération et aux générations subséquentes sont réalisés par des enfants dont les parents ont de très faibles niveaux de scolarité. En outre, comme c'est le cas au Canada, c'est le niveau d'études des pères et non le revenu des pères qui est le principal déterminant des résultats au chapitre de la scolarité des enfants.

Une bonne partie des préoccupations concernant les résultats au chapitre de la scolarité aux États-Unis porte sur les collectivités d'immigrants d'origine mexicaine et d'autres origines hispaniques ou latines. Toutefois, d'importants progrès intergénérationnels sont accomplis pour ce qui est du niveau de scolarité relatif de ces groupes d'immigrants (première génération) et de leurs enfants, même jusqu'à la troisième génération et aux générations subséquentes (Smith, 2003). Blau et Kahn (2005) constatent d'importants progrès sur le plan du niveau de scolarité de la première à la deuxième génération de Mexicains, mais non au-delà. Fry et Lowell (2005) en arrivent également à la conclusion que les progrès en matière d'assimilation chez les Mexicains semble stagner après la deuxième génération.

3.2  Taux de participation, taux de chômage et résultats professionnels

Comme dans le cas du Canada, un très petit nombre d'études américaines portent sur les déterminants de l'emploi, du chômage et des résultats professionnels chez les enfants d'immigrants. Mosisa (2006) a produit des résultats descriptifs fondés sur les données de la Current Population Survey de mars 2005.

Chez les 25 à 54 ans, les taux de participation à la population active des enfants d'immigrants sont comparables à ceux des Américains de troisième génération et des générations subséquentes, soit d'environ 80 % (tableau 5). Des différences s'observent chez les groupes ethniques : les Asiatiques et les Noirs de deuxième génération ont des taux d'environ 80 %; les Hispaniques et les Latinos ont des taux légèrement plus élevés, soit de 83 %, comme les Blancs, à 85 %. Les taux de chômage de la deuxième génération et de la troisième génération ainsi que des générations subséquentes sont également fort comparables (de 4,6 %).

Le niveau de scolarité marginalement plus élevé de la deuxième génération dans l'ensemble aux États-Unis se reflète dans les résultats professionnels (tableau 6). Globalement, les enfants d'immigrants de 25 à 54 ans sont plus susceptibles d'occuper des emplois professionnels que les membres de la troisième génération et des générations subséquentes (27 % comparativement à 23 %). Toutefois, on observe des différences considérables chez les divers groupes ethniques, de nouveau attribuables dans une certaine mesure au niveau de scolarité. Chez les enfants d'immigrants, les Asiatiques affichent la plus forte proportion de personnes occupant un emploi professionnel, soit 36 %, suivis des Blancs et des Noirs, dont environ 30 % occupaient des emplois professionnels en 2005. Les Américains d'origine hispanique ou latine sont les moins susceptibles d'occuper des emplois professionnels, soit environ 19 %. Ils affichent également la plus petite proportion de titulaires d'un diplôme, soit environ 21 %. Les enfants de familles d'immigrants noirs sont beaucoup plus susceptibles d'être membres d'une profession libérale que leurs homologues noirs de troisième génération et des générations subséquentes (17 %), probablement parce que leur niveau de scolarité est beaucoup plus élevé. Trente-sept pour cent des Noirs de deuxième génération sont titulaires d'un diplôme, comparativement à seulement 18 % des Noirs de troisième génération et des générations subséquentes.

Bien que les hommes de deuxième génération soient plus nombreux à occuper des emplois professionnels et que leurs niveaux de scolarité soient plus élevés, leurs gains annuels médians sont à peu près les mêmes que ceux des hommes de troisième génération et des générations subséquentes (44 000 $ et 43 000 $, respectivement). Les données non corrigées (brutes) donnent à penser que les femmes de deuxième génération gagnent plus que leurs homologues de troisième génération et des générations subséquentes. Il n'est pas étonnant de constater ici aussi des différences significatives selon les groupes ethniques. Les Asiatiques de deuxième génération ont les gains les plus élevés (47 000 $), suivis des Blancs, des Noirs et des Hispaniques ou Latinos de deuxième génération (dans le cas de ces derniers, 33 000 $). Cette situation reflète en partie les différences au niveau des études et de la profession. Notamment, les gains des Noirs de deuxième génération sont significativement plus élevés que ceux de leurs homologues de troisième génération et des générations subséquentes (40 000 $ par rapport à 30 000 $).

