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La précédente section a décrit les principaux flux migratoires internes au Canada entre 2001 et 2006 et comment les populations des diverses régions géographiques du Canada en ont été affectées. La richesse des données du Recensement de 2006 permet de compléter cette analyse en dressant un profil sociodémographique des migrants récents.
Les recensements canadiens contiennent en effet une foule de renseignements sur les caractéristiques démographiques et sociales des répondants : outre l’âge, le sexe et des détails sur leurs récentes migrations, on y retrouve l’état matrimonial, le niveau de scolarité, le statut d’immigrant, l’identité autochtone, l’appartenance à un groupe de minorités visibles ainsi que des détails sur la structure familiale et le lieu de résidence. Toutes ces caractéristiques font l’objet d’un examen particulier dans la présente section et ce, dans le but de mieux cerner le profil des Canadiens qui ont migré récemment.
En outre, étant donné que les caractéristiques des migrants peuvent varier en fonction de la destination choisie (par exemple les jeunes ou les personnes les plus scolarisées choisissent plus souvent de s’établir dans les grands centres urbains que les personnes plus âgées ou moins scolarisées), cette analyse vise à étudier les caractéristiques individuelles des migrants selon le type de destination.
Une analyse dite multivariée, effectuée au moyen d’un modèle statistique, a été préférée à l’analyse descriptive, très souvent utilisée pour établir des profils sociodémographiques de groupes de la population (voir l’encadré). Le choix d’un tel modèle repose sur la volonté d’isoler l’effet net des caractéristiques étudiées. Il est ainsi possible de mesurer l’association entre une caractéristique sociodémographique d’un individu et son parcours migratoire tout en neutralisant l’effet de toutes les autres caractéristiques. Les résultats du modèle permettent d’estimer la probabilité d’avoir migré dans l’année précédant le Recensement de 2006 selon les diverses caractéristiques prises en considération et selon le type de destination.
Six types de destination sont considérés dans le modèle : les municipalités centrales des régions métropolitaines de recensement de Toronto, Montréal et Vancouver, les municipalités périphériques des régions métropolitaines de recensement Toronto, Montréal et Vancouver, les autres régions métropolitaines de recensement, les centres urbains de taille moyenne, les régions rurales situées près d’un centre urbain ainsi que les régions rurales éloignées ou les territoires (voir les définitions présentées en annexe). Ce gradient urbain-rural a l’avantage de couvrir tout l’espace géographique canadien et de créer des groupes possédant une certaine homogénéité quant à leurs caractéristiques (présence d’universités, types d’industries, distance des villes, caractéristiques résidentielles, etc.).
Dans cette section, les migrants sont définis comme l’ensemble des personnes ayant changé de municipalité (subdivision de recensement) au cours des douze mois précédant le Recensement de 2006. Comme seules les caractéristiques sociodémographiques en fin de période, soit au moment du Recensement de 2006, sont connues, il était préférable de restreindre la période d’analyse à la migration observée au cours de l’année précédent le recensement, limitant ainsi les chances que les caractéristiques étudiées aient changé après la migration1.
II convient de préciser que selon la définition des migrants retenue dans cette section, un individu peut migrer tout en restant dans un même type de région du gradient urbain-rural : par exemple, les caractéristiques d’une personne ayant déménagé de Calgary à Edmonton, deux régions métropolitaines de recensement incluses dans la catégorie « autres régions métropolitaines de recensement », seraient prises en considération dans le modèle par destination dans la catégorie « autres régions métropolitaines de recensement ». En ce sens, le modèle tient compte de tous les migrants et non pas seulement de ceux ayant migré d’un type de région à un autre2.
L’encadré donne davantage de détails sur l’échantillon et le modèle utilisés.
Les données utilisées dans la présente section ont été recueillies à l’aide du questionnaire long (2B) du Recensement de 2006 auprès d’environ 20 % de tous les Canadiens. L’échantillon utilisé dans le modèle comprend plus de 5 081 000 observations (représentant 24 777 825 Canadiens âgés de 15 ans et plus en 2005, excluant les personnes qui habitaient hors du Canada le 15 mai 2005 ou le jour du Recensement). Dans l’échantillon, environ 256 000 personnes ont changé de subdivisions de recensement au moins une fois entre 2005 et 2006.
