Chapitre 4 : La période de 1985 à 1995 : un organisme plus solide

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Table des matières

Un nouveau statisticien en chef

En 1983, Martin Wilk prit des dispositions pour qu'Ivan Fellegi soit promu au nouveau poste de sous-statisticien en chef l'année suivante. Non seulement fit-il savoir de manière évidente qu'il existait un candidat tout désigné à sa succession, mais il prévit ainsi une période d'apprentissage. À vrai dire, Ivan Fellegi est probablement déjà un candidat de choix; cinq ans auparavant, lors de la recherche d'un nouveau statisticien en chef, le comité de sélection l'avait en effet approché pour l'inviter à une entrevue, mais il avait alors indiqué qu'il jugeait que ce n'était pas tout à fait le bon moment.

En 1985, Martin Wilk écrivit au premier ministre de l'époque, Brian Mulroney, pour l'informer de son intention de prendre sa retraite. Plus tard au cours de l'été 1985, Ivan Fellegi, alors à Bruges, en Belgique, avec sa famille, reçut un message dans lequel on lui demanda d'appeler le greffier du Conseil privé, Gordon Osbaldeston. Ce dernier l'informa que le premier ministre voulait savoir s'il était disposé à accepter le poste de statisticien en chef du Canada. Ivan Fellegi accepta et devint statisticien en chef du Canada le 1er septembre 1985, après avoir déjà travaillé près de 30 ans au sein de l'organisme.

Un homme qui fait mentir le destin

Ivan P. Fellegi reçoit l'Ordre du Canada du gouverneur général, le très honorable Ramon Hnatyshyn, 1992

Ivan Peter Fellegi est né en 1935 à Szeged, en Hongrie. Il fut initié très jeune aux mathématiques; à quatre ans, il savait déjà compter jusqu'à 1 000. Il développa une infection cérébrale à l'âge de 18 mois, et sa mère fut alors informée du fait que s'il survivait, il serait lourdement handicapé pour le reste de ses jours. Après un tel diagnostic, sa famille fit évidemment preuve de la plus grande vigilance; elle lui apprit non seulement à compter à l'âge de quatre ans, mais également à nommer toutes les capitales européennes ainsi qu'à réciter de la poésie. Lorsque l'Allemagne envahit la Hongrie en mars 1944, son père fut amené dans un camp de concentration en Autriche, et la famille fut ensuite déportée. La famille retourna en Hongrie en 1945, et l'entreprise familiale, une usine de maçonnerie en pierres, fut nationalisée quatre ans plus tard par le régime communiste. En raison de ses origines familiales « bourgeoises », Ivan Fellegi ne fut pas autorisé à fréquenter l'école dans sa ville natale, et il quitta donc la maison à l'âge de 14 ans pour s'inscrire à l'école secondaire à Budapest, la capitale du pays, où l'on ne connaîtrait pas ses origines. Le même obstacle fondé sur la classe sociale se dressa lorsque vint le temps d'aller à l'université. Il existait toutefois une autre option : les étudiants exceptionnels étaient admis à l'université, peu importe leurs antécédents familiaux. Tous les étudiants qui se classaient parmi les cinq premiers aux concours nationaux étaient automatiquement admis à l'université dans le domaine dans lequel ils avaient participé. Poète dans l'âme, Ivan Fellegi fut encouragé par ses professeurs à participer au concours en littérature hongroise. Il décida plutôt que l'option la plus sûre était de participer à l'examen en mathématiques, la logique des réponses mathématiques ne pouvant être contestée, tandis que la littérature était beaucoup plus subjective. Il réussit et fut admis à la Faculté de mathématiques de l'Université Eötvös Loránd (l'Université de Budapest).

Il venait de commencer sa quatrième année en mathématiques, en 1956, lorsque la révolution hongroise éclata. Son père le convainquit de quitter le pays, comme sa sœur l'avait fait quelques années plus tôt. Cependant, comme il aurait alors été impossible de le faire légalement, sa mère obtint astucieusement un certificat médical indiquant que son fils avait la tuberculose; Ivan Fellegi et un cousin furent ainsi envoyés à un sanatorium idéalement situé près de la frontière avec l'Autriche. Ils arrivèrent dans la ville frontalière trop tard pour être admis au sanatorium et prirent une chambre dans un hôtel local. Ils partirent à pied plus tard cette nuit-là. Il ne s'agissait toutefois pas d'une simple randonnée. Ils tombèrent sur un bûcheron, qui les regarda et leur dit qu'il ne voulait pas savoir qui ils étaient ni où ils allaient, mais qu'au cas où cela les intéresserait, il y avait des Russes « par là » et il n'y avait pas de Russes « par ici ». Ivan Fellegi et son cousin ne savaient pas quand ils traverseraient la frontière; ils savaient seulement que dès qu'ils entendraient des voix, leur sort serait déterminé par la langue qu'ils entendraient parler. Lorsqu'ils finirent par entendre ces voix fatidiques, la langue était… l'allemand. Ils furent donc pris en charge par une patrouille frontalière autrichienne.

Ivan Fellegi retrouva sa fiancée, Marika Gulyas, à Vienne, et ils partirent tous les deux pour le Canada, où ils arrivèrent en janvier 1957, en plein hiver. Leur première adresse canadienne fut celle d'une prison à Montréal, qui était à l'époque un refuge temporaire pour des centaines de réfugiés hongrois. Il emménagea ensuite avec sa sœur, qui faisait des études de médecine à Ottawa. Elle l'encouragea à poursuivre ses études et, quelques semaines plus tard, il s'inscrivit à la deuxième année du programme préparatoire aux études en médecine, qui débutait à l'automne à l'Université d'Ottawa.

Entre-temps, il se chercha un emploi et communiqua avec la Commission de la fonction publique. Heureux hasard, la fonction publique avait besoin de mathématiciens, et avait donc assoupli la règle voulant que seuls les citoyens canadiens pouvaient être embauchés par le gouvernement. En février 1957, Ivan Fellegi entra en fonction au Bureau fédéral de la statistique à titre d'adjoint technique. Il se rendit vite compte qu'il aimait profondément les statistiques, et il communiqua avec l'Université Carleton pour s'enquérir de la possibilité d'y suivre un programme de maîtrise en études statistiques. Même si celle-ci n'avait pas encore de programme de maîtrise, il s'avéra qu'elle avait l'intention d'en créer un. L'Université indiqua qu'elle accepterait Ivan Fellegi s'il réussissait un examen oral complet en mathématiques afin de prouver que ses connaissances étaient équivalentes à celles acquises dans le cadre d'un baccalauréat à l'université. Il réussit l'examen et commença à suivre des cours du soir, et il obtint sa maîtrise ès sciences en 1958, devenant le premier étudiant de l'Université Carleton à recevoir une telle distinction. Ivan Fellegi voulait également poursuivre des études de doctorat en statistique, mais l'Université Carleton ne comptait aucun professeur de statistique. La Faculté de mathématiques prit des dispositions pour qu'un professeur de Toronto — l'éminent Donald Alexander Stuart Fraser — révise sa thèse lorsqu'elle serait terminée. Ivan Fellegi prit le risque de poursuivre sa thèse sans conseiller pour le guider ou même pour approuver initialement son sujet. La reconnaissance de sa thèse, Sampling without Replacement with Probabilities Proportional to Size (Échantillonnage sans remise avec probabilités proportionnelles à la taille), témoigna de la pertinence du sujet pour le Bureau fédéral de la statistique, particulièrement dans le contexte de l'Enquête sur la population active. En 1961, une fois sa thèse approuvée par Donald Fraser et après deux heures et demie d'examen oral, il devint le premier doctorant de l'Université Carleton. La Faculté de mathématiques de l'Université d'Ottawa participa également à l'administration de l'examen.

Au Bureau fédéral de la statistique, Ivan Fellegi fut nommé chef du Service de recherche et de consultation en échantillonnage en 1962, directeur en 1965, directeur général de la Direction de la méthodologie et des systèmes en 1971, et statisticien en chef adjoint du Secteur des services statistiques en 1973. Il prit ensuite un congé de Statistique Canada de mai 1978 à mars 1979 pour siéger à la commission sur la réorganisation du système statistique des États-Unis établie par le président Carter. Il revint à Statistique Canada en 1979 à titre de statisticien en chef adjoint du Secteur de la statistique sociale, et il fut nommé sous-statisticien en chef de l'organisme en janvier 1984. Il occupa le poste de statisticien en chef du Canada pendant 23 ans, de 1985 à 2008. À sa retraite, il avait travaillé à Statistique Canada pendant 51 ans. Il fut nommé statisticien en chef émérite du Canada par le premier ministre Stephen Harper en 2008, et il continue encore aujourd'hui à se présenter à son bureau deux fois par semaine pour prodiguer des conseils de nature professionnelle et personnelle aux employés de l'organisme. Il siège au Conseil national de la statistique depuis 31 ans, ayant d'abord siégé comme statisticien en chef, puis comme membre; il y siège depuis la première réunion du Conseil en 1986. Au moment de la publication du présent ouvrage, il sert le système statistique du pays, et par extension son pays, depuis 61 ans.

Au cours de sa carrière, Ivan Fellegi fut également président de la Société statistique du Canada, de l'Institut international de statistique et de l'Association internationale des statisticiens d'enquête. Il détient six doctorats honorifiques, et a reçu un grand nombre de médailles, de témoignages et de titres au cours de sa carrière; il est notamment membre de l'American Statistical Association, membre honoraire de l'Institut international de statistique, membre honoraire de la Royal Statistical Society et médaillé d'or de la Société statistique du Canada. En octobre 1992, il reçut l'Ordre du Canada des mains du gouverneur général de l'époque, Ramon Hnatyshyn, et il fut promu Officier en 1998. Il reçut le Prix pour services insignes du premier ministre et le Prix pour une carrière exceptionnelle en 2002. En 2004, il reçut l'Ordre du mérite de la République de Hongrie.

Trois changements culturels fondamentaux

Bien que Statistique Canada ait entrepris sa transformation sous la gouverne de Martin Wilk, c'est sous la direction d'Ivan Fellegi que bon nombre des initiatives lancées dans la première moitié des années 1980 furent renforcées et ancrées dans la culture de travail de l'organisme. La période en question fut marquée par trois éléments fondamentaux : un investissement continu et réfléchi dans les personnes, un renforcement de la recherche et de l'analyse fondé sur une méthodologie solide et sur la collaboration avec le milieu universitaire, et une réputation internationale grandement rehaussée.

Des employés sont honoré pour leur dévouement constant
La 1 000e employée envoyée en affectation spéciale avec quelques membres de la Division des affectations spéciales, 1988

Investir dans les personnes

Ivan Fellegi était tout à fait d'accord avec Martin Wilk sur le fait que les réorganisations à grande échelle avaient tendance à perturber les activités et à être improductives. Il était partisan de la stabilité organisationnelle conjuguée à une mobilité individuelle considérable permettant le perfectionnement des personnes et des compétences, mais il cherchait également la souplesse nécessaire au redéploiement des personnes en cas de nouvelles priorités. Il ne s'agissait pas d'années faciles pour diriger un organisme gouvernemental, car, année après année, les compressions constantes effritaient les budgets.

En 1979, Ivan Fellegi revint de son congé aux États-Unis dans une période de réduction budgétaire importante, et il se vit dans l'obligation d'aviser certains employés qu'ils devaient être mis à pied. Cette difficile expérience le bouleversa profondément, et il jura de faire tout en son pouvoir pour ne plus jamais avoir à faire de telles mises à pied. Six ans plus tard, il fut nommé statisticien en chef alors qu'on venait encore une fois d'effectuer d'importantes réductions budgétaires. Dans sa première note de service à l'ensemble du personnel, il proposa aux employés dont l'emploi était en danger, mais qui étaient disposés à faire preuve de souplesse, la possibilité d'être réaffectés à d'autres postes qui étaient devenus vacants par attrition. Les employés recevraient la formation et le soutien nécessaires. Ainsi, même si l'on abolissait le poste qu'ils occupaient, les employés ne seraient pas au chômage. Au sein de l'organisme, cette politique finit par être connue sous le nom de « politique de non-licenciement » d'Ivan Fellegi. Cette dernière contribua grandement au sentiment d'apaisement au sein de l'organisme, qui devait composer avec des compressions budgétaires, des récessions, des gels des salaires et une grève des fonctionnaires. Elle permit aussi à l'organisme de mieux s'adapter au changement. L'époque où les gens se joignaient à l'organisme et prenaient leur retraite 35 ans plus tard au sein du même secteur était révolue.

Les besoins en données augmentaient de façon exponentielle, mais le budget permettant de produire ces données diminuait d'année en année; ce fut d'ailleurs la norme pour les années suivantes. Un programme quinquennal de réduction des dépenses fut mis en œuvre en 1985-1986, car Statistique Canada devait réduire ses coûts annuels de près de 26 millions de dollars. Compte tenu de la politique de non-licenciement, bien que 586 postes furent supprimés, la plupart furent abolis au moyen de l'attrition normale. Les employés permanents touchés furent réaffectés à d'autres postes, bon nombre s'étant vu offrir la possibilité d'améliorer leurs compétences et d'occuper des emplois plus stimulants. Des économies importantes furent également réalisées dans plusieurs domaines; comme il est indiqué dans le chapitre précédent, l'un des changements les plus importants fut la création en 1985 de la Division des opérations et de l'intégration, qui permit de centraliser les opérations de collecte des données. L'intégration et la normalisation des opérations permirent d'améliorer l'efficacité et d'économiser plus de 175 années-personnes au moyen de la centralisation du personnel de soutien qui postait, recevait, vérifiait et codait les enquêtes pour l'organisme ainsi que de l'utilisation de nouvelles technologies et de meilleures méthodes. La nouvelle division donna une plus grande souplesse à l'organisme, non seulement parce qu'elle était en mesure de s'occuper de périodes de pointe et de charges de travail variables, mais aussi parce que sa capacité n'était pas consacrée à un produit en particulier — les plans de traitement d'une enquête pouvaient ainsi être remplacés par les plans d'une autre enquête moyennant un court préavis. Dans les années 1980 et 1990, de nombreuses autres initiatives visèrent le changement de culture de l'organisme et la réflexion au niveau de l'organisation, mais la création de la nouvelle division constitua la première initiative d'importance. Il convient de souligner que comme pour tout changement d'importance au sein d'une grande organisation, la transition ne fut pas facile. Celle-ci fut laborieuse et exigea beaucoup de temps, et de nombreux gestionnaires hiérarchiques qui faisaient les choses à leur façon depuis des décennies opposèrent de la résistance. Les employés de bureau étaient réticents à quitter leur division d'attache pour se joindre à la nouvelle division, et leurs gestionnaires ne voulaient pas les perdre. Sur le plan logistique, établir la nouvelle approche sans perturber les programmes en cours était également toute une entreprise. Bien que le chemin ait été parsemé de difficultés, la transition fut au bout du compte couronnée de succès et permit de créer l'une des fonctions les plus importantes de l'organisme.

Le populaire programme des affectations spéciales mis en place sous la direction de Martin Wilk fut l'autre élément important ayant favorisé la souplesse et la réactivité de l'organisme dans le contexte des compressions budgétaires incessantes. Le programme fut couronné de succès, environ 10 % de l'ensemble des employés participant à tout moment à une affectation spéciale. Le programme fut tellement utile que 24 autres ministères mirent en place des programmes semblables. Le programme des affectations spéciales fut créé à la suite de la récession de 1981 à 1982 et du contrôle des salaires qui en découla, alors que l'organisme faisait l'objet d'importantes restrictions budgétaires. Même si les programmes faisaient l'objet de compressions, la demande de nouveaux renseignements continuait d'augmenter, et le fait de disposer d'un bassin d'employés disposés à accepter un nouveau travail était donc inestimable pour l'organisme ainsi que pour les employés, qui ne perdaient ainsi pas leur emploi. Le programme était rassurant tant pour l'employé que pour l'employeur, car il garantissait à l'employé qu'il pouvait reprendre son poste précédent si l'affectation ne convenait pas. Dans cette période de faible roulement et de rareté des promotions, les mutations latérales demeuraient la seule possibilité pour de nombreux employés désirant un changement.

À la suite d'un exercice marqué par les compressions budgétaires dans le cadre duquel aucun emploi ni aucun programme ne fut aboli, Ivan Fellegi, dans une entrevue accordée en 1988 à SCAN, le bulletin des employés, fit la déclaration suivante : [traduction] « Notre politique de non-licenciement n'est pas seulement humaine, mais je pense qu'elle contribue à un milieu de travail plus productif. Si les gens sentent qu'ils jouissent d'une sécurité d'emploi raisonnable, ils sont davantage disposés à prendre des risques, et nous voulons voir nos gens prendre des risques judicieux. »

En plein milieu de la récession de 1990 à 1992, encore une fois aux prises avec des réductions budgétaires massives, Ivan Fellegi souhaitait que l'organisme suive trois principes. Premièrement, tout ne pourrait pas être réduit également; certains programmes devraient être supprimés complètement. Deuxièmement, les employés ne devraient pas être licenciés et ils devraient sentir qu'ils jouissent de la sécurité d'emploi, mais ils devraient collaborer et être disposés à être réaffectés à d'autres postes. Troisièmement, il faudrait préserver un budget aux fins de l'innovation et de l'amélioration. Ivan Fellegi estimait qu'il était essentiel de maintenir un climat d'innovation en période de réduction des ressources, car les programmes pouvaient être rétablis relativement rapidement alors qu'il était beaucoup plus difficile de rallumer la flamme de l'innovation une fois celle-ci éteinte. De fait, l'importance accordée à l'analyse ainsi qu'à la recherche et au développement, même en pleine période de compressions budgétaires successives, fut l'une des marques distinctives des années Fellegi à Statistique Canada.

Un secteur public en décroissance

Le mécontentement grondait de plus en plus dans la fonction publique en raison du gel des salaires et de la suspension des droits relatifs à la négociation collective et à l'arbitrage. Le contrôle des salaires fut instauré en 1975 (pour trois ans) et en 1982 (pour deux ans) en réaction aux préoccupations relatives à l'inflation et aux taux d'intérêt élevés. De plus, depuis 1984, les règlements salariaux dans la fonction publique étaient inférieurs à ceux obtenus dans les autres secteurs de l'économie et inférieurs au taux d'inflation. Un gouvernement conservateur majoritaire fut élu sur la promesse de réduire la taille et le rôle du gouvernement. De 1985 à 1990, la taille de la fonction publique fut réduite de 15 000 personnes (environ 6 %). Un grand nombre de sociétés d'État furent privatisées ou dissoutes, ce qui réduisit encore davantage la taille du secteur public.