3.3  L'écart au chapitre des gains entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes

Comme il est mentionné plus haut, sans variables de contrôle, les résultats sur le marché du travail des Américains de deuxième génération à tout moment donné sont fort semblables à ceux des Blancs de troisième génération et des générations subséquentes et supérieurs à ceux des membres de troisième génération et des générations subséquentes d'un groupe de minorité visible. En s'appuyant sur les données du début des années 2000, Aydemir et Sweetman (2007) constatent que les taux d'emploi et de chômage et les gains de la deuxième génération sont très semblables à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes (tableau 713  . Après la prise en compte de l'âge, ils en arrivent à la conclusion que les immigrants de deuxième génération ont des gains plus élevés que leurs homologues de troisième génération et des générations subséquentes. Card (2005) constate, après la prise en compte de l'âge, que les salaires des immigrants de deuxième génération sont de 8 % plus élevés. Borjas (2006) constate un écart de 7 % à 9 % en 2000.

Comme il est indiqué dans bon nombre des ouvrages publiés, la région d'origine du parent (immigrant) est un déterminant important de ces écarts salariaux. En 2000, les écarts salariaux des membres de deuxième génération dont les parents provenaient du Mexique, du Nicaragua, d'Haïti, de l'El Salvador et de la République dominicaine étaient de l'ordre de 4 % à 19 % (normalisés selon l'âge, comparativement à la troisième génération et aux générations subséquentes prises ensemble), tandis que les membres de la deuxième génération dont les parents venaient de pays comme le Canada, l'Allemagne, la Grèce, l'Inde, la Pologne et le Royaume-Uni affichaient de grands écarts positifs de l'ordre de 17 % à 27 % (Borjas, 2006). Il s'agit d'une donnée importante étant donné l'augmentation de la proportion d'immigrants en provenance du Mexique et d'autres pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.

L'avantage salarial relatif global de la deuxième génération diminue au fil du temps aux États-Unis. Borjas (2006) montre que l'avantage salarial des hommes de deuxième génération par rapport à leurs homologues de troisième génération et des générations subséquentes (corrigé selon l'âge seulement) est passé de 18 % en 1940 à 15 % en 1970 et à 6 % seulement en 2000. Tout comme les gains relatifs des immigrants sont à la baisse, du moins depuis la fin des années 1970, les salaires relatifs des enfants d'immigrants diminuent également. Ce rétrécissement de l'écart peut tenir dans une large mesure aux changements touchant les régions d'origine des immigrants et aux facteurs associés à ces changements, comme le niveau de scolarité (Borjas 2006).

La plus grande partie de l'écart salarial entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes à un moment donné peut s'expliquer par le lieu de résidence de la deuxième génération et par son niveau de scolarité plus élevé. Borjas (2006) constate que lorsque le niveau de scolarité et l'âge sont tous deux pris en compte, l'écart entre les hommes de deuxième génération et ceux de troisième génération et des générations subséquentes passe de 6 % à 3 %. Dans une étude distincte, Card (2005), utilisant une variable de contrôle pour la région de résidence, réduit l'écart entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes, qui passe de 8 % à environ 3 % (tableau 8). L'ajout de variables de contrôle pour le niveau de scolarité réduit encore cet écart, à environ 1,5 %. Ces deux variables (le niveau de scolarité et le lieu de résidence) expliquent dans une large mesure l'écart salarial au Canada également.

Toutefois, ces spécifications supposent des rendements identiques de la scolarité pour la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes. Certaines études canadiennes et américaines, indiquées ci-dessous, laissent supposer un plus faible rendement de la scolarité en particuler chez les membres de deuxième génération d'un groupe de minorité visible.

