Section 5 Vitalité subjective

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Nous avons pu constater jusqu'ici que les francophones du Nouveau-Brunswick ne forment pas nécessairement un groupe homogène. Nous avons vu, par exemple, qu'ils sont répartis dans diverses régions de la province, dont plusieurs limitrophes du Québec, qu'ils résident dans des municipalités où la proportion qu'y représentent les membres de leur groupe linguistique varie d'une région à l'autre de la province et que leur degré d'utilisation du français dans divers domaines de la sphère privée et publique est tributaire de plusieurs facteurs, notamment d'ordre démolinguistique. Cela dit, les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) mettent en lumière au moins deux éléments clés que partagent la plupart des francophones : un fort sentiment d'identification au groupe francophone et la valorisation de la langue française.

En ce qui a trait au phénomène de l'appartenance identitaire, les résultats de l'EVMLO donnent à penser que les francophones n'affichent pas la même identité linguistique selon la région habitée. Le graphique 5.1 démontre en effet que les francophones du Nord du Nouveau-Brunswick s'identifient majoritairement (74 %) surtout ou seulement au groupe francophone. Les francophones de la région du Sud-Est affichent quant à eux surtout ou seulement une identité propre au groupe francophone dans 53 % des cas alors que 40 % des francophones du reste de la province s'identifient de la sorte. En contrepartie, près d'un francophone sur deux du Sud-Est ou du reste de la province s'identifie autant au groupe francophone qu'au groupe anglophone, alors que cette proportion n'est que de 24 % chez les francophones du Nord du Nouveau-Brunswick.

Graphique 5.1 Proportion de francophones selon l'identification aux groupes francophone et anglophone, Nouveau-Brunswick, 2006

Le sentiment d'appartenance et l'identité sont des concepts fort complexes. Une personne peut s'identifier, selon les circonstances, à son pays, à sa langue, à sa culture, etc. Le sentiment de double identification aux groupes francophone et anglophone qui est observé chez certains francophones du Nouveau-Brunswick suggère que, dans certains cas, l'immersion dans la culture majoritairement anglophone aurait contribué à l'émergence d'un phénomène où se conjugue à la fois une valorisation et un respect de l'héritage culturel et linguistique francophone et des pratiques langagières qui témoignent d'un vécu au sein d'une culture anglophone ambiante et prédominante. La vérification et l'analyse de cette hypothèse outrepassent toutefois le cadre du présent rapport analytique et les limites de l'EVMLO à cet égard.

Cependant, plusieurs éléments nous permettent d'affirmer que les francophones du Nouveau-Brunswick accordent une valeur importante à la langue française. Ils sont notamment fort nombreux (93 %) à déclarer qu'il est important ou très important pour eux de pouvoir utiliser le français dans leur vie de tous les jours. D'autre part, il s'avère important pour eux que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté de langue française (90 %), que les services gouvernementaux soient offerts en français (95 %) et que les droits linguistiques soient respectés dans leur province (96 %) (voir le graphique 5.2).

Graphique 5.2 Proportion de francophones selon certains indicateurs de la valorisation de la langue française, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Fait à noter, en examinant le degré d'utilisation de la langue française dans les divers domaines à propos desquels l'EVMLO pose des questions, notamment à l'égard des interactions avec les professionnels des services de soins de santé et ceux du système de justice ainsi qu'à l'égard de l'accès aux principaux véhicules de la culture, on constate que parmi les francophones du Nouveau-Brunswick qui déclarent qu'il est important ou très important de pouvoir utiliser le français dans leur vie de tous les jours, 55 % lisent les journaux surtout ou seulement en français et 33 % regardent surtout ou seulement la télévision en français. Dans la région du Nord de la province, ces proportions sont respectivement de 79 % et 46 %.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle a recueilli des données sur les perceptions subjectives à l'égard de l'évolution passée et future de la présence de la langue minoritaire dans la municipalité de résidence ainsi que sur la vitalité perçue de la communauté de langue officielle en situation minoritaire. À cet égard, notons que 72 % des francophones estiment que la vitalité de la communauté de langue française dans leur municipalité est forte ou très forte (voir le graphique 5.3), alors que 59 % prévoient que la présence du français au sein de leur municipalité au cours des dix prochaines années va demeurer la même (voir le graphique 5.4). À l'inverse, 30 % des francophones du Nouveau-Brunswick estiment que la présence du français a diminué au cours des dix dernières années ou est appelée à diminuer au courant de la prochaine décennie. Toutefois, la perception qu'ont les francophones de l'évolution du français dans leur municipalité est une fois de plus largement influencée par la région de résidence, à savoir que les francophones du Nord sont proportionnellement plus nombreux à affirmer que l'évolution du français est restée stable ou restera stable au cours des dix prochaines années. Les francophones du Sud-Est et du Reste de la province semblent, quant à eux, manifester un certain pessimisme puisque plus de 45 % d'entre eux estiment que la présence du français dans leur municipalité diminuera au cours de la prochaine décennie.

Graphique 5.3 Proportion de francophones selon la perception de la vitalité de la communauté de langue française dans la municipalité de résidence, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Bien que des variations régionales soient également observées lorsqu'on s'intéresse à la perception de la vitalité de la communauté de langue française dans la municipalité de résidence, il n'en reste pas moins que la grande majorité des francophones, toutes régions confondues, évaluent la vitalité du français dans leur municipalité comme étant forte ou très forte (voir le graphique 5.3). En effet, alors que 57 % des francophones du reste de la province évaluent la vitalité du français dans leur municipalité comme étant forte ou très forte (voir le graphique 5.3), cette proportion est de 68 % dans la région du Sud-Est et de 77 % dans la région du Nord. Les perceptions envers la langue française, envers sa vitalité et sa présence dans la municipalité de résidence semblent donc une fois de plus susceptibles d'être influencées par les caractéristiques démolinguistiques du milieu.

Graphique 5.4 Proportion de francophones selon la perception de l'évolution du français dans la municipalité de résidence, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

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