Rapports sur la santé
La santé mentale et l’accès au soutien chez les jeunes 2ELGBTQ+

par Mila Kingsbury et Leanne Findlay

Date de diffusion : le 20 novembre 2024

DOI: https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202401100002-fra

Résumé

Contexte

Comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels, les jeunes aux deux esprits (bispirituels), lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres et queers ainsi que ceux qui emploient d’autres termes relatifs à la diversité sexuelle ou de genre (2ELGBTQ+) courent un risque plus élevé d’avoir des problèmes de santé mentale et des tendances suicidaires. Cette disparité peut s’expliquer par les expériences sociales des jeunes 2ELGBTQ+, notamment les conséquences du stress minoritaire, l’accès au soutien social et les expériences d’interactions sociales négatives.

Données et méthodes

Les participants étaient 2 047 jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ont répondu à l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins de 2022. La population 2ELGBTQ+ a été établie à partir des déclarations des jeunes concernant leur genre, leur sexe à la naissance et leur orientation sexuelle. Deux dimensions des expériences sociales ont été évaluées à l’aide de l’Échelle de provisions sociales et de l’Échelle d’interactions sociales négatives. Les symptômes de troubles de santé mentale et de troubles liés à la consommation de substances ont été évalués au moyen d’une interview diagnostique assistée par ordinateur à l’aide d’une version modifiée de la Composite International Diagnostic Interview (CIDI) de l’Organisation mondiale de la Santé. Le recours aux services de soutien formels et informels en matière de santé mentale a été autodéclaré par les jeunes.

Résultats

Les résultats ont indiqué des différences significatives entre les groupes quant à la proportion de jeunes satisfaisant aux critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la CIDI, à un épisode dépressif majeur, à un trouble d’anxiété généralisée et à des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Par exemple, 56 % (intervalle de confiance [IC] de 95 % : 49 à 63) des jeunes 2ELGBTQ+ satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la CIDI, comparativement à 29 % (IC à 95 % : 26 à 32) des jeunes cisgenres hétérosexuels. Les modèles de régression logistique indiquent qu’après correction pour tenir compte des covariables démographiques, les jeunes 2ELGBTQ+ couraient un risque plus élevé d’avoir ces problèmes de santé mentale comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Ces différences sont demeurées apparentes après correction pour tenir compte du soutien social et des interactions sociales négatives. Parmi ceux qui satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble, les jeunes 2ELGBTQ+ étaient plus susceptibles de déclarer avoir reçu un soutien formel et informel en santé mentale.

Interprétation

Les jeunes 2ELGBTQ+ courent un risque plus élevé de présenter plusieurs indicateurs de mauvaise santé mentale par rapport à leurs pairs cisgenres hétérosexuels, des différences qui ne s’expliquent pas entièrement par leur accès au soutien social et les interactions sociales négatives. Certaines des différences restantes pourraient s’expliquer par les conséquences des aspects non mesurés du stress minoritaire sur les jeunes 2ELGBTQ+.

Mots-clés

Santé mentale, adolescents, jeunes adultes, diversité sexuelle et de genre

Auteurs

Mila Kingsbury et Leanne Findlay travaillent à la Division de l’analyse de la santé de Statistique Canada.

 

Ce que l’on sait déjà sur le sujet

  • Comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels, les jeunes 2ELGBTQ+ courent un risque plus élevé d’avoir des problèmes de santé mentale et des tendances suicidaires.
  • Les expériences sociales vécues par les jeunes 2ELGBTQ+ peuvent contribuer à cette disparité.

Ce qu’apporte l’étude

  • Les disparités en matière de santé mentale entre les jeunes 2ELGBTQ+ et leurs pairs cisgenres hétérosexuels sont demeurées importantes après correction pour tenir compte du soutien social et des interactions sociales négatives.
  • Les jeunes 2ELGBTQ+ qui satisfont aux critères relatifs aux troubles mentaux compris dans cette étude sont plus susceptibles de demander un soutien formel en santé mentale.

