Section H - Troubles liés à l'usage d'une substance

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Partie 1 - Abus d'alcool / Utilisation d'alcool nocive pour la santé
Partie 2 - Utilisation d'héroïne nocive pour la santé
Partie 3 - Utilisation nocive pour la santé de benzodiazépines
Partie 4 - Utilisation nocive pour la santé du cannabis
Partie 5 - Utilisation nocive pour la santé de stimulants

Début du texte

La présente section décrit les troubles liés à l'usage d'une substance les plus fréquents. Les troubles liés à l'usage d'une substance sont ceux associés à la prise d'une drogue (y compris l'alcool) donnant lieu à un abus, y compris les médicaments sur ordonnance et en vente libre, ainsi que les drogues illicites7. Les substances mises en relief à la présente section sont l'alcool, le cannabis, l'héroïne, les benzodiazépines et les stimulants.

Il convient de souligner que la consommation et l'abus de substances psychoactives est l'un des principaux facteurs de risque qui contribuent à la charge mondiale de morbidité. En 2000, environ 4 % de cette charge était attribuée à l'alcool et 0,8 %, aux drogues illicites139. En outre, l'alcool et les drogues illicites sont associés à plus de 80 maladies et traumatismes reconnus139, qui peuvent tous être évités.

Les effets cliniques varient selon la substance consommée, la durée de la consommation et la dose. La forme la plus dangereuse d'abus de substance est celle où la personne mélange plusieurs drogues. Les états de santé décrits plus bas ne tiennent pas compte des limitations associées à l'usage combiné de plusieurs substances. Pour chaque substance, les limitations fonctionnelles décrites font référence à l'abus (chronique, léger à moyen ou sévère, ou les deux), à la surdose, au sevrage aigu avec traitement et à la rémission. Bien que la surdose entraîne souvent un coma, les descriptions de l'état de santé associées à la surdose ne reflètent pas l'état comateux. Toutefois, le coma sera décrit dans un autre document de la présente série ayant pour thème les troubles neurologiques. L'abus chronique d'alcool a également des séquelles particulières qui ne seront pas décrites dans le présent chapitre. La cirrhose du foie est la maladie dans laquelle le mécanisme pathogène principal est le remplacement progressif de tissu hépatique lésé par du tissu conjonctif, ce qui entraîne une diminution progressive, mais irréversible, de la fonction hépatique. Cette affection est souvent le résultat de l'abus prolongé de l'alcool et d'autres substances hépatotoxiques. L'encéphalopathie hépatique est la lésion du cerveau et du système nerveux résultant de complications de troubles hépatiques, et causent des modifications des réflexes et de la conscience. Ces deux maladies seront décrites dans le document sur les troubles digestifs de la présente série.

Le DSM-IV définit les troubles liés à l'usage d'une substance en fonction de la dépendance et de l'abus, et les troubles induits par une substance en fonction de l'intoxication et du sevrage; d'autres diagnostics du DSM-IV relatifs aux troubles liés à l'utilisation d'une substance, tels que le délire induit par une substance ou le trouble de l'humeur induit par une substance, ne seront pas décrits à la présente section. Les critères diagnostiques de la dépendance à une substance, de l'abus d'une substance, de l'intoxication par une substance et du sevrage d'une substance sont décrits ci-dessous; il convient de souligner que ces critères s'appliquent à toutes les classes de substances.

La dépendance à une substance est diagnostiquée si le sujet présente un mode d'auto-administration répétée de la substance, ainsi qu'au moins trois des symptômes suivants, à un moment quelconque d'une période continue de 12 mois : 1) tolérance (besoin de quantités plus fortes de la substance pour obtenir l'effet désiré); 2) sevrage (changement de comportement (avec association physique ou mentale) résultant d'une diminution de la concentration sanguine ou tissulaire de la substance); 3) prise de la substance pendant une période plus longue ou en quantité plus grande que prévue; 4) désir persistant de la substance ou effort infructueux en vue de diminuer ou de contrôler l'utilisation de la substance; 5) beaucoup de temps passé à des activités nécessaires pour obtenir la substance, l'utiliser ou récupérer de ces effets; 6) activités sociales, professionnelles ou de loisirs limitées ou évitées à cause de l'utilisation de la substance; 7) poursuite de l'utilisation de la substance même en étant au courant des problèmes physiques ou psychologiques susceptibles d'être causés ou exacerbés par la substance7.

L'abus d'une substance diffère de la dépendance à une substance en ce sens qu'il n'englobe aucun des symptômes de tolérance/sevrage ou de modes d'utilisation compulsifs; l'abus d'une substance comprend plutôt les conséquences indésirables de l'usage répété de la substance. En particulier, un sujet reçoit le diagnostic d'abus d'une substance si son mode d'utilisation de la substance conduit à une altération cliniquement significative du fonctionnement caractérisée par la présence d'au moins deux des manifestations suivantes : 1) incapacité de remplir des obligations majeures à cause de l'utilisation récurrente de la substance; 2) utilisation répétée d'une substance dans des situations où cela peut être physiquement dangereux (p. ex. conduite d'un véhicule); 3) problèmes judiciaires répétés liés à l'utilisation d'une substance (c.-à-d. trafic de drogue ou conduite avec facultés affaiblies) et 4) utilisation de la substance malgré des problèmes sociaux ou interpersonnels persistants, causés ou exacerbés par les effets de la substance. En outre, ces manifestations doivent être survenues de façon répétée pendant une période de 12 mois et les symptômes n'ont jamais atteint les critères de la dépendance à une substance (pour la classe particulière de substance)7.

L'intoxication par une substance est diagnostiquée dans le cas de développement d'un syndrome réversible spécifique dû à l'ingestion récente de cette substance (ou à l'exposition récente à cette substance). En outre, durant la prise ou peu après celle-ci, les effets physiologiques de la substance sur le système nerveux central entraînent des changements de comportement et/ou psychologiques. Les changements les plus fréquents sont des altérations de la perception, de la vigilance, de la pensée, de l'attention, du jugement, du comportement psychomoteur et du comportement interpersonnel. Enfin, les symptômes de l'intoxication par une substance ne sont pas dus à une affection médicale générale et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental7.

Quand une personne cesse d'utiliser une substance ou diminue son usage après une consommation forte et prolongée, elle peut éprouver des symptômes de sevrage, et manifester des changements de comportement avec associations psychologiques et cognitives. Pour poser le diagnostic, il faut que ce changement cause une souffrance ou une altération du fonctionnement dans des domaines importants, tels que le fonctionnement social ou professionnel, cliniquement significative et qu'il ne soit pas dû à une affection médicale générale ou qui ne soit pas mieux expliqué par un autre trouble mental7. La plupart des symptômes de sevrage sont simplement l'opposé de ceux observés en cas d'intoxication en utilisant la même substance. Le sujet qui subit un sevrage éprouve habituellement un besoin intense de prendre à nouveau la substance afin de prévenir ou de soulager les symptômes de ce sevrage.

Dans le DSM-IV, la rémission est définie en fonction de quatre stades : un sujet est en rémission précoce complète si aucun critère d'abus ou de dépendance ne sont satisfaits pendant au moins un mois, mais moins de 12 mois, ou est en rémission précoce partielle si un ou plusieurs critères d'abus ou de dépendance sont satisfaits (sans que les critères complets soient présents) pendant au moins un mois, mais moins de 12 mois7. Un sujet est en rémission prolongée complète si aucun des critères d'abus ou de dépendance n'a été satisfait à aucun moment durant les 12 mois précédents ou pendant plus longtemps, et il est en rémission prolongée partielle si les critères complets de dépendance n'ont pas été satisfaits au cours des 12 mois précédents ou pendant plus longtemps, mais qu'un ou plusieurs critères d'abus ou de dépendance ont été satisfaits7. En ce qui concerne les états de santé décrits ci-après, la rémission est définie comme l'absence de symptômes pendant au moins un mois.