En 1991, le gouvernement indiqua qu'il n'y aurait pas d'augmentation salariale pendant un an et que, pour les trois années suivantes, aucune augmentation de plus de 3 % ne serait envisagée, à moins que les agents négociateurs n'acceptent une réduction des niveaux d'emploi. La réduction de la taille de la fonction publique ainsi que les restrictions budgétaires furent instaurées en vue de permettre au gouvernement de faire face aux déficits budgétaires records enregistrés pendant la période, à la dette fédérale élevée accumulée au cours de la décennie précédente et aux paiements d'intérêt élevés sur cette dette. La situation était insoutenable, et la solution passait notamment par une réduction de la taille du secteur public.

La réaction ne fut pas favorable, et l'Alliance de la Fonction publique du Canada, l'un des plus importants syndicats du pays et le plus important du secteur fédéral, déclencha sa première grève nationale générale; celle-ci devint d'ailleurs la plus importante grève de l'histoire du Canada, environ 100 000 employés fédéraux y ayant pris part. La grève débuta en septembre 1991 et se termina par l'adoption d'une loi spéciale de retour au travail à la fin d'octobre. La loi prolongea également de deux ans tous les contrats en cours de négociation et prévit un gel des salaires pour 1991 et une augmentation de salaire de 3 % pour l'année suivante.

En réaction à la loi spéciale, les dirigeants syndicaux demandèrent à leurs membres de voter contre le gouvernement aux prochaines élections, une idée qui était fondamentalement contraire à l'impartialité politique des fonctionnaires. En 1992, les conventions de la fonction publique furent prolongées de deux ans sans augmentation de salaire.

Lorsque le gouvernement libéral fut élu en 1993, il continua à s'attaquer au déficit, non seulement en gelant les salaires et en effectuant un examen des programmes visant la réduction de la taille du gouvernement, mais aussi en augmentant les impôts et en réduisant les transferts aux provinces.

Cette équipe d'étudiants, relevant de la Sous-division des opérations, a joué un rôle important dans la réussite du projet-pilote CATI, 1988
Un rassemblement de l'Alliance de la Fonction publique du Canada sur la colline du Parlement durant la grève de 1991

Importance soutenue accordée à la recherche et au développement

En vertu d'un nouveau programme annuel de congés sabbatiques aux fins de recherche interne, les employés de niveau intermédiaire purent soumettre des propositions de recherche en vue d'entreprendre des travaux d'analyse ou de recherche et développement présentant un intérêt particulier pour Statistique Canada. Chaque année, un maximum de six employés dont les propositions avaient été acceptées par un groupe d'experts se voyaient offrir la possibilité de poursuivre de tels travaux et d'être libérés de leurs fonctions courantes pour une période maximale d'un an, et ce, en conservant leur plein salaire et leurs avantages sociaux. À la fin de leur congé sabbatique, les employés retournaient à leur poste, ayant acquis de nouvelles compétences en recherche et en analyse, et ils pouvaient publier les résultats de leurs recherches. Une fois terminés, les travaux étaient revus et publiés soit sous forme de monographies de recherche, soit dans l'une des publications phares de l'organisme, comme L'Observateur économique canadien, Techniques d'enquête, L'emploi et le revenu en perspective et Tendances sociales canadiennes. C'est aussi au cours de ces années que les révisions institutionnelles et les évaluations par les pairs des documents d'analyse devinrent des éléments fondamentaux du programme de recherche de l'organisme.

Une série de conférences portant sur divers thèmes fut instaurée à Statistique Canada à la fin des années 1980. Celle-ci fut d'abord lancée pour incarner l'esprit de Célébration 88, un programme fédéral visant à mettre en évidence diverses réalisations à la veille des Jeux olympiques tenus à Calgary en 1988. Chaque année, une quinzaine de conférences furent présentées, certaines par des experts de l'extérieur de l'organisme et d'autres par des membres du personnel. Par exemple, le réputé démographe Ansley Coale parla des tendances démographiques en Chine depuis 1950, et le professeur Anthony Richmond, de l'Université York, traita de l'importance de la recherche fondamentale pour les politiques publiques dans son exposé sur la recherche démographique et les politiques publiques. Parmi les autres personnes réputées qui donnèrent des conférences à Statistique Canada figuraient Nathan Keyfitz, Richard Ruggles et Wassily Leontief (lauréat du prix Nobel d'économie en 1973). Une conférence spéciale sur l'histoire de l'organisme fut donnée en 1988 par le statisticien en chef adjoint nouvellement retraité David Worton, qui consacrait alors son temps à la rédaction d'un ouvrage sur l'histoire de l'organisme, lequel fut publié en 1998.

Un intérêt renouvelé pour l'analyse se manifesta également dans les changements apportés aux communiqués de l'organisme publiés dans Le Quotidien. La publication d'un plus grand nombre d'analyses dans Le Quotidien découla d'une collaboration entre des gestionnaires et des analystes de presque toutes les divisions de l'organisme. Un comité supérieur de rédaction fut créé en 1994 dans le but d'améliorer la qualité analytique du Quotidien et de transformer ce dernier en un produit plus lisible qui met l'accent sur l'histoire. Ivan Fellegi présida le comité, qui était composé de cadres supérieurs et d'analystes principaux de l'ensemble de l'organisme. À chaque réunion, les membres du comité étaient chargés d'examiner les communiqués importants à venir. Quelques semaines plus tard, le comité rencontrait les analystes afin de discuter de leurs recommandations. Le comité se réunit chaque semaine pendant environ huit mois. Ces réunions permirent au comité de définir ce qui constitue un communiqué efficace et aidèrent les divisions auteures à réorganiser leurs communiqués. À la fin de l'année, de nouvelles lignes directrices sur la rédaction d'un communiqué efficace furent élaborées, et un cours de rédaction de communiqués pour Le Quotidien fut offert.Le cours fut une grande réussite, et de nombreux abonnés réguliers remarquèrent une amélioration notable des communiqués.

L'Initiative de démocratisation des données

En 1991, la coordonnatrice du Centre de données de la bibliothèque de l'Université Carleton, Wendy Watkins, fut détachée à Statistique Canada. De concert avec d'importants collaborateurs, comme Ernie Boyko, de Statistique Canada, et Paul Bernard, du Département de sociologie de l'Université de Montréal, elle chercha un moyen d'offrir aux universités un accès facile et abordable à la multitude de microdonnées dont disposait Statistique Canada.

Depuis 1971, l'organisme produisait des fichiers de microdonnées anonymisées à grande diffusion selon le principe du recouvrement des coûts; les données étaient sous licence et ne pouvaient être redistribuées. Les coûts d'accès étaient prohibitifs pour les étudiants avant même que les prix ne soient augmentés dans les années 1980, lorsque le recouvrement des coûts devint l'un des moyens pour l'ensemble du gouvernement de répondre aux pressions budgétaires. L'accès aux microdonnées canadiennes était donc sévèrement limité à ceux dont les recherches étaient bien financées. Par conséquent, la plupart des chercheurs se fiaient à des données américaines ou internationales pour leurs recherches.

Plus de 20 organisations et organismes gouvernementaux se réunirent au printemps de 1993, et il fut par la suite décidé qu'un groupe de travail devrait être créé afin qu'une initiative visant l'accessibilité accrue aux microdonnées soit mise en œuvre le plus rapidement possible. Le groupe de travail, dont les réunions étaient animées par la Fédération canadienne des sciences humaines et sociales, comptait des représentants des milieux de la recherche et des bibliothèques universitaires, de Statistique Canada, du Secrétariat du Conseil du Trésor et du Programme des services de dépôt des bibliothèques du gouvernement. Il élabora de solides arguments, mettant l'accent sur les avantages pour la recherche, notamment au chapitre de l'élaboration des politiques et du débat public, ainsi que sur l'importance d'utiliser des données canadiennes, par opposition à des sources de données étrangères ou périmées, lesquelles étaient beaucoup moins coûteuses à l'époque. En 1995, le Conseil du Trésor prit la décision d'appuyer l'initiative et décida qu'un consortium de ministères et d'organismes gouvernementaux partagerait les coûts de l'initiative. Sept organismes, dont Statistique Canada et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, acceptèrent de contribuer au financement de l'initiative, qui fut lancée au début de 1996 sous la forme d'un projet pilote de cinq ans. En 1997, 50 universités participèrent à l'initiative et se virent accorder l'accès aux données canadiennes à des fins de recherche. Bien que l'initiative ait d'abord mis l'accent sur les fichiers de microdonnées à grande diffusion, elle engloba plus tard toutes les données accessibles au public.

L'Initiative de démocratisation des données fut un important partenariat universitaire pour Statistique Canada, et ses avantages furent considérables; elle aida les étudiants à acquérir de solides compétences en matière de données quantitatives, elle favorisa l'utilisation des données canadiennes et elle permit d'améliorer la qualité et la documentation des produits de l'organisme. De fait, au cours de la première année de l'initiative, le principal entrepôt américain de données universitaires fit état d'une réduction de 50 % du recours aux fichiers de données américains par des chercheurs universitaires canadiens. Grâce à l'initiative, les Canadiens furent mieux informés des enjeux sociaux et économiques en raison du plus grand nombre de recherches et d'analyses. L'initiative jeta également les bases des centres de données de recherche, dont la création fut proposée en 1998 et concrétisée quelques années plus tard (voir « La naissance des centres de données de recherche » au chapitre 5).

Croissance de la renommée internationale

Pendant la même période, une grande importance fut accordée à la collaboration de l'organisme à l'échelle internationale, comme en témoignaient non seulement la stature croissante de l'organisme à l'échelle internationale, mais aussi le nombre d'employés élus membres d'organisations internationales prestigieuses, comme l'Institut international de statistique.

En 1988, un nouveau programme permit de fournir une assistance technique à d'autres pays selon le principe du recouvrement des coûts, et ainsi d'appuyer le programme canadien de coopération au développement et d'améliorer la comparabilité des données à l'échelle internationale.

Ivan Fellegi accordait beaucoup d'importance à la collaboration internationale, et ce, pour trois raisons principales. D'abord et avant tout, la collaboration internationale était importante à des fins d'apprentissage. En tant qu'organisme statistique centralisé, Statistique Canada n'avait pas de véritable équivalent au Canada. Par conséquent, pour que ses employés soient exposés à des discussions ou à des critiques pertinentes et puissent ainsi poursuivre leur perfectionnement professionnel, ils devaient travailler avec d'autres organismes statistiques ailleurs dans le monde. Deuxièmement, une telle collaboration permettait d'élargir les horizons des employés en les encourageant à se comparer aux autres. Troisièmement, Ivan Fellegi voulait que Statistique Canada joue un rôle de premier plan à l'échelle internationale, car il estimait que la reconnaissance internationale était essentielle à la réputation de l'organisme ici au Canada; à l'époque, la réputation internationale était très importante pour le Canada.

En outre, Ivan Fellegi estimait qu'il était du devoir de l'organisme de partager les connaissances et l'expérience acquises, non seulement pour collaborer et offrir de l'assistance, mais aussi pour renforcer les connaissances et la confiance de l'organisme. Pour expliquer le vieil adage selon lequel pour bien comprendre un sujet, il faut essayer de l'enseigner, il fit la déclaration suivante dans le cadre d'une entrevue qu'il accorda à SCAN : [traduction] « Lorsque vous donnez un exposé devant un organisme international, vous avez intérêt à savoir de quoi vous parlez. Je trouve que notre travail à l'échelle internationale est un stimulant incroyablement utile pour clarifier notre propre pensée. »

En 1988, le Canada fut élu à la Commission de statistique des Nations Unies, le plus haut organe décisionnel pour les activités statistiques internationales. La Commission était composée des statisticiens en chef des États membres, qui venaient de partout dans le monde, et elle supervisait le travail de la Division de statistique des Nations Unies. Les 24 pays membres étaient élus pour un mandat de quatre ans par le Conseil économique et social des Nations Unies, selon une répartition géographique équitable. Le Canada fut président de la Commission pour les trois premières sessions, en 1947 et en 1948, et il fut réélu à la Commission six autres fois au moment de la publication du présent ouvrage, soit de 1951 à 1959, de 1962 à 1969, de 1974 à 1981, de 1989 à 1992, de 2006 à 2009 et de 2018 à 2021.

L'assistance technique était également une priorité pour le gouvernement du Canada. En réponse à une demande du Bureau de statistique des Nations Unies, un cours de six semaines sur l'échantillonnage du recensement fut offert à Ottawa en 1988, et des délégués d'une dizaine de pays d'Afrique subsaharienne y participèrent. À la demande de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) et de la Banque mondiale, l'organisme mena également une mission en Ouganda afin d'évaluer la possibilité que Statistique Canada participe au rétablissement des services de statistique de ce pays. Une assistance technique fut aussi offerte à l'Indonésie dans le domaine de la statistique de l'environnement, et une formation à court terme fut donnée à l'intention de statisticiens de l'Indonésie, de l'Égypte et de la Malaisie.

À compter de 1989-1990, Statistique Canada, soutenu par le financement de l'ACDI, participa à un important programme d'assistance technique dirigé par la Banque mondiale et visant l'élaboration graduelle d'une base de données permettant de suivre les répercussions sociales des ajustements économiques structurels en Afrique subsaharienne. L'organisme contribua à la conception de questionnaires, offrit des programmes de formation et mit en œuvre des programmes d'enquête.

En 1989, le ministère des Affaires extérieures proposa et finança une mission d'assistance technique en matière de statistiques à l'intention de pays d'Europe centrale et orientale. Une délégation fut envoyée en Hongrie en vue d'évaluer les besoins statistiques les plus urgents du pays, et des séminaires furent organisés sur des sujets tels que les fondements juridiques d'un système statistique, la gestion de bureaux statistiques, le maintien de la pertinence des produits statistiques ainsi que les relations avec les répondants. Pour la première fois, en 1990-1991, une assistance fut fournie à l'Europe de l'Est, et l'organisme donna des conseils aux fonctionnaires hongrois sur les politiques de gestion et les fondements juridiques d'un système statistique national, ainsi que sur la création d'un registre des entreprises. Une assistance fut également fournie pour la préparation d'une enquête mensuelle sur le commerce de détail, qui devint la première enquête moderne par sondage du pays.

D'autres pays reçurent une assistance technique, notamment l'ancienne Tchécoslovaquie, le Sénégal, le Kenya, le Pakistan, le Sri Lanka et l'Ouganda. Barbara Clift, qui avait joué un rôle fondamental dans la conception et la création des comptes des revenus et dépenses du Canada, passa six mois en Ouganda en 1989 et en 1990, où elle mit elle-même au point un ensemble de comptes de production pour le pays.

En 1991, l'organisme participa également à la première d'une série de réunions visant la coordination du système statistique international. Cette initiative trilatérale d'Eurostat — l'Office statistique des Communautés européennes — ainsi que des bureaux statistiques nationaux du Canada et des États-Unis avait pour objectif d'aider les pays d'Europe de l'Est à adapter leurs systèmes statistiques à une économie de marché. En 1990, l'organisme fut également l'hôte du séminaire de la Commission économique pour l'Europe, lequel portait sur les répercussions de l'évolution de la structure par âge de la population dans les pays industrialisés.

Un nouveau programme d'échanges bilatéraux fut lancé avec la France, l'Australie et le Royaume-Uni en vue d'entretenir des relations plus étroites et de permettre un partage des connaissances. Un membre del'Institut national de la statistique et des études économiques de la France se joignit à l'organisme en 1991 à titre de directeur de la Division des prix, tandis que Statistique Canada procéda à une affectation semblable en France. Des gestionnaires de Statistique Canada participèrent également à des affectations en Australie et au Royaume-Uni.

L'organisme en vedette dans la Revue canadienne de statistique

En 1988, la Société statistique du Canada souligna les travaux d'analyse de l'organisme en produisant un numéro spécial de la Revue canadienne de statistique, qui porta exclusivement sur le travail effectué par Statistique Canada. Le numéro, publié à l'automne 1988, fut rédigé et révisé par des statisticiens et des spécialistes en sciences sociales associés à Statistique Canada, et il souligna la diversité et l'excellence des travaux méthodologiques et analytiques de l'organisme. L'année suivante, l'organisme fut l'hôte de la réunion annuelle de la Société statistique du Canada.

Reconnaissance nationale et internationale

En 1989, le vérificateur général conclut, après une vérification d'un an, que Statistique Canada était un organisme hautement professionnel qui accordait la plus grande importance aux besoins des employés tout en répondant à la demande croissante en matière de données. L'organisme était également l'un des quatre ministères et organismes fédéraux à avoir obtenu une cote supérieure du Conseil du Trésor pour la planification des ressources humaines.

En juillet 1990, la revue The Economist indiqua que les statisticiens de Statistique Canada étaient les meilleurs statisticiens officiels au monde. À la mi-juillet 1991, la publication ajouta que les données canadiennes sur l'économie du Canada étaient les plus fiables de la planète. Toutefois, les critères selon lesquels se fondaient les classements n'étaient pas nécessairement solides sur le plan statistique, et ceux-ci ne furent donc pas pris très au sérieux par les organismes statistiques du monde entier. Les articles donnèrent néanmoins à l'organisme une importante impulsion à l'intérieur des frontières du pays, et ils furent cités de façon stratégique pendant de nombreuses années.

Changements organisationnels

À la fin de 1985, l'équipe de statisticiens en chef adjoints était composée des personnes suivantes : Bruce Petrie, Statistique sociale, des institutions et du travail; Gordon Brackstone, Informatique et Méthodologie; Guy Labossière, Services de gestion; David Worton, Affectations spéciales; Yvon Fortin, Communications et Opérations; Jacob Ryten, Statistique du commerce et des entreprises; Stewart Wells, Comptes nationaux et Études analytiques.

