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La violence faite aux femmes autochtones

La violence familiale a été reconnue comme l’un des plus importants problèmes auxquels font face les Autochtones au Canada (Lane et autres, 2003; LaRocque, 1994). Le Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (Commission royale sur les peuples autochtones, 1996) recense un certain nombre de facteurs liés à la violence dans les communautés autochtones, dont la discrimination systémique à l’endroit des peuples autochtones, les privations économiques et sociales, l’abus d’alcool ou d’autres drogues et le cycle intergénérationnel de la violence. Selon les audiences de la Commission royale, d’autres facteurs contribuent aux taux élevés de violence dans les communautés autochtones, notamment l’effondrement d’une vie familiale saine résultant des séjours dans les pensionnats, le racisme à l’endroit des peuples autochtones, l’impact du colonialisme sur les valeurs et la culture traditionnelles, ainsi que les logements surpeuplés et inférieurs aux normes.

Les Autochtones au Canada se trouvent dans une situation socioéconomique inférieure à celle des non-Autochtones. Selon le Recensement de 2001, le revenu moyen des femmes autochtones était de 16 600 $, comparativement à 22 100 $ pour les hommes autochtones, 23 100 $ pour les femmes non autochtones et 37 300 $ pour les hommes non autochtones. Les Autochtones affichent également des niveaux de scolarité plus faibles et des taux de chômage plus élevés, et ils sont plus susceptibles de vivre dans des logements surpeuplés. Les enfants autochtones sont proportionnellement plus nombreux à vivre dans des familles monoparentales dirigées par des femmes.

Étendue et gravité de la violence faite aux femmes autochtones

Les méthodes statistiques mises au point par Statistique Canada pour mesurer la violence à l’endroit des femmes n’ont pas été expressément conçues pour tenir compte des différences culturelles entre les groupes minoritaires, incluant les femmes autochtones. Par exemple, l’Enquête sociale générale (ESG) a été réalisée par téléphone, et uniquement en français et en anglais; par conséquent, les femmes autochtones qui vivent dans des collectivités éloignées sans service téléphonique ou qui ne parlent pas couramment le français ou l’anglais ne peuvent y participer. Les femmes autochtones peuvent aussi faire face à d’autres obstacles qui tiennent à des différences culturelles lorsqu’il s’agit de mentionner la violence à un intervieweur. Il est donc probable que l’ESG sous-estime l’étendue réelle de la violence faite aux femmes autochtones.

Violence conjugale

Dans l’ESG de 1999, le taux de violence conjugale déclaré par les femmes autochtones était le double du taux observé chez les hommes autochtones et le triple du taux chez les femmes et les hommes non autochtones1. En 2004, l’écart entre les femmes autochtones et les hommes autochtones s’est rétréci quelque peu, mais le taux de violence conjugale contre les femmes autochtones était toujours plus de trois fois supérieur à ce taux contre les femmes ou les hommes non autochtones (figure 46). Dans l’ensemble, 21 % des Autochtones ont déclaré avoir été victimes de violence conjugale en 2004, un pourcentage de trois fois supérieur à celui concernant les non-Autochtones (7 %).

Figure 46 Taux de violence conjugale selon l'origine autochtone, 1999 et 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 46 Taux de violence conjugale selon l’origine autochtone, 1999 et 2004

Non seulement les femmes autochtones ont-elles déclaré des taux plus élevés de violence conjugale en 2004, mais elles étaient aussi beaucoup plus susceptibles que les femmes non autochtones de déclarer les formes de violence les plus graves et pouvant mettre leur vie en danger, notamment être battues ou étranglées, être attaquées avec une arme à feu ou un couteau, ou être agressées sexuellement (54 % des femmes autochtones contre 37 % des femmes non autochtones) (figure 47). Ces pourcentages concernant les femmes autochtones sont demeurés inchangés depuis 1999; toutefois, dans le cas des femmes non autochtones, le pourcentage de celles qui ont fait l’objet des formes de violence les plus graves a chuté de 43 % en 1999 à 37 % en 2004.

Figure 47 Gravité des agressions contre une conjointe selon le statut d'Autochtone, 1999 et 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 47 Gravité des agressions contre une conjointe selon le statut d’Autochtone, 1999 et 2004

En raison des formes de violence plus graves dont sont victimes les femmes autochtones, les conséquences de la violence conjugale sont aussi plus graves. Les femmes autochtones étaient proportionnellement plus nombreuses que leurs homologues non autochtones à avoir subi des blessures corporelles, à avoir reçu des soins médicaux, à avoir interrompu leurs activités quotidiennes en raison des agressions, à avoir été victimes d’au moins 10 épisodes distincts d’agressions aux mains du même auteur et à avoir craint pour leur vie (figure 48).