Partie 1 - Abus d'alcool / Utilisation d'alcool nocive pour la santé

L'alcool est un dépresseur du système nerveux central (SNC) produit par fermentation ou distillation de divers fruits, légumes ou céréales. Son nom chimique est éthanol ou alcool éthylique; sous sa forme pure, il s'agit d'un liquide transparent et incolore. Les effets de l'alcool dépendent de la quantité d'alcool éthylique pur consommé; une portion en contient de 10 à 15 grammes140. L'alcool entre dans la circulation sanguine au niveau du tractus gastro-intestinal et est décomposé par les enzymes du foie. À mesure que la concentration sanguine d'alcool augmente (c.-à-d. la quantité d'alcool dans le sang circulant), la dépression du système nerveux augmente; la pensée, le jugement et la perception sont altérés et les temps de réaction sont plus longs.

La consommation modérée d'alcool (c.-à-d. jusqu'à deux verres par jour) n'est généralement pas considérée comme étant nocive chez la plupart des adultes. Un verre équivaut, en moyenne, à une bouteille de bière ou de vin panaché (12 onces), un verre de vin (5 onces) ou un verre de 1,5 once de spiritueux distillé (p. ex. whisky). L'excès occasionnel d'alcool (binge drinking) a lieu quand une personne consomme une grande quantité d'alcool (cinq verres ou plus pour les hommes, quatre verres ou plus pour les femmes)140 en une occasion et est une cause plus importante de préoccupation. Le premier épisode d'intoxication alcoolique a souvent lieu au milieu de l'adolescence, en dépit du fait qu'au Canada, l'âge légal pour boire et acheter de l'alcool est de 18 ou 19 ans, selon la province.

L'alcool est la substance psychoactive dont la consommation est la plus répandue141. En 1996, un sondage national mené aux États-Unis a révélé que 70 % d'hommes et 60 % de femmes consommaient de l'alcool7. Environ 1,1 % des adultes américains consomment de l'alcool quotidiennement141. La prévalence sur 12 mois des troubles liés à la consommation d'alcool est de 7 % à 10 %140,142. La prévalence la plus élevée de l'abus d'alcool s'observe chez les personnes de 26 à 34 ans7. L'alcoolisme s'observe à tous les niveaux d'éducation et de statut socioéconomique. Des taux élevés de mortalité, de morbidité et de problèmes sociaux sont imputables à l'alcool, comme en témoigne le fait que plus de 60 causes de décès sont attribuées à la consommation d'alcool139. Souvent, l'évolution typique comprend des épisodes de consommation excessive d'alcool périodique ou en fin de semaine, sans aucune consommation durant la semaine. Cependant, au fil du temps, les épisodes de consommation deviennent plus fréquents. L'alcoolisme est une maladie évolutive, souvent de longue durée, récurrente et éventuellement mortelle. L'alcoolique consacre souvent de longues périodes à la consommation d'alcool, malgré les conséquences psychologiques et physiques.

Un alcoolique qui est confronté à son problème de boisson devient habituellement hostile et défensif. Les symptômes qui suivent sont fortement évocateurs de l'alcoolisme : besoin irrésistible (besoin de consommer quotidiennement ou épisodiquement de l'alcool), altération du contrôle (incapacité de s'arrêter de boire une fois que l'on a commencé), dépendance physique (sevrage si la consommation est interrompue abruptement) et tolérance (besoin de consommer des quantités plus fortes pour obtenir le même effet). Il est probable qu'un certain nombre de facteurs influent sur le développement de l'alcoolisme. Les facteurs de risque comprennent les facteurs héréditaires (les personnes dont un parent abuse de l'alcool sont plus susceptibles d'abuser eux-mêmes de l'alcool; le risque augmente avec le nombre de membres de la famille affectés)7, les carences nutritionnelles et les déséquilibres hormonaux. Les facteurs psychologiques susceptibles de jouer un rôle sont la dépression, le désir de soulager l'anxiété, le désir d'éviter ses responsabilités, une faible estime de soi, des relations familiales conflictuelles, certains traits de personnalité, tels que l'isolement ou la solitude, et/ou l'immaturité sexuelle. Les facteurs socioculturels comprennent l'accès à des boissons alcoolisées (y compris le prix), les attitudes sociales témoignant d'une approbation de la consommation fréquente d'alcool et de l'état d'ébriété, le mode de vie, les pressions exercées par les pairs et le stress. En outre, les personnes qui commencent à boire à un jeune âge (p. ex. 14 ans ou moins) courent un risque accru de développer une dépendance à l'égard de l'alcool à un moment donné de leur vie143.

L'ingestion d'alcool produit des symptômes d'intoxication qui sont caractérisés par des changements de fonctionnement mental et/ou physique tels que la labilité de l'humeur, l'altération du jugement, le manque de concentration et un comportement sexuel ou agressif inapproprié7. Ces manifestations sont accompagnées d'une difficulté d'élocution, d'une démarche ébrieuse, d'un manque de coordination, et d'une altération de la mémoire ou de l'attention7. L'intoxication grave peut entraîner une amnésie (trous noirs) des événements survenus dans la consommation d'alcool. L'intoxication réduit les inhibitions sociales, produit de l'euphorie, augmente le sentiment de confiance en soi et réprime les craintes du buveur. Les émotions existantes peuvent également être amplifiées : si la personne est en colère, elle peut devenir hostile ou agressive; si elle est déprimée, elle peut se sentir déprimée et devenir suicidaire.

Les personnes qui abusent de l'alcool peuvent consommer celui-ci dans des situations dangereuses, telles qu'avant de conduire un véhicule. Par conséquent, ces sujets peuvent faire face à des difficultés juridiques (p. ex. conduite avec facultés affaiblies) ou causer des accidents. En fait, l'alcool et à l'origine de 55 % des accidents de circulation mortels aux États-Unis7. Presque tous les organes du corps sont affectés par l'alcool et peuvent être le siège de complications graves susceptibles de causer un décès prématuré. Jusqu'à 15 % des personnes qui ont une forte consommation d'alcool pendant de longues périodes développent une cirrhose du foie et une pancréatite7. L'anémie est fréquente, les mauvaises habitudes alimentaires peuvent causer des carences nutritionnelles graves. Les muscles cardiaques peuvent se détériorer au cours du temps, et entraîner éventuellement une insuffisance cardiaque. Le système immunitaire est affaibli, ce qui accroît la susceptibilité aux infections. La consommation abusive d'alcool au cours du temps a également été associée au développement de certains cancers (p. ex. de la gorge, de la bouche et du foie), à l'hypertension et à des lésions cardiaques et cérébrales. Les hommes qui abusent chroniquement de l'alcool peuvent présenter une réduction du taux de testostérone, un dysfonctionnement érectile, la stérilité, une hypertrophie des seins et une atrophie des testicules. Les femmes peuvent présenter des irrégularités menstruelles, une ménopause précoce et éventuellement l'infécondité. La consommation d'alcool durant la grossesse peut causer un avortement spontané, ou avoir des effets secondaires chez le bébé, y compris le syndrome d'alcoolisme fœtal (qui cause un retard de croissance), des malformations du visage et/ou de la tête, ou des anomalies éventuelles du système nerveux central (p. ex. retard mental). En général, la consommation chronique d'alcool peut réduire l'espérance de vie d'une personne de 15 ans141. Le risque de suicide sur la vie est de 15 % chez les alcooliques141, et 25 % de tous les cas de suicide sont liés à l'alcoolisme144.

Le sevrage alcoolique est caractérisé par des symptômes de sevrage qui apparaissent autour de la 4e à la 12e heure après l'arrêt de la consommation prolongée, abusive d'alcool7, et est souvent qualifié de « gueule de bois ». Les symptômes de sevrage comprennent des maux de tête, une hyperactivité neurovégétative (c.-à-d. transpiration), des tremblements des mains, de l'insomnie, de l'anxiété, de l'anorexie, la sécheresse de la bouche et des nausées ou des vomissements. Le sujet peut devenir renfermé et profondément déprimé. Les perturbations du sommeil peuvent persister pendant des mois. Jusqu'à 5 % des alcooliques éprouvent des complications graves du sevrage, telles que des crises convulsives de type grand mal, un delirium ou des tremblements7. En général, le sujet ingère plus d'alcool pour éviter ou pour éliminer les symptômes de sevrage.

