Projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036
Chapitre 2. Facteurs de l'évolution passée et récente des groupes linguistiques au Canada

L'évolution de la situation et des dynamiques linguistiques au Canada dépend d'un certain nombre de facteurs qui, pour une large part, sont les mêmes que ceux de l'évolution démographique générale de la population. Ainsi, tout comme cette dernière, l'évolution des groupes linguistiques dépend des facteurs de l’accroissement naturel (naissances moins les décès), de la migration interne (interprovinciale et intraprovinciale) et de la migration internationale (immigration moins émigration). À ces facteurs, s'ajoute celui de la mobilité linguistique, laquelle comprend les mobilités linguistiques intergénérationnelle (transmission de la langue aux enfants) et intragénérationnelle (transfert ou substitution linguistique chez un individu).

Cette section de notre étude présente une vue d'ensemble de l'évolution historique relativement récente de chacun de ces facteurs et de leurs rôles respectifs dans l'évolution de la dynamique démolinguistique et des grands groupes linguistiques au pays. Nous examinons d’abord l’évolution différentielle des taux de fécondité selon le groupe linguistique puis la continuité linguistique entre les générations. En raison de l’influence de ces deux éléments sur la répartition par âge (et donc du vieillissement) des groupes linguistiques, nous présentons en troisième lieu un portrait de ces structures par âge selon le groupe linguistique. Nous abordons finalement tour à tour les thèmes de la migration internationale et interprovinciale ainsi que celui des transferts linguistiques.

Notons que l'examen de l’évolution des groupes et des dynamiques linguistiques a traditionnellement reposé sur l'utilisation du critère de la langue maternelle ou de la principale langue d'usage au foyer pour définir les collectivités linguistiques. Suivant cette tradition, ce chapitre présente principalement de l’information reposant sur le critère de la langue maternelle. Toutefois, étant donné que, en plus de ces deux variables, nous disposons également de l’information sur la connaissance des langues officielles et que celle-ci fait partie des variables projetées par Demosim, nous présentons également, lorsque pertinent, de l’information relative à la première langue officielle parlée des Canadiens.

Finalement, notons que l'approche présentée dans ce chapitre s'en tiendra à un examen de l'évolution de ces facteurs dans l'ensemble du pays, au Québec et au Canada hors Québec. Lorsque pertinent, nous présentons de l'information à l'échelle provinciale.

2.1 La fécondité

Lorsque combinée à la mobilité linguistique intergénérationnelle, la fécondité permet de prendre en compte l'un des facteurs clés de l'évolution démolinguistique, soit la reproduction linguistique (Lachapelle et Lepage, 2010). Celle-ci permet à son tour de prendre la mesure d’une large part de l'évolution de la structure par âge (ou répartition par âge) des divers groupes linguistiques au pays.

Au Canada, la population de langue française a historiquement affiché une surfécondité par rapport aux autres populations linguistiques, du moins jusqu'au milieu des années 1960Note 1. De fait, contrairement à celle des autres groupes, la croissance de la population de langue française a longtemps reposé sur l'accroissement naturel plutôt que sur les entrées internationales.

Alors que l'indice synthétique de fécondité (ISF), soit le nombre moyen d'enfants par femme, de la population de langue maternelle française au Canada était de 3,66 durant la période quinquennale 1961-1966, il se situait déjà sous le seuil de remplacement des générations de 2,10 au cours du lustre 1971-1976, atteignant 1,85Note 2. En comparaison, l'ISF de la population de langue maternelle anglaise était un peu plus faible au cours de la période 1961-1966 (3,48) et atteignait 1,95 une décennie plus tard. Quant à la population de langue maternelle autre que française ou anglaise, dont l'ISF était très similaire à celui de la population de langue anglaise au cours de la première période, ce n'est qu'à partir du lustre 1981-1986 que son indice de fécondité passait sous le seuil de deux enfants par femme. Depuis lors, l'ISF de la population de langue maternelle française a gravité autour de 1,5, exception faite du lustre 1991-1996 où il atteignait 1,64. Celui de la population de langue anglaise se situait quant à lui autour de 1,6 à 1,7 et celui de la population de langue maternelle tierce oscillait autour de 1,8. Comme l’indique le tableau 2.1, au cours de l’année précédant le recensement et l’ENM de 2011, les ISF de ces trois groupes ont été respectivement de 1,67, 1,59 et 1,85Note 3.

Les taux différentiels de fécondité selon le groupe linguistique ont également varié différemment selon qu'on considère la situation au Québec ou celle au Canada hors Québec. Ainsi, à l'exception de la décennie 1991 à 2001, les femmes de langue maternelle française du Québec ont généralement affiché une fécondité un peu plus faible que leurs homologues dans les autres provinces. Ces écarts ont été particulièrement importants entre 1956 et 1971 dans la mesure où l'ISF passait de 4,2 à 2,3 au Québec alors que dans les autres provinces l'ISF passait de 5,0, voire même 6,0, à près de 3,0. De même, alors que les femmes de langue française du Québec et de l'Ontario ont vu leur ISF passer sous le seuil de remplacement des générations (2,1) à partir du lustre 1971 à 1976, dans les autres provinces cela s'est produit à partir de 1976, voire 1986 dans le cas de la Saskatchewan. En général, la chute de la fécondité chez les femmes de langue française au Canada hors Québec depuis le milieu des années 1950 a donc été plus importante qu'au Québec. En près de vingt ans (à partir du lustre 1956-1961), le nombre moyen d'enfants par femme s'y est vu divisé par près de 3.