Introduction

L’adolescence et le début de l’âge adulte représentent des périodes particulièrement critiques pour l’apparition de symptômes de santé mentale, puisque de nombreuses maladies mentales se développent d’abord avant l’âge de 24 ansNote 1, Note 2. Les jeunes aux deux esprits (bispirituels), lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres et queers ainsi que ceux qui emploient d’autres termes relatifs à la diversité sexuelle ou de genre (2ELGBTQ+ [voir la note 1 en annexe]) présentent un risque particulier d’être atteint de problèmes de santé mentale, y compris les troubles anxieux et de l’humeur, les troubles liés à la consommation de substances, l’automutilation et les tendances suicidairesNote 3, Note 4, Note 5.

L’un des facteurs potentiels des inégalités en matière de santé mentale vécues par les jeunes 2ELGBTQ+ est le stress minoritaireNote 6. Le stress minoritaire désigne les  préjugés et le stress social auxquels sont exposés les groupes historiquement stigmatisés, qui peuvent avoir une incidence importante sur la santé physique et mentaleNote 7, Note 8. Bien que les attitudes sociétales à l’égard des personnes de diverses identités sexuelles (et, dans une moindre mesure, des personnes de diverses identités de genre) aient changé rapidement au cours des cinq dernières décenniesNote 9, les jeunes 2ELGBTQ+ font encore face à une discrimination importante, à la stigmatisation, à la violence, à l’exclusion par les pairs et au rejet de la familleNote 10. Les données continuent également de montrer des iniquités en matière de santé mentale et de consommation de substances entre les jeunes 2ELGBTQ+ et leurs homologues cisgenres hétérosexuelsNote 4, Note 5, Note 11.

Conformément à la théorie du stress minoritaire, le contexte social auquel les jeunes 2ELGBTQ+ font face a été déterminé comme un facteur important ayant une incidence sur la santé mentale. Comparativement à leurs homologues non 2ELGBTQ+, les jeunes 2ELGBTQ+ ont plus souvent des interactions négatives avec leurs pairs, les membres de leur famille et l’environnement social en général, ce qui peut nuire à leur santé mentaleNote 12. En revanche, le soutien social des familles et des pairs a été défini comme un facteur de protection potentiel de la santé mentale des jeunes 2ELGBTQ+Note 13. En plus des difficultés liées à ces sources informelles de soutien social, les jeunes 2ELGBTQ+ peuvent également rencontrer des obstacles pour accéder à un soutien formel en santé mentale (p. ex. des médecins, des psychologues et d’autres professionnels de la santé), notamment la peur de la discrimination, des interactions négatives antérieures avec des professionnels de la santé et des services de soutien en santé qui ne sont pas adaptés aux besoins particuliers de cette populationNote 14. La recherche portant sur les expériences sociales négatives et positives des jeunes 2ELGBTQ+ pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes par lesquels ces facteurs peuvent influer sur la santé mentale. Un examen récent a révélé que, bien que plusieurs études transversales aient permis d’examiner le rôle du soutien social pour les jeunes 2ELGBTQ+, celles-ci ont été limitées par de petits échantillons non représentatifsNote 13. De plus, comparativement aux jeunes lesbiennes, gais et bisexuels, les jeunes transgenres et non binaires demeurent peu étudiés.

La présente étude vise à 1) décrire la santé mentale et l’utilisation des services des jeunes 2ELGBTQ+ par rapport à celles de leurs pairs cisgenres hétérosexuels et 2) examiner le rôle du soutien social et des interactions sociales négatives des jeunes dans l’explication des iniquités en santé mentale entre les jeunes 2ELGBTQ+ et leurs pairs.

