Section 1 : Un survol de la violence familiale

par Andrea Taylor-Butts

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Au cours de la vie d’une personne, les événements marquants sont souvent axés sur l’unité familiale. On trouve à titre d’exemple des célébrations, comme un mariage, la naissance d’un enfant, l’obtention d’un diplôme et des fêtes importantes, ainsi que des événements plus difficiles, comme la rupture d’une union ou le décès d’un proche. Alors qu’un grand nombre d’expériences vécues dans la famille peuvent avoir des effets positifs sur une personne, d’autres expériences, comme celle de la violence familiale, peuvent avoir des conséquences graves à court et à long terme tant pour la victime que pour les membres de la famille qui peuvent avoir été exposés à la violence (ministère de la Justice du Canada, s.d.; Organisation mondiale de la Santé, 2002; Holt, Buckley et Whelan, 2008; Widom, Czaja et Dutton, 2008; Alliance pour la prévention de la violence, 2012).

Plusieurs aspects de la vie des victimes de violence familiale peuvent être touchés par la violence dont elles font l’objet. Chez les adultes, la violence conjugale a été liée à un plus grand risque de développer une maladie chronique plus tard dans la vie, à un niveau de stress plus élevé, à une dépendance accrue à l’égard des drogues ou de l’alcool, à un absentéisme accru, à un plus grand risque de perdre son emploi et à la précarité économique (Initiative de lutte contre la violence familiale, 2010; Alliance pour la prévention de la violence, 2012). Chez les enfants, le fait d’être victime de violence familiale ou d’être exposé à ces actes peut avoir une corrélation négative avec leur développement et leur santé, ainsi qu’avec leur rendement scolaire et leur intégration sociale (Jaffe, Crooks et Bala, 2006; Holt, Buckley et Whelan, 2008; Wathen, 2012). À plus long terme, l’expérience de la violence familiale au cours de l’enfance peut augmenter le risque d’adopter des comportements délinquants plus tard, et il a été établi qu’elle est associée à des problèmes liés à la consommation de drogues ou d’alcool et à des problèmes de santé mentale pendant l’adolescence et à l’âge adulte (Fergusson, Boden et Horwood, 2008; Centre national d’information sur la violence dans la famille, 2009; Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes, 2009; Wathen, 2012).

La violence familiale a non seulement des conséquences physiques et psychologiques pour les personnes qui sont directement touchées, mais elle a aussi des répercussions sociales plus larges, y compris des effets sur les systèmes médical, social et de justice pénale (ministère de la Justice du Canada, s.d.; Initiative de lutte contre la violence familiale, 2010; Alliance pour la prévention de la violence, 2012). Les actes de violence familiale sont considérés comme des crimes graves, et la violence familiale est reconnue comme un problème de santé publique important par les gouvernements fédéral et provinciaux et les autres organismes de services publics et communautaires (ministère de la Justice du Canada, s.d.; Initiative de lutte contre la violence familiale, 2010).

Depuis 1988, la principale stratégie du gouvernement du Canada pour prévenir la violence familiale, intervenir dans ces affaires et y mettre fin est l’Initiative de lutte contre la violence familiale. Il s’agit d’une collaboration horizontale à laquelle contribuent 15 ministères et organismes fédéraux et sociétés d’État. Le mandat de cette initiative est de favoriser la sensibilisation du public aux facteurs de risque de la violence familiale; de renforcer la capacité des systèmes sociaux à prévenir la violence familiale et à intervenir dans ces affaires; et d’intensifier les efforts en ce qui a trait à la collecte de données, à la recherche, à l’analyse et à l’évaluation afin de mieux éclairer l’élaboration de politiques et de programmes ayant pour objet la prévention et l’intervention en matière de violence familialeNote 1.

Dans le cadre de cette initiative, Statistique Canada publie annuellement, depuis 1998, le rapport sur la violence familiale au Canada. Ce rapport, qui porte sur la nature et l’étendue de la violence familiale au Canada, aide à éclairer l’élaboration de politiques et de programmes sur la violence familiale.

