Section 3 – Les facteurs d'évolution de la population de langue maternelle française

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3.1 Fécondité
3.2 Transmission de la langue maternelle et effet de l'exogamie
3.3 La structure par âge
3.4 Les transferts linguistiques ou la mobilité linguistique intragénérationnelle
3.5 Usage du français dans la sphère publique
3.6 Connaissance du français
3.7 Migration (mouvements migratoires interprovinciaux et internationaux)

L'évolution des groupes linguistiques dans une province ou une région donnée dépend de l'effet combiné des facteurs de l'accroissement naturel que sont la fécondité et la mortalité d'une part et ceux de la migration interne et internationale d'autre part. S'y ajoute la composante de la continuité linguistique intergénérationnelle, c'est-à-dire la transmission de la langue maternelle de la mère aux enfants1. Un autre facteur sera également présenté dans cette section, soit celui de la continuité linguistique intragénérationelle ou, son pendant, le transfert ou la substitution linguistique. Ce dernier, bien que n'influant pas directement sur l'évolution d'un groupe linguistique à court terme peut néanmoins avoir une influence importante à long terme dans la mesure où la langue d'usage prédominante au foyer est généralement celle qui est transmise aux enfants.

Dans la présente section, une bonne partie de l'information présentée portera sur le groupe de langue maternelle française en Ontario. Toutefois, dans certains cas, celui de la migration interprovinciale et de l'immigration internationale notamment, l'analyse portera également sur la population dont le français est la première langue officielle parlée.

3.1 Fécondité

Durant la première moitié du XXe siècle, les différences de fécondité entre les groupes linguistiques ont permis d'expliquer en partie la croissance ou le maintien de la population de certains groupes par rapport à d'autres. En Ontario, la surfécondité de la population de langue maternelle française s'est maintenue jusqu'en 1966 par rapport au groupe de tierce langue maternelle et jusqu'en 1981 par rapport au groupe de langue maternelle anglaise.

Durant le lustre 1956-1961, par exemple, le niveau de fécondité des femmes de langue maternelle française était de 4,6 enfants par femmes (4 600 enfants pour 1000 femmes) contre 3,56 et 3,13 pour celles de langue maternelle anglaise et tierce respectivement. À partir de 1981, l'indice synthétique de fécondité des francophones était inférieur à ceux des deux autres groupes et il a atteint son plus bas niveau durant le lustre 1996-2001, soit 1,47 enfant par femme.

Les démographes établissent que, dans les conditions actuelles de faible mortalité, le seuil de remplacement des générations correspond à un indice de 2,1, c'est-à-dire de 2 100 enfants pour 1 000 femmes. On notera au tableau 3.1 qu'à partir du lustre 1971-1976, le niveau de fécondité des femmes francophones et anglophones était inférieur à ce seuil de remplacement de leur population alors que chez les femmes de tierce langue maternelle, leur niveau de fécondité est passé sous la barre des 2,1 au cours de la période 1981-1986. On remarquera également que le niveau de fécondité des femmes de tierce langue maternelle a diminué moins rapidement que celui des femmes des autres groupes linguistiques. Entre 2001 et 2006, il leur était toujours supérieur. Cependant, comme nous le verrons plus loin, l'incidence d'un indice de fécondité plus élevé chez un groupe linguistique ne se traduit pas nécessairement par un accroissement de la population de ce groupe par rapport aux autres. Dans le cas des mères de langue maternelle française, tout comme dans celui des mères de tierce langue maternelle, la transmission d'une autre langue maternelle aux enfants, généralement la langue majoritaire du milieu de vie, est un phénomène non négligeable.

 Tableau 3.1 Indice synthétique de fécondité selon la langue maternelle, Ontario, 1956 à 2006

3.2 Transmission de la langue maternelle et effet de l'exogamie

Bien que l'indice synthétique de fécondité fournisse un renseignement utile sur le nombre de naissances au sein des différents groupes de langue maternelle, celui-ci ne fournit aucune information sur la langue maternelle transmise aux enfants. On sait en effet que la tendance à transmettre une langue à ses enfants varie en fonction d'un certain nombre de facteurs, dont l'un des plus importants est la concentration géographique de la population constituant un groupe linguistique donné. Comme nous le verrons plus loin, ce facteur influe également sur la propension à vivre au sein d'un couple exogame, c'est-à-dire un couple dont les conjoints n'ont pas la même langue maternelle. En outre, plus faible est la concentration géographique ou le poids relatif d'un groupe linguistique au sein d'un milieu donné, plus faible sera la propension des parents à transmettre la langue minoritaire. Le graphique 3.2.1 permet en effet de constater que la proportion des couples constitués d'au moins un partenaire de langue maternelle française qui transmettent le français comme langue maternelle à leurs enfants varie considérablement d'une région à l'autre de l'Ontario. Dans le Sud-Est de la province, c'est près de 3 enfants sur 4 qui se sont vus transmettre le français comme langue maternelle comparativement à un sur deux pour l'ensemble de la province. C'est à Toronto et dans le « Reste » de la province que ces proportions sont les plus faibles, soit 36,5 % et 29,1 % respectivement.

 Graphique 3.2.1 Proportion des enfants de langue maternelle française parmi les familles où au moins l'un des parents a le français comme langue maternelle selon la région, Ontario, 2006

La proportion que forment les francophones au sein d'une région donnée, voire leur niveau de concentration géographique, entraîne des propensions différentielles à former des couples linguistiquement mixtes ou exogames. En 1971, la proportion d'enfants vivant au sein d'une famille exogame (français-anglais) en Ontario représentait près de 38 % des enfants vivant au sein d'une famille formée d'au moins un parent de langue maternelle française et ayant des enfants de moins de 18 ans (graphique 3.2.2). En 2006, cette proportion avait atteint plus de 59 %.

