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- Introduction
- Baisse des gains initiaux des immigrants au Canada : analyse documentaire
- Sources des données et variables démographiques
- L'évolution des caractéristiques des nouveaux immigrants
- Tendances relatives aux gains initiaux au cours de la période de 1991 à 2004
- L'incidence de l'évolution des caractéristiques sur l'augmentation des gains initiaux dans les années 1990
- Pourquoi les gains initiaux ont-ils diminué de 2000 à 2004?
- Conclusion et discussion
1 Introduction
Le présent document porte sur les gains à l'entrée au Canada de cohortes successives de nouveaux immigrants au cours des années 1990 et au début des années 2000. Nous nous demandons si l'évolution des caractéristiques des immigrants a contribué de façon positive à l'amélioration de la situation économique des immigrants observée vers la fin des années 1990. Nous nous demandons également si le repli de la technologie de l'information (TI) au début des années 2000 a contribué à la reprise de la détérioration de la situation économique des immigrants pendant cette période.
Des recherches antérieures ont démontré et largement expliqué la baisse des gains initiaux au cours des années 1980 et au début des années 1990. Dans la présente étude ainsi que dans des analyses antérieures des gains et des taux de faible revenu, on a observé une certaine amélioration à la fin des années 1990. Cette amélioration a coïncidé avec une évolution significative des caractéristiques des immigrants — relèvement du niveau de scolarité, proportion accrue d'immigrants dans la catégorie des travailleurs qualifiés et dans les professions en génie et en TI — ainsi qu'avec la reprise de l'économie.
Des études antérieures ont également montré que le relèvement du niveau de scolarité des nouveaux immigrants et l'accroissement du nombre d'immigrants dans la catégorie des travailleurs qualifiés de l'immigration économique avaient relativement peu d'effet positif sur le faible revenu chronique et sur la probabilité d'entrer en situation de faible revenu ou d'en sortir pour les immigrants arrivés au cours des années 1990. On se serait cependant attendu à ce que l'évolution de ces deux caractéristiques aient positivement influencé les gains. Les recherches sur le faible revenu ont forcément porté sur les résultats dans la tranche inférieure de la répartition des gains. Le présent document élargit ces recherches. Nous voulons savoir ce qui est arrivé aux gains initiaux dans l'ensemble de la répartition des gains au cours des années 1990 et pourquoi.
Nous considérons ensuite la situation du début des années 2000, et nous nous demandons si les gains initiaux des nouveaux immigrants ont continué de s'améliorer pendant cette période et, dans la négative, pourquoi.
2 Baisse des gains initiaux des immigrants au Canada : analyse documentaire
Le plus étudié des sujets liés à l'assimilation économique des immigrants au Canada est celui des gains provenant d'un emploi. Les premières recherches ont révélé que les nouveaux immigrants ont des gains inférieurs à ceux de leurs homologues nés au Canada, mais que l'écart de gains initiaux rétrécit nettement à mesure que ces mêmes immigrants s'adaptent au marché du travail de la société qui les accueille (Chiswick, 1978; Meng, 1987). Des études plus récentes semblent indiquer que cet écart ne se referme pas aussi rapidement qu'on le pensait plus tôt, même dans les cohortes arrivées au cours des années 1970 (Hum et Simpson, 2003). De plus, ces écarts se sont accrus durant les années 1980 et 1990. Des recherches ultérieures montrent qu'au début des années 1980 s'est amorcée une tendance à la décroissance du revenu dans les vagues successives d'immigrants par rapport à la population née au Canada (Bloom et Gunderson, 1991; Abbott et Beach, 1993). Divers chercheurs se sont alors demandé si ce recul était associé principalement aux récessions ou à l'évolution de la composition des cohortes d'immigrants selon le pays d'origine et s'il s'était atténué vers la fin des années 1980 (McDonald et Worswick, 1998; Baker et Benjamin, 1994; Grant, 1999).
Certains auteurs sont arrivés à la conclusion que la baisse des gains initiaux des immigrants s'est poursuivie au début des années 1990 (Reitz, 2001). Des études s'appuyant sur des données encore plus récentes ont révélé une certaine amélioration vers la fin des années 1990 (Green et Worswick, 2002; Frenette et Morissette, 2003). D'autres chercheurs notent que si les gains initiaux ont largement évolué à la baisse, le taux de croissance des gains à mesure que se prolonge le séjour au pays est supérieur à celui des cohortes antérieures (Li, 2003).
Récemment, un certain nombre de chercheurs ont examiné de près l'élargissement de l'écart entre les gains des récentes cohortes d'immigrants et ceux des travailleurs nés au Canada (Aydemir et Skuterud, 2005; Green et Worswick, 2002; Ferrer, Green et Riddell, 2003; Ferrer et Riddell, 2003; Schaafsma et Sweetman, 2001; Sweetman, 2004). Ces études font état de divers facteurs comme les changements survenus sur le plan des caractéristiques des nouveaux immigrants, la qualité des études, les compétences linguistiques, la diplômanie et le rendement des années de scolarité, le rendement à la baisse de l'expérience sur les marchés du travail étrangers et une détérioration générale des résultats des nouveaux arrivants sur le marché du travail, dont les immigrants font partie. Voir Picot et Sweetman (2005) pour un examen de ces explications.
