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Tendances de la criminalité dans l'Ouest canadien et le Nord

On a examiné dans la section précédente un certain nombre de facteurs à l'échelon national qui sont susceptibles d'avoir influé sur les tendances générales de la criminalité tout au long des années 1990. Dans la présente section, on se penche sur les provinces où les taux de criminalité ont progressé, contrairement à la tendance nationale. On s'intéresse aux liens possibles entre les taux de criminalité, et les politiques et les facteurs sociodémographiques à l'échelon provincial.

Tendances observées dans les provinces de Ouest et dans le Nord
Politiques en matière de justice pénale
Caractéristiques économiques et sociales
Mobilité géographique
Réactions des victimes face à la criminalité

Tendances observées dans les provinces de Ouest et dans le Nord

De façon générale, les taux de criminalité ont toujours été les plus élevés dans les territoires, et plus élevés dans les provinces de l'Ouest que dans les provinces de l'Atlantique1. C'était le cas en particulier de la Saskatchewan, du Yukon et du Manitoba2 (figure 20).

Figure 20. Taux de crimes avec violence, le Canada, certaines provinces et un territoire, 1977 à 2003. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 20. Taux de crimes avec violence, le Canada, certaines provinces et un territoire, 1977 à 2003

Les taux de crimes de violence et d'autres infractions au Code criminel ont augmenté en Saskatchewan durant les années 1990, alors qu'ils ont généralement reculé dans la plupart des autres provinces (figure 21). Entre 1991 et 2003, la criminalité en Saskatchewan a crû de 35 %, ce qui s'explique principalement par l'augmentation des autres infractions au Code criminel (70 %), en particulier, des violations des conditions de la liberté sous caution (199 %) et du fait de troubler la paix (81 %) (figure 22). On a aussi observé durant cette période un accroissement (78 %) des crimes avec violence — principalement des voies de fait et des vols qualifiés. En outre, le taux de vols de véhicules à moteur a fait un bond considérable (116 %), correspondant à la forte hausse des taux de vols de véhicules à moteur à Saskatoon (115%) et à Regina3 (129 %) (tableau A3).

Figure 21. Taux d'infractions au Code criminel, Saskatchewan, 1977 à 2003. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 21. Taux d'infractions au Code criminel, Saskatchewan, 1977 à 2003


Figure 22. Taux d'autres infractions au Code criminel, Saskatchewan, 1977 à 2003. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 22. Taux d'autres infractions au Code criminel, Saskatchewan, 1977 à 2003

Entre 1991 et 2003, le Yukon a été témoin d'une hausse de 27 % de la criminalité. Cette augmentation était attribuable, là aussi, aux autres infractions au Code criminel (figure 23), plus particulièrement, aux violations des conditions de la liberté sous caution (230 %) et au fait de troubler la paix (141 %), et dans une moindre mesure, aux infractions avec violence, qui ont progressé de 27 % (figure 23).

Figure 23. Taux d'infractions au Code criminel, Yukon, 1977 à 2003. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 23. Taux d'infractions au Code criminel, Yukon, 1977 à 2003

Au Manitoba, la hausse globale de la criminalité entre 1991et 2003 a été moins prononcée (13 %). Cette augmentation a surtout été attribuable, encore une fois, aux autres infractions au Code criminel (58 %) et, dans une moindre mesure, aux crimes avec violence (24 %) (figure 24). Alors que les crimes contre les biens ont fléchi au Manitoba entre 1991 et 2003 (-13 %), les vols de véhicules à moteur ont accusé une hausse de 239 %. Cet accroissement était en grande partie attribuable aux bonds des taux de vols de véhicules à moteur à Winnipeg (301 %)4 (tableau A3).

Figure 24. Taux d'infractions au Code criminel, Manitoba, 1977 à 2003. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 24. Taux d'infractions au Code criminel, Manitoba, 1977 à 2003

Il ressort d'études effectuées aux États-Unis que les plus fortes augmentations et les baisses subséquentes des crimes avec violence ont été enregistrées dans les grandes régions métropolitaines (Blumstein, 2000). Contrairement à ce qu'on a observé aux États-Unis, il n'y a pas eu, au Canada, des tendances aussi distinctes pour ce qui est des données de la criminalité. Les plus grandes agglomérations urbaines n'affichent ni les taux de criminalité les plus élevés ni les plus fortes baisses de l'activité criminelle. Les villes plus petites, comme Winnipeg, Regina et Saskatoon, ont des taux de criminalité plus élevés que les grandes villes, comme Toronto et Montréal (tableau A4). Même si la plupart des villes ont été témoins de reculs appréciables pendant les années 1990, certaines (p. ex. Winnipeg, Regina et Saskatoon) ont signalé des hausses au cours de la dernière décennie (figure 25).