 Graphique 3.2.2 Pourcentage des enfants de moins de 18 ans vivant au sein d'une famille dont au moins un parent est de langue maternelle française, selon la langue maternelle des parents, Ontario, 1971 et 2006

La proportion d'enfants vivant au sein d'une famille exogame varie également de façon importante selon que ces familles habitent l'une ou l'autre des régions de la province (voir le graphique 3.2.3). C'est dans le Sud-Est que la propension des enfants à vivre au sein d'une famille dont les deux parents sont de langue maternelle française est la plus forte (59 %) alors qu'à Toronto et dans le « Reste » de la province, ces proportions sont de 19 % et de 15 % respectivement. Fait à noter, bien que seulement 2 % de la population de Toronto soit de langue maternelle française, la propension des enfants à vivre au sein d'une famille exogame (français-anglais) est, à peu de choses près, la même que celle observée à Ottawa (56 %) et dans le Nord-Est de la province (52 %). Par ailleurs, Toronto se distingue particulièrement des autres régions dans la mesure où près d'un enfant sur quatre vit au sein d'une famille composée d'un conjoint de langue maternelle française et d'un conjoint de langue maternelle tierce.

 Graphique 3.2.3 Pourcentage des enfants de moins de 18 ans vivant au sein d'une famille dont au moins un parent est de langue maternelle française, selon la langue maternelle des parents, Ontario et ses régions, 2006

Entre 1971 et 2006, la proportion de couples exogames français-anglais et de couples exogames français-tierce langue a fortement augmenté en Ontario au sein de l'ensemble des couples composés d'au moins un conjoint de langue maternelle française, passant de 39 % à 56 % et de 6 % à 9 % respectivement, au cours de cette même période. À l'opposé, la part des couples endogames dont les deux conjoints ont le français comme langue maternelle a substantiellement diminué, passant de 54 % en 1971 à 35 % en 2006.

En raison de la forte augmentation de la proportion des couples exogames français-anglais entre 1971 et 2006, l'on pourrait s'attendre à observer une baisse du taux de transmission de la langue minoritaire (en l'occurrence le français) aux enfants. Or, alors que les enfants de moins de 18 ans issus de couples exogames français-anglais s'étaient vus transmettre le français dans une proportion de 11 % en 1971, cette proportion atteignait 23 % en 2006 (voir le graphique 3.2.4). On constate également une augmentation de la transmission du français aux enfants issus de couples exogames français-tierce langue, soit de 17 % à 25 % au cours de la même période.

 Graphique 3.2.4 Langue maternelle des enfants de moins de 18 ans selon la langue maternelle des parents, Ontario, 2006

Les femmes ont généralement tendance à transmettre leur langue maternelle dans une plus forte proportion que les hommes. En 2006, les mères de langue maternelle française dont le conjoint est de langue maternelle anglaise avaient transmis le français à leurs enfants dans une proportion de 38 % comparativement à seulement 16 % des pères de langue maternelle française vivant avec une conjointe de langue anglaise. Cet écart est beaucoup plus important en 2006 qu'il ne l'était en 1971; les taux de transmission des mères et des pères formant un couple exogame étaient alors de 12 % et 10 % respectivement.

La transmission du français par les mères de langue maternelle française est encore plus importante lorsqu'on ne considère que les enfants de moins de 5 ans (Graphique 3.2.5). En effet, en 1971, le français avait été transmis dans une proportion de 16 % aux enfants de ce groupe d'âge comparativement à 38 % en 2006. Par ailleurs, ces proportions étaient de 19 % et 35 % respectivement dans le cas des enfants issus de couples français-tierce langue.

 Graphique 3.2.5 Pourcentage des enfants de moins de cinq ans (issus d'une mère de langue maternelle française) ayant le français comme langue maternelle selon la langue maternelle du père, Ontario, 1971 et 2006

Le tableau 3.2.1 rend compte du fait qu'entre 1971 et 2006, la proportion des conjoints de langue maternelle autre que française qui peuvent soutenir une conversation en français et en anglais s'est accrue. Ainsi, l'augmentation de la transmission du français aux enfants vivant dans des familles exogames français-anglais va de pair avec une augmentation du bilinguisme français-anglais des conjoints non francophones. Cette augmentation touche particulièrement les conjointes de langue maternelle anglaise, lesquelles affichaient un taux de bilinguisme français-anglais de 25,4 % en 2006 comparativement à 17 % en 1971. Le niveau de connaissance du français par les conjoints de langue maternelle anglaise vivant au sein de couples exogames français-anglais a quant à lui connu une plus faible augmentation, passant de 22,5 % à 24,3 %.

Par ailleurs, mentionnons qu'en 1971, 11,4 % des conjointes de langue maternelle française qui vivaient avec un conjoint de langue anglaise parlaient français le plus souvent à la maison comparativement à 7 % des conjoints de langue maternelle française vivant avec une conjointe de langue anglaise. Trente-cinq ans plus tard, en 2006, ces proportions étaient de 17,4 % et de 9,9 % respectivement.

 Tableau 3.2.1 Proportion des conjoints de langue maternelle autre que français qui peuvent soutenir une conversation en français selon le type de couple, Ontario, 1971 et 2006

3.3 La structure par âge

L'examen de l'évolution de la structure par âge de la population francophone de l'Ontario est instructif dans la mesure où il permet de mettre au jour une partie de l'histoire démographique passée de cette population tout en fournissant une indication de son évolution future. Entre 1971 et 2006, cette évolution est essentiellement le résultat de la diminution importante du taux de fécondité des francophones. Vient s'y ajouter une transmission incomplète de la langue maternelle aux enfants, laquelle, comme nous le verrons plus bas, n'a toutefois pas beaucoup changé depuis 35 ans. Rappelons que, au moment du Recensement de 2006, un enfant de moins de 18 ans sur deux issu d'un couple composé d'au moins un conjoint de langue maternelle française s'était vu transmettre le français comme langue maternelle.