Afin d’obtenir des estimations pour la population à l’étude, les poids finaux du Recensement de 2006 ont été utilisés dans l’analyse. Il convient de préciser que les probabilités estimées sont sujettes à une certaine variabilité due à l’échantillonnage, aux erreurs de mesure et au traitement des données. Il est raisonnable de croire que la marge d’erreur soit faible étant donné la grande taille d’échantillon et les standards élevés de qualité mis en œuvre pour la collecte et le traitement des données.
Le modèle utilisé est de type logistique multinomial. Il s’agit d’un modèle permettant d’analyser les relations entre une variable dite dépendante possédant plus de deux catégories, ici la probabilité de migrer à destination de divers types de lieux, et un ensemble de variables indépendantes, ici les diverses caractéristiques des individus.
La probabilité de migrer sur un an (toutes destinations confondues) étant assez faible dans la population canadienne (environ 5 %), le découpage subséquent en diverses destinations présentait une difficulté supplémentaire. En effet, la probabilité qu’un évènement rare se produise peut être sous-estimée par des modèles statistiques multivariés utilisant des échantillons3. L’échantillon de 20 % de la population canadienne présente en ce sens un avantage non négligeable pour l’estimation d’un tel modèle puisqu’il renferme un nombre très important de répondants (plus de 5 millions). Par ailleurs, des précautions ont été prises afin de garantir que les tailles d’échantillon soient suffisantes dans chaque sous-catégorie des variables dépendantes et indépendantes4.
Migration : La variable dépendante du modèle, ou le phénomène observé que l’on tente de décrire, est le fait d’avoir changé de municipalité (subdivision de recensement) entre le 16 mai 2005 et le 16 mai 2006.
Type de destination :
Municipalités centrales de Montréal, Toronto et Vancouver : Englobe les trois municipalités centrales situées au cœur des régions métropolitaines de recensement de Toronto, Montréal et Vancouver. Pour mieux comprendre le concept de municipalité centrale, il convient de distinguer les concepts de régions métropolitaines de recensement (RMR) et de municipalités qui correspondent à des subdivisions de recensement (SDR). Les régions métropolitaines de recensement regroupent très souvent de nombreuses municipalités et l’une d’elle, appelée « municipalité centrale », donne son nom à la région métropolitaine de recensement. Par exemple, la région métropolitaine de recensement de Montréal regroupe près d’une centaine de municipalités comme Laval, Longueuil, La Prairie et Mirabel. La municipalité de Montréal, sur l’île de Montréal, est la municipalité centrale de la région métropolitaine de recensement, c’est-à-dire la subdivision de recensement qui a donné son nom à la région métropolitaine de recensement.
Municipalités périphériques de Montréal, Toronto et Vancouver : Comprend toutes les municipalités des régions métropolitaines de recensement de Montréal, Toronto et Vancouver autres que les municipalités centrales.
Autres régions métropolitaines de recensement : Comprend toutes les régions métropolitaines de recensement autres que Montréal, Toronto et Vancouver. Une région métropolitaine de recensement (RMR) est une région qui dispose d’une population d’au moins 100 000 habitants incluant un noyau urbain d’au moins 50 000 personnes. Le Canada compte aujourd’hui 33 régions métropolitaines de recensement.
Centres urbains de taille moyenne : Un centre urbain de taille moyenne, ou agglomération de recensement (AR), est une région urbaine qui dispose d’un noyau urbain d’au moins 10 000 habitants, sans être une région métropolitaine de recensement (RMR). Le Canada compte aujourd’hui 111 agglomérations de recensement.
Régions rurales : Municipalités qui ne font partie ni d’une région métropolitaine de recensement (RMR), ni d’une agglomération de recensement (AR). On peut distinguer deux types de régions rurales : celles qui sont près des centres urbains (zones d’influence métropolitaines fortes) et celles qui en sont plus éloignées (zones d’influence métropolitaines modérées, faibles ou nulles).
