Données et schémas de base

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Le principal ensemble de données que nous utilisons dans la présente étude est l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), volet canadien de l'Enquête sur la littératie et les compétences des adultes (ELCA). Statistique Canada a mené cette enquête en 2003 pour étudier les compétences des Canadiens. Les données de l'EIACA contiennent les résultats de tests de littératie, de numératie et de résolution de problèmes, ainsi que des renseignements sur les variables liées au marché du travail, dont le revenu, le niveau de scolarité et la situation d'activité. L'enquête vise les personnes de 16 ans et plus et notre analyse porte sur le même groupe d'âge. Nous écartons les personnes qui déclarent les études comme activité principale afin de nous concentrer sur l'influence de la scolarisation achevée et sur l'évolution ultérieure des compétences individuelles. Nous écartons également la population autochtone suréchantillonnée, qui fera l'objet d'une analyse attentive dans une étude distincte. Enfin, nous écartons les observations qui ne comportent pas de renseignements sur l'âge au moment de l'arrivée ou sur l'éducation et, dans l'analyse des gains, nous écartons aussi les observations qui ne comportent pas de renseignements sur les gains. Alors qu'une grande partie de la documentation sur l'immigration porte sur les hommes, nous analysons les immigrants des deux sexes. Dans notre analyse, nous utilisons les poids d'échantillonnage; toutes les statistiques sommaires et les estimations de régression sont donc représentatives à l'échelle nationale. Dans l'analyse de régression, lorsque nous calculons les erreurs types des estimations de coefficient, nous utilisons également les poids de rééchantillonnage jackknife fournis dans l'ensemble de données pour tenir compte de la complexité du plan d'enquête.

Notre échantillon combiné d'immigrants et de personnes nées au Canada compte 18 373 observations, dont 3 709 correspondent à des immigrants. Toutefois, lorsque nous étudions l'influence des capacités cognitives sur les gains individuels, nous restreignons l'échantillon aux travailleurs rémunérés, ce qui exclut les chômeurs et les inactifs. Nous excluons également les travailleurs indépendants et les travailleurs dont les gains hebdomadaires sont égaux ou inférieurs à 50 $, ou encore supérieurs à 20 000 $. Cette dernière restriction exclut un petit nombre de travailleurs dont les gains constituent des valeurs nettement aberrantes par rapport au reste de l'échantillon. Nous excluons les travailleurs indépendants parce que nous voulons évaluer la rétribution des compétences sur le marché du travail, alors que les gains du travail indépendant représentent à la fois le rendement des compétences et celui du capital.

Dans notre analyse des gains, nous avons pris les gains hebdomadaires comme variable dépendante. Dans l'EIACA, on demande d'abord aux répondants quelle est leur période de paye courante, puis leurs gains habituels pendant cette période de paye. À l'aide de ces réponses, nous construisons une mesure des gains hebdomadaires pour chaque travailleur rémunéré. Par exemple, dans le cas d'une personne qui déclare une rémunération mensuelle, nous divisons donc les gains mensuels habituels par 4,333.

Le principal objectif, et principal avantage, de l'EIACA est de produire des mesures de quatre compétences : la compréhension de textes suivis, la compréhension de textes schématiques, la numératie et la résolution de problèmes. Les questions des tests ne visent pas à mesurer les capacités en mathématiques et en lecture, mais plutôt à évaluer la capacité d'appliquer des compétences aux situations de la vie courante. Ainsi, les questions relatives aux textes schématiques, qui visent à évaluer la capacité de repérer et d'utiliser de l'information sous diverses formes, vont de l'identification de pourcentages dans les éléments d'un graphique figuratif à l'évaluation d'un prix moyen fondée sur plusieurs éléments d'information. Quant aux questions concernant la numératie, elles vont de la simple addition d'éléments d'information sur un bon de commande au calcul du pourcentage de calories contenues dans la matière grasse d'un Big Mac d'après un tableau de données nutritionnelles. Les questions sont donc axées sur la mise en application et l'utilisation des compétences dans le monde réel et visent à évaluer non seulement les aptitudes actuelles, mais aussi l'aptitude à répondre à des questions dans d'autres contextes (Murray, Clermont et Binkley, 2005)1. Il s'agit d'un point important quant à l'interprétation de nos résultats, car nous voulons interpréter les résultats des tests comme une indication des compétences pertinentes à l'emploi au moment de l'interview, plutôt que des capacités inhérentes. Il convient de souligner que ces compétences sont essentiellement de nature cognitive.