Depuis 2001, le nombre moyen d'enfants par femme de langue maternelle française au Canada hors Québec s’est accru légèrement pour atteindre 1,65 entre 2010 et 2011. Cette évolution a été très similaire à celle observée chez les Québécoises de langue française dont l'ISF atteignait 1,67 au cours de la même période.

L'indice synthétique de fécondité chez les femmes de langue maternelle anglaise dans les provinces hors Québec a généralement été inférieur à celui de leurs homologues de langue française jusqu'au début des années 1980. La situation s’est inversée à partir de la période 1981 à 1986 en raison de la baisse plus rapide de fécondité chez ces dernières. Entre 2010 et 2011, l'ISF chez les femmes de langue anglaise hors Québec a été de 1,59. Quant aux femmes de langue anglaise au Québec, leur fécondité a historiquement été plus faible que celle de leurs homologues des autres provinces et territoires. Entre 2010 et 2011, leur ISF se situait à 1,46.

Finalement, si le nombre moyen d'enfants par femme de langue maternelle autre que française ou anglaise était inférieur à celui des deux premiers groupes entre 1956 et 1966, celui-ci a été systématiquement plus élevé depuis en raison des changements des pays sources d’immigration et, dans une moindre mesure, de la forte fécondité des femmes autochtones. De plus, alors que l'ISF des femmes de langue maternelle tierce au Québec a été longtemps plus faible que celui de leurs homologues au Canada hors Québec, la situation s'est inversée à partir du lustre 1991-1996Note 4. Entre 2010 et 2011, les premières affichaient un ISF de 2,11 comparativement à 1,8 chez les secondes.

Le tableau 2.1 présente les indices synthétiques de fécondité selon la langue maternelle et la première langue officielle parlée des femmes pour le Canada, le Québec et le Canada hors Québec au cours de l’année précédant chacun des recensements de 2001 à 2011. On y constate qu'en raison de leur indice de fécondité plus élevé, les femmes de langue maternelle tierce poussent à la hausse l'ISF des femmes de langue anglaise et de langue française selon le critère de définition de la première langue officielle parlée (PLOP). De plus, c'est parmi la population de langue anglaise du Québec que l'ISF s'accroit le plus lorsqu'on considère le critère de la PLOP pour définir les populations de langue anglaise et de langue française. Ce phénomène découle essentiellement du fait que la part des personnes de langue maternelle tierce au sein de la population dont l'anglais est la première langue officielle parlée est la plus importante des groupes linguistiques à l'étude ici.

2.2 Continuité linguistique intergénérationnelle

Comme le soulignent Lachapelle et Lepage (2010, p.89), une fécondité se situant sous le seuil de remplacement des générations, même en l'absence de migration,

« n'entraîne pas nécessairement, à court et moyen terme, un déclin de la population en raison d'une part de la baisse de la mortalité et d'autre part de la structure par âge favorable que maintient durant quelques décennies une population ayant connu une forte fécondité dans un passé récent ».

En plus du faible taux de fécondité, la transmission incomplète ou la non-transmission de la langue maternelle de la mère (ou du père) aux enfants contribue généralement au vieillissement des populations de langue française au Canada hors Québec.

En considérant les enfants de moins de cinq ans vivant dans une famille biparentale ou monoparentale dirigée par une femme — lesquelles représentent plus de 97 % des familles — et en faisant le rapport du nombre d'enfants d'une langue maternelle donnée au nombre d'enfants dont la mère a cette langue maternelle, on peut calculer un indice de continuité linguistique intergénérationnelle (ICLI) (Lachapelle et Lepage, idem, p.91).

Pour une langue considérée, un ICLI supérieur à 1 signifie qu’on compte plus d’enfants qui se sont vus transmettre cette langue comme langue maternelle que d’enfants dont la mère a cette langue maternelle. Cela signifie également que cette langue a été transmise non seulement par des mères dont c’est la langue maternelle, mais également par des mères dont ce n’est pas la langue maternelleNote 5. Si l'on prend l'exemple de l'anglais au Canada, cet indice de continuité est supérieur à 1, car cette langue a été transmise comme langue maternelle à des enfants dont la mère avait soit le français soit une langue tierce comme langue maternelle. À l'inverse un ICLI inférieur à 1 signifie qu’une certaine proportion des mères n'ont pas transmis cette langue comme langue maternelle à leurs enfants. Exception faite des Québécoises de langue anglaise, c'est un phénomène généralement observé chez les groupes ou les populations en situation minoritaire.

