Les caractéristiques relatives aux crimes déclarés par la police en milieu rural, 2023 : feuillets d’information provinciaux

par Laura Savage, Ashley Maxwell, Marta Burczycka, Loanna Heidinger et Marwa Mansour

Date de diffusion : le 10 juin 2025 Date de correction : le 18 juin 2025

Avis de Correction

Dans le feuillet d’information sur Terre-Neuve-et-Labrador, une phrase indiquant que le taux d'infractions contre les biens était plus faible dans les zones rurales que dans les zones urbaines en 2023 a été corrigée, le taux étant plus élevé dans les zones rurales que dans les zones urbaines.

Les analyses antérieures portant sur les crimes déclarés par la police au Canada ont toujours montré que, à l’échelle nationale, les taux de criminalité sont généralement plus élevés dans les régions rurales, c’est-à-dire dans les régions situées en dehors des régions métropolitaines de recensement et des agglomérations de recensement (Cotter, 2025; Perreault, 2023; Perreault, 2019). Des facteurs comme l’isolement géographique, le désavantage socioéconomique, l’absence (ou l’offre limitée) de services de transport en commun et la répartition éparse des services d’urgence peuvent en partie expliquer le fait que ces taux sont plus élevés dans les régions rurales que dans les régions urbaines (Dawson et autres, 2021; Dawson et autres, 2019; DeKeseredy, 2020; Gillespie et Reckdenwald, 2017; Peterson, 2024).

En plus des facteurs susmentionnés, la variation entre la criminalité rurale et la criminalité urbaine est en grande partie attribuable aux différences observées entre les régions situées au sud et au nord des provinces (Allen et Perreault, 2015; Perreault, 2023). Les taux de criminalité dans le Nord provincial ― qui englobe les régions septentrionales de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Ontario, du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador ― ont tendance à être supérieurs à ceux enregistrés dans le Sud provincial (Allen et Perreault, 2015). L’examen comparatif des régions rurales et urbaines et du Nord et du Sud permet une analyse plus complète des taux de criminalité et des tendances observées.

La taille et la répartition de la population des régions du Nord, ainsi que ses caractéristiques démographiques, sociales et économiques, varient considérablement d’une province à l’autre. Bien que de nombreuses régions du Nord soient composées de petites collectivités rurales et éloignées, d’autres comprennent de grandes régions métropolitaines et des régions de développement économique. Par conséquent, il n’existe pas d’expérience unique et uniforme de la vie dans le nord des régions rurales des provinces canadiennes, et cette diversité peut influer différemment sur les taux de criminalité.

De nombreux facteurs peuvent jouer un rôle dans l’explication des différences en matière de criminalité entre les régions rurales et urbaines ainsi que les régions du Nord et du Sud. Par exemple, les niveaux plus élevés de pauvreté et de chômage, et le faible niveau de scolarité, combinés à des services sociaux limités, sont depuis longtemps reconnus comme des facteurs qui influent de manière significative sur la criminalité. En général, ces caractéristiques sont plus répandues en milieu rural qu’en milieu urbain, et elles sont davantage présentes dans les régions du Nord que dans les régions du Sud.

Les peuples autochtones représentent une proportion relativement importante de la population qui se trouve dans les régions rurales et dans le Nord provincial. Les données policières et les données autodéclarées révèlent systématiquement des taux élevés de victimisation et de délinquance chez les membres des Premières Nations, les Métis et les Inuit (Allen, 2020; Boyce, 2016; Perreault, 2022). Cette réalité ne peut être dissociée des répercussions passées et présentes de la colonisation sur la marginalisation socioéconomique, les traumatismes et la violence intergénérationnelle que subissent les peuples autochtones (Aguiar et Halseth, 2015; Bombay et autres, 2014). En plus des facteurs qui influent sur la criminalité et qui sont propres aux régions rurales, les services de police dans ces régions se heurtent à des défis particuliers. La distance géographique entre les collectivités rurales peut exercer une pression sur les ressources policières lors d’interventions et d’enquêtes en cas d’actes criminels. En outre, les pratiques locales d’application de la loi varient d’une région à l’autre et peuvent contribuer aux différences dans la lutte contre la criminalité. Par exemple, lorsqu’il existe des règlements municipaux, les infractions moins graves peuvent être traitées au moyen de règlements municipaux plutôt qu’en vertu du Code criminel (Cotter, 2025; Perreault, 2023). Les règlements municipaux sont d’ailleurs plus répandus dans les régions urbaines du sud des provinces. En l’absence de règlements municipaux, davantage d’affaires, quelle que soit leur gravité, sont traitées par la police. Par conséquent, il se peut que les services de police des régions rurales s’occupent de crimes qui seraient autrement traités par des règlements municipaux en milieu urbain, et ce contexte géographique peut avoir une incidence sur le nombre de crimes déclarés par la police dans les provinces.