Les recherches d'Aydemir et Sweetman (2007) (ainsi que d'autres) laissent supposer que le niveau de scolarité réduit l'écart (tableau 9). Toutefois, comme dans le cas du Canada, il existe des preuves que le rendement de la scolarité est inférieur chez les Américains de deuxième génération que chez ceux de troisième génération ainsi que des générations subséquentes. Le rendement des années d'études est de 14,0 % pour chaque année d'études supplémentaire chez les hommes de troisième génération et des générations subséquentes et de 12.6 % chez les hommes de deuxième génération. Des différences comparables s'observent chez les femmes, bien que les taux de rendement soient plus élevés pour les femmes que pour les hommes. Même si les écarts des taux de rendement ne sont pas statistiquement significatifs, ils sont du même ordre de grandeur que dans le cas du Canada, où ils sont statistiquement significatifs en raison de la plus grande taille de l'échantillon.

3.4  La transmission intergénérationnelle des gains entre familles d'immigrants

Comme au Canada, la transmission intergénérationnelle des gains est une source de préoccupation aux États-Unis, étant donné que les gains ont diminué chez les immigrants arrivant au pays depuis les années 1980. Si la transmission intergénérationnelle entre les immigrants et leurs enfants est forte, alors les baisses de salaire chez les parents immigrants dans les années 1980 et 1990 pourraient être transmises aux générations futures de leurs enfants.

Borjas (2006) se penche plus particulièrement sur la transmission intergénérationnelle des gains et sur les facteurs qui l'affectent. Il observe que les salaires de la deuxième génération sont de 5 % à 10 % plus élevés que ceux des parents immigrants. Une grande partie du gain salarial intergénérationnel semble être attribuable aux niveaux de scolarité intergénérationnels à la hausse, puisqu'une grande partie de cette hausse disparaît lorsque les données sont corrigées pour tenir compte des différences en matière de niveau de scolarité d'une génération à l'autre. Après la prise en compte de l'âge, Borjas estime une corrélation intergénérationnelle en matière de salaire d'environ 0,56 pour les hommes et 0,28 pour les femmes au cours de la période de 1970 à 2000. Autrement dit, dans le cas des hommes, environ la moitié de l'avantage ou du désavantage salarial du parent est transmis aux enfants. Ces corrélations sont plus fortes qu'au Canada, ce qui laisse supposer une plus grande « rigidité » des salaires entre générations d'immigrants aux États-Unis qu'au Canada et à une plus faible mobilité salariale intergénérationnelle aux États-Unis qu'au Canada.

De nouveau, le niveau de scolarité semble expliquer une grande partie de la « rigidité » des salaires entre générations aux États-Unis. Après la prise en compte de l'âge ainsi que du niveau d'études, les auteurs constatent que ces corrélations intergénérationnelles diminuent environ de moitié, passant à 0,25 pour les hommes, par exemple. Une grande partie de la transmission intergénérationnelle des salaires reflète la transmission intergénérationnelle de la scolarité. L'estimation de la corrélation intergénérationnelle en matière de salaire (corrigée selon l'âge) de 0,56 pour les hommes, par exemple, est plus élevée que celle observée habituellement dans la population des États-Unis dans son ensemble (entre 0,2 et 0,4). Ainsi, la « rigidité » des salaires entre les immigrants et leurs enfants est relativement grande.

Borjas (2006) soutient que ce degré plus élevé de « rigidité » intergénérationnelle est associé au « capital ethnique ». Autrement dit, le résultat d'un enfant dépend non seulement de la situation socioéconomique et des activités de ses parents, mais également du milieu dans lequel il est élevé. Un milieu favorisé, dans lequel la plupart des parents ont fait des études universitaires, par exemple, inculque aux enfants des caractéristiques utiles qui améliorent leurs résultats plus tard dans la vie, sans égard aux effets de la famille. Un milieu où la plupart des membres n'ont pas terminé leurs études secondaires peut avoir l'effet opposé. Borjas signale un certain nombre d'études qui indiquent que le « capital ethnique » peut avoir un tel effet (Borjas, 1995; Cutler et coll., 2005). Des études canadiennes donnent à penser également que le « capital ethnique » est une composante importante de la transmission intergénérationnelle des salaires (Aydemir, Chen, et Corak, 2005).

