Section 4 Quelques secteurs clés pour la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire

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La Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 investit dans des secteurs prioritaires, dont les cinq suivants : la santé, la justice, les arts et la culture, le développement économique et l'immigration. Le dernier des ces secteurs a fait l'objet d'un rapport analytique diffusé par Statistique Canada en avril 2010 (Houle et Corbeil, 2010). Nous présentons dans cette section des statistiques portant sur les quatre autres secteurs prioritaires identifiés dans la Feuille de route. De plus, la Feuille de route comprend un appui financier à l'enseignement dans la langue de la minorité. Ce secteur d'activité a été identifié comme étant d'une grande importance pour l'avenir des minorités de langue officielle au Canada (Lord, 2008); une section y sera donc consacrée.

À partir des données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) et du recensement, nous présentons de l'information générale sur la présence du français et la situation des francophones dans chacun de ces secteurs.

4.1 La santé

Une langue commune entre les patients et les professionnels de la santé constitue un des éléments essentiels à l'accès aux services de soins de santé et à l'efficacité de ceux-ci. Les barrières linguistiques peuvent en effet faire en sorte que certains membres des communautés francophones en situation minoritaire soient moins bien desservis par les services de soins de santé. Dans cette optique, il importe d'examiner l'état de la situation pour les communautés francophones de Terre-Neuve-et-Labrador en ce qui concerne certaines dimensions de l'accès aux services de soins de santé.

Lors du Recensement de 2006, très peu de médecins et d'infirmières1 travaillant à Terre-Neuve-et-Labrador ont déclaré pouvoir soutenir une conversation en français ou utiliser le français au moins régulièrement2 dans le cadre de leur travail3. Néanmoins, la proportion de médecins et d'infirmières capables de soutenir une conversation en français est plus élevée que la part relative de la population francophone de Terre-Neuve-et-Labrador. Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèlent toutefois que la majorité des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador indiquent utiliser l'anglais lors des consultations avec les différents professionnels de la santé à propos desquels des renseignements ont été recueillis dans le cadre de cette enquête, soit les infirmières (94 %), les médecins de famille (87 %) et les professionnels des autres endroits fréquentés pour obtenir des soins (91 %). La méconnaissance du français par les professionnels de la santé, tel que perçue par les répondants, est la principale raison mentionnée par les francophones pour expliquer l'absence d'obtention de services dans cette langue lors de leurs consultations. Une telle raison influe donc grandement sur la principale langue utilisée lors des échanges.

Dans l'ensemble, les résultats de l'EVMLO et du recensement permettent d'observer que la concentration des francophones au sein de la municipalité de résidence, la disponibilité de professionnels ayant une connaissance du français ainsi que la langue principale des demandeurs de services sont trois facteurs importants qui modulent le degré d'utilisation de l'une ou l'autre des langues avec les professionnels de la santé.

La présence de professionnels de langue française et de professionnels capables de soutenir une conversation dans la langue minoritaire est susceptible d'augmenter l'accessibilité aux services de soins de santé dans cette langue. À Terre-Neuve-et-Labrador, toutefois, le nombre de professionnels qui sont capables de soutenir une conversation en français est restreint, ce qui ne favorise pas l'utilisation étendue de la langue française dans ce secteur clé de la sphère publique.