On a mené l'enquête en demandant d'abord aux répondants d'accomplir un ensemble restreint de « tâches de base ». La majorité des répondants ont ensuite répondu à l'enquête et accompli un ensemble de « tâches principales » choisies au hasard dans un vaste ensemble de tâches possibles. Ceux qui n'arrivaient pas à accomplir les « tâches de base » à cause de difficultés linguistiques ou d'autres limitations sont restés dans l'échantillon, mais leurs notes aux tests ont été imputées. Dans notre analyse empirique, nous neutralisons ce groupe, habituellement en incluant une variable fictive correspondant aux « personnes incapables d'accomplir les tâches principales ».

On remarque dans les données une étroite corrélation entre les diverses mesures des compétences cognitives. La corrélation est de 0,96 entre les notes en compréhension de textes suivis et en compréhension de textes schématiques, de 0,90 entre la compréhension de textes suivis et la numératie et de 0,93 entre la compréhension de textes suivis et la résolution de problèmes. En outre, une analyse en composantes principales n'a révélé que deux composantes principales, dont la première était beaucoup plus importante et correspondait à la même pondération pour les quatre notes. Ainsi, une simple moyenne des quatre notes fournit une grande partie des renseignements dont on dispose dans la mesure des compétences. C'est cette mesure des compétences que nous utilisons dans une grande partie de l'analyse.

            Dans notre analyse, les autres grandes variables sont les mesures courantes du capital humain ainsi que les variables liées aux compétences linguistiques en anglais ou en français. À partir du nombre d'années de scolarité achevées déclaré par les répondants à l'enquête, nous avons pu construire la mesure courante de l'expérience possible de Mincer (âge, moins le nombre d'années de scolarité, moins 6). Comme nous connaissons l'âge auquel les immigrants sont arrivés au Canada, nous pouvons scinder leur expérience en deux composantes : l'expérience acquise à l'étranger et l'expérience acquise au Canada2. Nous examinons l'influence du niveau de scolarité au moyen du niveau de scolarité le plus élevé du répondant, réparti en quatre catégories : les personnes qui n'ont pas terminé leurs études secondaires, les diplômés de niveau secondaire, les diplômés de niveau postsecondaire non universitaire et les titulaires d'un baccalauréat ou d'un diplôme universitaire supérieur3. Comme nous l'avons mentionné plus haut, un avantage important des données de l'EIACA tient aux questions détaillées sur l'endroit où les immigrants ont fait leurs études. On demande notamment aux répondants le nombre total d'années de scolarité achevées ainsi que le nombre d'années de scolarité achevées ailleurs qu'au Canada. On demande également si le répondant a obtenu son niveau de scolarité le plus élevé au Canada. Dans notre analyse, ce renseignement nous permet d'établir une distinction entre les immigrants qui ont terminé leurs études au Canada et ceux qui l'ont fait à l'étranger. Il s'agit d'une distinction importante, que des ensembles de données comme celui du Recensement ne permettent pas d'établir avec précision.

comprend également une série de questions sur les compétences linguistiques en anglais ou en français, toutes les réponses étant autodéclarées. Nous retenons la question où l'on demande au répondant quelle est sa première langue parlée. Nous créons une variable fictive correspondant à un si la première langue parlée est autre que l'anglais ou le français. Enfin, nous incluons des variables fictives correspondant au pays d'origine. L'une correspond aux immigrants originaires des États-Unis ou du Royaume-Uni, une deuxième aux immigrants originaires de l'Europe continentale et une troisième aux immigrants originaires de l'Asie, le reste du monde formant la catégorie omise dans l'estimation4. Bon nombre d'études antérieures sur les immigrants révèlent que les effets du pays d'origine pèsent lourd dans la balance et que les immigrants originaires des États-Unis et du Royaume-Uni s'adaptent particulièrement bien à l'économie canadienne.

Les tableaux 3.1 et 3.2 montrent les statistiques sommaires des principales variables d'intérêt. Les immigrants des deux sexes ont, en moyenne, quatre ans de plus que leurs homologues nés au Canada; ils comptent donc quatre ans d'expérience de travail de plus. Les immigrants de sexe masculin déclarent une année de scolarité de plus que les hommes nés au Canada, mais les immigrantes déclarent une année de scolarité de moins que les femmes nées au Canada. Cet écart entre les sexes chez les immigrants et les personnes nées au Canada est également manifeste lorsqu'on examine le niveau de scolarité le plus élevé. Chez les hommes, la distribution de la formation scolaire des immigrants est très différente et généralement supérieure à celle des personnes nées au Canada. La proportion des hommes nés au Canada n'ayant pas fait d'études postsecondaires est de 57 %, contre 46 % chez les immigrants. De plus, les immigrants de sexe masculin possédant un diplôme universitaire sont proportionnellement beaucoup plus nombreux (31 %) que les hommes nés au Canada (18 %). Par contre, la proportion de femmes nées au Canada et n'ayant pas fait d'études postsecondaires est la même que chez les immigrantes (57 %) et celle des immigrantes n'ayant pas terminé leurs études secondaires (26 %) est supérieure à celle des femmes nées au Canada (23 %). Au sommet de la distribution des niveaux de scolarité, les immigrantes possédant un diplôme universitaire sont proportionnellement plus nombreuses (21 %) que les femmes nées au Canada (17 %), mais l'écart entre les immigrants et les personnes nées au Canada est beaucoup plus ténu que chez les hommes.