Le dépistage et le traitement de l'alcoolisme est compliqué par le déni144. Le traitement comprend l'administration de naltrexone, un médicament qui perturbe l'activité chimique dans les récepteurs du cerveau qui procurent la sensation de plaisir lié à l'alcool, ce qui réduit les états de besoin associés à l'alcool. Le disulfirame est un médicament qui bloque le métabolisme de l'alcool, ce qui produit des symptômes toxiques et provoque des vomissements et/ou des maux de tête graves si le sujet boit de l'alcool. Ces symptômes sont suffisamment désagréables pour que le sujet ne risque pas d'intégrer de l'alcool et ce traitement est par conséquent considéré comme très efficace si le sujet s'y conforme. La désintoxication sous surveillance médicale peut aider à contrôler les symptômes de sevrage; une injection intraveineuse de glucose peut être nécessaire pour contrôler l'hypoglycémie. Des programmes de soutien comprenant une désintoxication, une réadaptation et des soins de suivi sont ceux qui donnent les meilleurs résultats de long terme. Les sujets alcooliques ont besoin d'un réseau de soutien énergique; les alcooliques anonymes (AA) sont un groupe de soutien systématique bien connu qui est très répandu et très efficace pour combattre l'abus d'alcool. L'exercice physique et une bonne nutrition sont également des aspects très importants de la prévention des rechutes. Les sujets en rémission doivent continuer d'éviter toutes les boissons alcoolisées – l'abstinence totale est le seul traitement efficace. Une fois en rémission, il est fort probable qu'une personne se rétablissant de l'alcoolisme perde le contrôle après le premier verre d'alcool et qu'elle éprouve de nouveau des problèmes graves7.

Abus d'alcool (léger à modéré)

CIM-9: 303.9, CIM-10 – Utilisation d'alcool nocive pour la santé F10.1

Le présent état de santé fait référence à une personne ayant un degré léger à modéré d'utilisation d'alcool de manière nocive pour sa santé. La personne continue de consommer de l'alcool malgré les répercussions sur sa santé mentale et physique. Ses relations sociales, professionnelles et familiales sont affectées. À mesure que la personne continue d'avoir une consommation excessive d'alcool, le risque que cette consommation se transforme en un abus grave d'alcool et que la personne éprouve les limitations fonctionnelles associées à l'état de santé ci-après (Abus d'alcool – grave) augmente7,144.

Classification (Abus d'alcool - léger à modéré)

Abus d'alcool (grave)

CIM-9: 303.9, CIM-10 – Utilisation d'alcool nocive pour la santé F10.1

L'alcoolisme est caractérisé par une altération du contrôle de la consommation d'alcool, une préoccupation axée sur l'alcool et la poursuite de la consommation de la substance malgré ses effets néfastes sur la vie de la personne. L'usage inapproprié continu d'alcool perturbe la santé physique et mentale du sujet, ses relations sociales et familiales, et ses responsabilités scolaires et/ou professionnelles. Des altérations de la mémoire et de la perception sont particulièrement fréquentes. D'autres signes d'abus sévère comprennent le déni, les trous de mémoire et la consommation d'alcool le matin (pour éviter les symptômes de sevrage). L'anxiété et la dépression sont fréquentes, particulièrement chez les femmes qui abusent de l'alcool7,144. L'expression verbale peut se détériorer, en particulier quand la consommation augmente. En général, on note des tremblements et une diminution des fonctions motrices fines.

Classification (Abus d'alcool - grave)

Surdose d'alcool

CIM-9: 980.0

L'alcool affecte les centres nerveux qui contrôlent les appareils respiratoire et cardiovasculaire. Une surdose d'alcool peut causer la dépression de ces actions neurovégétatives, et éventuellement entraîner la mort (p. ex. due à un arrêt respiratoire). Des signes avertisseurs comprennent un pouls faible, une diminution de la fréquence respiratoire, une hypotension, de la confusion mentale, des convulsions, des vomissements et une non-réactivité générale. Le traitement d'une surdose d'alcool nécessite généralement une hospitalisation et une surveillance médicale du sujet, l'administration de liquide par voie intraveineuse (glucose) et, au besoin, un lavage gastrique ou une intubation7,144.

Classification (Surdose d'alcool)

Traitement de l'alcoolisme (sevrage aigu sous traitement)

CIM-9: 291.81, 94.63

La phase de traitement d'un alcoolique débute par la gestion du sevrage. Durant ce dernier, le sujet éprouve de nombreuses manifestations physiques, y compris des maux de tête, des nausées ou des vomissements, et dans les cas graves, des hallucinations et un delirium. Le traitement comprend une éventuelle hospitalisation, l'administration de médicaments pour traiter les symptômes de sevrage et une thérapie de soutien social. Les rechutes sont fréquentes; l'issue du traitement au cours du temps dépend de la motivation et du degré de confiance du patient7,144.

Classification (Traitement de l'alcoolisme - sevrage aigu sous traitement)

Rémission de l'abus d'alcool

CIM-9: 303.03

Une personne en rémission d'abus d'alcool doit modifier son mode de vie; elle doit éviter les personnes et les lieux qu'elle côtoyait quand elle abusait de l'alcool pour prévenir le désir de boire. De nombreux sujets assistent aussi hebdomadairement à des réunions de soutien et prennent même des médicaments pour éviter une rechute. Bien que certaines personnes arrivent à une rémission stable de l'alcoolisme, nombre d'entre elles continuent de vivre avec le besoin constant de boire7,144.

Classification (Rémission de l'abus d'alcool)

Partie 2 - Utilisation d'héroïne nocive pour la santé

L'héroïne est un opiacé semi-synthétique appartenant à une catégorie de drogues qui sont souvent prescrites comme analgésiques, anesthétiques, antidiarrhéiques ou antitussiques7. Les opiacés sont dérivés du pavot somnifère et déprime le système nerveux central en ayant des effets psychotropes (modification de l'activité mentale). Certains opiacés sont utilisés pour traiter la douleur aigue, comme la morphine (ou OxyContin), une substance présente naturellement dans le pavot somnifère; cependant, les opiacés ne conviennent pas pour traiter la douleur chronique, en raison du risque élevé d'accoutumance. L'héroïne est produite en modifiant chimiquement les propriétés de la morphine. Il s'agit de l'une des drogues de la catégorie des opiacés dont l'usage est le plus fréquemment détourné7. On ne peut se la procurer que sur les marchés illicites.

L'utilisation et l'abus d'héroïne débutent habituellement à la fin de l'adolescence ou au début de la vingtaine et le ratio de masculinité est de 3 à 17. La prévalence de l'héroïne est de l'ordre de 1 % dans la population générale7,145. La prévalence augmente avec l'âge. La dépendance débute généralement après l'âge de 40 ans7. L'héroïnomanie s'observe à tous les niveaux de revenu, à tous les âges et dans toutes les classes sociales.

L'héroïne est généralement prise par injection, mais elle peut être fumée ou ingérée sous forme de comprimé ou de liquide. Si elle est chauffée et brûlée, il se dégage des vapeurs d'héroïne qui peuvent être inhalées. Elle peut également être ajoutée aux cigarettes (au tabac ou à la marijuana). Les tests de dépistage de la drogue (dans l'urine) permettent de déceler l'héroïne de 12 à 36 heures après l'administration7. Les effets de l'utilisation de l'héroïne peuvent être ressentis dans les secondes qui suivent l'administration par voie intraveineuse; si la drogue est sniffée, inhalée ou injectée dans un muscle sous la peau, les effets peuvent être ressentis en quelques minutes. En général, le fonctionnement mental est brouillé à cause de la dépression du système nerveux central; dans le cas de fortes doses, la fonction cardiaque et la respiration peuvent ralentir au point de causer un coma, voire même la mort. La caractéristique essentielle de l'intoxication à l'héroïne est la présence de changements comportementaux ou psychologiques importants qui se manifestent durant la consommation d'héroïne ou peu après celle-ci7. Les symptômes comprennent une euphorie initiale suivie par de l'apathie, une contraction pupillaire, de la somnolence (voir même un coma), une difficulté d'élocution, une altération de la mémoire, de l'inattention concernant l'environnement (éventuellement au point d'ignorer des événements dangereux), de la dysphorie, une agitation psychomotrice, une altération du jugement, et une altération du fonctionnement social ou professionnel. Après les premiers effets, l'utilisateur se sent somnolent. Les symptômes de l'intoxication à l'héroïne durent généralement plusieurs heures. La sévérité de ces symptômes dépend de la dose et du seuil de tolérance. À des doses élevées, le sujet ne peut pas être réveillé. En cas de consommation régulière, une tolérance s'installe et le sujet requiert une plus grande quantité de drogue pour obtenir l'effet désiré. Au cours du temps, des doses plus élevées contribuent à la dépendance physique et à l'accoutumance.