Définition de la violence familiale au Canada

Il n’existe pas de définition universellement acceptée de la violence familiale. Toutefois, la définition établie dans le cadre de l’Initiative de lutte contre la violence familiale du gouvernement fédéral décrit la violence familiale ainsi : « … une gamme étendue de comportements violents qui se produisent au sein d’une relation fondée sur le lien de parenté, l’intimité, la dépendance ou la confiance » (Initiative de lutte contre la violence familiale, 2010, p. 1). Ces comportements violents comprennent la victimisation physique, sexuelle, verbale, psychologique et financière, ainsi que la négligence. Cette définition de la violence familiale, comme la majorité des définitions employées pour décrire ces actes, comprend deux éléments clés : 1) le type de relation familiale; et 2) la forme de violence.

Aux fins du présent rapport, le terme « famille » désigne les liens définis par le sang, par le mariage et par la cohabitation (dans le cas des partenaires en union libre), par le placement en famille d’accueil ou par l'adoption. Des études antérieures ont révélé des similarités entre la violence entre partenaires amoureux et la violence conjugaleNote 2, Note 3 mais, dans le présent rapport, les partenaires amoureux ne sont pas inclus dans la définition de « famille ». Toutefois, la violence entre partenaires amoureux est examinée en parallèle à la violence conjugale dans un contexte de violence entre partenaires intimes à la section 2.

Les formes de violence familiale examinées dans le présent rapport correspondent aux infractions avec violence qui sont portées à l’attention de la police et dont l’auteur présumé est un membre de la famille. Ainsi, l’analyse de la violence familiale dans cette étude est fondée sur des définitions qui correspondent à celles du Code criminel. Ce dernier ne définit pas une infraction précise de violence familiale, mais la violence entre partenaires intimes et les comportements violents peuvent être considérés comme des affaires criminelles avec violence. Les affaires de violence familiale déclarées par la police comprennent normalement des infractions criminelles comme des voies de fait, du harcèlement criminel, une infraction sexuelle ou un homicide. Par conséquent, les affaires de violence familiale sont repérées en examinant le lien de l’auteur présumé avec la victime dans les affaires de crimes violents.

Mesure de la violence familiale au Canada

Les principales sources de données de Statistique Canada utilisées dans le présent rapport sont le Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC) et l’Enquête sur les homicides, qui sont menés auprès des services de police. Chaque année, le Programme DUC et l’Enquête sur les homicides permettent de recueillir des données sur toutes les infractions au Code criminel qui ont été signalées aux services de police canadiens et corroborées par eux. Ces enquêtes fournissent des renseignements afin de mesurer les tendances de la violence familiale déclarée par la police aux échelons national, provincial et territorial, ainsi que de l’information sur les caractéristiques des victimes, des auteurs présumés et des affaires. Le rapport porte sur les données du Programme DUC et de l’Enquête sur les homicides de 2013, et il comprend des renseignements sur les victimes et les auteurs présumés. Les données d’années antérieures seront également utilisées pour effectuer des comparaisons au fil du temps.

Étant donné que le présent rapport est fondé sur les affaires de violence familiale corroborées par la police, il se peut que la véritable étendue de la violence familiale soit sous-estimée, puisque ce ne sont pas tous les crimes, y compris les affaires de violence familiale, qui viennent à l’attention de la police. D’après les résultats du plus récent cycle de l’Enquête sociale générale (ESG) pour lequel des données sont actuellement disponibles (2009)Note 4, moins de 3 incidents de victimisation avec violence sur 10 (29 %) sont signalés à la police (Perreault et Brennan, 2010); le pourcentage d’incidents de violence conjugaleNote 5 qui sont signalés est encore plus faible, soit de 22 % (Brennan, 2011). En outre, les affaires qui ne constituent pas des infractions au Code criminel, comme la violence psychologique ou affective, ainsi que les crimes sans violence, comme le vol et la fraude, ne sont pas compris dans le présent rapport.