Il importe donc d'examiner si les francophones qui déclarent avoir le français comme langue principale ont été plus susceptibles d'utiliser le français lors de leurs interactions avec les professionnels de la santé que ceux dont l'anglais est la langue principale. Il va en effet de soi que l'absence d'utilisation de la langue officielle minoritaire par les francophones dont le français est la langue principale, c'est-à-dire celle dans laquelle ils sont le plus à l'aise, ne dépend pas des mêmes facteurs que dans le cas des francophones qui ont effectué une substitution linguistique de telle sorte que l'anglais soit désormais la langue dans laquelle ils se sentent le plus à l'aise. Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle rendent compte du fait que quelque soit leur langue principale, la grande majorité des francophones (93 %) utilisent l'anglais lorsqu'ils consultent les différents professionnels de la santé à propos desquels des renseignements ont été recueillis dans le cadre de cette enquête, soit les médecins de famille, les infirmières, les professionnels de la ligne téléphonique d'information et les professionnels des autres endroits fréquentés pour obtenir des soins. Toutefois, on ne s'étonnera guère du fait que les francophones ayant l'anglais comme langue principale sont proportionnellement plus nombreux à utiliser l'anglais (99 %) que ceux ayant le français comme langue principale (70 %) lors de leurs interactions avec leur médecin de famille.

En somme, l'information tirée de l'EVMLO démontre clairement que, chez les francophones, obtenir des services de santé dans la langue de son choix ne signifie pas nécessairement obtenir des services en français. Ainsi, dans la mesure où 41 % des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador ont l'anglais comme langue principale, on ne s'étonnera pas que la « langue de leur choix » pour l'obtention de services de santé ne soit pas le français.

4.2 La justice

L'examen des résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle portant sur le domaine de la justice jette également un éclairage sur l'étendue de la présence du français au sein des institutions qui assurent l'utilisation de cette langue dans la sphère publique par les francophones de Terre-Neuve-et-Labrador. En ce sens, la mesure de l'accès aux intervenants qui sont en mesure de converser en français permet de documenter un phénomène perçu par les francophones vivant à l'extérieur du Québec comme étant très important pour le statut de cette langue et l'avenir des communautés de langue française en situation minoritaire. À cet égard le gouvernement canadien s'est engagé dans la Feuille de route à ce que les Canadiens aient un meilleur accès à des services de justice dans la langue officielle minoritaire.

À Terre-Neuve-et-Labrador, en ce qui a trait au droit criminel, tel que stipulé par le Code criminel du Canada, les francophones de la province, comme tous les résidents du Canada, ont le droit à un procès et à une enquête préliminaire en français. Néanmoins, la province ne dispose d'aucune obligation linguistique en ce qui concerne le droit civil et l'offre de services judiciaires et juridiques en français.

Parce que la barrière linguistique peut entraver l'égalité d'accès à la justice, le gouvernement canadien s'est donné comme priorité de former des professionnels qui peuvent assurer un service dans la langue officielle minoritaire. Selon le Recensement de 2006, Terre-Neuve-et-Labrador comptait peu d'avocats et de policiers capables de soutenir une conversation en français4. Les données du recensement démontrent néanmoins que le nombre de policiers et d'avocats ayant déclaré pouvoir soutenir une conversation en français est légèrement supérieur au nombre d'avocats et de policiers utilisant cette langue au moins régulièrement au travail5.

Les données du Recensement de 2006 démontrent également que le nombre de policiers et d'avocats qui communiquent au moins régulièrement en français dans le cadre de leur travail à Terre-Neuve-et-Labrador est supérieur au nombre de policiers et d'avocats francophones. Un certain nombre de non-francophones ont donc déclaré le français comme langue de travail, ce qui s'ajoute au bassin déjà existant de policiers et d'avocats susceptibles ou capables de fournir des services en français.

Notons que les interactions avec les instances et les représentants du système judiciaire, notamment les avocats et la police, ne sont pas très répandues dans la population. En effet, sur les 1 540 adultes francophones de Terre-Neuve-et-Labrador, 21 % ont déclaré avoir utilisé les services d'un avocat au cours des deux années précédant l'enquête tandis que 27 % on eu affaire aux services policiers.

Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle indiquent que les interactions qu'ont les francophones de Terre-Neuve-et-Labrador avec la police municipale ou provinciale ainsi qu'avec les avocats6 se font généralement en anglais. Ainsi, plus de 9 francophones sur 10 ont uniquement utilisé l'anglais lors de leurs interactions avec la police municipale, la police provinciale ou un avocat.

