Projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036
Chapitre 3. Projection de la population selon le groupe linguistique

Cette section de notre étude présente une vue d’ensemble des résultats des projections sur l’évolution future de la population canadienne selon trois caractéristiques linguistiques : la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison et la première langue officielle parlée (PLOP). Dans le cas des deux premières caractéristiques, nous distinguons trois groupes linguistiques principaux, soit le groupe de langue anglaise, le groupe de langue française et le groupe de langue autre que l’anglais ou le français (ou groupe linguistique de langue tierce). Les résultats présentés selon la PLOP portent sur les deux groupes de langue officielle, l’anglais et le français. Pour ces trois caractéristiques, l’effectif d’un groupe résiduel dont la taille est peu importante, le groupe « anglais et français », a été redistribué de façon égale entre la population de langue anglaise et la population de langue françaiseNote 1.

Les tendances récentes d’évolution des trois principaux indicateurs sont d’abord présentées, et ce pour chaque groupe linguistique au Québec et dans le reste du Canada. Ce chapitre traite ensuite des tendances possibles d’évolution de ces mêmes trois groupes linguistiques pour le Canada dans son ensemble, pour le Québec et pour le Canada hors Québec à l’horizon 2036. Nous distinguons le Québec du reste du Canada en raison de la dynamique des langues officielles particulière qui prévaut dans cette province dont le groupe de langue française constitue la majorité de la population, mais qui compte une importante minorité ayant l’anglais comme langue maternelle, langue parlée le plus souvent à la maison ou première langue officielle parlée. Nous analysons les résultats pour le reste du Canada dans la même optique, parce qu’il s’agit d’une région dont la majorité de la population est de langue anglaise et qui compte une minorité appréciable dont la langue est le français.

La présentation des résultats des projections se déplacent ensuite au niveau des différentes provinces (sauf le Québec) et des territoires (regroupés ici en une seule entité). Cette présentation aborde chacun des trois grands groupes selon chacune de ses caractéristiques linguistiques. Nous proposons en quatrième lieu un regard sur les quatre principales zones de contact entre populations de langue anglaise et française au Canada : la région métropolitaine de Montréal, celle d’Ottawa-Gatineau, l’est ontarien et le Nouveau-Brunswick.

La présentation des résultats de projection porte sur l’évolution générale des effectifs et surtout du poids démographique des populations selon leurs caractéristiques linguistiques, et repose sur la comparaison de trois scénarios d’immigration internationale qui permettent d’établir une fourchette d’évolution plausible des populations en regard des tendances passées récentes (Statistique Canada, 2017a). Des scénarios de projection alternatifs permettent d’examiner l’effet de différentes hypothèses sur le niveau et la composition de l’immigration, les taux de transmission du français et les migrations internes de la population pour les populations de langue officielle au Canada et dans les provinces. Un scénario a été élaboré plus spécifiquement pour répondre à la question suivante : combien faudrait-il de nouveaux immigrants de langue française pour que le poids démographique des communautés de langue française en situation minoritaire se maintienne à son niveau actuel (en 2016), au lieu de diminuer?

3.1 Tendances récentes

Des séries illustrant les tendances récentes d’évolution des groupes de langue officielle de 1971 à 2011 ont été réunis au tableau 3.1 (effectifs en milliers) aux graphiques 3.1 et 3.2 (pourcentage), qui portent sur les majorités et les minorités de langue officielle au Québec et dans le reste du Canada.

Quel que soit la caractéristique considérée, les majorités de langue officielle, soit la population de langue française au Québec et la population de langue anglaise dans le reste du Canada, représentent au moins 70 % de la population totale. Les différences entre ces deux majorités sont toutefois importantes. En 2011, par exemple, l’effectif total de la population de langue anglaise au Canada hors Québec se chiffrait entre 18,7 millions (langue maternelle) et 23,8 millions (PLOP) tandis que la population de langue française au Québec oscillait entre 6,2 millions (langue maternelle) et 6,7 millions (tableau 3.1). On constate un écart et une évolution récente distincte entre les trois caractéristiques linguistiques au Canada hors Québec. La population de langue anglaise y est plus importante lorsque définie selon la première langue officielle parlée (PLOP) que lorsque définie selon la langue d’usage au foyer laquelle, à son tour, est plus importante que lorsque définie selon la langue maternelle. En 1971, l’écart maximal entre les trois caractéristiques était de 14 points de pourcentage (graphique 3.1) ou près de 2,5 millions de personnes; en 2011, l’écart s’est creusé pour atteindre 20 points de pourcentage et se chiffrer à plus de cinq millions de personnes. Le poids démographique de la population de langue anglaise est en baisse continue depuis 1981 pour la langue maternelle et depuis 1991 pour la langue d’usage au foyer. Par contre, la population de PLOP anglais s’est légèrement accrue en pourcentage de la population totale, passant d’un peu plus de 92 % en 1971 à un peu plus de 94 % en 2011. En nombre absolu, la croissance de la population de PLOP anglais au Canada hors Québec a été de plus de 10 millions de personnes, soit un taux d’accroissement sur la période de 53,3 %.

L’immigration a joué un rôle majeur dans la dynamique récente de la population de langue anglaise du Canada hors Québec. La progression de l’immigration vers la fin des années 1980 et la constance du nombre total d’immigrants admis au Canada depuis (entre 150 000 et 250 000 annuellement), dont la majorité s’établit à l’extérieur du Québec, ont fortement contribué à ces évolutions. D’une part, la taille et la composition linguistique de la population immigrante, dont le plus grand nombre n’a ni l’anglais ni le français comme langue maternelle, ont fait diminuer le poids de la population de langue anglaise définie selon les critères de la langue maternelle et de la langue d’usage au foyer. D’autre part, ces évolutions confirment le rôle clé de l’anglais en tant que principale langue d’intégration et de convergence à l’extérieur du Québec. L’apprentissage généralisé de l’anglais, les transferts linguistiques vers cette langue et la forte propension à adopter l’anglais plutôt que le français expliquent les écarts entre les tendances propres à chacune des trois caractéristiques et le fait que, malgré la forte immigration de langue tierce, le poids démographique de la population de langue anglaise définie selon la PLOP a continué de croître.

Au Québec, l’évolution de la population de la majorité de langue française a été semblable à celle de la majorité de langue anglaise à l’extérieur du Québec, pour les mêmes raisons. L’accroissement de la population de langue française y a été toutefois moins rapide (entre 28 % et 32 % sur la période) que celui de la population de langue anglaise dans le reste du Canada (entre 48 % et 53 % sur la période). De plus, et contrairement à l’évolution de la population de PLOP anglais au Canada hors Québec, le poids démographique de la population de PLOP français au Québec a légèrement fléchi depuis 2001, bien qu’il soit demeuré supérieur à 85 % en 2011.


L’intégration linguistique des immigrants et de leurs enfants dans cette province se produit différemment que dans le reste du Canada. Au Québec, tant la population de langue française que celle de langue anglaise profitent des transferts linguistiques et, plus généralement parlant, de la mobilité linguistique de la population de langue tierce. Toutefois, la mobilité linguistique a une incidence différence pour ces deux populations. Ainsi, environ 55 % des transferts linguistiques de la population de langue tierce au Québec s’orientent vers le français et 45 % vers l’anglais (voir le chapitre 2). Comme l’effectif de la population de langue anglaise est beaucoup plus faible que celui de langue française, les répercussions à la hausse sur le poids démographique de la population de langue anglaise sont beaucoup plus marquées que pour la population de langue française (graphique 3.2).

En fait, du point de vue des répercussions de la mobilité linguistique effectuée par la population de langue tierce, la situation de la population de langue anglaise du Québec est comparable à celle du reste du Canada. Par contre, son évolution a suivi un parcours distinct. Depuis le début des années 1970, la population de langue maternelle anglaise du Québec a connu une migration interprovinciale nette négative au profit des autres provinces à chaque période intercensitaire (voir chapitre 2 et Lachapelle et Lepage, 2010)Note 2 et sa population totale a décru ou n’a connu qu’une faible croissance à chaque période intercensitaire entre 1971-1981 et 1996-2001. L’effectif de la population de langue anglaise a augmenté depuis 2001 pour les trois caractéristiques linguistiques considérées, mais ceci n’a pas empêché son poids relatif dans la population totale du Québec de fléchir sur toute la période considérée, sauf pour la PLOP depuis 2001.

Enfin, malgré un accroissement de ses effectifs selon la langue maternelle et la PLOP entre 1971 et 2011, la minorité de langue française à l’extérieur du Québec a décru continuellement en pourcentage de la population totale durant cette période. En 1971, un peu plus de 6 %, ou 956 000 personnes, de la population du Canada hors Québec avait le français comme première langue officielle parlée contre moins de 4 %, ou 1 016 000 personnes, en 2011. Ces effectifs et ces pourcentages sont très proches lorsque l’on considère l’évolution selon la langue maternelle. Par contre, les transferts linguistiques vers l’anglais contribuent à réduire le poids de la population de langue française à l’extérieur du Québec, directement en effectuant une ponction sur la population de langue d’usage française au foyer, dont le poids est nettement plus faible (2,4 % en 2011) que selon la langue maternelle et la PLOP, et indirectement par le biais d’une transmission intergénérationnelle incomplète du françaisNote 3. Par ailleurs, la quasi égalité entre l’effectif (et le poids) de la population de langue française selon la langue maternelle et selon la PLOP témoigne d’une faible mobilité linguistique vers ce groupe par la population de langue maternelle tierce (voir chapitre 2).

