Série thématique sur l'ethnicité, la langue et l'immigration
Travail à domicile et navettage selon le profil linguistique dans la région de Montréal
Début du texte
- Parmi les 2,1 millions de travailleurs de la région métropolitaine de Montréal, le quart (25,8 %) ont déclaré travailler à partir de leur domicile en 2021. La proportion de travailleurs à domicile a presque quadruplé par rapport à 2016.
- En 2021, le travail à domicile était plus fréquent chez les personnes de langue anglaise (35,3 %) que chez les personnes de langue française (23,9 %). C’était le cas dans la grande majorité des arrondissements, quartiers, municipalités ou municipalités régionales de comté de la région métropolitaine.
- La proportion de personnes travaillant à domicile était plus élevée parmi les résidents de l’île de Montréal et du Grand Longueuil qu’ailleurs dans la grande région métropolitaine. En particulier, elle était aussi généralement plus élevée dans les quartiers centraux de l’île de Montréal. La proportion des travailleurs de langue anglaise de ces quartiers est relativement plus élevée que dans le reste de la région métropolitaine dans son ensemble.
- Avec l’augmentation du travail à domicile, on constate une diminution à la fois des déplacements courts, en particulier dans l’île de Montréal, et des déplacements longs, notamment entre les couronnes et l'île de Montréal.
- En 2021, on observe une diminution des déplacements vers un lieu de travail fixe situé dans l’île de Montréal, notamment à partir d’un domicile situé dans les couronnes. Néanmoins, ces déplacements demeurent généralement plus fréquents parmi les travailleurs de langue anglaise.
- La proportion de travailleurs des couronnes faisant un navettage à l’intérieur de leur sous-région de résidence (Laurentides, Montérégie-Ouest, etc.) est restée relativement constante de 2016 à 2021, tant chez les travailleurs de langue française que chez les travailleurs de langue anglaise. Ce type de déplacement était relativement plus fréquent parmi les travailleurs de langue française.
- Le travail à domicile est devenu particulièrement fréquent dans les services professionnels, scientifiques et techniques, ainsi que dans le secteur des finances et des assurances, des secteurs ayant affiché une proportion relativement élevée de travailleurs de langue anglaise.
Introduction et mise en contexte
Plus de 2,1 millions de résidents de la région métropolitaine de recensement de Montréal occupaient un emploi lors du Recensement de la population de 2021, soit au cours de la semaine du 2 au 8 mai 2021. Environ le quart de ces travailleurs avaient leur propre domicile comme lieu de travail principal, une proportion semblable à celle observée à l’échelle du Canada (24,3 %). Cette situation s’explique par la prévalence de mesures exceptionnelles en place dans plusieurs milieux de travail pour limiter la propagation de la COVID-19, jumelées aux outils technologiques mis à la disposition des employés dans plusieurs milieux de travail.
Dans le présent article, on tente de déterminer comment les circonstances particulières qui prévalaient en 2021 et qui ont servi de catalyseur à l’augmentation du travail à domicile ont entraîné des répercussions différentes entre les travailleurs de langue anglaise et les travailleurs de langue française. Nous examinons dans quelle mesure les flux de navettage dans la région métropolitaine de Montréal diffèrent selon le profil linguistique, afin d’approfondir la compréhension des dynamiques des groupes linguistiques. Le fait de mettre en lumière et de mieux comprendre la réalité particulière de certains groupes de population permet d’éclairer d’éventuels choix de société quant aux infrastructures de transport ou aux politiques linguistiques. Lorsque les tendances quant au travail à domicile sont mises en évidence, cela permet aussi de déterminer les besoins potentiels en services dans les quartiers de résidence et de travail de ces travailleurs et le profil linguistique des consommateurs de ces services.
En particulier, l’article porte sur les différences entre les travailleurs de langue anglaise et les travailleurs de langue française en ce qui a trait à la prévalence du travail à domicile, le temps de navettage entre le domicile et le travail, ainsi que la prévalence du navettage entre les différentes sous-régions composant la région métropolitaine de Montréal. Nous complétons notre analyse en considérant l’industrie des travailleurs, pour donner des pistes quant aux facteurs pouvant contribuer aux dynamiques de travail à domicile et de navettage observées.