Un individu dépendant à l'héroïne présente un mode régulier de compulsion à prendre la drogue, et la planification de ses activités quotidiennes est habituellement axée autour de l'obtention et de la consommation d'héroïne. En outre, le sujet a un seuil important de tolérance et éprouve des symptômes de sevrage en cas d'arrêt soudain de la prise de la substance7. L'intensité de la dépendance physique à l'héroïne s'accroît généralement avec l'augmentation de la dose et la durée de l'utilisation. Les personnes qui abusent de l'héroïne mais qui n'y sont pas dépendantes ne la consomment habituellement pas aussi souvent ou ne développent pas de symptômes de sevrage importants7. Cependant, ils peuvent faire face à des difficultés juridiques dues à l'intoxication ou à la possession de la drogue, au même titre que les sujets dépendants. La dépendance psychologique comprend le besoin impérieux de consommer de la drogue et une compulsion à poursuivre son utilisation.

Le sevrage se manifeste après l'arrêt d'une consommation d'héroïne passive et prolongée7. Il ne met pas la vie en danger, mais cause un grand inconfort. Les symptômes de sevrage débutent habituellement de 5 à 12 heures après la prise de la dernière dose, culminent entre 36 à 72 heures après et cessent habituellement dans les 7 à 10 jours. La gravité des symptômes augmente avec la dose et la durée de la dépendance. Les symptômes de sevrage comprennent généralement de l'anxiété, de l'agitation et des douleurs souvent localisées dans le dos et les jambes; Une sensibilité à la douleur et un désir d'obtenir de l'héroïne (c.-à-d., état de besoin) tendent à accompagner les symptômes de sevrage aigu. D'autres symptômes comprennent un sentiment de malaise, de l'irritabilité, de la diarrhée, de l'anorexie, des crampes abdominales, des nausées, des vomissements, un écoulement nasal, un larmoiement, de la transpiration, des frissons, la chair de poule, des spasmes musculaires, des douleurs osseuses et musculaires, et un bâillement. L'anxiété et l'insomnie sont très fréquentes et peuvent persister pendant des mois; la dépression émotionnelle peut durer des années146. Le rétablissement complet peut prendre six mois ou plus.

Le traitement de l'accoutumance à l'héroïne varie selon le sujet, mais c'est dans les cas où l'abus est reconnu tôt qu'il est le plus efficace. On prescrit généralement de la méthadone, un opiacé synthétique qui soulage les états de besoin, minimise les symptômes de sevrage et bloque les effets de l'héroïne (de sorte que les sujets qui continuent de prendre de l'héroïne ne ressentiront plus les effets et par conséquent, ne seront plus enclins à continuer d'en prendre). Les programmes d'administration de méthadone facilitent la rémission également; la méthadone ne présente pas de danger pour la santé, même en cas d'usage prolongé pendant plus de dix ans147. Dans le cadre d'un programme d'entretien à la méthadone, l'héroïnomane reçoit un approvisionnement stable et égal de méthadone qui n'est fournie et prise par voie orale qu'une fois par jour. Malgré le risque d'accoutumance à la méthadone, le sujet est capable de participer à d'autres aspects de la thérapie et est sevré progressivement de la drogue une fois qu'il est certain qu'il pourra vivre une vie plus normale.

À elle seule, la médication n'arrête pas l'accoutumance. D'autres modalités thérapeutiques comprennent les programmes de désintoxication qui visent à réduire au minimum la gravité des symptômes de sevrage et d'autres complications médicales. La désintoxication prend habituellement une semaine et peut avoir lieu dans une clinique spéciale ou à domicile avec l'aide d'un médecin et le soutien de la famille et des amis. Cependant, les programmes de désintoxication ne sont utiles que s'ils sont suivis d'un traitement de longue durée (p. ex. à la méthadone). Les meilleurs traitements sans prise de médicament semblent être les programmes thérapeutiques en résidence communautaire qui durent de trois à six mois147. Les interventions cognitives sont axées sur l'éducation et la formation du sujet afin de lui permettre de bâtir une nouvelle vie, socialement productive. Malheureusement, les rechutes sont fréquentes chez les anciens héroïnomanes.

Abus d'héroïne / Utilisation d'héroïne nocive pour la santé

CIM-9: 304.0, CIM-10 – Utilisation d'héroïne nocive pour la santé F11.1

L'héroïne est une drogue de la famille des opiacés qui crée une forte dépendance et a des effets psychotropes sur l'utilisateur. Les individus qui consomment de l'héroïne y deviennent physiquement et psychologiquement dépendants. Quand cette dépendance survient, l'activité principale dans la vie du toxicomane devient la recherche et l'utilisation de la drogue. Les personnes qui prennent de l'héroïne ont tendance à être lunatiques, anxieuses et présentent un risque de dépression. Dans le long terme, les personnes qui utilisent régulièrement de l'héroïne peuvent présenter des maladies infectieuses causées par les injections faites avec des aiguilles contaminées (p. ex. VIH/sida, hépatite B et C, tuberculose), des marques d'injection, des veines sclérosées, des changements immunologiques, de l'arthrite, des troubles pulmonaires, des abcès, une infection de la membrane qui tapisse le cœur (endocarde) et des valves cardiaques, des infections bactériennes, et des troubles neurologiques. La diminution de l'appétit entraîne généralement une malnutrition. Des problèmes de fonctionnement sexuel sont fréquents; les femmes ont un cycle menstruel irrégulier et leur fonction de procréation est perturbée; les hommes éprouvent souvent un dysfonctionnement érectile. Les personnes qui fument de l'héroïne souffrent souvent de pneumonie et d'autres affections pulmonaires. L'activité criminelle, la violence et la prostitution sont des phénomènes fréquents chez les héroïnomanes.

Classification (Abus d'héroïne / Utilisation d'héroïne nocive pour la santé)

Surdose d'héroïne

CIM-9: 965.01, E850.0

Une surdose d'héroïne peut entraîner un coma, voire même la mort, si le sujet ne reçoit pas de traitement médical immédiat. Toutefois, le présent état de santé fait référence à une personne qui a pris une surdose d'héroïne, mais qui n'est pas dans un état comateux. Des médicaments, tels que la Naloxone, doivent être administrés afin de combattre l'inconscience causée par la surdose d'héroïne148. Des moyens de contention sont mis en place avant d'administrer la Naloxone, parce qu'un toxicomane qui sort de l'inconscience est agité, délirant et combatif. Le sujet doit être observé pendant au moins 24 heures pour s'assurer qu'il ne présente pas d'autres dépressions respiratoires. La surdose d'héroïne est habituellement involontaire et représente un risque particulier de la vie dans la rue. Le décès par surdose n'est pas inhabituel.