L'évolution démographique d'une population dépend principalement du renouvellement de ses effectifs, lequel s'effectue principalement par les naissances, l'immigration internationale et, dans une certaine mesure, la migration interprovinciale. Le graphique 3.3.1 permet de cerner l'évolution de la structure par âge de la population de langue maternelle française en Ontario. Depuis les 35 dernières années, l'immigration internationale a très peu joué sur l'évolution de l'effectif de cette population en raison du caractère marginal de son apport. Depuis 1971, l'effectif de la population de langue maternelle française en Ontario a connu une faible croissance (27 890 personnes), passant ainsi de 482 350 à 510 240. L'augmentation de cette population a touché essentiellement les personnes de plus de 35 ans alors que les personnes de moins de 35 ans ont vu leur effectif diminuer de façon importante, principalement en raison d'un taux de fécondité inférieur au seuil de remplacement de la population.

En 2006, le nombre d'enfants âgés de moins de 5 ans (18 750) était beaucoup plus faible que le nombre d'adultes âgés de 30 à 34 ans (30 887), l'âge moyen de fécondité, pour un rapport de 0,62. Par comparaison, en 1971 ce rapport était de 1,06 (soit 34 995 / 32 895). En outre, notons que sur le graphique 3.3.1, l'effectif de la génération des bébés-boomers (née entre 1946 et 1966), qui correspondait aux cohortes d'âges des 5 à 9 ans à 20 à 24 ans en 1971, est à peu près identique à celui des cohortes âgées de 40 à 44 ans à 55 à 59 ans 35 ans plus tard.

 Graphique 3.3.1 Structure par âge de la population de langue maternelle française, Ontario, 1971 et 2006

Le faible effectif des plus jeunes générations en 2006 couplé au fait qu'au cours des prochaines décennies plusieurs cohortes franchiront le cap des plus de 65 ans produira donc une structure par âge témoignant d'un vieillissement important de la population de langue maternelle française à l'avenir.

Le vieillissement de la population étant principalement le fait d'un faible taux de fécondité, on peut présumer qu'il résulte également d'une non-transmission de la langue maternelle française aux enfants. Nous avons en effet constaté que bien que le taux de transmission intergénérationnelle du français ait augmenté dans les familles composées de couples exogames français-anglais entre 1971 et 2006, c'est tout de même plus de 7 enfants sur dix âgés de moins de 18 ans vivant au sein de ces familles qui se sont vus transmettre l'anglais comme langue maternelle.

Prise dans son ensemble, la continuité linguistique intergénérationnelle est cependant demeurée stable au cours de cette période. Celle-ci se mesure en établissant le rapport du nombre d'enfants de langue maternelle française âgés de moins de 5 ans à celui du nombre d'enfants dont la mère est de langue maternelle française2. En Ontario, cet indice était de 0,72 en 1971 et de 0,74 en 2006 (données non montrées). Bien que cet indice soit demeuré stable, la transmission intergénérationnelle est néanmoins défavorable à la population de langue maternelle française dans la mesure où cet indice de continuité intergénérationnelle est inférieur à 13. Un indice de 0,7 signifie que trois femmes de langue maternelle sur 10 ne transmettent pas cette langue à leurs enfants. En raison d'un faible taux de fécondité et d'un indice de continuité linguistique de cet ordre, Lachapelle et Lepage (à paraître) estiment que le nombre de naissances d'enfants de langue maternelle française sera diminué de prés de 50 % tous les trente ans.

La forte baisse des naissances qu'a connue le groupe de langue maternelle française depuis 35 ans n'est pas unique à ce groupe linguistique. Le graphique 3.3.2 rend compte de la structure par âge des principaux groupes de langue maternelle en 2006. On constate que bien que la part relative des cohortes de moins de 35 ans du groupe de langue maternelle anglaise soit plus importante que l'est celle des deux autres groupes, les conséquences d'un indice de fécondité inférieur au seuil de remplacement des générations sont également apparentes chez ce groupe linguistique. Contrairement au groupe de langue maternelle française et tierce, le groupe anglophone bénéficie de l'apport de la mobilité linguistique intergénérationnelle des deux autres groupes. En 2006, l'indice de continuité linguistique intergénérationnelle du groupe anglophone était de 1,15.

Notons également que la surreprésentation du groupe de tierce langue maternelle parmi les cohortes âgées de 25 à 45 ans est principalement tributaire des politiques d'immigration qui ont tendance à favoriser l'immigration des personnes en âge de faire partie de la population active.

 Graphique 3.3.2 Structure par âge des populations de langue maternelle française, anglaise et autres, Ontario, 2006 (taux pour 1000)

Finalement, la structure par âge du groupe francophone en Ontario doit être également examinée à la lumière de l'information sur la première langue officielle parlée. Nous avons en effet montré que la population dont le français est la première langue officielle parlée était de 538 000 comparativement à 510 000 pour ce qui est de la population de langue maternelle française. Les différences dans les structures par âge telles que présentées au graphique 3.3.3 sont faibles. On y observe toutefois un effectif un peu plus important des personnes de PLOP française parmi les cohortes de 4 à 9 ans et celle de 50 à 54 ans, avec un écart plus important chez le groupe des 10 à 19 ans. Ces écarts, bien que faibles, résultent principalement de l'apport de l'immigration internationale des personnes de tierce langue maternelle qui ont le français comme PLOP.