La différence réside dans le pourcentage des résidents membres de la population active occupée dans la municipalité qui font la navette pour aller travailler dans le noyau urbain d’une région métropolitaine de recensement ou d’une agglomération de recensement. Dans une région rurale située près des centres urbains, 30 % ou plus de la population active de la municipalité font la navette avec le centre urbain pour aller travailler. A l’inverse, dans une région rurale éloignée, moins de 30 % des résidents membres de la population active occupée de la municipalité font la navette pour aller travailler dans une région métropolitaine de recensement ou une agglomération de recensement.
Groupe d’âge : Basé sur l’âge en date du 16 mai 2005, soit au début de la période.
État matrimonial : Il s’agit de l’état matrimonial en date du Recensement de 2006.
Enfants : La variable est créée selon le nombre d’enfants dans le ménage et l’âge de ceux-ci. Les enfants âgés de moins de deux ans en date du 16 mai 2006 sont considérés comme de naissance récente. Trois catégories correspondent aux naissances récentes : naissance récente d’un premier (s’il n’y a pas d’autres enfants dans le ménage), naissance récente d’un deuxième (s’il n’y a qu’un seul autre enfant plus âgé dans le ménage) et naissance récente d’un troisième ou plus (s’il y a au moins deux autres enfants tous plus âgés dans le ménage). Enfin, la catégorie « enfants mais pas de naissance récente » inclut les personnes ayant un ou plusieurs enfants, mais dont aucun n’avait moins de deux ans au moment du Recensement.
Niveau de scolarité : Le niveau de scolarité au moment du Recensement de 2006. Bien que le niveau de scolarité soit susceptible de changer au cours de la période observée, la possibilité d’un changement de niveau a été grandement réduite en sélectionnant la période de migration un an (plutôt que 5 ans).
Identité autochtone : L’identité autochtone vise toute personne ayant déclaré appartenir à au moins un groupe autochtone, c’est-à-dire Indien de l’Amérique du Nord, Métis ou Inuit, et/ou ayant déclaré être un Indien des traités ou un Indien inscrit tel que défini par la Loi sur les Indiens du Canada, et/ou ayant déclaré appartenir à une bande indienne et/ou à une Première nation. Selon le Recensement de 2006, les Autochtones représentaient 3,8 % de l’ensemble de la population canadienne.
Statut d’immigrant et appartenance à un groupe de minorités visibles : Comme le statut d’immigrant et l’appartenance à un groupe de minorités visibles sont deux variables fortement corrélées, c’est un croisement entre ces deux variables qui a été inclus dans le modèle statistique. Le statut d’immigrant comprend trois niveaux : non-immigrant, immigrant récent (les personnes dont l’année d’immigration est supérieure à 1995) et immigrant non récent (les immigrants dont la date d’immigration est antérieure à 1996). L’appartenance à un groupe de minorités visibles est une variable dichotomique définie selon le fait qu’un individu se soit identifié comme faisant partie de l’un des groupes de minorités visibles correspondant à la définition que l’on trouve dans la Loi sur l’équité en matière d’emploi, soit les groupes formés des « personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche ».
Lieu de provenance (rural-urbain) : Les régions urbaines regroupent les régions métropolitaines de recensement (RMR) et les agglomérations de recensement (AR). On retrouve dans ces régions un noyau urbain d’au moins 10 000 habitants ainsi que les municipalités adjacentes qui ont un degré élevé d’intégration avec le noyau urbain. Cette intégration dépend du pourcentage de navetteurs établi d’après les données sur le lieu de travail du recensement précédent. Les régions ne correspondant pas à ces critères sont les régions rurales.
Les résultats de l’analyse statistique multivariée sont présentés sous la forme de probabilités estimées de migrer. Pour chaque caractéristique présentée, le modèle fait ressortir l’effet net de cette caractéristique, c’est-à-dire toutes choses étant égales par ailleurs.
La comparaison des probabilités estimées permet de mieux cerner la force de l’association entre les diverses caractéristiques sociodémographiques et la migration et d’établir des nuances que ne permettrait pas une simple analyse descriptive.