Les résultats de l'EVMLO révèlent également que l'accès à ces services en français ne semble pas très valorisé par une majorité de francophones de Terre-Neuve-et-Labrador dans la mesure où 38 % d'entre eux sont d'avis que, s'ils avaient à utiliser les services d'un avocat, il serait important ou très important que celui-ci puisse parler français. À l'inverse, 44 % d'entre eux déclarent qu'il serait peu ou pas important d'avoir recours aux services d'un avocat en français.

4.3 L'éducation

4.3.1 Chez les enfants

L'accès à l'école de langue française et la gestion des systèmes d'enseignement de la minorité francophone ont été depuis longtemps l'un des principaux chevaux de bataille des francophones à l'extérieur du Québec. Dans de nombreuses provinces, la scolarisation des francophones dans leur propre langue aura été fortement limitée du fait que la plupart des écoles françaises ne recevaient aucune aide financière de l'État, et ce, jusqu'au début des années 1970 (Corbeil, 2003).

Un statut particulier est réservé à l'école française en milieu minoritaire en raison de son rôle de vecteur de socialisation à la culture française, de transmission de la langue aux enfants et du maintien des acquis dans cette langue. L'école est un milieu francophone public qui, de pair avec les familles, peut contribuer au développement et à l'essor d'une vie communautaire francophone.

À Terre-Neuve-et-Labrador, c'est en 1975 qu'est inaugurée la première école d'immersion à Cap St-Georges (Martel, 1991). En 1982, l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés vient accorder aux parents de la minorité le droit de faire instruire leurs enfants dans leur langue. Par le fait même, suite à une proposition d'un comité consultatif ministériel sur le bilinguisme, le Ministère de l'Éducation de la province reconnaît, par l'entremise d'un énoncé de principe, le droit des francophones à l'instruction en français. Suite à cette sanction, le Report of the Policy Advisory Committee on French Programs reconnaît à son tour aux francophones, deux ans plus tard, le droit d'être instruits dans leur langue maternelle, et ce, dans des écoles françaises, dites homogènes, ces dernières étant gérées par les commissions scolaires de la province. En 1989, la première école homogène française de la province ouvre ses portes à La Grand'Terre (FCFA, 2009).

En 1996, les francophones de Terre-Neuve-et-Labrador obtiennent le droit de gérer leur propre conseil scolaire. La Loi scolaire est dès lors amendée l'année suivante à l'assemblée législative permettant la création, par la Fédération des parents francophones de Terre-Neuve et du Labrador (FPFTNL), du Conseil scolaire francophone provincial (CSFP). Aujourd'hui, ce conseil gère cinq écoles à La Grand'Terre, Labrador City, Happy Valley-Goose Bay, Cap Saint-Georges et St-John's, qui offrent un enseignement de la maternelle à la douzième année (CSFP, 2012). De plus, ceux qui le désirent ont accès à des cours en français donnés par la Faculté d'éducation de la Memorial University of Newfoundland (Recherche PGF, 2002).

Il importe d'examiner ici l'ampleur de la fréquentation des écoles de langue française par les enfants admissibles à les fréquenter ainsi que les facteurs qui influencent les décisions concernant la langue de scolarisation des enfants. Les données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle nous procurent notamment cet aperçu de la situation scolaire des enfants de parents francophones à Terre-Neuve-et-Labrador en permettant d'estimer le nombre d'enfants admissibles à l'enseignement en français qui fréquentent une école de langue française ou qui sont inscrits dans un programme d'immersion. De plus, ces données permettent d'examiner le lien entre la fréquentation d'une école de langue française et l'utilisation des langues, notamment, à la maison et avec les amis.