La présente série de feuillets d’information repose sur les données tirées du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC) pour examiner les crimes déclarés par la police dans les régions rurales des provinces en 2023. Les façons dont la criminalité dans les régions rurales des provinces diffère de la criminalité dans les régions urbaines y sont mises en relief. Les différences entre les régions du Nord et du Sud de chaque province sont également présentées, le cas échéant. Les données du Recensement de la population permettent de fournir des renseignements contextuels de haut niveau sur chaque province. Pour obtenir une analyse générale de la criminalité en milieu rural à l’échelle nationale, voir Cotter, 2025.

Cette série de profils a été produite avec le soutien financier de Sécurité publique Canada.

Feuillets d’information provinciaux

Alberta

Colombie-Britannique

Manitoba

Nouveau-Brunswick

Terre-Neuve-et-Labrador

Nouvelle-Écosse

Ontario

Île-du-Prince-Édouard

Québec

Saskatchewan

Définitions

Région métropolitaine de recensement (RMR) et agglomération de recensement (AR) : Une RMR ou une AR est formée d’une ou de plusieurs municipalités adjacentes situées autour d’un centre de population (aussi appelé « noyau »). Une RMR doit compter au moins 100 000 habitants, dont au moins 50 000 vivent dans le noyau. Quant à l’AR, son noyau doit compter au moins 10 000 habitants. Pour faire partie d’une RMR ou d’une AR, les municipalités adjacentes doivent être fortement intégrées au noyau, le degré d’intégration étant mesuré par le débit de la migration quotidienne calculée à partir des données du recensement. Une RMR ou une AR peut être desservie par plus d’un service de police.

Région rurale et région urbaine : Les services de police ruraux desservent un territoire dont la majorité de la population vit à l’extérieur d’une RMR ou d’une AR. Bien que les petites villes qui ne répondent pas aux critères d’une AR soient comprises dans cette catégorie, l’expression « région rurale » sera utilisée pour alléger le texte. Les services de police urbains desservent un territoire dont la majorité de la population vit à l’intérieur d’une RMR ou d’une AR. Le classement des services de police (ruraux ou urbains) est établi en fonction de la majorité de la population desservie par ceux-ci et non en fonction du lieu de résidence exact de chaque Canadien. Par conséquent, les résidents d’un milieu urbain peuvent être desservis par un service de police classé dans la catégorie des services de police ruraux, et vice-versa. Afin d’assurer une certaine concision, les termes « milieu rural » (ou région rurale) et « milieu urbain » (ou région urbaine) sont utilisés pour désigner les territoires ou populations en fonction de la catégorisation des services de police les desservant. Les définitions des termes « rural » et « urbain » utilisées dans le présent rapport pourraient différer des définitions utilisées dans d’autres rapports de Statistique Canada.

Nord provincial : Le Nord provincial englobe les régions septentrionales de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, de l’Ontario, du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador, selon la définition convenue dans le cadre du Forum des ministres responsables du développement du Nord et utilisée par le Centre pour le Nord du Conference Board du Canada. En général, les limites du Nord correspondent aux régions administratives provinciales. Pour obtenir plus de renseignements, veuillez consulter Statistique Canada, 2022 et Allen et Perreault, 2015.

Affaire criminelle : Comprend toutes les infractions au Code criminel et aux autres lois fédérales déclarées par les services de police. Les affaires sont catégorisées en fonction de l’infraction la plus grave dans l’affaire.

Taux de criminalité : Pour calculer le taux de criminalité, on fait la somme des infractions au Code criminel déclarées par la police, et on divise par la population. Le taux de criminalité exclut les délits de la route prévus au Code criminel et les infractions aux autres lois fédérales, comme les infractions relatives aux drogues.

Description de l’enquête

Programme de déclaration uniforme de la criminalité

Le Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC) a été mis sur pied en 1962 avec la collaboration et l’aide de l’Association canadienne des chefs de police.  Le Programme DUC a été conçu pour mesurer les affaires criminelles qui ont été signalées aux services de police fédéraux, provinciaux, territoriaux et municipaux au Canada.

Une affaire peut comprendre plus d’une infraction. Afin d’assurer la comparabilité des données, les chiffres qui figurent dans le présent article sont fondés sur l’infraction la plus grave dans l’affaire, qui est déterminée d’après une règle de classification normalisée utilisée par tous les services de police.

