Section 5 – Vitalité subjective

[an error occurred while processing this directive]89-642-x[an error occurred while processing this directive] [an error occurred while processing this directive]

Nous avons pu constater jusqu'ici que les francophones de l'Ontario ne forment pas nécessairement un groupe homogène. Nous avons vu, par exemple, qu'ils sont répartis dans diverses régions de la province, dont plusieurs limitrophes du Québec, qu'ils résident dans des municipalités où la proportion qu'y représentent les membres de leur groupe linguistique varie d'une région à l'autre de la province et que leur degré d'utilisation du français dans divers domaines de la sphère privée et publique est tributaire de plusieurs facteurs, notamment d'ordre démolinguistique. Cela dit, les résultats de l'EVMLO mettent en lumière au moins deux éléments clés que partagent la plupart des francophones : un fort sentiment de double identification aux groupes francophone et anglophone et la valorisation de la langue française.

En ce qui a trait au phénomène de l'appartenance identitaire, les résultats de l'EVMLO donnent à penser que les francophones affichent une double identité ethnolinguistique. Ils déclarent en effet dans une proportion de 52 % s'identifier tant au groupe francophone qu'anglophone comparativement à 35 % qui déclarent s'identifier « surtout » ou « seulement » au groupe francophone. Le degré d'identification aux deux principaux groupes linguistiques varie légèrement d'une région à l'autre de l'Ontario (voir le graphique 5.1). Plus particulièrement, on note que seules les régions du Sud-Est et de Toronto affichent des proportions inférieures à celles des autres régions de l'Ontario en ce qui a trait au sentiment de double identification ethnolinguistique. Dans le premier cas, cela se traduit par le fait que les francophones du Sud-Est sont proportionnellement plus nombreux que ceux des autres régions (à l'exception d'Ottawa) à s'identifier principalement au groupe francophone alors que dans le cas des francophones de Toronto, ceux-ci sont proportionnellement plus nombreux que ceux des autres régions (exception faite de ceux du Reste de la province) à s'identifier surtout au groupe anglophone.

 Graphique 5.1 Pourcentage de francophones selon l'identification aux groupes francophone et anglophone, Ontario, 2006

Le sentiment d'appartenance et l'identité sont des concepts fort complexes. Une personne peut s'identifier, selon les circonstances, à son pays, à sa langue, à sa culture, etc. Le sentiment de double identification aux groupes francophone et anglophone qui est observé chez les francophones de l'Ontario suggère que, dans bien des cas, l'immersion dans la culture majoritairement anglophone aurait contribué à l'émergence d'un phénomène où se conjugue à la fois une valorisation et un respect de l'héritage culturel et linguistique francophone et des pratiques langagières qui témoignent d'un vécu au sein d'une culture anglophone ambiante et prédominante. La vérification et l'analyse de cette hypothèse outrepassent toutefois le cadre du présent rapport analytique et les limites de l'EVMLO à cet égard.

Cependant, plusieurs éléments nous permettent d'affirmer que les francophones de l'Ontario accordent une valeur certaine à la langue française. Ils sont notamment fort nombreux (79 %) à déclarer qu'il est important pour eux de pouvoir utiliser le français dans leur vie de tous les jours. D'autre part, il s'avère important pour eux que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté de langue française (81 %), que les services gouvernementaux soient offerts en français (87 %) et que les droits linguistiques soient respectés dans leur province (92 %) (voir le graphique 5.2).

 Graphique 5.2 Pourcentage de francophones selon certains indicateurs de la valorisation de la langue française, Ontario et régions, 2006

Fait à noter, en examinant le degré d'utilisation de la langue française dans les divers domaines à propos desquels l'EVMLO pose des questions, notamment à l'égard des interactions avec les professionnels des services de soins de santé et ceux du système de justice ainsi qu'à l'égard de l'accès aux principaux véhicules de la culture, on constate un phénomène qui peut paraître de prime abord contradictoire : la valorisation d'une langue ne se traduit pas nécessairement par une forte utilisation de celle-ci. À titre d'exemple, notons que parmi les francophones de l'Ontario qui déclarent qu'il est très important ou important de pouvoir utiliser le français dans leur vie de tous les jours, 57 % regardent la télévision seulement ou surtout en anglais tandis que 65 % lisent les journaux seulement ou surtout en anglais. Malgré une valorisation affirmée du français, malgré la forte importance qu'on peut lui accorder, la réalité démolinguistique et les dynamiques propres du milieu dans lequel habitent les francophones peuvent entraver l'utilisation de cette langue.

Nous avons déjà montré à quel point les caractéristiques démolinguistiques du milieu jouent un rôle important dans la pratique de la langue. Toutefois, les résultats de l'EVMLO donnent à penser que ces caractéristiques influent moins sur le phénomène de la valorisation de la langue minoritaire que sur les pratiques langagières elles-mêmes, en raison notamment du fait qu'un tel phénomène ne semble pas régi par les mêmes facteurs que ceux qui touchent les pratiques. Il en va de même pour le sentiment d'appartenance et la double identification aux groupes francophone et anglophone : la région de résidence et la proportion que composent les francophones au sein de leur municipalité semblent avoir peu d'influence sur le phénomène. Par exemple, bien que les résultats révèlent certaines variations régionales, la double identification aux groupes francophone et anglophone est toujours plus forte ou égale à l'identification au groupe francophone et ce, dans chaque région.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle a recueilli des données sur les perceptions subjectives à l'égard de l'évolution passée et future de la présence de la langue minoritaire dans la municipalité de résidence ainsi que sur la vitalité perçue de la communauté de langue officielle en situation minoritaire. À cet égard, notons que 38 % des francophones estiment que la vitalité de la communauté de langue française dans leur municipalité est forte ou très forte, alors que 40 % prévoient que la présence du français au sein de leur municipalité au cours des dix prochaines années va demeurer la même (voir le graphique 5.3).

 Graphique 5.3 Pourcentage de francophones selon la perception de l'évolution du français dans la municipalité de résidence, Ontario et régions, 2006

Certaines variations régionales sont observées. Par exemple, c'est dans le Sud-Est (67 %) et le Nord-Est (57 %) que l'on observe les plus fortes proportions de francophones qui évaluent la vitalité du français dans leur municipalité comme étant forte ou très forte (voir le graphique 5.4). Les perceptions envers la langue française, envers sa vitalité et sa présence dans la municipalité de résidence, semblent donc plus susceptibles d'être influencées par les caractéristiques démolinguistiques du milieu.

 Graphique 5.4 Pourcentage de francophones selon la perception de la vitalité de la communauté de la langue française dans la municipalité de résidence, Ontario et régions

Date de modification :