En octobre 1985, on annonça qu'Harry John Hodder occuperait le poste de sous-statisticien en chef. Ce dernier avait commencé sa carrière dans la fonction publique fédérale au Conseil privé en 1954, et il avait occupé un certain nombre de postes à l'Agence canadienne de développement international, au ministère de la Main-d'œuvre et de l'Immigration ainsi qu'à la Banque interaméricaine de développement. Il s'était joint à Statistique Canada en novembre 1984 à titre de statisticien en chef adjoint du Secteur de la statistique du commerce et des entreprises. Malheureusement, il décéda subitement en février 1986. Le poste de sous-statisticien en chef demeura vacant pendant un an, jusqu'à ce qu'Ivan Fellegi juge qu'il n'était plus nécessaire. Aucun autre sous-statisticien en chef n'a été nommé depuis.

Restructuration des bureaux régionaux

À la fin des années 1980, les bureaux régionaux traitaient environ 400 000 demandes de renseignements téléphoniques chaque année, et ils effectuaient des travaux personnalisés d'une valeur d'environ 1,5 million de dollars pour des utilisateurs de données. La fonction de collecte des données se régionalisait également de plus en plus, ce qui permettait d'améliorer les taux de réponse et l'actualité des données. La taille des échantillons pouvait ainsi être réduite, ce qui permettait de réduire le nombre d'entreprises et d'organismes tenus de participer aux enquêtes. De 1984 à 1989, 39 enquêtes furent régionalisées. En 1987-1988, les bureaux régionaux étaient responsables de la réalisation de 100 enquêtes (comparativement à environ 75 en 1985).

La création du bureau régional de Calgary en 1987 fit passer à 10 le nombre de bureaux régionaux. En raison de la désuétude des mini-ordinateurs, du récent succès de l'utilisation d'interviews téléphoniques assistées par ordinateur (ITAO) et du besoin croissant pour l'organisme de répondre rapidement aux demandes de renseignements, une étude sur la modernisation des opérations de collecte des bureaux régionaux fut menée en 1988. Peu après, 1989 marqua l'entrée en vigueur de la première convention collective des intervieweurs et des intervieweurs principaux travaillant dans les bureaux régionaux (environ 1 200 intervieweurs). Jusqu'en 1987, les régions écrivaient leurs données comptables à la main dans des registres, qu'elles transmettaient chaque mois à Ottawa. Pour sa part, la Division des services financiers du bureau central utilisait depuis 1982 un système comptable automatisé appelé FINCON pour les opérations budgétaires; en 1987, ce système fut étendu à l'ensemble des régions.

Les ITAO furent mises à l'essai pour la première fois à Halifax en mars 1986 et, après quelques modifications, elles furent mises en œuvre partout au pays dans tous les bureaux régionaux. Il s'agissait d'une technologie à la fois nouvelle et stimulante pour l'organisme, car elle permettait de contourner tous les processus manuels de collecte de données, y compris l'enregistrement, la vérification préliminaire et le codage. Les intervieweurs reçurent une formation et s'adaptèrent rapidement à la nouvelle technologie, même si beaucoup travaillaient avec un ordinateur pour la première fois. Chaque intervieweur reçut une trousse d'autoapprentissage une semaine avant la formation en salle de classe, qui était d'une durée de trois jours.

La saisie des données directement à l'ordinateur plutôt que sur un formulaire papier permettait d'apporter des modifications en ligne dès l'entrée des données, et ainsi de régler immédiatement tout problème avec le répondant. De plus, les fichiers de l'échantillon pouvaient être tenus à jour; les intervieweurs pouvaient modifier directement le nom des entreprises, les adresses et les personnes-ressources afin de garder la liste d'envoi à jour. Dans le cadre de l'Enquête annuelle sur les manufactures, on enregistra une augmentation de 20 % du taux de réponse et une diminution d'environ 27 % du coût de collecte unitaire. Cette enquête servit de projet pilote pour l'utilisation des ITAO dans le cadre des enquêtes économiques. Le logiciel d'ITAO utilisé provenait du Bureau du recensement des États-Unis, et il avait déjà été utilisé avec succès dans le cadre de l'Enquête sur la population active, qui fut le premier projet pilote d'ITAO pour une enquête sociale en mars 1993.

En 1993, les intervieweurs mirent aussi à l'essai des ordinateurs de poche sur le terrain. Il s'agissait alors des débuts de l'interview sur place assistée par ordinateur (IPAO), dont la mise en œuvre s'avéra un défi de taille. On aurait dit que tout ce qui pouvait arriver de pire arriva, qu'il s'agisse de problèmes relatifs à la durée de vie des piles, d'écrans gelés ou difficiles à lire sous un fort éclairage, ou encore de vitesses de traitement désespérément lentes. La ténacité porta toutefois fruit, car les ordinateurs de poche utilisés dans le cadre de l'Enquête sur la population active permirent finalement d'économiser 1,7 million de dollars par année.

En outre, la Direction des opérations de collecte avait créé depuis peu un nouveau service appelé « Enquêtes à processus accéléré » pour certains des travaux d'enquête qui étaient nouveaux pour l'organisme ou pour la direction. La durée des activités d'élaboration, de collecte et de traitement relatives à ces enquêtes particulières, qui étaient au nombre d'environ 10 par année, variait de quelques semaines à un maximum de six mois.

Wassily Leontief, lauréat du prix Nobel, s'adresse à une foule rassemblée dans la salle de conférences R.H. Coats au sujet des répercussions des changements technologiques sur les travailleurs, 1985
Les membres fondateurs du Conseil national de la statistique, 1986

Le Conseil national de la statistique comme mécanisme d'orientation

Le premier ministre Brian Mulroney mit sur pied en septembre 1984 une série de groupes de travail visant à mieux cibler le service au public et à améliorer la gestion des programmes gouvernementaux. Ces groupes de travail étaient dirigés par le vice-premier ministre, l'honorable Erik Nielsen, et devinrent ainsi connus sous le nom de « groupes de travail Nielsen ». Les examens de programmes étaient effectués par des groupes d'étude composés d'un nombre équilibré de spécialistes des secteurs privé et public, et chaque groupe était chargé de l'examen d'une « famille » de programmes. Le statisticien en chef adjoint David Worton faisait partie du groupe d'étude des grandes enquêtes, qui examinait les principaux programmes d'enquête nationaux et les systèmes connexes de diffusion de renseignements. Au grand soulagement de l'organisme, le groupe d'étude arriva à la conclusion que [traduction] « le défi pour le gouvernement consiste à organiser ses renseignements de sorte qu'ils répondent efficacement à ses propres besoins et que les utilisateurs puissent y accéder plus facilement à un moindre coût. Les enquêtes socioéconomiques, par l'intermédiaire de Statistique Canada, s'acquittent efficacement de cette tâche [...] L'organisme (Statistique Canada) représente un modèle à suivre pour toutes les activités d'enquête du gouvernement fédéral parce qu'il fonctionne bien [...] L'évaluation principale a révélé que Statistique Canada, qui depuis 1978 subit des pressions dans le but d'assurer une saine gestion, s'est adapté par suite de ces pressions et constitue maintenant un organisme gouvernemental bien géré. » Après une décennie difficile marquée par les critiques négatives, de nombreux employés et gestionnaires poussèrent un soupir de soulagement collectif.

En mai 1985, les résultats initiaux du Groupe de travail ministériel chargé de l'examen des programmes furent publiés, et l'on y recommanda d'accentuer la consultation sur les programmes de Statistique Canada au moyen de la création d'un Conseil national de la statistique, qui conseillerait le statisticien en chef sur l'établissement des priorités et la rationalisation des programmes de Statistique Canada. Le Conseil fut créé à la suite d'une décision du Cabinet en juin 1985. Dans une note de service datée du 13 septembre 1985 et adressée à l'honorable Stewart McInnes, qui était le ministre responsable de Statistique Canada à l'époque, Ivan Fellegi, alors statisticien en chef, présenta une version provisoire du mandat du Conseil, y compris les modalités organisationnelles ainsi qu'une liste de candidats possibles. Le document contenait une série de recommandations, et Ivan Fellegi suggéra notamment que chaque membre siège à titre individuel plutôt qu'à titre de représentant officiel d'une organisation ou d'un groupe d'intérêt. Il souligna également que l'inclusion des présidents des comités consultatifs de Statistique Canada au sein du Conseil profiterait à ce dernier et favoriserait la relation nécessaire entre le Conseil et les comités consultatifs de l'organisme. Dans des notes de service subséquentes, le statisticien en chef proposa des candidats aux postes de présidents et détermina les comités consultatifs actifs ainsi que les présidents et les remplaçants. Le 21 novembre 1985, le ministre répondit au statisticien en chef et lui communiqua un certain nombre de décisions relatives au mandat proposé, notamment que le Conseil serait composé d'environ 30 membres, qu'il se réunirait au moins une fois par année, que les membres seraient nommés pour un mandat renouvelable de trois ans, et que les frais de déplacement et les autres frais réels seraient remboursés aux membres, mais que ces derniers ne seraient pas rémunérés pour leur temps. Dans une correspondance ultérieure, le ministre désigna officiellement les membres initiaux du Conseil ainsi que son président, Thomas H.B. Symons, président fondateur de l'Université Trent, à Peterborough, en Ontario. Thomas Symons présida le Conseil national de la statistique pendant près de 20 ans. Le Conseil tint sa première réunion en octobre 1986 et se réunit ensuite deux fois par année, prodiguant des conseils d'experts à quatre statisticiens en chef jusqu'à aujourd'hui. De plus, grâce à la renommée de ses membres et en raison de précédents, le Conseil devint un défenseur très influent de l'objectivité, de l'intégrité et de la solidité à long terme du système statistique national du Canada.

De fait, au beau milieu des compressions budgétaires du début des années 1990, le Conseil national de la statistique joua un rôle déterminant dans la communication du message selon lequel le besoin de données était essentiel à l'époque. Lorsque la proposition de l'organisme d'être exempté des compressions budgétaires fut présentée au Cabinet, elle avait déjà l'appui de sous-ministres fédéral et provinciaux, et The Economist venait de publier que Statistique Canada était considéré comme le meilleur organisme statistique au monde. Par conséquent, environ le tiers du montant des compressions budgétaires visant l'organisme lui fut restitué.

Initiatives de gestion

Quittant son cloisonnement rigide de la fin des années 1970, l'organisme entra dans une ère où l'ensemble des employés s'appropriaient de plus en plus les initiatives de gestion, qui s'ancrèrent dans la culture de l'organisme. Parmi ces initiatives figuraient notamment les affectations spéciales, les lignes de communication ouvertes, les sondages d'opinion auprès des employés, le recrutement universitaire, le mentorat ainsi qu'un programme de formation générale.

Lignes de communication ouvertes

Ivan Fellegi commença à solliciter des entrevues annuelles auprès du bulletin des employés, SCAN. Ces comptes rendus annuels étaient publiés dans un numéro spécial et couvraient la plupart des réalisations de l'organisme au cours de l'année, ainsi que le contexte dans lequel il évoluait. De plus, Ivan Fellegi instaura son bilan annuel, qui lui permit de communiquer avec l'ensemble des membres du personnel au moyen d'un discours prononcé devant les cadres supérieurs au Centre de conférences Simon-A.-Goldberg et de la publication subséquente du bilan dans le bulletin des employés (SCAN et, par la suite, @StatCan). Le bilan permettait au statisticien en chef de traiter non seulement des principales réalisations de la dernière année, mais aussi des défis à relever pour l'année à venir.

Le Comité des politiques de Statistique Canada, qui avait été constitué par Martin Wilk, se réunissait chaque semaine. La prise de décisions par consensus (par opposition aux décisions individuelles) par l'ensemble des statisticiens en chef adjoints permettait de tenir compte de toutes les particularités de l'organisme. Le Comité représentait également une autre façon de garder les canaux de communication ouverts, puisque tous les statisticiens en chef adjoints informaient leurs propres gestionnaires le lendemain afin que l'ensemble des cadres supérieurs soient au courant non seulement des décisions prises, mais aussi des raisons qui motivaient ces décisions.

La communication était par ailleurs renforcée par l'instauration de sondages d'opinion auprès des employés. Ces sondages étaient réalisés tous les trois ans, et la participation était anonyme afin que toutes les opinions puissent être exprimées. Les directeurs devaient discuter des résultats de leur division avec leurs employés, les comparer à ceux d'autres secteurs de l'organisme et établir des objectifs concrets permettant d'améliorer la situation d'ici la ronde suivante du sondage. La création d'un réseau d'information électronique fut proposée pour la première fois à Statistique Canada après que le sondage d'opinion auprès des employés de 1991 ait révélé un désir généralisé d'améliorer les communications internes et de faciliter l'accès à l'information. Le Réseau de communications internes devint opérationnel au bureau central en avril 1994 et dans les régions en octobre, et il devint rapidement un pilier du programme de communications internes de l'organisme.

Deux autres initiatives découlant des sondages d'opinion auprès des employés visaient les aspirations professionnelles des employés. La première était les entrevues sautant un niveau hiérarchique, qui furent lancées en 1993. Celles-ci permettaient aux employés de discuter de leurs aspirations professionnelles à moyen terme et des besoins de formation connexes avec le supérieur de leur supérieur. L'idée était que puisqu'il était possible que les supérieurs directs soient en conflit d'intérêts, ceux-ci pouvant être réticents à perdre leurs meilleurs employés au profit d'occasions de carrière ailleurs, les supérieurs du niveau hiérarchique suivant étaient plus susceptibles d'avoir une perspective plus large et une vision plus objective. Ils pouvaient également conseiller les employés sur les possibilités ailleurs dans l'organisme ainsi que sur les enjeux relatifs à leur carrière à long terme. La deuxième initiative découlant des sondages était de permettre à tout employé ayant occupé le même poste depuis quatre ans et plus de poser sa candidature à une affectation spéciale sans la permission de son supérieur. Encore une fois, il s'agissait d'établir un équilibre entre l'avancement professionnel et les besoins opérationnels.

En 1991, cherchant des modèles de perfectionnement professionnel pour la fonction publique, le Conseil du Trésor mit sur pied un groupe de travail interministériel chargé de déterminer les meilleures approches en matière de perfectionnement professionnel. Après avoir étudié plus de 60 organisations des secteurs privé et public, le groupe de travail en choisit trois, soit deux du secteur privé (IBM et Chevron) et une du secteur public (Statistique Canada).

Meilleur bulletin des employés

Le bulletin des employés de Statistique Canada, SCAN, remporta deux prix décernés par des associations de professionnels des communications au milieu des années 1980, dont le premier prix du programme annuel de remise de prix de l'Institut des services de l'information, qui lui décerna l'honneur du meilleur bulletin des employés du gouvernement fédéral pour l'année 1985. L'Institut était une association professionnelle bénévole d'employés du gouvernement qui œuvrait à l'élaboration et au maintien de normes professionnelles élevées dans le domaine de l'information publique, des relations publiques et des communications. En 1986, SCAN reçut le prix d'excellence de l'Association internationale des professionnels de la communication, qui souligna que le bulletin était le meilleur tabloïde des secteurs public et privé.

Recrutement universitaire visant à attirer de nouveaux employés

À l'époque, Statistique Canada lança une campagne générale de recrutement universitaire visant à attirer de nouveaux employés. Bien que des diplômés universitaires aient déjà été embauchés auparavant, le processus avait reçu peu de soutien de l'ensemble de l'organisme. Un gestionnaire choisissait des candidats dont le nom figurait sur une liste de la Commission de la fonction publique, les invitait à une entrevue, choisissait les candidats qui avaient réussi et les embauchait directement. Dans le cadre du nouveau programme général, les recrues embauchées par une équipe travaillaient de façon plus générale pour Statistique Canada plutôt que pour un gestionnaire en particulier. Le programme de recrutement du groupe Économique, sociologie et statistique (ES) fut lancé à l'été 1989. Tous les employés de premier échelon du groupe ES furent recrutés par une seule équipe de directeurs qui passa au peigne fin les universités à la recherche des meilleurs candidats de partout au pays. L'équipe s'efforça d'embaucher les meilleurs diplômés en décembre et en janvier, c'est-à-dire lorsqu'un plus grand nombre d'entre eux étaient à la recherche d'un emploi. Pendant les 24 premiers mois, les recrues reçurent une formation et participèrent à une série d'affectations spéciales les exposant à diverses facettes du travail à Statistique Canada. Des mentors leur furent par ailleurs attribués afin de leur permettre d'acquérir une perspective générale de l'organisme.

Il existait également une volonté d'accroître le travail à temps partiel effectué au sein de l'organisme, non seulement parce que ce type de travail semblait permettre d'optimiser les ressources, mais aussi en vue de favoriser l'équilibre avec les autres priorités de la vie. Tous les directeurs durent accroître les possibilités de travail à temps partiel dans tous les groupes professionnels de leur division.

Formation

Le Cours de base sur les enquêtes fut lancé sous forme de projet pilote en 1990. Un cours semblable avait déjà été offert par le Bureau du recensement des États-Unis, et un groupe d'employés (recrues du groupe ES) de Statistique Canada avait été envoyé aux États-Unis afin de suivre le cours et de voir si ce dernier pouvait s'appliquer au contexte canadien. Hank Hoffman adapta le cours au contexte canadien et aux approches utilisées à Statistique Canada. Le premier cours fut donné en 1994, un an après la création de l'Institut de formation de Statistique Canada. Le cours de six semaines destiné aux nouveaux employés comportait également une version légèrement modifiée à l'intention des employés déjà en poste. Un programme de certificat sur les enquêtes fut également offert, permettant d'offrir chaque année trois semaines de formation à 250 employés de soutien aux enquêtes. Hank Hoffman reçut en 1993-1994 la Prime de l'employé de l'année de Statistique Canada pour sa contribution exceptionnelle à la formation et au perfectionnement professionnel des employés de l'organisme.

En 1991, dans le cadre d'un programme pilote, l'Université Carleton choisit un nombre maximal de quatre étudiants pour qu'ils travaillent à des projets de recherche présentant un intérêt pour Statistique Canada. Chaque étudiant était supervisé par un employé de l'organisme. Un an plus tard, des ententes conclues avec l'Université Carleton et l'Université d'Ottawa permirent d'offrir des programmes de certificat en économie et en études démographiques aux employés de l'organisme. Moyennant un certain nombre d'inscriptions et la participation d'employés de Statistique Canada pour qu'ils donnent une partie du cours, les universités adaptèrent certains cours de façon à ce qu'ils répondent aux besoins de l'organisme. Dans les régions, plusieurs projets pilotes furent également lancés en collaboration avec des universités locales afin de voir quels genres de programmes de coopération pouvaient être mis en œuvre. Même si les programmes de certificat avaient leur place, ils ne connurent pas autant de succès que d'autres initiatives de formation.