On constate que le travail à domicile remplace à la fois des déplacements courts, notamment dans les quartiers centraux de la ville de Montréal, et des déplacements entre les couronnes et l’île de Montréal, deux situations plus fréquentes chez les personnes de langue anglaise, par opposition aux déplacements à l’intérieur des couronnes, lesquels sont plus fréquents chez les personnes de langue française. Par ailleurs, bien que le travail à domicile soit généralement devenu plus fréquent, cela est particulièrement le cas dans des secteurs d’activités affichant une proportion relativement plus élevée de travailleurs de langue anglaise. Ces facteurs contribuent donc à expliquer la plus forte prévalence du travail à domicile chez les travailleurs de langue anglaise que chez les travailleurs de langue française dans la région de Montréal.
La région métropolitaine de Montréal présente un intérêt particulier en ce qui a trait aux dynamiques de travail à domicile et de navettage chez les groupes linguistiques. En effet, bien que le français soit la langue parlée de façon prédominante à la maison par la majorité des travailleurs, une large proportion parlent plutôt l’anglais de façon prédominante à la maison. Il y a par ailleurs une certaine hétérogénéité quant au lieu de résidence des travailleurs selon les différents profils linguistiquesNote . Les locuteurs du français et de l’anglais se regroupent dans différents arrondissements, quartiers ou villes de la région métropolitaine. Par exemple, le boulevard Saint-Laurent est une artère partageant Montréal en deux, peut-être plus dans l’imaginaire collectif que comme division formelleNote .
De plus, la géographie même de la région métropolitaine de Montréal rend l’analyse du navettage particulièrement intéressante : elle est centrée autour de l’île de Montréal, lieu où se trouvent plus de la moitié des emplois de la région, et l’accès aux quartiers centraux en provenance de la périphérie, du fait même de sa nature insulaire, peut s’avérer longue.
Début de l'encadréDonnées, définitions et concepts
Personne de langue anglaise, de langue française
Dans le cadre de la présente analyse, le profil linguistique des travailleurs est déterminé en considérant la langue parlée de façon prédominante à la maisonNote . Cette caractérisation est choisie puisqu’elle permet d’une part d’établir le contraste entre les langues utilisées à la maison et au travail, et d’autre part de lier un comportement linguistique à la maison avec d’autres concepts liés au domicile (lieu de résidence, navettage, mobilité).
Travailleur
Un travailleur est une personne de 15 ans et plus qui occupait un emploi au cours de la semaine du 2 au 8 mai 2021. Dans le cas de personnes cumulant plus d’un emploi, les caractéristiques d’emploi qui sont recueillies dans le cadre du Recensement de la population, et donc analysées dans l’article, sont celles de l’emploi principal, soit celui auquel le travailleur consacre le plus grand nombre d’heures.
Travail à domicile et navettage
Les travailleurs dont le principal lieu de travail, c’est-à-dire l’endroit où ils ont travaillé le plus grand nombre d’heures, est leur domicile sont considérés des travailleurs à domicile. Le navettage est le déplacement d’un travailleur entre le lieu de résidence et le principal lieu de travail. Il sera donc nul (ou de zéro minute) dans le cas d’un travailleur à domicile. Selon l’Enquête sur la population active, bien que le travail à domicile soit devenu un peu moins prévalent depuis 2021, il semble qu’il se soit tout de même bien implanté dans le monde du travail canadienNote .
Environ 1 travailleur de la région métropolitaine de Montréal sur 10 a déclaré ne pas avoir de lieu de travail fixe. La région et sous-région de travail de ces travailleurs ne sont pas déterminées. Ils sont néanmoins inclus dans les totaux de travailleurs en fonction de leur lieu de résidence.
