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Les conséquences de la violence faite aux femmesL’un des défis posés par la mesure des conséquences de la violence envers les femmes est la difficulté de représenter fidèlement la vaste gamme de répercussions psychologiques et physiques sur les femmes, ainsi que les coûts pour la société en général de la prestation de services aux victimes. Un seul incident de voies de fait ou d’agression sexuelle peut se révéler une expérience bouleversante susceptible d’avoir des conséquences négatives sur le bien-être physique et émotif de la victime. Les conséquences pour les enfants vivant dans un foyer violent peuvent agir à long terme et entraîner une continuation de la violence pendant des générations. Dans la présente section, on examine quatre dimensions des conséquences de la violence faite aux femmes : psychologique, physique, sociale et économique. Conséquences psychologiques de la violence Que les femmes aient ou non fait l’objet de violence, elles déclarent des niveaux plus élevés de crainte pour leur sécurité personnelle. L’Enquête sociale générale (ESG) de 2004 révèle que, parmi les utilisateurs des transports en commun, 58 % des femmes étaient inquiètes pour leur sécurité si elles devaient attendre ou utiliser les transports en commun une fois la nuit tombée, contre 29 % des hommes. Par ailleurs, 16 % des femmes ne se sentaient pas en sécurité lorsqu’elles marchaient seules après la tombée de la nuit, contre 6 % des hommes. Même à la maison, 27 % des femmes ne se sentaient pas en sécurité si elles étaient seules la nuit, par opposition à 12 % des hommes. Comme le montre la figure 19, les femmes victimes de violence conjugale qui ont participé à l’ESG de 2004 décrivaient souvent les conséquences psychologiques des agressions en termes négatifs, notamment :
Même si des proportions considérables d’hommes victimes de violence conjugale ont également mentionné des conséquences psychologiques négatives, ils étaient beaucoup plus susceptibles que les femmes de dire que l’incident avait eu peu d’effet ou n’avait eu aucun effet sur eux (30 % des hommes victimes contre 6 % des femmes victimes) (figure 19). Conséquences physiquesLes actes de violence conjugale contre les femmes sont plus susceptibles d’entraîner des conséquences physiques pour les victimes que les agressions contre les hommes (figure 20). Les femmes sont :
La crainte d’une femme que sa vie soit en danger en raison de la violence infligée par un conjoint est peut-être l’indicateur le plus significatif de la gravité de la violence. Ici encore, les femmes étaient plus de trois fois plus susceptibles que les hommes de dire qu’elles avaient craint pour leur vie, ce qui correspond à environ 224 000 femmes. Ce résultat est compatible avec les données qui indiquent que les femmes sont victimes d’actes de violence conjugale plus graves et qu’elles risquent davantage d’être tuées par leur conjoint. Il semble que les conséquences de la violence conjugale envers les femmes s’amoindrissent à certains égards. Les pourcentages de victimes ayant connu 10 incidents de violence ou plus et ayant craint pour leur vie ont fléchi entre 1999 et 2004. Pourtant, pendant la même période, le pourcentage de femmes ayant subi des blessures corporelles aux mains d’un conjoint violent est passé de 40 % à 44 % de toutes les victimes de sexe féminin. Coûts sociauxLes coûts sociaux de la violence conjugale associés à la prestation et au maintien de services médicaux, de services de counselling et d’hébergement, et de services de justice pénale sont aussi plus élevés dans le cas des femmes victimes. Les femmes risquent davantage d’être victimes d’agressions graves de la part de leur conjoint, et elles sont donc plus susceptibles d’avoir besoin et de se prévaloir des services assurés par les organismes de services sociaux, comme des services de counselling, des services d’écoute téléphonique, des centres familiaux et des refuges. Elles sont également deux fois plus susceptibles de demander à la police de les protéger contre un conjoint violent (figure 21). (La section « Utilisation des services par les victimes » explore plus en détail les facteurs associés à la déclaration de la violence conjugale à la police). Les coûts pour les familles et la société qu’entraîne l’exposition des enfants à la violence contre un parent peuvent être très élevés et prendre la