Figure 48 Conséquences de la violence conjugale pour les femmes selon le statut d'Autochtone, 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 48 Conséquences de la violence conjugale pour les femmes, selon le statut d’Autochtone, 2004

Des recherches fondées sur les données de l’ESG de 1999 ont révélé que les taux plus élevés de violence conjugale à l’endroit des femmes autochtones pourraient découler de la plus forte présence de facteurs de risque de violence chez les Autochtones (Brownridge, 2003). Ces facteurs comprennent une situation socioéconomique moins élevée, et le fait que la population autochtone est plus jeune que la population générale, plus susceptible de vivre en union libre et plus susceptible de faire une consommation excessive d’alcool. Toutefois, après la prise en compte de ces facteurs de risque, ceux‑ci expliquent une partie mais non la totalité de la différence des taux entre les femmes autochtones et les femmes non autochtones.

La figure 49 montre que l’un des plus importants prédicteurs de la violence conjugale — la violence psychologique — est plus souvent déclaré par les femmes autochtones, ce qui peut aussi aider à expliquer les taux plus élevés chez les femmes autochtones.

Figure 49 Taux de violence psychologique aux mains d'un partenaire conjugal, selon le type de violence et le statut d'Autochtone, 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 49 Taux de violence psychologique aux mains d’un partenaire conjugal, selon le type de violence et le statut d’Autochtone, 2004

Certains ont mentionné que d’autres facteurs qui sont plus difficiles à mesurer, notamment les expériences de la colonisation, les sentiments de dévalorisation chez les Autochtones, la destruction des modes de vie traditionnels ainsi que les mauvais traitements subis dans les pensionnats, peuvent contribuer au recours par les hommes autochtones à la violence contre leur partenaire (Brownridge, 2003). En raison des mauvais traitements physiques, sexuels et psychologiques vécus dans les pensionnats, de nombreux Autochtones ont souffert des effets durables de ces types de violence et n’ont pas eu la chance d’être exposés à des exemples de pratiques parentales positives (Commission royale sur les peuples autochtones, 1996). Cette situation peut contribuer aux taux de violence plus élevés dans les communautés autochtones d’une génération à l’autre.

Harcèlement criminel

Les Autochtones ont déclaré des taux de harcèlement criminel qui étaient le double des taux signalés par les non-Autochtones (17 % contre 9 %). Les taux étaient les plus élevés chez les femmes autochtones, soit près de deux fois les taux constatés chez les femmes non autochtones (21 % contre 11 %).

Homicides entre conjoints

Dans l’ensemble, les taux d’homicides sont plus élevés chez les Autochtones (figure 50). En ce qui concerne les homicides sur une conjointe, le taux chez les femmes autochtones était huit fois le taux constaté chez les femmes non autochtones. Dans le cas des homicides sur un conjoint, le taux chez les hommes autochtones était 38 fois plus élevé que le taux chez les hommes non autochtones. Ces chiffres sous-estiment le nombre d’Autochtones qui ont été victimes d’un homicide, car dans certains cas le statut d’Autochtone n’était pas connu de la police au moment où les données ont été déclarées. En outre, en raison de politiques internes, certains services de police ne déclarent pas dans le cadre de l’Enquête sur les homicides le statut d’Autochtone des victimes et des auteurs présumés.

Figure 50 Taux d'homicides entre conjoints, selon le sexe de la victime et le statut d'Autochtone, 1997 à 2000. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 50 Taux d’homicides entre conjoints, selon le sexe de la victime et le statut d’Autochtone, 1997 à 2000

Le contexte dans lequel se produisent les homicides est légèrement différent pour les femmes et les hommes autochtones comparativement aux personnes non autochtones. Les femmes autochtones qui ont été victimes d’un homicide étaient proportionnellement moins nombreuses que les femmes non autochtones à avoir été tuées par un conjoint, un parent ou un membre de la famille (tableau 10). Plus précisément, les membres de la famille représentaient 45 % des auteurs présumés d’un homicide contre une femme autochtone et 68 % des auteurs présumés d’un homicide sur une femme non autochtone.

Tableau 10 Victimes autochtones et non autochtones d'homicide au Canada, selon le sexe et le lien entre la victime et l'auteur présumé, 1997 à 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 10 Victimes autochtones et non autochtones d’homicide au Canada, selon le sexe et le lien entre la victime et l’auteur présumé, 1997 à 2004

Violence non conjugale

Les résultats de l’ESG de 2004 montrent que les Autochtones ont des taux plus élevés de violence non conjugale, et qu’ils sont menacés de violence dans leur résidence ou près de celle-ci dans une plus grande mesure que les non-Autochtones. En ce qui concerne la violence commise par des auteurs autres que des conjoints, les Autochtones étaient proportionnellement deux fois plus nombreux à déclarer que la violence s’était produite dans la résidence de la victime ou près de sa résidence. Cette tendance est en partie attribuable au fait que les Autochtones sont plus susceptibles d’habiter dans des régions rurales, où il y a moins d’autres endroits à risque élevé, comme des établissements commerciaux (Brzozowski, Taylor-Butts et Johnson, 2006).