Le tableau 2.1 présente les probabilités estimées de migrer selon les différents types de destination. Le tableau 2.2 présente une répartition en pourcentage des probabilités estimées de migrer dans les différents types de destination. Ce tableau permet de présenter la répartition géographique des migrants à probabilité égale de migrer et facilite les comparaisons de probabilités entre lieux de destination.
Tableau 2.1
Probabilités estimées de migrer selon le type de destination et une sélection de caractéristiques sociodémographiques, 2005 à
2006
Tableau 2.2
Répartition en pourcentage de la probablilité estimée de migrer pour une sélection de caractéristiques sociodémographiques,
selon le type de destination, 2005 à 2006
Les jeunes âgés de 20 à 29 ans sont plus susceptibles de migrer
L’âge est souvent perçu comme le reflet de la position des individus dans le cycle de vie. Par exemple, si les jeunes sont généralement plus mobiles, cela est dû en partie au grand nombre de transitions vécues dans la jeunesse, telles que le début des études post-secondaires, les changements d’état matrimonial ou l’entrée sur le marché du travail.
Les résultats du modèle montrent qu’effectivement, toutes choses étant égales par ailleurs, la migration est fortement associée à l’âge (tableau 2.1). La probabilité de migrer est relativement élevée chez les jeunes de 15 à 19 ans (6,77 %), atteint un sommet entre 20 et 29 ans (11,08 %), puis s’amenuise considérablement et graduellement dans les groupes plus âgés. En outre, la plus forte propension à migrer des jeunes de 20 à 29 ans s’observe pour tous les types de destination.
Il reste que les divers types de destination n’attirent pas également les personnes des différents groupes d’âge. Le tableau 2.2 montre la répartition estimée en pourcentage des probabilités de migrer pour chaque caractéristique et par type de destination. Il appert que toutes choses étant égales par ailleurs, la proportion de migrants qui choisissent une région rurale éloignée ou un territoire comme type de destination est plus élevée chez les personnes de 45 ans et plus que dans les autres groupes d’âge. En effet, sur 100 migrants âgés de 45 ans et plus, les probabilités montrent qu’au moins 20 individus choisissent de s’établir dans une région rurale éloignée ou un territoire, comparativement à 17 ou moins dans les autres catégories d’âge. Il est probable que certains événements liés au cycle de vie de ces personnes – départ des enfants du foyer parental, passage à la retraite – engendrent, en partie du moins, des migrations vers ces régions moins urbanisées.
Par ailleurs, les migrants âgés de 30 ans et plus affichent, toutes proportions gardées, une préférence pour les municipalités périphériques de Montréal, Toronto ou Vancouver plus marquée que les personnes de moins de 30 ans (tableau 2.2). Les jeunes de moins de 30 ans semblent de leur côté privilégier les municipalités centrales des régions métropolitaines de recensement de Montréal, Toronto et Vancouver ainsi que les autres régions métropolitaines de recensement davantage que les personnes des autres groupes d’âge.
De façon générale, les résultats du modèle montrent que, toutes choses étant égales par ailleurs, les personnes célibataires ont une probabilité de migrer inférieure (3,81 %) à celle des personnes mariées ou vivant en union de fait (5,49 %), des personnes divorcées ou séparées (7,72 %) ou des personnes veuves (6,37 %). Ces résultats vont à l’encontre du sens commun, lequel laisserait croire que les célibataires sont plus mobiles. Une partie de l’explication vient du fait que la plupart des personnes célibataires sont jeunes et n’ont pas d’enfants, deux caractéristiques associées à une forte mobilité.
En outre, le fait d’habiter chez ses parents est une autre caractéristique souvent observée chez les célibataires. Plus de la moitié (56,1 %) des personnes célibataires comprises dans la population à l’étude habitaient chez leurs parents au moment du Recensement de 2006. Or, le fait de vivre dans le domicile parental pourrait bien constituer un frein à la mobilité étant donné le coût parfois prohibitif associé à une première migration. Par ailleurs, il est probable que cet effet varie selon le lieu de résidence. En effet, les personnes habitant chez leurs parents dans les petites villes et milieux ruraux sont plus susceptibles de quitter tôt le foyer parental que les personnes vivant dans une ville d’un million d’habitants ou plus5. Une des raisons pouvant expliquer ce phénomène est qu’alors que les personnes vivant dans le domicile parental dans une grande ville ont accès à des établissements d’enseignement post-secondaire, les personnes vivant dans des petites villes et milieux ruraux doivent souvent quitter le logement familial pour continuer leurs études6.