Région métropolitaine de Montréal
Les limites d’une région métropolitaine sont déterminées en fonction des flux de navetteurs (déplacement du domicile au lieu de travail) entre le noyau de la région et les municipalités avoisinantesNote . Dans le cadre de cette étude, la région métropolitaine de Montréal a été divisée en sept sous-régions, en fonction des régions économiques qui la constituent.
- La région économique de Montréal, décrite comme l’île de Montréal, par simplicité.
- La région économique de Laval, qui comprend la ville éponyme.
- La partie de la région économique de Lanaudière située dans la région métropolitaine de MontréalNote , soit :
- l’ensemble des municipalités régionales de comté de L’Assomption et Les Moulins;
- la partie des municipalités régionales de comté de D’Autray et Montcalm située dans la région métropolitaine de Montréal.
- La partie de la région économique des Laurentides située dans la région métropolitaine de Montréal, soit :
- la ville de Mirabel;
- l’ensemble des municipalités régionales de comté de Deux-Montagnes et Thérèse-de-Blainville;
- la partie des municipalités régionales de comté de La Rivière-du-Nord et Argenteuil située dans la région métropolitaine de Montréal.
- La division de recensement de LongueuilNote , ci-après appelée « Grand Longueuil ».
- Une partie de la région économique de la Montérégie, ci-après appelée « Montérégie-Ouest », composée de :
- l’ensemble de la municipalité régionale de comté de Roussillon;
- la partie de la municipalité régionale de comté de Beauharnois-Salaberry et de celle de Vaudreuil-Soulanges située dans la région métropolitaine de Montréal.
- Une partie de la région économique de la Montérégie, ci-après appelée « Montérégie-Est », composée de :
- la partie des municipalités régionales de comté de Rouville, La Vallée-du-Richelieu, Le Haut-Richelieu et Marguerite-D’Youville située dans la région métropolitaine de Montréal.
Cette approche permet de différencier la Montérégie-Est où les travailleurs ont presque tous le français comme langue prédominante à la maison, de la Montérégie-Ouest, où c’est le cas de seulement les deux tiers des travailleurs y résidant, tout en reconnaissant le Grand Longueuil comme une destination pour les travailleurs distincte du reste de la Montérégie. Cette approche permet aussi de créer six sous-régions comparables en ce qui concerne le nombre de travailleurs, en plus de l’île de Montréal. Collectivement, les six sous-régions autres que l’île de Montréal seront appelées couronnes.
| Total de travailleurs | Langue prédominante à la maison | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Français | Anglais | Autre langue | Combinaison de langues | ||
| milliers | proportion des travailleurs | ||||
| Source : Statistique Canada, Recensement de la population de 2021. | |||||
| Région métropolitaine de Montréal | 2117 | 64,6 | 16,8 | 11,9 | 6,7 |
| Île de Montréal | 971 | 49,3 | 25,4 | 16,6 | 8,7 |
| Laval | 213 | 57,9 | 16,1 | 16,6 | 9,4 |
| Lanaudière | 174 | 91,2 | 2,4 | 3,3 | 3,1 |
| Laurentides | 217 | 88,9 | 4,7 | 3,3 | 3,0 |
| Grand Longueuil | 211 | 71,7 | 9,3 | 12,7 | 6,4 |
| Montérégie-Est | 156 | 93,5 | 2,7 | 1,8 | 2,0 |
| Montérégie-Ouest | 176 | 67,3 | 20,3 | 7,6 | 4,8 |
Résultats
En 2021, la proportion de personnes travaillant à domicile était plus élevée qu’auparavant, et particulièrement chez les personnes de langue anglaise
De 2016 à 2021, l’augmentation du travail à domicile était notable dans la région métropolitaine de Montréal dans son ensemble (25,8 % des travailleurs en 2021, soit une hausse de 19,1 points de pourcentage par rapport à 2016). Cette augmentation a été constatée tant chez les personnes de langue anglaise (+26,8 points de pourcentage) que chez les personnes de langue française (+17,5 points de pourcentage), et la hausse a été généralisée dans chacune des sous-régions par rapport à la proportion observée en 2016.
