5 Discussion et conclusions
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Avant de discuter des résultats de cette recherche, il faut reconnaître l'existence de plusieurs limites. Par exemple, en ce qui a trait aux besoins des personnes âgées en perte d'autonomie, la présente recherche ne mesure pas les besoins non comblés. Par exemple, si une personne ne reçoit de l'aide que du réseau informel, mais indique également ne pas recevoir suffisamment d'aide, on pourrait soutenir que cette personne a besoin d'aide du réseau formel. Les projections pourraient difficilement tenir compte de cette pression sur le réseau formel.
Les caractéristiques prises en compte dans l'estimation de la probabilité de recevoir de l'aide de différentes sources ne comprennent pas l'état de santé et la proximité géographique des enfants. L'absence de cette dernière caractéristique semble poser un plus grand problème, puisque le fait d'avoir un enfant ne signifie pas nécessairement qu'il pourra fournir de l'aide. Parmi les nombreux facteurs qui peuvent influer sur la probabilité qu'un enfant fournisse de l'aide à un parent en perte d'autonomie, la proximité géographique est certainement importante. Ces renseignements n'ont pas été recueillis dans le cadre de l'Enquête sociale générale de 1996.
Si l'état de santé des enfants est plus ou moins important étant donné que la majorité d'entre eux n'ont pas encore atteint les âges avancés, il faudrait certainement connaître l'état de santé du conjoint. Les conjoints étant les principaux fournisseurs d'aide aux personnes habitant avec un partenaire, des renseignements concernant leur état de santé permettraient sûrement de mieux comprendre pourquoi certaines personnes âgées en perte d'autonomie reçoivent de l'aide de leur conjoint, tandis que d'autres, qui habitent également avec un partenaire, n'en reçoivent pas. Cela est particulièrement vrai lorsqu'une personne qui a besoin d'aide a atteint un âge très avancé. La personne qui partage la vie de cet individu est probablement très âgée aussi et n'est peut-être pas en mesure de fournir de l'aide. Les renseignements sur l'état de santé des conjoints n'ont pas été recueillis dans le cadre de l'Enquête sociale générale de 1996. C'est pourquoi l'« âge du conjoint » a été inclus dans le modèle sur les sources d'aide. Bien qu'il ne s'agisse que d'une approximation, on peut supposer que l'état de santé des personnes âgées de 65 à 74 ans est probablement meilleur que celle des personnes âgées de 85 ans et plus. Les résultats de l'analyse donnent un aperçu de l'importance de connaître l'état de santé des conjoints lorsqu'on examine les facteurs liés à l'utilisation de différentes sources d'aide.
L'interprétation des résultats de la recherche est également limitée par le fait qu'on n'a pas tenu compte du nombre d'heures de service fournies par les différentes sources d'aide. En projetant simplement le nombre de personnes âgées avec incapacité utilisant un certain réseau de soutien, il est impossible d'analyser l'incidence sur les ressources humaines nécessaires afin de répondre à la demande et sur le coût global d'une telle demande.
Les résultats de cette recherche présentent des renseignements très utiles sur les tendances futures de la disponibilité des enfants et des conjoints à titre de sources d'aide, du nombre de personnes âgées avec incapacité ayant besoin d'aide et de l'utilisation possible des réseaux formel et informel. Puisque le vieillissement de la population est en grande partie attribuable à une baisse du taux de fécondité, on pourrait s'attendre à ce que la proportion de personnes âgées sans enfants survivants augmente ultérieurement. Cependant, les résultats montrent que, dans un avenir prochain, la proportion de personnes âgées sans enfants survivants parmi celles qui ont le plus besoin d'aide, soit celles qui ont atteint 85 ans, sera inférieure aux proportions observées récemment. Cette tendance montre que, en 2021, cette proportion s'établira à 16 % (par rapport à 22 % en 2001). Même si la proportion augmentera par la suite, elle n'atteindra le niveau observé en 2001 qu'en 2036.
Pour ce qui est du mode de vie des personnes âgées, les tendances indiquent que la proportion de celles qui habitent seules dans des ménages privés devrait demeurer relativement stable. Chez les femmes, cette proportion devrait même connaître une légère diminution à long terme. Toutes choses étant égales par ailleurs, une plus grande proportion de personnes âgées habitant avec un conjoint atténuerait la pression exercée sur le réseau formel. Cette incidence positive pourrait cependant être atténuée en partie par l'impossibilité des conjoints vieillissants de fournir de l'aide convenable en raison de problèmes de santé, les deux conjoints étant en perte d'autonomie.
En ce qui concerne l'incapacité, le principal facteur expliquant l'accroissement du nombre de personnes âgées en perte d'autonomie est bien sûr le vieillissement des baby-boomers. Si les probabilités d'avoir une incapacité demeurent constantes pour la période projetée, la proportion de personnes âgées ayant une incapacité en 2031 sera légèrement inférieure à la proportion observée en 1996. Cette situation est en partie liée à l'arrivée des baby-boomers parmi les personnes âgées. Ils font premièrement partie des gens âgés de 65 à 74 ans, un groupe d'âge dont la probabilité d'avoir une incapacité est faible. Cette faible probabilité est aussi en partie liée à leur niveau de scolarité élevé, une caractéristique ayant une incidence positive sur la santé. Dans l'ensemble, au cours de la période de 2001 à 2031, le taux de croissance annuelle moyen du nombre de personnes âgées ayant un besoin d'aide relié à une incapacité pourrait être d'environ 2,5 %. Un résultat important de la projection est qu'elle montre jusqu'à quel point une amélioration de la santé de la population pourrait avoir une incidence sur cette proportion. Selon l'hypothèse présentée plus tôt, ce taux annuel pourrait n'atteindre que 1,9 %.
L'avantage principal du modèle de microsimulation utilisé dans la présente recherche est qu'il permettait de tenir compte d'un ensemble de changements au sein de la population – incapacité, réseau familial, caractéristiques personnelles – afin d'examiner les tendances futures de l'utilisation des réseaux formel et informel. Toutes les tendances projetées indiquent clairement que la pression sur le réseau formel augmentera dans l'avenir. Bien sûr, les hypothèses concernant la santé future de la population sont très importantes, tout comme celles qui sont liées aux taux de placement en établissement de la population âgée. Cette pression nécessitera certainement une augmentation des ressources liées aux services de maintien à domicile, que ce soit dans le secteur public ou privé. La question de la disponibilité des ressources humaines responsables de la prestation de services sera un enjeu au cours des prochaines années alors que les baby-boomers atteindront le troisième âge.
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