Tableau 3.1 Statistiques sommaires des immigrants et des hommes nés au Canada. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 3.1
Statistiques sommaires des immigrants et des hommes nés au Canada

Tableau 3.2 Statistiques sommaires des immigrants et des femmes nés au Canada. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 3.2
Statistiques sommaires des immigrants et des femmes nés au Canada

Les immigrants et les personnes nées au Canada se distinguent en outre par leurs niveaux de capacités cognitives, évalués en anglais ou en français. Les niveaux de compétence moyens des immigrants de sexe masculin varient de 241 à 252, alors que ceux des hommes nés au Canada varient de 274 à 281. Entre les deux groupes, on observe les écarts les plus marqués en compréhension de textes suivis et en résolution de problèmes, et les plus ténus, en numératie. Dans les quatre domaines, les niveaux de compétence des immigrants de sexe masculin sont de 9 % à 12 % inférieurs à ceux des hommes nés au Canada. Chez les femmes, en général, les écarts entre les compétences des deux groupes sont encore plus grands, allant de 31 points en résolution de problèmes à 44 points en compréhension de textes suivis. On observe les écarts les plus marqués en compréhension de textes suivis et en compréhension de textes schématiques, et les plus ténus, en résolution de problèmes. Dans les quatre domaines, les niveaux de compétence des immigrantes sont de 11 % à 16 % inférieurs à ceux des femmes nées au Canada.

            Un fait intéressant se dégage des tableaux 3.1 et 3.2, soit la proportion importante d'immigrants qui font des études au Canada. Les colonnes 1 et 2 distinguent les immigrants qui déclarent avoir fait une partie ou la totalité de leurs études au Canada de ceux qui n'ont pas fait d'études au Canada. On constate immédiatement que ces deux groupes présentent des caractéristiques très différentes. Les immigrants des deux sexes ayant étudié au Canada sont beaucoup plus jeunes et possèdent moins d'expérience de travail, mais au moins autant d'expérience sur le marché du travail canadien. Ils sont arrivés au Canada à un âge beaucoup plus jeune et sont au pays depuis beaucoup plus longtemps, même s'ils sont beaucoup plus jeunes que les immigrants ayant étudié à l'étranger. Sur le plan du niveau de scolarité, les immigrants ayant étudié au Canada comptent un nombre d'années de scolarité plus élevé et sont proportionnellement beaucoup moins nombreux à décrocher du secondaire, mais tout aussi nombreux à détenir un diplôme universitaire que leurs homologues ayant étudié à l'étranger. C'est peut-être au chapitre des compétences mesurées qu'on observe les écarts les plus frappants. Les immigrants ayant étudié au Canada ont des niveaux de compétence quelque peu inférieurs à ceux des personnes nées au pays, mais nettement supérieurs à ceux des immigrants ayant étudié à l'étranger. L'écart entre les compétences des immigrants ayant étudié à l'étranger et celles des personnes nées au Canada est particulièrement marqué chez les femmes. Par rapport aux hommes nés au Canada, l'écart dans les compétences moyennes des personnes ayant étudié à l'étranger va de 13 % en numératie à 17 % en compréhension de textes suivis et en résolution de problèmes, alors que chez les immigrants de sexe masculin ayant fait des études au Canada, l'écart moyen dans les compétences va de 3 % en numératie à 6 % en résolution de problèmes. Chez les immigrantes ayant étudié au Canada, l'écart dans les compétences est un peu plus élevé que chez les hommes, allant de 5 % en numératie à 8 % en compréhension de textes suivis et en résolution de problèmes. Chez les immigrantes ayant étudié avant d'arriver au pays, l'écart dans les compétences est énorme : environ 20 % dans les quatre domaines de compétence. Ces écarts donnent à penser que la neutralisation du pays d'origine de la scolarité peut effectivement jouer un rôle important pour expliquer la situation des immigrants sur le marché du travail. Ils laissent également entrevoir des écarts selon le sexe dans la situation des immigrants par rapport à celle des personnes nées au Canada.