Le travail à domicile parmi les résidents de la région métropolitaine de Montréal demeurait plus fréquent chez les travailleurs de langue anglaise (35,3 %) que chez les travailleurs de langue française (23,9 %). La proportion de travailleurs à domicile variait grandement selon la sous-région, mais elle demeurait toujours plus élevée chez les personnes de langue anglaise. De plus, dans presque la totalité des arrondissements, quartiers, municipalités ou municipalités régionales de comté de la région métropolitaine de Montréal, la proportion de travailleurs à domicile était plus élevée parmi les travailleurs de langue anglaise que parmi les travailleurs de langue française.
Notons que si, en 2016, on observait des proportions relativement similaires (et peu élevées, entre 5,7 % et 9,0 %) de travailleurs à domicile d’une sous-région à l’autre, tant chez les travailleurs de langue anglaise que chez les travailleurs de langue française, en 2021, la situation était beaucoup plus hétérogène. Les résidents de l’île de Montréal et du Grand Longueuil étaient proportionnellement les plus nombreux à travailler principalement à partir de leur domicile, alors que c’était moins le cas parmi les résidents de Lanaudière ou des Laurentides (graphique 1).

Tableau de données du graphique 1
| Anglais 2021 | Français 2021 | Anglais 2016 | Français 2021 | |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 2016 et 2021. | ||||
| Région métropolitaine de Montréal | 35 | 24 | 9 | 6 |
| Île de Montréal | 38 | 31 | 9 | 7 |
| Lanaudière | 25 | 15 | 6 | 6 |
| Laurentides | 27 | 18 | 8 | 7 |
| Laval | 28 | 23 | 6 | 6 |
| Grand Longueuil | 38 | 27 | 8 | 7 |
| Montérégie-Est | 35 | 20 | 9 | 6 |
| Montérégie-Ouest | 29 | 20 | 9 | 6 |
Les déplacements courts et les déplacements longs étaient tous les deux moins fréquents en 2021, tant chez les travailleurs de langue française que chez les travailleurs de langue anglaise
En analysant le temps de navettage, on constate une diminution généralisée des déplacements, autant courts que longs, chez les travailleurs de langue française et les travailleurs de langue anglaise. Cependant, il existe des différences en ce qui a trait au temps de navettage de ces groupes de travailleurs.
En effet, les travailleurs de langue française étaient relativement plus nombreux que leurs concitoyens de langue anglaise à effectuer de courts déplacements en 2021 (28 % de ceux ayant un lieu de travail fixe ont effectué des déplacements de 1 minute à 15 minutes, par rapport à 23 % des travailleurs de langue anglaise). Ces courts déplacements étaient déjà relativement plus fréquents chez les travailleurs de langue française en 2016. Néanmoins, les travailleurs de langue française et de langue anglaise ont affiché des proportions semblables pour ce qui est d’effectuer des déplacements de plus de 45 minutes.
La plus forte proportion du travail à domicile chez les travailleurs de langue anglaise, et les courts déplacements plus fréquents chez leurs confrères de langue française ont contribué à ce que la proportion de travailleurs de langue française effectuant un navettage de 30 minutes ou moins soit presque identique à celle des travailleurs de langue anglaise.

Tableau de données du graphique 2
| Temps de navettage | Anglais 2021 | Français 2021 | Anglais 2016 | Français 2016 |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Note : Ne sont présentés ici que les travailleurs ayant un lieu de travail fixe ou travaillant à domicile, le temps de navettage des travailleurs n’ayant pas de lieu de travail fixe n’étant pas déterminé.
Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 2016 et 2021. |
||||
| Travail à domicile | 39 | 27 | 9 | 7 |
| 1 à 15 minutes | 23 | 28 | 27 | 31 |
| 16 à 30 minutes | 24 | 27 | 34 | 33 |
| 31 à 45 minutes | 9 | 12 | 17 | 17 |
| 46 à 60 minutes | 4 | 5 | 9 | 9 |
| Plus de 60 minutes | 2 | 2 | 4 | 4 |
On constate que la proportion de personnes travaillant à domicile était relativement plus élevée dans les quartiers centraux. Plus de 4 travailleurs sur 10 du Plateau-Mont-Royal, de Westmount, de Ville-Marie, d’Outremont, du Sud-Ouest travaillaient à partir de leur domicile en 2021. Le temps de déplacement gagné en travaillant à partir du domicile n’étant alors pas très élevé pour ces travailleurs si leur employeur était également situé dans ces quartiers, comme c’était le cas de la grande majorité de leurs concitoyens demeurant dans ces quartiers et ayant un lieu de travail fixe situé hors de leur domicile qui effectuaient de courts déplacements.
La proportion de travailleurs qui se déplacent vers un lieu de travail fixe dans l’île de Montréal a grandement diminué
La proportion de travailleurs résidant dans la région métropolitaine de Montréal qui travaillaient dans l’île de Montréal et hors de leur domicile a diminué considérablement, passant de 52,3 % en 2016 à 35,0 % en 2021. En nombre absolu, il s’agit d’une diminution de 320 000 travailleurs, alors que le nombre total de travailleurs dans la région a augmenté.
Parmi les personnes qui n’habitaient pas l’île de Montréal, on a enregistré une proportion de 19,3 % des travailleurs travaillant hors de leur domicile dans un lieu fixe situé dans l’île de Montréal, soit une diminution de plus de 10 points de pourcentage. Cette diminution a été observée tant chez les travailleurs de langue française (passant de 28,2 % à 16,8 %) que chez les travailleurs de langue anglaise (passant de 50,1 % à 27,8 %).
Il n’en demeure pas moins que le navettage vers l’île de Montréal est nettement plus fréquent chez les travailleurs de langue anglaise que chez les travailleurs de langue française, bien que l’écart se soit amoindri, notamment parmi les résidents de la Montérégie-Est. Si environ 30 % des travailleurs de langue anglaise de Laval, de la Montérégie-Ouest et de Lanaudière avait leur lieu de travail principal sur l’île de Montréal en 2021, c’était au moins la moitié des travailleurs de ce profil linguistique de ces sous-régions qui travaillaient sur l’île de Montréal cinq ans plus tôt (graphique 3).

Tableau de données du graphique 3
| Anglais 2021 | Français 2021 | Anglais 2016 | Français 2016 | |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 2016 et 2021. | ||||
| Lanaudière | 29 | 21 | 50 | 31 |
| Laurentides | 20 | 11 | 36 | 19 |
| Laval | 32 | 26 | 57 | 40 |
| Grand Longueuil | 21 | 17 | 45 | 34 |
| Montérégie-Est | 11 | 10 | 26 | 18 |
| Montérégie-Ouest | 32 | 20 | 53 | 32 |
D’autres flux de travailleurs entre sous-régions relativement fréquents en 2016 (des Laurentides et de Lanaudière vers Laval; de la Montérégie-Est et de la Montérégie-Ouest vers le Grand Longueuil) ont aussi diminué en 2021, tant chez les travailleurs de langue française que chez les travailleurs de langue anglaise.
La proportion de travailleurs des couronnes ayant un lieu de travail fixe dans leur sous-région de résidence est restée relativement stable
Si le travail à domicile a grandement augmenté de 2016 à 2021, et que le navettage vers un lieu de travail fixe situé sur l’île de Montréal, ou entre les sous-régions de la couronne, a significativement diminué, on observe une relative stabilité dans la proportion de travailleurs se déplaçant vers un lieu de travail fixe dans leur sous-région de résidence, tant chez les travailleurs de langue anglaise que chez les travailleurs de langue française, et ce, dans la majorité des sous-régions des couronnes.
Chez les travailleurs de langue française, la sous-région de résidence était la principale sous-région de travail pour les travailleurs de toutes les sous-régions en 2021. En 2016, c’était aussi le cas, à l’exception des résidents de Laval, qui avaient plus fréquemment un emploi situé sur l’île de Montréal (40,0 %) qu’à Laval même (36,7 %).