Le tableau 2.2 témoigne du fait que pour l'ensemble du pays entre 2006 et 2011, l'indice de continuité intergénérationnelle du français entre les mères et les enfants est très près de 1, alors qu'il avoisine 1,21 pour l’anglais et 0,62 pour les langues tierces. En d'autres termes, ces derniers résultats signifient qu'on a dénombré 21 % plus d'enfants de langue maternelle anglaise que d'enfants dont la mère est de langue maternelle anglaise et qu’il y a 38 % moins d’enfants de langue maternelle tierce que d’enfants dont la mère a une langue tierce comme langue maternelle. Ces enfants se sont donc vus transmettre l’anglais ou le français.

Au Canada hors Québec, l'ICLI était de 0,79 pour la langue maternelle française au cours de la période 2006 à 2011. Ce niveau a généralement oscillé autour de 0,70 depuis un demi-siècle, quoiqu'il soit en légère hausse depuis les années 1990. Cette hausse témoigne du fait qu'en dépit d'un accroissement important de l'exogamieNote 6 parmi la population de langue française depuis plus de quarante ans, on a assisté malgré tout à une légère augmentation de la transmission du français aux enfants. Cette situation s'explique notamment par la hausse de la connaissance du français par les conjoints n'ayant pas cette langue comme langue maternelle au sein des couples exogames (Corbeil et Lafrenière, 2010; Lachapelle et Lepage, 2010). Cela dit, il n'en demeure pas moins que le nombre d'enfants de langue maternelle française hors Québec pour la période 2006 à 2011 est de 21 % inférieur à celui du nombre d'enfants dont la mère est de langue maternelle française. Cette proportion est évidemment beaucoup plus importante à l'extérieur du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario.

Quant aux langues maternelles tierces (autres que française ou anglaise), leur taux de non-transmission aux enfants a toujours été plus important au Canada hors Québec qu’au Québec. Jusqu'au milieu des années 1980, au Canada hors Québec, environ un enfant sur deux dont la mère avait une langue maternelle tierce se voyait transmettre cette langue, au Québec il s'agissait plutôt de sept voire parfois près de huit enfants sur dixNote 7. Au cours de la période 2006-2011, l'ICLI des langues tierces se situait à 0,61 au Canada hors Québec et 0,65 au Québec.

Finalement, le tableau 2.2 rend compte du fait que malgré son statut minoritaire au Québec et en raison de sa forte concentration sur le territoire de l'île de Montréal, le taux de transmission intergénérationnelle de l’anglais a été historiquement assez similaire à celui à l'extérieur de cette province, du moins jusqu'au milieu des années 1970. La baisse de cet indice au cours de la décennie 1976-1986 est probablement attribuable aux nombreux départs des Anglo-Québécois vers les autres provinces au cours de cette période (solde migratoire négatif net de 148 000)Note 8. À partir de 1986, l'ICLI de la langue maternelle anglaise a progressivement augmenté pour surpasser celui des autres provinces et territoires. En 2011, cet indice atteignait 1,29 au Québec comparativement à 1,21 au Canada hors Québec. Il signifie donc qu'on a dénombré près de 29 % plus d'enfants de langue maternelle anglaise que d'enfants dont la mère a cette langue comme langue maternelle. Historiquement toujours supérieur à celui des langues française et tierces, ce niveau de l'indice témoigne du pouvoir d'attraction de l'anglais tant au Canada qu’à l’échelle continentale et internationale.

2.3 Répartition par âge de la population

La structure ou répartition par âge d'une population linguistique donnée est le résultat de phénomènes démographiques et démolinguistiques passés et fournit d'ordinaire un aperçu de certains aspects de l'évolution future de cette population.

Pour le Canada hors Québec, le graphique 2.1 rend compte du fait que la population de langue maternelle française a vu sa structure par âge complètement transformée depuis 1971. Cette population est aujourd’hui plus âgée non seulement en raison d'un indice synthétique de fécondité inférieur à celui du remplacement des générations, mais également en raison d'une transmission incomplète de la langue française des parents aux enfants (indice de continuité linguistique intergénérationnelle de 0,7). À l’examen de ce graphique, on constate que l’effectif de la génération du baby-boom, âgée entre 5 ans et 25 ans en 1971, est assez similaire en 2011 lorsque cette génération a atteint l'âge de 45 ans à 70 ans. Toutefois, cette cohorte n'a pas été pleinement remplacée par la suivante.

En ce qui a trait à la population de langue maternelle anglaise au Canada hors Québec, comme nous l'avons vu à la lumière de l'évolution des indices de fécondité, elle n'a pas échappé au processus de vieillissement de sa population. Toutefois, avec un indice de continuité linguistique intergénérationnelle (ICLI) se situant entre 1,11 et 1,21 depuis plus d'un demi-siècle et en raison de l'apport de l'immigration internationale, elle compte une population de moins de 30 ans proportionnellement plus nombreuse que celle de langue française.