En mettant l'accent sur le faible revenu plutôt que sur les gains, Picot et Hou (2003) en arrivent à la conclusion que les taux de faible revenu des immigrants ont poursuivi une tendance constante et à long terme à la hausse au cours de la période allant de 1980 à 2000 (abstraction faite des effets du cycle économique). Aux pics du cycle économique, les cohortes successives de nouveaux immigrants avaient des taux de faible revenu de plus en plus élevés, malgré l'accroissement du niveau de scolarité de chaque cohorte successive. L'augmentation des taux de faible revenu était généralisée, ayant lieu chez les « nouveaux » immigrants dans tous les groupes d'âge, qu'ils connaissent l'une des langues officielles ou non, dans tous les types de famille et à tous les niveaux de scolarité. L'écart du taux de faible revenu entre les nouveaux immigrants et les personnes nées au Canada était le plus élevé chez les titulaires d'un diplôme universitaire, particulièrement ceux ayant un diplôme en génie ou en sciences appliquées. Toutefois, la région d'origine entrait en ligne de compte : les régions d'origine affichant l'augmentation la plus importante de la part de la population immigrante (Afrique et Asie du Sud, de l'Est et de l'Ouest) ont été également celles dont les immigrants ont affiché l'augmentation la plus rapide des taux de faible revenu. Malgré cela, moins de la moitié de l'augmentation globale du taux de faible revenu était attribuable aux changements sur le plan des caractéristiques des immigrants — langue, niveau de scolarité, âge, région d'origine.
Dans une étude ultérieure, Picot, Hou et Coulombe (2008) constatent que les taux de faible revenu des nouveaux immigrants — au Canada depuis cinq ans ou moins — ne se sont pas améliorés après 2000 et qu'ils se sont même détériorés. Pendant les années 1990, ces taux étaient à peu près 2,5 fois plus élevés que ceux des personnes nées au Canada; de 2000 à 2004, ils étaient de 2,7 à 2,9 fois plus élevés. L'étude révèle également que le relèvement du niveau de scolarité et la proportion accrue d'immigrants appartenant à la catégorie des travailleurs qualifiés de l'immigration économique ont à peine amélioré les résultats sur le plan du faible revenu au cours des premières années passées au Canada.
La variation des gains et des taux de faible revenu chez les cohortes successives de nouveaux immigrants au cours de la période de 1975 à 2000 est résumée dans le tableau 1.
3 Sources des données et variables démographiques
La présente étude est fondée sur la base de données DAL-BDIM de Statistique Canada qui combine la Banque de données administratives longitudinales (DAL) et la Banque de données longitudinales sur les immigrants (BDIM). La banque DAL représente un échantillon aléatoire de 20 % des enregistrements dans le Fichier sur la famille T1, fichier annuel transversal de tous les déclarants et leurs familles. Les personnes sélectionnées pour la banque DAL sont reliées d'une année à l'autre pour créer un profil longitudinal de chaque individu. La BDIM comprend les fiches d'établissement et les renseignements fiscaux annuels des immigrants arrivés depuis 1980. La base de données DAL-BDIM est produite par appariement des deux bases de données, de sorte que 20 % des immigrants dans la BDIM sont identifiés dans la banque DAL. La DAL-BDIM permet les comparaisons des immigrants connus et des autres déclarants canadiens.
Nous incluons seulement les immigrants de 20 à 54 ans au moment de l'établissement au Canada. Dans la plupart des modèles, la variable dépendante est le logarithme naturel des gains annuels. Les fiches d'établissement renferment une foule de renseignements sur les immigrants au moment de l'établissement. Dans nos tableaux descriptifs et nos modèles multivariés, nous utilisons les variables démographiques des immigrants suivantes :
- Cohorte d'immigrants, définie comme englobant tous les nouveaux immigrants dont le séjour au Canada correspond à une année d'imposition complète. Par exemple, les immigrants arrivés tout au long de 1992 font donc partie de la cohorte de 1993, puisque 1993 était leur première année de gains complète. Nous avons retenu les cohortes de nouveaux immigrants de 1991 à 2005.
- Nombre d'années depuis l'immigration.
- Âge à l'établissement, converti en expérience potentielle acquise à l'étranger.
- Lieu de résidence durant chaque année d'imposition, selon 13 catégories : Montréal, Toronto, Vancouver et les 10 provinces (sauf ces trois villes dans leur province respective).
- Structure de la famille durant chaque année d'imposition, selon quatre catégories : célibataires, parents seuls, couples avec enfants et couples sans enfants présents.
- Connaissance autodéclarée des langues officielles à l'établissement : parle au moins l'une des langues officielles ou ne parle ni l'une ni l'autre langue officielle.
- Catégorie d'immigrants : regroupement familial, gens d'affaires, travailleurs appartenant à la catégorie des demandeurs principaux qualifiés, leurs conjoints et personnes à charge, réfugiés et autres immigrants (arriéré, aides familiaux résidents et ainsi de suite).
- Niveau de scolarité à l'établissement, selon cinq catégories : moins de 11 ans d'études secondaires, 11 ou 12 ans d'études secondaires, études postsecondaires partielles, baccalauréat et maîtrise ou doctorat.
- Professions envisagées, selon six catégories : gestion, professionnels de la technologie de l'information (TI) (incluant les professionnels de la TI ainsi que les ingénieurs électriciens et électroniciens), ingénieurs (sauf les ingénieurs électriciens et électroniciens), autres professions (professions exigeant habituellement une formation universitaire ou collégiale et qui sont reliées aux sciences naturelles et appliquées, à la santé, aux sciences sociales, à l'enseignement, aux services gouvernementaux et à la religion, l'art et la culture), professions dans les ventes et les services et autres professions.
- Régions d'origine des immigrants, selon huit catégories : États-Unis; Caraïbes, Amérique centrale et du Sud; Europe du Nord, de l'Ouest et du Sud; Europe orientale; Afrique; Asie méridionale; Asie orientale; autres pays asiatiques; et autres pays.