Tant au Québec que dans le reste du Canada, la population ayant une langue tierce connaît une croissance soutenue depuis plusieurs années en raison de l’immigration. Ainsi, en 1971, 13 % de la population du Canada avait une langue tierce comme langue maternelle contre près de 20 % en 2011, ce qui correspond à un effectif de 6,8 millions de personnes en 2011 (données non montrées). Comme on l’a vu, l’évolution de cette population a des répercussions sur l’évolution des populations de langue officielle et, dans le contexte d’un maintien des cibles actuelles d’immigration, devrait continuer à influer sur la composition générale de la population selon ses caractéristiques linguistiques (langue maternelle, langue parlée le plus souvent à la maison, première langue officielle parlée).


3.2 Le Canada, le Québec et le Canada hors Québec

Comme mentionné plus tôt, les résultats des projections démographiques pour le Canada, le Québec et le Canada hors Québec sont présentés pour la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison (ou langue d’usage au foyer) et la première langue officielle parlée (PLOP), dans cet ordre.

3.2.1 Langue maternelle

Au moment de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011, le Canada comptait une population de langue maternelle anglaise se chiffrant à 20,1 millions d’individus, une population de langue maternelle française de 7,3 millions de personnes et une population de langue maternelle autre que le français ou l’anglais de 6,9 millions de personnes. Le groupe de langue maternelle anglaise représentait 58,7 % de la population totale du pays en 2011, le groupe de langue maternelle française 21,3 % et le groupe de langue maternelle tierce 20 %.

Les projections indiquent que ces trois groupes linguistiques sont susceptibles de voir leur population s’accroître entre 2011 et 2036 selon les scénarios développés dans le cadre des présentes projections, mais l’accroissement ne serait pas de même ampleur pour tous (tableau 3.2). La population de langue maternelle anglaise passerait d’un effectif de 20,1 millions en 2011 à entre 22,8 et 23,7 millions en 2036. C’est en présence d’une forte immigration que la croissance de son effectif serait le plus grand. Il se chiffrerait alors à 23,7 millions contre 23,4 millions selon le scénario de référence et 22,8 millions selon le scénario de faible immigration.

La population de langue maternelle française devrait également croître entre 2011 et 2036 quel que soit le scénario envisagé. De 7,3 millions de personnes en 2011, elle pourrait atteindre entre 7,5 et 7,8 millions d’individus en 2036.

La population de langue maternelle tierce devrait connaître la croissance la plus importante. Cette population est alimentée principalement par l’entrée au pays de quelques centaines de milliers d’immigrants annuellement (taux d’immigration de 8 pour mille selon le scénario de référence) et cela se transmet directement à l’évolution de son effectif entre 2011 et 2036. Selon le scénario avec forte immigration, l’effectif du groupe de langue maternelle tierce doublerait d’ici 2036, passant de 6,9 millions en 2011 à 13,8 millions 25 ans plus tard. La croissance serait moins rapide dans les deux autres scénarios, mais demeurerait importante, et de loin supérieure à la croissance des populations de langue maternelle anglaise ou française.

Une des conséquences de ces évolutions différenciées est que l’effectif de la population de langue maternelle tierce prise dans son ensemble pourrait avoir dépassé celui de la population de langue maternelle française au cours des premières années de projection. Cela étant dit, la population de langue maternelle tierce reste très hétérogène. On a ainsi dénombré au recensement de 2011 plus de 200 langues tierces (soit des langues maternelles soit des langues parlées à la maison) au pays, en plus des deux langues officielles. Aucune de celles-ci ne surpassait, en nombre, l’effectif de la population de langue anglaise ou de langue française. En 2011, selon le recensement, le groupe de langue tierce le plus important était le pendjabi (réponses uniques) avec un effectif de 430 705 personnes suivi, par ordre d’importance numérique, du chinois (n.d.a.Note 4 ), de l’espagnol, de l’italien et de l’allemandNote 5. Nos projections ne permettent pas de départager l’évolution spécifique des langues autochtones et immigrantes.

Une deuxième conséquence concerne les répercussions que pourraient avoir ces évolutions sur le poids relatif de chacun des trois grands groupes de langue maternelle au pays. En pourcentage de la population totale, tant la population de langue maternelle anglaise que celle de langue maternelle française diminueraient (tableau 3.2 et graphique 3.3). Ainsi, à la fin de l’horizon de projection, la population de langue maternelle anglaise représenterait entre 52 % et 56 % de la population totale du Canada (son poids était de 59 % en 2011 et de 63,1 % en 1986, soit 25 ans plus tôt). Le groupe de langue française enregistrerait aussi une diminution de son poids relatif dans la population canadienne dans les trois scénarios. En 2011, la population de langue maternelle française représentait 21,3 % de la population du pays alors qu’en 2036 elle devrait en représenter autour de 17 % ou 18 %. La population de langue maternelle française formait un peu plus du quart (25,2 %) de la population totale du Canada en 1986.

Seule la population de langue maternelle tierce verrait son poids démographique relatif augmenter au cours de l’horizon de projection. Ce groupe constituait 20 % de la population canadienne en 2011 et près de 12 % en 1986. En 2036, le poids relatif de cette population devrait osciller entre 26 % et 31 % du total canadien.

Les grands groupes de langue maternelle devraient évoluer, au Québec et au Canada hors Québec, de façon similaire à leur évolution dans l’ensemble du Canada. Les trois groupes linguistiques devraient y enregistrer une augmentation de leur effectif de population entre 2011 et 2036 dans les trois scénarios, sauf en ce qui a trait à la population de langue française hors Québec dont l’effectif devrait au contraire diminuer. Par contre, le poids démographique (effectif du groupe linguistique en pourcentage de la population totale) des groupes de langue anglaise et française devrait diminuer d’ici 2036, sauf celui de langue anglaise au Québec dont le poids devrait au contraire croître légèrement durant la période de projection. En fait, l’effectif de la population de langue maternelle anglaise du Québec devrait s’accroître et passer de 652 000 en 2011 pour atteindre entre 808 000 et et 853 000 en 2036 selon le scénario de projection envisagé. Le poids relatif de la population de langue maternelle française au Québec passerait de 79 % en 2011 à une valeur qui se situerait entre 69 % et 72 % en 2036, ce qui correspondrait à une augmentation de son effectif qui passerait de 6,3 millions de personnes en 2011 pour atteindre entre 6,6 et 6,8 millions en 2036 selon le scénario considéré. La croissance la plus importante se produirait en présence d’une forte immigration.

Dans le reste du Canada, le poids de la population de langue maternelle française fléchirait de 3,8 % en 2011 à environ 2,8 % en 2036, tandis que celui de la population de langue maternelle anglaise passerait de 74 % en 2011 pour se situer entre 65 % et 69 % en 2036 selon le selon le scénario considéré. La population de langue maternelle française décroîtrait durant cette période selon les trois scénarios. Elle passerait de 990 000 en 2011 pour se chiffrer entre 890 000 et 942 000 en 2036. Quant à la population de langue maternelle anglaise, elle verrait sa population croître à plus de 22 millions de personnes selon les trois scénarios de projection.

La croissance la plus forte s’observerait pour la population de langue maternelle tierce qui, durant la période de projection, devrait accroître à la fois son effectif et sa proportion tant au sein de l’ensemble de la population du Québec que de celle hors Québec. Au Québec, par exemple, cette population pourrait plus que doubler d’ici 2036 dans le scénario de référence et dans le scénario avec forte immigration. Selon le scénario de référence, l’effectif du groupe de langue maternelle tierce au Québec est ainsi susceptible de passer de légèrement plus d’un million en 2011 à un peu plus de deux millions en 2036. Selon le scénario de forte immigration, cette population atteindrait 2,2 millions à la fin de l’horizon de projection. En termes proportionnels, le groupe représenterait entre 19 % et 22 % de la population du Québec en 2036, contre un peu moins de 13 % en 2011, soit une augmentation de six à neuf points de pourcentage en 25 ans.

Dans le reste du Canada, l’effectif du groupe de langue maternelle tierce pourrait aussi doubler entre 2011 et 2036 selon le scénario avec forte immigration. Son poids relatif dans la population du Canada hors Québec pourrait passer de 22 % en 2011 à 28 % dans le scénario avec faible immigration et à 33 % dans le scénario avec forte immigration.