Au Québec, l'évolution de la répartition par âge de la population de langue maternelle anglaise a été bien différente de celle de la population de langue française au Canada hors Québec. Bien qu'en 1971 leurs répartitions par âge étaient assez proches, les pertes migratoires nettes importantes de la population anglophone entre 1971 et 2001, particulièrement entre 1971 et 1986, ont fait en sorte que la génération du baby-boom en 1971 avait rétréci d'environ 40 % en 2011 (graphique 2.2). De plus, ces fortes pertes migratoires n'ont pu être pleinement compensées par des taux de continuité linguistique intergénérationnelle élevés.

Les répartitions par âge des grands groupes linguistiques au Canada peuvent varier selon l'utilisation des critères utilisés pour les définir, en particulier lorsqu'il est question des minorités de langue officielle. Par exemple, la structure par âge de la population dont l'anglais est la première langue officielle parlée (PLOP) au Québec est très différente de celle de langue maternelle anglaise. Comme on peut le constater au graphique 2.3, l'effectif du premier groupe est beaucoup plus important que celui du second. Cette situation est principalement attribuable aux nombreux cas de transferts ou de substitutions linguistiques en faveur de cette langue conjugués aux conséquences des pertes migratoires nettes importantes de la population de langue maternelle anglaise durant les années 1970. Elle tient également au fait que, nonobstant le renversement important observé depuis le milieu des années 1980, nombreux sont les immigrants qui ne connaissaient que l'anglais au moment de leur arrivée au Québec. Finalement, étant donné l’âge moyen des immigrants à l’arrivée et parce que nombre de ces immigrants de PLOP anglais n’ont pas cette langue comme langue maternelle, cela explique en partie l’écart important observé entre les effectifs des populations définies selon l’un ou l’autre critère pour les groupes d’âge de 25 à 55 ans.

À l'extérieur du Québec, étant donné que la population dont le français est la première langue officielle parlée (PLOP) est principalement de langue maternelle française, on observe assez peu de différence dans la répartition par âge de la population de langue française définie par l'un ou l'autre de ces critères. Quant à la population de langue anglaise au Canada hors Québec, bien que 22 % de celle ayant cette langue comme PLOP ne soit pas de langue maternelle anglaise, la répartition par âge de ces deux populations est assez semblable.

Finalement, notons que 92 % de la population ayant le français comme PLOP au Québec est de langue maternelle française. La répartition par âge selon l'un ou l'autre critère est assez semblable, hormis une plus forte représentation parmi les groupes d'âge de 30 à 49 ans au sein de la population dont le français est la PLOP. Ce dernier résultat est essentiellement attribuable au fait que, tout comme au Canada hors Québec, les immigrants venant s'établir au Québec sont surreprésentés parmi ce groupe d'âge.

2.4 L'immigration internationale

Nous avons déjà souligné que l'immigration internationale exerce une forte influence sur l'évolution de la situation et de la dynamique linguistiques au pays. Le rapport intitulé Immigrant et diversité : projections de la population du Canada et de ses régions, 2011 à 2036 fait état de la croissance de la population immigrante au fil des décennies.

Au cours des trente années entre le recensement de 1981 et l'Enquête nationale auprès des ménages de 2011, la population née au Canada s'est accrue de près de 5,5 millions de personnes pour un taux de croissance totale de 27 %. La population immigrante dans l'ensemble du pays s'est quant à elle accrue de 2,9 millions de personnes, soit une hausse de 76,3 %.

Deux facteurs clés liés à l'immigration contribuent à la transformation du paysage et de la dynamique linguistiques au pays. Le premier tient au fait que parmi les provinces qui accueillent la grande majorité des immigrants au pays (l'Ontario, le Québec, la Colombie-Britannique et l'Alberta), seul le Québec est majoritairement de langue française. Or, la population québécoise croît à un rythme moindre que celui de l'ensemble des autres principales provinces d'accueil des immigrants.

Entre 1981 et 2011, la population immigrante du Québec s'est accrue de près de 87 % alors que la croissance de sa population non immigrante n'a été que de 14,4 %. Au Canada hors Québec, ces proportions sont de 75 % et 32,2 % respectivement. Notons par ailleurs que bien que le poids démographique du Québec au sein de l'ensemble de la fédération canadienne était de 23,5 % en 2011, seuls 10 % des quelque 4,2 millions de Canadiens de deuxième génération résidaient au Québec. Ce résultat découle essentiellement de l'évolution du poids démographique de la population immigrante du Québec au sein de l'ensemble de la population immigrante du pays.

Au cours des trente années précédant l’ENM de 2011, le poids démographique du Québec au sein de la fédération canadienne est passé de 26,4 % à 23,5 %. Quant à l'évolution de la part relative de la population immigrante du Québec au sein de l'ensemble de la population immigrante du pays, elle s'est maintenue à des niveaux très inférieurs au poids démographique de la province au sein de la fédération.