Comme les données ne permettent de repérer que les immigrants arrivés au Canada depuis les années 1980, nous ne pouvons pas distinguer les immigrants arrivés au pays avant cette période des personnes nées au Canada. Notre « groupe de référence » se compose donc des personnes nées au Canada et des immigrants établis au pays depuis 10 ans et plus. On sait très bien que la situation économique des immigrants établis au pays depuis longtemps ressemble davantage à celle des personnes nées au Canada que celle des autres immigrants 1 . Nous n'utilisons le groupe de référence que pour quelques tableaux descriptifs. Tous les modèles comprennent seulement un échantillon d'immigrants, et l'accent est mis sur leurs gains enregistrés pendant les deux premières années complètes qu'ils ont vécues au Canada.
4 L'évolution des caractéristiques des nouveaux immigrants
On a modifié le système de sélection en 1993, notamment pour favoriser les personnes très instruites. On a aussi accordé une priorité accrue aux immigrants de la catégorie de l'immigration économique, au détriment de la catégorie du regroupement familial. En outre, au moment de l'essor de la technologie de l'information (TI) à la fin des années 1990, on a accentué la sélection de professionnels de la TI et d'ingénieurs.
La mise en oeuvre de ces initiatives a été couronnée de succès. Le niveau global de l'immigration annuelle est resté aux alentours de 225 000 personnes au cours des années 1990, mais le nombre d'immigrants possédant un diplôme universitaire est passé d'environ 10 000 par année au début des années 1980 à environ 41 000 en 1995, puis a grimpé de façon spectaculaire à environ 78 000 en 2000, pour rester stable depuis (graphique 1). Le nombre d'immigrants appartenant à la catégorie des travailleurs qualifiés de l'immigration économique a doublé, passant de 60 000 par année à la fin des années 1980 à environ 120 000 en 2000 (graphique 2); il est resté à ce niveau au début des années 2000. Enfin, chez les demandeurs principaux qualifiés — le groupe évalué dans le cadre du système de points de sélection — le nombre de nouveaux immigrants qui « envisageaient » une profession en génie ou dans le domaine de la TI est passé d'environ 2 000 seulement au cours des années 1980 à environ 9 000 en 1995, puis à 25 000 par année en 2000 (graphique 3).
Pour évaluer l'importance de cette augmentation, nous avons consulté les données de recensement sur les immigrants et les données sur les diplômés des universités canadiennes. Ces données révèlent qu'au début des années 1990, le réseau universitaire canadien produisait plus de candidats aux professions en génie et en TI que l'immigration, mais qu'en 2000, c'était le contraire : l'immigration était devenue un plus grand fournisseur de nouvelles ressources humaines dans ces domaines que le réseau universitaire.
Selon le domaine d'études du diplôme universitaire le plus élevé détenu par les nouveaux immigrants, environ 5 500 immigrants arrivés en 1990 étaient des diplômés en génie, contre environ 9 700 diplômés d'universités canadiennes. En 2000, les diplômés en génie qui immigraient au Canada étaient beaucoup plus nombreux (17 000) que ceux qui graduaient du réseau universitaire canadien (11 400). On observe une tendance semblable chez les diplômés en informatique : en 2000, l'immigration produisait plus d'informaticiens que le réseau universitaire canadien (tableau 2).
Hawthorne (2006) constate que parmi les personnes au Canada formées à titre de professionnel de la TI en 2000, pas moins de 22 % avaient immigré au cours des cinq années précédentes. En génie, la proportion correspondante était de 20 %.
5 Tendances relatives aux gains initiaux au cours de la période de 1991 à 2004
Après un redressement notable à la fin des années 1990, les gains initiaux — soit les gains annuels moyens au cours des deux premières années complètes au Canada — des cohortes de nouveaux immigrants ont diminué entre 2000 et 2004, tant en termes relatifs (par rapport aux personnes nées au Canada) qu'en termes réels (graphiques 4 et 5, tableau 3).
L'un des avantages de la Banque de données administratives longitudinales est qu'elle permet d'examiner de petits groupes de cohortes de nouveaux immigrants. La taille des échantillons figure dans le tableau explicatif 1. Pendant les deux premières années complètes au Canada, les hommes de la cohorte de 1991 gagnaient environ 54 % du salaire des personnes du même âge nées au Canada. Peu de changements ont été observés jusqu'au milieu des années 1990, lorsque ce chiffre a commencé à augmenter. Cette proportion a atteint 65 % chez les nouveaux immigrants de la cohorte de 2000, mais retombait à environ 54 % chez ceux des cohortes de 2002 à 2004, même si les nouveaux immigrants des cohortes des années 2000 étaient beaucoup plus instruits que ceux des cohortes du début des années 1990. Parmi les nouveaux immigrants de la cohorte de 1992, 26 % étaient des diplômés. Parmi ceux de la cohorte de 2004, la proportion avait grimpé à 61 %. Quant aux femmes, leurs gains n'ont pas bénéficié du redressement de la fin des années 1990, mais ont plutôt reculé au cours des années 2000. Jusqu'en 1997, leurs gains initiaux correspondaient à environ 56 % de ceux des personnes nées au Canada, puis ils ont reculé à 53 % chez les femmes de la cohorte de 2004.