Classification (Surdose d'héroïne)

Traitement de la dépendance à l'héroïne (sevrage aigu avec traitement)

CIM-9: 292.0, 94.66

Le sevrage de l'héroïne cause un grand inconfort physique, mais ne met pas la vie en danger. Son intensité culmine habituellement de 36 à 72 heure après la dernière prise d'héroïne, et il peut durer jusqu'à deux semaines. Certains symptômes de sevrage comprennent des bâillements excessifs, des poussées de frissons alternant avec des poussées de transpiration excessive, des bouffées de chaleur, des tremblements, une irritabilité accrue, de l'insomnie, de la dépression, des spasmes musculaires et de fortes démangeaisons. Des médicaments sur ordonnance peuvent être administrés pour soulager les symptômes de sevrage à court terme, ainsi que les états de besoin de long terme éprouvés par les toxicomanes. La thérapie est également un élément important du traitement, car elle aide le sujet à reconstruire sa vie après la toxicomanie. Le traitement initial a lieu en grande partie pendant que le sujet vit en résidence.

Classification (Traitement de la dépendance à l'héroïne - sevrage aigu avec traitement)

Rémission de l'héroïnomanie

CIM-9: 304.03

Les anciens héroïnomanes peuvent continuer à prendre des médicaments sur ordonnance pour les aider à soulager leurs besoins impérieux d'héroïne, comme la méthadone, qui peut être prise indéfiniment au besoin. Cependant, ils doivent également modifier considérablement leur mode de vie et leur comportement, comme éviter les gens et/ou les lieux associés à leur dépendance antérieure à la drogue, s'ils veulent éviter la rechute. La dépression, l'anxiété et l'insomnie peuvent persister après le syndrome de sevrage et peuvent durer de nombreuses années. Des symptômes physiques, ainsi qu'une altération de la concentration, de la mémoire et de la pensée peuvent également persister. Le désir impérieux d'opiacé persiste habituellement très longtemps; environ 20 % à 30 % des personnes ayant une dépendance aux opiacés arrivent à demeurer abstinentes dans le long terme7. Une personne qui retourne à l'héroïne après une période de rémission court un risque élevé de surdose mortelle, parce que sa tolérance a disparu.

Classification (Rémission de l'héroïnomanie)

Partie 3 - Utilisation nocive pour la santé de benzodiazépine

Les benzodiazépines sont des substances anxiolytiques prises en considération dans le chapitre sur les troubles liés aux sédatifs, hypnotiques ou anxiolytiques du DSM-IV. Les sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques forment une catégorie de substances qui comprend tous les médicaments somnifères et presque tous les médicaments anxiolytiques vendus sur ordonnance. En général, ces substances sont des dépresseurs du système nerveux central. À forte dose, elles peuvent être mortelles, spécialement si elles sont mélangées à de l'alcool7. Les sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques sont obtenus sur ordonnance ou sur le marché illicite.

Les benzodiazépines sont les substances utilisées le plus fréquemment dans la catégorie des sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques, et font partie des médicaments prescrits le plus systématiquement pour traiter l'anxiété chronique (p. ex., Valium, Xanax). Les personnes qui prennent ces médicaments cherchent à soulager l'anxiété et la tension, les effets souhaités étant une relaxation et une sensation de calme. Certaines personnes peuvent prendre des benzodiazépines pour « redescendre » après avoir pris de la cocaïne ou des amphétamines7. La consommation prolongée de benzodiazépines entraîne souvent une dépendance physique et l'arrêt soudain de la drogue peut mettre la vie en danger. Les personnes qui utilisent des benzodiazépines pendant plus d'un mois doivent être sevrées du médicament afin de réduire le nombre et la gravité des symptômes de sevrage.

Environ 10 % de Canadiens déclarent utiliser des benzodiazépines au moins une fois par an, et parmi ceux-ci, un sur dix continue de les utiliser pendant plus d'un an146. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'utiliser des benzodiazépines pour des raisons médicales146, ce qui leur fait courir un risque plus grand d'abus de ces substances.

Une personne qui présente une dépendance physiologique aux benzodiazépines possède des seuils très élevés de tolérance et de sevrage. Toutefois, un diagnostic de dépendance n'est posé que si le sujet manifeste également des signes d'autres problèmes, comme un comportement de recherche intense de drogue au point que des activités sont abandonnées ou réduites afin d'obtenir la drogue7. L'intoxication aux benzodiazépines paraît durant ou peu après la consommation de la drogue et ressemble fortement à l'intoxication à l'alcool, causant des changements cliniquement significatifs de comportement et d'état mental. Par exemple, le sujet peut avoir un comportement sexuel inapproprié et devenir agressif; souvent, on observe une altération du jugement et du fonctionnement social et professionnel. Au moins l'un des signes suivants se manifestent : difficulté d'élocution, manque de coordination; démarche ébrieuse; nystagmus (mouvements incontrôlés des yeux); altération de l'attention ou de la mémoire; et/ou stupeur ou coma7. Une intoxication intense et/ou répétée peut causer une dépression sévère, qui peut donner lieu à des tentatives de suicide ou à un suicide réussi.

Le sevrage des benzodiazépines survient après l'arrêt ou la réduction d'une consommation forte et prolongée de benzodiazépine7. Peu après (de quelques heures à quelques jours après la dernière prise), le sujet éprouve au moins deux des manifestations suivantes : hyperactivité neurovégétative (augmentation de la fréquence cardiaque, transpiration); tremblement des mains; insomnie; nausées ou vomissements; hallucinations ou illusions transitoires visuelles, tactiles ou auditives (souvent dans le contexte d'un delirium, particulièrement en cas de sevrage sévère); agitation psychomotrice; anxiété; et/ou crises convulsives de type grand mal7. Ces symptômes causent une altération cliniquement significative du fonctionnement social, professionnel et dans d'autres domaines. Enfin, ces symptômes ne peuvent pas être dus à une affection médicale générale et ne peuvent pas être mieux expliqués par un autre trouble mental. Certains sujets peuvent développer un delirium susceptible de mettre leur vie en danger. Des crises convulsives de type grand mal surviennent chez 20 % à 30 % des sujets subissant un sevrage sans traitement7. En général, le sevrage sera d'autant plus long et d'autant plus sévère que la consommation de benzodiazépines a été longue que les doses utilisées étaient fortes. Des symptômes moins intenses sont susceptibles de persister pendant plusieurs mois.

Les personnes présentant une accoutumance aux benzodiazépines doivent en être sevrées lentement, faute de quoi elles éprouvent des symptômes de sevrage extrêmes. Elles doivent être surveillées durant le sevrage par des spécialistes qui peuvent modifier sans danger la médication pour passer de médicaments à action brève à des médicaments à action prolongée, puis, réduire lentement la prise de ces médicaments à action prolongée sur une période pouvant durer des mois, voire même des années. Le sujet devrait également bénéficier de counselling et d'une thérapie de soutien.

Utilisation nocive pour la santé de benzodiazépine (légère à modérée)

CIM-9: 304.1, CIM-10 – Utilisation nocive pour la santé d'autres substances psychoactives F19.1

Le présent état de santé fait référence à une personne présentant une utilisation de benzodiazépines nocive pour la santé de degré léger à modéré; par exemple, une personne âgée à laquelle on a prescrit des benzodiazépines pour 30 jours, mais qui consomme tous les comprimés en 10 jours. En général, le sujet fonctionne bien, mais peut continuer de négocier avec le médecin traitant en vue d'augmenter la dose et la prescription. Plus cette situation dure longtemps, plus il est probable que la consommation abusive de benzodiazépines devienne grave7 et que le sujet manifeste les limitations fonctionnelles associées à l'état de santé décrit ci-dessous (Utilisation nocive pour la santé de benzodiazépines – grave).

Classification (Utilisation nocive pour la santé de benzodiazépine - légère à modérée)

Utilisation nocive pour la santé de benzodiazépine (grave)

CIM-9: 304.1, CIM-10 – Utilisation nocive pour la santé d'autres substances psychoactives F19.1

Les personnes qui abusent gravement des benzodiazépines continuent d'utiliser la drogue même quand elles n'en ont plus besoin et peuvent développer une dépendance physique ainsi que psychologique à cette drogue. Ces sujets utilisent les benzodiazépines pour atteindre un état euphorique et diminuer la conscience de soi. Les signes de l'intoxication ressemblent à un comportement ivre, avec une difficulté d'élocution et de la désorientation. Les sujets accoutumés aux benzodiazépines éprouvent aussi de l'anxiété et se comportent agressivement quand ils n'arrivent pas à obtenir une plus grande quantité de benzodiazépines et essayent souvent de manipuler le système de soins de santé afin de pouvoir continuer à recevoir leurs ordonnances. Les obligations professionnelles ou scolaires peuvent être négligées à cause de l'intoxication; les relations sociales peuvent être affectées à cause de querelles au sujet de l'utilisation de la substance. Les sujets peuvent s'adonner à des comportements dangereux (p. ex. conduite d'un véhicule après la consommation de la substance).