Interdiction de fumer

En mai 1988, le gouvernement adopta un projet de loi d'initiative parlementaire, la Loi sur la santé des non-fumeurs (projet de loi C-204), qui interdit de fumer dans les lieux de travail de compétence fédérale. Statistique Canada imposait déjà une interdiction de fumer dans ses locaux depuis deux ans, après qu'un sondage sur le tabagisme ait révélé que la grande majorité des employés de l'organisme étaient préoccupés par les dangers de la fumée de tabac. Dans un message envoyé à tous les employés en juin 1986, Ivan Fellegi avait indiqué qu'il serait interdit de fumer dans les trois immeubles de Statistique Canada d'ici le mois d'octobre de la même année, à l'exception des endroits équipés d'un système de ventilation distinct dans les cafétérias. Des cours avaient également été organisés en collaboration avec Santé et Bien-être social Canada à l'intention des gens qui souhaitaient cesser de fumer.

Des employées brisent des cigarettes, 1986
Le statisticien en chef, Ivan P. Fellegi (à droite) et Jacob Ryten, statisticien en chef adjoint, inaugure l'Institut de formation de Statistique Canada

Planification intégrée et centralisée

Le processus de planification régulier établi sous la direction de Martin Wilk se poursuivit et, chaque année, l'organisme évalua systématiquement les besoins des utilisateurs et les paramètres budgétaires selon lesquels il fonctionnait. Un tel processus permettait d'établir les priorités pour les années ultérieures et de prévoir les besoins en ressources. De plus, la haute direction réussit à réaliser des économies en ressources d'au moins 1 % par année, ce qui permit de libérer des fonds pour d'autres investissements nécessaires, comme des investissements dans les infrastructures, de nouveaux projets ou des besoins budgétaires imprévus. Chaque division dut devenir plus efficace de 1 % chaque année, et ce, de façon permanente. Les secteurs pouvaient demander des investissements initiaux pour des initiatives susceptibles de contribuer à la réalisation des économies en question, mais les investissements devaient être « remboursés » en trois ans ou moins grâce à des économies permanentes. Le nouveau fonds fut appelé l'« initiative d'investissement stratégique », et les divisions furent encouragées à faire des propositions pour en tirer parti. Le fonds aida l'organisme à accroître sa capacité d'analyse, à lancer la modernisation du Registre des entreprises ainsi qu'à moderniser et à rationaliser ses activités de collecte.

L'instauration du recouvrement interne des coûts pour de nombreux services constitua l'un des changements de culture fondamentaux adoptés par l'organisme en 1991. Par exemple, le Centre principal des ordinateurs commença l'exercice sans budget, et ses coûts furent couverts par la vente de services aux programmes utilisateurs pendant l'exercice. L'objectif était de confier aux gestionnaires de programmes le contrôle financier de toutes les ressources utilisées par leur programme, y compris celles nécessaires à la collecte, à l'envoi postal, aux activités du bureau central, aux téléphones et à l'informatique. Un tel recouvrement mit en évidence les coûts complets des programmes et permit aux gestionnaires de programmes, au fil du temps, d'utiliser les ressources de la façon la plus efficace possible dans les limites de leur budget total.

Parallèlement, les secteurs de service obtinrent une rétroaction réelle sur la demande de services, ce qui leur permit d'adapter la gamme et le niveau de leurs services d'une année à l'autre. Les dépenses en immobilisations associées à l'infrastructure informatique de l'organisme furent par exemple autofinancées par les dépenses en informatique inscrites dans les budgets des programmes et ne nécessitèrent pas de présentations budgétaires externes distinctes. Certains gestionnaires étaient d'avis que le recouvrement interne des coûts avait du bon et du mauvais; même si cette initiative les aidait à se familiariser avec les coûts de tous les aspects de leurs programmes, ils avaient un peu les mains liées pour ce qui est de transférer un coût d'un poste budgétaire à un autre.

Automatisation des rapports de temps

Dans les années 1960, les employés devaient signer une feuille de présence au début et à la fin de chaque journée, qui étaient annoncés par une sonnerie. La première sonnerie du matin retentissait à 8 h, et elle avisait les employés de signer la feuille de présence et de se préparer au travail. La deuxième sonnerie retentissait à 8 h 07, et les feuilles de présence étaient alors rapidement enlevées. Les feuilles de présence étaient placées aux sorties lorsque la sonnerie retentissait de nouveau à la fin de la journée.

Toujours dans les années 1960, les banques étaient uniquement ouvertes de 10 h à 15 h. Par conséquent, les employés étaient autorisés à prendre une très longue période de repas les jours de paye, où un service d'encaissement de chèques de paye était offert. Deux gardes armés arrivaient alors au bureau avec des sacoches d'argent. Ils faisaient des piles de diverses coupures, et une foule d'employés arrivaient, chèques de paye en main. Pour des frais de 2 $, il était possible d'éviter le déplacement à la banque.

Le nouveau Système automatisé de rapport de temps, mis en œuvre à Statistique Canada en 1990, permit d'éviter de remplir environ 200 000 formulaires manuscrits de déclaration du temps chaque année. Deux ans plus tard, le système permit aussi aux employés et aux superviseurs d'accéder facilement à leur solde de congés, éliminant ainsi 80 000 autres formulaires par année.

Communications et commercialisation

À la suite de consultations avec des journalistes, les deux principales publications de première ligne, Le Quotidien et l'hebdomadaire Infomat, furent revues et remaniées en 1986. Ces nouvelles publications présentèrent mieux l'information et la rendirent plus compréhensible et plus conviviale; on dit qu'elles furent « humanisées ». Le nouveau Quotidien mit en évidence les séries les plus importantes et mit davantage l'accent sur l'analyse. Le nouveau Infomat, en plus de mieux présenter les graphiques, contint de brèves analyses des principaux communiqués à saveur sociale et économique de la semaine.

Une nouvelle publication trimestrielle de style magazine sur les questions sociales, Tendances sociales canadiennes, fut également publiée en 1986. Ce recueil contenait des articles sur les enjeux sociaux d'un point de vue statistique, et il présentait les principaux indicateurs sociaux. Il devint rapidement l'une des publications phares à succès de l'organisme, comptant environ 3 500 abonnés en 1987 et 5 000 deux ans plus tard. Une nouvelle publication phare mensuelle sur l'économie, L'Observateur économique canadien, était aussi en cours de planification. Diffusée pour la première fois en 1988, cette publication présentait un résumé analytique de la conjoncture économique du moment, un article de fond, un résumé des changements apportés aux programmes, aux méthodes et aux services statistiques ainsi que des tableaux statistiques sur les principales variables économiques. Ces deux publications furent suivies un an plus tard, en 1989, par L'emploi et le revenu en perspective, un examen trimestriel reprenant le même style magazine. Cette dernière publication traitait des enjeux d'actualité en matière de travail et de revenu, et présentait les derniers progrès relatifs aux enquêtes et à la méthodologie.

Le virage vers des publications axées sur l'utilisateur se poursuivait; une importance de plus en plus grande fut notamment accordée aux publications portant sur un sujet plutôt que sur une enquête. Statistique Canada produisit donc de plus en plus de recueils de données portant sur une industrie, une question de politique ou un secteur précis dans une publication. Bien que la production de tels recueils exigeait beaucoup de travail, ceux-ci furent très bien reçus par les utilisateurs de données. Parmi ces recueils, on comptait notamment Le transport maritime au Canada, Indicateurs de santé, La culture en perspective, Les jeunes au Canada, La famille au Canada et Femmes au Canada : rapport statistique fondé sur le sexe

Offerte exclusivement aux établissements d'enseignement par abonnement, la trousse comprenait un tutoriel, un guide de l'enseignant, un guide d'utilisation des données ainsi que des activités en classe conçues par des éducateurs. Les données initialement comprises dans la trousse étaient des séries chronologiques pertinentes pour les écoles. On ajouta plus tard les données du recensement allant du recensement de la Nouvelle-France effectué par Jean Talon en 1666 jusqu'au recensement le plus récent. Même si les élèves des écoles secondaires représentaient le public cible initial, le système s'avéra utile pour tous les élèves, du second cycle du primaire jusqu'aux niveaux postsecondaires. Les écoles accédaient d'abord aux données CANSIM par modem (qui communiquait avec un ordinateur installé à Ottawa) au moyen des technologies Télidon et TELICHART. L'avènement de la technologie CD-ROM permit de mettre un CD de E-Stat à la disposition des écoles en 1992. TELICHART permettait de représenter graphiquement et de superposer des courbes de données à différentes échelles, et les élèves purent ainsi établir des liens entre différents phénomènes. L'objectif était qu'il soit facile et amusant de travailler avec des données et d'apprendre sur le Canada, tout en développant des compétences de base en informatique et en analyse. En outre, grâce à TELICHART, toute une génération de Canadiens apprit à compter sur les données officielles du Canada comme ressource de base.

Statistique Canada lança son premier produit de données sur CD-ROM en 1989, et le lancement de produits électroniques l'incita à s'attaquer à la question de l'octroi de licences. Dès le départ, il s'agissait d'une question controversée; les marchés de Statistique Canada, croyait-on, s'éroderaient si l'organisme ne faisait pas valoir ses droits de propriété intellectuelle et s'il ne contrôlait pas la diffusion ultérieure de ses renseignements ou n'était pas indemnisé à ce chapitre. Sans de tels marchés, Statistique Canada ne serait pas en mesure de soutenir ses nouveaux produits; il commença donc à octroyer des licences « de façon défensive », et la pratique se transforma ensuite en une importante source de revenus pour l'organisme en manque de liquidités. En fin de compte, les prix élevés des produits limitèrent probablement leur utilisation plus généralisée. Statistique Canada lança également un programme de « comptes nationaux sur disquette », qui connut un assez grand succès jusqu'à ce que la technologie devienne en quelque sorte désuète avec l'arrivée d'Internet.

Le personnel administratif prépare les plans financiers, 1991
Ottawa Cablevision a remercié Judie McSkimming pour sa contribution à Inside StatsCan en lui attribuant un VAMPIE, le prix du bénévolat, 1989

Inside StatsCan

Statistique Canada fit ses débuts à la télévision en 1988; il commençait alors à contribuer à une émission intitulée « Inside StatsCan », diffusée par Ottawa Cablevision tous les mercredis soirs. L'émission avait deux objectifs : présenter les produits de l'organisme aux téléspectateurs, et donner aux employés de Statistique Canada une formation sur les médias. Chaque émission comportait un segment de dix minutes avec un représentant de l'organisme; par exemple, des émissions portaient sur les Services de l'assistance-utilisateurs, le Centre canadien de la statistique juridique et la Division de la géocartographie. En décembre 1988, une émission spéciale d'une heure porta sur divers produits aidant les petites entreprises à prendre leur envol.

L'organisme lança une trousse électronique appelée « E-Stat » à l'intention du marché de l'éducation, soit essentiellement un « CANSIM pour les écoles ». Le projet E-Stat débuta en 1985. Brian Burnham, enseignant au Conseil scolaire de la région de York, entendit alors le statisticien en chef parler de TELICHART lors d'une réunion du Comité consultatif national de la statistique de l'éducation. Il savait que le personnel de l'école secondaire Richmond Hill explorait des façons d'accroître l'utilisation des ordinateurs par les étudiants, et il se dit que le système TELICHART pourrait être un bon moyen de combiner les données canadiennes et la technologie informatique dans le cadre de son cours d'administration des affaires. En 1987, les plans d'une étude pilote furent consolidés, les liaisons nécessaires furent installées à l'école et le personnel de l'école reçut une formation. Après avoir donné d'excellents résultats, le système fut installé dans 40 écoles au Canada dans le cadre d'un projet pilote plus vaste, et l'on souhaita que ces écoles deviennent des ambassadrices qui feraient connaître le système aux autres écoles du pays. Le projet s'avéra un immense succès et, en novembre 1989, le Comité des politiques eut droit à une démonstration des travaux effectués par les étudiants à l'aide du système.

Herby et Elliott parcourent les couloirs

En 1989-1990, un carrousel robotisé fut installé au Centre principal des ordinateurs de Statistique Canada. Ce système permettait de remettre automatiquement des bandes magnétiques aux utilisateurs de la bibliothèque, éliminant ainsi la recherche manuelle. Il ne s'agissait toutefois pas du premier « robot » de l'organisme, puisqu'en novembre 1985 apparut Herby, le premier « courrier mobile » automatisé de Statistique Canada, qui fut mis à l'essai. Herby travaillait au deuxième étage de l'immeuble Principal à la Gestion des documents; il suivait cinq fois par jour un trajet de guidage fluorescent invisible et faisait 29 arrêts par trajet de 50 minutes, chaque arrêt durant 28 secondes. Il transportait le courrier interne, le courrier à expédier, les dossiers et d'autres articles. En 1987, l'arrivée d'Elliott donna à l'organisme un deuxième chariot à courrier robotisé. Malheureusement, les deux robots tombaient assez souvent en panne pendant leur trajet, ce qui entraînait des coûts de réparation importants, et ils finirent par être abandonnés lorsque l'organisme centralisa le service de courrier dans une seule salle de l'immeuble Principal.

Herby, le premier « courrier mobile » automatisé de Statistique Canada, 1985
Les premiers ordinateurs personnels, vers 1990

Internet : l'émergence d'un nouvel outil

Les ordinateurs devenaient beaucoup plus courants; en 1990, presque tous les employés en avaient un. En réalité, tout le complexe du bureau central devait être recâblé, car l'utilisation de réseaux locaux et de réseaux plus vastes augmentait. Tout le câblage de voix et de données du bureau central fut remplacé, car la capacité permettait à peine de répondre aux besoins du moment. Une fois terminé, le réseau disposait d'une capacité 20 fois plus grande, et il était beaucoup plus fiable.

En 1986, le premier réseau local fut installé, permettant de relier les ordinateurs et ainsi d'améliorer la vitesse et l'efficacité des communications et des flux de travaux. En juin 1994, l'organisme disposait de deux réseaux informatiques distincts, un pour les données confidentielles et l'autre pour les données publiques. Le fait d'utiliser deux réseaux permettait aux utilisateurs d'accéder directement aux bases de données publiques tout en protégeant les données confidentielles contre tout accès non autorisé.

En 1993, une présentation s'inscrivant le cadre d'une série de conférences de l'organisme porta sur Internet, qui commençait alors à émerger. Un article de SCAN qui portait sur la conférence donna l'explication suivante : [traduction] « Une simple commande Telnet permet à l'utilisateur de se connecter à n'importe quel ordinateur au moyen d'un catalogue d'accès public [...] Savoir ce que vous voulez n'est toutefois qu'une partie du jeu — le trouver est une tout autre affaire. »  C'était évidemment avant l'époque des puissants moteurs de recherche d'aujourd'hui! Un article subséquent de SCAN, publié en 1994, décrivit Internet aux employés de l'organisme comme [traduction] « un système de communications, un outil de recherche, un système de divertissement et un forum de discussion réunis en un seul système ».

En 1994, il existait deux « nœuds » Internet, le premier étant le nœud « STCINET », qui permettait aux utilisateurs de se connecter à distance, d'échanger des courriels et de transférer des fichiers électroniques partout dans le monde. Le deuxième nœud, le nœud « Talon », permettait d'informer les internautes au sujet de Statistique Canada et de ses produits et services. Les renseignements et les données qui n'étaient pas autrement source de revenus (comme les documents de recherche) pouvaient être rendus disponibles sur le nœud Talon, comme les renseignements sur l'organisme, la classification des statistiques et la façon de trouver et de commander des publications. Les numéros du Quotidien étaient également accessibles en format de recherche par mot clé.

Statistique Canada lança officiellement son site Web, « StatCan en direct », en mars 1995; le site permettait de mettre en ligne du texte, des tableaux et des graphiques. Il donnait accès au Quotidien chaque matin à 8 h 30, ainsi qu'à la base de données CANSIM, à la base de données sur le commerce international — le Système de renseignements et d'extraction de l'information sur le commerce (TIERS) — et à 40 publications virtuelles. Après 71 ans, la dernière version papier du Quotidien, publié pour la première fois en 1932, fut publiée en 2003.

Le site Web de Statistique Canada, 1995
La nouvelle image de marque de Statistique Canada, 1990

Une image de marque plus forte

Par suite de la directive de 1985 sur le recouvrement des coûts du Conseil du Trésor, qui exigeait le passage au recouvrement intégral des coûts dans le cadre d'une stratégie à l'échelle du gouvernement visant à réduire les déficits, Statistique Canada mit au point des produits mieux adaptés, des méthodes de commercialisation plus vigoureuses et des présentations plus attrayantes. L'idée d'établir une nouvelle image de marque plus forte fut soulevée en 1988 dans le cadre d'une conférence des gestionnaires à Cornwall. Cette dernière donna lieu au lancement d'une nouvelle image de marque en mars 1990. La nouvelle présentation des publications comprenait quatre éléments principaux : un symbole graphique (un petit logo noir représentant un graphique), une grille carrée (permettant l'affichage d'une image), une typographie uniforme (une police de caractères appelée ERAS) et un positionnement uniforme des composantes du Programme de coordination de l'image de marque (le logo de Statistique Canada et le mot-symbole « Canada »). Statistique Canada mit également au point un logo pour son 75e anniversaire, en 1992, en intégrant les couleurs de l'organisme, le bourgogne et le bleu, qui furent utilisées sur toutes les publications, les en-têtes de lettres et les enveloppes.