À Terre-Neuve-et-Labrador, 520 enfants de parents francophones étaient inscrits à l'école prématernelle, maternelle, primaire ou secondaire au moment de cette enquête. Parmi ces enfants, plus de la moitié recevaient un enseignement en français au sein d'une école française ou dans un programme d'immersion dans une école anglaise alors que 44 % recevaient un enseignement en anglais au sein d'une école anglaise. Ces proportions sont semblables même si on ne tient compte que des enfants issus de familles exogames français-anglais, qui représentent 73 % des enfants dont au moins un des deux parents est francophone. Parmi ceux-ci, la moitié recevaient un enseignement en français dans un programme régulier dans une école française ou étaient inscrits dans un programme d'immersion dans une école anglaise.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle met également en lumière le fait que la fréquentation de l'école de langue française et l'inscription dans un programme d'immersion française dans une école anglaise semble être un choix plus populaire chez les parents des plus jeunes enfants que ceux d'enfants plus âgés. Les résultats de l'EVMLO révèlent en effet qu'environ deux enfants sur trois étaient inscrits dans une école de langue française ou dans un programme d'immersion française à l'école primaire alors qu'ils n'étaient que 38 % au niveau secondaire.

Plusieurs facteurs viennent influencer le choix de la langue de l'école fréquentée par l'enfant. En particulier, la trajectoire linguistique des parents dans leur cheminement scolaire aurait une influence importante sur le choix de la langue d'enseignement ou du système scolaire de leurs enfants. Ainsi, parmi les 520 enfants dont au moins un des parents a fait ses études primaires et secondaires en français, environ 56 % fréquentaient une école de langue française ou un programme d'immersion en français et près de la moitié parlaient le plus souvent (26 %) ou régulièrement (22 %) français à la maison.

Les données de l'EVMLO ne permettent pas de tirer des résultats statistiquement significatifs quant au lien entre la fréquentation scolaire en français des enfants et l'utilisation unique ou prédominante du français à la maison ou avec les amis, ni quant au lien entre la fréquentation scolaire en français et la capacité d'utiliser cette langue pour soutenir une conversation. Néanmoins, les données de l'EVLMO révèlent que la majorité des enfants qui fréquentent une école de langue française utilisent le français, seul ou avec l'anglais, le plus souvent à la maison (64 %), lorsqu'ils parlent avec leurs amis (77 %), et sont donc en mesure d'utiliser le français pour soutenir une conversation dans la quasi-totalité des cas (97 %). Toutefois, les données ne permettent pas de démontrer un lien direct entre la fréquentation scolaire en français des enfants et l'utilisation unique ou prédominante du français à la maison ou avec les amis.

4.3.2 Chez les adultes

4.3.2.1 Plus haut niveau de scolarité atteint

L'examen des données du Recensement de 2006 nous permet d'observer les écarts de scolarisation entre francophones et anglophones. À la lumière des statistiques présentées au graphique 4.1, on constate que 32 % des anglophones ne détenaient aucun certificat, diplôme ou grade, comparativement à 27 % des francophones. Par contre, ces derniers sont proportionnellement plus nombreux à détenir un diplôme universitaire équivalent ou supérieur au baccalauréat (21 %) que les anglophones (12 %). Dans toutes les autres catégories, les statistiques révèlent que les écarts entre ces deux groupes linguistiques sont très faibles.

Graphique 4.1 Plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu selon la première langue officielle parlée, personnes âgées de 25 ans ou plus, Terre-Neuve-et-Labrador, 2006

4.3.2.2 Langue d'enseignement chez les adultes

Nous avons vu précédemment que, dans l'ensemble de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, près des deux tiers des enfants dont au moins un parent est de langue française sont inscrits, au niveau primaire, dans le programme régulier d'une école primaire de langue française ou dans un programme d'immersion alors que cette proportion est de 38 % au niveau secondaire. Qu'en est-il de la langue de scolarisation des adultes ayant répondu à l'EVMLO? Aux diverses questions de l'enquête portant sur la langue dans laquelle les répondants ont effectué entièrement ou partiellement leurs études, on décèle que la présence du français varie d'un groupe d'âge à l'autre et d'un niveau de scolarité à l'autre.