Classification (Utilisation nocive pour la santé de benzodiazépine - grave)

Surdose de benzodiazépine

CIM-9: 969.4, E853.2

Une personne qui fait une surdose de benzodiazépines finit par entrer dans un sommeil profond qui peut évoluer vers une stupeur ou un coma. Le présent état de santé fait référence à une personne dont l'état n'est pas comateux. Durant une surdose, la dépression cardiovasculaire et respiratoire est importante. Les premiers symptômes d'une surdose sont l'altération de la pensée, la désorientation, des difficultés d'élocution, une faiblesse musculaire, et un manque de coordination motrice. On peut également observer des psychoses toxiques, y compris des hallucinations et des idées délirantes paranoïdes. En grande partie absente durant une surdose, l'anxiété augmente dans les jours qui suivent. Le traitement d'une surdose de benzodiazépines comprend le lavage gastrique (aspiration gastrique), éventuellement une intubation (en cas d'arrêt respiratoire) et éventuellement une aspiration (si le contenu de l'estomac est vomi dans les poumons), ainsi qu'une hospitalisation prolongée. La surdose de benzodiazépines peut être accidentelle ou délibérée, mais rare sans la prise d'alcool ou d'une autre drogue7.

Classification (Surdose de benzodiazépine)

Traitement de l'utilisation de benzodiazépine (légère à modérée)

CIM-9: 292.0, 94.66

Le traitement d'une personne qui utilise des benzodiazépines pendant une période brève est habituellement prodigué en consultations externes. Un traitement léger à modéré, surveillé par le médecin de famille, est souvent suffisant; l'hospitalisation est rarement nécessaire. L'offre de counselling et de soutien est fortement recommandée7.

Classification (Traitement de l'utilisation de benzodiazépine - légère à modérée)

Traitement de l'utilisation de benzodiazépine (grave – sevrage aigu avec traitement)

CIM-9: 292.0, 94.66

Le sevrage après une consommation grave de benzodiazépines doit être pris en charge par un médecin parce qu'il peut mettre la vie en danger. Généralement, on administre au sujet qui fait un sevrage un autre médicament à action prolongée, puis on procède au sevrage lent de ce médicament pendant que le sujet reçoit un counselling et un soutien. Pendant le sevrage des benzodiazépines, les sujets sont anxieux, irritables et éprouvent de l'insomnie, des hallucinations et de la panique. L'hospitalisation prolongée est souvent nécessaire pour achever le sevrage et la guérison7.

Classification (Traitement de l'utilisation de benzodiazépine - grave – sevrage aigu avec traitement)

Rémission de l'utilisation de benzodiazépine

CIM-9: 304.13

Une personne dont l'utilisation nocive pour la santé de benzodiazépine est en rémission doit trouver des moyens de se relaxer et de réduire elle-même son anxiété, comme la méditation ou l'exercice. Elle doit aussi éviter les situations et les gens qui pourraient la conduire à recommencer à abuser du médicament7.

Classification (Rémission de l'utilisation de benzodiazépine)

Partie 4 - Utilisation nocive pour la santé du cannabis

Le cannabis est la drogue illicite dont l'usage est le plus fréquent149 Il se présente sous trois forme, chacune dérivée d'une plante appelée chanvre, ou Cannabis sativa. L'une de ces formes est la marijuana qui comprend les feuilles et les tiges coupées et séchées de la plante; les deuxième et troisième formes, le haschich et l'huile de haschich (un distillat concentré de haschich), proviennent de la résine qui sourd des feuilles de la plante, séchée. La marijuana et le haschich sont habituellement fumés, mais ils peuvent être pris par voie orale, mélangés à du thé ou à des aliments. Le cannabinoïde responsable des effets psychoactifs du cannabis (le « high ») est le delta-9-tétrahydrocannabinol (aussi appelé THC). La quantité de THC varie, mais l'huile de haschich est le produit qui en contient habituellement le plus, et qui a donc les effets psychoactifs les plus prononcés. Viennent ensuite le haschich, puis la marijuana.

Le cannabis est relativement bon marché et rarement difficile à obtenir. Les utilisateurs de cannabis proviennent de tous les groupes d'âge et de tous les niveaux d'études et de revenus. La prévalence des troubles liés à l'utilisation de cannabis la plus élevée s'observe chez les personnes de 18 à 30 ans, et elle est plus forte chez les hommes que chez les femmes7. Selon une étude menée auprès des jeunes Canadiens, le taux de prévalence sur la vie de l'utilisation de marijuana était de 40 %150. Dans l'ensemble, la prévalence de l'utilisation semble diminuer quand l'âge augmente151.

L'utilisation fréquente de cannabis débute à l'adolescence ou au début de l'âge adulte. Souvent, une personne commence à utiliser du cannabis parce qu'elle est curieuse ou qu'elle veut conformer sa conduite à celle de ses amis; les difficultés scolaires ou l'ennui peuvent contribuer à la décision. Les facteurs de risque comprennent l'utilisation de drogue par les pairs, l'alcoolisme ou l'usage de drogue des parents, une faible surveillance parentale, un comportement criminel et la délinquance144. L'usage chronique de cannabis peut entraîner une dépendance mentale et physique. En outre, l'usage répété produit une tolérance; par conséquent les personnes qui fument régulièrement de fortes doses de cannabis doivent augmenter leur dose quotidienne pour obtenir les effets désirés (ou ils doivent s'abstenir de l'utiliser pendant plusieurs jours afin de rétablir leur sensibilité originale). Les sujets présentant une dépendance au cannabis peuvent passer plusieurs heures par jour à se procurer et à utiliser la substance, et ce pendant des mois ou des années, bien qu'ils en connaissent les conséquences physiques ou psychologiques. Les personnes qui prennent du cannabis pour soulager le stress courent un risque élevé de dépendance psychologique146.

Dans le DSM IV, l'intoxication au cannabis est définie comme la présence de changements comportementaux ou psychologiques inadaptés qui surviennent durant ou peu après l'utilisation du cannabis et qui sont accompagnés par au moins deux des manifestations suivantes : conjonctives injectées (yeux rouges), augmentation de l'appétit, bouche sèche et tachycardie7. Si le cannabis est fumé, l'intoxication a lieu en quelques minutes et dure habituellement de deux à quatre heures, selon la dose; si le cannabis est pris par voie orale, l'intoxication se développe plus lentement, mais dure plus longtemps que quand il est fumé. Certains utilisateurs se sentent heureux et bavards pendant qu'ils sont intoxiqués; d'autres deviennent calmes et renfermés. Les effets immédiats de l'intoxication sont les suivants : sédation, dilatation des pupilles, toux, élévation de l'humeur, euphorie, volubilité, bronchodilatation, altération de la perception du temps et allongement du temps de réaction. La léthargie, l'altération psychomotrice et perceptuelle, la paranoïa, l'altération du jugement et de la coordination motrice sont d'autres effets. En général, plus la dose est forte plus les effets sont prolongés, mais la durée peut aussi dépendre des caractéristiques de l'utilisateur (c. à d. vitesse d'absorption, tolérance). La mémoire à court terme, la concentration et la pensée abstraite s'améliorent généralement après quelques semaines d'abstinence, mais des déficiences peuvent persister pendant plusieurs années.

