Section 4 Quelques secteurs clés pour la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire

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La Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 investit dans des secteurs prioritaires, dont les cinq suivants : la santé, la justice, les arts et la culture, le développement économique et l'immigration. Le dernier de ces secteurs a été abordé sommairement dans une section précédente et a fait l'objet d'un rapport analytique diffusé par Statistique Canada (Houle et Corbeil, 2010). Nous présenterons dans cette section des statistiques portant sur les quatre autres secteurs prioritaires identifiés dans la Feuille de route. De plus, la Feuille de route comprend un appui financier à l'enseignement dans la langue de la minorité. Ce secteur d'activité a été identifié comme étant d'une grande importance pour l'avenir des minorités de langue officielle au Canada (Lord, 2008); une section y sera donc consacrée.

À partir des données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) et du recensement, nous présenterons de l'information générale sur la présence du français et la situation des francophones dans chacun de ces secteurs.

4.1 La santé

Une langue commune entre les patients et les professionnels de la santé constitue un des éléments essentiels à l'accès aux services de soins de santé et à l'efficacité de ceux-ci. Les barrières linguistiques peuvent en effet faire en sorte que certains membres des communautés francophones en situation minoritaire soient moins bien desservis par les services de soins de santé. Dans cette optique, il importe d'examiner l'état de la situation pour les communautés francophones du Nouveau-Brunswick en ce qui concerne certaines dimensions de l'accès aux services de soins de santé.

Lors du Recensement de 2006, 53 % des médecins travaillant au Nouveau-Brunswick, soit 440, ont déclaré pouvoir soutenir une conversation en français, alors que 46 % déclaraient l'utiliser au moins régulièrement1 dans le cadre de leur travail2. Chez les infirmières, 3 935 d'entre elles, soit 49 %, sont en mesure de soutenir une conversation en français et 44 % l'utilisent au moins régulièrement au travail. La proportion de professionnels de la santé capables de soutenir une conversation en français et, dans une moindre mesure, de ceux faisant une utilisation au moins régulière de cette langue, est beaucoup plus élevée que la part relative de francophones au Nouveau-Brunswick. Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèlent que la majorité des francophones du Nouveau-Brunswick indiquent utiliser le français lors des consultations avec les différents professionnels de la santé à propos desquels des renseignements ont été recueillis dans le cadre de cette enquête, soit les médecins de famille, les infirmières, les professionnels de la ligne téléphonique d'information sur la santé et les professionnels des autres endroits fréquentés pour obtenir des soins. Le tableau 4.1 rend compte des langues utilisées avec les professionnels de la santé. On y remarque que les francophones du Nord et du Sud-Est de la province utilisent, dans une proportion supérieure à 80 %, le français lorsqu'ils consultent un médecin de famille, une infirmière, un autre spécialiste ou lorsqu'ils ont recours à la ligne d'information téléphonique. Le français se voit par contre davantage utilisé dans le Nord du Nouveau-Brunswick que dans le Sud-Est. On remarque également que dans le reste du Nouveau-Brunswick, les francophones utilisent majoritairement l'anglais lors des consultations auprès d'un médecin de famille (69 %), d'une infirmière (62 %), ou encore dans les autres endroits fréquentés pour obtenir des soins (69 %).

Tableau 4.1 Proportion de francophones selon les langues utilisées avec les différents professionnels de la santé, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

La méconnaissance du français par les professionnels de la santé, telle que perçue par les répondants, est la principale raison mentionnée par les francophones pour expliquer l'absence de service dans cette langue lors de leurs consultations. En outre, 14 % des francophones ont déclaré être plus à l'aise dans la langue de la majorité lorsqu'ils consultent leur médecin de famille. Un tel résultat influe donc grandement sur la principale langue utilisée lors des échanges.

Dans l'ensemble, les résultats de l'EVMLO et du recensement permettent de montrer clairement que la proportion de francophones dans la municipalité de résidence, la disponibilité de professionnels ayant une connaissance du français ainsi que la langue principale des demandeurs de service sont trois facteurs importants qui modulent le degré d'utilisation de l'une ou l'autre des langues avec les professionnels de la santé.

Si les régions du Nord et du Sud-Est se distinguent du reste du Nouveau-Brunswick, c'est principalement en raison de la forte représentation des francophones qui y résident : un peu plus de 98 % des francophones du Nord du Nouveau-Brunswick et 68 % de ceux du Sud-Est de la province habitent une municipalité où la part relative de leur groupe linguistique y est d'au moins 50 %. Ainsi, tel que présenté dans la section sur l'utilisation des langues dans la sphère publique, plus la proportion de francophones dans une région donnée y est élevée, plus la présence du français sera répandue dans la sphère publique et, conséquemment, plus grandes seront les possibilités de l'utiliser dans les activités quotidiennes.

Outre l'influence que joue la proportion de francophones dans une région donnée sur l'utilisation du français avec les professionnels de la santé, la disponibilité de ces professionnels capables de soutenir une conversation dans cette langue est évidemment un élément important à considérer. Selon les statistiques du Recensement de 2006, c'est dans les régions du Nord et du Sud-Est que l'on retrouve les proportions les plus élevées de médecins (85 % et 78 % respectivement) et d'infirmières (91 % et 62 % respectivement) capables de soutenir une conversation en français3. C'est également dans ces deux régions que l'on observe les plus fortes proportions de francophones qui ont déclaré avoir communiqué en français avec les professionnels de la santé. La présence de professionnels de langue française et de professionnels capables de soutenir une conversation dans la langue minoritaire est non seulement susceptible d'augmenter l'accessibilité aux services de soins de santé dans cette langue, mais elle peut également favoriser une plus forte présence et une utilisation plus répandue de la langue dans ce secteur clé de la sphère publique.

À la lumière de ces résultats, il importe également d'examiner si les francophones qui déclarent avoir le français comme langue principale ont été plus susceptibles d'utiliser le français lors de leurs interactions avec les professionnels de la santé que ceux dont l'anglais est la langue principale. Il va en effet de soi que l'absence d'utilisation de la langue officielle minoritaire par les francophones dont le français est la langue principale, c'est-à-dire celle dans laquelle ils sont le plus à l'aise, ne dépend pas des mêmes facteurs que dans le cas des francophones qui ont effectué une substitution linguistique de telle sorte que l'anglais est désormais la langue dans laquelle ils se sentent le plus à l'aise.