L’option permettant à la police de coder les victimes et les auteurs présumés comme des personnes « non binaires » dans le Programme DUC a été mise en œuvre en 2018. Dans le contexte du Programme DUC, le terme « non binaire » désigne une personne qui s’exprime publiquement comme n’étant ni exclusivement de genre masculin, ni exclusivement de genre féminin. Étant donné qu’il peut exister un petit nombre de victimes et d’auteurs présumés non binaires, les données du Programme DUC mises à la disposition du public ont été recodées et ces victimes et auteurs présumés ont été répartis dans les catégories « hommes et garçons » ou « femmes et filles » en fonction de la répartition régionale du genre des victimes et des auteurs présumés. Ce recodage garantit la protection de la confidentialité et de la vie privée des victimes et des auteurs présumés.

Recensement de la population de 2021

Le Recensement de la population, qui est réalisé tous les cinq ans, permet de recueillir des données démographiques, sociales, économiques et culturelles sur la population canadienne. La plupart des ménages ne doivent fournir que des renseignements démographiques de base (données sur les membres du ménage seulement), mais les autres reçoivent le questionnaire détaillé et doivent fournir des renseignements sur tous les membres du ménage. Pour obtenir de plus amples renseignements sur le Recensement de la population, consultez le Guide du Recensement de la population de 2021 et le Dictionnaire du Recensement de la population de 2021.

Des renseignements sur la structure familiale et la présence de parents ont été recueillis auprès de tous les ménages au Canada. L’information sur le niveau de scolarité et la fréquentation scolaire a été utilisée pour calculer les catégories de niveaux de scolarité utilisées dans la présente analyse. Ces renseignements proviennent du questionnaire détaillé du Recensement de 2021, qui a été envoyé à 25 % de la population canadienne. Les données du questionnaire détaillé sont pondérées et rajustées pour tenir compte de la non-réponse afin de représenter l’ensemble de la population canadienne.

La pandémie de COVID-19 est apparue au Canada au début de 2020 et a touché toutes les étapes du processus du Recensement de 2021, de la collecte des données à la diffusion. Statistique Canada est conscient que la pandémie de COVID-19 peut avoir eu une incidence sur les réponses à certaines questions du recensement, notamment celles se rapportant à l’emploi, à la scolarité, au navettage et aux dépenses. Les répondants ont reçu pour consigne de choisir des réponses qui reflètent le mieux leur situation ou celle des membres de leur ménage pour la date ou la période en question.

Références

Aguiar, W. et Halseth, R. (2015). Aboriginal peoples and historic trauma: The processes of intergenerational transmission. National Collaborating Centre for Aboriginal Health.

Allen, M. (2020). Crimes déclarés par les services de police desservant des populations majoritairement autochtones, 2018. Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada.

Allen, M. et Perreault, S. (2015). Les crimes déclarés par la police dans le Nord provincial et les territoires du Canada, 2013. Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada.

Bombay, A., Matheson, K. et Anisman, H. (2014). The intergenerational effects of Indian Residential Schools: implications for the concept of historical trauma. Transcult Psychiatry, 51(3), 320-338.

Boyce, J. (2016). La victimisation chez les Autochtones au Canada, 2014. Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada.

Cotter, A. (2025). Les caractéristiques relatives aux crimes déclarés par la police en milieu rural dans les provinces canadiennes, 2023. Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada.

Dawson, M., Sutton, D., Zecha, A., Boyd, C., Johnson, A. et Mitchell, A. (2021). #Cestunfémicide : Comprendre les meurtres de femmes et de filles liés au sexe et au genre au Canada en 2020. Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation.

Dawson, M., Sutton, D., Carrigan, M., Grand’Maison, V., Bader, D., Zecha, A., et Boyd, C. (2019). #Cestunfémicide : Comprendre les meurtres de femmes et de filles liés au genre au Canada en 2019. Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation.

DeKeseredy, W. S. (2020). Woman abuse in rural places. London, Routledge.

Gillespie, L.K., et Reckdenwald, A. (2017). Gender equality, place, and female-victim intimate partner homicide: A county-level analysis in North Carolina. Feminist Criminology, 12(2), 171-191.

Perreault, S. (2023). Les crimes déclarés par la police en milieu rural et en milieu urbain dans les provinces canadiennes, 2021. Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada.

Perreault, S. (2022). La victimisation des Premières Nations, Métis et Inuits au Canada. Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada.

Perreault, S. (2019). Les crimes déclarés par la police en milieu rural et en milieu urbain dans les provinces canadiennes, 2017. Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada.

Peterson, J. (2024). Rural Criminology. Oxford Research Encyclopedia of Criminology.

Statistique Canada. (2022). Définitions, sources de données et méthodes — Classifications statistiques : Nord et Sud — Variante de la classification géographique type (CGT) 2021.

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