Toutes choses étant égales par ailleurs, les résultats de l’étude laissent croire que le travail à domicile n’a pas remplacé à grande échelle le travail dans la sous-région de résidence, pour les résidents des couronnes, mais a remplacé des déplacements des couronnes vers l’île de Montréal.

Tableau de données du graphique 4
| Anglais 2021 | Français 2021 | Anglais 2016 | Français 2016 | |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 2016 et 2021. | ||||
| Région métropolitaine de Montréal | 42,7 | 43,2 | 62 | 52,1 |
| Île de Montréal | 50,4 | 52,9 | 77,5 | 76 |
| Lanaudière | 21,8 | 36,2 | 18,5 | 33,6 |
| Laurentides | 28,4 | 44,2 | 28,6 | 44,5 |
| Laval | 24,7 | 32,9 | 23,2 | 36,7 |
| Grand Longueuil | 27,8 | 38 | 32,1 | 42,7 |
| Montérégie-Est | 26,9 | 36,4 | 29,2 | 37,9 |
| Montérégie-Ouest | 23 | 37,4 | 22,1 | 37,8 |
Illustration du lieu de travail selon le lieu de résidence par profil linguistique
Les figures 1 et 2 illustrent les flux de navettage entre chacune des sous-régions de la région métropolitaine de Montréal, et la proportion de travailleurs qui travaillaient principalement à partir de leur domicile. On observe qu’au-delà du travail à domicile et du navettage vers l’île de Montréal, le travail dans des lieux fixes des couronnes, et à plus forte raison, le navettage entre les sous-régions des couronnes, étaient beaucoup plus rares chez les travailleurs de langue anglaise que chez les travailleurs de langue française. En particulier, relativement peu de travailleurs de langue anglaise travaillant dans le Grand Longueuil résidaient dans une autre sous-région, alors qu’il y avait un flux plus important de travailleurs de langue française entre la Montérégie-Est et le Grand Longueuil. En outre, on constate que le flux de travailleurs de langue anglaise de Laval ou de la Montérégie-Ouest se déplaçant vers l’île de Montréal est relativement plus important que celui de travailleurs de langue française.

Description de la figure 1
Diagramme à cordes illustrant les flux de navettage entre le lieu de résidence et le lieu de travail, pour les travailleurs de langue française ayant un lieu de travail fixe dans la région de Montréal ou travaillant à domicile, 2021

Description de la figure 2
Diagramme à cordes illustrant les flux de navettage entre le lieu de résidence et le lieu de travail, pour les travailleurs de langue anglaise ayant un lieu de travail fixe dans la région de Montréal ou travaillant à domicile, 2021
Le travail à domicile est plus fréquent dans les secteurs d’activité dans lesquels les travailleurs de langue anglaise sont surreprésentés
En 2021, 6 travailleurs sur 10 œuvrant dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques et dans le secteur de la finance et des assurances travaillaient à partir de leur domicile, de loin les secteurs dans lesquels ce mode de travail était le plus fréquent. Dans le secteur de la finance et des assurances, le travail à domicile était pourtant rare en 2016 (7,7 % des travailleurs du secteur). Parmi les résidents des couronnes œuvrant dans ces deux secteurs, on constate une forte diminution du navettage vers un lieu de travail situé dans l’île de Montréal, et une augmentation équivalente du travail à domicile (graphique 5). Les proportions de travailleurs de ces secteurs ne travaillant ni à partir de leur domicile ni à un lieu fixe situé dans l’île de Montréal n’ont presque pas changé, quel que soit le profil linguistique.
Ces secteurs sont en effet propices au travail à distance, étant donné leur dépendance accrue à des moyens de télécommunication et à l’utilisation de réseaux accessibles à distance. Par ailleurs, les services professionnels, scientifiques et techniques ainsi que le secteur de la finance et des assurances sont parmi ceux ayant la plus forte proportion de travailleurs de langue anglaise dans la région de Montréal (21,4 % de travailleurs de langue anglaise par rapport à 16,8 % dans l’ensemble des secteurs d’activité).