Le deuxième facteur clé relatif à l'immigration qui contribue à l'évolution de la dynamique linguistique au pays est celui de l'évolution de la composition linguistique de l'immigration internationale, phénomène déjà abordé plus haut. Nous utiliserons ici deux critères de définition pour illustrer cette évolution : celui de la langue maternelle et celui de la première langue officielle parlée.

Comme en rend compte le graphique 2.4, on a observé une croissance importante du groupe de langue maternelle tierce parmi la population immigrante entre 1981 et 2011, et ce tant au Québec qu'au Canada hors Québec. Cet accroissement a eu lieu de façon concomitante à la baisse de la part de la population de langue maternelle anglaise. Au Québec, l'anglais était la langue maternelle de près de 21,7 % de la population immigrante en 1981 alors que cette proportion avait décliné à 8,1 % en 2011. Au Canada hors Québec, le poids de la population de langue maternelle anglaise a également fléchi de 46,3 % à 27,0 % au cours de la période. Quant à la part de la langue maternelle française à l'extérieur du Québec, elle est demeurée stable à 1 % de l'ensemble de la population immigrante, une part nettement plus faible que le poids de la population de langue maternelle française née au pays, qui passait de 6,2 % à 4,6 % au cours de ces trente années.

Parmi la population née au Canada, l'anglais et le français sont de loin les deux langues qui prédominent. Dans l'ensemble du pays, le poids démographique de la langue maternelle française passait de 29,8 % à 26,3 % pendant que la part de la population de langue maternelle anglaise augmentait de 64,9 % à 67,4 %. Au Québec, la part relative de la population de langue maternelle française née au pays demeurait stable à 87,9 %.

Bien que les statistiques sur la langue maternelle procurent une information sur l'évolution de la composition et de la diversité linguistique de la population canadienne, elle ne fournit généralement qu'un aperçu partiel de la première langue officielle parlée de la population et, en particulier, de la langue officielle que les personnes de langue maternelle tierce sont susceptibles d'utiliser dans l'espace public ou pour obtenir des services. Le graphique 2.5 illustre l'évolution de la première langue officielle parlée des Canadiens entre 1981 et 2011. On y constate qu'en 1981 près de 30 % de la population née au pays avait le français comme première langue officielle parlée (PLOP) alors que c'était le cas de seulement 7,5 % des immigrants. En 2011, ces proportions étaient de 26,6 % et 10,3 % respectivement.

C'est au Québec que l’évolution entre 1981 et 2011 est la plus frappante. D'une part, le poids démographique de la population immigrante dont le français est la PLOP est passé de 44,5 % à 59,7 % en trente ans, alors que celui de la population de langue anglaise fléchissait de 49,4 % à 36,0 %. Cette évolution tient à plusieurs facteurs dont celui résultant de l'adoption de politiques d'immigration par le gouvernement québécois favorisant la sélection des immigrants ayant une connaissance du français ou étant d'origine géolinguistiqueNote 9 proche de cette langue. D'autre part, on constate que la proportion d'immigrants ayant l'anglais comme première langue officielle parlée est largement supérieure à la part de la population québécoise de langue anglaise (PLOP) née au pays, laquelle est demeurée à peu près stable à 10 % au cours de cette période.

À l'extérieur du Québec, on constate que la part de la population immigrante de langue française a peu évolué, passant de 1,7 % à 2,0 %, alors que celle de la population née au pays reculait de 5,9 % à 4,5 %.

2.5 Lieu de naissance et migration interprovinciale

Tout comme l’immigration internationale, la migration interprovinciale peut changer la composition et la dynamique linguistique d’une population. Bien sûr, la migration interprovinciale des populations de langue anglaise au Canada hors Québec change peu les dynamiques linguistiques des groupes majoritaires en raison de la prédominance de l’anglais. Toutefois, chez les populations de langue française, la migration interprovinciale peut exercer une forte influence sur leurs effectifs et leur poids démographique. Par exemple, en 2011, 26,5 % de la population albertaine née au Canada dont l’anglais est la première langue officielle était originaire d’une autre province ou des territoires comparativement à 54 % de la population de langue française. En Colombie-Britannique ces proportions étaient de 22,4 % et 60,9 %, respectivement.

Autre cas de figure, en 2011, 7,2 % de la population de langue anglaise de l’Ontario née au Canada était originaire d’une autre province ou d’un territoire comparativement à 25,5 % de celle de langue française. C’est donc dire que dans plusieurs provinces ou territoires hors Québec, les populations de langue française sont alimentées par la migration interprovinciale.

Au Québec, la migration interprovinciale de la population de langue anglaise est relativement plus importante que celle de langue française. En effet, en 2011, 11,6 % de la population de langue anglaise née au Canada était originaire d’une autre province ou d’un territoire, comparativement à seulement 2,4 % de la population de langue française.

Le graphique 2.6 rend compte de la part relative de la migration interprovinciale et de l’immigration internationale dans la composition des groupes de langue officielle au pays. On y constate qu’au Québec les immigrants (33,6 %) et les migrants interprovinciaux (11,6 %) représentaient à eux deux un peu moins de la moitié de la population de langue anglaise en 2011 comparativement à moins de 12 % parmi la population de langue française. À l’extérieur du Québec, les parts des migrants provinciaux et internationaux sont également différentes chez l’un et l’autre groupe : plus du quart de la population de langue française était née dans une autre province ou un territoire que celui de résidence comparativement 14 % parmi la population de langue anglaise.