Les données de l'Enquête sur les minorités de langue officielle rendent compte du fait que près de trois francophones de Terre-Neuve-et-Labrador sur quatre ont fait entièrement ou partiellement leurs études en français au niveau primaire. Cette proportion fléchit au fur et à mesure qu'on avance dans le parcours scolaire, pour ensuite remonter dans les programmes d'études universitaires. Ainsi, alors que 69 % des francophones ont poursuivi entièrement ou partiellement leurs études secondaires en français, cette proportion est de 56 % pour ceux qui ont poursuivi des études postsecondaires non universitaires alors qu'elle est de 66 % pour ceux qui détiennent un diplôme d'études universitaires. Ce résultat est sans doute attribuable au fait qu'une proportion importante de ces francophones sont nés et ont étudié au Québec (voir le tableau 3.8).

Les résultats de l'EVMLO révèlent un écart important entre les adultes âgés de moins 45 ans et ceux de 45 ans ou plus en ce qui a trait à la fréquentation d'une école primaire et secondaire en français. Ainsi, alors que près de 90 % des francophones de moins de 45 ans ont fréquenté l'école française au niveau primaire et que plus de 85 % l'ont fait au niveau secondaire, ces proportions sont moindres chez les francophones plus âgés. Cette différence est notamment attribuable au fait que les francophones de Terre-Neuve-et-Labrador ont de plus en plus accès à des écoles en français.

4.4 Médias, arts et culture

Le soutien aux arts et à la culture est l'un des éléments clés ciblés par la Feuille de route. On y reconnaît notamment leur rôle essentiel à l'épanouissement des communautés de langue officielle en milieu minoritaire.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle cible six médias pour mesurer l'accès aux éléments culturels dans la langue de la minorité, soit la télévision, l'Internet, la radio, les journaux, les livres et les spectacles ou les événements artistiques. De nos jours, l'Internet et la câblodistribution facilitent l'accès à ces médias dans plusieurs langues et en provenance de nombreux pays, ce qui permet d'accroître la disponibilité des divers produits culturels de langue française à travers le pays.

Les résultats de l'EVMLO révèlent que les francophones de Terre-Neuve-et-Labrador, tout comme leurs homologues anglophones, sont de grands consommateurs de médias, dont le plus important est la télévision (99 %) (voir le tableau 4.1).

Tableau 4.1 Proportion de francophones selon l'utilisation de certains médias (toutes langues confondues), Terre-Neuve-et-Labrador, 2006

Les francophones de Terre-Neuve-et-Labrador sont majoritairement portés à déclarer que la lecture des journaux (85 %), l'écoute de la radio (70 %) et de la télévision (68 %), l'utilisation d'Internet (64 %) ainsi que la lecture de livres (61 %) se font surtout ou seulement en anglais. L'accessibilité aux médias de langue française n'est donc pas le seul facteur qui influence la consommation dans la langue de la minorité : les résultats de l'EVMLO révèlent en effet que malgré les avancées technologiques facilitant l'accès à divers médias de langue française, l'anglais prédomine lors de l'utilisation des médias.

4.5 Vie communautaire

L'implication des individus au sein de leur communauté et la participation à des activités communautaires sont généralement reconnues comme des dimensions de la vie en société qui contribuent à la création et au maintien de réseaux de soutien social. En outre, « [le] capital social (défini en termes généraux comme la participation aux réseaux sociaux) est de plus en plus considéré comme une composante clé du développement communautaire ou comme un aspect essentiel de la « capacité » d'une collectivité de se développer » (Rothwell et Turcotte, 2006 : p.1).

Les données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle permettent de mesurer certaines dimensions de la participation des francophones à la vie communautaire. Les statistiques concernant la participation à des activités de bénévolat, le fait d'être membre d'organismes communautaires ou de prodiguer des soins dans un contexte informel permettent en effet d'examiner dans quelle mesure les francophones s'impliquent dans la vie associative et communautaire de leur milieu de vie7.