 Graphique 3.3.3 Effectif des populations de langue maternelle française et de première langue officielle parlée française, Ontario, 2006

3.4 Les transferts linguistiques ou la mobilité linguistique intragénérationnelle

Les transferts linguistiques, aussi appelés parfois substitutions linguistiques, désignent le phénomène suivant lequel la principale langue d'usage au foyer est différente de la langue maternelle des individus. Ce phénomène de mobilité linguistique n'a pas d'incidence directe sur l'évolution des groupes linguistiques définis selon la langue maternelle. Toutefois, dans la mesure où la langue qui domine au foyer est habituellement celle qui est transmise aux enfants, elle influe donc à long terme sur le devenir des groupes linguistiques. En outre, lorsque le critère utilisé pour la définition des groupes linguistiques est celui de la première langue officielle parlée, la langue parlée le plus souvent à la maison a une influence directe sur l'effectif du groupe francophone. Par exemple, selon ce critère, les personnes ayant une connaissance des deux langues officielles et qui ont soit le français et l'anglais soit une tierce langue comme langue maternelle font partie du groupe de langue anglaise s'ils parlent l'anglais le plus souvent au foyer. De même, les personnes de tierce langue maternelle qui connaissent les deux langues officielles et qui parlent le français le plus souvent au foyer font partie du groupe dont le français est la première langue officielle parlée.

Au fil des recensements, on a pu constater une augmentation des transferts linguistiques chez les personnes de langue maternelle française en Ontario. Ainsi, en 1971, environ 30 % des Ontariens dont le français était la langue maternelle déclaraient parler une autre langue, essentiellement l'anglais, le plus souvent à la maison. Chez les personnes de tierce langue maternelle, cette proportion atteignait près de 41 %. Trente-cinq ans plus tard, 42 % des personnes de langue maternelle française déclaraient parler une autre langue que le français le plus souvent au foyer. Chez les personnes de tierce langue maternelle, la proportion des transferts linguistiques est demeurée à peu près stable, principalement en raison de la forte immigration de personnes de tierce langue maternelle qu'a connue la province, en particulier depuis le milieu des années 1980.

 Tableau 3.4.1 Taux de transferts linguistiques selon la langue maternelle, Ontario, 1971 à 2006

Un indice de continuité linguistique peut également être utilisé comme corollaire du taux de transfert linguistique. Cet indice représente le rapport de l'effectif de personnes d'une langue d'usage donnée (au foyer) à l'effectif des personnes de langue maternelle correspondante. Lorsque cet indice est supérieur à 1, cela signifie que ce groupe ressort gagnant des échanges avec les autres groupes linguistiques alors qu'un indice inférieur à 1 signifie une situation défavorable au groupe en question.

À la lumière des statistiques présentées au tableau 3.4.2, on constate que le groupe de langue maternelle anglaise de l'Ontario a vu son indice de continuité linguistique passer de 1,10 à 1,18 entre 1971 et 2006 alors que celui du groupe francophone passait de 0,73 à 0,60. En d'autres mots, bien que l'effectif des personnes dont le français est la langue maternelle se soit accru de près de 30 000 personnes au cours de cette période, celui dont cette langue est la principale langue d'usage au foyer a fléchi de près de 48 000 personnes.

 Tableau 3.4.2 Population selon la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison1 et indice de continuité linguistique, Ontario, 1971 et 2006

L'indice de continuité de 0,61 du groupe de langue maternelle française prend par ailleurs en compte le fait qu'en Ontario près de 11 000 personnes ont une tierce langue maternelle et parlent le français le plus souvent à la maison (tableau 3.4.3). De même, il tient compte du fait que plus de 10 200 personnes de langue maternelle anglaise ont le français comme principale langue d'usage au foyer.

 Tableau 3.4.3 Population selon la langue maternelle1 et la langue parlée le plus souvent à la maison1, et indice de continuité linguistique, Ontario, 2006

En raison du fait que la principale langue d'usage d'un individu à la maison diffère de sa langue maternelle, la notion de transfert linguistique a souvent été perçue comme un phénomène désignant l'abandon de la langue maternelle. Or, depuis 2001, le recensement canadien comporte une question sur les langues autres que la langue principale qui sont parlées de façon régulière au foyer. Bien qu'il puisse être difficile de juger de la façon dont les répondants interprètent cette nouvelle question, des tests qualitatifs effectués auprès de répondants ainsi que les résultats d'enquête (EVMLO) ont montré que ceux-ci y associaient habituellement une utilisation quotidienne de cette langue.

Les résultats du recensement sur cette question permettent de distinguer le phénomène du transfert linguistique partiel de celui du transfert linguistique complet. Par le fait même, le corollaire de cette distinction amène à nuancer la notion de continuité linguistique dans la mesure où l'utilisation régulière de sa langue maternelle au foyer ne peut être interprétée comme une discontinuité d'usage linguistique.

En 2006, 289 000 Ontariens parlaient le français comme seule langue principale à la maison alors que 32 500 personnes déclaraient parler cette langue le plus souvent en combinaison avec l'anglais ou une tierce langue (tableau 3.4.4). Ainsi, ce sont près de 2,7 % des Ontariens qui ont déclaré avoir le français comme langue principale. Les données tirées du Recensement de 2006 révèlent que 222 480 Franco-Ontariens ont déclaré parler régulièrement le français à la maison, bien qu'elle ne soit pas leur principale langue d'usage (tableau 3.4.5). En somme, le français est parlé le plus souvent ou régulièrement par 4,5 % de la population4.