Dans ces deux secteurs, le travail à domicile était particulièrement marqué chez les résidents de l’île de Montréal et du Grand Longueuil, notamment chez les travailleurs de langue anglaise résidant à ces endroits.

Tableau de données du graphique 5
| Anglais 2021 | Français 2021 | Anglais 2016 | Français 2016 | |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 2016 et 2021. | ||||
| Travail à domicile | 63 | 55 | 17 | 15 |
| Île de Montréal | 18 | 14 | 60 | 44 |
| Sous-région de résidence | 14 | 19 | 13 | 22 |
| Ailleurs dans la région | 2 | 7 | 4 | 11 |
| Sans lieu de travail fixe | 3 | 4 | 5 | 5 |
| Autre | 1 | 1 | 2 | 2 |
Dans le secteur du commerce, le travail à domicile semble directement remplacer le navettage vers l’île de Montréal pour les travailleurs des couronnes
Dans le secteur du commerce de gros et de détail, qui compte le plus grand nombre de travailleurs de langue anglaise dans la région métropolitaine de Montréal, la proportion de travailleurs à domicile était faible en 2016 (4,1 %), et a fortement augmenté pour atteindre en 2021 près du quart des travailleurs de langue anglaise (24,9 %) et le huitième des travailleurs de langue française (11,8 %). C’est dans le commerce de gros qu’on a observé une plus forte proportion de travail à domicile, le commerce de détail étant généralement moins propice à cette situation. Dans l’ensemble du secteur du commerce, la proportion de travailleurs de langue anglaise était relativement élevée dans le commerce de gros, alors que la proportion de travailleurs de langue française était relativement grande dans le commerce de détail. Cela contribue à la plus grande prévalence du travail à domicile parmi les travailleurs de langue anglaise du secteur du commerce, en comparaison avec leurs collègues de langue française.
Chez les personnes de langue anglaise et de langue française, la proportion de travailleurs résidant dans la couronne travaillant dans chacune des sous-régions de la couronne est restée relativement stable. L’augmentation de la proportion de travailleurs à domicile correspond à une diminution presque équivalente de la proportion de travailleurs se déplaçant vers un lieu de travail sur l’île de Montréal. Cette transition est semblable à ce qui est observé dans l’ensemble du marché du travail local, si ce n’est qu’à une échelle encore plus marquante dans le secteur du commerce.

Tableau de données du graphique 6
| Lieu de travail | Anglais 2021 | Anglais 2016 | Français 2021 | Français 2016 |
|---|---|---|---|---|
| pourcentage | ||||
| Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 2016 et 2021. | ||||
| Travail à domicile | 24 | 5 | 11 | 4 |
| Île de Montréal | 28 | 48 | 12 | 18 |
Qu’en est-il des langues parlées au travail dans la région métropolitaine de Montréal?
La proportion de travailleurs utilisant le français comme langue principale au travail est restée virtuellement inchangée de 2016 à 2021 (à 70 %) dans la région métropolitaine de Montréal. Étant donné l’augmentation du nombre de travailleurs résidant et travaillant dans la région métropolitaine de Montréal, cela correspond néanmoins à une augmentation de plus de 60 000 personnes utilisant principalement le français au travail dans la région.
Cependant, parmi l’ensemble des travailleurs se déplaçant vers un lieu de travail fixe dans la région métropolitaine de Montréal, on constate une augmentation du français comme langue principale au travail, au détriment d’une combinaison du français et de l’anglais. Ce phénomène est probablement au moins en partie attribuable à la formulation différente de la question sur les langues de travail lors des recensements de 2016 et 2021. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter la page suivante sur le site Web de Statistique Canada : Parlant de travail : les langues de travail à travers le Canada (statcan.gc.ca).
L’utilisation du français comme langue principale au travail était plus faible chez les travailleurs à domicile (56,3 %) que dans l’ensemble des travailleurs de la région métropolitaine. Ce constat se vérifie, peu importe le profil linguistique des travailleurs et le lieu de résidence. Bien que le travail à domicile ait été moins fréquent en 2016, la même observation générale s’appliquait. Dans une récente étude, on analyse cette question en profondeur pour la région métropolitaine de Montréal et celles de Moncton et d’Ottawa–GatineauNote .