En 1992, la Division de la commercialisation fut créée dans le but d'améliorer la planification des produits, et ce, au moyen d'un examen des besoins des utilisateurs et d'un contrôle de la réaction du marché. Même si le marketing n'était alors pas nouveau à Statistique Canada, on estimait qu'il était temps de disposer d'une fonction de commercialisation plus forte, plus visible et mieux coordonnée, assortie de prix uniformes. Le but était d'être plus orienté vers le client ainsi que d'en apprendre davantage au sujet des clients de Statistique Canada afin de cibler précisément leurs besoins. Grâce à une présentation plus conviviale des produits, un plus grand nombre de personnes furent en mesure de localiser et d'utiliser les renseignements plus facilement. Ce changement fut aussi perçu comme une façon de produire des revenus afin d'aider à combler certaines des lacunes découlant des compressions budgétaires successives. La division fut chargée de trouver la façon la plus utile et rentable de diffuser des produits en tirant parti de tous les types de technologies nouvelles et anciennes disponibles, y compris les CD-ROM, les disquettes, les bases de données en ligne, les produits de télécopie personnalisés et, évidemment, les produits sur papier.

La publication phare de Statistique Canada Un portrait du Canada, qui présentait toute la gamme des données de l'organisme de façon conviviale, fut également remaniée. Lorsqu'elle fut publiée à la fin de 1992, The Ottawa Citizen la qualifia de « l'un des plus beaux ouvrages jamais publiés au Canada ». Statistique Canada remporta le grand prix Marketer of the Year de la section de la capitale nationale de l'American Marketing Association, apparemment pour sa « véritable audace au chapitre du marketing » dans un contexte de circonstances imprévues. Ce prix reconnaissait l'excellence en marketing ainsi que le travail innovateur de réflexion et de créativité. Le gagnant fut sélectionné par quatre experts en marketing établis à Toronto. Essentiellement, le plan de commercialisation dut être modifié lorsque les restrictions budgétaires à l'échelle du gouvernement entraînèrent une réduction marquée du nombre d'exemplaires du livre commandés par le gouvernement fédéral. Les coordonnateurs de la commercialisation se mirent à la recherche de nouveaux marchés et lancèrent une audacieuse campagne de prépublication, qui permit de vendre 15 000 exemplaires avant même que l'ouvrage ne soit imprimé. En fait, le livre fut si populaire qu'un employé du Centre de consultation statistique dut garder le centre ouvert tard, le 24 décembre 1992, afin de satisfaire la demande des acheteurs frénétiques de dernière minute. On vendit plus de 900 exemplaires de l'ouvrage Un portrait du Canada en décembre seulement, et 40 acheteurs de dernière minute en firent l'acquisition le 24 décembre. Tous les exemplaires en stock furent vendus, et un client acheta même l'exemplaire en démonstration, lançant à la blague qu'il deviendrait peut-être un article de collection.

Jalons importants du système statistique

À la fin des années 1980, des questions stratégiques pour lesquelles on ne disposait pas de données statistiques se posèrent, y compris au chapitre de la compétitivité internationale, des obstacles au commerce interprovincial et de leurs répercussions sur les arrangements constitutionnels, de l'incidence sur les particuliers des programmes sociaux, de santé et d'éducation, ainsi que de la structure et du rendement des industries de services. Statistique Canada présenta des propositions et reçut du financement additionnel sur cinq ans, dont une partie provenait directement des budgets des ministères chargés de l'élaboration des politiques. On appela cette initiative « Lacunes statistiques » (et plus tard « Lacunes statistiques I » lorsque la seconde version vit le jour), et l'on obtint du financement pour les premières enquêtes longitudinales de Statistique Canada en vue de raffermir le Système de comptabilité nationale, de combler les lacunes dans les données sur la santé, l'éducation et l'environnement, ainsi que d'améliorer les statistiques sur le secteur des services.

L'avènement des enquêtes longitudinales

Dans les années 1990, les chercheurs en politiques sociales constatèrent de plus en plus le besoin de microdonnées longitudinales en vue de mieux comprendre les effets des politiques sociales. Dans le cadre de sa nouvelle optique analytique, Statistique Canada entreprit l'exploration d'études, de bases de données et d'enquêtes longitudinales afin d'obtenir un meilleur aperçu analytique des changements sous-jacents aux données agrégées. Par exemple, l'un des projets consistait à analyser au fil du temps le rendement économique des entreprises participant au commerce international de services. Un autre portait sur le sort des travailleurs devant composer avec des pertes d'emploi et permettait d'analyser les changements dans la rémunération et dans l'emploi à plus long terme. Cette décennie marqua le lancement de nombreuses enquêtes longitudinales à Statistique Canada, et de nombreux ministères chargés de l'établissement de politiques et de chercheurs universitaires furent de fervents partisans de cette nouvelle génération d'enquêtes, en raison des riches possibilités d'analyse des phénomènes sociaux qu'elles offraient.

Certaines enquêtes à caractère longitudinal, comme l'Enquête sur l'activité (appelée Enquête sur les antécédents de travail jusqu'en 1986), recueillaient des données rétrospectives sur une période de 12 mois et les combinaient avec une deuxième série de données sur 12 mois recueillies un an plus tard. L'Enquête sur l'activité fut menée comme supplément de l'Enquête sur la population active et constitua un progrès majeur pour le programme des enquêtes auprès des ménages. La Banque de données administratives longitudinales, une autre initiative longitudinale, était tirée de dossiers administratifs plutôt que d'enquêtes. Un échantillon de 20 % des déclarants canadiens fut créé à partir des données fournies chaque année à l'Agence des douanes et du revenu du Canada dans les déclarations de revenu des particuliers. La couverture remontait à 1982, des années s'ajoutant au fur et à mesure que les données devenaient disponibles.

Trois grandes enquêtes longitudinales virent le jour au cours de la première moitié de la décennie : l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu (EDTR), l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes et l'Enquête nationale sur la santé de la population.

L'EDTR fut financée à même la première initiative sur les lacunes statistiques (Lacunes statistiques I), et sa première période de collecte de données se déroula en 1993. L'enquête permettait d'examiner les changements relatifs à la composition de la famille, aux activités sur le marché du travail, à la rémunération et au revenu familial au fil du temps, ce qui permit de faire la lumière sur les transitions de revenu, comme le fait d'échapper au « piège la pauvreté ». L'enquête permit de recueillir des données pendant six ans auprès d'un échantillon de ménages et fut conçue pour se poursuivre grâce à des panels se chevauchant. À mi-chemin de la durée de vie du premier panel, un deuxième panel de six ans était sélectionné, et ainsi de suite. Le premier panel de 15 000 ménages (environ 31 000 personnes) fut interviewé en janvier 1993 afin de recueillir des données préliminaires susceptibles d'avoir une influence permanente sur l'activité sur le marché du travail et le bien-être des particuliers et des familles, comme le niveau de scolarité, l'expérience de travail, la situation matrimoniale et le nombre d'enfants nés et élevés.

Des données sur le travail et le revenu furent recueillies l'année suivante. Elles permirent l'analyse des changements découlant du climat économique, des changements de politiques et des changements dans la vie des Canadiens. La première publication fut diffusée en 1995 et comprenait des articles soulignant certains des résultats des interviews préliminaires. Même si les retombées positives des études longitudinales furent nombreuses, ces études furent coûteuses et imposèrent un fardeau important aux répondants. Cet inconvénient fut atténué en partie par le fait que pour les questions sur le revenu, on donnait aux répondants le choix de répondre directement ou d'autoriser Statistique Canada à accéder à leurs dossiers fiscaux. En 1995, des travaux furent également entrepris en vue d'intégrer l'EDTR et l'Enquête sur les finances des consommateurs, étant donné que les deux recueillaient des renseignements détaillés sur le revenu des Canadiens. L'intégration fut achevée en 1998, et l'EDTR devint la source de données transversales et longitudinales sur les tendances du revenu.

L'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes, financée et menée conjointement avec Développement des ressources humaines Canada (le nom du ministère à l'époque), fut menée sur le terrain en 1994. Il s'agissait de la première enquête longitudinale nationale complète au pays portant exclusivement sur le développement des enfants. L'enquête permit de recueillir des données sur une vaste gamme de variables, y compris la situation familiale, le style parental, la perception du voisinage, le mode de garde, les antécédents relatifs à la garde légale des enfants, le vocabulaire préscolaire, le comportement, les antécédents socioéconomiques, la santé, les pratiques scolaires et le rendement à l'école. Des données furent recueillies pendant 25 ans pour tous les facteurs pouvant avoir une incidence sur le développement d'un enfant; ces données furent recueillies auprès des parents, des enseignants et des directeurs d'école des enfants, ainsi qu'auprès des enfants eux-mêmes lorsqu'ils atteignaient l'âge de 10 ou 11 ans.

En 1992, on termina les travaux préparatoires de la nouvelle Enquête nationale sur la santé de la population, et la collecte des données commença en juin 1994 grâce au financement de la première initiative de lacunes statistiques. L'enquête permit de suivre un échantillon de 17 000 Canadiens au fil du temps afin d'en apprendre davantage au sujet des risques sur la santé auxquels ils étaient exposés, de leurs activités en matière de protection de la santé, de l'évolution de leur santé, de leur utilisation du système de soins de santé et des répercussions des interventions majeures en santé. L'enquête était également conçue en vue de servir de plateforme pour du contenu supplémentaire, ainsi que pour être liée aux données administratives recueillies couramment, y compris les statistiques de l'état civil, les mesures de l'environnement et les variables relatives aux collectivités. Il s'agissait d'une nouvelle source de données importante à une époque où la réforme des soins de santé représentait un enjeu majeur à l'échelle du pays. Les données qui en découlèrent servirent à alimenter les discussions stratégiques relatives au remaniement possible du système de soins de santé du pays.

Accélération des programmes de statistiques sociales

On mit au point la Base de données et Modèle de simulation de politique sociale dans le but de permettre aux chercheurs et aux analystes des politiques d'étudier les effets possibles de différents changements au chapitre des politiques fiscales et sociales sur la répartition du revenu, les différents types de familles et les dépenses fédérales et provinciales. La base de données combinait des données administratives tirées des déclarations de revenu des particuliers et des dossiers des prestataires d'assurance-emploi avec des données d'enquête sur les dépenses et le revenu des familles, afin de présenter un portrait détaillé d'un « ensemble » de 170 000 Canadiens dans un échantillon non confidentiel et statistiquement représentatif de Canadiens. Après sa diffusion initiale en 1990, elle améliora considérablement la richesse des analyses des politiques et du débat public dans le domaine de la planification publique et de la recherche sociale.

Une nouvelle version du Programme de déclaration uniforme de la criminalité fut lancée en 1988. On l'appela « DUC2 », ou « Programme DUC fondé sur l'affaire ». L'enquête fut conçue afin de remplacer les dénombrements agrégés sur papier des crimes déclarés par la police et d'uniformiser les enregistrements électroniques détaillés des services de police concernant les affaires, les victimes et les accusés. À cette fin, on utilisa des interfaces uniformes avec les systèmes de gestion des dossiers de la police, et cette enquête s'inscrivit parmi les premières collectes électroniques de données administratives pour Statistique Canada. En 2009, tous les grands et presque tous les petits services de police s'étaient convertis à la nouvelle enquête fondée sur des données administratives.

Au début des années 1990, deux autres enquêtes sociales importantes virent le jour : l'Enquête sur les maisons d'hébergement et l'Enquête sur la violence envers les femmes. Les deux enquêtes furent menées dans le cadre de l'Initiative fédérale de lutte contre la violence familiale, le principal outil de collaboration du gouvernement fédéral visant à résoudre le problème de la violence familiale. L'Initiative de lutte contre la violence familiale, qui existe toujours aujourd'hui, était coordonnée par l'Agence de la santé publique du Canada et permettait à 15 ministères et organismes partenaires de collaborer en vue de prévenir la violence familiale et d'y réagir. La contribution de Statistique Canada consistait à améliorer la disponibilité de données à l'échelle nationale relativement à la nature et à la portée de la violence familiale.

L'Enquête sur les maisons d'hébergement fut menée pour la première fois en 1991-1992, comme supplément de l'Enquête sur les établissements de soins pour bénéficiaires internes, afin de répondre aux besoins en information relativement aux services offerts aux victimes de violence familiale. En 1992-1993, l'Enquête sur les maisons d'hébergement devint une enquête indépendante et représenta la seule source de données au pays pour ce qui est des maisons d'hébergement destinées aux femmes victimes de violence et à leurs enfants. L'enquête, qui recensait les établissements résidentiels fournissant des services aux femmes et à leurs enfants, permettait de recueillir des données à l'intention des fournisseurs de services, des organismes sans but lucratif et des gouvernements aux fins de l'élaboration de programmes et de services. L'enquête se tient tous les deux ans depuis sa création.

L'Enquête sur la violence envers les femmes fut menée pour la première fois en 1993 et elle fut la première à mesurer la nature et la portée de la violence faite aux femmes au Canada. L'enquête, qui était le résultat d'une collaboration entre le Centre canadien de la statistique juridique et la Division de la statistique sociale et autochtone, était l'une des enquêtes les plus délicates jamais menées par Statistique Canada. Il s'agissait également de l'une des premières du genre dans le monde, et elle suscita donc beaucoup d'intérêt à l'échelle internationale. Les personnes chargées des interviews étaient toutes des femmes qui avaient été soigneusement évaluées pour leur sensibilité et qui avaient suivi une formation donnée par un psychologue clinicien avant le début de l'enquête. Plus de 12 300 interviews, chacune d'une durée variant entre 15 minutes et 3 heures, furent menées auprès de femmes âgées de 18 ans et plus. On donna aux répondantes un numéro sans frais qu'elles pouvaient rappeler dans l'éventualité où elles ne pouvaient pas mener l'interview de façon entièrement sécuritaire. La gestionnaire de l'enquête, Holly Johnson, reçut la Prime de l'employée de l'année en reconnaissance de son leadership, de son professionnalisme et de son rendement exceptionnel à la tête de l'enquête. Ses conseils furent par la suite sollicités pour la tenue d'enquêtes semblables en Russie et aux États-Unis. Elle fut aussi la corédactrice d'une édition spéciale de la Revue canadienne de criminologie consacrée à l'enquête.

Soutien social

En mars 1987, la ministre responsable de Statistique Canada, l'honorable Monique Vézina, fut invitée à présenter un exposé dans le cadre des célébrations de la Semaine internationale de la femme. C'est grâce à la contribution de la ministre Vézina que le projet de garderie fut lancé au pré Tunney, cette dernière ayant ouvert ses portes en 1988. Il s'agissait de la cinquième garderie à être créée au sein de la fonction publique dans le cadre d'un projet pilote dirigé par le Conseil du Trésor.

La garde d'enfants était un enjeu social clé à l'époque, et Statistique Canada menait une Enquête sur la garde des enfants pour Santé et Bien-être social Canada ainsi que le National Daycare Research Network en vue de recueillir des données sur les besoins en matière de services de garde au pays auprès d'un échantillon de 32 000 ménages. Les données étaient requises en vue d'aider à élaborer les politiques, de déterminer le traitement fiscal et de régler d'autres enjeux liés à la garde des enfants.

Tout comme les services de garde, les questions relatives aux services plus généraux d'aide à la personne présentaient un intérêt de plus en plus grand pour les gouvernements et les défenseurs des soins de santé. En 1989, Statistique Canada tint un Symposium sur les soutiens sociaux afin de discuter de l'élaboration de programmes et de services destinés aux personnes âgées, aux personnes atteintes du sida, aux personnes ayant une incapacité physique ou mentale ainsi qu'aux enfants. Le sida était un nouvel enjeu social de premier plan, le premier cas ayant été déclaré au début des années 1980. La première Journée mondiale du sida se tint le 1er décembre 1988 et eut pour thème l'amélioration de l'information et la réduction de la discrimination.

L'honorable Monique Vézina visite Statistique Canada durant la Semaine internationale de la femme, 1987
Des employés de la Division du commerce international, 1987

L'Enquête sociale générale change la donne

L'un des plus importants jalons dans le domaine social des années 1980 fut la création de l'Enquête sociale générale en 1985. Cette enquête polyvalente fut conçue pour permettre l'observation de tendances sociales à long terme ainsi que la collecte de données sur les questions sociales représentant un intérêt immédiat. Au début, l'enquête reposait sur un échantillon de 10 000 répondants, qui passa à 25 000 en 1999. L'enquête, qui visait les personnes âgées de 15 ans et plus, portait tour à tour sur cinq thèmes principaux, soit la santé, l'emploi du temps, la victimisation, la scolarité et le travail, ainsi que la famille.

Cette enquête fut le résultat du détachement d'Ivan Fellegi au Bureau du recensement des États-Unis à la fin des années 1970. À ce moment-là, il constata à quel point les Américains étaient avancés au chapitre de la statistique sociale, d'autant plus que l'Enquête santé Canada venait d'être annulée et que l'Enquête sur la population active constituait la seule source de données à jour sur les ménages canadiens. À son retour, en sa qualité de statisticien en chef adjoint du Secteur de la statistique sociale, il trouva du financement pour l'enquête, mais comme les budgets étaient serrés, l'approche la plus pratique pour recueillir une quantité aussi importante de renseignements était une approche cyclique. En fait, l'enquête finit par être désignée de façon anecdotique comme l'« enquête des pauvres ». L'Enquête sociale générale permit de recueillir des données sur un sujet différent chaque année selon un cycle de cinq ans, les réseaux de soutien social et de soutien de la santé des personnes âgées constituant le thème principal du premier cycle de l'enquête. L'enquête servit aussi de tremplin pour d'autres nouvelles enquêtes, qui firent initialement partie d'un cycle (comme la santé et l'éducation) avant de se tenir de façon indépendante.

Travail non rémunéré

Au cours des quelque trois premières décennies suivant la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'influence et l'importance des comptes nationaux ne cessèrent de croître. Des questions se posèrent toutefois de plus en plus, car on ne tenait pas compte des influences externes telles que celles liées à la pollution environnementale, ou encore de la contribution du capital humain découlant d'activités non marchandes, comme la cuisine, le ménage ou l'éducation des enfants.