Figure 25. Taux de crimes avec violence, le Canada et certaines régions métropolitaines de recensement, 1991 à 2003. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 25. Taux de crimes avec violence, le Canada et certaines régions métropolitaines de recensement, 1991 à 2003


Politiques en matière de justice pénale

Les politiques en matière de justice pénale et les pratiques policières sont des facteurs qui peuvent faire varier les taux de criminalité selon le secteur de compétence. À titre d'exemple, la figure 26 montre l'effet que peuvent avoir les politiques liées à la violence familiale sur les taux de criminalité dans un secteur de compétence. Au début des années 1990, le Manitoba a mis sur pied une intervention spécialisée du système de justice pénale pour les cas de violence familiale, qui comprend cinq composantes : 1) une politique pro-arrestation; 2) un programme de défense des femmes et d'aide aux enfants témoins de violence familiale; 3) une unité de poursuites spécialisée; 4) des salles d'audience réservées et des dossiers pour la mise au rôle, la sélection et les procès; 5) une unité spéciale au sein du bureau de probation pour la prestation de programmes de traitement ordonnés par la cour. Cette initiative a fait tripler le nombre d'accusations portées par la police de Winnipeg dans les cas de violence conjugale après l'instauration dans cette ville de tribunaux spécialisés en matière de violence familiale. Il se peut que ces mesures aient eu une incidence significative sur le taux global de crimes avec violence non constatée dans la même mesure dans d'autres provinces. Des tribunaux spécialisés en matière de violence familiale ont récemment été créés à Calgary et Whitehorse ainsi que dans un certain nombre de villes de l'Ontario, mais on ne dispose pas encore de données chronologiques permettant d'évaluer leur incidence.

Figure 26. Augmentation du nombre d'accusations portées dans les cas de violence conjugale à Winnipeg, 1983 à 1997-1998. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Figure 26. Augmentation du nombre d'accusations portées dans les cas de violence conjugale à Winnipeg, 1983 à 1997-1998

Les écarts régionaux entre les taux de criminalité sont parfois attribuables à des différentes pratiques de déjudiciarisation et façons dont les crimes sont consignés dans les statistiques officielles. Il ressort d'une étude comparative de Calgary et d'Edmonton effectuée en 1990 que la police remplissait un rapport d'affaire dans 80 % des appels à Calgary comparativement à 94 % à Edmonton (Statistique Canada, 1990). Les taux de criminalité plus élevés à Edmonton à cette époque pouvaient donc être attribués en partie à des différentes pratiques administratives appliquées pour consigner les affaires venant à l'attention de la police, surtout dans le cas de crimes mineurs. Des analyses comparatives semblables n'ont pas encore été effectuées dans la même mesure dans d'autres régions du pays, mais la variabilité des taux provinciaux et territoriaux est probablement due aux différences entre les pratiques de déclaration des divers services de police, particulièrement en ce qui concerne les infractions fréquentes, comme le fait de troubler la paix, pour lesquelles la police a plus souvent l'occasion d'utiliser son pouvoir discrétionnaire5.

Les programmes visant à aider les jeunes et d'autres groupes à risque élevé, les services aux victimes et d'autres interventions varient également selon le secteur de compétence, ces écarts étant partiellement attribuables à l'inégalité des ressources pouvant être consacrées à de telles initiatives. Cette situation peut donner lieu à des différences régionales sur le plan du traitement des cas par le système de justice pénale et des résultats pour ceux qui ont des démêlés avec le système juridique ou qui risquent d'en avoir.

Caractéristiques économiques et sociales

La variabilité des conditions démographiques et économiques à l'intérieur des provinces peut avoir une incidence sur la criminalité dans divers secteurs de compétence. Un examen des tendances générales des taux de chômage, de la structure par âge de la population et des niveaux de scolarité ne permet de dégager aucun modèle qui distinguerait le Manitoba, la Saskatchewan et le Yukon des provinces de l'Atlantique, qui affichent depuis longtemps des taux de criminalité moins élevés.

Depuis le début des années 1990, les taux de chômage au Manitoba et en Saskatchewan ont été relativement faibles comparativement à la moyenne pour l'ensemble du Canada et aux taux des provinces de l'Atlantique. Par exemple, en 2002, le taux de chômage se situait à 5,1 % au Manitoba et à 5,7 % en Saskatchewan6. Ces taux étaient moins élevés que la moyenne nationale de 7,7 % et beaucoup plus faibles que le taux de chômage à Terre-Neuve-et-Labrador (16,6 %).

