6 Les changements apportés aux règles de sélection des immigrants ont-ils permis d'améliorer la situation économique de ceux-ci?

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Citoyenneté et Immigration Canada a apporté des changements importants aux règles de sélection en 1993. Ces modifications ont porté fruit : le niveau de scolarité des immigrants s'est accru de façon marquée, et ils étaient beaucoup plus nombreux dans la catégorie économique. De plus, la proportion d'immigrants « économiques » exerçant des professions liées à la technologie de l'information (TI) et au génie a augmenté considérablement au cours du boom de la haute technologie vers la fin des années 1990 au Canada.

Toutefois, ces changements positifs — du point de vue du marché du travail — dans les caractéristiques des immigrants ont-ils vraiment amélioré la situation économique de ces derniers au cours de leurs premières années au pays? Les études de Statistique Canada portaient à la fois sur les niveaux de faible revenu chronique (Picot, Hou et Coulombe, 2008) et de gains (Picot et Hou, à paraître). Les changements touchant les caractéristiques n'ont pas vraiment réduit les taux de faible revenu chronique ni la probabilité que les nouveaux immigrants aient des gains initiaux peu élevés. D'après ces études, cette situation était en grande partie attribuable au fait que les immigrants très instruits dans la partie inférieure de la répartition des gains ne parvenaient pas à convertir leur scolarité en gains plus élevés.

Il existe plusieurs facteurs susceptibles d'expliquer pourquoi un grand nombre de nouveaux immigrants très instruits ont reçu un rendement quasi nul de leurs études universitaires — par rapport à ceux ayant une instruction de niveau secondaire — et se retrouvent au bas de la répartition des gains malgré leur niveau de scolarité. En voici quelques uns :

  • l'incapacité du marché du travail à absorber une si forte hausse de l'offre de travailleurs très instruits, entraînant une pression en baisse sur les salaires relatifs; ce fut certainement le cas des immigrants ayant fait des études en TI ou en génie qui voulaient travailler dans le secteur de la TI après 2000;
  • la possibilité que les immigrants originaires de régions non traditionnelles puissent avoir une instruction de moindre qualité — par rapport à l'instruction supérieure nord- américaine;
  • les problèmes de langue pouvant faire en sorte que l'instruction supérieure que possèdent de nombreux nouveaux immigrants n'ait pas sur les gains l'incidence favorable prévue; des résultats d'études viennent étayer ce point de vue 9, et les problèmes de langue peuvent jouer un rôle important dans la piètre assimilation économique des immigrants très instruits.

D'autres recherches démontrent que l'amélioration des caractéristiques économiques des immigrants a eu une incidence favorable importante sur les gains des nouveaux immigrants dans les parties intermédiaire et supérieure de la répartition des gains.

9 . Green et Riddell, ainsi que leurs coauteurs Ferrer (2003) et Bonikowska (2008), ont observé que les immigrants ont un niveau de littératie en français ou en anglais (les langues de travail les plus courantes au Canada) plus faible que celui des personnes nées au Canada. Ils ont également relevé que le rendement pour chacun des niveaux de littératie n'était pas plus faible chez les immigrants que chez les personnes nées au pays. Ainsi, compte tenu des niveaux de compétences en littératie observés chez les immigrants, ces derniers ne gagnaient pas moins que ce à quoi on pouvait s'attendre. Ces résultats ont été observés pour tous les niveaux d'instruction. Ils laissent entendre qu'au moins la moitié de l'écart des gains entre les immigrants et les personnes nées au Canada pouvait être attribuable aux différences dans les compétences en littératie en français ou en anglais. Dans une étude récente, Chiswick et Miller (2002) ont observé qu'aux États-Unis, les immigrants gagnaient 7 % de plus pour chaque année d'instruction additionnelle s'ils parlaient couramment l'anglais, mais seulement 1 % de plus dans le cas contraire. En d'autres termes, à défaut de maîtriser l'anglais, une plus grande instruction ne se traduisait pas vraiment par des gains supplémentaires par rapport à une personne moins instruite.