Au début des années 1970, Statistique Canada commença à envisager l'attribution d'une valeur monétaire au travail non rémunéré, au moment du premier examen de la pertinence du produit national brut pour mesurer le rendement économique. Toutefois, ce n'est qu'en 1978 que l'organisme publia ses premières estimations de la valeur du travail ménager, dans une étude menée à forfait par le professeur Oli Hawrylyshyn de l'Université Queen's pour Statistique Canada. L'étude était de nature exploratoire et visait à trouver la meilleure façon de déterminer une valeur pour le travail ménager. On utilisa les données du Recensement de 1971 portant sur le nombre et le type de familles ainsi que la rémunération selon la profession, de même que les résultats d'une enquête de 1971 sur l'emploi du temps, afin de calculer une valeur pour le travail ménager au Canada. La valeur du travail non rémunéré était estimée entre 32 et 38 milliards de dollars pour 1971, soit environ 35 à 40 % du produit national brut. Les travaux du professeur Hawrylyshyn relatifs à la valeur du travail non rémunéré représentèrent probablement la première étape d'un long processus visant à reconnaître les limites inhérentes du cadre conceptuel des comptes nationaux et à y donner suite. Les estimations modélisées pour le travail ménager firent l'objet d'un prolongement des comptes nationaux appelés comptes satellites. Ces derniers virent le jour dans la version de 1993 des comptes nationaux et visaient à fournir des données plus détaillées et ciblées au sujet de la modification des concepts sous-jacents au système de base. Le compte satellite du travail ménager non rémunéré fut calculé à partir des données d'une enquête sur l'emploi du temps, de données sur le taux de rémunération et d'autres statistiques économiques.

Le deuxième (1986) et le huitième (1992) cycle de l'Enquête sociale générale sur l'emploi du temps ajoutèrent de nombreux éléments au corpus de connaissances au chapitre du travail non rémunéré. En 1993, Statistique Canada collabora avec Condition féminine Canada afin de coparrainer une conférence internationale sur la mesure et l'évaluation du travail non rémunéré. L'avènement de l'EDTR la même année permit l'ajout d'une nouvelle dimension à l'analyse sensibilisée au genre. En 1995, Statistique Canada publia une série chronologique remontant à 1961 des valeurs des différents types de travail non rémunéré et estima qu'en 1992, la valeur agrégée du travail non rémunéré représentait entre le tiers et la moitié du produit intérieur brut.

Évolution du système d'information sur la santé au Canada

En 1988, le Conseil national d'information sur la santé (CNIS) fut constitué à titre d'organisme conjoint fédéral-provincial par la Conférence des sous-ministres, avec comme objectif d'améliorer les données sur la santé au moyen de l'élaboration et de la coordination d'un système national d'information sur la santé. Le CNIS était un organisme constitué de sous-ministres adjoints provinciaux et de leurs homologues de Statistique Canada et de Santé et Bien-être social Canada. Il relevait des sous-ministres fédéraux et provinciaux de la Santé et du statisticien en chef pour ce qui est des priorités en matière de données, de la division des responsabilités et du caractère approprié des ressources. Le mandat du CNIS comprenait l'examen du concept d'un centre national d'information sur la santé ainsi que de la façon dont Statistique Canada s'intégrerait dans cette démarche. Statistique Canada proposa de faire de sa propre Division de la santé le Centre canadien d'information sur la santé (CCIS) et de confier au CNIS la responsabilité de tous ses programmes d'information sur la santé, y compris les pouvoirs d'établir les priorités et l'orientation stratégique des programmes. Le CNIS donna son accord, et le CCIS fut créé en 1989.

Le CNIS avait pour objectif d'établir et de maintenir un consensus national permanent sur tous les aspects des systèmes nationaux d'information sur la santé et de continuellement passer en revue les priorités et les plans relatifs à la collecte, au traitement et à la diffusion des données sur la santé à l'échelle nationale. Le regroupement des représentants de tous les ministères fédéraux, provinciaux et territoriaux de la Santé, y compris Santé et Bien-être social Canada et Statistique Canada, visait à faciliter la participation directe des provinces et des territoires ayant des responsabilités en matière de santé au moyen de l'orientation de leurs priorités. Il visait également à appuyer un consensus provincial du point de vue de la production de données sur la santé comparables à l'échelle du pays. Des défis se posèrent au chapitre des rôles et des responsabilités entre le CNIS, Santé et Bien-être social Canada et Statistique Canada, étant donné que le mandat du CNIS recoupait plusieurs secteurs clés des deux organisations. Des difficultés persistantes se présentèrent également quand vint le temps d'obtenir la collaboration des provinces et des territoires.

En avril 1990, le CNIS accepta une offre conjointe de Statistique Canada et de Santé et Bien-être social Canada consistant à parrainer un expert-conseil afin de faciliter l'élaboration plus poussée du plan du CNIS, et ce, en vue de l'évolution d'un système national d'information sur la santé. La proposition fut par la suite adoptée à la réunion de juin des sous-ministres de la Santé.

Un groupe de travail fut créé, dirigé par le statisticien en chef précédent, Martin Wilk. Il s'attaqua à un examen majeur des besoins de renseignements en matière de santé du pays afin de mieux comprendre les facteurs ayant une incidence sur la santé ainsi que la façon dont le gouvernement pourrait dépenser son argent plus efficacement. Les dépenses en santé représentaient près de 9 % du produit intérieur brut du Canada. Toutefois, très peu de renseignements portant sur l'efficacité ou l'efficience du système de santé étaient disponibles pour améliorer les résultats à ce chapitre. La question suivante revenait sans cesse : « Qu'obtenons-nous pour les sommes que nous affectons en santé? » Le groupe de travail formula également des recommandations de planification à l'intention du CNIS en vue de l'établissement d'un système d'information sur la santé pour le Canada. En 1991, le groupe de travail publia le Rapport du Groupe de travail national sur l'information en matière de santé, mieux connu sous le nom de « Rapport Wilk », qui décrivait l'information sur la santé au Canada comme étant dans un « état déplorable » et comme comportant des lacunes au chapitre de la coordination, de la planification et de la réponse aux besoins des utilisateurs.

Le rapport recommanda la création d'un organisme non gouvernemental national sans but lucratif chargé de coordonner l'information sur la santé. Après des discussions intenses entre les ministres de la Santé, on approuva en principe, en septembre 1992, la création de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), un mécanisme national visant à coordonner l'élaboration et le maintien d'un système d'information exhaustif et intégré sur la santé au Canada. Sa création permit d'établir des liens indépendants entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux et les groupes non gouvernementaux chargés de la santé. Sa mission était de fournir les renseignements exacts et à jour requis aux fins de l'établissement d'une politique efficace en matière de santé pour la gestion du système de santé au Canada et pour la sensibilisation du public relativement aux facteurs ayant une incidence sur la santé, ainsi que d'assurer la coordination connexe.

Le nouvel institut regroupait les activités et les responsabilités existantes (en totalité ou en partie) de quatre organisations : l'Hospital Medical Records Institute, le Groupe des systèmes d'information de gestion, la Division de l'information sur la santé de Santé et Bien-être social Canada ainsi que le CCIS de Statistique Canada. Au moment de déterminer les activités qui seraient transférées à l'ICIS, les décisions se fondèrent sur les avantages comparatifs au chapitre des coûts, de l'infrastructure et de la compétence manifeste, ainsi que les mandats prévus par la loi. Santé et Bien-être social Canada et Statistique Canada écrivirent des lettres d'intention définissant leur position relativement au nouvel institut, y compris la non-concurrence au chapitre des activités ou des services générant des revenus, à condition de pouvoir remplir leurs mandats législatifs. Le CNIS fut démantelé, même si le comité directeur continua d'agir à titre de conseil d'administration intérimaire pour superviser la planification de la mise en œuvre du nouvel institut.

Le transfert officiel de la plupart des activités et des responsabilités à l'ICIS eut lieu en 1994, lorsque celui-ci devint fonctionnel. On décida que le CCIS cesserait d'exister une fois que l'ICIS serait établi. Toutefois, la production de statistiques sur la santé ne pouvait pas disparaître complètement à Statistique Canada, certaines fonctions ne se prêtant pas au transfert ou à la cession. Statistique Canada transféra un certain nombre d'activités ainsi que le financement connexe à l'ICIS, y compris les données sur les hôpitaux et leurs activités, les données sur les établissements de soins pour bénéficiaires internes, les bases de données sur les admissions et les congés des patients hospitalisés, l'élaboration d'une base de données axée sur les patients, les renseignements sur les infirmières autorisées, le registre de la tuberculose (et d'autres registres semblables), les analyses de l'état de santé ainsi que la nosologie. Par ailleurs, afin d'éviter toute confusion, le CCIS fut renommé Division de la statistique de la santé lorsque l'ICIS devint opérationnel.

50 ans, ça se célèbre!

Le Conseil de la statistique de l'état civil du Canada célébra son 50e anniversaire en 1995. Fondé en 1945, le Conseil était un groupe consultatif intergouvernemental regroupant les dirigeants des organismes de la statistique de l'état civil de tous les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi que la Division de la statistique de la santé de Statistique Canada. Tout au long de son histoire, le Conseil mit l'accent sur l'élaboration d'approches communes pour la collecte de données sur l'état civil, le partage des données ainsi que la contribution à la résolution des problèmes grâce à la mise en commun des expériences, des résultats de la recherche et de l'expertise.

Nouvelles initiatives d'information sur la santé

Un certain nombre d'enquêtes furent menées à la fin des années 1980 et au début des années 1990 afin de promouvoir et d'élaborer des programmes de santé. Elles englobaient une vaste gamme de questions liées à la santé, y compris la consommation de drogues légales et illicites, la santé mentale, les habitudes alimentaires, la qualité des relations familiales ainsi que l'état de santé mentale et son incidence sur la vie des gens. Santé et Bien-être social Canada finança en 1988-1989 la première Enquête nationale sur la conduite automobile et la consommation d'alcool en vue de produire des données destinées aux campagnes de sensibilisation du public. Il finança également l'Enquête nationale sur la consommation d'alcool et d'autres drogues de 1988 en vue de sonder les attitudes relatives à la consommation de drogues et d'alcool. Le ministère de la Santé de l'Ontario finança l'Enquête sur la santé en Ontario de 1990, pour laquelle Statistique Canada participa à un processus d'invitation ouverte à soumissionner, l'emportant contre le secteur privé, et ce, tant du point de vue de la qualité que du prix. Parmi les autres enquêtes menées par Statistique Canada figuraient l'Enquête sur la santé mentale, financée par la Fondation ontarienne de la santé mentale, et l'Enquête sur la promotion de la santé, financée par Santé et Bien-être social Canada.

Après de nombreuses années de collaboration entre les registres provinciaux et territoriaux du cancer et Statistique Canada, le Registre canadien du cancer (RCC) fut créé en 1992 afin de servir d'outil permettant à Statistique Canada de recueillir des données sur le cancer auprès de toutes les provinces et de tous les territoires. Le registre remplaça le Système national de déclaration des cas de cancer (SNDCC), qui était en place depuis 1969 et qui fournissait une base de données permettant d'étudier les tendances et les modèles au niveau de la tumeur. Alors que le SNDCC était une base de données axée sur l'événement, le RCC se fonda plutôt sur le patient, ce qui eut pour avantage de présenter des données longitudinales utiles pour tous les Canadiens ayant reçu un diagnostic de cancer.

Un nouveau programme national de statistiques sur l'éducation

L'éducation et l'apprentissage tout au long de la vie devenaient des déterminants clés de la compétitivité, et il en ressortait de plus en plus que le pays avait besoin de meilleures mesures du rendement du système d'éducation ainsi que d'un cadre permettant de mieux comprendre les résultats scolaires. Il existait très peu de renseignements sur la relation entre la scolarité et la réussite sur le marché du travail, ainsi que sur la capacité des personnes de s'adapter à l'évolution des technologies et des conditions économiques. De même, il existait peu de données sur les transitions telles que celles entre l'école et le marché du travail, entre l'emploi et le chômage ainsi qu'entre l'emploi et la retraite. Si Statistique Canada avait un aperçu relativement complet des activités du système d'éducation, il disposait cependant de très peu de données empiriques sur la capacité du système à produire les compétences appropriées pour le marché du travail, la portée et les causes de l'abandon scolaire, l'effet de la taille des classes ou de la formation des enseignants, ainsi que le rapport entre la scolarité et le statut socioéconomique.

En 1988, les sous-ministres provinciaux de l'Éducation approuvèrent une entente de travail officielle avec Statistique Canada en vue d'élaborer un programme national complet de statistiques sur l'éducation. Cette initiative eut pour résultat la création du Conseil des statistiques canadiennes de l'éducation (CSCE) en 1989, à titre de partenariat fédéral-provincial-territorial entre Statistique Canada et le Conseil des ministres de l'Éducation, en vue de régir le programme de statistiques sur l'éducation. Un an plus tard, on produisit et publia pour la première fois des mesures statistiques de l'éducation primaire, secondaire et postsecondaire à l'échelle du Canada.

La littératie des adultes dans le monde

Statistique Canada améliorait sa réputation à l'échelle internationale, et on lui demandait de plus en plus de prendre la direction d'initiatives internationales. Par exemple, en 1990, les Nations Unies demandèrent au Canada de jouer un rôle de premier plan dans le remaniement de l'Enquête internationale sur la criminalité. Cette enquête servait à recueillir des données à des fins de comparaisons internationales, et le Canada était l'une des nations participantes.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) demanda aussi à Statistique Canada d'assurer la coordination et le leadership à l'échelle internationale relativement à une enquête multinationale sur l'alphabétisation, la première évaluation comparative multinationale à grande échelle des compétences en littératie des adultes. Cette évaluation avait pour but de permettre l'analyse des liens entre la littératie et l'éducation, ainsi qu'entre la réussite sur le marché du travail et la croissance économique. Menée en 1994, en 1996 et en 1998, l'Enquête internationale sur l'alphabétisation des adultes représentait un effort de coopération à grande échelle de la part de gouvernements, d'organismes statistiques nationaux, d'instituts de recherche et de l'OCDE. L'élaboration et la gestion étaient coordonnées par Statistique Canada et l'Educational Testing Service de Princeton au New Jersey, avec la participation du National Centre for Education Statistics du département américain de l'Éducation. En 1994, neuf pays participèrent au premier cycle de l'enquête, soit le Canada, la France, l'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas, la Pologne, la Suède, la Suisse et les États-Unis. Encouragés par le succès du premier cycle, cinq autres pays et territoires participèrent au cycle suivant (l'Australie, la communauté flamande de Belgique, la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande et l'Irlande du Nord). Neuf autres pays se joignirent au dernier cycle de l'enquête (le Chili, la République tchèque, le Danemark, la Finlande, la Hongrie, l'Italie, la Norvège, la Slovénie et la région italophone de la Suisse).

L'enquête suscita la controverse. Après la première ronde de collecte et d'analyse des données, la France retira ses résultats avant leur publication. Ce retrait était motivé par des préoccupations en ce qui a trait à la comparabilité des résultats, et plus particulièrement au fait que l'on croyait que les résultats sous-estimaient les véritables compétences en littératie de la population adulte en France par rapport à celles des adultes des autres pays. La Commission européenne commanda un examen de l'enquête, qui fut mené par l'Office for National Statistics du Royaume-Uni. Les données de la deuxième ronde avaient déjà été recueillies avant le début de l'examen (elles furent publiées en 1997), et la troisième ronde de données fut recueillie pendant l'examen. Ce dernier, qui portait uniquement sur le premier cycle, fut publié au moment de la rédaction de l'analyse finale. Même si certains problèmes furent décelés, la plupart d'entre eux avaient déjà été résolus dans le cadre des leçons apprises du premier cycle. Au cours de la deuxième et de la troisième ronde de collecte des données, des spécifications et des procédures d'assurance de la qualité plus rigoureuses contribuèrent à réduire la variation entre les pays dans les pratiques d'enquête.

Réexamen de la Confédération

En 1987 et en 1991, dans le contexte des accords du lac Meech et de Charlottetown, le gouvernement procéda à un réexamen de la Confédération en vue de transférer des pouvoirs aux provinces et aux territoires dans l'espoir de ramener le Québec dans le giron constitutionnel. En prévision de ces discussions, il était nécessaire de mieux comprendre les liens économiques entre les provinces avant que des changements aux arrangements existants puissent être proposés. Toutefois, 1984 fut la dernière année où une enquête sur le commerce interprovincial fut menée. Statistique Canada reçut du financement, dans le cadre de l'initiative Lacunes statistiques I, pour mener une enquête très nécessaire sur l'origine et la destination du commerce provincial ainsi que pour mettre à jour les tableaux d'entrées-sorties interprovinciaux.

Défense de la neutralité politique de Statistique Canada

L'année 1991 marqua également l'avènement de la nouvelle taxe sur les produits et services de 7 % perçue au départ de l'usine en remplacement de la taxe sur les ventes des fabricants. Il fallait tenir compte de la taxe dans les comptes nationaux, et Statistique Canada se prépara en vue de son entrée en vigueur, tant du point de vue de ses statistiques que de ses transactions opérationnelles avec le secteur privé. On tenta d'annuler la publication d'un article analytique après l'entrée en vigueur de la taxe. Les prix avaient augmenté comme prévu, et l'article analytique tentait de déterminer plus précisément la partie de l'augmentation attribuable à la nouvelle taxe comparativement à ce que l'inflation aurait été sans elle. Ivan Fellegi refusa catégoriquement d'annuler la publication de l'article et parla de cet incident comme du seul au cours de son mandat où il y eut une tentative d'ingérence de la part du gouvernement dans la neutralité politique de Statistique Canada.

Petites et grandes entreprises

L'importance des petites entreprises dans l'économie continuait d'être reconnue, et celles-ci demeuraient au centre de nombreuses initiatives de Statistique Canada. De 1978 à 1986, on réduisit de moitié le nombre de questionnaires envoyés aux petites entreprises. Par ailleurs, un service d'information sans frais fut prévu dans le but d'aider les entreprises de partout au pays à remplir leurs questionnaires. En 1986, une nouvelle série de rapports statistiques sur les petites entreprises fut lancée, y compris les Profils des petites entreprises, qui présentaient toute une gamme de données financières (y compris sur les actifs et passifs, le fonds de roulement et les dépenses d'exploitation) sur diverses industries à l'intention des propriétaires et des gestionnaires de petites entreprises. La Division des petites entreprises et des enquêtes spéciales fut également créée en 1987-1988 en vue de mener des enquêtes personnalisées pouvant être jumelées à des enquêtes existantes pour un coût additionnel minime.