6 L'incidence de l'évolution des caractéristiques sur l'augmentation des gains initiaux dans les années 1990
Dans quelle mesure l'amélioration observée pendant les années 1990 (chez les hommes) était-elle attribuable à l'évolution des caractéristiques, notamment à la nouvelle répartition des variables liées au niveau de scolarité et à la catégorie des travailleurs qualifiés? Afin de répondre à cette question, nous avons effectué une régression en prenant comme variable dépendante le logarithme des gains. L'échantillon comprend des immigrants âgés de 20 à 54 ans au moment de l'établissement, qui sont arrivés au Canada depuis 1980. Les données sur les gains enregistrés au cours des 10 premières années au Canada sont incluses pour les anciennes cohortes mais non pour les cohortes récentes (arrivées au Canada il y a moins de 10 ans). Les variables indépendantes sont le niveau de scolarité, la catégorie d'immigrants, l'expérience de travail potentielle acquise à l'étranger 2 et l'expérience de travail au carré, une variable nominale liée à la connaissance du français ou de l'anglais, le nombre d'années depuis la migration, la cohorte, la catégorie d'immigrants, des variables nominales liées à la province et à la ville, la région d'origine, la profession envisagée, le type de famille et un taux de chômage régional 3 pour les travailleurs d'âge mûr, corrigé en fonction des tendances pour tenir compte des effets du cycle économique. La cohorte et le nombre d'années depuis la migration sont mis en interaction pour permettre à différents gains de correspondre à différentes cohortes. Toutes les personnes ayant des gains positifs au cours d'une année sont comprises dans l'échantillon. Les hommes et les femmes font l'objet de régressions distinctes. Les coefficients de régression sont ceux auxquels on s'attendait (voir le tableau explicatif 2).
Pour produire les données brutes de la première colonne du tableau 4, nous exécutons le modèle avec la cohorte seulement, puis le nombre d'années depuis la migration, puis la cohorte et le nombre d'années depuis la migration mis en interaction (modèle 1, tableau explicatif 2). Nous exécutons ensuite le modèle en neutralisant seulement le niveau de scolarité et la catégorie d'immigrants (modèle 2, tableau explicatif 2) pour produire les données de la deuxième colonne du tableau 4. Nous exécutons le modèle 3 en neutralisant toutes les caractéristiques décrites plus haut pour produire les données de la troisième colonne du tableau 4.
Les résultats donnent à penser que l'évolution des caractéristiques, évaluée en fonction des gains moyens, a amélioré considérablement les gains initiaux des immigrants entre 1991 et 2000. Dans les données brutes, les gains initiaux des hommes ont augmenté d'environ 27 % au cours de cette période. En neutralisant le niveau de scolarité et la catégorie d'immigrants, c'est-à-dire en maintenant ces caractéristiques fixes, on constate une augmentation de seulement 12 % des gains initiaux. L'évolution des caractéristiques comptait donc pour plus de la moitié de la hausse, soit environ 15 points de pourcentage (27 % moins 12 %).
Chez les femmes, les gains initiaux sont restés inchangés entre 1991 et 2000 mais, en maintenant les caractéristiques fixes, on aurait constaté un recul de 0,10 du logarithme naturel des gains initiaux (soit une baisse des gains d'à peu près 10 %). L'évolution des caractéristiques était donc liée à une hausse de 10 % des gains initiaux.
Des conditions économiques améliorées pendant la reprise et l'expansion de 1991 à 2000 auraient également contribué à l'augmentation des gains initiaux. Un taux de chômage régional pour les travailleurs d'âge moyen et d'âge mûr, corrigé en fonction des tendances, a été intégré à la régression pour tenir compte de l'amélioration de la situation du marché du travail pendant la période de 1991 à 2000 4 . En neutralisant l'évolution de la situation du marché du travail et en maintenant fixes les caractéristiques des immigrants (quatrième colonne du tableau 4), on voit une augmentation des gains initiaux moyens de 3 % chez les hommes, et une diminution de 10 % chez les femmes durant cette période. Ces résultats donnent à penser que des 27 % d'augmentation des gains initiaux moyens pendant la période de 1991 à 2000, 14 points de pourcentage (27 - 13) sont peut-être attribuables à l'évolution des caractéristiques et un autre 10 points de pourcentage (13 - 3), à l'amélioration de la situation économique. Chez les femmes, on observe que 6 points de pourcentage (0 - [-6]) de l'augmentation des gains sont attribuables à l'évolution des caractéristiques et que 4 points de pourcentage (-6 - [-10]) de cette augmentation sont attribuables à l'amélioration de la situation économique.
Ces constatations diffèrent nettement de celles énoncées dans les travaux précédents, selon lesquelles l'évolution des caractéristiques n'a guère influé sur la probabilité d'entrer en situation de faible revenu ou d'en sortir, ou de vivre en situation de faible revenu chronique.
Deux raisons peuvent expliquer l'écart entre ces résultats. La première, c'est que les données sur le faible revenu sont fondées sur le revenu familial, alors que les données sur les gains concernent des particuliers. Il est possible que des changements dans la situation d'autres membres de la famille aient une incidence sur les taux d'entrée et de sortie de la situation de faible revenu. La deuxième, et sans doute la plus importante, c'est que les variations des gains sont évaluées en fonction de la valeur moyenne, alors que les données sur le faible revenu concernent les personnes qui se trouvent dans la tranche inférieure de la répartition des revenus. Il est possible que l'effet de l'évolution des caractéristiques varie à l'échelle de la répartition des revenus et que le relèvement des niveaux de scolarité et la proportion accrue d'immigrants appartenant à la catégorie des travailleurs qualifiés aient des effets plus positifs sur les gains des personnes qui se trouvent dans la tranche supérieure de la répartition, et ce, pour deux raisons.
Premièrement, les personnes très instruites et celles qui appartiennent à la catégorie des travailleurs qualifiés ont tendance à gagner plus que les personnes moins instruites et que celles qui appartiennent à la catégorie du regroupement familial. Les personnes très instruites qui arrivent au Canada ont plus de chances de se trouver dans la tranche supérieure de la répartition des revenus. Deuxièmement, le rendement des niveaux de scolarité élevés (par exemple les avantages relatifs aux gains que procure un diplôme universitaire comparativement à un diplôme d'études secondaires) est supérieur chez les immigrants qui se trouvent dans la tranche supérieure de la répartition des revenus. Si des immigrants possédant un niveau de scolarité élevé se trouvent dans la tranche inférieure de la répartition des revenus, c'est sans doute dans une grande mesure parce qu'ils n'obtiennent pas le même rendement de ce niveau de scolarité pour diverses raisons : la qualité des études, des difficultés linguistiques, le domaine d'études, ou peut-être d'autres caractéristiques non observées.