3.2.2 Langue parlée le plus souvent à la maisonNote 6

La population canadienne définie selon le critère de la langue parlée le plus souvent à la maison devrait évoluer en parallèle à celle selon la langue maternelle, mais à partir de niveaux différents. Alors que la langue maternelle ne change pas au cours de la vie dans la projection, la langue parlée le plus souvent à la maison peut évoluer dans le temps en raison des transferts linguistiques. Ces changements font en sorte que les effectifs et les proportions des groupes linguistiques définis selon la langue maternelle et selon la langue d’usage au foyer ne correspondent pas exactementNote 7. Par contre, leur évolution est semblable parce que les principales forces qui contribuent à leur dynamique démographique au fil du temps sont les mêmes : l’immigration et la croissance naturelle (naissances moins décès).

En 2011, la population de langue d’usage anglaise au foyer représentait 67,8 % de la population totale du pays (59 % selon la langue maternelle), soit 23,2 millions de personnes. La projection indique que l’effectif de cette population devrait progresser d’environ 20 % en 25 ans pour se situer entre 27,5 et 29,2 millions en 2036. Par contre, le poids de ce groupe devrait diminuer d’ici 2036. Il pourrait fléchir à environ 65 % en 2016 selon les scénarios de référence et avec forte immigration et diminuer d’un point de pourcentage selon le scénario avec faible immigration (tableau 3.3 et graphique 3.4).

La population dont la langue parlée le plus souvent à la maison est le français devrait également s’accroître entre 2011 et 2036, mais selon un rythme plus lent que celui de la population dont la langue d’usage au foyer est l’anglais. La population du Canada de langue d’usage française au foyer pourrait ainsi passer de 7,1 millions en 2011 pour atteindre entre 7,6 et 8,0 millions en 2036. Par contre, elle devrait diminuer en pourcentage entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios retenus. De 21 % en 2011, elle pourrait représenter moins de 19 % de la population totale du pays en 2036 quel que soit le scénario envisagé, une évolution très semblable à celle selon la langue maternelle.

Finalement, le poids démographique de la population de langue d’usage tierce au foyer devrait s’accroître. L’accroissement pourrait atteindre cinq points de pourcentage ou plus dans les scénarios de référence avec forte immigration, et plus de deux points de pourcentage selon le scénario de faible immigration. En 2011, un peu plus de 11 % de la population canadienne parlait une langue tierce le plus souvent à la maison; en 2036, ce pourcentage pourrait osciller entre 15 % et 18 %.

Au Québec, la population de langue d’usage française au foyer pourrait voir son poids diminuer de 82 % en 2011 à environ 75 % en 2036, avec quelques variations selon le scénario considéré. À l’inverse, la population de langue d’usage anglaise au foyer de cette province verrait son poids légèrement augmenter, passant de 11 % en 2011 à 13 % en 2036 selon les trois scénarios de projectionNote 8. Le poids de la population de langue d’usage tierce au foyer devrait augmenter plus rapidement. Il passerait de 7,6 en 2011 à plus de 11,5 % en 2036, et jusqu’à 14 % dans le scénario avec forte immigration.

À l’extérieur du Québec, le poids relatif des deux populations de langue d’usage anglaise et française au foyer est susceptible de diminuer au cours de la période de projection. Le poids de la population de langue d’usage anglaise au foyer passerait de 85 % en 2011 à 80 % en 2036 selon le scénario de référence. Ce pourcentage serait de 83 % dans le scénario avec faible immigration et de 79 % dans le scénario avec forte immigration. Malgré le fait que la population de langue d’usage française au foyer pourrait passer de 620 000 en 2011 et atteindre entre 595 000 (scénario avec faible immigration) et 651 000 (scénario avec forte immigration) en 2036, la baisse du poids relatif de la population de langue d’usage française au foyer serait de même ampleur dans les trois scénarios : celui-ci passerait ainsi de 2,4 % en 2011 à 1,9 % en 2036. Par contre, la population de langue d’usage tierce au foyer devrait voir son poids augmenter au cours de l’horizon de projection pour se situer entre 16 % et 19 % en 2036 selon le scénario envisagé en raison d’une croissance de son effectif qui se situerait entre 30 % et 60 % sur la période de projection selon le scénario considéré. En 2011, cet effectif de près de 3,3 millions de personnes représentait 12,5 % de la population totale du Canada hors Québec.

3.2.3 Première langue officielle parlée (PLOP)

La population définie en fonction du critère de la première langue officielle parlée est particulièrement utile pour identifier les communautés de langue officielle au Canada, qu’elles soient majoritaires ou minoritaires sur le territoire qu’elles occupent, en intégrant la population de langue maternelle tierce, et plus particulièrement les immigrants, à cette classification linguistique (voir chapitre 1). Le caractère majoritaire d’une langue sur un territoire lui confère un avantage dans l’espace public. C’est vrai pour le Canada dans son ensemble où l’anglais est la langue majoritaire. Le Québec se distingue du reste du Canada dans la mesure où le français y est la langue majoritaire, mais l’anglais y reste très présent, en particulier à Montréal, tant dans le domaine privé que dans le domaine public. On présente ici l’évolution des langues en fonction de leur statut au Canada, au Québec et dans le reste du Canada : on parlera donc de majorités et de minorités dans l’optique des langues officielles du pays.

La projection indique que les deux populations définies selon la première langue officielle parlée devraient évoluer de façon divergente entre 2011 et 2036 principalement en raison de la contribution positive de l’immigration internationale à la population de PLOP anglaisNote 9. Celle-ci devrait croître au cours des prochaines années et passerait de 25,9 millions de personnes en 2011 pour atteindre entre 31,9 et 35,3 millions de personnes en 2036 selon le scénario de projection considéré (tableau 3.4). Il en résulterait que son poids dans la population canadienne passerait de 75,4 % en 2011 à 77,8 % en 2036 selon les trois scénarios. Ces pourcentages surpasseraient ceux des populations définies selon la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent à la maison. Et surtout, cette croissance du poids de la population de PLOP anglais lui serait spécifique dans la mesure où les deux autres mesures indiqueraient une baisse du pourcentage du groupe linguistique anglais sur l’horizon de projection.

Comme pour la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent à la maison, le poids de la population de langue française au sein du Canada pourrait aussi décroître selon la PLOP d’ici 2036. Son poids passerait ainsi de 23 % en 2011 à moins de 21 % en 2036, avec de légères variations selon le scénario. Son effectif serait toutefois en augmentation et passerait de 7,8 millions de personnes en 2011 pour atteindre entre 8,6 et 9,2 millions de personnes en 2036.

Les différences entre les trois mesures des groupes linguistiques et leur évolution dans le temps est complexe et il est nécessaire de distinguer les deux situations que représentent le Québec, où la majorité de la population est de langue française, et le reste du Canada où l’anglais est majoritaire.

Le poids de ces quatre populations évoluerait de façon divergente entre 2011 et 2036 selon les scénarios de projection retenus. La minorité de langue anglaise au Québec devrait enregistrer une croissance de son effectif démographique de l’ordre de 25 % à 35 % sur la période qui pourrait atteindre entre 1,5 et 1,7 millions de personnes en 2036. Son poids relatif évoluerait en conséquence, passant de près de 14 % en 2011 pour atteindre entre 16 % et 17 % de la population totale de la province en 2036. Par contre, le poids de la minorité de langue française diminuerait durant la même période dans le reste du Canada malgré une hausse de sa population dont l'effectif total qui devrait osciller entre 970 000 et 1,1 million de personnes en 2036. Le poids de ce groupe était de presque 4 % en 2011 et pourrait diminuer à 3 % en 2036 selon les trois scénarios de projection. Les effectifs des deux minorités de langue officielle qui étaient presque identiques en 2011 (1 090 000 pour la population de PLOP anglais au Québec et 1 017 000 pour celle de PLOP français dans le reste du pays) devraient diverger de façon notable d’ici 2036 (graphique 3.5). La différence entre les deux effectifs, qui était de 74 000 en 2011, pourrait atteindre 600 000 en faveur de la minorité de langue anglaise au Québec en fin de projection.

Le poids de la population majoritaire de langue officielle dans le Canada hors Québec (PLOP anglais) augmenterait légèrement entre 2011 et 2036 en raison, entre autres, d’une croissance notable de son effectif qui passerait de 24,8 millions en 2011 pour se situer entre 30,4 et 33,5 millions de personnes 25 ans plus tard selon le scénario de projection envisagé. En 2011, son poids était d’un peu plus de 94 % et pourrait passer à environ 95 % en 2036. Cette évolution contraste avec celle de cette même population définie selon la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent à la maison lesquelles verraient plutôt leur poids diminuer durant cette même période.

Au Québec, la population de PLOP français devrait croître plus rapidement que la population de langue française définie selon la langue maternelle et selon la langue d’usage au foyer. En 2011, la population de PLOP français se chiffrait à 6,8 millions et pourrait franchir le cap des 7,5 millions de personnes en 2036 (scénario avec faible immigration) voire atteindre 8 millions de personnes (scénario avec forte immigration). Cette croissance ne devrait cependant pas empêcher son poids relatif dans la population totale de diminuer entre 2011 et 2036, poids qui passerait de 85,4 % en 2011 à 83 % ou légèrement moins en 2036 selon le scénario considéré. Cette tendance est similaire à celle que suivrait la population de langue française définie selon la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent à la maison.