Bien que l’ESG sur la victimisation n’ait pas été utilisée dans le présent rapport, elle constitue une autre source d’information importante pour l'un des types de violence familiale, soit la violence conjugaleNote 6. Statistique Canada réalise l’ESG sur la victimisation tous les cinq ans auprès d’un échantillon de Canadiens de 15 ans et plus. L’ESG fournit des données autodéclarées sur la victimisation criminelle, et elle offre aussi certains renseignements sur la violence dans les relations conjugales et les enfants témoins de cette violence. L’avantage des données de l’ESG sur la victimisation est qu’elles fournissent de l’information sur les crimes qui sont portés à l’attention de la police de même que sur ceux qui pourraient ne pas l’avoir été, et qui, par conséquent, ne sont probablement pas saisis dans les statistiques policières officielles.

L’ESG permet de mesurer l’étendue et la nature de la violence conjugale en recueillant de l’information sur la violence physique et sexuelle, telle qu’elle est définie dans le Code criminel, ainsi que sur la violence psychologique et l’exploitation financière entre conjoints. Elle ne permet pas toutefois de saisir de données sur les autres types de violence familiale (c.-à-d. la violence infligée par un parent, un enfant, un frère ou une sœur, ou un membre de la famille élargie). De plus, l’ESG ne recueille pas d’information sur certains groupes de la population, comme les enfants de moins de 15 ans et les personnes vivant en établissement (p. ex. les établissements de soins de longue durée). Cependant, les données sur ces groupes sont comprises dans les statistiques policières officielles. Les sources de données policières — le Programme DUC et l’Enquête sur les homicides — ainsi que l’ESG autodéclarée fournissent des données différentes mais complémentaires sur la victimisation avec violence, en particulier, sur la violence conjugale.

Le présent rapport donne un aperçu de la violence familiale au Canada en 2013 et présente un profil de trois formes de violence : la violence entre partenaires intimes, la violence familiale envers les enfants et les jeunes, et la violence familiale envers les personnes de 65 ans et plus.

Survol de la violence familiale au Canada

Les données policières révèlent que 26 % des victimes de crimes violents ont été agressées par un membre de leur famille en 2013 (tableau 1.1)Note 7. Dans l’ensemble, il y a eu 87 820 victimes de violence familiale déclarée par la police cette année-là, ce qui s’est traduit par un taux de 252,9 victimes de violence familiale pour chaque tranche de 100 000 habitants. Le taux des autres formes de victimisation avec violence qui n’était pas liée à la famille était près de trois fois plus élevé (712,8 victimes pour 100 000 habitants) que le taux de violence familiale.

L’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard affichent les plus faibles taux de violence familiale parmi les provinces

À l’échelon provincial, l’Ontario (166,9 pour 100 000 habitants), l’Île-du-Prince-Édouard (196,3), la Colombie-Britannique (231,2) et la Nouvelle-Écosse (235,4) ont affiché les plus faibles taux de violence familiale déclarée par la police. En revanche, la Saskatchewan (489,4) et le Manitoba (375,8) ont affiché les taux les plus élevés (graphique 1.1).

À l’image de l’évolution des taux de crimes violents déclarés par la police en général, les taux de violence familiale ont tendance à être plus élevés dans les territoires que dans les provinces. En 2013, les taux enregistrés dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut s’établissaient à 2 020,2 et à 2 768,7 respectivement, alors que le Yukon a inscrit un taux de 903,9 pour chaque tranche de 100 000 habitants. Par comparaison, le taux national de violence familiale se situait à 252,9 pour 100 000 habitants.

Description du graphique 1.1

Parmi les régions métropolitaines de recensement (RMR)Note 8, le plus fort taux de violence familiale déclarée par la police a été enregistré par la partie québécoise de la RMR d’Ottawa–Gatineau en 2013, suivie de Saguenay, de Québec, de Montréal et de Trois-Rivières. En revanche, les taux les plus faibles ont été notés dans les RMR ontariennes d’Ottawa, de Guelph, de St. Catharines–Niagara et de London, des résultats semblables à ceux observés au cours des années précédentes (tableau 1.2).