 Tableau 3.4.4 Population selon la langue maternelle, la langue parlée le plus souvent à la maison et les autres langues parlées régulièrement à la maison, Ontario, 2006

 Tableau 3.4.5 Présence du français en tant que langue maternelle, première langue officielle parlée, langue parlée le plus souvent à la maison et langue parlée régulièrement à la maison, Ontario, 2006

L'information sur l'utilisation régulière du français comme langue secondaire au foyer permet de distinguer les transferts linguistiques complets des transferts linguistiques partiels. Ainsi, en se fondant sur les réponses uniques à la question sur la première langue apprise et encore comprise au moment du Recensement de 2006 (communément appelée langue maternelle), on constate au tableau 3.4.6 que, pour l'ensemble de l'Ontario, 23 % des personnes dont le français est la langue maternelle n'utilisent pas le français au moins régulièrement à la maison (transfert complet) alors que 19 % en font un usage régulier (transfert partiel).

Nous avons déjà montré à la section 2.3 que les francophones étaient assez concentrés sur le territoire ontarien et que, par conséquent, leurs comportements linguistiques sont influencés par la part relative qu'ils représentent au sein de leur milieu. Par exemple, on constate que le taux de transferts linguistiques dans la région du Sud-Est est de 18 %, dont 8 % de transferts complets et 11 % de transferts partiels. À l'opposé, les régions de Toronto et du Reste de l'Ontario affichent respectivement des taux de transferts de 59 % et de 67 %, dont des taux de transferts complets de 34 % et de 43 %.

 Tableau 3.4.6 Taux de transferts linguistiques partiels et complets selon la région, personnes de langue maternelle française, Ontario, 2006

On sait également que les taux de transferts linguistiques varient selon le groupe d'âge des Franco-Ontariens (tableau 3.4.7). Ainsi, les francophones de moins de 15 ans ont davantage tendance à parler le français le plus souvent à la maison que ceux des autres groupes d'âge. De fait, les trajectoires linguistiques des Franco-Ontariens qui vivent en milieu minoritaire sont influencées par leurs trajectoires de vie (le type d'institution d'enseignement fréquentée, la langue principale des amis, le milieu de travail, le groupe linguistique du conjoint, etc.). Les statistiques de 2006 révèlent que les Franco-Ontariens les plus susceptibles d'avoir effectué un transfert linguistique complet sont ceux âgés de 55 ans ou plus. Toutefois, c'est chez les francophones âgés de 25 à 34 ans que les transferts partiels sont proportionnellement les plus nombreux (26 %). Par conséquent, le français n'est pas la langue d'usage principale au foyer pour près d'un francophone sur deux âgé de 25 ans ou plus.

 Tableau 3.4.7 Taux de transferts linguistiques partiels et complets selon le groupe d'âge, personnes de langue maternelle française, Ontario, 2006

L'exogamie est souvent associée aux transferts linguistiques des francophones à l'extérieur du Québec. En effet, 81 % des francophones qui habitent en situation d'exogamie avec un conjoint de langue maternelle anglaise parlent l'anglais le plus souvent à la maison. Les données de l'EVMLO de 2006 permettent cependant de mieux documenter le lien entre l'exogamie et le transfert linguistique des francophones. Ainsi, dans bien des cas, on constate que le transfert linguistique a eu lieu bien avant le moment de former une union avec un conjoint anglophone : environ 64 % des francophones qui vivent en situation d'exogamie ont commencé à parler l'anglais le plus souvent à la maison avant l'âge de 21 ans et 39 % avant l'âge de 15 ans. Chez les francophones âgés de 25 à 44 ans, soit ceux susceptibles d'avoir de jeunes enfants, ces proportions s'élevaient à 69 % et à 46 % respectivement. Ainsi, ce n'est pas tant l'exogamie qui influe directement sur le fait qu'un francophone parle l'anglais le plus souvent à la maison. De fait, ces résultats donnent à penser qu'habiter en milieu fortement minoritaire accroît l'usage de la langue majoritaire dans les activités quotidiennes et influe à moyen terme sur la langue principale des francophones et, ultimement, sur la propension à choisir un conjoint de langue anglaise. Quoi qu'il en soit, le lien entre exogamie et langue d'usage au foyer est certainement bi-directionnel.

Les données tirées de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) jettent un éclairage sur l'association qu'on tend à établir entre transfert linguistique et anglicisation. L'enquête comprend en effet une question sur la langue principale des répondants, c'est-à-dire celle dans laquelle ils sont le plus à l'aise pour parler. À la lumière des résultats présentés au tableau 3.4.8, on constate qu'une proportion importante des francophones ont soit l'anglais soit les deux langues officielles comme langue principale. De plus, ces proportions varient selon la région de résidence et, par conséquent, la proportion que représentent les francophones dans leur municipalité.

 Tableau 3.4.8 Langue principale des Franco-Ontariens dont le français est la première langue officielle parlée selon la région de résidence, Ontario, 2006

En comparant les statistiques présentées dans ce tableau à celles portant sur les transferts linguistiques (tableau 3.4.6), on constate que, selon la région, une proportion plus importante de francophones déclarent parler le plus souvent l'anglais à la maison (transferts linguistiques complets et partiels) que celle des francophones qui déclarent être plus à l'aise en anglais qu'en français. Par exemple, 50 % des francophones de Toronto déclarent être plus à l'aise en anglais qu'en français alors que 67 % déclarent parler l'anglais le plus souvent à la maison. De même, dans le Sud-Est de la province, 15 % des francophones déclarent être plus à l'aise en anglais qu'en français, alors que 26 % déclarent parler l'anglais le plus souvent à la maison (transferts complets et partiels).

3.5 Usage du français dans la sphère publique

Les statistiques tirées du recensement de la population permettent de faire état de l'utilisation des langues dans la sphère privée (au foyer) et, comme nous le verrons à la section portant sur la population active, sur l'utilisation des langues en milieu de travail. Mais que savons-nous de l'utilisation des langues, du français en particulier, dans des domaines d'interaction autres que celui du foyer?