Un autre facteur à considérer est que contrairement au célibat, les unions, qu’elles résultent d’un mariage ou de l’union libre, la séparation, le divorce ou le veuvage peuvent être la conséquence d’une transition survenue peu de temps avant la date du recensement. De telles transitions, tels qu’un mariage ou la perte d’un être cher, constituent souvent des causes de migration7.
Ce sont les personnes divorcées ou séparées qui présentent les probabilités de migrer – toutes destinations confondues – les plus élevées (7,72 %). Pour plusieurs d’entre elles, la migration s’inscrit probablement comme une conséquence de la rupture de leur union.
La répartition des migrants par type de destination (tableau 2.2) montre également qu’à probabilité égale de migrer, les personnes célibataires ont une plus forte propension à choisir les municipalités centrales de Montréal, Toronto ou Vancouver comme type de destination. Les personnes divorcées ou séparées et les personnes veuves sont également plus enclines à choisir ce type de destination que celles vivant en couple. Cela s’explique probablement en partie par les possibilités que ces lieux offrent en matière d’éducation, d’emploi et de loisirs8.
Les résultats du tableau 2.2 montrent également que la propension à choisir de s’établir dans les municipalités périphériques de Montréal, Toronto ou Vancouver est plus importante parmi les migrants mariés ou vivant en union de fait et les personnes veuves qu’elle ne l’est parmi les célibataires et les personnes divorcées ou séparées. Enfin, les personnes veuves ont généralement peu tendance à opter pour les centres urbains de taille moyenne ou les régions rurales lorsqu’elles migrent.
Les résultats du modèle montrent que, toutes choses étant égales par ailleurs, la probabilité de migrer des personnes ayant des enfants à la maison est plus faible que celle des personnes qui n’en ont pas. Diverses raisons peuvent expliquer ce phénomène. Par exemple, les coûts économiques associés à la migration augmentent souvent avec le nombre d’enfants et peuvent parfois devenir prohibitifs. En outre, le nombre de liens qu’il faut briser lors d’une migration est plus élevé dans les familles plus grandes et peut constituer un frein à la migration9.
La plus forte propension à migrer des personnes sans enfant est manifeste surtout à destination des municipalités centrales de Montréal, Toronto et de Vancouver ainsi qu’à destination des autres régions métropolitaines de recensement. En ce qui concerne les municipalités centrales de Montréal, Toronto et de Vancouver, la probabilité de migrer des personnes sans enfant (0,57 %) est plus du double de celles des personnes ayant des enfants mais aucun né récemment (0,18 %), ou de celles ayant accueilli un premier enfant récemment (0,25 %), un deuxième (0,17 %) ou un troisième ou plus (0,15 %).
Si la plus forte mobilité des personnes sans enfant était un résultat attendu, ceux portant sur la venue récente d’un premier enfant au sein d’un couple sont instructifs. Les résultats montrent que la naissance récente d’un premier enfant a un impact non négligeable sur la probabilité de migrer.
En fait, les parents d’un premier enfant ont une probabilité de migrer à destination des municipalités périphériques de Montréal, Toronto ou Vancouver (1,35 %) légèrement supérieure à celle des personnes sans enfant (1,29 %). Les données du Recensement de 2006 ont d’ailleurs montré que dans les régions métropolitaines de recensement de Montréal, Toronto et Vancouver, les proportions de ménages formés de couples avec enfants étaient plus élevées dans les municipalités périphériques que dans les municipalités centrales10.
De même, les probabilités de migrer à destination d’un centre urbain de taille moyenne ou des régions rurales des personnes avec un premier enfant venu au monde peu de temps avant la date du Recensement sont comparables à celles des personnes sans enfant.