En général, les résultats de l'EVMLO révèlent que les francophones dont la langue principale est le français sont proportionnellement plus nombreux à être servis en français lorsqu'ils consultent les différents professionnels de la santé que les francophones qui ont l'anglais comme langue principale. Par exemple, 87 % des premiers ont déclaré utiliser le français lors de leurs interactions avec leur médecin de famille comparativement à 29 % chez les seconds.

L'information tirée de l'EVMLO révèle clairement que, chez les francophones, obtenir des services de santé dans la langue de leur choix ne signifie pas nécessairement obtenir des services en français. Ainsi, dans la mesure où 10 % des francophones du Nouveau-Brunswick ont l'anglais comme langue principale, on ne s'étonnera donc pas que la « langue de leur choix » pour l'obtention de services de santé ne soit pas le français.

4.2 La justice

L'examen des résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) portant sur le domaine de la justice jette également un éclairage sur l'étendue de la présence du français au sein des institutions qui assurent l'utilisation de cette langue dans la sphère publique. En ce sens, la mesure de l'accès aux intervenants qui sont en mesure de converser en français permet de documenter un phénomène perçu par les francophones du Nouveau-Brunswick comme étant très important pour le statut de cette langue et l'avenir des communautés de langue française en situation minoritaire. À cet égard, le gouvernement canadien s'est engagé dans la Feuille de route à ce que les Canadiens aient un meilleur accès à des services de justice dans la langue officielle minoritaire. En outre, en ce qui concerne le droit criminel, tel que stipulé par le Code criminel du Canada, les francophones du Nouveau-Brunswick ont le droit à un procès et à une enquête préliminaire en français. Pour ce qui est du droit civil, l'individu a également le droit de choisir le français en tant que langue qui sera utilisée devant un tribunal fédéral ou provincial.

Au Nouveau-Brunswick, les résultats de l'EVMLO révèlent que l'accès à ces services en français semble valorisé par les francophones dans la mesure où 77 % sont d'avis que, s'ils avaient à utiliser les services d'un avocat, il serait important ou très important que celui-ci puisse parler le français.

Notons que les interactions avec les instances et les représentants du système judiciaire, notamment les avocats et la police, ne sont pas très répandues dans la population. En effet, sur les 192 810 adultes francophones du Nouveau-Brunswick, 27 % ont déclaré avoir utilisé les services d'un avocat tandis que moins d'un francophone sur quatre a eu affaire aux services policiers, que ce soit pour l'obtention de services ou à la suite d'une infraction : 7 % ont eu un contact avec la police municipale et 16 % avec la Gendarmerie Royale du Canada (GRC)4.

Parce que la barrière linguistique peut entraver l'égalité d'accès à la justice, le gouvernement canadien s'est donné comme priorité de former des professionnels qui peuvent assurer un service dans la langue officielle minoritaire. Selon le Recensement de 2006, le Nouveau-Brunswick comptait 625 avocats capables de soutenir une conversation en français, ce qui représente 50 % de tous les avocats de la province. En ce qui a trait aux policiers du Nouveau-Brunswick, 58 % ont déclaré pouvoir soutenir une conversation en français. À cet égard, on observe bien sûr des différences régionales, le Nord et la région du Sud-Est comptant les plus grandes proportions d'avocats et de policiers capables de soutenir une conversation en français. Alors que près de 100 % des avocats et des policiers du Nord de la province ont une connaissance de la langue française, ces proportions sont respectivement de 68 % et 81 % dans le Sud-Est, alors qu'elles sont de 32 % et 36 % dans le reste de la province.

En plus de ces statistiques sur la disponibilité ou le bassin potentiel de professionnels du système judiciaire qui peuvent utiliser le français lorsqu'ils interagissent avec les francophones du Nouveau-Brunswick, les tableaux 4.2 et 4.3 rendent compte de la connaissance du français par ces professionnels et leur utilisation de cette langue dans le cadre de leur travail.

Tableau 4.2 Connaissance et utilisation de la langue minoritaire par les avocats, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Tableau 4.3 Connaissance et utilisation de la langue minoritaire par les policiers (sauf cadres supérieurs), Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Au Recensement de 2006, 39 % des avocats du Nouveau-Brunswick ont déclaré utiliser le français au moins régulièrement au travail. Cette proportion est de 20 % dans la région où l'on retrouve une plus faible proportion de francophones, soit dans le reste du Nouveau-Brunswick, et de 90 % dans la région où habitent plus de 50 % des francophones, c'est-à-dire dans le Nord de la province. Il en va de même pour les policiers : dans chacune des régions du Nouveau-Brunswick, le taux d'utilisation du français au travail est légèrement moindre que la proportion de policiers qui peuvent soutenir une conversation en français5.

Notons que les données du recensement révèlent que le nombre d'avocats et de policiers qui utilisent le français dans le cadre de leur travail au Nouveau-Brunswick est supérieur au nombre d'avocats et de policiers francophones. Un certain nombre de non-francophones ont donc déclaré le français comme langue de travail, ce qui s'ajoute au bassin déjà existant de professionnels susceptibles de fournir des services en français.

Cela dit, les résultats de l'EVMLO révèlent que dans l'ensemble du Nouveau-Brunswick, environ deux francophones sur trois utilisent surtout ou seulement le français tant lors de leurs interactions avec les policiers de la GRC que lors de celles avec la police municipale6. Les mêmes tendances sont observées lors de l'utilisation des services d'un avocat.

On remarque néanmoins un lien entre la proportion de personnes de langue française dans la région de résidence et l'utilisation du français avec les policiers et les avocats. Ainsi, c'est dans la région du Nord que l'on retrouve les plus fortes proportions d'usage du français avec la GRC (81 %), la police municipale (83 %) et avec les avocats (80 %) chez les francophones dont le français est la première langue officielle parlée.