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle comporte de nombreuses questions sur l'utilisation des langues dans divers domaines de la sphère publique tels les commerces, les institutions du système de santé (que nous aborderons plus en détail à la section suivante), les activités de bénévolat, de soutien social, les activités communautaires ou sportives, etc. Certaines questions de l'enquête portent également sur des domaines qui se situent à la frontière des sphères privée et publique tels, par exemple, la langue parlée avec les amis à l'extérieur du foyer, la langue dans laquelle on « consomme » divers médias. Tout comme c'est le cas dans d'autres domaines, la consommation des médias en français dépend non seulement des choix individuels, mais également du degré de disponibilité des divers médias dans cette langue, bien que l'Internet ait grandement amélioré les choses à ce propos.

L'utilisation du français à l'extérieur du foyer varie d'un domaine à l'autre de la sphère publique. Les statistiques présentées au graphique 3.5.1 permettent de constater que c'est dans la consommation des différents médias culturels (radio, télévision, journaux, livres, internet) que la présence du français est la plus faible. Environ 34 % des francophones de la province utilisent le plus souvent le français (seul ou avec une autre langue) dans ce domaine. Seuls 12 % en font un usage prédominant.

À l'extérieur du milieu familial, ce dernier étant le domaine où le français est le plus souvent parlé (seul ou avec une autre langue) par 60 % des francophones, c'est avec les amis que les francophones font l'usage le plus répandu du français. Ainsi, 34 % d'entre eux déclarent faire surtout usage du français alors que 16 % ont déclaré faire usage tant du français que de l'anglais. Le degré d'utilisation du français au travail est assez semblable à ce qu'on observe dans les institutions et les commerces. Toutefois, notons à cet égard que l'utilisation du français dans les commerces spécifiquement est encore plus faible (données non montrées), soit à peine plus de 15 % des francophones de la province déclarant utiliser surtout le français avec les employés des commerces fréquentés le plus souvent.

 Graphique 3.5.1 Proportion de francophones selon l'utilisation des langues dans divers domaines de la sphère publique et privée, Ontario, 2006

Tout comme on avait pu l'observer dans les sections précédentes, l'utilisation du français dans l'ensemble des domaines de la sphère publique (médias, institution et commerces, travail, réseau immédiat et amis à l'extérieur du foyer) varie d'une région à l'autre au sein de la province5. Ainsi, le français est la principale langue utilisée (seul ou avec une autre langue) par plus de 80 % des francophones résidant dans le Sud-Est de la province. Si l'on exclut l'utilisation à égalité avec l'anglais, le français est utilisé de façon prédominante par 53 % des francophones de cette région.

L'utilisation prédominante du français est similaire à Ottawa et dans le Nord-Est de la province. Toutefois, le français est davantage utilisé dans la capitale nationale si l'on tient compte de l'utilisation du français à égalité avec l'anglais.

 Graphique 3.5.2 Proportion de francophones selon l'indice général d'utilisation des langues dans divers domaines de la sphère publique, Ontario et ses régions, 2006

3.6 Connaissance du français

Pour les personnes dont le français est la langue principale, les opportunités d'utiliser cette langue peuvent s'accroître lorsque les personnes dont le français n'est pas la première langue officielle parlée peuvent soutenir une conversation dans cette langue.

Alors que 4,4 % de la population ontarienne a déclaré le français seul ou avec une autre langue comme langue maternelle et qu'une proportion similaire a le français comme première langue officielle parlée, la capacité déclarée de pouvoir soutenir une conversation en français se situe à 11,9 % pour l'ensemble de la population ontarienne. En 2006, si 88 % des personnes de langue maternelle française ont déclaré une connaissance des deux langues officielles, cette proportion n'était que de 8,6 % chez les personnes de langue maternelle anglaise et de 6,7 % chez les personnes de tierce langue maternelle. Chez ces dernières, 8,2 % des personnes, pour la plupart des immigrants récents, ont déclaré ne pouvoir soutenir une conversation ni en français ni en anglais.

 Tableau 3.6.1 Connaissance des langues officielles selon la langue maternelle, Ontario, 2006

La capacité de soutenir une conversation en français chez les personnes dont le français n'est pas la première langue officielle parlée dépend de plusieurs facteurs, dont l'intérêt d'apprendre la langue, l'importance, l'utilité et le statut perçus de cette langue. En outre, les caractéristiques démographiques de la population considérée ainsi que le contexte démolinguistique y jouent un rôle prépondérant. Les graphiques 3.6.1 et 3.6.2 permettent ainsi de constater que le niveau de connaissance du français par les non-francophones dépend grandement de la région où ils habitent et, par conséquent, de la proportion qu'y représente la population de langue française.

À l'échelle de l'ensemble de la province, près de 8 % des non-francophones peuvent soutenir une conversation en français. Cette proportion atteint cependant 29 % dans la région du Sud-Est et 27 % à Ottawa. Les non-francophones du Nord-Est de la province affichent quant à eux un niveau de connaissance du français de 15 %, alors que ceux qui résident à Toronto et dans le Reste de la province présentent des proportions soit similaires soit inférieures à la moyenne provinciale.