3.3 Les provinces et territoires hors Québec

Les provinces et territoires sont très différents les uns des autres au regard de la composition linguistique de leur population. Par exemple, le Nouveau-Brunswick se démarque en raison de sa population de langue maternelle française relativement importante (31,4 % en 2011) tandis que le poids démographique de la population de langue tierce est nettement plus important dans les régions situées à l’ouest du Québec que dans les provinces maritimes.

La situation et l’évolution des groupes linguistiques sont présentées pour toutes les provinces et territoires (sauf le Québec) en distinguant chacun des trois groupes linguistiques séparément. Les résultats sur les effectifs démographiques des groupes définis selon la langue maternelle la langue parlée le plus souvent à la maison et la première langue officielle parlée (PLOP) sont présentés aux tableaux annexes A.3.1 à A.3.3 tandis que les graphiques 3.6 à 3.8 inclus dans le corps du texte font état de l’évolution de leur poids démographique relatif.

3.3.1 La population de langue anglaise

L’Ontario comptait la plus importante population de langue maternelle anglaise au Canada hors Québec en 2011, suivi de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Les territoires et l’Île-du-Prince-Édouard ont enregistré les effectifs les moins nombreux. Selon les trois scénarios de projection, les effectifs de la population de langue maternelle anglaise devraient augmenter d’ici 2036 en Ontario et dans toutes les provinces situées à l’ouest de cette province, ainsi que dans les territoires (graphique annexe A.3.1). Ainsi, l’Ontario passerait d’une population de langue maternelle anglaise de plus de 9 millions en 2011 à environ 10,5 millions en 2036 dans les trois scénarios. En fin de projection, l’Alberta devrait devenir la deuxième province en termes du nombre de personnes de langue maternelle anglaise avec un effectif de 4,0 à 4,2 millions. Elle permuterait ainsi de rang avec la Colombie-Britannique, qui occupait en 2011 le deuxième rang, dont la population de langue maternelle anglaise serait de 3,7 millions en 2036. Les quatre provinces de l’Atlantique pourraient, au contraire, enregistrer une baisse de l’effectif de leur population de langue maternelle anglaise, quel que soit le scénario envisagé. De plus, trois de celles-ci, soit Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, devraient également voir leur population de langue anglaise définie selon la langue d’usage au foyer et selon la PLOP diminuer entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios de projection considérés.

Le poids de la population de langue anglaise varie selon le critère de définition considéré et selon un gradient bien défini. Comme décrit à la section précédente, dans presque toutes les provinces et pour les territoires dans leur ensemble, la population de langue anglaise est plus nombreuse lorsque définie selon la PLOP et moins nombreuse lorsque identifiée par la langue maternelle, l’effectif selon la langue d’usage au foyer se situant entre les deux. Seul le Nouveau-Brunswick fait exception puisque la population parlant l’anglais le plus souvent à la maison en 2011 y était légèrement plus importante que celle ayant cette langue comme PLOP (69,9 % contre 68,4 %). L’exception néo-brunswickoise s’explique par la forte population de langue maternelle française de cette province dont les transferts linguistiques vers l’anglais contribuent à alimenter l’effectif de la population dont la langue d’usage au foyer est l’anglaisNote 10. Le gradient observé dans les provinces entre les trois caractéristiques linguistiques devrait se maintenir en 2036 selon les trois scénarios de projection et même inclure le Nouveau-Brunswick (graphique 3.6).

La projection indique que le poids de la population de langue maternelle anglaise et la langue d’usage anglaise au foyer devrait diminuer entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios. Dans certaines provinces, la diminution pourrait se chiffrer à plus de dix points de pourcentage dans les scénarios de référence et avec forte immigration. Les provinces où la diminution s’avèrerait la plus forte seraient l’Île-du-Prince-Édouard et les quatre provinces à l’ouest de l’Ontario, avec cependant quelques variations selon le scénario de projection et selon qu’il s’agit de la population définie par la langue maternelle ou par la langue parlée le plus souvent à la maison. L’Île-du-Prince-Édouard pourrait représenter le cas le plus extrême : selon le scénario de référence, sa population de langue maternelle anglaise passerait de 93 % en 2011 à 80 % en 2036 et sa population de langue d’usage anglaise au foyer de 96 % à 86 % durant la même période. La décroissance serait accentuée dans un scénario de forte immigration.

Le poids de la population de PLOP anglais devrait au contraire s’accroître entre 2011 et 2036 dans une majorité de provinces et dans les territoires. Toutefois cette croissance se limiterait dans la majorité des cas à moins d’un point de pourcentageNote 11.

Ces évolutions ne devraient pas modifier de façon substantielle le portrait d’ensemble de la population de langue anglaise observé en 2011. En 2036 comme en 2011, trois provinces se démarqueraient de par la forte proportion de leur population de langue anglaise (langue maternelle et langue d’usage au foyer) : Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse. Dans ces provinces, cette population devrait constituer entre 80 % et 90 % de la population totale en 2036 quel que soit le scénario de projection. Ailleurs dans les six autres provinces et les territoires, les pourcentages correspondants ne devraient pas dépasser, dans la majorité des cas. Ces différences entre les provinces tiennent à la dynamique de la population de langue tierce, principalement alimentée par l’immigration internationale, et, dans le cas du Nouveau-BrunswickNote 12, à la présence d’une importante population de langue française. Dans tous les cas, les populations de langue anglaise des provinces et des territoires, incluant le Nouveau-Brunswick, bénéficient des transferts linguistiques et du fait que l’anglais est la langue de convergence et d’intégration de la majorité des immigrants.

3.3.2 La population de langue française

La taille des populations dont le français est la langue maternelle est variable d’une province à l’autre. En 2011, l’effectif le plus faible était observé à Terre-Neuve-et-Labrador, soit 2 000 personnes. L’Île-du-Prince-Édouard et les territoires comptaient chacun un effectif de moins de 6 000 personnes de langue maternelle française en 2011, soit 5 200 et 3 000 respectivement. En revanche, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick ont enregistré les populations de langue maternelle française les plus nombreuses à l’extérieur du Québec en 2011, soit 517 000 et 239 000 respectivement. Les effectifs de la population de langue française selon la langue d’usage au foyer et selon la PLOP sont tout aussi variables selon la province mais se distinguent par le niveau des effectifs. Ainsi, les effectifs de population selon la langue parlée le plus souvent à la maison sont systématiquement plus faibles que ceux selon la langue maternelle, tandis que les effectifs selon la PLOP sont à peu près les mêmes (avec l’exception notable de l’Ontario). Par exemple, la population de langue française au Nouveau-Brunswick en 2011 se présentait ainsi : 239 000 personnes selon la langue maternelle, 218 000 selon la langue d’usage au foyer et 238 000 selon la PLOP. L’effectif selon la langue d’usage au foyer représentait 92 % de l’effectif selon la langue maternelle tandis que l’effectif selon la PLOP était légèrement inférieur à celui selon la langue maternelle (tableaux A.3.1 à A.3.3 en annexe).

L’effectif de ces populations évoluerait de façon inégale d’une province à l’autre d’ici 2036 selon les présentes projections. Des baisses du nombre d’habitants de langue maternelle française entre 2011 et 2036 pourraient toucher cinq provinces : l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan. Les trois provinces maritimes verraient également leur effectif de population de langue française définie selon la langue d’usage au foyer et selon la PLOP diminuer d’ici 2036, quel que soit le scénario de projection envisagé. Les taux de croissance (négatifs) sur la période se situeraient entre -20 % et -40 % à l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick.

Les provinces de Terre-Neuve-et-Labrador, du Manitoba et de la Saskatchewan pourraient afficher entre 2011 et 2036 une stabilité ou une faible hausse de leurs effectifs de population de langue française. En Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique et dans les territoires, la population de langue française croitrait de façon générale entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios de projection considérés. La croissance des effectifs serait la plus élevée en Alberta et dans les territoires avec un taux de croissance pouvant se situer entre 25 % et plus de 50 % selon le scénario de référence. Dans les provinces, la croissance la plus forte (ou la décroissance la plus faible) s’observerait pour la population de langue française définie selon la langue d’usage au foyer.

La part relative de la population de langue française varie selon la caractéristique linguistique considérée. Elle est la plus faible lorsque définie selon la langue parlée le plus souvent à la maison et plus élevée selon les deux autres caractéristiques linguistiques. Cette situation distingue la population de langue française de celle de langue anglaise et témoigne de l’attraction de l’anglais en tant que langue parlée le plus souvent à la maison auprès des personnes de langue maternelle française vivant à l’extérieur du Québec (graphique 3.7).

