Pratiques linguistiques des enfants issus de familles francophones vivant dans un environnement linguistique minoritaire
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Notre étude avait comme objectif premier de décrire les pratiques linguistiques des enfants vivants dans une communauté francophone en situation minoritaire. À l'aide d'analyses descriptives, nous avions aussi pour but d'identifier les facteurs déterminants des choix linguistiques des enfants dans leurs activités personnelles, parascolaires ou de loisir. Enfin, nous devions déterminer si les facteurs associés aux pratiques linguistiques des enfants recoupent ceux qui ont été mis en évidence dans la littérature comme étant ceux associés à la transmission linguistique.
Constats généraux – Pratiques linguistiques des enfants
Dans un premier temps, les analyses descriptives des pratiques linguistiques des enfants ont montré que l'utilisation de l'anglais est largement répandue dans quatre des cinq activités à l'étude. Premièrement, nous avons trouvé que l'utilisation de l'anglais est largement dominante lors de la navigation sur Internet et de l'écoute de la télévision par les enfants. Même quand les enfants baignent dans un milieu francophone, par exemple lorsque le français est la langue parlée le plus souvent à la maison, lorsque les parents forment un couple endogame francophone ou encore lorsque les enfants résident dans une communauté où la concentration de la minorité francophone est forte, les enfants utilisent plus l'anglais que le français dans les médias. Il existe même plusieurs situations où l'utilisation de l'anglais pour la navigation sur Internet et pour l'écoute de la télévision est supérieure à 90 %. Ce résultat vient confirmer ce qui avait déjà été observé dans la littérature, à savoir que l'anglais possède un pouvoir d'attrait important dans les médias et ce, peu importe la région de résidence ou la concentration de la minorité francophone dans la communautéNote 1.
Deuxièmement, les analyses descriptives ont montré que les enfants utilisent plus souvent l'anglais que le français dans leurs activités sportives et non sportives organisées. L'utilisation de l'anglais y est toutefois moins dominante que pour la télévision et l'Internet. Il est important de noter que les données relatives aux activités sportives et non sportives organisées présentent un nombre considérable de non-réponses et de répondants qui ne pratiquent pas ces activités. Deux facteurs peuvent contribuer à expliquer, du moins en partie, cette non-pratique, soit l'âge des enfants et la disponibilité d'activités sportives et non sportives organisées en français dans la communauté. Il va de soit que la disponibilité (ou la non-disponibilité) des activités sportives et non sportives dans la communauté vient par le fait même limiter la pratique de ces activités en françaisNote 2.
Enfin, les analyses que nous avons menées ont mis en évidence le fait que les enfants (ou leurs parents) font des choix linguistiques en matière de lecture qui se distinguent de ceux des autres activités. En effet, l'utilisation du français lors de la lecture est généralement plus présente que dans les autres activités; ce qui confirme les résultats de Bernard (1991) et de Bernier et coll. (2014) qui avaient montré que l'attrait de l'anglais lors de la lecture était moins fort et plus modulable que dans d'autres activités réalisées par les enfants des communautés francophones en situation minoritaire. Ainsi, les tableaux et graphiques comparatifs de la section 3.2 montrent que les comportements linguistiques des enfants lors de la lecture sont plus variés que lors de l'écoute de la télévision et qu'ils fluctuent de façon plus importante selon les variables explicatives prises en considération. Le bilinguisme et l'utilisation prédominante du français y sont notamment plus répandus que dans les autres activités personnelles, parascolaires ou de loisir des enfants.
Facteurs associés aux pratiques linguistiques des enfants
Les analyses réalisées dans cette étude nous ont également permis de faire ressortir un ensemble de facteurs associés aux pratiques linguistiques des enfants dans leurs activités personnelles, parascolaires ou de loisir. Ces facteurs rejoignent en grande partie ceux qui ont été identifiés dans la littérature comme étant liés à la transmission linguistique en situation minoritaire. Tout d'abord, soulignons le rôle primordial du contexte régional et linguistique dans lequel évoluent les enfants sur les choix linguistiques de ces derniers dans leurs activités. Les données de l‘EVMLO nous ont ainsi permis de confirmer et d'approfondir ce qui avait été observé précédemment dans la littératureNote 3, à savoir que l'utilisation prédominante du français par les enfants se concentre principalement dans des régions du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario souvent limitrophes du Québec et où les indicateurs de la présence du français dans la communauté sont élevés. Sans surprise, nos analyses nous permettent ainsi de conclure que la langue utilisée par les enfants en lecture et dans la pratique d'activités sportives et non sportives organisées s'avère particulièrement sensible au contexte linguistique régional.
Le second facteur digne de mention quant à son influence sur les pratiques linguistiques des enfants est également un facteur clé dans la transmission de la langue maternelle en milieu minoritaire, soit la composition linguistique de la famille. Nous avons ainsi constaté dans notre étude que l'utilisation prédominante du français par les enfants était surtout une caractéristique des familles endogames francophones. Nous avons également montré dans nos analyses que l'utilisation prédominante de l'anglais est moins répandue lorsque la mère est le parent francophone au sein d'un couple linguistiquement exogame. Ces résultats sont d'ailleurs en continuité avec ce qui a préalablement été observé dans le cadre d'études portant sur la transmission de la langue maternelleNote 4. Notre étude confirme donc que l'utilisation prédominante du français par les enfants dans leurs activités personnelles, parascolaires ou de loisir est liée à la composition linguistique de la famille au sein de laquelle la mère joue un rôle primordial.
Plusieurs étudesNote 5 ont déjà montré que l'école française en milieu minoritaire détient un statut particulier en raison de sa contribution exceptionnelle au maintien et à la transmission de la langue française. Nos analyses, par le truchement d'une variable synthétique de la trajectoire linguistique scolaire des enfants, ont également montré le rôle pivot de l'école dans l'adoption de la langue française comme langue privilégiée dans les activités. L'analyse des pratiques linguistiques selon l'âge des enfants a aussi permis de constater que l'utilisation prédominante du français lors de la lecture diminue alors que celle de l'anglais augmente chez les enfants plus âgés. Cette évolution de la langue de la lecture des enfants plus âgés peut en partie être expliquée par la fréquentation scolaire des enfants. Corbeil et Lafrenière (2010) avaient montré au préalable qu'il existe une transition de l'école française vers l'école anglaise lorsque les enfants passent de l'école primaire vers l'école secondaire. Cette orientation vers l'école de langue anglaise pourrait ainsi expliquer l'augmentation de la lecture en anglais et la diminution de celle en français à partir de l'âge de douze ans.
Finalement, les facteurs abordés dans notre étude seront à considérer sérieusement dans des analyses subséquentes où la causalité des comportements linguistiques des enfants sera abordée. Notre étude est essentiellement de nature descriptive. De fait, notons qu'une approche multivariée est difficile à réaliser en raison de la forte concomitance des trajectoires des enfants : il est, par exemple, très difficile de séparer les effets propres au cheminement scolaire de l'effet d'âge ou de l'effet des contacts avec les amis. Une approche longitudinale, comme celle que rendait possible l'Enquête sur les jeunes en transition, serait certainement la plus appropriée dans ce contexte.
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