Il est donc possible que le relèvement du niveau de scolarité des immigrants et la proportion accrue d'immigrants appartenant à la catégorie des travailleurs qualifiés aient influencé considérablement les résultats dans la tranche supérieure de la répartition des revenus, mais qu'ils aient à peine contribué à relever les gains des personnes se trouvant dans la tranche inférieure de la répartition et, par conséquent, à peine réduit les taux de faible revenu chez les immigrants.
Pour déterminer si tel est le cas, nous employons une méthode de repondération de l'échantillon mise au point par DiNardo, Fortin et Lemieux (DFL, 1996). On peut utiliser la méthode DFL pour calculer la répartition hypothétique (ou contrefactuelle) des gains qu'on aurait observée en 2000 si la répartition du niveau de scolarité et de la catégorie d'immigrants avait été la même qu'en 1991 5 . On peut alors comparer cette répartition hypothétique des gains (pour 2000) à la répartition réelle des gains en 2000. Essentiellement, la répartition hypothétique maintient fixes les caractéristiques de la scolarité et de la catégorie d'immigrants de 1991 à 2000. L'écart entre la répartition réelle et la répartition hypothétique des gains est donc lié à l'évolution de ces caractéristiques entre ces deux années.
Cette méthode ressemble à d'autres méthodes plus courantes de décomposition ou d'uniformisation, sauf que ces méthodes produisent habituellement des estimations des valeurs hypothétiques et réelles au niveau de la moyenne seulement. La méthode DFL permet de produire des répartitions hypothétiques (contrefactuelles), et pas seulement des valeurs moyennes. Au lieu de produire et de représenter graphiquement l'ensemble des répartitions, nous avons choisi de produire des estimations hypothétiques et réelles des gains aux 15e, 50e et 90e centiles de la répartition des gains. Les résultats figurent dans le tableau 5.
Chez les hommes, au 15e centile, les gains initiaux ont augmenté de 16 % de 1991 à 2000. Si l'on maintient fixes les répartitions du niveau de scolarité et de la catégorie d'immigrants de 1991 à 2000, les gains augmentent toujours de 16 %. La variation de ces caractéristiques s'est donc traduite par une augmentation de 0 point de pourcentage des gains initiaux (16 moins 16). En effectuant les mêmes calculs aux 50e et 90e centiles, on constate, au 50e centile, une hausse de 10 points de pourcentage des gains liée à l'évolution des caractéristiques au cours des années 1990, mais que dans la tranche supérieure de la répartition des gains (au 90e centile), la hausse est de 24 points de pourcentage. Pendant les années 1990, le relèvement du niveau de scolarité et la proportion accrue d'immigrants appartenant à la catégorie des travailleurs qualifiés ont eu un effet beaucoup plus important sur les gains dans la tranche supérieure de la répartition des gains, mais ont à peine contribué à réduire les taux de faible revenu, comme nous l'avons mentionné plus haut. On observe des résultats semblables chez les femmes, où l'effet de la variation de la scolarité et de la catégorie d'immigrants n'a fait progresser les gains que de 1 % dans la tranche inférieure de la répartition, mais de 20 % dans la tranche supérieure.
Afin de déterminer la raison pour laquelle l'évolution des caractéristiques de la scolarité et des catégories d'immigrants a eu un effet plus prononcé sur les gains dans la tranche supérieure de la répartition, penchons-nous en premier lieu sur la variable du niveau de scolarité. L'évolution de la scolarité aurait pu se manifester davantage dans la tranche supérieure de la répartition, car c'est là qu'on trouve les immigrants très instruits de la catégorie des travailleurs qualifiés et les variations de ces répartitions pourraient être concentrées dans cette tranche.
Ce n'est pourtant pas le cas. Le relèvement du niveau de scolarité des immigrants au cours des années 1990 s'est manifesté dans l'ensemble de la répartition des gains initiaux, et pas seulement dans la tranche supérieure. De 1991 à 2000, par exemple, la proportion de nouveaux immigrants de sexe masculin possédant un grade universitaire (baccalauréat, maîtrise ou doctorat) a augmenté de 31 points de pourcentage dans la tranche inférieure de la répartition des gains, et de 36 points dans la tranche supérieure (tableau 6).
Dans le cas des femmes, le niveau de scolarité a augmenté considérablement dans la tranche inférieure et dans la tranche supérieure de la répartition des gains. Dans les nouvelles cohortes de 1991 et 2000, la proportion de nouvelles immigrantes possédant un grade universitaire a augmenté de 23 points de pourcentage chez les femmes du quart inférieur de la répartition, et de 34 points de pourcentage chez celles du quart supérieur.
Ces résultats concordent avec des observations antérieures selon lesquelles le niveau de scolarité des immigrants en situation de faible revenu chronique a augmenté de façon spectaculaire au cours des années 1990 (Picot, Hou et Coulombe, 2008). Parmi les nouveaux immigrants de la cohorte de 1993, 13 % des personnes en situation de faible revenu chronique possédaient un diplôme; parmi ceux de la cohorte de 2000, cette proportion grimpait à 41 %. Dans cette cohorte, plus de la moitié des nouveaux immigrants en situation de faible revenu chronique appartenaient à la catégorie des travailleurs qualifiés de l'immigration économique.
Comme on observe le relèvement des niveaux de scolarité dans l'ensemble de la répartition, il ne s'agit donc pas d'une explication plausible du fait que l'évolution des caractéristiques a entraîné un accroissement des gains plus important dans la tranche supérieure que dans la tranche inférieure de la répartition des gains des immigrants.