Toutes les provinces et les territoires, à l’exclusion du Nouveau-Brunswick, comptaient en 2011 moins de 5 % de population de langue française, que celle-ci soit définie par la langue maternelle, par la langue d’usage au foyer ou par la PLOP (graphique 3.7). Sauf quelques exceptions, le pourcentage que représente la population de langue française sur la population totale devrait diminuer d’ici 2036 selon les trois scénarios de projection. Les principales exceptions sont Terre-Neuve-et-Labrador et les territoires où, au contraire, la population de langue maternelle française pourrait voir son poids augmenter en raison de la migration interne. Toutefois, ces évolutions ne devraient pas altérer le portrait d’ensemble de 2011 : en 2036, la population de langue française à l’extérieur du Québec devrait toujours représenter moins de 5 % de la population totale comme en 2011, sauf au Nouveau-Brunswick. Dans cette dernière province, le poids de la population de langue française pourrait diminuer selon les trois scénarios, tant selon la langue maternelle, la langue d’usage au foyer que la PLOP. Par exemple, d’un niveau d’environ 31,5 % en 2011, le pourcentage que représente l'effectif de langue maternelle et de PLOP français par rapport à la population totale passerait à moins de 29 % en 2036.

3.3.3 La population de langue tierce

La population de langue maternelle tierce devrait augmenter dans toutes les provinces et territoires entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios de projection, conséquence de l’immigration. Dans plusieurs provinces, le scénario avec forte immigration signifierait un doublement de cette population en 2036 par rapport à 2011. En Ontario et en Colombie-Britannique, la population de langue maternelle tierce pourrait ainsi constituer 31 % de la population totale selon le scénario de faible immigration et 35 % ou 36 % selon le scénario de forte immigration en 2036 (graphique 3.8). Les quatre provinces atlantiques connaîtraient également une forte croissance des effectifs de cette population entre 2011 et 2036, même avec le scénario de faible immigration. Malgré ce contexte favorable en Atlantique, le pourcentage de la population de langue maternelle tierce ne devrait toutefois pas dépasser les 10 % en 2036 dans trois des quatre provinces.

En raison des transferts linguistiques des personnes de langue maternelle tierce (principalement vers l’anglais), le poids de cette population dans les provinces et territoires était, en 2011, plus faible selon la langue parlée le plus souvent à la maison que selon la langue maternelle. Il pourrait encore en être ainsi en 2036 selon les trois scénarios de projection. L’écart entre les pourcentages que représentaient ces deux groupes en 2011 est presque de l’ordre du simple au double et les résultats des projections indiquent que cette situation ne changerait pas en 2036. En Ontario, par exemple, 15 % de la population totale de la province en 2011 a déclaré une langue tierce en tant que langue parlée le plus souvent à la maison et 26 % en tant que langue maternelle. En 2036, ces pourcentages pourraient atteindre respectivement entre 17 % et 21 % selon la langue d’usage au foyer et entre 31 % et 35 % selon la langue maternelle d’après les trois scénarios de projection.

Les trois scénarios ont des répercussions différentielles notables sur les résultats de la projection de la population de langue tierce. Ceci est attribuable au fait que cette population est avant tout alimentée par l’immigration internationale, principale composante démographique qui distingue les trois scénarios entre eux.

3.4 Les régions de contact

Les régions de contact considérées ici sont au nombre de quatre et comprennent les régions métropolitaines de recensement de Montréal et d’Ottawa-Gatineau, l’est ontarien (sauf Ottawa) et le Nouveau-Brunswick.

3.4.1 La région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal

En 2011, la majorité de de la population vivant dans la RMR de Montréal était de langue française, soit 64,3 % selon la langue maternelle, 68,7 % selon la langue parlée le plus souvent à la maison et 75,7 % selon la PLOP. Le poids de la population de langue anglaise dans la RMR variait entre 12,5 % et 22,7 % selon la caractéristique linguistique considérée. La population de langue tierce constituait 23 % de la population de la RMR selon la langue maternelle et près de deux fois moins selon la langue d’usage au foyer, soit 13 %.

Les projections indiquent qu’à l’horizon 2036 la population de langue française devrait voir son poids diminuer au sein de la RMR selon les trois scénarios de projection et pour les trois caractéristiques linguistiques, quoique de façon moins marquée selon la PLOP en raison de la population de langue maternelle tierce qui s’oriente vers le français (graphique 3.9). Le pourcentage que représente la population de langue anglaise sur la population totale de la RMR pourrait au contraire augmenter, principalement en ce qui a trait à la langue d’usage au foyer et la PLOP, aussi selon les trois scénarios de projection. Comme la RMR de Montréal reçoit, et qu’il est projeté qu’elle continue à recevoir, un nombre important d’immigrants au cours des prochaines années, le poids de la population de langue tierce augmenterait en conséquence selon les trois scénarios de projection. En 2036, cette population pourrait ainsi représenter plus de 30 % de la population de la RMR selon la langue maternelle et autour de 20 % selon la langue parlée le plus souvent à la maison.

La dynamique métropolitaine de Montréal est marquée par le développement de couronnes (ou banlieues) qui se situent principalement, mais pas uniquement, hors de l’île de Montréal (comme Laval, Longueuil et Terrebonne). En 2011, la population de la RMR se répartissait à peu près également entre celle habitant sur l’île de Montréal (49,3 %) et celle vivant hors de l’île (50,7 %).

L’île de Montréal.

Les trois groupes linguistiques devraient suivre des dynamiques différentes d’établissement sur l’île et hors de l’île au cours de la période de projection. Les populations de langue anglaise et française devraient dans l’ensemble voir leur poids sur l’île se réduire entre 2011 et 2036, quel que soit le scénario de projection envisagé.

La population de langue maternelle française, qui ne représentait déjà plus la majorité de la population de l’île de Montréal en 2006 et en 2011 (48 %), verrait son poids diminuer à moins de 44 % en 2036. Selon le scénario avec forte immigration, la population de langue maternelle française ne représenterait que 41 % de la population de l’île en 2036. La population de langue d’usage française au foyer pourrait également voir son poids diminuer pour atteindre environ 50 % de la population insulaire en fin de projection, une baisse de deux à quatre points de pourcentage en 25 ans. Par contre, la population de PLOP français augmenterait d’un demi-point de pourcentage, passant de 64,5 % en 2011 à 65 % en 2036 selon les trois scénarios de projection. Malgré la baisse du poids de la population de langue française selon les critères de la langue maternelle et de la langue d’usage au foyer, la croissance de la population de langue maternelle tierce favoriserait la croissance du poids de la population de PLOP français principalement en raison de la sélection des immigrants au Québec qui met l’accent sur leur connaissance du français. C’est donc dire qu’environ les deux tiers de la population de l’île tendraient à s’orienter principalement vers le français en 2036 en dépit du fait que la population de langue maternelle française pourrait n’y représenter que 41 % à 43 %.


La population de langue anglaise verrait aussi son poids diminuer sur l’île entre 2011 et 2036. Cette diminution devrait se faire sentir chez les populations de langue anglaise définies selon le critère de la langue maternelle et de la langue parlée le plus souvent à la maison. Ainsi, le poids de la population de langue maternelle anglaise vivant sur l’île pourrait passer de 18 % en 2011 à 15 % ou 16 % en 2036, en fonction du scénario de projection envisagé. Par contre, selon la PLOP, la population de langue anglaise résidant sur l’île de Montréal maintiendrait son poids relatif autour de 34 %.

En raison principalement de l’immigration, la croissance de la population de langue maternelle tierce sur l’île de Montréal entre 2011 et 2036 devrait être de l’ordre de 10 points de pourcentage, un peu moins selon le scénario avec faible immigration. Ce groupe pourrait représenter 43 % de la population de l’île en 2036, à parité avec la population de langue maternelle française, et même dépasser légèrement celle-ci. Dans le cas du scénario avec forte immigration, la différence entre les deux groupes linguistiques pourrait atteindre 4 points de pourcentage (40,6 % pour la population de langue maternelle française comparativement à 44,8 % pour celle de langue maternelle tierceNote 13). La population de langue d’usage tierce au foyer devrait gagner de cinq à huit points de pourcentage selon le scénario de projection envisagé.

Hors-île.

La dynamique métropolitaine de la RMR de Montréal a été marquée au cours des dernières années par un accroissement du pourcentage que représentent les populations de langue anglaise et tierce dans les banlieues, lesquelles sont principalement situées à l’extérieur de l’île (Termote, 2011). Cette tendance devrait se poursuivre entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios de projection. Ainsi, la population de langue maternelle tierce pourrait constituer entre 23 % et 26 % de la population hors-île en 2036, une augmentation de plus de dix points de pourcentage par rapport à 2011. Le pourcentage que représente la population de langue d’usage tierce au foyer hors de l’île pourrait doubler en 25 ans, passant de 6,8 % en 2011 à un peu plus de 14 % en 2036 selon le scénario avec forte immigration. La croissance serait un peu moins forte selon les deux autres scénarios.