Tableau 4.4 Proportion de francophones selon la langue utilisée avec la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Tableau 4.5 Proportion de francophones selon la langue utilisée avec la police municipale, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Tableau 4.6 Proportion de francophones selon la langue utilisée avec les avocats, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

4.3 L'éducation

4.3.1 Chez les enfants

L'accès à l'école de langue française et la gestion des systèmes d'enseignement de la minorité francophone ont été depuis longtemps l'un des principaux chevaux de bataille des francophones à l'extérieur du Québec. L'histoire du Nouveau-Brunswick a particulièrement été marquée par les luttes visant à garantir l'enseignement en français à tous les niveaux, du préscolaire au postsecondaire, et pour l'obtention de la gestion de ces écoles. Rappelons que dans de nombreuses provinces à l'extérieur du Québec, la scolarisation des francophones dans leur propre langue aura été fortement limitée du fait que la plupart des écoles françaises ne recevaient aucune aide financière de l'État, et ce, jusqu'au début des années 1970 (Corbeil, 2003).

Un statut particulier est réservé à l'école française en milieu minoritaire en raison de son rôle de vecteur de socialisation à la culture française, de transmission de la langue aux enfants et du maintien des acquis dans cette langue. L'école est un milieu francophone public qui, de pair avec les familles, peut contribuer au développement et à l'essor d'une vie communautaire francophone.

La forte présence de francophones dans la province mènera le gouvernement provincial à adopter, en 1969, la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Cette version de la loi prévoyait que le français et l'anglais seraient les deux langues officielles de la province. De plus, elle établissait le bilinguisme au sein de diverses institutions publiques. En 1977, les établissements scolaires commencent à appliquer les dispositions de la Loi sur les langues officielles, qui donnent aux élèves francophones et anglophones le droit à l'instruction dans leur langue maternelle (Martel, 1991)7. Quatre ans plus tard, suite aux recommandations du Rapport du comité sur l'organisation et les frontières des districts scolaires du Nouveau-Brunswick de 1979, des « conseils scolaires minoritaires » voient le jour. L'entière gestion de ces conseils relève désormais des francophones. En 1990, la Loi sur l'éducation est modifiée : la compétence de la commission scolaire de langue française s'étend à toute la province. Présentement, les enfants francophones ont accès à des écoles de langue française, du niveau préscolaire au secondaire.

On comprend dès lors l'importance de pouvoir mesurer l'ampleur de la fréquentation des écoles de langue française par les enfants admissible à les fréquenter ainsi que les facteurs qui influencent les décisions concernant la langue de scolarisation des enfants. Comme en rend compte le tableau 4.7, l'effectif des enfants inscrits dans un programme régulier de langue française a chuté de plus de 16 % entre 2000 et 2007, passant de 38 500 inscriptions à 32 500. L'effectif des enfants inscrits dans un programme d'immersion française a, quant à lui, diminué de 6 %, passant de 22 700 à 21 300.

Notons que deux principaux facteurs pourraient être à l'origine de ces baisses importantes. D'une part, le nombre d'enfants, toutes langues maternelles confondues, âgés de 5 à 17 ans entre 2000 et 2006 est passé de 125 900 à 113 500, soit une diminution de 9 %. D'autre part, le nombre d'enfants âgés de moins de 18 ans et dont au moins un des deux parents est de langue maternelle française est passé de 46 900 en 2001 à 39 600 en 2006. Sachant qu'un des principaux critères permettant aux enfants d'être scolarisés dans un programme régulier en français est qu'un parent ait le français comme langue maternelle, et sachant que le nombre d'enfants dont au moins un des parents est de langue maternelle française a considérablement diminué entre 2001 et 2006, il est fort probable que le nombre d'ayants droit ait, par le fait même, lui aussi diminué. Par conséquent, cette chute d'inscriptions entre 2000 et 2007 semble être principalement de nature démographique. Par ailleurs, en observant de plus près la répartition des inscriptions aux niveaux primaire et secondaire au Nouveau-Brunswick selon le type de programme d'enseignement de l'année scolaire 2000-2001 à celle de 2006-2007 (données non montrées), on constate que les proportions d'enfants inscrits dans un programme régulier de langue française, de langue anglaise ou d'immersion sont restées très stables. Ainsi, bien que le nombre absolu d'enfants inscrits dans un programme régulier de langue française ou d'immersion française ait diminué, en réalité les enfants sont proportionnellement aussi nombreux en 2006-2007 à être inscrits dans de tels programmes qu'ils ne l'étaient en 2000-2001.

Tableau 4.7 Effectif des enfants inscrits en immersion française et dans des programmes réguliers de langue française aux niveaux primaire et secondaire dans les écoles publiques du Nouveau-Brunswick, 2000-2001 à 2006-2007

Les données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle nous procurent un aperçu particulier de la situation scolaire des enfants de parents francophones au Nouveau-Brunswick et permettent d'examiner le lien entre la fréquentation d'une école de langue française et l'utilisation des langues, notamment, à la maison et avec les amis.

Ces données révèlent qu'au Nouveau-Brunswick, des 37 580 enfants de parents francophones inscrits à l'école au moment de cette enquête, environ 83 % fréquentent une école primaire ou secondaire de langue française (voir le graphique 4.1). Lorsqu'on inclut les 9 % qui sont inscrits dans un programme d'immersion française dans une école de langue anglaise, nous pouvons estimer qu'environ 92 % des enfants de parents francophones au Nouveau-Brunswick reçoivent un enseignement en français.

Graphique 4.1 Proportion d'enfants de moins de 18 ans dont au moins un parent est francophone selon la langue de l'école fréquentée, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Les variations régionales que l'on observe dans ce graphique illustrent bien l'influence probable des caractéristiques démolinguistiques propres à ces régions sur le choix de la langue de scolarisation des enfants de parents francophones. Pensons notamment à la proportion de francophones dans la municipalité de résidence et à la langue principale des parents, tous deux des facteurs importants dans la transmission de la langue française aux enfants et dans le choix de la langue de scolarisation. À titre d'exemple, comparativement aux régions du Nord et du Sud-Est, le reste de la province affiche une faible concentration de francophones et une proportion moins élevée de francophones dont la langue principale est le français. Aussi, le graphique 4.1 rend compte du fait que c'est dans le reste de la province que l'on retrouve la proportion la moins élevée d'enfants inscrits à une école de langue française, soit 55 %, comparativement à 91 % et 86 % dans les régions du Nord et du Sud-Est. Cependant, c'est dans le reste de la province que l'on retrouve la proportion la plus élevée d'enfants inscrits dans une école d'immersion française (28 %).