Chez la population de langue française hors Québec, ces proportions varient considérablement d’une province ou territoire à l’autre (graphique 2.7). Par exemple, les populations de langue française des territoires, de Terre-Neuve-et-Labrador, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique sont majoritairement originaires d’une autre province, alors que seulement 9,4 % de la population de langue française du Nouveau-Brunswick n’était pas née dans cette province.

Les données sur les migrations interprovinciales des populations de langue française entre 2006 et 2011 confirment que c'est parmi les provinces et les territoires dont la part de la population née ailleurs au pays est importante qu'on a observé les soldes migratoires nets les plus élevésNote 10.

Un examen des mouvements migratoires des populations de langue française à travers le pays révèle que c'est généralement du Québec que provient le principal apport de cette population dans chacune des provinces et territoires. Ainsi, en 2011, près de 40 % de la population de langue française du pays qui résidait dans une autre province ou territoire cinq ans auparavant provenait du Québec. De même, 74 % des personnes qui se sont établis en Ontario au cours de cette période résidaient au Québec en 2006 alors que 54 % des personnes qui se sont établies au Québec en provenance de l'une ou l'autre des autres provinces et territoires provenaient de l'Ontario. Cela dit, l'apport de la population de langue française du Québec au sein de certaines provinces et territoires ne réside pas uniquement dans la migration interprovinciale, mais également dans le fait que, comme le montre le graphique 2.7, une proportion non négligeable de la population francophone de ces provinces ou territoires est native du Québec.

À la lecture du graphique 2.8a, on constate qu'entre le début des années 1970 et 2011, la population québécoise de langue maternelle française a été perdante (−35 000 personnes) dans ses échanges migratoires avec le reste du pays, une situation qui résulte principalement des pertes migratoires plus importantes subies entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1980 (−30 000).

En ce qui a trait à la population de langue maternelle anglaise (graphique 2.8b), son déficit migratoire est de loin plus important que celui de la population de langue française. En effet, entre 1971 et 2011, 519 000 personnes de langue anglaise ont quitté le Québec vers d'autres provinces ou territoires alors que 229 000 sont venus s'y établir, pour un solde négatif de 290 000 personnes, dont près de 159 000 entre 1971 et 1981. En d'autres termes ce déficit migratoire a été tel qu'il représente près de 37 % de l'effectif qu'avait cette population en 1971. Ces résultats permettent d'expliquer en bonne partie pourquoi la répartition par âge de la population de langue anglaise en 2011 (graphique 2.3) présentait une telle structure en 2011. Notons par ailleurs qu'au cours de la décennie précédant l'Enquête nationale auprès des ménages, le nombre de personnes de langue maternelle anglaise qui ont quitté le Québec a considérablement diminué. Ainsi, alors que le solde migratoire de cette population avait été de −29 000 entre 1996 et 2001, ce solde avait fléchi à −8 000 et −5 900 respectivement au cours des deux lustres suivants.

Finalement, pour chacun des lustres depuis 1971, le solde migratoire de la population de langue maternelle tierce a toujours été négatif (graphique 2.8c). En d'autres termes, toujours plus de personnes de langue maternelle tierce ont quitté le Québec vers d'autres provinces ou territoires que de personnes qui sont venues s'établir au Québec. Ce solde négatif s'établit à −95 000 entre 1971 et 2011, soit trois fois moins que le solde migratoire de la population de langue maternelle anglaise. Pour la période 2006 à 2011, ce solde a été de −12 700.

Ces statistiques sur les soldes de la migration interprovinciale selon la langue maternelle sont différentes de celles selon la première langue officielle parlée. Le solde migratoire (négatif) de la population dont l'anglais est la première langue officielle parlée (PLOP) est en effet plus élevé que celui de la population de langue maternelle anglaise. D’une part, l'on sait que les personnes qui ne connaissent que l'anglais ont d’ordinaire une propension plus élevée à quitter le Québec. D’autre part, en raison du fait que nombre d’entre eux sont de langue maternelle tierce, l’utilisation du critère de la première langue officielle parlée pour définir la population de langue anglaise se traduit donc par des soldes migratoires plus élevés. Par ailleurs, notons que durant la période 2006-2011 le solde migratoire de la population dont l'anglais est la PLOP a été de −16 780 comparativement à −4 035 pour la population dont le français est la langue maternelle.

2.6 Transferts linguistiques

En regard des phénomènes démographiques de la fécondité, de la mortalité ou de la migration internationale ou interprovinciale, le phénomène des transferts linguistiques peut avoir une incidence parfois directe, parfois indirecte sur l'évolution des groupes linguistiques en présence, tout dépendant des critères utilisés pour les définir.