Le poids démographique de la population de langue anglaise de la RMR de Montréal vivant à l’extérieur de l’île se maintiendrait généralement en-deçà de 20 %, malgré la progression des pourcentages. Cette progression devrait être plus importante pour la population de langue d’usage au foyer et de PLOP anglais que pour celle de langue maternelle anglaise. Cette tendance s’explique par l’attraction qu’exerce l’anglais auprès de certaines populations de langue maternelle tierce et, plus particulièrement, par les transferts linguistiques que ces mêmes groupes linguistiques effectuent vers l’anglais.

En conséquence de ces évolutions, le poids de la population de langue française devrait continuer à diminuer d’ici 2036 à l’extérieur de l’île de Montréal dans la foulée des tendances passées récentes. Malgré la baisse qu’il pourrait enregistrer durant la période de projection, le poids de la population de langue française devrait toutefois continuer à former la majorité de la population des couronnes de la RMR situées hors d’île en 2036, soit 67 %, 72 % et 81 % respectivement pour la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison et la première langue officielle parlée, selon le scénario de référence.

Répartition de la population île versus hors-île.

La distribution relative de la population de la RMR de Montréal entre l’île et le reste de la RMR devrait peu se modifier entre 2011 et 2036. Comme on l’a déjà mentionné, la population de la RMR se répartit à peu près également entre celle qui habite sur l’île de Montréal et celle qui habite à l’extérieur de celle-ci.

Le pourcentage des populations de langue anglaise et tierce vivant à l’extérieur de l’île devrait augmenter légèrement pour s’établir entre 35 % et 40 %, quel que soit la caractéristique linguistique considérée et le scénario de projection envisagé. En contrepartie, un pourcentage légèrement moins important vivrait sur l’île en 2036 (tableau 3.5).

La répartition géographique de la population de langue française devrait se maintenir à peu près stable entre 2011 et 2036. Au total cependant, la population de langue anglaise et celle de langue tierce devraient continuer à vivre majoritairement sur l’île et la population de langue française majoritairement hors de l’île en 2036.

3.4.2 La région métropolitaine de recensement (RMR) d’Ottawa-Gatineau

La RMR d’Ottawa-Gatineau a cette particularité d’être située à cheval entre l’Ontario, où la majorité de la population est de langue anglaise, et le Québec à majorité française. Cette particularité déteint sur la composition par langue de ces deux zones urbaines. En 2011, 64 % de la population de la partie ontarienne de la RMR était de langue maternelle anglaise, 77 % de langue d’usage anglaise au foyer et plus de 81 % de PLOP anglais. Dans la partie québécoise 78 % de la population était de langue maternelle française, près de 80 % de langue d’usage française au foyer et presque 83 % de PLOP français.

La dynamique de l’évolution démographique des groupes linguistiques au sein de chacune des entités composant la RMR d’Ottawa-Gatineau se caractériserait par trois tendances notables (graphique 3.10). La première tendance, qui n’est pas unique à la RMR d’Ottawa-Gatineau, devrait se manifester par l’accroissement du poids de la population de langue maternelle et de langue d’usage tierce au foyer entre 2011 et 2036. Cette tendance devrait s’observer dans les trois scénarios considérés, tant dans la partie ontarienne que québécoise de la RMR.

La deuxième tendance serait la baisse du poids démographique de la population de langue anglaise dans la partie ontarienne de la RMR et de celle de langue française dans la partie québécoise entre 2011 et 2036. Ainsi, le pourcentage que représente la population de langue maternelle anglaise dans la partie ontarienne de la RMR pourrait diminuer pour se situer entre 58 % et 61 % en 2036 (64 % en 2011). La tendance serait similaire pour la langue parlée le plus souvent à la maison, soit une baisse de trois à six points de pourcentage sur la période de projection. Par contre, on constaterait une stabilité du poids de la population de langue anglaise selon la PLOP autour de 82 %. On devrait également observer une baisse du poids de la population de PLOP français dans la partie québécoise, mais celui-ci devrait toutefois demeurer au-dessus de 78 % dans les trois scénarios de projection.

Une troisième tendance pourrait mener à l’accroissement du pourcentage que représente la population de langue anglaise du côté québécois de la RMR, que ce soit selon la langue maternelle, la langue d’usage au foyer ou la PLOP. En 2036, 21 % de la population de la partie québécoise de la RMR seraient de langue anglaise selon la PLOP, et plus de 15 % selon la langue maternelle.

Les modifications de la répartition des groupes linguistiques au sein de la RMR entre sa partie ontarienne et sa partie québécoise devraient affecter les trois groupes linguistiques. La distribution de la population de langue anglaise entre ces deux entités géographiques favorisait la partie ontarienne en 2011. Ainsi, environ 93 % de la population de langue anglaise résidait du côté ontarien et 7 % du côté québécois en 2011, contre environ 91 % et 9 % respectivement, en 2036.

La répartition de la population de langue française se verrait modifiée quels que soient la caractéristique linguistique et le scénario envisagés (tableau 3.6). Cette population devrait réduire sa concentration du côté ontarien et l’augmenter de façon équivalente du côté québécois, et habiterait toujours majoritairement du côté québécois en 2036 dans une proportion variant de 64 % (PLOP) à 71 % (langue d’usage au foyer).

La population de langue tierce habitait majoritairement du côté ontarien de la RMR en 2011 (88 %). Ce pourcentage devrait diminuer d’ici 2036. En 2011, 12 % de la population de langue maternelle tierce vivait du côté québécois; en 2036, ce pourcentage pourrait atteindre 18 % en raison de l’immigration et des mouvements inter-frontaliers.

3.4.3 Les régions francophones de l’Ontario (sauf Ottawa)

Cette région de contact entre les populations de langue anglaise et française a été définie spécifiquement pour les présentes projections linguistiques et comprend la RMR du Grand Sudbury et les divisions de recensement (DR) hors RMR de l’Ontario où le pourcentage de la population de PLOP français est égal ou supérieur à 20 % (Caron-Malenfant, 2015). Il s’agit des DR de Stormont, Dundas et Glengarry, Prescott et Russell, Nipissing, Sudbury, Timiskaming et Cochrane. Nous présentons ici séparément la RMR du Grand Sudbury et les régions francophones hors RMR.

Cette région se caractérise d’abord par la composition linguistique de sa population. En 2011, plus de 95 % de la population des régions francophones de l’Ontario était de langue anglaise ou française, dont la majorité (64 %) avait l’anglais comme langue maternelle et 31 % le français (tableaux 3.7 et 3.8). La population de langue tierce y est donc largement minoritaire, en particulier selon la langue parlée le plus souvent à la maison (1,7 % en 2011), ce qui traduit la faiblesse de l’immigration dans cette région.

Le Grand Sudbury comprenait en 2011 un pourcentage de population de langue anglaise supérieur aux régions francophones hors RMR, soit 75 % de PLOP anglais dans le premier cas et 67 % dans le deuxième cas. Des différences de même envergure caractérisaient la part de la population de langue anglaise selon la langue maternelle et selon la langue d’usage au foyer. Par contre, le poids de la population de langue française était plus élevé dans les régions francophones hors RMR que dans le Grand Sudbury. Ainsi, 33 % de la population des régions francophones hors RMR était de PLOP français en 2011 contre 26 % dans le Grand Sudbury.

Les régions francophones de l’Ontario devraient enregistrer une baisse de leur population entre 2011 et 2036 (tableau 3.7). En 2011, la population totale de cette région se chiffrait à 556 000 et pourrait atteindre moins de 515 000 en 2036, quel que soit le scénario de projection considéré. La baisse de la population devrait toucher chacune des deux régions et proviendrait principalement de la baisse d’effectif de la population de langue française. Si l’on prend la langue maternelle comme exemple, la population de langue française passerait de 171 000 en 2011 à 134 000 en 2036, une baisse d’effectif de plus de 35 000 personnes. Dans le Grand Sudbury, la baisse pourrait se chiffrer à environ 8 000 personnes. Dans les régions francophones hors RMR, cette baisse pourrait atteindre 29 000 personnes. Durant le même laps de temps, les effectifs des populations de langues anglaise et tierce demeureraient à peu près stables ou diminueraient légèrement. Des tendances similaires devraient s’observer pour les groupes définis selon la langue d’usage au foyer et la PLOP, exception faite de la population de langue d’usage anglaise au foyer qui pourrait également enregistrer une baisse appréciable d’effectif de l’ordre de 16 000 personnes entre 2011 et 2036.

En termes relatifs, les populations de langue anglaise et tierce sont susceptibles de voir leur poids démographique augmenter de 2011 à 2036 dans les deux régions et selon les trois scénarios de projection (tableau 3.8). Par contre, le pourcentage que représente la population de langue française sur la population totale diminuerait entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios envisagés dans les deux régions, une conséquence directe de la baisse future d’effectif que suggèrent les projections. Dans le Grand Sudbury, le poids de la population de langue maternelle française et de PLOP français pourrait passer de 25 % en 2011 à 22 % en 2036 selon les trois scénarios de projection. Dans les régions francophones hors RMR, la baisse du poids de la population de langue française définie selon la langue maternelle et selon la PLOP devrait être plus prononcée, soit d’environ cinq points de pourcentage, passant de 33 % en 2011 à environ 28 % en 2036.