Ces phénomènes pourraient être en lien avec la volonté de changer de lieu de résidence pour mieux répondre aux nouveaux besoins qu’amène l’arrivée d’un premier enfant, ou plus spécifiquement pour accéder plus facilement et à meilleur prix à la propriété11. En outre, ces résultats concordent avec ceux d’études précédentes réalisées notamment en France. Selon une étude portant sur la mobilité spatiale dans ce pays, la probabilité de migrer d’une région à une autre est relativement élevée dans l’année suivant une première naissance12. Une autre étude a permis de montrer que la probabilité de migrer vers les villes diminue avec chaque naissance et que celle de migrer vers une région rurale augmente avec la taille de la famille13.
Le lien entre migration et scolarité est assez connu : en général, la mobilité augmente avec le niveau de scolarité atteint. Ce phénomène pourrait s’expliquer en partie par le fait que les individus ayant des niveaux de scolarité élevés se voient offrir des emplois dans une aire géographique très large, ce qui amènerait une plus forte mobilité14.
Les données du Recensement de 2006 confirment ce constat général. Par exemple, en 2006, les personnes de 25 à 64 ans qui possédaient un diplôme universitaire représentaient 23 % de la population et 33 % des personnes qui ne vivaient pas dans la même province cinq ans auparavant15.
Les résultats du modèle confirment également l’association entre la scolarité et la migration : la propension à migrer augmente graduellement avec le niveau de scolarité, passant de 4,26 % pour les personnes ayant moins qu’un diplôme d’études secondaires à 5,66 % pour celles ayant un baccalauréat ou un diplôme universitaire supérieur au baccalauréat.
De plus, les probabilités de migrer varient selon le type de destination. C’est ainsi que les personnes ayant un baccalauréat ou un diplôme supérieur ont une propension à migrer à destination des grands centres urbains comme les municipalités centrales de Montréal, Toronto et Vancouver trois fois supérieure à celle des personnes qui n’ont pas complété leurs études secondaires et plus de deux fois supérieure à celle des personnes détenant un diplôme d’études secondaires ou professionnel.
À l’inverse, les personnes détenant un diplôme universitaire ont les probabilités les plus faibles de migrer à destination d’une région rurale. Ce résultat pourrait être en lien avec la nature des emplois qu’on retrouve habituellement dans ces régions.
Les variables reflétant le statut d’immigrant et de l’appartenance à un groupe de minorités visibles ont été croisées dans le modèle afin de tenir compte de la corrélation entre les deux : en 2006, les deux tiers (66,3 %) de la population appartenant à un groupe de minorités visibles étaient des immigrants au Canada16.
Toutes choses étant égales par ailleurs, les immigrants récents, c’est-à-dire arrivés au Canada entre 1996 et 2005, ont généralement une propension à migrer plus forte que les immigrants arrivés avant cette période et que les personnes nées au Canada, à l’exception de celles étant à la fois nées au Canada et n’appartenant pas à un groupe de minorités visibles.
Par ailleurs, les résultats indiquent que les personnes appartenant à un groupe de minorités visibles sont globalement moins mobiles que les personnes n’appartenant pas à un tel groupe et ce, peu importe le statut d’immigrant.
Quelques nuances intéressantes peuvent être ajoutées à ce portrait des migrations en fonction du statut d’immigrant et de l’appartenance à un groupe de minorité visible. En comparaison avec les autres groupes étudiés, les immigrants récemment arrivés au Canada, et plus particulièrement ceux membres d’une minorité visible, ont une forte propension à migrer à destination des trois grandes métropoles du pays, soit Montréal, Toronto ou Vancouver, et ce peu importe que la municipalité de destination soit la municipalité centrale de la région métropolitaine de recensement ou une municipalité située plus en périphérie. Ces résultats sont en adéquation avec d’autres résultats du Recensement de 2006 qui montraient que les immigrants et les personnes appartenant à un groupe de minorités visibles se concentraient davantage dans ces trois grandes régions métropolitaines de recensement. Selon les données du Recensement de 2006, les trois régions métropolitaines de recensement de Montréal, Toronto et Vancouver comptaient dans l’ensemble près de 72 % des personnes de minorités visibles en 2006 (soit 11,6 %, 42,9 % et 17,3 % respectivement)17 et près des deux-tiers des personnes nées à l’extérieur du pays18.