La réponse tient plutôt aux écarts dans le rendement relatif d'un grade universitaire. Pour démontrer cet effet, nous avons exécuté des régressions par quantile aux 15e, 50e, et 90e centiles. La variable dépendante est le logarithme naturel des gains. Les variables indépendantes sont identiques à celles employées dans la régression mentionnée plus haut pour les valeurs moyennes 6 , sauf que le taux de chômage est exclu (tableau explicatif 2). Les coefficients s'obtiennent sur demande. Les hommes et les femmes font l'objet de modèles distincts, fondés sur les données groupées des cohortes de nouveaux immigrants de 1991 à 2004. Les régressions ont été exécutées à partir de deux populations distinctes : les immigrants arrivés au Canada depuis 2 ans ou moins et les immigrants arrivés au Canada depuis 10 ans ou moins.
Le coefficient de la variable sur le baccalauréat donne l'estimation de la différence en pourcentage entre les gains des détenteurs d'un baccalauréat et ceux des nouveaux immigrants ayant 11 ou 12 années de scolarité. En général, cet avantage de salaire est beaucoup plus grand au 90e centile qu'au 15e centile (tableau 7). En fait, pendant les 2 premières années au Canada, les détenteurs de baccalauréat de sexe masculin gagnaient, au 15e centile, 9,7 % de moins que leurs homologues moins instruits, quoique au cours des 10 premières années au Canada, leurs gains étaient marginalement plus élevés (3,7 %) 7 . Cependant, au 90e centile, cet avantage de salaire lié au baccalauréat était de 13 % pendant les deux premières années au Canada et de 20 % ou plus au cours de la première décennie. La situation est semblable pour des nouveaux immigrants détenteurs d'une maîtrise ou d'un doctorat, à la différence que l'avantage salarial est plus grand, comme on s'y attendrait. La différence entre la tranche inférieure et la tranche supérieure de la répartition est maintenue : au cours des 10 premières années, l'avantage salarial est de 39 % au 90e centile, et de 10 % au 15e centile. La tendance est semblable pour les femmes, mais l'avantage salarial est plus important dans l'ensemble pour les immigrantes que pour les immigrants, comme il l'est pour les personnes nées au Canada.
L'incidence de la catégorie d'immigrants sur la croissance des gains pour les hommes est semblable à celle de la variable du niveau de scolarité. Pendant les années 1990, la proportion d'immigrants de sexe masculin classés comme demandeurs principaux dans la catégorie des travailleurs qualifiés a augmenté significativement dans la tranche inférieure et dans la tranche supérieure de la répartition des gains (tableaux explicatifs 3 et 4), tout comme la proportion d'immigrants très instruits. Mais l'avantage relatif aux gains a été bien moindre pour les demandeurs principaux de sexe masculin dans la catégorie des travailleurs qualifiés qui se trouvaient dans la tranche inférieure de la répartition des gains que pour ceux dans la tranche supérieure. Pendant les premières deux années passées au Canada, les demandeurs principaux de la catégorie des travailleurs qualifiés gagnaient 7 % de plus que les hommes de la catégorie du regroupement familial au 15e centile. Au 90e centile, ils gagnaient 19 % de plus. Chez les femmes, la situation était inversée : l'avantage lié aux gains pour un demandeur principal de la catégorie des travailleurs qualifiés était beaucoup plus grande dans la tranche inférieure de la répartition des gains que dans la tranche supérieure. Toutefois, chez les femmes, le rendement plus élevé pour les demandeurs principaux de la catégorie des travailleurs qualifiés situés dans la tranche inférieure des gains a probablement été compensé par une beaucoup plus petite augmentation de la proportion de tels demandeurs dans cette tranche que dans la tranche supérieure.
Pour résumer, l'évolution des caractéristiques de la scolarité et de la catégorie d'immigrants au cours des années 1990 était liée à l'amélioration considérable des résultats sur le plan des gains moyens, beaucoup plus importants chez les immigrants qui se trouvent dans la tranche supérieure de la répartition. Cependant, une proportion croissante de ces immigrants très instruits de la catégorie des travailleurs qualifiés se sont retrouvés dans la tranche inférieure de la répartition des gains, parce qu'ils n'ont pu mettre à profit ces caractéristiques pour toucher des revenus plus élevés pendant les 2 premières années et même pendant les 10 premières années au Canada. En conséquence, l'évolution des caractéristiques a eu peu d'effet sur les gains dans la tranche inférieure de la répartition ou sur les taux de faible revenu.
7 Pourquoi les gains initiaux ont-ils diminué de 2000 à 2004?
Compte tenu du redressement partiel des gains initiaux à la fin des années 1990, des nouvelles caractéristiques « favorables au marché du travail » des immigrants et de la poursuite de la forte croissance économique au cours de la période de 2000 à 2004 8 , pourquoi la tendance ne s'est-elle pas maintenue?
Premièrement, les effets de l'évolution des caractéristiques sur les gains au cours de la période de 2000 à 2004 sont négligeables pour tous les points de la répartition qui ont été évalués (tableaux 4 et 5), probablement en raison du peu de changement dans les caractéristiques de base d'usage pendant cette période.
Qu'en est-il des explications normalement données pour le recul des gains initiaux des immigrants au cours des années 1980 et 1990? Elles comprennent la baisse du rendement de l'expérience acquise à l'étranger, l'évolution de la répartition des régions d'origine et les facteurs connexes — langue, culture, qualité des études, discrimination — et la détérioration de la situation des nouveaux venus sur le marché du travail en général. Ces facteurs comptaient pour la presque totalité de la baisse au cours des périodes antérieures (Aydemir et Skuterud, 2005).