Nous poursuivons l'examen de ces écarts dans les tableaux 3.3 et 3.4, qui montrent des statistiques sommaires de notre échantillon de travailleurs rémunérés. Cet échantillon fait également ressortir les écarts substantiels dans les caractéristiques des deux groupes d'immigrants. Par rapport aux personnes nées au Canada, les immigrants ayant étudié à l'étranger sont plus âgés et possèdent plus d'expérience de travail, mais moins d'expérience sur le marché du travail canadien. Ces généralisations sont valables tant chez les hommes que chez les femmes, mais les écarts entre les immigrants ayant étudié à l'étranger et les personnes nées au Canada sont plus modestes chez les femmes. Encore une fois, on observe des écarts entre les sexes chez les immigrants et les personnes nées au Canada au chapitre des niveaux de scolarité. Au bas comme au sommet de la distribution de la scolarité, les immigrants de sexe masculin ayant étudié à l'étranger possèdent un niveau de scolarité plus élevé que les hommes nés au Canada. Par exemple, 38 % sont des diplômés universitaires, contre 18 % chez les hommes nés au pays. Par contre, la distribution de la scolarité est plus dispersée chez les immigrantes ayant étudié à l'étranger que chez les femmes nées au Canada, les premières étant proportionnellement plus nombreuses à avoir décroché du secondaire et plus nombreuses à détenir un diplôme universitaire.

Tableau 3.3 Statistiques sommaires des immigrants et des hommes nés au Canada. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 3.3
Statistiques sommaires des immigrants et des hommes nés au Canada

Tableau 3.4 Statistiques sommaires des immigrants et des femmes nés au Canada. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 3.4
Statistiques sommaires des immigrants et des femmes nés au Canada

Cet avantage apparent des immigrants de sexe masculin au chapitre de l'éducation et de l'expérience ne se traduit pas par un revenu plus élevé. Les gains annuels et hebdomadaires moyens des hommes nés au Canada sont nettement supérieurs à ceux des immigrants ayant étudié à l'étranger, et l'écart entre les gains médians est encore plus grand. Par contre, les gains moyens des immigrants ayant étudié au Canada dépassent ceux des hommes nés au Canada, mais leurs gains médians sont légèrement inférieurs à ceux des Canadiens de naissance. Chez les femmes, les gains moyens et médians des immigrantes ayant étudié à l'étranger sont inférieurs à ceux des femmes nées au Canada, alors que les gains moyens et médians des immigrantes ayant étudié au Canada dépassent ceux des femmes nées au pays.

Cette énigme des gains inférieurs des immigrants ayant étudié à l'étranger, bien qu'ils possèdent généralement des niveaux de scolarité et d'expérience plus élevés, s'explique peut-être par le fait que le marché du travail canadien accorde une valeur différente à l'expérience et à l'éducation acquises à l'étranger par rapport à celles qui sont acquises après l'arrivée au Canada. Une autre explication possible tient au fait que les compétences des immigrants ayant étudié à l'étranger sont nettement inférieures à celles des personnes nées au Canada, malgré leurs niveaux de scolarité plus élevés et, au total, leur plus grande expérience sur le marché du travail. Nous allons maintenant examiner ces deux explications.


Notes

  1. L'EIACA s'inspire de l'EIAA qui a été menée dans plusieurs pays de 1994 à 1998. Deux des domaines de compétences, soit la compréhension de textes suivis et la compréhension de textes schématiques, sont définis et mesurés de la même manière dans les deux enquêtes.
  2. Expérience acquise à l'étranger : âge au moment de l'arrivée, moins le nombre d'années de scolarité à l'étranger, moins 6 si le résultat est positif, zéro dans le cas contraire. Expérience acquise au Canada : âge, moins l'âge au moment de l'arrivée, moins (nombre total d'années de scolarité moins le nombre d'années de scolarité à l'étranger) si le résultat est positif et si l'âge au moment de l'arrivée est égal ou supérieur à 6. Expérience acquise au Canada : âge, moins le nombre total d'années de scolarité, moins 6 si l'âge au moment de l'arrivée est inférieur à 6.
  3. Les personnes ayant entrepris des études postsecondaires sans les achever sont classées comme des diplômés de niveau secondaire.
  4. Nous avons aussi examiné une ventilation plus précise des pays d'origine, mais elle n'avait pratiquement pas d'influence sur les résultats.