La taille des échantillons dans l’ESG était trop faible pour produire des estimations statistiquement fiables des agressions sexuelles contre les femmes autochtones. Toutefois, les statistiques policières qui permettent de comparer la criminalité entre les réserves et les régions hors réserve indiquent que les agressions sexuelles et les autres crimes avec violence sont plus susceptibles de se produire dans les réserves. En effet, les taux de crimes avec violence s’élevaient à 7 108 pour 100 000 habitants dans les réserves et à 953 hors réserve, alors que les taux d’agressions sexuelles et d’autres infractions sexuelles étaient de 564 et 83, respectivement (Brzozowski, Taylor-Butts et Johnson, 2006).

Services spécialisés à l’intention des Autochtones

Sur les 473 maisons d’hébergement pour femmes violentées qui ont participé à l’Enquête sur les maisons d’hébergement en 2004, 31 % (148) desservaient des populations vivant dans des réserves et 7 % (31) étaient situées dans des réserves. En outre, les deux tiers des maisons d’hébergement au Canada ont déclaré qu’elles offraient aux femmes autochtones une forme quelconque de services adaptés aux différences culturelles. Ceux-ci comprennent les services de soutien qui prennent en compte les méthodes traditionnelles de guérison, le recours à des conseillers spirituels aînés et l’accès à des documents de référence dans diverses langues autochtones.

Parmi les 484 organismes de services aux victimes qui ont participé à l’Enquête sur les services aux victimes, un quart (121) offraient des programmes à l’intention des Autochtones et un quart pouvaient assurer des services dans une langue autochtone. Trente pour cent d’entre eux avaient des programmes conçus pour contrer les formes particulières de violence subies par les Autochtones dans les pensionnats.

Utilisation des services par les femmes autochtones

Entre le 1er avril 2003 et le 31 mars 2004, 1 847 femmes et 1 672 enfants au total ont été admis dans des maisons d’hébergement situées dans des réserves (Taylor-Butts 2005). Parmi les 5 000 femmes et enfants ou presque séjournant dans des maisons d’hébergement le 14 avril 2004, 173 se trouvaient dans des refuges situés dans des réserves.

Selon l’ESG de 2004, les femmes autochtones qui étaient victimes de violence conjugale étaient plus susceptibles que les femmes non autochtones de signaler l’incident à la police et d’avoir recours aux services sociaux (figure 51). Cette constatation est compatible avec la nature plus grave de la violence perpétrée contre elles.

Figure 51 Pourcentage de femmes autochtones qui ont eu recours aux services sociaux et qui ont signalé l'incident de violence conjugale à la police, 2004 . Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 51 Pourcentage de femmes autochtones qui ont eu recours aux services sociaux et qui ont signalé l’incident de violence conjugale à la police, 2004

Sommaire de la violence faite aux femmes autochtones

Les femmes autochtones affichent des taux de violence conjugale plus élevés que les hommes autochtones et les personnes non autochtones. De nombreux facteurs de risque associés à la violence dans les populations autochtones ont été cernés, notamment des niveaux de scolarité plus faibles, des taux de chômage plus élevés, l’abus d’alcool, les expériences de la colonisation, les sentiments de dévalorisation chez les peuples autochtones et les mauvais traitements reçus dans les pensionnats. Même si les données sur les agressions sexuelles sont limitées, les statistiques policières montrent que les taux d’agressions sexuelles et d’autres types de violence sont bien des fois plus élevés dans les réserves que dans les régions hors réserve. La violence conjugale dont sont victimes les femmes autochtones est plus grave et le risque d’homicide est aussi plus élevé.

Des données plus détaillées saisies au moyen d’outils de recherche plus affinés sont requises pour qu’on puisse examiner plus à fond et mieux comprendre la nature, l’étendue, les facteurs de risque et les conséquences de la violence faite aux femmes autochtones.

 


Notes

1. Dans le présent rapport, on utilise le concept d’identité autochtone pour définir la population autochtone. Au total, 976 305 personnes se sont identifiées à un ou plusieurs groupes autochtones (Indiens de l’Amérique du Nord, Métis ou Inuits) lors du Recensement de 2001. Il ne faut pas présumer de l’identité autochtone des auteurs de violence conjugale en se fondant sur l’identité des victimes.


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Date de modification : 2006-10-12 Avis importants
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