La préoccupation concernant la « rigidité » des salaires semble être liée dans une large mesure aux faibles salaires et niveaux de scolarité des immigrants d'origine hispanique ou latine, notamment mexicaine. Ces niveaux plus faibles seront-ils caractéristiques de leurs enfants? Smith (2003) se penche sur la question de la transmission intergénérationnelle du niveau de scolarité et des salaires chez les paires père-fils d'origine hispanique ou latine (y compris mexicaine). Il constate une diminution rapide de l'écart entre les salaires de la première et de la deuxième génération par rapport à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes. Par exemple, les immigrants mexicains nés de 1940 à 1944 ont un écart salarial (déficit) de 35 % par apport aux Blancs de troisième génération et des générations subséquentes, corrigé selon l'âge. Chez leurs fils, l'écart se rétrécit, passant à 18 %.

Une bonne partie de cet écart salarial est attribuable au fait que le niveau de scolarité chez des Mexicains, quelle que soit la génération, est inférieur à celui des Blancs de troisième génération et des générations subséquentes. Ainsi, on pourrait s'attendre à ce qu'ils gagnent moins. En examinant plus particulièrement l'écart entre les Mexicains de deuxième génération et les Blancs de troisième génération et des générations subséquentes, Smith (2003) en arrive à la conclusion qu'un peu moins de la moitié de l'écart est attribuable à ces différences en matière de niveau de scolarité. Cet écart passe de 17 % à 10 % après correction pour tenir compte du niveau de scolarité. Ainsi, même si une partie de l'écart salarial est attribuable au niveau de scolarité, une grande partie persiste après correction pour tenir compte de ce facteur.

Fry et Lowell (2005) en arrivent à une conclusion semblable lorsqu'ils étudient l'écart salarial entre les travailleurs hispaniques ou latinos (mexicains, portoricains et autres centraméricains et sud-américains) de deuxième génération et les Blancs de troisième génération et des générations subséquentes. Ils constatent que plus de la moitié de l'écart salarial négatif tient au plus faible niveau de scolarité et à la plus faible expérience potentielle des Hispano-Américains ou Latino-Américains de deuxième génération.

Smith (2003) constate une élasticité de transmission intergénérationnelle de 0,46 entre les membres des première et deuxième générations d'origine mexicaine; ce résultat est relativement élevé comparativement aux estimations pour les populations non immigrantes aux États-Unis, qui sont plutôt de l'ordre de 0,2 à 0,4. On observe un degré assez élevé de « rigidité » dans la transmission intergénérationnelle des salaires chez les Mexicains. Comme nous l'avons déjà mentionné, cette « rigidité » a été notée par Borjas (2006), selon lequel elle pourrait être attribuable au « capital ethnique ». Les désavantages apparents chez les parents immigrants sont transmis dans une plus large mesure qu'ils ne le sont dans les familles de non-immigrants.

3.5  Résumé des résultats sur le marché du travail aux États-Unis

Les taux de participation et les taux de chômage chez les enfants d'immigrants et chez les enfants de parents nés aux États-Unis sont sensiblement les mêmes. La plus forte proportion d'Américains de deuxième génération que de troisième génération et des générations subséquentes qui occupent des emplois professionnels s'explique par les niveaux de scolarité légèrement supérieurs des Américains de deuxième génération. Des niveaux de concentration dans les emplois professionnels particulièrement élevés s'observent chez les enfants d'immigrants d'origine asiatique. Les Noirs de deuxième génération occupent également une part relativement élevée d'emplois professionnels, égale à celle des Blancs de deuxième génération et nettement supérieure à celle des Noirs de troisième génération et des générations subséquentes.

En moyenne, les gains des Américains de deuxième génération sont à peu près les mêmes que ceux de leurs homologues de troisième génération et des générations subséquentes (corrigés selon l'âge) ou légèrement supérieurs à ces derniers. Toutefois, cet écart salarial positif s'est rétréci au cours des dernières décennies.