Méthodes

Sources des données

Les données proviennent de l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins (ESMAS) de 2022, une enquête sur la santé mentale des Canadiens de 15 ans et plus vivant dans les 10 provinces. Sont exclus du champ de l’enquête les personnes vivant dans les réserves ou les établissements des Premières Nations, les membres à temps plein des Forces canadiennes et les personnes vivant dans des logements collectifs, comme les résidences institutionnellesNote 15. La base de sondage était le questionnaire détaillé du recensement, et la population cible a été stratifiée par groupe d’âge (15 à 24 ans, 25 à 44 ans, 45 à 64 ans et 65 ans et plus), par sexe (homme ou femme) (voir la note 2 en annexe), et par groupe de population, avec un suréchantillonnage pour quatre groupes désignés comme minorités visibles par la Loi sur l’équité en matière d’emploi (les Sud-Asiatiques, les Noirs, les Chinois et les Philippins)Note 16. La présente étude repose sur les données de N = 2 047 jeunes âgés de 15 à 24 ans. Le taux de réponse pour ce groupe d’âge s’est établi à 19,5 %.

Mesures

Statut 2ELGBTQ+ :Trois variables ont été utilisées pour déterminer la population 2ELGTBQ+ : le sexe à la naissance, le genre et l’orientation sexuelle. Les répondants ont déclaré eux-mêmes leur sexe à la naissance (« masculin » ou « féminin ») et leur genre (« masculin », « féminin » ou « veuillez préciser »). Les jeunes dont le genre déclaré ne correspondait pas à leur sexe déclaré à la naissance étaient considérés comme transgenres ou non binairesNote 17. Les jeunes ont en outre déclaré leur orientation sexuelle (catégories « hétérosexuel », « lesbienne ou gai », « bisexuel » ou « veuillez préciser »). À des fins d’analyse, une variable binaire a été créée pour regrouper les personnes transgenres, non binaires, lesbiennes, gaies, bisexuelles ou d’une autre orientation sexuelle que les personnes hétérosexuelles dans l’ensemble 2ELGBTQ+ afin de comparer les jeunes 2ELGBTQ+ avec leurs pairs cisgenres hétérosexuels.

Santé mentale et consommation de substances : Les symptômes de dépression, d’anxiété généralisée, de manie, de phobie sociale et de consommation d’alcool et de substances chez les participants au cours de la dernière année ont été évalués à l’aide d’une version modifiée de la Composite International Diagnostic Interview (CIDI) de l’Organisation mondiale de la Santé, adaptée à une interview assistée par ordinateur. La question « Au cours des 12 derniers mois, avez-vous pensé sérieusement à vous suicider? » a été ajoutée à l’évaluation des idées suicidaires au cours de la dernière année. La présente étude comportait cinq résultats principaux : satisfaire aux critères relatifs à n’importe quel trouble de santé mentale ou trouble lié à la consommation de substances évalué au cours des 12 derniers mois (ce qui comprend un épisode dépressif majeur, la manie, le trouble bipolaire I, le trouble bipolaire II, le trouble d’anxiété généralisée, l’abus d’alcool ou la dépendance à l’alcool, l’abus de cannabis ou la dépendance au cannabis, l’abus d’autres drogues ou la dépendance à d’autres drogues, et la phobie sociale), satisfaire aux critères relatifs à un épisode dépressif majeur au cours des 12 derniers mois, satisfaire aux critères relatifs à un trouble anxieux généralisé au cours des 12 derniers mois, satisfaire aux critères relatifs à un trouble lié à la consommation de substances (y compris l’abus d’alcool ou la dépendance à l’alcool et l’abus de cannabis ou la dépendance au cannabis) au cours des 12 derniers mois et avoir eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois.

Expériences sociales :Les niveaux de soutien social perçus par les participants ont été évalués à l’aide de l’Échelle de provisions sociales (10 éléments, p. ex. « Je ressens un lien affectif fort avec au moins une autre personne »)Note 18. Les notes attribuées aux questions ont été additionnées pour obtenir une note totale Pscale, allant de 0 à 30 : les notes plus élevées représentaient des niveaux plus élevés de provisions sociales. Les jeunes ont également rempli l’Échelle d’interactions sociales négatives (5 éléments, p. ex. « Au cours du dernier mois, combien de fois avez-vous eu l’impression que les autres vous critiquaient, vous ou les choses que vous faisiez? »)Note 19. Les notes attribuées aux questions ont été additionnées pour obtenir une note totale, allant de 0 à 12, les notes plus élevées indiquant des interactions sociales négatives plus fréquentes.