 Graphique 3.6.1 Taux de bilinguisme français et anglais chez les personnes dont l'anglais est la première langue officielle parlée selon la région, Ontario, 2006

Une autre façon de mettre en évidence le lien entre le lieu de résidence et la connaissance du français chez les non-francophones consiste à présenter les statistiques selon le poids relatif de la minorité francophone au sein de la municipalité de résidence. Dans les municipalités où les francophones représentent moins de 10 % de la population, une situation vécue par 36 % des Franco-Ontariens, le taux de bilinguisme français-anglais chez les non-francophones dépasse à peine 6 %. Dans celles où ils représentent entre 10 % et 30 % de la population de leur municipalité, c'est le cas de 42 % des Franco-Ontariens, le niveau de connaissance du français chez les non-francophones grimpe à plus de 23 %. Ainsi, plus forte est la part relative des francophones au sein de leur municipalité, plus élevée sera le niveau de connaissance du français chez les non-francophones. Fait digne de mention, même lorsque les francophones représentent 70 % ou plus de la population dans leur milieu de résidence, le niveau de connaissance du français par les non-francophones atteint à peine 45 %.

 Graphique 3.6.2 Taux de bilinguisme français et anglais chez les personnes dont l'anglais est la première langue officielle parlée selon la proportion que représentent les francophones au sein de la municipalité de résidence, Ontario, 2006

La connaissance du français chez les non-francophones est habituellement plus répandue chez les personnes de langue maternelle anglaise que chez celles de tierce langue maternelle, à une exception près au sein du groupe des 10 à 14 ans. La connaissance du français est également beaucoup plus répandue chez les plus jeunes en raison de la fréquentation des programmes d'immersion en français ou de français langue seconde. Parce que l'apprentissage du français se fait habituellement à l'école, le taux de bilinguisme atteint un sommet au sein du groupe d'âge de 15 à 19 ans, au moment où les jeunes terminent leurs études secondaires.

 Graphique 3.6.3 Proportion des personnes de langue maternelle anglaise et tierce pouvant soutenir une conversation en français et en anglais au sein de chacun des groupes d'âge de cinq ans, Ontario, 2006

Toutefois, bien que la connaissance du français semble avoir légèrement progressé entre 2001 et 2006 au sein de la population anglophone, elle continue de diminuer chez les jeunes de 15 à 19 ans. Ainsi, de 18 % qu'il était en 1996, le taux de bilinguisme français-anglais des jeunes Ontariens de langue maternelle anglaise a perdu du terrain, atteignant 16 % en 2001 et 13,7 % en 2006.

En outre, la capacité des jeunes anglophones à maintenir leur connaissance du français comme langue seconde diminue avec le temps. Comme en témoigne le graphique 3.6.4, lorsqu'on considère les jeunes de 15 à 19 ans en 1996, on constate que leur taux de bilinguisme déclaré lors de ce recensement (18 %) atteint 14,8 % en 2001, alors que cette cohorte est âgée de 20 à 24 ans, et 13,2 % en 2006 alors que cette même cohorte est âgée de 25 à 29 ans. On observe une tendance analogue chez les jeunes qui étaient âgés de 15 à 19 ans en 2001 et qui ont entre 20 et 24 ans cinq ans plus tard.

Graphique 3.6.4 Proportion des personnes de langue maternelle anglaise pouvant soutenir une conversation en français et anglais selon les groupes d'âge, Ontario, 1996, 2001 et 2006

Il est difficile de cerner les causes exactes de cette baisse de la capacité de soutenir une conversation en français chez les jeunes Ontariens de langue maternelle anglaise âgés de 15 à 19 ans. Comme en rend compte le tableau 3.6.2, les effectifs de fréquentation des programmes d'immersion, bien qu'ayant fluctué légèrement d'une année à l'autre, sont demeurés relativement stables entre 2000 et 2006. On note toutefois qu'entre 2000 et 2003, cet effectif a diminué de 3 % pour retrouver son niveau initial trois ans plus tard. Par ailleurs, les statistiques portant sur l'année 2006-2007 se démarquent nettement en ce que l'accroissement des effectifs inscrits à un programme d'immersion y atteint 3,7 %.

 Tableau 3.6.2 Effectifs des enfants inscrits en immersion française et dans des programmes réguliers de langue française aux niveaux primaires et secondaires dans les écoles publiques de l'Ontario, 2000-2001 à 2006-2007

3.7 Migration (mouvements migratoires interprovinciaux et internationaux)

La mobilité des francophones à l'intérieur du Canada ainsi que l'apport de l'immigration internationale sont des facteurs d'influence importants sur l'évolution de la population de langue française en Ontario.

3.7.1 Lieu de naissance

Le tableau 3.7.1 rend compte du lieu de naissance des francophones de l'Ontario. En 2006, 64 % de ceux-ci étaient nés en Ontario, comparativement à près de 60 % de ceux dont le français est la première langue officielle parlée. Selon le critère adopté, la proportion de Franco-Ontariens nés dans une autre province ou un territoire du Canada se situait entre 27 % et 29 %, dont la très grande majorité en provenance du Québec. Quant aux personnes nées à l'étranger, pour la plupart des immigrants6, ils composaient 7 % de la population de langue maternelle française et 14 % de celle dont le français est la première langue officielle parlée.

 Tableau 3.7.1 Lieu de naissance des francophones selon la langue maternelle et la première langue officielle parlée, Ontario, 2006

Ces résultats varient grandement selon qu'on considère l'une ou l'autre des régions de la province. Ainsi, alors que moins d'une personne sur cinq résidant dans la région du Sud-Est et environ une sur six dans celle du Nord-Est est née dans une autre province ou territoire au Canada (principalement au Québec), cette proportion atteint environ 28 % à Toronto et à Ottawa, et 38 % dans le « Reste » de la province. Pour ce qui est des personnes nées à l'étranger, le graphique 3.7.1 rend bien compte du fait que l'immigration de langue française en Ontario est, tout comme celle de l'immigration non francophone, concentrée dans les grands centres urbains. De fait, la population francophone de Toronto est composée pour la moitié de personnes nées à l'extérieur du pays alors qu'à Ottawa et dans le « Reste » de la province ces proportions se situent à 15 % et 18 % respectivement.