Dans l’ensemble, ces deux régions connaîtraient des évolutions comparables induites par la baisse de leur population totale et le faible nombre d’immigrants qu’elles attirent comparativement à d’autres régions de l’Ontario. Leur population francophone respective, entre autres, devrait diminuer tant en effectif de population qu’en pourcentage, quels que soient la caractéristique linguistique et le scénario considérés.


3.4.4 Le Nouveau-Brunswick

Le Nouveau-Brunswick compte une importante population de langue française. En nombre absolu, cette population est la troisième en importance au Canada après celles du Québec et de l’Ontario. En termes relatifs, la province se classe au deuxième rang derrière le Québec. Le Nouveau-Brunswick est également la province où le poids respectif des deux groupes de langue officielle est le plus proche, soit 66 % pour la population de langue maternelle anglaise et 32 % pour la population de langue maternelle française. De ce point de vue, elle ressemble aux régions francophones de l’Ontario (hors Ottawa) qui présentent des pourcentages presque identiques (64 % et 31 %).

Nous distinguons deux régions francophones de la province : la RMR de Moncton et les régions francophones hors RMR. Ces régions ont été définies spécifiquement pour les présentes projections linguistiques. Les régions francophones hors RMR comprennent les Divisions de recensement (DR) de la province où le pourcentage de la population de PLOP français est égal ou supérieur à 20 % (Caron-Malenfant, 2015). Il s’agit des DR de Westmorland, Kent, Northumberland, Victoria, Madawaska, Restigouche et Gloucester. Dans cette région, 63 % de la population était de langue maternelle française et avait le français comme première langue officielle parlée en 2011, et 62 % parlaient le français le plus souvent à la maison. À Moncton, ces pourcentages étaient respectivement de 34 % et 29 %. Le reste de la province constitue les régions principalement anglophones. Celles-ci comprennent entre autres les villes de Fredericton et Saint-John. Sur le plan linguistique, cette région est majoritairement de langue anglaise, 93 % de la population ayant l’anglais comme langue maternelle.

La population du Nouveau-Brunswick diminuerait entre 2011 et 2036 selon les trois scénarios de projection (graphique 3.11). Elle pourrait passer de 755 000 en 2011 à 700 000 en 2036 selon le scénario avec forte immigration et à 673 000 selon le scénario avec faible immigration. Tandis que la population des régions francophones hors RMR de la province diminuerait d’environ 60 000 personnes selon les trois scénarios de projection, celle des deux autres régions demeurerait à peu près stable tout au long de la période de projection, avec quelques variations à la hausse ou à la baisse selon le scénario considéré. C’est donc dire que la décroissance de la population de la province proviendrait principalement de ses régions francophones hors RMR.

La dynamique de l’évolution des groupes linguistiques serait, selon les présentes projections, marquée par une diminution du poids relatif de la population de langue anglaise dans les trois régions de la province, même dans les régions anglophones où elle est largement majoritaire (graphique 3.12). Il n’y aurait qu’une seule exception à cette tendance générale : la population de PLOP anglais dans les régions anglophones se maintiendrait à son niveau de 2011, soit 96 %.

Le poids de la population de langue française pourrait diminuer de un ou deux points de pourcentage dans les trois régions, quelle que soit la caractéristique linguistique considérée.

La population de langue tierce verrait son poids augmenter de façon substantielle dans les trois régions, mais ne devrait pas représenter plus de 10 % de la population dans aucun cas en 2036.

3.5 Les populations de langue officielle

Cette section présente les résultats d’un ensemble de neuf scénarios de projection à l’horizon 2036 pour les populations de langue anglaise et de langue française. En plus des trois scénarios d’immigration qui nous ont suivis jusqu’à maintenantNote 14, deux scénarios alternatifs portent sur l’effet de la croissance totale de la population, quatre sur différentes hypothèses relatives au niveau, à la répartition territoriale et à la composition par pays de naissance de l’immigration, deux sur les patrons de migration interne et un sur les taux de transmission du français à l’extérieur du Québec.

Les tableaux 3.9 et 3.10 portent respectivement sur la population de langue anglaise et celle de langue française définies selon la première langue officielle parlée (PLOP). En annexe, ces mêmes tableaux sont présentés pour les populations définies selon la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent à la maison (tableaux A.3.4 à A.3.7). Dans l’ensemble, les effectifs et le poids démographique de la population de PLOP anglais devraient s’accroître entre 2011 et 2036 dans toutes les provinces et les territoires, même au Nouveau-Brunswick et au Québec où le poids de la population de langue française est nettement plus important qu’ailleurs au pays. Le pourcentage que représente la population ayant l’anglais comme PLOP ne devrait pas varier de façon significative en 2036 selon les différents scénarios présentés au tableau 3.9. Le scénario, théorique, de migration internationale nulle après 2016 est celui qui offrirait l’accroissement du poids des populations de langue anglaise le plus important, sauf au Québec et au Nouveau-Brunswick, mais aussi celui qui produirait la plus faible croissance des effectifs.

Les variations somme toute minimes du poids de la population de langue anglaise d’un scénario à l’autre sont attribuables au fait que l’attraction de l’anglais auprès de la population de langue tierce est élevée partout au Canada quels que soient les facteurs démographiques de la croissance (immigration et fécondité en particulier). Sauf au Québec, les immigrants tendent à apprendre massivement l’anglais et, parmi ceux n’ayant ni l’anglais ni le français comme langue maternelle et qui font un transfert linguistique, la majorité choisit l’anglais.

Au Québec, l’effectif et le poids démographique relatif de la population de PLOP anglais devraient augmenter entre 2011 et 2036 selon tous les scénarios. Ainsi, de 13,6 % en 2011, le pourcentage que représente la population de langue anglaise selon la PLOP pourrait atteindre entre 15,7 % et 17,5 % en 2036. Si l’on fait exception du scénario qui suppose une immigration nulle après 2016, c’est le scénario de migration interne 1996-2001 qui produirait le pourcentage le plus faible, soit 16,3 %. Cette période correspond à une migration relativement importante du Québec vers le reste du Canada, non seulement pour la population de langue française, mais aussi pour celle de langue anglaise (voir chapitre 2).

Selon la langue maternelle, le scénario basé sur la migration interne 1996-2001 produirait une baisse du poids de la population de langue anglaise au Québec, qui passerait ainsi de 8,2 % en 2011 à 7,9 % en 2036 (tableau A.3.4). Les autres scénarios indiquent plutôt que son poids devrait se situer entre 8,4 % et 8,8 %, et même 9 % selon le scénario qui suppose une immigration nulle après 2016.

Les populations de langue française définies selon la PLOP devraient voir leur poids démographique au sein de la population totale des provinces se réduire entre 2011 et 2036, quel que soit le scénario envisagé, sauf dans les territoires (tableau 3.10). Dans les provinces atlantiques, les effectifs diminueraient également. De plus, le pourcentage de PLOP français demeurerait sensiblement le même d’un scénario à l’autre. Dans la plupart des provinces, exception faite de Terre-Neuve-et-Labrador, du Nouveau-Brunswick et du Québec, la baisse pourrait être substantielle. C’est au Manitoba que celle-ci serait la plus prononcée, soit entre un demi et un point de pourcentage selon le scénario considéré. Au Canada hors Québec, la baisse se chiffrerait à environ un demi-point de pourcentage. Bien qu’un demi-point ou un point de pourcentage paraisse peu, il faut prendre en considération que le pourcentage observé en 2011 était déjà faible. Au Manitoba, par exemple, une baisse d’un point de pourcentage représenterait une baisse relative du poids de la population de PLOP français de 30 %. En Saskatchewan, il s’agirait d’une baisse relative d’environ 40 % et en Nouvelle-Écosse d’environ 20 %.

D’entre tous les scénarios, celui basé sur la migration interne de la période 1996-2001, période marquée par une migration interprovinciale notable du Québec vers l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique, produirait l’un des effectifs de la population de PLOP français hors Québec le plus élevé, soit plus de 1,2 million comparativement au scénario de référence d’un peu plus d’un million. Ce scénario de migration interne supposerait une variation du poids relatif de la population de PLOP français hors Québec qui passerait de 3,9 % en 2011 à 3,6 % en 2036, comparativement à 3 % dans le cas du scénario de référence en 2036.

Selon le scénario des patrons de migration interne basés sur l’ENM de 2011 et les recensements de 2001 et 2006, la population de langue française vivant à l’extérieur du Québec atteindrait le chiffre de presque 1,1 million en 2036, une croissance de 80 000 personnes depuis 2011. Durant la même période, le poids démographique de la population de PLOP français au Canada hors Québec passerait de 3,9 % en 2011 à 3,2 % en 2036.