Soutien en santé mentale : Les jeunes devaient indiquer s’ils avaient parlé à l’une ou l’autre des personnes suivantes de leurs problèmes émotionnels, de santé mentale ou de consommation de substances : un psychiatre; un médecin de famille ou un omnipraticien; un psychologue; un infirmier; un travailleur social, un conseiller ou psychothérapeute; un membre de la famille; un ami; un collègue, un superviseur ou un patron. Pour la présente étude, le soutien formel en santé mentale consistait à parler à un psychiatre, à un médecin de famille ou à un omnipraticien, à un psychologue, à un infirmier, à un travailleur social, à un conseiller ou à un psychothérapeute. Parler à des membres de la famille, des amis ou des collègues était considéré comme une forme de soutien informel en santé mentale.

Covariables :Le genre des répondants (voir la note 3 en annexe), le groupe d’âge (15 à 19 ans ou 20 à 24 ans) et le statut d’immigrant (né à l’extérieur du Canada ou né au Canada) étaient considérés comme des covariables. Les répondants ont déclaré leurs antécédents raciaux ou culturels (le groupe de population a été codé comme suit : Sud-Asiatiques, Chinois, Noirs, Philippins et autres groupes racisés ou groupes racisés multiples) (voir la note 1 en annexe) et leur identité autochtone (Premières Nations, Métis, Inuit ou non-Autochtones). En raison de la petite taille de l’échantillon, les catégories autochtones ont été combinées en une population autochtone agrégée. Pour les analyses, le groupe de population a été codé comme suit : Autochtones, non-Autochtones non racisés et personnes racisées. Enfin, la région de résidence, selon le code postal, a été classée comme suit : région rurale (population de moins de 1 000 habitants), petit ou moyen centre de population (population de 1 000 à 99 999 habitants) ou grand centre de population (population de 100 000 habitants ou plus).

Analyse

Des tableaux croisés et des tests du khi carré de Rao-Scott ont été utilisés pour comparer les proportions de jeunes qui satisfont aux critères relatifs aux troubles de santé mentale d’intérêt et qui demandent différents types de soutien dans les sous-populations de jeunes 2ELGBTQ+ et de jeunes cisgenres hétérosexuels. Des tests bilatéraux ont été utilisés pour comparer les scores moyens sur l’Échelle de provisions sociales et l’Échelle d’interactions sociales négatives entre les jeunes 2ELGBTQ+ et leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Des analyses de régression logistique ont été menées pour estimer la probabilité que les jeunes 2ELGBTQ+ satisfassent aux critères relatifs aux troubles de santé mentale d’intérêt comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels, tout en tenant compte des covariables démographiques. Un deuxième ensemble d’analyses de régression logistique a servi à faire un ajustement supplémentaire en fonction de l’incidence des provisions sociales (codées à l’envers, de sorte que des notes plus élevées indiquent des provisions sociales plus faibles, afin de faciliter l’interprétation) et des interactions négatives. Une analyse de sensibilité a permis de prédire la probabilité de satisfaire aux critères relatifs aux troubles de santé mentale d’intérêt dans certaines sous-populations de personnes 2ELGBTQ+ (les personnes lesbiennes ou gaies cisgenres; les personnes bisexuelles cisgenres; les personnes cisgenres d’une autre orientation sexuelle que lesbiennes, gaies, bisexuelles ou hétérosexuelles; les personnes transgenres ou non binaires de toute orientation sexuelle). Les analyses ont été pondérées à l’aide des poids de sondage, en fonction de la probabilité inverse de sélection, ainsi que des poids bootstrap avec 1 000 rééchantillons.