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) met également en lumière le fait que la fréquentation de l'école de langue française semble être un choix un peu plus populaire autant chez les parents des plus jeunes enfants que des plus vieux. Les résultats donnent en effet à penser que peu d'enfants abandonnent l'école française au profit de l'école anglaise durant la transition entre l'école primaire et l'école secondaire.

Les résultats présentés au tableau 4.8 révèlent ainsi que les proportions d'enfants inscrits à une école primaire de langue française (85 %) sont légèrement plus élevées que celles des enfants inscrits à une école secondaire française (80 %). Cette tendance s'observe dans toutes les régions de la province.

Tableau 4.8 Effectif et proportion d'enfants de moins de 18 ans dont au moins un des parents est francophone selon la langue de l'école et le niveau scolaire, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Outre les caractéristiques de nature environnementale mentionnées plus haut, d'autres facteurs viennent influencer le choix de la langue de l'école fréquentée par l'enfant. En particulier, la trajectoire linguistique des parents dans leur cheminement scolaire semble avoir une influence certaine sur le choix de la langue d'enseignement ou du système scolaire de leurs enfants. Ainsi, parmi les 41 820 enfants dont au moins un des deux parents a fait ses études primaires et secondaires en français, environ 87 % fréquentent présentement une école de langue française et environ 92 % parlent le français à la maison, dont 86 % le plus souvent. Dans le Nord et le Sud-Est de la province, les proportions d'enfants parlant le français le plus souvent à la maison sont plus élevées (93 % et 79 % respectivement) que la proportion observée dans le reste de la province (57 %). Mentionnons par ailleurs que 96 % des enfants dont les deux parents ont le français comme langue maternelle fréquentent une école de langue française comparativement à 47 % des enfants de couples exogames français-anglais.

Finalement, les résultats de l'EVMLO permettent d'établir une forte corrélation entre la fréquentation scolaire en français et certains comportements langagiers chez les enfants. Ainsi, 97 % des enfants qui fréquentent une école de langue française utilisent le français à la maison8 et 98 % le parlent avec leurs amis.

4.3.2 Chez les adultes

4.3.2.1 Plus haut niveau de scolarité atteint

Le plus haut niveau de scolarité atteint par les francophones du Nouveau-Brunswick en 2006 est un indicateur important des progrès réalisés depuis le Recensement de 1971, recensement mené peu après la fin des travaux de la Commission Laurendeau-Dunton. Se fondant sur les statistiques du Recensement de 1961, les travaux de cette Commission ont fait état des écarts très importants observés entre francophones et anglophones au Canada, tant en matière de scolarisation qu'en matière de situation sur le marché de l'emploi et dans diverses sphères de l'activité économique. En raison notamment de la scolarisation obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans9 et de l'importance grandissante accordée à l'éducation par les gouvernements, les employeurs et par la population dans son ensemble, les écarts entre francophones et anglophones ont fortement diminué au fil du temps.

Afin d'illustrer le phénomène, examinons d'abord les résultats présentés au graphique 4.2 qui portent sur la situation observée en 2006. On y constate que 36 % de la population francophone âgée de 25 ans ou plus au Nouveau-Brunswick ne détenait aucun certificat, diplôme ou grade comparativement à 22 % de la population anglophone. L'écart observé entre les deux grands groupes linguistiques reflète principalement le fait que les anglophones sont proportionnellement plus nombreux à avoir complété un diplôme d'études secondaires que leurs homologues francophones. Les statistiques portant sur les diplômes, certificats ou grades obtenus au niveau postsecondaire révèlent que les écarts entre les groupes sont faibles.

Graphique 4.2 Plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu selon la première langue officielle parlée, personnes âgées de 25 ans ou plus, Nouveau-Brunswick, 2006

Les constats qui émanent de la lecture de ce dernier graphique portent sur l'ensemble de la population âgée de 25 ans et plus et, par conséquent, tiennent compte à la fois de la situation actuelle et passée des groupes linguistiques en matière de scolarisation.

Le graphique 4.3 illustre bien ce propos dans la mesure où l'on tient compte de certaines sous-populations définies par leur groupe d'âge. En portant notre attention sur le groupe d'âge des 65 ans et plus, on constate que l'écart entre francophones et anglophones est considérable chez les personnes ne détenant aucun diplôme, certificat ou grade. Parmi ce groupe d'âge, près de 70 % des francophones se trouvent dans cette situation, comparativement à 43 % des anglophones. À l'opposé, plus de 7 % des anglophones et près de 6 % des francophones âgés de 65 ans et plus détiennent un certificat, diplôme ou grade universitaire égal ou supérieur au baccalauréat.

Signe de l'évolution des tendances en matière de scolarisation, la situation observée chez les 25 à 34 ans dépeint une situation où les écarts sont quasi inexistants. Ainsi, parmi ce groupe d'âge, on persiste à relever une proportion légèrement supérieure de francophones (13 %) ne détenant aucun diplôme comparativement à celle des anglophones (10 %), alors qu'en ce qui a trait aux proportions de diplômés universitaires, les francophones sont autant susceptibles de détenir un tel diplôme que les anglophones (22 %). Chez les personnes âgées de 35 à 54 ans, on observe des résultats assez similaires bien qu'on constate une proportion légèrement supérieure de diplômés universitaires chez les anglophones et une proportion beaucoup plus importante de francophones ne détenant aucun diplôme.

Graphique 4.3 Plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu selon la première langue officielle parlée et le groupe d'âge, Nouveau-Brunswick, 2006

L'examen de la situation des jeunes adultes en matière de scolarisation doit tenir compte d'un facteur important, soit le lieu de naissance des francophones. On sait, par exemple, que tant chez les anglophones que chez les francophones, les immigrants sont généralement plus susceptibles de détenir un grade universitaire, en raison notamment du fait que la scolarité constitue l'un des critères de sélection des immigrants au Canada. En 2006, chez les francophones âgés de 25 à 34 ans, on constate que 31 % des francophones nés à l'extérieur du pays ou dans une autre province ou territoire (dans près de 70 % des cas, au Québec) détiennent un diplôme universitaire alors que 21 % des francophones nés au Nouveau-Brunswick détiennent un tel diplôme (voir le graphique 4.4). On observe le corollaire de cette situation chez les francophones qui détiennent un certificat ou diplôme d'études collégiales, c'est-à-dire que les francophones nés au Nouveau-Brunswick sont plus susceptibles de détenir un tel diplôme (30 %) comme plus haut niveau de scolarité atteint que les autres francophones de la province (24 % et 21 %). Aux niveaux inférieurs de scolarité on remarque que les francophones nés au Nouveau-Brunswick et ceux nés dans un autre pays sont proportionnellement plus nombreux à ne détenir aucun diplôme ou à avoir obtenu un diplôme d'études secondaires que ne le sont les francophones nés dans le reste du Canada.