Le Programme de la statistique des grandes entreprises fut créé au début des années 1990, et comptait neuf chargés de profils à Ottawa, à Montréal, à Edmonton et à Vancouver. Ces derniers avaient chacun un portefeuille d'entreprises dont ils assumaient la responsabilité continue et avec lesquelles ils créaient des liens et établissaient des rapports de travail. Les chargés de profils cherchaient des entreprises, leur rendaient visite, recueillaient des données et, au besoin, mettaient à jour le Registre des entreprises. Le fait qu'un chargé de profils recueille toutes les données requises auprès d'une entreprise donnée rationalisait la collecte grâce à la réduction du fardeau de réponse et à un moins grand chevauchement des données, ce qui donnait lieu à des données plus complètes et mieux intégrées. Le programme servait en outre à renforcer les bons rapports avec les grandes entreprises, qui représentaient à l'époque environ 30 % de l'ensemble de l'activité commerciale au Canada.

Par ailleurs, Statistique Canada mit en place un nouveau programme visant à mesurer régulièrement le fardeau de réponse. Parmi les initiatives qui contribuèrent de façon substantielle à la réduction du fardeau de réponse figurait le remaniement de l'Enquête annuelle sur les commerces de gros et de détail. Pendant des années, Statistique Canada avait mené un recensement annuel des grossistes et des détaillants en vue d'obtenir des données détaillées aux fins du calcul de la valeur ajoutée par ces industries. Ces données servaient également de repères pour les enquêtes mensuelles sur échantillon auprès des grossistes et des détaillants. Toutefois, ces enquêtes avaient récemment fait l'objet d'un remaniement et d'un renforcement, au point où elles purent être menées de façon autonome sans les repères fournis par le recensement annuel. En outre, on constata qu'il était possible de recueillir beaucoup plus de contenu détaillé, et de façon plus efficace, grâce à une version spéciale élargie du cycle de janvier de l'enquête sur échantillon. Ces changements furent mis en œuvre pour la première fois en 1994, ce qui réduisit considérablement le fardeau de réponse pour les entreprises, en plus de diminuer les coûts pour Statistique Canada.

Statistique Canada passe du produit national brut au produit intérieur brut comme principale mesure de la production

En juillet 1986, une révision historique du Système de comptabilité nationale fut diffusée après deux ans seulement, alors que six années avaient été nécessaires à la dernière révision importante, diffusée en 1972. La révision comprenait deux changements majeurs : le passage du produit national brut au produit intérieur brut (PIB) et le remaniement des données de 1961 à 1986, ainsi que le changement de base des indices des prix en dollars constants de 1981. La différence la plus visible des comptes révisés fut la transition du produit national brut au PIB comme principale mesure de la production du pays. On considérait qu'il s'agissait d'une mesure plus appropriée de la production pour l'analyse de l'inflation, de la production, de l'emploi et de la productivité, compte tenu de la contribution importante de l'investissement étranger au développement économique du pays.

Alors que le produit national brut, qui mesure la production « appartenant » à des résidents, tant au pays qu'à l'étranger, constitue un meilleur indicateur du revenu des résidents canadiens, le PIB mesure la production au pays, que celle-ci soit attribuable à des résidents ou à des non-résidents. Autrement dit, il mesure les répercussions de l'ensemble de la production au Canada, peu importe qui est propriétaire des actifs. La transition permit de mieux aligner les pratiques du Canada avec les pratiques internationales et les recommandations du Système de comptabilité nationale des Nations Unies, ainsi que d'assurer une comparabilité directe des comptes du pays avec d'autres mesures de l'activité économique au Canada et avec les comptes nationaux de la plupart des autres pays. En 1989, les chiffres du PIB en prix constants furent calculés selon une nouvelle base, soit 1986, et furent par la suite recalculés tous les 5 ans plutôt que tous les 10 ans.

Dates de diffusion fixes des enquêtes économiques

En réaction aux demandes généralisées des utilisateurs et, plus particulièrement, sur la recommandation du Conseil national de la statistique, des efforts furent déployés en vue d'établir des dates de diffusion fixes pour d'importantes séries de données économiques et de données sur les entreprises. En 1988-1989, des dates de diffusion fixes furent établies pour les comptes nationaux. Même si, au départ, elles le furent à titre de mesure de courtoisie à l'endroit des utilisateurs de données qui souhaitaient planifier leur analyse dès la disponibilité des données, elles comportaient un autre avantage à plus long terme, à savoir que les dates de diffusion préétablies empêchaient que l'on perçoive une influence politique relativement au moment où les indicateurs clés sont rendus publics. Les dates fixes simplifièrent aussi la vie des employés de Statistique Canada en leur fournissant des points d'ancrage pour la planification et la gestion de leurs programmes.

Initiatives relatives aux statistiques sur le commerce international

Depuis 1971, Statistique Canada collaborait avec la communauté internationale à l'élaboration d'un nouveau système international de désignation et de codification des marchandises, appelé le Système harmonisé. L'objectif était d'arriver à une désignation uniforme des produits dans les documents commerciaux et d'améliorer la comparabilité des statistiques internationales. Ce n'était pas une tâche facile, le système comprenant plus de 5 000 descriptions et codes de produit, et chaque définition et classification étant approuvée lors de séances plénières. Créé sous l'autorité du Conseil de coopération douanière (maintenant connu sous le nom d'Organisation mondiale des douanes, une organisation intergouvernementale indépendante basée à Bruxelles, en Belgique), le Système harmonisé fut approuvé de façon définitive en juin 1983. Il prit effet en 1988, soit près de cinq ans plus tard. Plus de 200 pays et économies s'en servirent afin d'établir leurs tarifs douaniers et de recueillir des statistiques sur le commerce international. L'initiative contribua grandement à la comparabilité des données et facilita par conséquent les négociations commerciales internationales. Le nouveau système de classification fut mis en place à Statistique Canada après une exécution en parallèle de trois mois de l'ancien et du nouveau système.

La relation du Canada avec les États-Unis, son principal partenaire commercial, était l'une des relations statistiques les plus importantes du Canada à l'échelle internationale. En 1971, un accord fut conclu entre le Canada et les États-Unis en vue de permettre aux deux pays de convenir mutuellement d'estimations pour les données sur les importations et les exportations. Il s'agissait d'un processus annuel de rapprochement des données agrégées cinq à six mois après chaque année civile. En juillet 1987, un nouveau protocole d'entente fut conclu relativement à l'échange de données sur les importations, et celui-ci fut considéré comme une première mondiale entre deux nations commerçantes. Étant donné le consensus selon lequel les données sur les importations étaient généralement mieux mesurées que celles sur les exportations (principalement parce que les importations sont à la source des droits de douane, mais pas les exportations), les pays convinrent de remplacer, en 1990, leurs propres chiffres sur les exportations servant à calculer la balance commerciale par les chiffres sur les importations de l'autre pays, de façon détaillée, par produit.

Ce remplacement dépendait de l'adoption par les deux pays d'un système compatible de codification des marchandises, le nouveau Système harmonisé, qui fut mis en œuvre à Statistique Canada en janvier 1988. L'adoption du système aux États-Unis fut retardée parce que celui-ci faisait partie de l'Omnibus Trade and Competitiveness Act de 1988, qui prit effet un an plus tard, le 1er janvier 1989. Les deux pays convinrent également d'une clé de conversion officielle aux fins des classifications des industries, qui permit d'effectuer des analyses industrielles détaillées du rendement d'un pays par rapport à l'autre. De telles analyses devenaient de plus en plus importantes par suite des accords de libre-échange.

Le 19 mars 1990 marqua la première diffusion de données obtenues au moyen des échanges de données entre le Canada et les États-Unis. Ces échanges donnèrent lieu à des gains d'efficience à Statistique Canada. En 1988, lorsque le Système harmonisé fut adopté pour la première fois, la Division du commerce international fonctionnait au maximum de sa capacité avec plus de 200 personnes. En 1990, en raison d'une charge de travail réduite à la section des exportations et de la mise en place du Système harmonisé, la division travaillait efficacement avec un effectif de 130 personnes. À l'extérieur de Statistique Canada, le Système harmonisé eut un impact encore plus grand du fait qu'il exemptait les exportateurs de remplir plus de 2,5 millions de documents chaque année.

Statistique Canada était également en pleine création d'une base de données sur le commerce mondial, TIERS, afin de permettre la mesure du commerce entre les autres pays. Par exemple, des études de rapprochement portant sur le commerce avec le Japon et la Communauté européenne étaient en cours. Des données sur le commerce entre d'autres pays ainsi que sur leur production et leur emploi vinrent s'ajouter aux données que Statistique Canada possédait déjà au sujet du Canada et de ses partenaires commerciaux. Ce vaste ensemble de données internationales figurait parmi les premiers du genre et permit aux entreprises canadiennes d'évaluer la compétitivité relative du Canada sur d'autres marchés. En 1992, TIERS comprenait des statistiques sur le commerce de marchandises fondées sur des données douanières pour plus de 16 000 marchandises importées et 6 000 marchandises exportées de 200 pays dans le cadre du Système harmonisé.

Libre-échange

Un nouvel accord, l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, fut conclu en janvier 1988. Ce dernier permit d'éliminer progressivement une vaste gamme de restrictions commerciales sur une période de dix ans, et entraîna une augmentation du commerce transfrontalier. Il fut ensuite remplacé par l'Accord de libre-échange nord-américain, qui prit effet en janvier 1994 et qui inclut le Mexique. Statistique Canada se prépara en vue des besoins en données découlant du libre-échange, y compris l'analyse et le suivi des industries touchées.

Statistique Canada, l'hôte de la quatrième réunion du Groupe de Voorburg, 1989
Les employés du remaniement de l'Enquête sur l'emploi, la rémunération et les heures de travail, 1994

Mesure du secteur des services

Le système statistique était constitué et évoluait selon le concept de biens, c'est-à-dire les industries primaires de l'agriculture, de la fabrication, de l'extraction minière et de la pêche, par exemple. Le secteur des services prenait une importance relative et, pendant la période d'après-guerre, il commença à dépasser le secteur des biens. Le secteur des services n'était pas seulement le secteur de l'économie canadienne qui connaissait la croissance la plus rapide; il s'agissait également de l'un des plus difficiles à mesurer sur le plan conceptuel. Statistique Canada tenait donc beaucoup à améliorer les mesures dans ce domaine, mais il trouvait difficile de réaffecter les ressources des enquêtes sur les biens aux enquêtes sur les services, non seulement en raison de l'important changement requis à l'interne, mais aussi en raison de la réaffectation budgétaire nécessaire.

Statistique Canada proposa que les organismes statistiques de plusieurs pays mettent en commun leurs ressources dans le but d'élaborer un système de classification des industries de services. Chaque pays rédigea donc une ébauche de classification pour une industrie, le Canada étant chargé de la classification pour les architectes et les ingénieurs et, par la suite, des classifications pour le sous-secteur des télécommunications et le secteur de la finance et des assurances. Le système de classification proposé fut officiellement approuvé par le Bureau de statistique des Nations Unies en février 1989.

Des réunions informelles et volontaires de représentants d'organismes statistiques nationaux furent organisées dans le but d'aborder certains problèmes relatifs aux méthodes statistiques. Ces réunions, connues sous le nom de « city groups », furent nommées en fonction de la ville où s'était tenue leur première réunion. Elles permettaient une utilisation novatrice et efficace des ressources en vue d'améliorer les normes statistiques internationales. Le groupe chargé des statistiques des services fut appelé le Groupe de Voorburg sur les statistiques des services puisque le Bureau de la statistique des Pays-Bas en fut l'hôte en janvier 1987. Neuf pays et six organismes se réunirent pour collaborer à un plan visant à établir une classification des industries de services internationalement approuvée. Le Canada tint la quatrième réunion du groupe en octobre 1989, et l'on y discuta de 37 documents portant sur des sujets allant du commerce international des services à des propositions de classifications révisées des produits pour certaines industries. Une ancienne statisticienne en chef de Statistique Canada, Sylvia Ostry, participa à la réunion à titre de panéliste pour l'un des points à l'ordre du jour relativement aux besoins d'information sur les politiques de l'industrie de services. Le groupe tint des réunions annuelles pour examiner les progrès réalisés dans chaque pays. En 1991, il étudia et approuva une proposition canadienne en vue de la tenue d'une enquête comparable à l'échelle internationale sur l'industrie de l'informatique.

Cette lacune dans les données sur les services entraîna également une augmentation modeste du nombre d'indices des prix des services. L'élaboration de ces indices n'était pas une tâche facile, ceux-ci étant beaucoup plus difficiles à produire que les indices des prix des biens en raison de la nature plus subjective des services. Il est plus difficile de maintenir la qualité constante des services que celle des biens aux fins de la mesure des variations de prix pures. L'élaboration d'indices des prix des services commença dans les années 1980 avec l'Indice des prix des services d'ingénierie-conseil. Afin de contribuer à combler cette lacune dans les données, on élabora de nouveaux indices de prix sur des sujets comme les services professionnels en informatique, les télécommunications, l'hébergement des voyageurs et les services de comptabilité.

La télédétection continue de gagner du terrain

En 1979, Statistique Canada établit pour la première fois un programme de télédétection au sein de la Division de l'agriculture afin d'utiliser l'imagerie satellite pour calculer les estimations de la superficie des cultures et trouver d'autres méthodes en vue d'améliorer l'exactitude des estimations d'enquête, de réduire le fardeau des répondants et de mieux planifier les méthodes d'échantillonnage. Comme il est mentionné dans le chapitre précédent, l'un des premiers grands projets de télédétection reposait sur des données de satellites Landsat pour effectuer des comparaisons avec les estimations traditionnelles des superficies consacrées à la culture des pommes de terre pour la campagne agricole de 1980 dans la vallée de la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. En 1989, la technologie servit à évaluer l'état des cultures, et les efforts de recherche furent axés sur les estimations du rendement. L'utilisation opérationnelle de la télédétection par Statistique Canada était très avancée à l'époque, et des groupes de divers pays rendaient visite à l'organisme afin d'en apprendre davantage à ce sujet.

Nouveaux systèmes généralisés

En 1987-1988, une part importante des travaux d'élaboration en méthodologie portait sur la création et la mise à l'essai d'un système généralisé d'enquête, un ensemble de méthodes uniformes aux fins de la tenue d'enquêtes. Le système rendit superflue la conception d'un programme personnalisé pour chaque enquête et réduisit par conséquent le temps, l'argent et l'énergie nécessaires aux enquêtes, en plus de favoriser l'utilisation de meilleures méthodes d'enquête. Les deux premiers modules, le module d'échantillonnage et le module de contrôle et d'imputation, furent mis en place en 1988. Les travaux se poursuivaient relativement aux modèles de saisie des données et de totalisation. En fait, deux des applications les plus importantes furent adoptées dans le cadre du Programme du Recensement de 1991, soit le Système de codage automatisé par reconnaissance de texte pour le Recensement de la population et le Système généralisé de vérification et d'imputation pour le Recensement de l'agriculture. En 1992, le système de collecte et de saisie des données était suffisamment développé pour pouvoir être mis en œuvre à la fois au bureau central et dans les bureaux régionaux. Même si l'utilisation du système généralisé représentait une priorité à l'échelle de Statistique Canada, le défi consistait à assurer son utilisation dans le cadre de toutes les enquêtes nouvelles ou remaniées, sauf dans des circonstances exceptionnelles. En 1994, le nouveau Centre de démonstrations des systèmes et méthodes généralisés ouvrit ses portes, et l'on y donna des cours et des démonstrations des systèmes. À l'époque, les systèmes généralisés permettaient à Statistique Canada d'économiser 0,8 million de dollars par année pour les enquêtes auprès des entreprises seulement.

Lignes directrices sur la qualité

Parmi les nouveaux produits importants qui virent le jour au milieu des années 1980 figurait la première édition des Lignes directrices concernant la qualité de Statistique Canada. Il s'agissait d'un ensemble de pratiques de gestion et d'options techniques qui tirait parti de l'expérience collective de nombreux employés de Statistique Canada pour atteindre les objectifs de qualité. Les lignes directrices contribuèrent à la planification et à la conception des enquêtes ainsi qu'à l'évaluation et à l'analyse des résultats. Il s'agissait d'un document de référence important pour Statistique Canada, et de nombreuses éditions révisées furent diffusées afin de faire évoluer les lignes directrices en vue de rendre compte des progrès réalisés en matière de pensée et de technologie statistiques.

L'année 1985 marqua également la création du Centre de ressources en conception de questionnaires (CRCQ) comme centre d'expertise à Statistique Canada pour la conception et l'évaluation des questionnaires. Jusqu'en 1992, l'organisme fit appel à des entreprises privées externes spécialisées dans les études de marché pour mettre à l'essai ses questionnaires. À partir de 1992, Statistique Canada commença à effectuer ses essais à l'interne par l'entremise du CRCQ au moyen de méthodes comme des groupes de discussion et des entrevues cognitives. Quelques années plus tard, Statistique Canada élabora et adopta sa Politique concernant l'examen et la mise à l'essai des questionnaires, qui témoignait de la valeur de ses compétences et qui prévoyait l'examen et la mise à l'essai par le CRCQ de tous les questionnaires nouveaux et remaniés.

Programmes du recensement

Le « bonhomme », une sculpture de glace de six pieds représentant le symbole du Recensement de 1986 pour le Bal de Neige

L'une des caractéristiques importantes du Recensement de 1986 était le volume considérable de publicité et de soutien non payés dont il bénéficia, y compris de la part des employés de Statistique Canada. Les employés au recensement, ainsi que leurs amis et parents, entreprirent de concevoir et de créer une sculpture de glace de six pieds représentant le symbole du Recensement de 1986 (le « bonhomme ») pour le Bal de Neige. Une équipe du Centre canadien de la statistique juridique participa également au concours de sculptures sur glace, réalisant une sculpture représentant l'arrestation d'un suspect. Un employé de Statistique Canada portant un costume de bonhomme fit également des apparitions publiques, y compris dans les écoles, afin d'encourager les enfants et leur famille à « participer au dénombrement ». En outre, des personnalités canadiennes célèbres donnèrent de leur temps pour promouvoir le recensement au moyen d'annonces d'intérêt public filmées, qui furent largement diffusées partout au pays. Parmi ces personnalités figuraient Andy Moog et Kevin Lowe de l'équipe de hockey des Oilers d'Edmonton, Dale Hawerchuck des Jets de Winnipeg, le chanteur Ian Tyson, les médaillés olympiques de 1984 Alwyn Morris et Caroline Waldo, ainsi que l'acteur John Vernon. L'efficacité de la stratégie de communication non payée dépendit également de la participation d'organisations disposant de moyens de communication qui reconnurent l'importance du recensement pour leurs propres activités. Par exemple, la chaîne d'épiceries Safeway, dans l'Ouest canadien, imprima le logo du recensement sur ses camions et ses sacs d'épicerie.