Par ailleurs, les membres d’une minorité visible et, dans une moindre mesure, les immigrants, ont des probabilités relativement faibles de migrer à destination des régions rurales et des centres urbains de taille moyenne. Cela suggère que les migrations internes au Canada n’ont qu’un effet limité sur la répartition de la diversité ethnoculturelle de la population sur le territoire canadien.
Enfin, les raisons pouvant être évoquées pour comprendre les mouvements migratoires des immigrants sont multiples. Selon des études, les possibilités économiques qu’offrent les destinations potentielles19 ainsi que l’attrait que représente la présence de communautés ethniques déjà établies dans certaines grandes villes20 seraient deux facteurs importants à considérer à cet égard.
Avec un âge médian de 27 ans, la population Autochtone est en moyenne plus jeune que le reste de la population canadienne (âge médian d’environ 40 ans)21. Elle est aussi davantage concentrée dans des régions rurales souvent éloignées des grands centres urbains. Ces deux caractéristiques de la population autochtone font en sorte que cette population est plus à risque de migrer que les autres.
Avec une probabilité de migrer de 5,82 %, les résultats du modèle montrent que les Autochtones sont effectivement plus mobiles que les personnes non Autochtones (4,90 %). Ce résultat est d’autant plus intéressant que le modèle tient compte de l’effet de l’âge et du milieu de vie rural ou urbain.
La propension plus élevée à migrer de la population autochtone ne s’observe toutefois que dans trois types de destination : les régions rurales éloignées et les territoires, les centres urbains de taille moyenne, et dans une moindre mesure, les autres régions métropolitaines de recensement. En particulier, la probabilité de migrer à destination d’une région rurale éloignée ou un territoire (1,52 %) est, chez les Autochtones, près du double de celle des personnes non Autochtones (0,81 %).
Bien entendu, les schèmes de migration varient entre groupes autochtones et les résultats ne donnent qu’un aperçu général pour la population autochtone dans son ensemble. Par exemple, entre 1991 et 1996, les mouvements de migration d’une ville vers une autre ville ont constitué 37 % des migrations chez les Indiens Inscrits, 59 % de celles des Indiens non inscrits, 53 % de celles des Métis, mais seulement 24 % de celles des Inuits. Dans ce dernier groupe, le type de migration dominant était constitué des mouvements de milieux ruraux vers d’autres milieux ruraux (38 %)22.
Les personnes qui habitaient dans une région rurale en 2005 présentaient une probabilité de migrer (5,67 %) supérieure à celle observée (4,68 %) chez les personnes vivant en milieu urbain.
La propension à migrer à destination des municipalités centrales ou périphériques de Montréal, Toronto ou Vancouver est plus élevée pour les personnes vivant dans un milieu urbain. Ailleurs, les probabilités de migrer sont les plus fortes pour les personnes vivant dans un milieu rural. Dans les centres urbains de taille moyenne notamment, la probabilité de migrer des personnes vivant en milieu rural est près du double de celle des personnes vivant en milieu urbain.
Ce constat peut possiblement s’expliquer en partie par une migration séquentielle où les personnes de milieux ruraux rejoignent des centres urbains de taille moyenne avant de possiblement se rendre vers de plus grands centres urbains. Les migrations internes contribueraient ainsi au phénomène plus large de l’urbanisation de la population canadienne.
De même, le choix des variables incluses dans le modèle a été limité à celles pouvant s’appliquer au début de la période étudiée. Ainsi, des variables telles que le statut d’emploi ou la profession occupée ont été exclues de l’analyse.
Les probabilités de changer de catégorie de lieu de résidence ont été calculées pour fin de comparaison (voir les tableaux A-2.2 et A-2.3 présentés en annexe). Il en ressort que si la distribution des probabilités entre les divers types de destination diffère légèrement du modèle original, les différences entre les probabilités associées aux variables indépendantes, elles, restent dans des ordres de grandeur similaires.
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