La plupart des provinces affichent un recul du taux de voies de fait commises par un membre de la famille

Dans les provinces et les territoires, les taux de voies de faitNote 9 et d’agressions sexuellesNote 10 commises contre un membre de la famille et déclarées par la police ont généralement diminué entre 2012 et 2013 (tableau 1.3)Note 11. À l’échelle nationale, les voies de fait dans la famille déclarées par la police ont affiché un recul de 6 % et les agressions sexuelles ont enregistré une diminution de 9 % au cours de l’année précédente. Ces reculs correspondent à la baisse globale observée au chapitre des crimes violents déclarés par la police d’un bout à l’autre du Canada (-9 %) de 2012 à 2013. Au cours de cette période, les taux d’infractions avec violence ont reculé dans toutes les provinces et tous les territoires, à l’exception du Yukon (+2 %).

Les taux de voies de fait dans la famille ont diminué dans chaque province et territoire, sauf au Yukon, où le taux a augmenté de 20 % entre 2012 et 2013. Le plus fort recul des voies de fait commises contre un membre de la famille et déclarées par la police a été observé à l’Île-du-Prince-Édouard, le taux ayant diminué de 31 % en 2013 par rapport à l’année précédente.

Pour ce qui est des agressions sexuelles commises par un membre de la famille, les variations annuelles des taux peuvent être importantes, étant donné que leur nombre est peu élevé. Cela dit, les taux d’agressions sexuelles dans la famille déclarées par la police que l’on observe d’une année à l’autre ont reculé dans chaque province, à l’exception de la Saskatchewan (+6 %).

Plus du tiers des victimes de violence familiale ont été agressées par leur conjoint actuel

Un peu moins de la moitié (48 %) des victimes de violence familiale ont été agressées par leur conjoint actuel ou un ex-conjoint en 2013. Plus précisément, 34 % ont été agressées par leur conjoint actuel (marié ou en union libre) et une proportion supplémentaire de 14 % ont subi de la violence aux mains d’un ex-conjoint. Pour près de 2 victimes sur 10 de violence familiale déclarée par la police, l’auteur présumé était un parent (17 %), alors que pour environ 1 victime sur 10, l’auteur présumé était un membre de la famille élargie (14 %), un frère ou une sœur (11 %) ou son propre enfant (10 %).

La majorité des victimes de violence familiale sont de sexe féminin

La majorité des victimes de violence familiale déclarée par la police sont de sexe féminin. En 2013, on a dénombré 59 725 victimes féminines de violence familiale, ce qui représentait 68 % de l’ensemble des victimes de violence familiale déclarée par la police. Par comparaison, les personnes de sexe féminin représentaient 46 % des victimes de crimes violents qui n’étaient pas liés à la famille. La surreprésentation des victimes féminines est la plus marquée dans les affaires de violence conjugale. Parmi les affaires de violence commises par un conjoint actuel et déclarées par la police, près de 8 victimes sur 10 étaient de sexe féminin, la proportion de victimes féminines agressées par un ex-conjoint étant semblable (79 %). La plupart des victimes étaient également de sexe féminin dans les affaires où l’auteur présumé était son enfant (62 %), son parent (57 %), un membre de sa famille élargie (57 %) ou son frère ou sa sœur (56 %).

Les taux de violence familiale sont les plus élevés chez les personnes de sexe féminin de 30 à 34 ans et chez celles de sexe masculin de 15 à 19 ans

De façon générale, les taux de violence familiale sont les plus élevés chez les adultes dans la trentaine et les plus faibles chez les personnes de 65 ans et plus (graphique 1.2). En 2013, le taux de violence familiale déclarée par la police est passé de 130,6 pour 100 000 enfants de 0 à 4 ans à 220,3 pour 100 000 enfants de 5 à 9 ans. Le taux de violence familiale déclarée par la police augmentait ensuite pour chacun des groupes d’âge subséquents, atteignant un sommet chez les adultes dans la trentaine. Les adultes de 30 à 34 ans ont enregistré le plus fort taux de violence familiale déclarée par la police (401,0 pour 100 000), suivis de près de ceux âgés de 35 à 39 ans (400,7 pour 100 000). À la suite du point culminant observé chez les adultes dans la trentaine, le taux diminuait de façon constante d’un groupe d’âge au groupe suivant, les personnes de 75 à 89 ans affichant le taux le plus faible (41,6 pour 100 000).