On observe une variation significative de l'écart entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes selon le groupe ethnique ou la nationalité. Les enfants de parents immigrants en provenance du Mexique et d'autres pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud ont des gains considérablement inférieurs à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes prises dans leur ensemble, tandis que les enfants dont les parents viennent du Canada, d'Europe de l'Ouest et d'Europe du Nord ont des gains plus élevés. La proportion d'immigrants, et donc de la deuxième génération également, en provenance des pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud est à la hausse depuis les années 1980.

Une grande partie des recherches en économie aux États-Unis portent sur la transmission intergénérationnelle des salaires entre les immigrants et leurs enfants. Les enfants ont des salaires moyens plus élevés que leurs parents immigrants, dans une large mesure en raison d'un niveau de scolarité plus élevé. Néanmoins, on constate que la transmission intergénérationnelle des salaires est plus « rigide » chez les familles d'immigrants que dans la population des États-Unis dans son ensemble.

Les groupes ethniques d'immigrants qui jouissent d'un avantage salarial transmettent ce dernier à leurs enfants plus que ce n'est le cas chez les familles américaines dans l'ensemble, et ceux qui ont un désavantage salarial le transmettent également dans une large mesure et plus que ce n'est le cas chez les Canadiens, qu'il s'agisse d'immigrants ou de non-immigrants. La transmission intergénérationnelle du niveau de scolarité est aussi relativement « rigide » chez les familles d'immigrants aux États-Unis et une partie de la « rigidité » des salaires reflète cette « rigidité » du niveau de scolarité. Une grande partie de ce phénomène tient probablement aussi à l'effet du « capital ethnique » qui comprend le niveau de scolarité de la collectivité dans son ensemble.

Toutefois, selon la littérature économique, il y aurait aux États-Unis une assimilation positive le long de la dimension salaire chez les Hispaniques, y compris les Mexicains. Les salaires des enfants de deuxième génération appartenant à ces groupes sont plus élevés que ceux de leurs parents immigrants. Fait peut-être encore plus important, l'écart salarial négatif par rapport aux Blancs de troisième génération et des générations subséquentes est grand dans le cas des immigrants appartenant à ces groupes ethniques, mais se rétrécit considérablement dans le cas de la deuxième génération (leurs enfants) et il est encore plus petit dans le cas de la troisième génération. Cette progression est reliée en partie aux niveaux de scolarité plus élevés des générations successives.

L'intégration économique est peut-être un processus multigénérationnel aux États-Unis comme au Canada. Néanmoins, malgré la progression intergénérationnelle des salaires relatifs observée en moyenne, même chez les Hispaniques, y compris les Mexicains, les faibles salaires et niveaux de scolarité chez les parents immigrants et les processus intergénérationnels relativement « rigides » se traduisent par de plus faibles salaires chez les membres de la deuxième génération. La proportion d'immigrants et d'Américains de deuxième génération dans ces groupes a augmenté au cours des 30 dernières années.

4   Un résumé des déterminants

Les études passées en revue ci-dessus laissent supposer que les déterminants des résultats sur le plan des gains (notamment les écarts au chapitre des gains) pour la deuxième génération comprennent : 