Toutefois, il est peu probable que les explications susmentionnées aient compté pour beaucoup dans le recul des gains initiaux au début des années 2000. À la fin des années 1990, le rendement de l'expérience acquise à l'étranger était devenu nul; il est donc peu probable que cette variable ait contribué à la baisse. Dans les régressions évoquées dans le tableau explicatif 1, le rendement de l'expérience de travail « potentielle » acquise à l'étranger est pratiquement nul (ou légèrement négatif). On peut donc écarter cette explication.
En ce qui concerne la détérioration de la situation de l'ensemble des entrants sur le marché du travail, dont les immigrants constituent un cas particulier, Green et Worswick (2002) ont constaté qu'elle avait joué un rôle très important pendant les années 1980, mais qu'elle avait à peine compté dans la baisse observée au cours des années 1990. En outre, la situation des jeunes entrants sur le marché du travail, surtout les hommes, chez qui on a observé une grande partie du recul, avait cessé de se détériorer à la fin des années 1990 et au début des années 2000 (Morissette, 2008).
Enfin, le principal changement dans la répartition des régions d'origine est survenu au cours des années 1960 à 1980. Cette répartition a relativement peu varié depuis, surtout au début des années 2000. Le tableau 8 montre que de 2000 à 2004, la répartition des nouveaux immigrants par région d'origine n'a guère varié.
Étant donné la croissance très importante du nombre de nouveaux immigrants dans les professions en technologie de l'information (TI) et en génie pendant la fin des années 1990, et le nombre encore important — quoiqu'en déclin — de ces immigrants au début des années 2000, le repli de la TI a peut-être joué un rôle significatif dans le recul des gains initiaux. Depuis la fin des années 1990, la croissance de l'emploi au sein de l'économie canadienne est très robuste. Le graphique 6 montre que l'emploi a augmenté de 12 % de 1995 à 2000, puis de 7 % de 2000 à 2004, soit la période qui nous intéresse. Dans le secteur de l'informatique et des télécommunications 9 , toutefois, l'emploi a bondi de 60 % de 1995 à 2001; en 2004, il avait reculé de 12 %, avant d'afficher une certaine reprise.
Nous constatons que le recul des gains initiaux des immigrants s'est concentré chez les demandeurs principaux qualifiés travaillant dans les domaines de la technologie de l'information (TI) et du génie (graphiques 7 à 12 et tableau 9). Les gains initiaux des hommes dans ces professions ont chuté de 37 % entre les cohortes de nouveaux immigrants de 2000 et de 2004. D'autres groupes ont enregistré une certaine baisse, mais bien moindre. Chez les demandeurs principaux qualifiés qui envisageaient d'autres professions (autres que dans les domaines de la TI et du génie) et chez leurs conjoints, les gains ont reculé d'environ 11 % alors que dans la catégorie du regroupement familial, ils ont à peine varié. On observe des écarts semblables chez les femmes.
Il existe une façon simple d'évaluer dans quelle mesure le recul observé de 2000 à 2004 était concentré dans la catégorie des travailleurs qualifiés, notamment ceux qui envisageaient une profession en TI ou en génie : il suffit de les exclure des calculs et d'évaluer l'effet résultant.
Pour l'ensemble des nouveaux immigrants de sexe masculin, les gains initiaux ont reculé de 17 % entre les cohortes de 2000 et de 2004. Toutefois, une fois exclus les nouveaux immigrants qui envisageaient une profession en TI ou en génie, la baisse n'est que de 4 % (tableau 9). Si l'on inclut des variables de contrôle pour tenir compte des écarts entre les caractéristiques des cohortes, la baisse des gains de l'ensemble des nouveaux immigrants de sexe masculin est de 12 %, mais lorsqu'on exclut les travailleurs de la TI et les ingénieurs (profession envisagée), elle tombe à 2 %. Chez les hommes, le recul des gains initiaux était donc concentré en grande partie chez les demandeurs principaux qualifiés qui envisageaient une profession en TI ou en génie.
Chez les femmes, on peut expliquer environ la moitié du recul des gains de 2000 à 2004 en excluant les professionnelles de la TI et les ingénieures. Dans l'ensemble, le recul des gains (neutralisé) est donc de 10 % chez les immigrants des deux sexes, mais de 4 % lorsqu'on exclut les travailleurs de la TI et les ingénieurs. Environ les deux tiers de la baisse globale semblent être attribuables au repli des gains de ces immigrants.
Comme pratiquement tous les professionnels de la TI et les ingénieurs possèdent un diplôme universitaire et que les gains de ce groupe de nouveaux immigrants ont reculé après 2000, la valeur de leur diplôme a manifestement diminué. Elle a diminué dans une moindre mesure pour d'« autres » demandeurs principaux qualifiés et a augmenté chez les immigrants de la catégorie du regroupement familial (tableau 10). En conséquence, on ne peut pas parler d'une diminution, pour l'ensemble des immigrants, de la valeur du diplôme universitaire après 2000 : cette diminution varie selon la catégorie d'immigrants.
8 Conclusion et discussion
Les recherches ont démontré et amplement expliqué la diminution des gains initiaux, au cours des années 1980 et au début des années 1990, des cohortes successives de nouveaux immigrants. Dans la présente étude ainsi que dans des études antérieures des gains et des taux de faible revenu, on a observé une certaine amélioration de la situation à la fin des années 1990. Cette amélioration a coïncidé avec une évolution significative des caractéristiques des immigrants — relèvement du niveau de scolarité, proportion accrue d'immigrants dans la catégorie des travailleurs qualifiés et dans les professions en génie et en technologie de l'information (TI). Cette évolution était elle-même associée aux modifications au système de sélection des immigrants. Une certaine part de l'augmentation des gains est probablement attribuable aussi à la croissance économique importante de la fin des années 1990.