Lorsque les groupes linguistiques sont définis selon le critère de la langue maternelle, nous savons que le fait d'effectuer un transfert linguistique ne changera pas l'appartenance ou non à cette collectivité. Cependant, puisque la langue parlée le plus souvent à la maison sera souvent celle transmise aux enfants en tant que langue maternelle, le transfert linguistique peut donc souvent être un signe avant-coureur d'un changement futur.

Si le critère de définition d'un groupe linguistique est celui de la première langue officielle parlée, le transfert linguistique n'influera pas sur l'appartenance ou non à cette collectivité, sauf dans des cas bien précis. En général, puisque ce critère repose d'abord sur la connaissance de l'une ou l'autre des langues officielles et, dans les cas de bilinguisme français-anglais, ensuite sur la langue maternelle, seules les situations de connaissance des deux langues officielles chez les personnes de langue maternelle tierce amènent à tenir compte des transferts linguistiques pour estimer la taille de ces groupesNote 11.

Finalement, si la définition des groupes linguistiques repose sur le critère de la langue parlée le plus souvent à la maison, il va de soi que les cas de transferts linguistiques jouent un rôle plus important que lorsque d'autres critères sont utilisés. Cela dit, comme nous le verrons plus bas, même dans de telles situations, l'importance relative du phénomène des transferts linguistiques est très variable, voire assez marginale dans certains cas précis.

Outre les critères utilisés pour définir les collectivités linguistiques, l'examen du phénomène des transferts linguistiques doit également prendre en considération le moment où se produit ce transfert dans les trajectoires migratoires ou linguistiques des individus. D'une part, chez les Canadiens nés au pays, la forte majorité des transferts linguistiques ont généralement lieu avant l'âge de 40 ans, voire, dans de nombreux cas, avant l'âge de 20 ansNote 12. De plus, la période de « mise en couple » correspond souvent à celle où la principale langue d'usage au foyer se cristallise, pour ainsi dire. D'autre part, chez les immigrants, nombreux sont les cas de transferts linguistiques qui se produisent avant l'arrivée au pays. Une telle situation peut résulter de l'influence d'un parcours migratoire complexe au cours duquel les individus ont adopté la langue principale du pays d'accueil où ils ont séjourné avant leur arrivée au Canada. Elle peut également découler de l'adoption du français ou de l'anglais comme principale langue d'usage à la maison dans le pays de naissance avant d'émigrer au Canada. Par exemple, ces situations sont plus répandues chez les immigrants issus de pays où le français ou l'anglais ont un statut de langue officielle ou lorsque leur présence découle d'un héritage colonial passéNote 13.

Lors de l'Enquête nationale auprès des ménages de 2011, on dénombrait près de 187 000 personnes de langue maternelle anglaise, soit 1 % de ce groupe linguistique, qui avait adopté une autre langue comme principale langue d'usage au foyer. Quant à la population de langue maternelle française, on y comptait 457 000 cas de transferts linguistiques, soit un taux de 6,6 %, alors que du côté de la population de langue maternelle tierce, le phénomène était observé chez près de 2,5 millions de personnes ou 37,6 %. Par ailleurs, notons que les cas de transfert linguistique de la population de langue maternelle anglaise sont répartis à peu près également entre le français et l'une des langues tierces, alors que chez les deux autres groupes, ils se sont effectués essentiellement vers l'anglais.

Deux éléments doivent être soulignés ici. D'une part, dans le cas des transferts des populations de langue française ou de langue anglaise, les proportions de transferts linguistiques sont plus élevées parmi la population immigrante. Dans le cas des populations de langue maternelle tierce, l'adoption d'une autre langue comme principale langue d'usage au foyer est plus répandue parmi la population née au pays (56 %) que parmi la population immigrante (32 %). D'autre part, les taux de transfert sont moins élevés chez les immigrants récents que chez les immigrants établis depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies.

Parmi la population immigrante de langue maternelle tierce résidant au pays en 2011 et arrivée depuis 1981, soit une population d'un peu plus de 3,5 millions de personnes, on dénombrait quelque 895 890 cas de transferts linguistiques. Il s’agit d'une moyenne annuelle d'un peu moins de 30 000 transferts. De plus, une certaine part d’entre eux ont sans doute été effectués avant l’arrivée au pays. Par exemple, parmi les quelque 1,2 million d’immigrants arrivés au pays au cours des cinq années ayant précédé l’ENM de 2011, 17 % parlaient une autre langue que leur langue maternelle le plus souvent au foyer. Il est généralement admis qu’il est peu probable que tous ces transferts linguistiques aient pu se réaliser durant une aussi courte période depuis l’arrivée au pays.

Au Canada hors Québec, quelque 360 000 personnes de langue maternelle française ont déclaré parler l'anglais le plus souvent à la maison en 2011, soit 39,4 % d'entre euxNote 14. En comparaison, quelque 38 % de la population de langue maternelle tierce avaient effectué un tel transfert. Notons qu'en 1981, près de 29 % des personnes de langue maternelle française avaient déclaré parler l'anglais le plus souvent à la maison.