Le Recensement de 1986 comprenait des questions sur l'identité autochtone conçues dans le but de produire des données de meilleure qualité sur les populations d'Inuits, d'Indiens inscrits, d'Indiens non inscrits et de Métis au Canada ainsi que sur leurs caractéristiques. Un Programme sur les Autochtones qui bénéficiait d'un financement distinct fut également créé afin de renforcer la capacité statistique des peuples autochtones et de fournir des données aux collectivités et aux organismes autochtones à leurs propres fins (par exemple aux fins de la prestation de services et de l'élaboration de programmes).

Un certain nombre de changements furent effectués dans le cadre du Recensement de 1991, y compris la collecte de données sur les unions de fait et les mariages. Par ailleurs, le retour par la poste fut étendu à presque toutes les régions au pays, alors qu'auparavant seulement 60 % de la population utilisait cette méthode. Dans le cadre du recensement, on commença également à inclure les résidents non permanents dans la population cible. Les enquêtes post-censitaires du Recensement de 1991 comprirent une enquête auprès des peuples autochtones et une enquête auprès des personnes handicapées. Cette dernière s'apparentait à l'Enquête sur la santé et les limitations d'activités, menée parallèlement avec le Recensement de 1986, mais elle fournissait des données plus à jour et permettait une évaluation des changements qui s'étaient produits depuis 1986.

M. Recensement

M. Recensement : Edward T. Pryor, 1988

En novembre 1992 décéda un homme que l'on appelait affectueusement « M. Recensement ». Il s'agissait d'Edward T. Pryor, sociologue, érudit et conférencier de renom, qui avait collaboré à presque tous les aspects du recensement depuis 1968, soit six recensements au total. Sa passion pour la sociologie avait inspiré de nombreuses personnes à suivre ses traces, et il avait agi à titre de mentor auprès de nombreux jeunes étudiants et employés. Il fut consultant pour le Recensement de 1971 et joua le rôle de conseiller dans le cadre du plan de réorganisation du recensement. Plus tard, en tant que directeur de la Division des caractéristiques du recensement, il fut chargé du programme des produits et services du Recensement de 1971. Il fut gestionnaire du Recensement de 1981 avant de devenir directeur général de la Direction de la statistique démographique et du recensement. Il agit aussi comme chef de projet dans le cadre du Recensement de 1991. Il rédigea et corédigea quelque 30 articles et publications, et agit comme ambassadeur de Statistique Canada au pays et à l'étranger, y compris en Chine, dans le cadre de son Recensement de 1982. Après son décès, il reçut la Prime d'excellence durant la carrière de Statistique Canada, qu'Ivan Fellegi remit à son épouse qui l'accepta en son nom. Un fonds de bourse d'études Edward T. Pryor fut également créé à l'Université Carleton pour aider financièrement les étudiants en sociologie.

Statistiques sur les peuples autochtones

Tout au long de l'histoire du recensement au Canada, les définitions, la terminologie et la méthodologie associées à la mesure de la population autochtone connurent un certain nombre de changements. Par exemple, en anglais, on commença à utiliser le terme « Indigenous » plutôt qu'« Aboriginal » pour désigner les premiers habitants de notre pays, ce terme étant considéré comme plus respectueux. À partir de 1971, des efforts importants furent déployés en vue d'améliorer la qualité des données sur la population autochtone du Canada. Jusqu'en 1996, les données du recensement sur les peuples autochtones étaient recueillies au moyen d'une question portant sur l'ascendance ou l'origine ethnique, tandis qu'en 1996, la question permit aux répondants de s'auto-identifier comme Autochtones, et plus particulièrement comme Indiens de l'Amérique du Nord, Métis ou Inuits.

L'Enquête auprès des peuples autochtones, élaborée en 1988 et menée en 1991, était la première enquête post-censitaire auprès des peuples autochtones au Canada. C'était la première fois qu'on tentait de mener une telle enquête. Elle présentait un profil utile des modes de vie, des conditions de vie, de la santé, des antécédents professionnels, de la scolarité, de la mobilité et des langues. Statistique Canada demanda l'appui et la participation d'organisations autochtones nationales du Canada et sollicita leur point de vue sur les renseignements qui devraient être recueillis. Des représentants d'organisations régionales et nationales indiennes, métisses et inuites, ainsi que des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux et de nombreux organismes de recherche et de services, participèrent activement à l'élaboration du contenu.

Intégration des données sur le tourisme

En 1983, l'Assemblée générale de l'Organisation mondiale du tourisme plaida en faveur de l'intégration des statistiques sur le tourisme dans le Système de comptabilité nationale. Même si les industries touristiques (hôtels, restaurants, taxis, compagnies aériennes, voyagistes, etc.) faisaient effectivement partie des comptes, il n'y avait pas de regroupement global permettant de montrer l'incidence du tourisme en tant que « quasi-industrie ». Pour faire suite à cette requête, les ministres fédéral, provinciaux et territoriaux du Tourisme mirent sur pied en 1985 un groupe de travail national sur le tourisme, dirigé par le statisticien en chef à la retraite Martin Wilk. Il s'agissait d'un groupe de travail mixte des secteurs public et privé chargé d'établir une base statistique pour la planification, le marketing, la gestion et la rentabilité du tourisme. Statistique Canada effectua de la recherche à l'interne en vue de fournir le soutien analytique à l'élaboration d'une nouvelle base de données, et assura les fonctions de secrétariat auprès du groupe de travail grâce à plus de 40 employés de différents secteurs de l'organisme qui mirent à contribution leur temps et leur expérience au projet d'une durée de deux ans. Le groupe de travail collabora avec plus de 50 organisations de tous les secteurs de l'industrie — administrations publiques, entreprises, associations commerciales et universités — et présenta son rapport final aux ministres du Tourisme en novembre 1986. Ses recommandations comprenaient l'amélioration des enquêtes existantes à l'échelle fédérale et provinciale ainsi que l'établissement d'un Institut de recherche sur le tourisme en vue de déterminer comment répondre aux besoins futurs en données. En mars 1987, Martin Wilk reçut le prix F.G. Brander Memorial décerné par l'Association de l'industrie touristique du Canada en reconnaissance des travaux du groupe. Ces derniers menèrent à la création en 1994 d'un nouveau compte satellite du tourisme, qui fournit un aperçu intégré des dépenses liées au tourisme afin de montrer la contribution globale du tourisme à la production, à l'emploi et aux exportations.

Registre des adresses et Registre des entreprises

Un certain nombre de bases de données opérationnelles furent créées à la fin des années 1980, y compris le Registre des adresses, qui vit le jour en 1987 et qui fut utilisé initialement comme outil de vérification de la couverture après listage dans le cadre du Recensement de 1991. Le personnel produisit des listes d'adresses résidentielles pour 23 000 secteurs de dénombrement dans les régions urbaines du pays, et ce, grâce à diverses sources, comme des listes de numéros de téléphone et des factures d'électricité. Il appariait ensuite ces listes avec les données géographiques du recensement. L'idée de créer un Registre des adresses avait été revue à plusieurs reprises depuis le milieu des années 1960, soit lorsque le concept fut étudié pour la première fois pour le Recensement de 1971. Enfin, en 1987, dans le cadre du programme de recherche pour le Recensement de 1991, la possibilité de créer un registre des adresses résidentielles pour les régions urbaines fut démontrée. Avant l'avènement du Registre des adresses, chaque représentant du recensement devait compiler à la main une liste d'adresses pour son secteur de dénombrement et remettre un questionnaire à chaque logement. Toutefois, c'était une chose de remettre un questionnaire aux répondants et de leur demander de le renvoyer par la poste, mais c'en était une tout autre de cibler directement le questionnaire et de l'envoyer par la poste au bon ménage. La couverture et la qualité du Registre des adresses s'améliorèrent au cours des années qui suivirent, jusqu'à ce que le registre soit de qualité suffisante pour servir de base à l'envoi par la poste des questionnaires du Recensement de 2006.

Le Registre des entreprises, une base de données centralisée contenant des descriptions détaillées de la plupart des entités commerciales exploitées au Canada, continua également d'être amélioré. Ce n'est toutefois qu'à la fin des années 2000 qu'il atteignit son plein potentiel. Statistique Canada prit l'initiative de créer une tribune pour l'échange international d'expérience dans le domaine des registres des entreprises. La première réunion eut lieu à Ottawa, en 1986, et le groupe fut à l'origine connu sous le nom de « Table ronde sur les bases d'enquêtes-entreprises ». Il fut par la suite renommé « Groupe de Wiesbaden sur les registres d'entreprises » en 2007, alors qu'il se rencontrait à Wiesbaden, en Allemagne, afin de s'aligner sur la convention de désignation des autres city groups.

Les enquêtes mensuelles sur le commerce de détail et de gros furent, en 1988, les premières à utiliser le nouveau Registre des entreprises. En fait, parmi les premiers changements découlant du Projet de remaniement des enquêtes-entreprises, on procéda au remaniement de l'Enquête sur le commerce de détail afin de produire de meilleures estimations de l'activité dans ce secteur. L'échantillon de l'enquête nouvellement remaniée provenait du nouveau Registre des entreprises. La prochaine enquête qui vint s'ajouter au Registre des entreprises fut l'Enquête sur l'emploi, la rémunération et les heures de travail. À la fin de 1989, la plupart des enquêtes annuelles étaient converties au registre.

Dans le cas de l'Enquête sur l'emploi, la rémunération et les heures de travail, il fallut plus de trois ans, à partir de 1989, à la conversion au Registre des entreprises. Une équipe de chercheurs, de développeurs et de personnel de soutien collabora à ce projet, qui était si vaste et complexe qu'on l'appela le « projet Big Bang ».

Le travail consistait à coupler l'enquête avec le nouveau Registre des entreprises, à lisser les ruptures dans les données des séries chronologiques, à convertir les séries de données selon la classification type des industries de 1980, à produire des données désaisonnalisées et à créer de nouveaux produits d'information afin d'aider les utilisateurs à comprendre les données révisées. Le remaniement prit fin en 1994, et l'on utilisa les données administratives sur les petites entreprises qui étaient nouvellement disponibles à partir du formulaire de retenues à la source de Revenu Canada sur le nombre d'employés et à la masse salariale mensuelle. Les autres variables furent obtenues à partir d'une petite enquête de chevauchement effectuée au moyen d'interviews téléphoniques assistées par ordinateur auprès de 2 500 entreprises. Avant le remaniement, 30 000 entreprises étaient visées par l'enquête.

L'utilisation des dossiers fiscaux réduisit également les coûts de fonctionnement d'environ 0,9 million de dollars par année. Au moment où l'enquête fut conçue, à la fin des années 1970, il était recommandé d'utiliser des données administratives; toutefois, il n'y avait pas d'élan pour donner suite à la recommandation. La relation relativement médiocre de Statistique Canada avec d'autres organismes à la fin des années 1970 contribua à ce manque d'élan pour un remaniement précoce.

L'équipe principale ayant participé à l'établissement du nouveau Registre des adresses de Statistique Canada, 1991
Les membres du groupe de travail « vert », 1991

Un énorme pas en avant sur le plan démographique

Par le passé, la population entre les recensements était estimée en utilisant comme population de base les chiffres du recensement précédent ainsi que le nombre annuel de naissances, de décès et de migrations internationales et interprovinciales. Puis, chaque fois qu'un nouveau recensement était mené, les estimations de population entre le recensement précédent et le nouveau recensement étaient réétalonnées. La différence entre les estimations démographiques produites sur la base du recensement précédent et les nouveaux chiffres du recensement a souvent été source d'insatisfaction chez les démographes qui cherchaient à expliquer la disparité entre les deux sources de données.

À partir du Recensement de 1966, Statistique Canada publia des estimations du sous-dénombrement du recensement fondées sur un échantillon, ce qui permit de mesurer le nombre de personnes ayant été omises par le recensement. Au début, les résultats ne furent pas considérés comme suffisamment fiables pour être utilisés dans le but d'ajuster les estimations démographiques. À partir de 1971, le processus de production de ces estimations du sous-dénombrement devint suffisamment solide pour appuyer les rajustements des estimations provinciales de la population.

À partir du Recensement de 1991, on commença à mesurer le surdénombrement, certaines personnes pouvant être dénombrées plus d'une fois dans le cadre du recensement. La mesure du sous-dénombrement et du surdénombrement du recensement amena Statistique Canada à publier des estimations du sous-dénombrement net du recensement. Même si les chiffres du recensement ne sont jamais rajustés en fonction du sous-dénombrement net, les estimations démographiques produites sur une base trimestrielle le sont depuis ce temps.

Les estimations démographiques de Statistique Canada sont utilisées afin de gérer les paiements de transfert, un exercice très important puisque des milliards de dollars sont transférés aux provinces et aux territoires grâce à la péréquation et à d'autres programmes, ce qui leur permet d'offrir des programmes et des services raisonnablement comparables. Étant donné que les changements apportés aux estimations démographiques peuvent entraîner le transfert de plus grandes ou de moins grandes sommes d'argent aux gouvernements provinciaux et territoriaux, Statistique Canada rencontre régulièrement ces gouvernements afin d'expliquer les méthodes et les résultats du recensement, y compris les études de la couverture et les estimations de la population suivant chaque recensement.

Environnement

Le sujet de l'environnement prenait les devants de la scène, tant du point de vue des besoins en données que de la vie professionnelle au quotidien dans la fonction publique. Pendant les années 1960, l'ouvrage révolutionnaire de Rachel Carson intitulé Silent Spring et les problèmes comme celui des pluies acides donnèrent lieu à une nouvelle ère de sensibilisation à l'environnement. La Loi sur le ministère de l'Environnement établit Environnement Canada en 1971, en reconnaissance de la nécessité d'une meilleure gestion de l'environnement. Le Programme de la statistique de l'environnement de Statistique Canada fut créé au milieu des années 1970, et à l'époque, il était associé à un programme d'élaboration d'indicateurs sociaux. Une équipe de recherche multidisciplinaire composée de géographes, de biologistes et d'économistes collabora à l'élaboration des bases de données nécessaires en vue d'analyser l'interaction entre les personnes et l'environnement.

En 1989-1990, grâce au financement reçu dans le cadre de Lacunes statistiques I, Statistique Canada élabora des statistiques afin d'évaluer l'environnement au Canada et d'en suivre l'état. En août 1989, un article de SCAN indiqua qu'une « nouvelle race de statisticiens de l'environnement » venait de voir le jour à la Section de l'environnement et des ressources naturelles de la Direction des études analytiques. Les données de Statistique Canada sur la population, l'agriculture et la fabrication furent réorganisées par bassin hydrographique et bassin fluvial afin d'aider les utilisateurs à effectuer des études environnementales dans les régions locales. Des données sur la qualité de l'environnement et les ressources naturelles furent obtenues d'Environnement Canada, d'Agriculture Canada et d'Énergie, Mines et Ressources Canada, ainsi que de ministères de l'Environnement provinciaux et territoriaux, puis furent intégrées dans les bases de données socioéconomiques de Statistique Canada. Un cadre appelé « Statistique des stress et réactions écologiques » fut élaboré et servit de base au cadre statistique des Nations Unies aux fins de l'élaboration de statistiques environnementales. Parmi les publications importantes de Statistique Canada à l'époque figuraient le premier Rapport sur l'état de l'environnement au Canada, rédigé et publié conjointement avec Environnement Canada et diffusé pour la première fois en 1986 dans le cadre d'une conférence de presse en présence du ministre de l'Environnement de l'époque, Tom McMillan, et le compendium de statistiques appelé L'activité humaine et l'environnement, publié pour la première fois en 1978.

En 1992, Statistique Canada reçut du financement dans le cadre du Plan vert aux fins d'un programme de compte satellite de l'environnement. Le Plan vert était un plan d'action environnemental lancé par le gouvernement fédéral en 1990 comme stratégie nationale et plan d'action pour le développement durable. Il contribua en outre à fournir du financement à diverses initiatives au cours des cinq années suivantes. Le gouvernement fit appel à Statistique Canada pour produire un ensemble d'indicateurs en vue de présenter l'état de l'environnement. En 1993, la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie fut convoquée. Statistique Canada renomma sa Division des comptes des revenus et des dépenses « Division des comptes nationaux et de l'environnement » et commença l'élaboration d'un compte satellite des ressources naturelles. Un groupe de travail ponctuel fut constitué en 1993 afin de tenir lieu de city group en vue de s'attaquer au difficile enjeu conceptuel de mesure de l'environnement. Il s'agissait du Groupe de Londres composé d'experts de la comptabilité environnementale, qui tint sa première réunion à Londres, en Angleterre, en mars 1994. Le groupe continue de se réunir chaque année dans le but d'examiner les travaux en cours dans le domaine des comptes environnementaux, de les comparer et d'en discuter.

Recyclage à Statistique Canada

Un programme de recyclage était en place à Statistique Canada depuis 1976. Le programme utilisait alors des bacs en bois pour recueillir le papier. Ceux-ci avaient comme inconvénient qu'ils ne pouvaient pas contenir beaucoup de papier et qu'ils devaient être vidés dans des bacs situés dans le corridor, ce qui ne semblait pas se produire très souvent. Très rapidement, ces jolis bacs en bois devinrent des endroits de choix pour recueillir les annuaires téléphoniques et les disquettes d'ordinateur.

Au début des années 1990, des programmes de bacs bleus virent le jour partout au pays, et Statistique Canada commença aussi à avoir recours au recyclage du papier et à promouvoir un milieu de travail respectueux de l'environnement. En fait, l'utilisation de microfilms fut présentée comme un moyen de réduire la consommation de papier. Lorsque les employés soumettaient des travaux au Centre principal des ordinateurs afin de produire leurs données, ils pouvaient choisir de recevoir celles-ci sur microfiches plutôt que sur papier. Les sorties d'ordinateur étaient généralement disponibles en un jour ou deux.

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