Étant donné l’importance de la transmission intergénérationnelle, l’application de taux de transmission reproduisant une transmission quasi complète du français aux populations de langue française à l’extérieur du Québec aurait bien entendu un effet positif sur l’accroissement du poids des populations de langue française dans quatre provinces (Terre-Neuve-et-Labrador, Saskatchewan, Alberta, Colombie-Britannique) et dans les territoires. En Alberta par exemple, le poids de la population de PLOP français passerait de 1,9 % en 2011 à 2,3 % en 2036 selon ce scénario plutôt que de baisser à 1,7 % ou 1,8 % selon la plupart des autres scénarios. Pour le Canada hors Québec dans son ensemble, l’application de ces taux de transmission permettrait à la population de langue française de s’accroître en effectif (de 1 017 000 en 2011 à 1 234 000 en 2036), mais n’empêcherait pas son poids dans la population totale de fléchir, quoique dans une mesure moindre que selon la plupart des autres scénarios. Ainsi, selon le scénario de transmission quasi complète du français, le poids de la population de PLOP français atteindrait 3,6 % en 2036, comparativement à 3,1 % selon la plupart des autres scénarios. C’est donc dire l’importance du phénomène de la transmission intergénérationnelle sur l’évolution de ce groupe linguistique.

3.6 Les minorités de langue française hors du Québec

Une des questions soulevées par les présentes projections est celle de la dynamique démographique des populations de langue française au Canada, en particulier à l’extérieur du Québec. Comme on l’a vu tout au long de ce chapitre, le poids de la population de langue française au Canada, quelle que soit la définition retenue, devrait fléchir au cours des 25 prochaines années selon les différents scénarios de projection présentés jusqu’à maintenant.

Sachant que le niveau et la composition de l’immigration peuvent être modifiés, nous avons simulé au moyen de Demosim le nombre d’immigrants de langue française (selon la PLOP) requis chaque année entre 2017 et 2036 pour faire en sorte de maintenir constant au niveau de 2016 le poids que représentent les populations minoritaires de langue française dans chaque province. Essentiellement, il s’agit de calculer le nombre nécessaire d’immigrants pour que le poids de la population de langue française, non-immigrants et immigrants confondus, cesse de diminuer à partir d’un point de référence dans le temps. L’immigration de la période 2011-2016 s’étant déjà réalisée et étant intégrée dans DemosimNote 15, nous avons amorcé la simulation à partir de 2017. Les composantes de projection proviennent du scénario de référence, sauf la composition de l’immigration. Le nombre total d’immigrants admis au Canada et leur distribution provinciale durant la simulation correspondent donc au niveau donné par le scénario de référence et la simulation ne modifie pas ces deux paramètres. Ce que fait la simulation est de modifier la composition linguistique des immigrants sans hausser leur nombre par rapport au scénario de référence de façon à générer le nombre recherché d’immigrants de langue française. En raison du fait que leur population de PLOP français ne devrait pas y baisser en pourcentage entre 2017 et 2036, Terre-Neuve-et-Labrador et les territoires ont été exclus de la simulation.

La simulation montre que le nombre d’immigrants de langue française requis pourrait s’avérer très différent du nombre projeté selon le scénario de référence. La situation la plus extrême serait donnée par le cas de l’Île-du-Prince-Édouard. Pour maintenir le poids de sa population de PLOP français, l’Île-du-Prince-Édouard devrait multiplier le nombre projeté d’immigrants de PLOP français par 13,9 pour atteindre la cible (tableau 3.11). Quatre autres provinces devraient au moins doubler leur nombre attendu d’immigrants de langue française pour toucher l’objectif : la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan. Ailleurs, la cible du nombre d’immigrants serait relativement plus faible. Il ne faudrait ainsi multiplier le nombre attendu d’immigrants que par 1,2 en Alberta, et 1,5 en Ontario et en Colombie-Britannique, soit une augmentation de 20 % et de 50 % respectivement.

Au total, le contexte démographique et les disparités régionales liées à l’immigration font en sorte que certaines provinces devraient accueillir un nombre annuel suffisant (et beaucoup plus important que le nombre attendu) et soutenu d’immigrants de langue française pour empêcher le pourcentage de leur population de langue française de continuer à décliner. Au total cependant, il serait nécessaire, selon la simulation basée sur le scénario de référence, que 5,1 % des immigrants qui s’établissent à l’extérieur du Québec entre 2017 et 2036 aient le français comme première langue officielle parlée, contre 3,1 % dans le cas du scénario de référence. Ce pourcentage varierait grandement selon la province, de plus de 35 % au Nouveau-Brunswick à moins de 3 % dans trois provinces de l’ouest. Dans tous les cas, le résultat de cette simulation se traduirait par une hausse du pourcentage d’immigrants de langue française.

3.7 Vue d’ensemble

Les tendances à venir en termes d’évolution linguistique au Canada entre 2011 et 2036 peuvent se résumer de façon assez succincte. Les effectifs de population des trois grands groupes linguistiques devraient s’accroître au cours des 25 prochaines années, mais à des rythmes différents. Les seules exceptions à cette tendance seraient données par les populations de langue anglaise et de langue française dans les provinces atlantiques qui pourraient décroître, quels que soient la caractéristique linguistique considérée (langue maternelle, langue d’usage au foyer ou PLOP) et le scénario d’immigration envisagéNote 16.

La population de langue française devrait présenter la croissance la plus faible des trois groupes tant au Québec qu’à l’extérieur du Québec, et son poids démographique devrait diminuer en conséquence. Au Canada hors Québec, la population de langue d’usage française au foyer ne profite pas des transferts linguistiques; au contraire, c’est une partie de sa population selon la langue maternelle qui parle plutôt l’anglais le plus souvent à la maison. Par ailleurs, les résultats montrent que l’effectif de la population totale de PLOP français à l’extérieur du Québec pourrait s’accroître de 68 000 à 168 000 personnes en 25 ans, ce qui est davantage que la croissance de la population de langue maternelle française qui atteindrait entre 8 000 et 64 000 selon le scénario de projection considéré.

La dynamique d’évolution de la population de langue anglaise est assez proche de celle de langue française, mais présente des spécificités. La population de langue anglaise bénéficie largement des transferts linguistiques et du fait que l’anglais est la principale langue de convergence et d’intégration à l’extérieur du Québec. Les résultats des projections montrent que la population de PLOP anglais devrait croître au Canada en effectifs et en pourcentage, sauf dans les provinces atlantiques, alors que la population de langue maternelle et langue d’usage anglaise au foyer devrait, en pourcentage de la population totale, connaître une légère décroissance.

Les résultats montrent que la variation du nombre absolu d’immigrants issue des trois scénarios de projection présentés jusqu’à maintenant devrait avoir un effet somme toute limité sur le poids démographique relatif des groupes de langue officielle au pays, tant au Québec que dans le reste du Canada. Le poids de l’immigration a bien sûr des répercussions majeures sur la croissance démographique canadienne, sur la diversification ethnoculturelle et linguistique de sa population (voir Statistique Canada, 2017a). Toutefois, la variation du taux d’immigration dans la fourchette donnée par les trois scénarios de projection ne produit qu’un effet marginal sur la distribution de la population de langue officielle, peu importe le critère de définition utilisé. Il en va autrement pour la population de langue tierce. Comme elle dépend essentiellement de l’immigration pour se renouveler, elle est beaucoup plus sensible aux trois scénarios de projection. Selon les trois scénarios cependant, elle devrait largement rester croissante tant en effectif qu’en pourcentage de la population totale tout au long de la période de projection.

En plus du taux d’immigration, d’autres facteurs influencent la composition linguistique du pays comme la composition de l’immigration (par pays de naissance, etc.) et les migrations interprovinciales. Des scénarios développés spécifiquement pour les présentes projections linguistiques, faisant intervenir certains de ces facteurs, ont été présentés.

La migration interprovinciale devrait avoir un effet négatif sur la croissance de la population du Québec pour tous les groupes linguistiques. Elle devrait donc avoir un effet positif sur la croissance de la population du reste du Canada. Les répercussions devraient être toutefois beaucoup plus significatives pour la population de langue française hors Québec que pour les deux autres groupes en raison de la taille limitée de son effectif. En effet, l’apport migratoire interne permettrait d’annuler partiellement la contribution négative de l’accroissement naturel et de la mobilité linguistique qui ralentissent la croissance démographique des communautés de langue française vivant en situation minoritaire.

Les résultats des différents scénarios alternatifs de projection élaborés pour les présentes projections linguistiques ont montré que le poids démographique des minorités de langue française au Canada est sensible à la fois au niveau d’immigration et à la migration interne, mais à des degrés divers. Il y a aussi des différences entre les provinces. Toutefois, seuls les scénarios supposant des patrons de migration interne semblables à ceux observés entre 1996 et 2001, lesquels découlaient d’une conjoncture de croissance économique entraînant une migration vers l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique projetteraient une hausse du poids de la population de langue française, et ce dans quatre ou cinq provinces et dans les territoires. Pour simplement maintenir le poids de la population de langue française au sein des provinces, il faudrait dans certaines provinces multiplier le nombre d’immigrants de langue française bien au-delà des effectifs projetés au cours des prochaines années selon le scénario de référence.


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