Des études ont montré que l'usage prolongé du cannabis réduit la numération des spermatozoïdes chez l'homme et pose des problèmes de fécondité chez la femme141, et qu'il affaiblit le système immunitaire. Les gros utilisateurs chroniques semblent avoir moins de motivation et d'ambition que les autres. Les déficiences cognitives, particulièrement celles de l'attention et de la mémoire, peuvent persister même après une abstinence prolongée. Des problèmes d'adaptation, une réduction des compétences en communication et des compétences sociales, ainsi qu'une incapacité à se concentrer ne sont pas inhabituels en cas d'usage chronique. Des maladies respiratoires peuvent se manifester car la façon privilégiée d'utiliser la substance consiste à la fumer, ce qui peut léser les poumons et causer une toux persistante, une respiration sifflante, de l'asthme, de l'emphysème, l'augmentation de la production de flegme et des infections pulmonaires. Ces symptômes et effets s'ajoutent à ceux du tabagisme, de sorte que les personnes qui fument du cannabis et du tabac courent un risque accru de cancer du poumon, de la nuque et de la tête à un âge plus jeune; la fumée de marijuana contient même une plus grande quantité de carcinogènes connus que la fumée du tabac7. Les femmes qui utilisent du cannabis durant la grossesse sont plus susceptibles de donner naissance à un bébé prématuré ou de faible poids.

Aucun syndrome de sevrage particulier n'est défi dans le DSM IV, mais chez les personnes qui utilisent chroniquement de fortes doses de cannabis, l'arrêt soudain peut causer des symptômes de sevrage, tels que de l'anxiété, de l'irritabilité, de l'insomnie, une perte d'appétit et de poids, de la dysphorie, des nausées et des sueurs. Ces symptômes disparaissent généralement en moins d'une semaine, mais certaines perturbations (p. ex. sommeil) peuvent durer des années. Le traitement comprend rarement l'admission dans un centre de désintoxication ou la surveillance d'un professionnel de la santé. Il est recommandé que la personne reçoive un soutien, un réconfort de la famille et des amis, et qu'elle modifie son mode de vie, notamment pour éviter les personnes, les lieux et les choses associés à l'usage du cannabis. Chez les adolescents, sans intervention précoce, les jalons du développement peuvent être perturbés ou retardés.

Utilisation nocive pour la santé de cannabis

ICD-9: 304.3 ICD-10 – Harmful cannabis use F12.1

Cannabis est le terme général utilisé pour décrire la marijuana, le haschich et l'huile de haschich. L'état de santé décrit à la présente section fait référence à une personne qui utilise du cannabis quotidiennement. Les personnes dans cette situation présentent une altération du fonctionnement moteur, une altération du jugement et des difficultés associées aux processus mentaux complexes, y compris des déficits de la mémoire à court terme et une diminution de l'attention et de la concentration, qui peuvent perturber le fonctionnement professionnel ou scolaire. L'intoxication s'accompagne généralement de somnolence et de sédation; les sujets manifestent souvent une léthargie globale et un manque de motivation et d'intérêt pour la vie. La perception de la profondeur, ainsi que l'altération de la coordination motrice, y compris le ralentissement des réactions, rendent dangereuses la conduite d'un véhicule et d'autres activités spécialisées. La fatigue et l'anxiété sont fréquentes une fois que les effets de l'intoxication se sont dissipés. En particulier, les adolescents qui abusent fréquemment du cannabis ont tendance à couper la communication avec leur famille, connaissent des changements d'humeur, voient baisser leur rendement scolaire, et nient leur utilisation malgré les signes manifestes d'intoxication ou les preuves sous forme d'attirail pour la consommation de drogue; ils courent aussi un plus grand risque d'abandonner l'école. L'usage prolongé de la drogue peut causer des lésions pulmonaires; on note généralement une amélioration de la mémoire de court terme et de la concentration après quelques semaines d'abstinence7.

Classification (Utilisation nocive pour la santé de cannabis)

Traitement de l'utilisation du cannabis (sevrage aigu avec traitement)

CIM-9: 292.0, 94.66

Une personne faisant un sevrage aigu du cannabis ne cherche généralement pas à se faire soigner. Le plus souvent, des amis et des membres de la famille de la personne interviennent de façon concertée. Ils fournissent alors à la personne un soutien et un réconfort à mesure que celle-ci se sèvre de la drogue et modifie son mode de vie. Dans d'autres cas, la personne toxicomane, dont l'usage est chronique, choisit de s'autosurveiller et de réduire sa consommation sur une certaine période. Les symptômes de sevrage ne mettent pas la vie en danger; en fait, l'importance clinique des symptômes de sevrage du cannabis n'est pas claire7. Ces symptômes comprennent de l'insomnie, des nausées, de l'irritabilité, de l'anxiété et une perte d'appétit et, parfois, de la dépression.

Classification (Traitement de l'utilisation du cannabis - sevrage aigu avec traitement)

Rémission de l'utilisation du cannabis

CIM-9: 304.33

Une fois qu'une personne cesse d'utiliser du cannabis, il est important qu'elle modifie son mode de vie afin de ne plus avoir de contact avec les personnes, les lieux et les choses qui pourraient l'inciter à recommencer à en prendre. Des problèmes d'insomnie de longue durée se manifestent souvent chez les personnes qui ont eu une dépendance au cannabis7. Les symptômes résiduels de dépression et de perte de mémoire peuvent persister pendant une période indéterminée.

Classification (Rémission de l'utilisation du cannabis)

Partie 5 - Utilisation nocive pour la santé de stimulants

La présente section décrit l'utilisation nocive pour la santé de stimulants, qui comprennent les amphétamines ainsi que la cocaïne. Les amphétamines sont des substances que l'on peut obtenir sur ordonnance pour traiter l'obésité (de nombreuses amphétamines servent de coupe-faim), le trouble de déficit de l'attention/hyperactivité et (ou) la narcolepsie7, et sont généralement prises par voie orale ou intraveineuse; la méthamphétamine est prise par voie nasale (« sniffée »). La cocaïne est une poudre blanche extraite de la plante de coca qui est habituellement prise par voie nasale, mais qui peut être fumée ou injectée. La cocaïne ne peut être obtenue presque exclusivement que sur le marché illicite. Aussi bien les amphétamines que la cocaïne sont des stimulants puissants du système nerveux central et elles ont des effets comportementaux et psychoactifs similaires – leur consommation produit habituellement un sentiment instantané d'euphorie et de confiance en soi. Les effets psychoactifs des amphétamines durent plus longtemps que ceux de la cocaïne7 et le nombre de prise d'amphétamines par jour est donc plus faible. La possession, le trafic et la polyprescription (doctor/prescription shopping) de stimulants sont illégaux et peuvent entraîner la constitution d'un casier judiciaire. L'utilisation de stimulants peut être mise en évidence dans l'urine pendant 1 à 3 jours après la dernière prise, mais jusqu'à 7 à 12 jours chez les utilisateurs prenant de fortes doses répétées7.

L'utilisation de stimulants se rencontre chez toutes les races et dans tous les groupes socioéconomiques, mais est la plus fréquente chez les 18 à 30 ans7, et affecte plus souvent les hommes que les femmes. La plupart des personnes qui utilisent des stimulants le font épisodiquement, dans leurs loisirs. Souvent, elles commencent à utiliser des stimulants pour contrôler leur poids, accroître leur niveau d'énergie, ou les découvrent sur les marchés illicites. L'évolution consiste habituellement en un usage chronique ou épisodique (épisodes de forte utilisation alternant avec de brèves périodes d'abstinence; c'est-à-dire forte utilisation durant les fins de semaine, mais moindre durant la semaine). Dans certains cas, la période de forte utilisation se termine seulement quand la réserve de drogue est épuisée. L'usage répété entraîne une tolérance; par conséquent, au fil du temps, les utilisateurs augmentent souvent leur prise quotidienne. En 1996 aux États-Unis, environ 5 % d'adultes ont déclaré prendre des stimulants pour leur effet euphorique7; environ 10 % de la population avaient déjà pris de la cocaïne7. Selon les estimations, de 5 % à 10 % seulement des personnes qui essayent la cocaïne finissent par l'utiliser de façon plus intensive146.

