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ContexteLa recherche sur les carrières criminelles et de délinquance revêt un intérêt particulier pour les criminologues et les décideurs de nombreux pays, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Danemark et la Suède, parmi d’autres. Dans ce genre de recherche, on s’intéresse surtout au développement du comportement criminel au cours de la vie du contrevenant, et plus particulièrement pendant les années de formation. Le raisonnement théorique de la recherche sur les carrières criminelles s’appuie sur la psychologie du développement (Farrington, 1997), la théorie du capital social (Hagan et McCarthy, 1997) et la sociologie au cours de la vie (Laub et Sampson, 2003; Sampson et Laub, 1993). En bref, ce raisonnement fait valoir que les gens tombent dans la délinquance et la criminalité en raison de lacunes dans leur développement psychologique et social, surtout à l’enfance et à l’adolescence, mais que les tendances criminogènes acquises tôt dans la vie peuvent être modifiées ou surmontées par des événements ultérieurs au cours de la vie. Cela suppose que le criminologue doit tâcher non pas de décrire et d’expliquer chacun des crimes, mais plutôt la carrière criminelle ou de délinquance, c’est-à-dire la suite des actes de délinquance et des crimes qu’une personne commet au cours de sa vie. La recherche sur les carrières criminelles et de délinquance s’est révélée extrêmement fructueuse, non seulement parce qu’elle donne lieu à de nouvelles façons de décrire la criminalité et la délinquance (p. ex. le début, la durée, l’intensité, la qualité et la fin de la carrière), mais aussi parce qu’elle permet de corroborer les théories sur les causes de la participation et de la renonciation à l’activité criminelle. Il existe de nombreuses études théoriques et empiriques. Elles ont récemment été passées en revue par Farrington (1997) et Piquero, Farrington et Blumstein (2003). Parmi les sources clés figurent Wolfgang, Figlio et Sellin (1972), Blumstein, Cohen, Roth et Visher (1986), Wolfgang, Thornberry et Figlio (1987), Tracy, Wolfgang et Figlio (1990), Tracy et Kempf-Leonard (1996), Sampson et Laub (1993), ainsi que Laub et Sampson (2003). Les principales études empiriques sont résumées au tableau A1. Peu d’études de ce genre ont été réalisées au Canada. Une exception digne de mention est l’« étude de Montréal », où l’on s’est appuyé sur des données officielles et des données déclarées par les répondants pour suivre un petit échantillon de garçons à Montréal de l’enfance aux premières années de l’âge adulte, au cours des années 1970 et 1980 (LeBlanc et Fréchette, 1989). Dans un précurseur à la présente étude, Lee (1999, 2000a, 2000b) a utilisé les données de l’Enquête sur les tribunaux de la jeunesse pour analyser les carrières devant les tribunaux de la jeunesse (la série des causes portées devant ces tribunaux) en Colombie-Britannique d’une cohorte née entre 1972 et 1975. Alors que la recherche sur les carrières criminelles consiste à en faire le suivi à partir d’un moment donné jusqu’à un moment futur, plusieurs études canadiennes ont fait appel à une analyse rétrospective de la récidive, c’est-à-dire un examen des antécédents en matière d’infractions d’un échantillon de contrevenants (Carrington et Moyer, 1995; Carrington et Hiscott, 2001; Carrington et Schulenberg, 2004; Doherty et deSouza, 1995; Matarazzo, Thomas, Hurley et Grimes, 2002; Moyer, 1992). Le lien entre l’âge du contrevenant et le type d’infractions a également fait l’objet d’une étude transversale au Canada (Carrington 1996, 1999). Le présent rapport dresse un profil descriptif des carrières criminelles des personnes nées en 1979-1980, de leur 12e à leur 22e anniversaire de naissance, comme en font foi les accusations déposées à la cour1. L’étude porte sur six provinces — Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard, le Québec, l’Ontario, la Saskatchewan et l’Alberta — qui comptent environ 78 % de la population du Canada. Les autres secteurs de compétence ont été omis de l’analyse en raison de l’insuffisance de données chronologiques. On décrit dans le rapport les affaires criminelles dont les membres de la cohorte ont été accusés, pour lesquelles ils ont comparu devant un tribunal de la jeunesse ou un tribunal de juridiction criminelle pour adultes, et dont ils ont été, dans bien des cas, reconnus coupables. Comme d’autres études axées sur les carrières criminelles, les questions suivantes y sont abordées :
Notes1. Par « carrière criminelle », on entend la suite d’affaires auxquelles une personne est mêlée et pour lesquelles elle fait l’objet d’accusations et comparaît en cour, qu’elle soit en reconnue coupable ou pas. Cet usage est conforme aux études de criminologie sur les « carrières criminelles », qui s’appuient généralement sur les données relatives aux contacts avec la police ou aux comparutions devant les tribunaux comme preuve d’activité criminelle. |
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