Description du graphique 1.2

Le risque de violence familiale lié à l’âge n’est toutefois pas le même pour les femmes et les hommes (graphique 1.3). Alors que chez les femmes le taux de violence familiale déclarée par la police était le plus élevé pour les 30 à 34 ans (603,1 pour 100 000), chez les hommes, il était à son maximum chez les 15 à 19 ans (233,4 pour 100 000).

Description du graphique 1.3

L’écart entre les taux de violence familiale chez les femmes et les hommes était le plus faible parmi les groupes d’âge plus jeunes et plus âgés

Dans l’ensemble, le taux de violence familiale contre les victimes féminines s’élevait à 342,1 pour 100 000 habitants, soit le double du taux noté chez les victimes masculines (162,6 pour 100 000). Pour chaque groupe d’âge, le taux de violence familiale commise envers les personnes de sexe féminin et déclarée par la police était sensiblement plus élevé que le taux observé chez les personnes de sexe masculin. Toutefois, l’écart entre les sexes était moins prononcé chez les plus jeunes (9 ans et moins) et les plus âgés (60 ans et plus). Le taux de violence familiale contre les filles de 9 ans et moins se situait à environ 20 %, ou était 1,2 fois supérieur au taux constaté chez les garçons appartenant au même groupe d’âge. Cet écart entre les sexes augmentait avec l’âge et atteignait un sommet chez les personnes de 25 à 34 ans, alors que les femmes étaient plus de trois fois plus susceptibles que les hommes d’être victimes de violence aux mains d’un membre de la famille. L’écart des taux de violence familiale entre les hommes et les femmes se resserrait chez les groupes plus âgés, surtout à partir du groupe des 50 à 54 ans et jusqu’au groupe des personnes âgées.

Les voies de fait sont la forme de violence familiale déclarée par la police la plus fréquente

En 2013, la police a dénombré 63 287 victimes de voies de fait (niveaux 1, 2 et 3)Note 12 aux mains d’un membre de la famille, lesquelles représentaient près des trois quarts (72 %) des victimes de violence familiale. En particulier, plus de la moitié (58 %) des victimes de violence familiale avaient subi des voies de fait simples (niveau 1) et 14 %, des voies de fait majeures (niveaux 2 et 3). Les policiers ont également identifié 7 177 victimes d’infractions sexuelles commises par un membre de la famille, lesquelles représentaient 8 % des victimes de violence familiale (tableau 1.4)Note 13.

Environ 1 victime sur 6 (17 %) de violence familiale déclarée par la police avait fait l’objet d’un acte lié à de l’intimidation, comme du harcèlement criminel, des propos indécents au téléphone ou appels téléphoniques harcelants, ou des menaces; cette proportion était semblable à celle observée chez les victimes de violence aux mains de personnes non apparentées (22 %). Parmi les infractions liées à l’intimidation, les menaces étaient les plus courantes, 12 % des victimes de violence familiale en ayant été la cible.

Plus de la moitié des victimes de violence familiale n’ont pas subi de blessures corporelles

Bien que les données policières ne permettent pas de mesurer les séquelles émotionnelles et psychologiques, les conséquences physiques de la violence familiale ayant été consignées peuvent aller de l’absence de blessures corporelles au décès de la victime. Plus de la moitié (55 %) des victimes de violence familiale n’ont subi aucune blessure corporelle, alors qu’un peu moins de la moitié (44 %) des victimes de violence familiale ont subi des blessures corporelles mineures — c’est-à-dire qu’elles n’ont pas eu besoin de soins médicaux professionnels ou ont nécessité des premiers soins. Un faible pourcentage de victimes (1,5 %) ont subi des blessures plus graves qui ont nécessité des soins par un professionnel de la santé sur les lieux de l’affaire ou dans un établissement de santé. Enfin, 141 victimes de violence familiale (0,2 %) ont succombé à leurs blessures.