Résultats

Les caractéristiques des échantillons sont présentées dans les tableaux 1-1 et 1-2. Au Canada, environ 84 % des jeunes de 15 à 24 ans étaient cisgenres et hétérosexuels, 2 % étaient cisgenres et lesbiennes ou gais, 10 % étaient cisgenres et bisexuels, 2 % étaient cisgenres et d’une autre orientation sexuelle, et moins de 2 % étaient transgenres ou non binaires. De plus, 61 % des jeunes étaient non racisés et non autochtones. Dans l’ensemble, 34 % des jeunes vivant au Canada satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble de santé mentale ou trouble lié à la consommation de substances évalué par la CIDI au cours des 12 derniers mois, 13 % satisfaisaient aux critères relatifs à un épisode dépressif majeur, 8 % satisfaisaient aux critères relatifs au trouble d’anxiété généralisée, 9 % satisfaisaient aux critères relatifs à tout trouble lié à la consommation de substances, et 9 % avaient eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois.


Tableau 1-1
Caractéristiques de l’échantillon
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Caractéristiques de l’échantillon Échantillon complet (n = 2 047), Pondéré
% et Intervalle de
confiance
de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Échantillon complet (n = 2 047)
Pondéré
%
Intervalle de
confiance
de 95 %
de à
Composante démographique
GenreTableau 1-1
Caractéristiques de l’échantillon Note 
1
Hommes+ 51,5 51,5 51,6
Femmes+ 48,5 48,4 48,5
Âge
15 à 19 ans 52,4 49,9 54,8
20 à 24 ans 47,6 45,2 50,1
Statut 2ELGBTQ+
Personnes cisgenres et hétérosexuelles 83,6 81,5 85,6
Personnes cisgenres et lesbiennes ou gaies 2,2 1,5 3,1
Personnes cisgenres et bisexuelles 10,3 8,7 12,2
Personnes cisgenres et d’une autre orientation sexuelle 2,3 1,6 3,2
Personnes transgenres ou non binaires, toutes les orientations sexuelles 1,6 1,0 2,6
Groupe de population
Autochtones (Premières Nations, Métis, Inuits) 4,4 3,3 6,0
Personnes non racisées et non autochtones 61,0 58,9 63,1
Sud-Asiatiques 9,3 9,0 9,7
Chinois 5,2 5,0 5,3
Noirs 5,9 5,7 6,1
Philippins 3,5 3,4 3,6
Autres groupes racisés ou groupes racisés multiples 10,7 9,1 12,5
Statut d’immigrant
Personnes nées au Canada 77,6 75,8 79,3
Personnes nées à l’extérieur du Canada 22,4 20,7 24,2
Taille de la population
Moins de 1 000 14,8 12,8 16,8
1 000 à 99 999 18,1 15,8 20,3
100 000 ou plus 67,1 64,5 69,7
Santé mentale
Satisfaction des critères au cours des 12 derniers mois
N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI 33,6 31,1 36,2
Épisode dépressif majeur 13,5 11,6 15,3
Trouble d’anxiété généralisée 8,4 7,1 9,9
Trouble lié à la consommation de substances 8,5 7,0 10,2
Idées suicidaires (au cours des 12 derniers mois) 8,5 7,1 10,3
Accès à du soutien en santé mentale
Tout soutien 43,7 41,2 46,2
Soutien informelTableau 1-1
Caractéristiques de l’échantillon Note 
2
40,1 37,7 42,7
Soutien formelTableau 1-1
Caractéristiques de l’échantillon Note 
3
23,3 21,1 25,6

Tableau 1-2
Caractéristiques de l’échantillon
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Caractéristiques de l’échantillon. Les données sont présentées selon Expériences sociales (titres de rangée) et Moyenne et Intervalle de confiance
de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Expériences sociales Moyenne Intervalle de confiance
de 95 %
de à
Échelle de provisions sociales 35,1 34,8 35,3
Échelle d’interactions sociales négatives 3,2 3,0 3,3