Les résultats de l'EVMLO révèlent qu'environ 3 francophones de Terre-Neuve-et-Labrador sur 10 participent à l'une ou l'autre des activités pour lesquelles des données ont été recueillies dans cette enquête. Ainsi, ce sont 38 % des adultes francophones qui ont déclaré avoir été membres d'un organisme, d'un réseau ou d'une association au cours des 12 derniers mois ayant précédé l'enquête, alors que 29 % ont déclaré faire du bénévolat, et 26 % ont fourni du soutien non rémunéré pour les activités de tous les jours à quelqu'un qui n'habitait pas dans leur ménage.

La langue dans laquelle se déroulent les activités communautaires des francophones de la province varie selon le type d'activité. Le français est la langue privilégiée (surtout ou seulement) par 44 % des francophones lors de leur implication au sein d'organismes et 50 % privilégient autant le français que l'anglais. Lorsqu'ils font du bénévolat, 53 % des francophones utilisent surtout ou seulement l'anglais alors que 78 % des francophones privilégient cette langue lorsqu'ils donnent du soutien social pour les activités de tous les jours à des personnes qui n'habitent pas dans le ménage.

Soulignons que la famille semble compter pour beaucoup dans les réseaux des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador. Ainsi, en cas de maladie, 20 % déclarent qu'ils se tourneraient vers leurs enfants et 30 % vers d'autres membres de leur famille tandis que 19 % se tourneraient vers leurs amis.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèle que plus de 77 % des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador déclarent qu'il est important ou très important pour eux que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté francophone. De plus, on constate que 46 % de ceux qui sont membres d'organismes, de réseaux ou d'associations le sont dans le but de promouvoir la communauté francophone.

4.6 Caractéristiques de l'emploi et du revenu

Tant les données du recensement que de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) permettent d'examiner dans quelle mesure les francophones de Terre-Neuve-et-Labrador œuvrent dans des secteurs d'industrie différents ou non de ceux des anglophones. On peut y identifier les similitudes et les différences dans la répartition des groupes linguistiques entre les divers secteurs d'industrie.

L'analyse sommaire des données du Recensement de 2006 révèle que près de 30 % des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador œuvrent principalement dans 2 secteurs d'industrie au sein desquels ils sont proportionnellement plus nombreux que les anglophones : administrations publiques (13 % pour les francophones comparativement à 8 % pour les anglophones) et services d'enseignements (16 % comparativement à 7 %).

4.6.1 Utilisation de la langue française au travail

Parmi l'ensemble des travailleurs de Terre-Neuve-et-Labrador âgés de 15 ans ou plus, 1,5 % utilisent le français le plus souvent ou régulièrement dans le cadre de leur travail. Chez les personnes ayant seulement le français comme première langue officielle parlée, cette proportion atteint 52 %, soit 27 % qui utilisent le français le plus souvent et 25 % qui l'utilise régulièrement (c'est-à-dire moins souvent que la langue prédominante).

4.6.2 Écarts différentiels de revenu

Les statistiques du Recensement de 2006 révèlent que les personnes ayant le français comme première langue officielle parlée ont des revenus moyen et médian supérieurs à ceux des anglophones. D'une part, les données démontrent en effet que les hommes ayant le français comme seule première langue officielle parlée (PLOP) ont des revenus moyen et médian supérieurs de près de 15 000 $ et 11 000 $, respectivement, à ceux des hommes du groupe PLOP anglais. D'autre part, chez les femmes, alors que les revenus moyens des francophones sont supérieurs de près de 2 600 $ à ceux des anglophones, les revenus médians s'avèrent quant à eux fort similaires (voir le tableau 4.2).