Conclusion
Bien que plus prévalent en mai 2021 qu’au printemps 2024, au moment où ce rapport a été rédigé, le travail à domicile demeure un mode de travail utilisé par un grand nombre de Canadiens, et de travailleurs de la région de Montréal. Les dynamiques linguistiques de la métropole québécoise, complexes et changeantes, présentent un intérêt, tout comme celles des flux de navettages.
Ce rapport vise à présenter des résultats désagrégés sur ces sujets afin de bien cerner les répercussions des restrictions sanitaires, mais aussi des avancées technologiques, sur l’organisation du travail, et comment les circonstances particulières engendrées par la COVID-19 ont eu des répercussions différentes selon le profil linguistique des travailleurs. Cela permet de mettre en lumière que les travailleurs de la région de Montréal ont des caractéristiques particulières selon leur profil linguistique, et que leurs préférences ou comportements sur le marché du travail ne sont pas homogènes.
On observe une forte augmentation du travail à domicile de 2016 à 2021, en particulier chez les travailleurs de langue anglaise dont le travail à domicile était déjà plus fréquent en 2016 et une forte présence du travail à domicile dans l’île de Montréal, en particulier dans les quartiers centraux, généralement en plus grande proportion chez les travailleurs de langue anglaise. En outre, on constate une diminution du navettage des couronnes vers l’île de Montréal, une autre pratique prévalente chez les travailleurs de langue anglaise.
Si les résultats suggèrent que le travail à domicile remplace, pour beaucoup de travailleurs de la couronne, le navettage vers l’île de Montréal, il n’est pas possible de conclure, avec les données de la présente étude, dans quelle mesure la possibilité de travailler à domicile a encouragé certains à déménager de l’île de Montréal vers les couronnes, ou si le travail à domicile est devenu possible après leur déménagement. De même, si le travail à domicile pour un employeur situé sur l’île de Montréal est possible pour des travailleurs des couronnes, il est aussi possible pour des travailleurs résidant à l’extérieur de la région métropolitaine de Montréal, une population qui n’a pas fait l’objet de la présente étude.
La nature du travail rend aussi dans certains cas le travail à domicile plus propice : le secteur de la finance et des assurances, ainsi que celui des services professionnels, scientifiques et techniques, semblent être à la fois particulièrement propices au travail à domicile, et à être implantés dans des quartiers centraux de l’île de Montréal. Par ailleurs, ces secteurs sont aussi ceux où la proportion de travailleurs de langue anglaise est la plus élevée.
Si la distance entre le domicile et le lieu de l’employeur ainsi que la nature de l’emploi fournissent des renseignements sur les dynamiques de travail à domicile dans la région de Montréal, ils ne permettent pas d’expliquer en totalité les raisons de ces tendances.
Plus généralement, alors que la présente étude porte sur le travail à domicile selon le profil linguistique, on pourrait se poser la question suivante : « Est-ce que le fait de travailler à domicile a une incidence sur les langues parlées à la maison ? » Des travaux plus approfondis permettront peut-être de mieux comprendre les dynamiques dans la région de Montréal, et du Canada dans son ensemble, sur cette question. De même, une analyse encore plus désagrégée selon l’arrondissement et la municipalité pourrait mettre en lumière les flux de navettage des travailleurs de façon encore plus détaillée. Une telle analyse, possible avec les données du recensement utilisées dans la présente étude, dépasse cependant le cadre de ce rapport. Enfin, à la lumière des tendances observées, il serait pertinent d’analyser l’incidence sur les langues parlées dans la sphère publique, du travail à domicile, notamment dans les quartiers qui étaient les destinations principales des travailleurs.
Remerciements
L’auteur tient à remercier chaleureusement Alain Léveillé pour son soutien de tous les instants et pour ses conseils.
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