Graphique 4.4 Plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu par les francophones âgés de 25 à 34 ans selon le lieu de naissance, Nouveau-Brunswick, 2006

L'un des changements les plus marquants ayant découlé des profondes mutations sociales et des réformes scolaires des années 1960 est sans conteste l'inscription en grand nombre des femmes dans les établissements d'enseignement postsecondaire, en particulier dans les universités. En 1971, au Canada, la proportion des femmes détenant un grade universitaire était de deux à trois fois moins élevée que celle des hommes, selon le groupe d'âge (Corbeil, 2003). En 2006, parmi les francophones du Nouveau-Brunswick, on constate que chez les personnes âgées de 65 ans ou plus, soit ceux qui avaient au moins 30 ans en 1971, la proportion de femmes qui détiennent un diplôme universitaire est de 5 %, à peine moins que les hommes du même groupe d'âge (6 %) (voir le tableau 4.9). En revanche, chez les 20 à 24 ans, la proportion de détenteurs d'un tel diplôme est de 6 % chez les hommes alors qu'elle atteint près de 13 % chez les femmes. En somme, les femmes de moins de 45 ans sont proportionnellement plus nombreuses à détenir un diplôme ou un grade universitaire que leurs homologues masculins alors que ces derniers sont proportionnellement plus nombreux à être faiblement scolarisés ou à détenir un diplôme professionnel ou d'une école de métiers.

Tableau 4.9 Plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu par les francophones selon le groupe d'âge et le sexe, Nouveau-Brunswick, 2006

La propension à être fortement ou peu scolarisé varie habituellement selon que les individus résident dans de grands centres urbains ou dans des milieux ruraux. C'est dans les grands centres urbains, par exemple, qu'on trouve les universités et les employeurs susceptibles d'embaucher beaucoup de diplômés universitaires.

À la lumière du graphique 4.5, on remarque que d'une région à l'autre du Nouveau-Brunswick, la répartition des francophones selon le plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu varie peu. Néanmoins, alors que les francophones des régions du Sud-Est et du reste du Nouveau-Brunswick sont proportionnellement un peu plus nombreux à détenir un diplôme d'études collégiales ou universitaires, la proportion de francophones du Nord de la province (39 %) n'ayant aucun diplôme apparaît légèrement supérieure à celles observées dans les deux autres régions (32 % et 36 %).

Graphique 4.5 Proportion de francophones selon le plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu et la région, Nouveau-Brunswick, 2006

4.3.2.2 Langue d'enseignement chez les adultes

Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) nous ont permis de constater que, dans l'ensemble du Nouveau-Brunswick, les enfants dont au moins un parent est de langue française fréquentent une école primaire de langue française dans une proportion de 85 % et un programme d'immersion en français dans une proportion de 10 %. Au niveau secondaire, ces proportions sont respectivement de 80 % et de 11 %. Qu'en est-il de la langue de scolarisation des adultes ayant répondu à l'EVMLO? Aux diverses questions de l'enquête portant sur la langue dans laquelle les répondants ont effectué une partie ou toutes leurs études en français, on décèle une diminution de la présence du français d'un groupe d'âge à l'autre et d'un niveau de scolarité à l'autre.

Ainsi, comme en rend compte le tableau 4.10, la proportion d'adultes qui ont fait la totalité de leurs études en français est assez importante, tant au niveau primaire que secondaire, puisqu'elle varie entre 69 % et 97 % selon le groupe d'âge et le niveau des études. On remarque aussi qu'il semble y avoir peu d'attrition entre le passage du niveau primaire au niveau secondaire, laissant croire que la très grande majorité des francophones qui ont fait leurs études primaires en français les ont également poursuivies en français au secondaire. Toutefois, d'un groupe d'âge à l'autre, on constate que plus les francophones sont âgés, moins ils sont susceptibles d'avoir complété leurs études en français. En contrepartie, plus ils sont âgés, plus ils sont proportionnellement nombreux à avoir partiellement fait leurs études en français.

En outre, on peut constater que la proportion d'adultes ayant fréquenté un programme universitaire exclusivement en français est beaucoup plus élevée chez les francophones âgés de moins de 45 ans (83 %) que chez ceux âgés de 45 à 64 ans (70 %) ou de 65 ans ou plus (49 %). Les données de l'EVMLO révèlent que les francophones du Nouveau-Brunswick nés dans une autre province canadienne, principalement au Québec, sont plus susceptibles d'avoir fait leurs études postsecondaires en français.

Tableau 4.10 Proportion de francophones ayant poursuivi entièrement ou partiellement leurs études en français selon le groupe d'âge et le niveau des études, Nouveau-Brunswick, 2006

4.4 Médias, arts et culture

Le soutien aux arts et à la culture est l'un des éléments clés ciblés par la Feuille de route. On y reconnaît notamment leur rôle essentiel à l'épanouissement des communautés de langue officielle en milieu minoritaire.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) cible six médias pour mesurer l'accès aux éléments culturels dans la langue de la minorité, soit la télévision, l'Internet, la radio, les journaux, les livres et les spectacles ou les événements artistiques. De nos jours, l'Internet et la câblodistribution facilitent l'accès à ces médias dans plusieurs langues et en provenance de nombreux pays, ce qui permet d'accroître la disponibilité des divers produits culturels de langue française à travers le pays.

Les résultats de l'EVMLO révèlent que les francophones du Nouveau-Brunswick, tout comme leurs homologues anglophones, sont de grands consommateurs de médias, dont le plus important est la télévision (voir le tableau 4.11).