Des études antérieures ont montré que l'évolution des caractéristiques des immigrants avait relativement peu d'effet sur le faible revenu chronique et sur la probabilité d'entrer en situation de faible revenu ou d'en sortir. L'analyse de la présente étude, fondée sur les gains, nous permet de conclure que l'évolution des caractéristiques de la scolarité et des catégories d'immigrants a effectivement entraîné une certaine amélioration des gains initiaux au cours des années 1990 et que l'amélioration de la situation du marché du travail a fait de même. Toutefois, pendant les années 1990, l'augmentation des gains initiaux des cohortes successives de nouveaux immigrants était beaucoup plus prononcée chez les immigrants mieux payés que chez leurs homologues moins bien payés, bien que le niveau de scolarité tant des immigrants mieux payés que des immigrants moins biens payés se soit fortement amélioré. Une part de plus en plus grande de nouveaux immigrants très instruits de la catégorie des travailleurs qualifiés de l'immigration économique se sont retrouvés dans la tranche inférieure de la répartition des gains parce qu'ils n'ont pu mettre à profit ces caractéristiques pour toucher des gains plus élevés. Cette situation s'est avérée pendant les deux premières années passées au Canada, et même pendant la première décennie. Il en résulte que l'évolution de ces caractéristiques a eu peu d'effet sur les gains dans la tranche inférieure de la répartition et sur la situation de faible revenu. Cependant, la situation du faible revenu chronique s'est modifiée profondément : la proportion d'immigrants en situation de faible revenu chronique — c'est-à-dire en situation de faible revenu pendant au moins quatre des cinq premières années au pays — possédant un diplôme universitaire est passée de 12 % chez les nouveaux immigrants de la cohorte de 1993 à 41 % chez ceux de la cohorte de 2000 et, dans cette dernière, plus de la moitié des immigrants en situation de faible revenu chronique (51 %) appartenaient à la catégorie des travailleurs qualifiés (Picot, Hou et Coulombe, 2008).
Pourquoi de nombreux nouveaux immigrants ont-ils obtenu un rendement relatif très faible de leurs études universitaires au cours des années 1990 et se sont trouvés dans la tranche inférieure de la répartition des gains? Voici quelques-unes des raisons :
- l'incapacité du marché du travail d'absorber un accroissement aussi important du bassin de travailleurs très instruits, d'où une pression à la baisse sur les salaires relatifs;
- la « diplômanie » liée à la reconnaissance des diplômes étrangers;
- la qualité potentiellement moindre des études — par rapport aux études supérieures nord-américaines — que possèdent de nombreux nouveaux immigrants issus des régions d'origine non traditionnelles;
- enfin, il est possible que des difficultés d'ordre linguistique empêchent de nombreux nouveaux immigrants d'obtenir l'effet positif attendu de leurs études supérieures sur leurs gains.
Il existe des preuves à l'appui de cette dernière hypothèse. Dans une étude récente, Bonikowska, Green et Riddell (2008) ont constaté que les immigrants possèdent des niveaux de maîtrise du français ou de l'anglais (les langues de travail les plus courantes au Canada) moins élevés que les personnes nées au pays. En outre, les auteurs ont constaté que le rendement d'un niveau donné de maîtrise de la langue n'était pas plus faible chez les immigrants que chez les personnes nées au Canada. Ces résultats ont été observés pour tous les niveaux de scolarité. Considérés à un moment donné, ces résultats donnent à penser qu'au moins la moitié de l'écart entre les gains des immigrants et ceux des personnes nées au Canada est attribuable aux écarts dans la maîtrise de l'anglais ou du français. Cette maîtrise pourrait avoir une composante cognitive et une composante langagière.
Une autre étude récente, de Chiswick et Miller (2002), révèle qu'aux États-Unis, les immigrants gagnent 7 % de plus par année de scolarité supplémentaire s'ils maîtrisent l'anglais, mais seulement 1 % dans le cas contraire. Autrement dit, en l'absence d'une maîtrise de l'anglais, les années de scolarité supplémentaires contribuent à peine à accroître les gains par rapport à un immigrant moins instruit. Il se pourrait que des questions de maîtrise de la langue empêchent les immigrants de profiter des gains qu'ils pourraient réaliser avec leurs diplômes d'études supérieures. Comme on l'a noté ci-dessus, il y a d'autres raisons possibles.
Le recul des gains initiaux observé au cours de la période allant de 1980 au milieu des années 1990 a repris après 2000, mais pour des raisons très différentes. Les déterminants principaux du premier recul — la baisse du rendement de l'expérience acquise à l'étranger, la nouvelle répartition des pays d'origine des immigrants et le fléchissement global des résultats sur le marché du travail — avaient probablement peu à voir avec la baisse observée après 2000. Le rendement de l'expérience acquise à l'étranger, déjà nul, aurait dû devenir nettement négatif pour avoir le moindre effet; la nouvelle répartition des pays d'origine des immigrants, observée surtout pendant les années 1970 et 1980, n'a guère varié après 2000; enfin, le marché du travail n'a pas continué de se détériorer pour les nouveaux entrants à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Il faut donc chercher ailleurs les causes possibles de la baisse des gains initiaux après 2000.
Dans une large mesure, cette baisse a touché les nouveaux immigrants qui entendaient exercer des professions en TI ou en génie. Elle coïncide avec le repli de la TI, qui semble avoir influencé considérablement la situation de ces immigrants, surtout dans le cas des hommes. La réaction à la demande de travailleurs de haute technologie à la fin des années 1990 ayant entraîné un accroissement rapide du bassin de main-d'oeuvre par le biais de l'immigration, le grand nombre de nouveaux immigrants s'est heurté au repli de la TI.
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