forme de problèmes psychologiques, sociaux et cognitifs, ainsi que d’une mésadaptation du comportement (Berman, Hardesty et Humpphreys, 2004; Fantuzzo et autres, 1991; Graham-Bermann et Levendosky, 1998; Moore et Pepler, 1998). Comme l’indique la figure 21, les enfants avaient été témoins de violence conjugale dans un nombre considérable de cas déclarés dans l’ESG de 2004. Dans cette enquête, « être témoin » de la violence signifie voir ou entendre les actes de violence. En outre, des enfants étaient plus souvent présents dans les agressions contre les femmes que dans les agressions contre les hommes. On estime que, au cours d’une période de cinq ans, au moins 258 000 enfants étaient conscients de la violence conjugale à l’endroit de leur mère (déclaré par 40 % des femmes victimes de violence conjugale), alors que 136 000 étaient au courant des agressions contre leur père (déclaré par 25 % des hommes victimes). Certains enfants avaient été témoins d’agressions particulièrement graves contre leur mère : dans la moitié des incidents observés par les enfants, la femme avait été blessée et dans la moitié, elle avait craint pour sa vie. Il peut s’agir là d’estimations prudentes, car les recherches laissent entendre que les parents peuvent minimiser ou sous-estimer la mesure dans laquelle leurs enfants sont conscients de la violence conjugale dont ils sont victimes (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; O’Brien et autres, 1994). L’Enquête sur la violence envers les femmes (EVEF) indique que la violence peut contribuer à long terme à former des familles monoparentales : 68 % de toutes les mères seules ont déclaré avoir été victimes de violence dans une union libre ou un mariage antérieur. Cette situation les met à risque d’éprouver des difficultés financières (voir à l’annexe 1 un aperçu des indicateurs de l’égalité économique). Coûts économiquesLes coûts économiques ou financiers de la violence pour les victimes et la société constituent un autre aspect de ses conséquences, mais ils sont difficiles à estimer. Aucune étude n’a servi à examiner les coûts économiques de tous les types de violence envers les femmes, mais quatre études canadiennes ont permis d’estimer des coûts économiques partiels (tableau 3). Leurs résultats ne peuvent être directement comparés en raison des différentes méthodes et hypothèses de recherche, et parce qu’aucune des études n’est exhaustive. Elles indiquent que les coûts économiques de la violence pour les victimes et la société canadienne, incluant les coûts liés à la santé, à la justice pénale, aux services sociaux et à la perte de productivité, peuvent se chiffrer à des milliards de dollars pour une seule année. Selon la seule étude dans laquelle on a examiné les coûts économiques des mauvais traitements infligés aux enfants pour les victimes et les survivants adultes de ces crimes, ces coûts atteindraient 15 milliards de dollars, dont 11 milliards de dollars pour les pertes de revenus uniquement (Bowlus et autres, 2003). Sommaire des conséquences de la violence à l’endroit des femmesL’évaluation des conséquences de la violence pour les femmes et pour la société dans son ensemble est une affaire complexe. Dans la présente section, ces conséquences pour les femmes elles-mêmes et pour la société dans son ensemble ont été analysées sur divers plans — psychologique, physique, social et économique. Par comparaison aux hommes victimes, les femmes victimes sont plus susceptibles de déclarer des conséquences psychologiques négatives de la violence conjugale et moins susceptibles de déclarer que la violence a eu peu d’effet ou n’a pas eu d’effet sur elles. Les femmes victimes sont aussi plus de deux fois plus susceptibles que les hommes victimes d’être blessées et six fois plus susceptibles de recevoir des soins médicaux. Un plus grand nombre d’enfants sont témoins de violence contre leur mère, les types de violence étant plus graves. Quatre études canadiennes ont démontré que les coûts économiques associés à la violence faite aux femmes, pour ce qui est des soins de santé, de la justice pénale, des services sociaux et de la perte de revenus, sont importants. Ces indicateurs révèlent que la violence entraîne toute une gamme de conséquences négatives qui touchent non seulement les victimes et leurs familles mais aussi la société dans son ensemble. |
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