La caractéristique essentielle de l'intoxication par des stimulants consiste en des changements comportementaux ou psychologiques significatifs se manifestant durant ou peu après l'utilisation7. Ces changements peuvent inclure les manifestations suivantes : euphorie, hypervigilance, anxiété, colère ou tension, sensibilité interpersonnelle, altération du jugement, et/ou altération du fonctionnement social ou professionnel. La gravité de ces symptômes dépend de la dose et des caractéristiques de la personne (c.-à-d. seuil de tolérance, durée de l'utilisation). En outre, au moins deux des manifestations qui suivent sont présentes : 1) tachycardie ou bradycardie; 2) dilatation des pupilles; 3) hyper ou hypotension; 4) transpiration ou frissons; 5) nausées ou vomissements; 6) signes de perte de poids; 7) agitation ou retard psychomoteur; 8) faiblesse musculaire, dépression respiratoire, douleur thoracique ou arythmie cardiaque; 9) confusion, crises de convulsion, dyskinésie, dystonie ou coma7. Une intoxication grave par un stimulant peut donner lieu à une surdose, qui à son tour peut entraîner la mort.

L'intoxication dure habituellement moins d'une heure, de sorte qu'une consommation fréquente est nécessaire pour maintenir l'état d'euphorie. La dépendance aux stimulants peut apparaître après l'utilisation de la substance pendant une très courte période seulement7. Les personnes dépendantes manifestent habituellement un comportement agressif ou violent, particulièrement si elles prennent de fortes doses, auquel cas elles peuvent devenir dangereuses. L'anxiété est intense; des épisodes psychotiques sont possibles et ressemblent à des épisodes observés dans la schizophrénie paranoïde141. La plupart des personnes dépendantes aux stimulants ignorent les conséquences des comportements négatifs. Des difficultés juridiques sont probables en raison de la possession de la substance ou de son obtention sur les marchés illicites. Une grande quantité d'argent peut être dépensée rapidement en de courtes périodes, ce qui risque de causer des catastrophes financières. Le vol, la prostitution et/ou le trafic de drogue sont des activités qui peuvent être entreprises afin d'acheter ou d'échanger plus de drogue. Souvent, les utilisateurs doivent interrompre leur consommation pendant des jours afin d'obtenir les fonds nécessaires pour acheter plus de drogue. Ils peuvent en arriver à négliger leurs responsabilités professionnelles ou familiales parce que, pour eux, les drogues sont plus importantes.

Les personnes qui utilisent des stimulants pendant une longue période ont souvent une hygiène personnelle qui laisse à désirer et des signes de malnutrition. Les saignements de nez sont fréquents chez les personnes qui prennent la drogue par voie nasale, et de la sinusite et/ou des lésions de la cloison nasale peuvent se développer. Les personnes qui fument des stimulants courent un risque accru de problèmes respiratoires. La dépendance à long terme peut entraîner un dysfonctionnement sexuel, l'isolement social et un comportement erratique. Des crises cardiaques, des palpitations et des arythmies, des accidents vasculaires cérébraux et des décès subis ont été associés à l'utilisation de cocaïne chez des personnes en bonne santé7.

Les utilisateurs de stimulants prennent souvent d'autres dépresseurs du système nerveux central (c.-à-d. alcool, cannabis) durant le sevrage pour essayer de réduire leur irritabilité et d'induire le sommeil. Le sevrage aux stimulants (« crash ») se développe de quelques heures à plusieurs jours après l'arrêt (ou la réduction) de la consommation massive et prolongée de stimulants7. La personne présente une humeur dysphorique et au moins deux des changements physiologiques suivants : fatigue; rêves intenses et déplaisants; insomnie ou hypersomnie; augmentation de l'appétit; agitation ou ralentissement psychomoteur. Ces symptômes causent une altération significative du fonctionnement social ou professionnel. Souvent, une personne en sevrage éprouve des symptômes transitoires, mais intenses, de dépression; la dépression avec idées/comportements suicidaires peut être observée. La personne requiert habituellement plusieurs jours de repos pour récupérer.

Le traitement de l'utilisation nocive pour la santé de stimulants débute généralement quand la personne admet qu'elle a un problème. Des médicaments peuvent être prescrits pour contrôler les effets du sevrage; la provocation de vomissements (ou un lavage gastrique) peut être nécessaire. Des mesures de prévention contre le suicide sont parfois nécessaires en plus d'une surveillance étroite et du traitement de la dépression. Une hospitalisation pour le traitement peut être requise, mais les groupes de soutien et les groupes d'entraide (p. ex. Narcotiques anonymes) suffisent souvent. La thérapie cognitivo-comportementale peut aider la personne à modifier ses attitudes et ses comportements à l'égard de l'utilisation de stimulants; les programmes de convalescence facilitent l'apprentissage des compétences d'adaptation. Un réconfort, du counselling et des soins de soutien doivent continuer d'être prodigués après l'achèvement du traitement.

Utilisation nocive pour la santé de stimulants

CIM-9: 304.4, CIM-10 – Utilisation nocive pour la santé de cocaïne F14.1/Utilisation nocive pour la santé d'autres stimulants F15.1

Les stimulants du système nerveux central comprennent la cocaïne et les amphétamines. Malgré les différences chimiques entre ces substances, celles-ci ont des effets sur le comportement remarquablement similaires et créent toutes une forte dépendance. Les stimulants procurent un sentiment initial d'euphorie (« high ») et de bien-être, suivi peu après d'une agitation qui peut entraîner un comportement violent. Les personnes qui prennent des stimulants éprouvent des symptômes d'anxiété, d'irritabilité, de malaise physique, d'insomnie et de confusion. Elles doivent aussi faire face à des altérations de leurs relations personnelles et professionnelles, ainsi qu'à des problèmes financiers et juridiques. La perte de poids et la malnutrition sont typiques, et sont le résultat d'une diminution de l'appétit durant l'intoxication. L'usage prolongé de stimulants peut également mener à une psychose paranoïde, comprenant des hallucinations, des idées délirantes et un sentiment de panique7.

Classification (Utilisation nocive pour la santé de stimulants)

Surdose de stimulants

CIM-9: E854.2

Une surdose de stimulants cause des tremblements, des convulsions et un delirium, et peut éventuellement aboutir à un état comateux. Les arythmies et/ou l'insuffisance cardiovasculaire peuvent entraîner la mort. Les personnes qui font une surdose éprouvent une anxiété extrême, qui peut durer pendant des jours. Le traitement d'une surdose comprend l'administration de liquide par voie intraveineuse, des médicaments pour combattre les symptômes de sevrage, une surveillance étroite et éventuellement une intubation; un lavage gastrique est parfois nécessaire également7.

Classification (Surdose de stimulants)

Traitement de l'utilisation des stimulants (sevrage aigu avec traitement)

CIM-9: 292.0, 94.66

Les limites fonctionnelles associées au sevrage de stimulants comprennent une fatigue écrasante, de la somnolence et de la dépression. L'attention et la concentration sont déficientes et la personne éprouve une faim intense, qui finit par causer un gain de poids. Elle peut aussi devenir paranoïaque ou souffrir de manifestations physiques, telles que des frissons, des nausées ou des vomissements. Les personnes qui se servent de stimulants doivent faire l'objet d'une surveillance étroite en ce qui concerne la dépression, parce qu'elles courent un grand risque de suicide. Après le sevrage, la personne peut, au départ, avoir besoin d'un traitement à l'hôpital, suivi par un soutien et un réconfort continus7.

Classification (Traitement de l'utilisation des stimulants - sevrage aigu avec traitement)

Rémission de l'utilisation de stimulants

CIM-9: 304.43

Chez une personne en rémission après une dépendance aux stimulants, l'autosurveillance, ainsi qu'un bon réseau de soutien sont les clés de l'abstinence. Les rencontres avec des groupes d'entraide sont également importantes, de même que l'intégration dans leur mode de vie de nouvelles compétences d'adaptation et de stratégies de gestion de la vie. Le désir de consommer de la drogue peut persister des années; par conséquent, la personne doit éviter les personnes et/ou les lieux qu'elle côtoyait pendant qu'elle prenait la drogue7. Des symptômes physiques résiduels peuvent persister.

Classification (Rémission de l'utilisation de stimulants)

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