Alors que le pourcentage de jeunes personnes de 15 à 24 ans en Saskatchewan était parmi les plus élevés (15 %) au pays en 2002, le profil démographique de l'Alberta était semblable — 15 % de sa population était âgée de 15 à 24 ans en 2002. Effectivement, en Saskatchewan et en Alberta, les populations de jeunes ont été comparables au cours de la dernière décennie, mais non les taux de criminalité. En outre, le pourcentage de jeunes personnes au Manitoba a été un peu plus faible que celui de Terre-Neuve-et-Labrador pendant la dernière décennie.

En outre, au Manitoba et en Saskatchewan, les pourcentages de titulaires d'un diplôme universitaire sont semblables à ceux des titulaires dans les provinces de l'Atlantique, sauf à Terre-Neuve-et-Labrador, où la proportion est inférieure. Ainsi, en 2002, 12 % des personnes habitant en Saskatchewan avaient un diplôme universitaire; cette proportion était semblable à celles observées à l'Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick, et l'est d'ailleurs depuis une décennie. La proportion de titulaires d'un diplôme universitaire au Manitoba a aussi été semblable à celle de la Nouvelle-Écosse au cours des 10 dernières années.

Par contre, les taux d'inflation ont tendance à être un peu plus élevés au Manitoba et en Saskatchewan. Par exemple, le taux d'inflation moyen au Manitoba et en Saskatchewan entre 1990 et 2002 s'élevait à 2,5 %, alors que le taux d'inflation moyen dans les provinces de l'Atlantique variait entre 2,1 % et 2,3 %. Les taux d'inflation à Whitehorse7 étaient inférieurs à la moyenne nationale (2,1 %, en moyenne, de 1990 à 2002), alors que les taux d'inflation en Alberta avaient tendance à être plus élevés, soit 2,7 % depuis 1990 en moyenne.

Une autre explication possible de la disparité des tendances de la criminalité en Saskatchewan et au Manitoba comparativement à d'autres régions du Canada tient au fait que ces provinces comptent une proportion plus élevée d'Autochtones et, comme l'explique La Prairie (2002), ces groupes d'Autochtones affichent un taux plus élevé de désavantage social que les Autochtones dans d'autres régions du pays.

La Prairie (2002) a comparé neuf villes canadiennes en se fondant sur les caractéristiques sociodémographiques des populations autochtones et non autochtones qui y habitent. Il a constaté que les disparités régionales sont plus extrêmes pour les populations autochtones que pour les populations non autochtones. Des niveaux plus élevés de désavantage social ont été observés chez les Autochtones vivant dans les villes des Prairies de Saskatoon, Regina et Winnipeg, et dans la ville ontarienne de Thunder Bay, que dans les villes de la Colombie-Britannique, l'Ontario et la Nouvelle-Écosse. Les populations autochtones dans les villes des Prairies et à Thunder Bay sont les plus nombreuses, les plus jeunes, les moins instruites, les plus pauvres et les plus mobiles. Les Indiens inscrits connaissaient une situation pire que les autres populations autochtones, mais seulement dans les villes des Prairies et à Thunder Bay. Sur le plan socioéconomique, les Indiens inscrits dans les autres villes ressemblent plus aux groupes non autochtones qu'à d'autres populations autochtones. Armstrong (1999) observe des tendances semblables pour ce qui est du désavantage social chez les Autochtones vivant dans les réserves situées dans ces provinces.

Ces populations fortement désavantagées vivent en grande partie dans les villes qui comptent la plus forte surreprésentation d'Autochtones dans le système de justice pénale (Statistique Canada, 1998; Trevethan, 2000). En outre, dans certains quartiers du centre-ville à Winnipeg, Saskatoon et Regina, la population autochtone représente 25 % ou plus de l'ensemble de la population. En examinant les proportions d'Autochtones vivant dans des quartiers très pauvres de ces villes, La Prairie (2002) a constaté que 41 % des Autochtones à Winnipeg, 30 % des Autochtones à Saskatoon et 27 % des Autochtones à Regina habitaient dans des quartiers très pauvres du centre-ville, ces proportion étant de trois à quatre fois celles des non-Autochtones. Les villes ou les collectivités peuplées de groupes minoritaires désavantagés ont tendance à afficher de faibles niveaux de cohésion sociale et de contrôle social informel parmi les résidents; des niveaux plus élevés pourraient aider à éviter ou à prévenir la criminalité (Sampson et Raudenbush, 2001).