Tableau 4.2 Revenu moyen et revenu médian des hommes et des femmes selon la première langue officielle parlée, Terre-Neuve-et-Labrador, 2006

À la lumière du contexte historique décrit plus haut, on sait que le revenu médian des deux groupes linguistiques est fonction de l'âge. Les statistiques présentées au graphique 4.2 rendent compte du fait que chez les hommes âgés entre 25 et 44 ans, les francophones ont un revenu médian supérieur à celui des anglophones de l'ordre de 12 000 $, alors que cet écart atteint plus de 23 000 $ chez les 45 à 64 ans. Chez les femmes, alors que les francophones âgées entre 25 et 44 ans ont un revenu médian supérieur à celui des anglophones de l'ordre de 5 300 $, l'écart est moindre chez celles âgées de 45 à 64, soit de près de 700 $.

Plusieurs facteurs permettent d'expliquer l'écart différentiel de revenus entre francophones et anglophones. Bien que les résultats portant sur l'ensemble de la population révèlent que, tant chez les hommes que chez les femmes, les revenus moyens des francophones sont supérieurs à ceux des anglophones, la source de ces écarts réside en partie dans un certain nombre de caractéristiques qui distinguent ces deux populations.

En approfondissant l'analyse des résultats du recensement, notamment en utilisant la technique de l'analyse statistique multivariée, on constate que l'âge, la scolarité, le type de lieu de résidence, le secteur d'industrie et le statut d'immigrant y jouent un rôle important et permettent d'expliquer une partie de ces écarts. Ainsi, si les francophones et les anglophones de Terre-Neuve-et-Labrador avaient exactement le même profil en ce qui a trait à ces caractéristiques – ce qui n'est pas le cas –, on observerait que les hommes anglophones ont un revenu moyen inférieur à celui des francophones, d'environ 4 000 $. Chez les femmes, les analyses révèlent qu'il n'y aurait aucune différence statistiquement significative entre le revenu moyen des anglophones et celui des francophones.

Graphique 4.2 Revenu médian des femmes et des hommes selon le groupe d'âge et la première langue officielle parlée, Terre-Neuve-et-Labrador, 2006


Notes

  1. Les très petits effectifs de médecins et d'infirmières observés à Terre-Neuve-et-Labrador rendent difficile la présentation d'une estimation fiable du nombre et de la proportion de médecins et d'infirmières qui pratiquent dans cette province. Compte tenu de l'erreur d'échantillonnage et de l'arrondissement aléatoire dont ces nombres font l'objet, il est difficile d'estimer avec précision le nombre de médecins et d'infirmières de langue française, ceux qui utilisent le français au travail, ou encore d'estimer le nombre de locuteurs de cette langue chez ces professionnels de la santé.
  2. C'est-à-dire soit le plus souvent soit régulièrement.
  3. Voir à ce propos le tableau 2.1 du document Professionnels de la santé et minorités de langue officielle au Canada : 2001 et 2006 (Blaser, 2009 : p.23).
  4. À l'instar de ce qu'on observe pour les médecins et les infirmières (voir la note 1), les très petits effectifs d'avocats et de policiers observés à Terre-Neuve-et-Labrador rendent difficile la présentation des estimations.
  5. Tout comme dans le cas des professionnels de la santé, l'utilisation du français par les avocats et les policiers dépend de plusieurs facteurs, dont la proportion de francophones dans un milieu donné. L'analyse de ces facteurs dépasse toutefois le cadre du présent portrait statistique.
  6. En raison du très petit nombre des membres de la minorité de langue officielle qui ont eu des contacts avec des membres de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), les données obtenues dans le cadre de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle ne permettent pas de tirer des conclusions à leur égard.
  7. Plusieurs facteurs sociodémographiques et économiques influent sur la participation communautaire, notamment l'âge, la scolarité, le milieu de résidence, le statut socio-économique, etc. Toutefois, l'analyse de ces facteurs dépasse l'objectif du présent document.
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