 Graphique 3.7.1 Lieu de naissance des personnes ayant le français comme première langue officielle parlée selon la région, Ontario, 2006

3.7.2 Immigration internationale

L'Ontario est la province qui reçoit le plus grand nombre d'immigrants internationaux. Ainsi, en 1971, 52 % des immigrants au Canada résidaient dans cette province, soit à peine moins qu'en 2006 (55 %). Il en va de même pour les immigrants de langue française à l'extérieur du Québec : 69 % de tous les immigrants de langue française qui s'y établissent résident en Ontario, en particulier dans les régions métropolitaines d'Ottawa et de Toronto.

L'immigration francophone en Ontario n'est pas un phénomène récent. Toutefois, en raison de la forte croissance de l'immigration internationale qu'a connue le Canada depuis le milieu des années 1980, la population immigrée de langue française de la province s'est accrue de 54 % entre 1991 et 2001. La plupart de ces immigrants ont une tierce langue maternelle et ont soit le français soit les deux langues officielles du pays comme première langue officielle parlée.

La population immigrée dont le français était la première langue officielle parlée représente une très faible proportion de l'ensemble de la population immigrée dans la province. En 2006, cette part relative était en effet de 2 %. De même, alors que le poids relatif de la population immigrée au sein de la population francophone de la province représentait près de 13 % lors du dernier recensement, celle de la population immigrée dont l'anglais est la première langue officielle parlée composait près de 28 % de la population anglophone (tableau 3.7.2.1).

 Tableau 3.7.2.1 Effectifs, proportions et part relative des immigrants de langue française et de langue anglaise, Ontario, 1971 à 2006

Les immigrants de langue française en Ontario proviennent de pays divers. Toutefois, une forte proportion d'entre eux proviennent d'un nombre restreint de pays. Les données du Recensement de 2006 révèlent que près de trois immigrants sur dix sont originaires du continent africain, un 30 % additionnel proviennent de l'Europe occidentale et environ 10 % des Caraïbes. Le tableau 3.7.2.2 présente les principaux pays d'origine des immigrants qui résident en Ontario. On y observe que la France est, et de loin, le pays d'où provient le plus grand nombre d'immigrants de langue française, suivie d'Haïti et de la République démocratique du Congo. Les douze pays présentés dans ce tableau composent 54 % de l'immigration de langue française en Ontario. En incluant l'Île Maurice, quatre pays africains forment à eux seuls une proportion de plus de 16 % de l'ensemble de ces immigrants de langue française comparativement à 12 % pour la France.

 Tableau 3.7.2.2 Principaux pays d'origine des immigrants de langue française, Ontario, 2006

3.7.3 Migration interprovinciale

Depuis 1981, le solde migratoire net entre l'Ontario et les autres provinces et territoires a été positif. À l'exception du sommet atteint entre 1986 et 1991, période pendant laquelle plus de 35 000 francophones avaient quitté l'Ontario vers les autres provinces, les départs vers les autres provinces ont généralement oscillé entre 25 000 et 30 000 au cours d'un lustre donné. Pour ce qui est de la migration vers l'Ontario, c'est entre 1981 et 1986 que celle-ci a été la plus importante (plus de 38 000), alors qu'un creux a été atteint entre 2001 et 2006 (25 600). Le solde migratoire net positif de près de 11 000 francophones qu'a connu l'Ontario entre 1996 et 2001 provenait essentiellement du Québec.

 Tableau 3.7.3 Migration interprovinciale entre l'Ontario et les autres provinces et territoires selon la première langue officielle parlée, 1981 à 1986, 1986 à 1991, 1991 à 1996, 1996 à 2001 et 2001 à 2006

Les graphiques 3.7.3.1 et 3.7.3.2 rendent compte des mouvements migratoires entre l'Ontario et les autres provinces et territoires entre 2001 et 2006. On y constate que parmi les quelque 26 000 francophones qui sont venus s'établir en Ontario en provenance des autres provinces et territoires, 75 % résidaient au Québec en 2001, comparativement à 6 % en provenance du Nouveau-Brunswick et de l'Alberta. De même, parmi les 29 000 francophones qui vivaient en Ontario en 2001 et qui ont migré vers d'autres provinces, les trois quarts sont allés s'établir au Québec.

 Graphique 3.7.3.1 Provenance des francophones qui vivaient dans d'autres provinces et territoires en 2001 et qui sont venus s'établir en Ontario entre 2001 et 2006

 Graphique 3.7.3.2 Destination des francophones qui ont quitté l'Ontario entre 2001 et 2006


Notes

  1. La transmission d'une langue se fait aussi bien entendu des pères aux enfants, mais c'est habituellement celle de la mère qui prédomine.
  2. Pour ce faire, les démographes considèrent généralement les enfants vivant dans une famille biparentale ou monoparentale dirigée par une femme, lesquels représentent plus de 97 % de l'ensemble des enfants de ce groupe d'âge.
  3. Pour un examen approfondi de cette approche, se référer à Lachapelle et Lepage, Les langues au Canada : Recensement de 2006, Statistique Canada et Patrimoine canadien (à paraître).
  4. La somme des proportions associées à la langue parlée le plus souvent et régulièrement au tableau 3.4.5 est légèrement différente (4,8 %) en raison de l'arrondissement des valeurs associées à chacune de ces deux variables.
  5. Se référer à l'annexe C pour une description de l'indice général d'utilisation des langues dans la sphère publique.
  6. Les personnes nées à l'étranger comprennent les immigrants, les résidents non permanents et les Canadiens de naissance nés à l'étranger.
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