Mobilité géographique

Selon Hartnagel (1997), les taux de criminalité plus élevés dans les provinces de l'Ouest peuvent s'expliquer en partie par la plus grande mobilité géographique dans cette région, qui peut nuire à l'application de mécanismes informels de contrôle communautaire. En outre, la mesure dans laquelle les collectivités sont disposées à réintégrer les marginaux dans la société à la suite d'une condamnation au criminel peut varier dans l'ensemble du pays et donner lieu à des différents taux de récidive (Hackler, 2003). Les données de Statistique Canada indiquent une certaine variation de la migration provinciale dans les diverses régions du pays et au fil du temps. Depuis 1972, toutes les provinces affichent des baisses des mouvements migratoires interprovinciaux. La migration vers l' Alberta s'est poursuivie jusque dans les années 1980, et elle a augmenté au cours des dernières années; pourtant cette province n'a connu aucune hausse de la criminalité.

Réactions des victimes face à la criminalité

Tout comme les politiques de la police et ses réactions face au crime peuvent varier dans l'ensemble du pays, il peut exister des différences pour ce qui est des réactions des victimes et de leur volonté de signaler les affaires criminelles à la police. Dans l'Enquête sociale générale de 1999, les victimes au Manitoba (44 %) et en Saskatchewan (40 %) étaient plus susceptibles que les victimes dans d'autres provinces (37 % pour l'ensemble du pays) de signaler ces affaires à la police, alors que les victimes à Terre-Neuve-et-Labrador (30 %) étaient les moins susceptibles de le faire. En ce qui concerne les crimes les plus graves 8, les victimes à Terre-Neuve-et-Labrador, au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Colombie-Britannique étaient proportionnellement moins nombreuses à signaler les affaires à la police que la moyenne, ce qui pourrait faire baisser le nombre de crimes consignés dans ces provinces par rapport à ceux qui le sont dans les autres secteurs de compétence.


Notes

1. Les taux de criminalité dans les provinces de l'Atlantique ont récemment dépassé ceux observés au Québec et en Ontario. Pour de plus amples renseignements, voir Wallace, 2004.

2. Des hausses semblables peuvent avoir été enregistrées dans les Territoires du Nord-Ouest, mais la création du Nunavut en 1999 nuit à l'examen des tendances au fil du temps.

3. Regina, Winnipeg, et Vancouver ont affiché les plus importants taux de vols de véhicules à moteur au pays chaque année depuis 1995. Selon Wallace (2004a), alors que les taux d'ensemble les plus élevés de vols de véhicules à moteur sont déclarés par les provinces de l'Ouest, la plupart de ces véhicules sont récupérés. Les mobiles les plus souvent liés aux vols de véhicules à moteur à Winnipeg étaient le transport et la recherche de sensations fortes, et non les fins du crime organisé.

4.Regina, Winnipeg, et Vancouver ont affiché les plus importants taux de vols de véhicules à moteur au pays chaque année depuis 1995. Selon Wallace (2004a), alors que les taux d'ensemble les plus élevés de vols de véhicules à moteur sont déclarés par les provinces de l'Ouest, la plupart de ces véhicules sont récupérés. Les mobiles les plus souvent liés aux vols de véhicules à moteur à Winnipeg étaient le transport et la recherche de sensations fortes, et non les fins du crime organisé.

5. Par suite d'initiatives liées à la qualité des données entreprises par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), la déclaration des violations des conditions de la liberté sous caution et du fait de troubler la paix s'est accrue considérablement depuis quelques années. Ces initiatives peuvent expliquer, dans une large mesure, les augmentations observées sur les territoires de la GRC en Saskatchewan, au Manitoba et dans le Nord du pays.

6. Toutefois, les taux de chômage de la Saskatchewan et du Manitoba peuvent être sous-estimés, étant donné que l'Enquête sur la population active tient pas compte des personnes vivant sur des réserves indiennes.

7. Au Yukon, les taux d'inflation sont disponibles seulement pour Whitehorse. Les données sur le chômage et le niveau de scolarité sont indisponibles pour le Yukon.

8. Les crimes les plus graves sont ceux où les victimes ont été blessées, n'ont pu s'adonner à leurs activités quotidiennes ou ont été alitées en raison de la victimisation, les crimes où une arme était présente, ou encore où la valeur des biens volés ou le coût des dommages dépassait 1 000 $.


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Date de modification : 2008-05-08 Avis importants
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