Tableau 4.11 Proportion de francophones selon l'utilisation de certains médias (toutes langues confondues), Nouveau-Brunswick, 2006

Les médias de langue française ont une forte présence au Nouveau-Brunswick. Il existe dans la province plusieurs stations de radio publiques, privées et communautaires de langue française qui desservent certaines régions ou encore l'ensemble de la province. De même, les Néo-Brunswickois ont accès à une variété de chaînes télévisuelles de langue française. Du côté de la presse écrite, un grand nombre de journaux de langue française sont publiés quotidiennement ou hebdomadairement. L'accès à certains de ces journaux est toutefois restreint dans certaines zones de la province. Finalement, outre l'accès à Internet existant dans les foyers, les établissements scolaires et les bibliothèques, le Nouveau-Brunswick s'est doté d'un Centre d'accès communautaire à Internet (FCFA, 2009).

Cependant, l'accessibilité aux médias de langue française n'est pas le seul facteur qui influence la consommation dans la langue de la minorité. Les résultats démontrent en effet que la consommation des différents médias en français varie largement d'une région à l'autre du Nouveau-Brunswick. Alors que les francophones des régions du Sud-Est et du reste du Nouveau-Brunswick consomment principalement les médias en anglais, à l'inverse, les francophones du Nord de la province le font surtout ou seulement en français. Notons par ailleurs que peu importe la région ou le média, entre 20 % et 30 % des francophones du Nouveau-Brunswick affirment avoir recours aux différents médias autant dans la langue anglaise que française (voir le tableau 4.12).

Tableau 4.12 Proportion de francophones selon la langue de consommation de certains médias, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

Bien qu'environ 85 % des francophones du Nouveau-Brunswick aient déclaré qu'il est facile ou très facile de se procurer des journaux en français dans leur municipalité, la lecture de journaux se fait, dans à peine plus d'un cas sur deux, surtout ou seulement en français. Il en va de même pour la disponibilité et la lecture de livres. En général, les francophones sont plus nombreux à déclarer une bonne disponibilité ou un accès facile pour un médium donné en français qu'à déclarer en faire usage dans cette langue.

En ce qui a trait à la présentation de spectacles ou d'événements artistiques dans les différentes régions du Nouveau-Brunswick, on observe la même situation. Les francophones sont en effet proportionnellement plus nombreux à avoir déclaré qu'il y a souvent ou toujours des spectacles ou des événements artistiques en français qu'à avoir fréquenté un tel spectacle ou événement au cours des douze derniers mois. Cela dit, il n'en reste pas moins qu'une grande proportion de francophones assistent aux spectacles et événements artistiques en français. En effet, près d'un francophone du Nord ou du Sud-Est sur deux, ainsi que plus d'un sur quatre dans le reste du Nouveau-Brunswick, déclarent y avoir assisté.

Les résultats de l'EVMLO révèlent une fois de plus que la région et la langue principale sont des facteurs importants pour expliquer le choix de la langue de consommation des médias. Étant donnée la forte corrélation entre ces deux facteurs, il n'est pas surprenant de voir que les francophones qui habitent la région à plus forte concentration de francophones, c'est-à-dire la région du Nord, soient plus portés à déclarer que leur consommation des divers médias se fait surtout ou seulement en français. Par exemple, au Nouveau-Brunswick, 42 % des francophones font la lecture de livres surtout ou seulement en français, mais cette proportion s'élève à 51 % chez les francophones dont la langue principale est le français et à 65 % chez les francophones de la région du Nord qui ont le français comme langue principale. La même tendance s'observe dans chacune des régions pour lesquelles des données ont été recueillies dans l'EVMLO.

4.5 Vie communautaire

L'implication des individus au sein de leur communauté et la participation à des activités communautaires sont généralement reconnues comme des dimensions de la vie en société qui contribuent à la création et au maintien de réseaux de soutien social. En outre, « [le] capital social (défini en termes généraux comme la participation aux réseaux sociaux) est de plus en plus considéré comme une composante clé du développement communautaire ou comme un aspect essentiel de la « capacité » d'une collectivité de se développer » (Rothwell et Turcotte, 2006 : p.1).

Les données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) permettent de mesurer certaines dimensions de la participation des francophones à la vie communautaire. Les statistiques concernant la participation à des activités de bénévolat, le fait d'être membre d'organismes communautaires ou de prodiguer des soins dans un contexte informel permettent en effet d'examiner dans quelle mesure les francophones s'impliquent dans la vie associative et communautaire de leur milieu de vie.

Les résultats de l'EVMLO révèlent qu'environ un quart des francophones du Nouveau-Brunswick participent à l'une ou l'autre des activités pour lesquelles des données ont été recueillies dans cette enquête. Ainsi, ce sont 22 % des adultes francophones qui ont déclaré avoir été membres d'un organisme, d'un réseau ou d'une association au cours des 12 derniers mois ayant précédé l'enquête, alors que 28 % ont déclaré faire du bénévolat et 30 % ont fourni du soutien non rémunéré pour les activités de tous les jours à quelqu'un qui n'habitait pas dans leur ménage. Environ 6 % des francophones ont déclaré avoir participé aux trois types d'activités. Plusieurs facteurs sociodémographiques et économiques influent sur la participation communautaire, notamment l'âge, la scolarité, le milieu de résidence et le statut socio-économique. Toutefois, l'analyse de ces facteurs dépasse l'objectif du présent document.

Le type d'activités communautaires dans lesquelles sont impliqués les francophones varie peu d'une région à l'autre. Leur niveau de participation à ces activités est à peu de choses près le même dans toutes les régions du Nouveau-Brunswick. Toutefois, la langue dans laquelle se déroulent ces activités varie notamment selon le type d'activités et selon la région. Par exemple, les résultats de l'EVMLO révèlent une fois de plus que c'est dans les régions au sein desquelles les francophones sont plus concentrés qu'on observe la plus grande utilisation du français lors des activités communautaires. De fait, c'est dans le Nord et le Sud-Est de la province que nous observons les plus fortes proportions de francophones qui utilisent le français lors de leur participation à des activités communautaires.