Lorsqu’il y avait des blessures corporelles, l’auteur présumé avait le plus souvent employé sa propre force physique contre la victime, par exemple pour étrangler celle-ci, ou encore lui donner des coups de poing ou des coups de pied (84 %), alors qu’une proportion de 16 % des auteurs présumés ont utilisé une arme. La méthode variait quelque peu en fonction du sexe de la victime, les victimes masculines (25 %) étant proportionnellement plus nombreuses que les victimes féminines (12 %) à être blessées avec une arme.

Lorsque l’on tient compte du type de lien familial entre l’auteur présumé et la victime, on constate que les blessures corporelles étaient les plus courantes chez les victimes de violence aux mains de leur conjoint actuel (graphique 1.4). Selon les données policières, plus de la moitié (59 %) des victimes de violence aux mains de leur conjoint actuel ont subi des blessures corporelles en 2013. Dans les cas de violence commise par un membre de la famille élargie, 43 % des victimes ont subi des blessures; on observe des proportions semblables chez les victimes de violence aux mains d’un frère ou d’une sœur (41 %), d’un parent (40 %) ou d’un enfant (39 %)Note 14. La proportion de victimes ayant subi des blessures était la plus faible chez les personnes qui ont été agressées par un ex-conjoint (27 %).

Description du graphique 1.4

Plus de la moitié des affaires de violence familiale déclarées par la police ont entraîné des accusations

Une fois que la police intervient dans une affaire de violence familiale, trois scénarios sont possibles : 1) la police peut inculper un auteur présumé; 2) elle peut classer l’affaire sans mise en accusationNote 15, comme exercer son pouvoir discrétionnaireNote 16; ou 3) elle peut ne pas classer l’affaire faute de preuvesNote 17. En 2013, la police a porté des accusations dans 56 % des affaires de violence familiale, alors que dans les affaires de violence non familiale, ce pourcentage s’établissait à 46 %. Les accusations étaient plus courantes lorsque la victime de violence familiale était de sexe féminin (61 %) que lorsqu’elle était de sexe masculin (46 %).

Dans l’ensemble, 28 % des affaires de violence familiale ont été classées sans mise en accusation, le refus du plaignant de faire porter une accusation figurant parmi les raisons les plus souvent invoquées (15 %); venaient ensuite le pouvoir discrétionnaire de la police (6 %) et les motifs hors du contrôle du service de police (6 %). En comparaison, 23 % des affaires de violence non familiale ont été classées sans mise en accusation. Les raisons les plus souvent invoquées étaient similaires à celles indiquées pour les affaires de violence familiale.

Les taux de violence familiale déclarée par la police affichent une tendance générale à la baisse

Selon les données sur les tendancesNote 18, les affaires de violence familiale déclarées par la police affichent un recul ces dernières années. Par exemple, les tentatives de meurtre commises par un membre de la famille ont fléchi de 7 % entre 2009 et 2013 (tableau 1.5). Les taux des formes plus courantes de violence familiale ont également diminué. De 2009 à 2013, les voies de faitNote 19 — l’infraction de violence familiale la plus fréquente — ont baissé de 14 % globalement, de 17 % lorsqu’il s’agissait d’un conjoint et de 10 % lorsqu’il s’agissait d’un autre membre de la famille.

Bien qu’ils aient affiché une baisse plus modeste, les taux d’agressions sexuellesNote 20 à l’endroit d’un membre de la famille ont également diminué. Le taux global d’agressions sexuelles dans la famille a reculé de 12 % en 2013, comparativement au taux enregistré cinq ans plus tôt. Cette baisse globale d’agressions sexuelles dans la famille est attribuable à une diminution des affaires de victimisation sexuelle commises par une personne autre que le conjoint. Ce type de victimisation représentait environ 85 % de l’ensemble des agressions sexuelles dans la famille pour la période allant de 2009 à 2013. Le taux d’agressions sexuelles dans la famille de nature non conjugale a reculé de 15 % au cours de cette période de cinq ans, tandis que le taux d’agressions sexuelles commises par le conjoint a progressé de 3 % durant cette période.