  1. Années de scolarité
  1. Déterminant important des salaires dans tout modèle de salaires, cette variable explique peut-être la moitié de l'écart salarial positif entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes au Canada, et peut-être la plus grande partie de la progression intergénérationnelle des salaires entre la première et la deuxième génération aux États-Unis. Toutefois, certaines recherches préliminaires semblent indiquer que, au Canada, le rendement de la scolarité est plus faible chez la population des minorités visibles de deuxième génération que chez la troisième génération et les générations subséquentes, ce qui a pour effet de réduire l'importance de cette variable sur les gains de la deuxième génération.
  1. Lieu de résidence
  1. Cette variable est un déterminant important des écarts salariaux observés. Les salaires ont tendance à être plus élevés dans les grandes régions urbaines qu'ailleurs et c'est là que les immigrants et leurs enfants (à l'âge adulte) ont tendance à s'établir. Le lieu de résidence est à l'origine d'une partie presque aussi grande de la différence d'écart salarial entre la deuxième génération et la troisième génération ainsi que les générations subséquentes que les années de scolarité.
  1. Groupe ethnique ou région d'origine
  1. Même après la prise en compte de variables telles que la scolarité et le lieu de résidence, les différences au chapitre des gains selon les groupes ethniques persistent dans la deuxième génération. Au Canada, les Noirs de deuxième génération ont tendance à gagner moins que les autres membres de groupes de minorités visibles, tandis que les Chinois de deuxième génération ont tendance à gagner plus. En outre, on observe des différences significatives de rendement économique de la scolarité chez les groupes ethniques; ces différences influent sur les résultats en matière de gains.
  1. « Rigidité » des salaires entre la première et la deuxième génération
  1. Étant donné que les immigrants de première génération ont souvent de faibles salaires (relativement à la troisième génération et aux générations subséquentes), la mobilité salariale entre ces immigrants et leurs enfants (à l'âge adulte) est importante. De façon générale, la mobilité salariale est plus grande dans le cas des familles d'immigrants au Canada qu'aux États-Unis. Cette différence entre le Canada et les États-Unis s'observe également dans l'ensemble de la population, non seulement chez les immigrants. Une grande partie du niveau plus élevé de « rigidité » de la mobilité salariale intergénérationnelle aux États-Unis tient à la plus grande « rigidité » intergénérationnelle des résultats au chapitre de la scolarité observée également dans ce pays. Aux États-Unis, la transmission intergénérationnelle des salaires est particulièrement « rigide » chez les Mexicains, bien que les Américains d'origine mexicaine de deuxième génération obtiennent en moyenne de meilleurs résultats que leurs parents immigrants.
  1. Capital ethnique
  1. Cette variable joue un rôle dans la transmission intergénérationnelle des salaires (de la première à la deuxième génération). Au Canada, le niveau moyen de scolarité de la collectivité ethnique est un déterminant important des salaires de la deuxième génération. Aux États-Unis, la plus faible mobilité salariale intergénérationnelle est attribuable en partie à l'absence de « capital ethnique » dans certains groupes, notamment les collectivités d'immigrants en provenance du Mexique.

5   Conclusion et discussion

Globalement, les enfants d'immigrants au Canada et aux États-Unis, ainsi que ceux d'immigrants en Australie et au Royaume-Uni, enregistrent des résultats au chapitre de la scolarité et sur le marché du travail très positifs comparativement à la troisième génération et aux générations subséquentes. Dans l'ensemble, les taux d'emploi et de chômage sont égaux ou supérieurs à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes et, chez les personnes occupées, les gains sont supérieurs. Les membres de la deuxième génération sont plus susceptibles d'occuper des emplois professionnels que ceux de la troisième génération et des générations subséquentes, ce qui reflète les niveaux de scolarité plus élevés des membres de la deuxième génération.

Deux mises en garde s'imposent en ce qui concerne ce tableau général.

En premier lieu, des différences importantes de résultats s'observent selon les divers groupes ethniques ou groupes de régions d'origine. Essentiellement, les Canadiens de deuxième génération dont les parents sont originaires de pays en développement comme la Chine, l'Inde et l'Afrique ont de meilleurs résultats au chapitre de la scolarité, tandis que ceux dont les parents viennent de régions développées comme l'Europe, les États-Unis et l'Australie ont de meilleurs résultats économiques et sur le marché du travail (après la prise en compte des différences en ce qui concerne les caractéristiques liées aux antécédents). La population des minorités visibles de deuxième génération s'en tire aussi bien sinon mieux que la troisième génération et les générations subséquentes sur le plan économique, dans une large mesure en raison de son niveau de scolarité très élevé. Toutefois, après la prise en compte des différences au chapitre du niveau de scolarité et du lieu de résidence ainsi que d'autres variables, cette population a tendance à avoir des gains légèrement inférieurs à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes.

Cet écart salarial négatif observé (comparativement à la troisième génération et aux générations subséquentes non membres de minorités visibles et selon les caractéristiques liées aux antécédents et à l'emploi) est le plus évident dans la population noire, qui affiche des écarts salariaux d'environ 10 % à 15 %. La population noire est relativement petite au Canada; 6,7 % des immigrants, 3,2 % de la deuxième génération et 1,1 % de la troisième génération et des générations subséquentes étaient des Noirs en 2006.