Nous l'avons souligné, alors que les personnes qui ont effectué un transfert linguistique au Canada hors Québec ont dans la quasi-totalité des cas adopté l'anglais, langue de la majorité, comme langue d'usage, la situation québécoise est différente en ce qui a trait à l'adoption du français, langue de la majorité de la population. Il est bien connu que les immigrants de langue maternelle tierce arrivés au pays avant le début des années 1980 et qui effectuaient un transfert linguistique le faisaient en grande majorité vers l'anglais, alors que ceux qui sont arrivés par la suite tendaient à adopter de plus de plus le français. Or, comme nous le montrerons à l'instant, ce dernier résultat ne signifie pas que ces transferts ont tous été effectués au Québec, tant s'en faut, mais découlerait plutôt des politiques d'immigration du Québec qui tendent à favoriser la venue d'immigrants ayant déjà une connaissance du français.

En 2011, environ 12 % de la population de langue maternelle anglaise au Québec avait effectué un transfert linguistique, essentiellement vers le français, comparativement à 1,4 % de la population de langue maternelle françaiseNote 15. Chez la population de langue maternelle tierce, quelque 353 000 personnes (ou 35,7 % d'entre eux) avaient effectué un transfert linguistique, dont 52 % vers le français. En d'autres termes, bien que près de 79 % de la population du Québec était de langue maternelle française en 2011, à peine plus d'une personne de langue maternelle tierce sur deux ayant adopté une autre langue que sa langue maternelle le plus souvent à la maison avait choisi le français. Cette dernière situation découle essentiellement du fait qu’avant le début des années 1980, les immigrants de langue maternelle tierce au Québec étaient beaucoup plus susceptibles d’adopter l’anglais comme principale langue d’usage à la maisonNote 16.

Parmi les immigrants de langue maternelle tierce arrivés au pays depuis 1981 et qui résidaient au Québec en 2011, quelque 151 000 (ou 29,4 %) avaient effectué un transfert linguistique, dont près de 7 sur 10 en faveur du français. Comme l'a montré Termote (2011, 2008), même avec une telle approche indirecte d'estimation du nombre de transferts, le nombre total de transferts linguistiques dits de « durée de vie »Note 17 effectués par cette population depuis trente ans peut se résumer à environ 5 000 par année, dont 3 600 vers le français. En regard du nombre d'immigrants que reçoit le Québec chaque année, on constate qu’à long terme, le nombre de transferts linguistiques vers le français comptabilisés contribue peu à l’accroissement du poids démographique de la population adoptant cette langue comme principale langue d’usage à la maisonNote 18.

Qui plus est, un grand nombre de ces transferts ont été effectués avant l'arrivée au pays. Corbeil et Houle (2013, 2014) ont montré, à partir des données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle au Canada menée par Statistique Canada en 2006, que près des trois quarts des transferts linguistiques effectués vers l’anglais par la population de langue maternelle tierce de la grande région de Montréal avaient eu lieu au Canada, soit par des immigrants après leur arrivée au Canada, soit par la population de deuxième génération. Quant aux transferts vers le français, la majorité d’entre eux avaient eu lieu avant l’arrivée des immigrants au pays, soit 53 %. Si l'on ne prend en compte que les immigrants ayant effectué un transfert linguistique vers le français ou l'anglais, la proportion de ceux l'ayant fait avant l'arrivée au pays atteint 62 % dans le cas du français comparativement à 47 % dans le cas de l'anglais.

2.7 Vue d’ensemble

Les facteurs susceptibles d’influencer l’évolution des différentes collectivités linguistiques au pays sont multiples et variés. Nous avons vu que la fécondité, la mobilité linguistique intergénérationnelle, l’immigration internationale et la migration interprovincialeNote 19 ont joué un rôle important dans le façonnement du paysage linguistique observé en 2011. De plus, la mobilité linguistique intragénérationnelle ou, dit autrement, le phénomène des transferts linguistiques, a eu une influence parfois importante, parfois très marginale sur l’évolution de certaines collectivités linguistiques au pays. Ce facteur a en effet eu peu d'influence sur la population de langue française au Québec alors qu'il a affecté de façon importante l'évolution de la population de langue française au Canada hors Québec. De même, les populations de langue anglaise au pays, tant au Québec que dans le reste du pays, ont grandement bénéficié de l'adoption de l'anglais comme principale langue d'usage au foyer par les populations de langue maternelle tierce.

Au cours des 25 années ayant précédé l'Enquête nationale auprès des ménages de 2011, l'immigration est progressivement devenue le principal moteur de croissance de la population. Dans un contexte de faible fécondité et, en particulier pour les communautés de langue française au Canada hors Québec vivant en milieu minoritaire, de transmission intergénérationnelle incomplète de la langue minoritaire, son influence et son importance relative devraient continuer à s'accroître d'ici 2036.

Le chapitre 3 qui suit présente l’évolution possible des groupes linguistiques entre 2011 et 2036 définis selon la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison et la première langue officielle parlée.


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