Le taux d’homicides dans la famille continue de diminuer

Bien que les homicides demeurent un phénomène relativement rare au Canada, ils sont considérés comme un baromètre passablement fiable de la violence dans une société étant donné que ces crimes sont plus susceptibles d’être signalés à la police que les autres crimes violents (Nivette, 2011; Organisation des Nations Unies, 2011). Les données déclarées par la police révèlent qu’en 2013, il y a eu 126 victimes d’un homicide aux mains d’un membre de leur famille, ce qui représentait le quart de l’ensemble des homicides commis cette année-là, ou 4 homicides pour 1 million d’habitants.

Les homicides commis par une personne apparentée sont en baisse depuis plusieurs années. En 2013, le taux d’homicides dans la famille pour 1 million d’habitants était moins de la moitié du taux enregistré en 1983, en baisse de 59 % durant cette période (graphique 1.5). Alors que la tendance des taux d’homicides dans la famille est à la baisse tant chez les victimes féminines que chez les victimes masculines, les victimes féminines étaient plus susceptibles que les victimes masculines d’être tuées par un membre de la famille. En 2013, le taux d’homicides dans la famille s’établissait à 4 pour 1 million de victimes féminines, comparativement à 3 pour 1 million de victimes masculines. Pour ce qui est des homicides commis par une personne non apparentée, on a observé la situation inverse. Contrairement aux homicides dans la famille, dans le cas des homicides hors de la famille, les victimes masculines affichaient, en 2013, un taux de 11,7 pour 1 million d’habitants, soit environ quatre fois plus que celui des victimes féminines (3,0 pour 1 million).

Description du graphique 1.5

Résumé

Les affaires de violence familiale déclarées par la police représentaient encore à peu près le quart des affaires de violence venant à l’attention de la police au Canada en 2013. Conformément à la tendance des crimes violents déclarés par la police en général, les territoires ont enregistré des taux de violence familiale supérieurs à ceux des provinces. En 2013, le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest ont affiché les taux les plus élevés de violence familiale déclarée par la police dans l’ensemble, alors que, parmi les provinces, le taux de violence familiale déclarée par la police était le plus élevé en Saskatchewan et le plus faible en Ontario.

En 2013, la victimisation conjugale représentait près de la moitié des affaires de violence familiale déclarées par la police, ce qui en fait la forme la plus répandue. Les données policières indiquent également que la violence familiale afflige de manière disproportionnée les femmes, particulièrement celles dans la trentaine. Selon ces données, plus des deux tiers des victimes d’actes de violence familiale étaient de sexe féminin, et les femmes de 30 à 34 ans étaient proportionnellement plus nombreuses que les victimes de sexe masculin ou féminin de tout autre groupe d’âge à subir de la violence aux mains d’un membre de la famille. Parmi les victimes de sexe masculin, le taux de violence familiale déclarée par la police était le plus élevé chez les jeunes de 15 à 19 ans. Toujours selon les données policières, les taux les plus faibles de victimisation avec violence dans la famille ont été observés chez les personnes âgées.

Comme par les années passées, la majorité des affaires de violence familiale déclarées par la police consistaient en des voies de fait. Néanmoins, plus de la moitié des victimes de violence familiale dont la police a fait état n’ont pas subi de blessures corporelles. Parmi les victimes qui ont été blessées, la grande majorité ont subi des blessures mineures qui ont nécessité des premiers soins ou n’ont pas exigé de soins médicaux. Dans les affaires de violence familiale déclarées par la police, des blessures corporelles ont été infligées le plus souvent à la conjointe ou au conjoint actuel. Des accusations ont été portées ou recommandées dans la plupart des affaires de violence familiale signalées à la police.

Les données sur les tendances témoignent d’une diminution des actes de violence familiale déclarés par la police. Par exemple, on observe ces dernières années un repli des taux de la forme la plus fréquente de violence familiale déclarée par la police — les voies de fait —, lesquelles ont régressé de 14 % de 2009 à 2013. Bien que rares, les homicides commis par un membre de la famille suivent également une tendance à la baisse depuis plusieurs années; de 1983 à 2013, ils ont diminué de 59 %.

Tableaux de données détaillés

Références

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