La discrimination salariale pourrait éventuellement jouer un rôle. Relativement peu de recherches économiques ont été faites au Canada sur cette question. Dans une expérience sur le terrain randomisée menée au Canada, Oreopoulis (2008) a constaté que les candidats à un emploi qui ont des noms à consonance anglophone et de l'expérience au Canada étaient beaucoup plus susceptibles d'être convoqués à une entrevue (toutes les autres caractéristiques personnelles et de l'emploi étant identiques) que les candidats ayant un nom à consonance asiatique et de l'expérience acquise à l'étranger.

Aux États-Unis, les préoccupations dans les ouvrages sociologiques concernant les moins bons résultats portent sur les enfants d'immigrants d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud. Cette littérature laisse supposer que le faible niveau de scolarité des parents, le grand nombre de familles monoparentales ainsi que d'autres facteurs se combinent pour produire de moins bons résultats pour la deuxième génération hispanique ou latine. Il importe de se rappeler que les ouvrages économiques, du moins en moyenne, font état d'importantes améliorations intergénérationnelles chez les familles d'immigrants hispaniques, y compris mexicaines. En outre, les enfants de familles d'immigrants mexicains ont un meilleur rendement que la troisième génération et les générations subséquentes dont les caractéristiques familiales sont comparables. Toutefois, le niveau de scolarité des parents immigrants est faible; par conséquent, malgré le niveau plus élevé des résultats (conditionnellement aux caractéristiques liées aux antécédents), les résultats inconditionnels des enfants ont tendance à être faibles. Le plus faible niveau de mobilité intergénérationnelle au chapitre de la scolarité et des gains observé chez les familles d'immigrants mexicains joue également un rôle.

La deuxième mise en garde tient au fait que les résultats déclarés sont principalement ceux des enfants d'immigrants qui sont arrivés en Amérique du Nord avant les années 1980. Les immigrants arrivés depuis 1980 diffèrent de leurs prédécesseurs de deux façons importantes. Premièrement, leurs caractéristiques liées aux antécédents sont différentes : ils sont plus instruits et peuvent provenir de pays d'origine différents. Deuxièmement, leurs résultats économiques sont généralement moins bons. Il est trop tôt pour savoir si ces facteurs influeront sur les résultats au chapitre de la scolarité et sur le marché du travail de leurs enfants dans les années à venir.

Le Canada affiche une assez grande mobilité dans la transmission intergénérationnelle des résultats au chapitre de la scolarité et sur le marché du travail chez les immigrants (et dans la population dans son ensemble). Le fait d'appartenir à une famille d'immigrants moins instruits (ou pauvre) ne signifie pas nécessairement que les enfants auront de faibles résultats en matière de scolarité et sur le marché du travail. La « rigidité » de la transmission intergénérationnelle du niveau de scolarité est nettement inférieure chez les familles d'immigrants que chez les familles de personnes nées au Canada, et elle est inférieure chez les familles canadiennes par rapport aux familles américaines, qu'il s'agisse d'immigrants ou de non-immigrants. Un enfant d'une famille d'immigrants moins instruite est plus susceptible d'atteindre un niveau de scolarité plus élevé qu'un enfant d'une famille de même niveau de scolarité dont les parents sont nés au Canada. En outre, les revenus à la baisse des familles plus instruites peuvent avoir peu d'effet, puisque les résultats en matière de scolarité des enfants sont dictés davantage par le niveau de scolarité des parents que par le revenu des parents. Des données portant sur la génération 1.5, celle des enfants ayant 12 ans ou moins à leur arrivée au Canada, appuient cette hypothèses (Bonikowska et Hou, 2011).