Graphique 4.6 Proportion de francophones selon la langue d'usage pour les activités communautaires, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

En ce qui a trait au type d'activité, le français est utilisé surtout ou seulement par 83 % des francophones qui offrent du soutien pour les activités de tous les jours, comparativement à 70 % qui l'utilisent lors des activités bénévoles ou au sein d'organismes. Soulignons que les enfants et les autres membres de la famille (63 %) et les amis (25 %) sont les principaux bénéficiaires du soutien pour les activités quotidiennes. Par ailleurs, la famille et les amis semblent compter pour beaucoup dans les réseaux des francophones du Nouveau-Brunswick. Ainsi, en cas de maladie, 20 % des francophones se tourneraient vers leurs enfants pour du soutien, alors que 53 % déclarent qu'ils se tourneraient vers les autres membres de leur famille. L'utilisation du français dans les activités de soutien social semble donc associée principalement au domaine privé.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèle que 90 % des francophones déclarent qu'il est important ou très important pour eux que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté francophone et que 26 % de ceux qui sont membres d'organismes, de réseaux ou d'associations le sont dans le but de promouvoir la communauté francophone. À cet égard, on observe très peu de variations selon la région. De même, peu importe la proportion que représentent les francophones dans leur municipalité de résidence ou le niveau de concentration de francophones au sein de la municipalité, les répondants sont pratiquement aussi nombreux à déclarer qu'ils trouvent important ou très important que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté francophone.

4.6 Caractéristiques de l'emploi et du revenu

Tant les données du recensement que de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) permettent d'examiner dans quelle mesure les francophones du Nouveau-Brunswick œuvrent dans des secteurs d'industrie différents ou non de ceux des anglophones. On peut donc y identifier les similitudes et les différences dans la répartition des groupes linguistiques entre les divers secteurs d'industrie.

L'analyse sommaire des données du Recensement de 2006 révèle que les francophones travaillent, à des proportions similaires, dans les mêmes secteurs que les anglophones, dans l'ensemble, (voir le graphique 4.7). Toutefois, on note que les francophones du Nouveau-Brunswick sont proportionnellement plus nombreux que les anglophones à œuvrer dans le secteur de la fabrication. Dans ce secteur, on retrouve en effet près de 14 % des francophones de la province comparativement à 9 % des anglophones. Les anglophones, pour leur part, sont proportionnellement plus nombreux à occuper des emplois dans le secteur des services administratifs, services de soutien, services de gestion des déchets et services d'assainissement (7 %). Par comparaison, ce secteur regroupe 3 % des francophones de la province.

Graphique 4.7 Proportion de travailleurs selon le secteur d'industrie et la première langue officielle parlée, Nouveau-Brunswick, 2006

Notons par ailleurs que l'examen des statistiques portant sur la distribution des emplois par groupe de professions ne révèle aucun écart important entre les deux groupes linguistiques.

Fait à noter, cependant, bien que la part relative des postes de secrétaires et de personnel de bureau soit légèrement plus élevée chez les francophones que chez les anglophones, on n'observe aucun écart différentiel dans les parts relatives que composent les postes de cadres supérieurs, de directeurs, de professionnels en gestion des affaires et en finance et de professionnels ou de personnel technique des sciences naturelles et appliquées. De tels résultats donnent à penser que la situation des francophones s'est modifiée considérablement depuis les années 1960, notamment à la lumière des constats que faisaient les membres de la Commission Laurendeau-Dunton sur la situation socio-économique des francophones. Nous verrons plus loin que cette transformation transparaît également à la lumière des statistiques portant sur les revenus.

4.6.1 Répartition au sein des secteurs d'emploi selon la région de résidence

La répartition des francophones au sein des différents secteurs d'emploi varie parfois d'une région à l'autre de la province, selon le secteur d'industrie. Comme en rend compte le tableau 4.13, c'est dans la région du Nord que la part relative de travailleurs francophones œuvrant dans le secteur de la fabrication est la plus importante (16 %). Notons également que 17 % des francophones du reste du Nouveau-Brunswick œuvrent dans le secteur des administrations publiques, soit plus du double ou du triple de la part relative qu'y représentent les francophones des deux autres régions de la province. Par ailleurs, dans la région du Nord, les francophones sont proportionnellement plus nombreux à occuper des emplois dans les secteurs du commerce de détail (13 %) et des soins de santé et de l'assistance sociale (13 %). Mentionnons également que 3 % des francophones de la région du Sud-Est œuvrent dans le secteur de l'agriculture, foresterie, pêche et chasse, comparativement à 8 % des francophones du Nord et 7 % des francophones du reste de la province.

Tableau 4.13 Répartition des travailleurs francophones selon le secteur d'industrie, Nouveau-Brunswick et ses régions, 2006

4.6.2 Utilisation de la langue française au travail selon le secteur d'industrie

Parmi l'ensemble des travailleurs du Nouveau-Brunswick âgés de 15 ans ou plus, 37 % (156 375) utilisent le français le plus souvent ou régulièrement dans le cadre de leur travail. Chez les francophones, cette proportion atteint 93 %, soit 75 % le plus souvent et 18 % régulièrement.

Nous venons d'identifier les secteurs dans lesquels les francophones sont proportionnellement plus nombreux à travailler. Qu'en est-il de l'utilisation du français par les francophones au sein de ces différents secteurs? Comme en témoigne le graphique 4.8, nous remarquons que peu importe le secteur, à l'exception de celui des services publics, les francophones utilisent à plus de 85 % le français au travail, que ce soit le plus souvent ou régulièrement. C'est dans le secteur de l'agriculture, foresterie, pêche et chasse ainsi que dans celui des services d'enseignement que les francophones utilisent davantage le français comme principale langue de travail, soit à 91 % et 90 % respectivement. Dans les autres secteurs, cette proportion varie entre 50 % (secteur des services publics) et 83 % (secteur des soins de santé et de l'assistance sociale).

Graphique 4.8 Utilisation du français le plus souvent ou régulièrement au travail par les francophones selon le secteur d'industrie, Nouveau-Brunswick, 2006

4.6.3 Écarts différentiels de revenu

Historiquement, les francophones au Canada ont été désavantagés sur le plan économique. Les francophones du Nouveau-Brunswick ne faisaient pas exception. Dans la mesure où le niveau de revenu des individus est fortement tributaire de leur niveau de scolarité, de leur profession et du secteur d'industrie dans lequel ils oeuvrent (pour ne nommer que ces facteurs), on peut donc croire que les mutations importantes qu'ont connues les communautés francophones du Nouveau-Brunswick au cours des dernières décennies ont eu des répercussions majeures sur leur niveau de revenu.