En ce qui concerne l'évolution des caractéristiques des immigrants, au Canada, par suite des modifications apportées au processus de sélection des immigrants de la catégorie des travailleurs qualifiés, le niveau de scolarité des nouveaux immigrants a fortement augmenté durant et après les années 1990. Divers auteurs 14  ont signalé l'effet positif sur les résultats au chapitre de la scolarité de la deuxième génération du choix d'immigrants très scolarisés. En 1981, le quart des immigrants de sexe masculin arrivés récemment 15  étaient titulaires d'un diplôme universitaire; en 2006, ils étaient près de 60 %. La tendance est comparable dans le cas des femmes, mais les proportions sont un peu plus faibles (tableau explicatif 1 en annexe).

Pour ce qui est des changements en ce qui concerne les régions d'origine, des nombres croissants d'immigrants canadiens viennent de Chine, d'Inde et d'autres pays asiatiques et ces immigrants semblent accorder beaucoup d'importance à la réussite de leurs enfants en matière d'études. La proportion d'immigrants de sexe masculin de 25 à 54 ans en provenance d'Asie du Sud et d'Asie de l'Est (principalement de Chine et d'Inde) est passée de 16 % vers la fin des années 1970 à 40 % au début des années 2000. Des tendances semblables s'observent chez les femmes (tableau explicatif 1 en annexe). La deuxième génération d'immigrants de ces groupes affiche des résultats élevés au chapitre de la scolarité.

Les tendances observées chez les immigrants récents, soit les parents des futurs travailleurs de deuxième génération, sont un peu différentes aux États-Unis. Premièrement, le niveau de scolarité des nouveaux immigrants n'a pas augmenté durant les années 1980 et 1990 aux États-Unis comme il l'a fait au Canada (tableau explicatif 1 en annexe). La proportion de nouveaux immigrants titulaires d'un diplôme universitaire a peu évolué, passant de 33 % à 35 %, entre la fin des années 1970 et le début des années 2000. Ainsi, relativement à celui de la population née aux États-Unis, le niveau de scolarité des immigrants a été à la baisse. Le fait que la plupart des immigrants aux États-Unis entrent dans le cadre de la « réunification des familles » rend encore plus difficile dans ce pays de modifier des caractéristiques telles que le niveau de scolarité. Comme il l'a été remarqué, le niveau de scolarité des parents immigrants influe sur les résultats des enfants liés à la scolarité.

Deuxièmement, les régions d'origine des immigrants ont changé en faveur du Mexique et d'autres pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud au cours des dernières décennies. Environ le quart des immigrants adultes de sexe masculin qui sont arrivés aux États-Unis vers la fin des années 1970 provenaient d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud; dans la cohorte du début des années 2000, cette proportion était passée à la moitié (tableau explicatif 1 en annexe). Les résultats sont moins positifs pour ces groupes dans la deuxième génération.

Les résultats de la deuxième génération tiennent à plusieurs étapes. Une première étape est celle de la sélection des immigrants. Le niveau de scolarité, la région d'origine, la langue et d'autres caractéristiques des immigrants influent sur les résultats obtenus par leurs enfants. Le système de points au Canada et en Australie est un levier stratégique non disponible dans certains autres pays. Bien entendu, d'autres facteurs comme la proximité physique, du Mexique aux États-Unis par exemple, influent sur la sélection. Finalement, les immigrants influent également sur la sélection par le choix qu'ils font d'immigrer et par les choix de leurs destinations.

Conditionnellement aux caractéristiques des immigrants sélectionnés, la deuxième étape qui influe sur les résultats de la deuxième génération est le degré de mobilité intergénérationnelle au chapitre de la scolarité entre les immigrants et leurs enfants. Cet aspect est particulièrement important pour les enfants de familles d'immigrants dont le niveau de scolarité est plus faible.

Conditionnellement au niveau de scolarité atteint, la troisième étape est celle de l'entrée sur le marché du travail. Plusieurs facteurs peuvent influer sur l'expérience des enfants des immigrants à cette étape.

Globalement, tant au Canada qu'aux États-Unis, les résultats (inconditionnels) au chapitre de la scolarité et sur le marché du travail des enfants d'immigrants sont égaux ou supérieurs à ceux de la troisième génération et des générations subséquentes. Plusieurs mises en garde ont été faites en ce qui concerne cette conclusion générale.

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