L'analyse des facteurs ayant influencé l'évolution des écarts différentiels de revenu entre les groupes linguistiques dépasse l'objet et la portée du présent rapport. Toutefois, les statistiques du Recensement de 2006 laissent croire que la situation des francophones du Nouveau-Brunswick s'est beaucoup améliorée au fil du temps.

La comparaison des revenus médians et des revenus moyens des francophones et des anglophones, en particulier chez les hommes, procure une information contrastée. Les statistiques de 2006 révèlent que les hommes ayant le français comme première langue officielle parlée ont un revenu moyen inférieur d'un peu moins de 4 000 $ à celui de leurs homologues anglophones alors qu'en ce qui a trait au revenu moyen des femmes, celui des francophones est de près de 1 000 $ inférieur à celui des anglophones. Pour ce qui est du revenu médian, alors que les hommes anglophones ont un revenu médian supérieur de 2 600 $ à celui des francophones, les femmes anglophones affichent un revenu médian de 900 $ supérieur à celui des femmes francophones. En outre, alors que le revenu moyen des hommes ayant le français et l'anglais comme premières langues officielles parlées est supérieur à celui des hommes de langue française ou anglaise, leur revenu médian est inférieur. Ces résultats révèlent donc que les écarts de revenu chez les hommes du groupe français et anglais sont plus importants qu'au sein des autres groupes. Chez les femmes appartenant au groupe français et anglais, les revenus moyens et médians de ces dernières sont inférieurs à ceux des femmes anglophones ou francophones.

Tableau 4.14 Revenu moyen et revenu médian des hommes et des femmes selon la première langue officielle parlée, Nouveau-Brunswick, 2006

À la lumière du contexte historique décrit plus haut, on sait que le revenu médian des deux groupes linguistiques est fonction de l'âge, les francophones plus âgés affichant un revenu médian inférieur à celui des anglophones. Les statistiques présentées aux graphiques 4.9-a et 4.9-b rendent en effet compte du fait que les hommes anglophones âgés de 25 ans ou plus gagnent un revenu médian supérieur à celui des francophones. Chez les hommes âgés de moins de 25 ans, nous observons que les francophones ont un revenu médian légèrement supérieur à celui des anglophones. En revanche, chez les femmes, alors que les anglophones âgées de 45 ans ou plus ont un revenu médian supérieur à celui des francophones d'environ 2 000 $, les francophones âgées de 25 à 44 ans ont quant à elles un revenu médian de 1 000 $ supérieur à celui des anglophones10.

Plusieurs facteurs permettent d'expliquer l'écart différentiel de revenus entre francophones et anglophones. Bien que les résultats portant sur l'ensemble de la population révèlent que, tant chez les hommes que chez les femmes, les revenus moyens des anglophones sont souvent supérieurs à ceux des francophones, la source de ces écarts réside en partie dans un certain nombre de caractéristiques qui distinguent ces deux populations. Par exemple, nous avons en effet pu constater préalablement que la population anglophone de moins de 65 ans est légèrement plus scolarisée que la population francophone. La structure par âge de la population est également un facteur qui influe sur les revenus moyens et médians de cette population.

En approfondissant l'analyse des résultats du recensement, notamment en utilisant la technique de l'analyse statistique multivariée, on constate que la scolarité, le type de lieu de résidence, le secteur d'industrie, le bilinguisme et le statut d'immigrant y jouent un rôle important et permettent d'expliquer une partie de ces écarts. Ainsi, en isolant l'influence de ces caractéristiques, on remarque que les hommes francophones âgés de 15 à 24 ans ont un salaire annuel moyen supérieur à celui des anglophones du même groupe d'âge de l'ordre de 800 $. Chez les femmes de cette même catégorie d'âge, cet écart quasi inexistant, soit à peine de 200 $. Par ailleurs, les hommes et les femmes francophones âgés de 25 à 44 ans gagneraient 600 $ de plus par année que les anglophones. En contrepartie, alors qu'aucun écart de revenus n'est observé chez les femmes âgées de 45 à 64 ans, les hommes anglophones appartenant à ce groupe d'âge gagneraient près de 600 $ de plus que les francophones. Finalement, en isolant l'influence des mêmes facteurs, on constate que les hommes francophones âgés de 65 ans ou plus affichent des revenus inférieurs à ceux des anglophones de l'ordre de 3 700 $, alors que chez les femmes, cet écart est de 1 300 $.

Graphique 4.9-a Revenu médian des femmes selon le groupe d'âge et la première langue officielle parlée, Nouveau-Brunswick, 2006

Graphique 4.9-b Revenu médian des hommes selon le groupe d'âge et la première langue officielle parlée, Nouveau-Brunswick, 2006


Notes

  1. C'est-à-dire soit le plus souvent soit régulièrement.
  2. Voir à ce propos le tableau 2.1 du document Professionnels de la santé et minorités de langue officielle au Canada : 2001 et 2006 (Blaser, 2009 : p.23).
  3. Notons par ailleurs que la proportion de médecins dont le français est la première langue officielle parlée dans ces deux régions est de 76 % et 59 % respectivement, alors que chez les infirmières ces proportions sont de 77 % et 46 % respectivement.
  4. Les résultats relatifs aux contacts entretenus avec la police provinciale ne s'avèrent pas significatifs.
  5. Tout comme dans le cas des professionnels de la santé, l'utilisation du français par les avocats et les policiers dépend de plusieurs facteurs, dont la proportion de francophones dans un milieu donné. L'analyse de ces facteurs dépasse toutefois le cadre du présent portrait statistique.
  6. En raison du très petit nombre de membres de la minorité de langue officielle qui ont eu des contacts avec la police provinciale, les données obtenues dans le cadre de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle ne permettent pas de tirer de conclusions à leur égard.
  7. Pour de plus amples renseignements sur l'éducation en français au Nouveau-Brunswick, voir Martel (1991), Corbeil (2006) et FCFA (2009).
  8. Seul ou avec l'anglais.
  9. Dans le cas du Nouveau-Brunswick, la scolarisation est, depuis 1999, obligatoire jusqu'à l'âge de 18 ans (Oreopoulos, 2005).
  10. Un résultat qui tient notamment du fait que les francophones de ce groupe d'âge sont en moyenne plus scolarisées que leurs homologues anglophones.
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