Santé mentale chez les jeunes 2ELGBTQ+

Les proportions de jeunes qui satisfaisaient aux critères relatifs aux troubles de santé mentale d’intérêt sont présentées aux tableaux 2-1 et 2-2. Les tests du khi carré de Rao-Scott ont révélé des différences significatives entre les groupes quant à la proportion de jeunes satisfaisant aux critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la CIDI, à un épisode dépressif majeur, à un trouble d’anxiété généralisée et à des idées suicidaires. Par exemple, 56 % des jeunes 2ELGBTQ+ satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble, comparativement à 29 % des jeunes cisgenres hétérosexuels. Les moyennes et les intervalles de confiance de 95 % pour l’Échelle de provisions sociales et l’Échelle d’interactions sociales négatives sont également présentés aux tableaux 2-1 et 2-2. Des tests t ont indiqué que les jeunes 2ELGBTQ+ avaient des niveaux de provisions sociales semblables à ceux de leurs pairs cisgenres hétérosexuels (moyenne = 34,7 comparativement à 35,2, p = 0,136), mais qu’ils avaient tendance à déclarer des niveaux plus élevés d’interactions négatives (moyenne = 3,9 comparativement à 3,0, p < 0,0001).


Tableau 2-1
Santé mentale et provisions sociales, selon le statut 2ELGBTQ+
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Santé mentale et provisions sociales Personnes cisgenres et hétérosexuelles, Personnes 2ELGBTQ+, Rao-Scott X2, valeur de p, % et Intervalle de
confiance
de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Personnes cisgenres et hétérosexuelles Personnes 2ELGBTQ+ Rao-Scott X2 valeur de p
% Intervalle de
confiance
de 95 %
% Intervalle de
confiance
de 95 %
de à de à
Satisfaction des critères au cours des 12 derniers mois
N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI 29,1 26,4 31,7 56,0 49,0 63,1 52,17 < 0,0001
Épisode dépressif majeur 10,5 8,8 12,3 27,2 20,7 33,8 39,75 < 0,0001
Trouble d’anxiété généralisée 5,7 4,5 7,1 22,8 17,5 29,0 28,10 < 0,0001
Trouble lié à la consommation de substances 8,0 6,4 10,0 11,3 7,5 16,7 1,70 0,193
Idées suicidaires (au cours des 12 derniers mois) 5,4 4,3 6,9 24,9 18,8 32,1 28,24 < 0,0001

Tableau 2-2
Santé mentale et provisions sociales, selon le statut 2ELGBTQ+
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Santé mentale et provisions sociales Personnes cisgenres hétérosexuelles, Personnes 2ELGBTQ+, valeur de t et valeur de p(figurant comme en-tête de colonne).
Personnes cisgenres hétérosexuelles Personnes 2ELGBTQ+ valeur de t valeur de p
Moyenne Intervalle de
confiance
de 95 %
Moyenne Intervalle de
confiance
de 95 %
Échelle de provisions sociales 35,2 35,0 35,5 34,7 34,0 35,4 1,49 0,136
Échelle d’interactions sociales négatives 3,0 2,9 3,2 3,9 3,6 4,3 -4,85 < 0,0001

Les modèles de régression logistique permettant de prédire les résultats en matière de santé mentale chez les jeunes 2ELGBTQ+ et les covariables sont présentés au tableau 3. Comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels, les jeunes 2ELGBTQ+ avaient de fortes chances de satisfaire aux critères relatifs à n’importe quel trouble mesuré selon la CIDI, à un épisode dépressif majeur, à un trouble d’anxiété généralisée et à des idées suicidaires. La probabilité de satisfaire aux critères relatifs à un trouble lié à la consommation de substances n’était pas beaucoup plus élevée que celle des jeunes cisgenres hétérosexuels. Les femmes couraient un risque élevé de satisfaire aux critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la CIDI, à un épisode dépressif majeur, à un trouble d’anxiété généralisée et à des idées suicidaires (tableau 3). Lorsque les provisions sociales et les interactions négatives ont été incluses dans le modèle, les associations entre le fait d’être un jeune 2ELGBTQ+ et les résultats en matière de santé mentale sont demeurées importantes (tableau 4). L’Échelle de provisions sociales était associée négativement à tous les indicateurs de santé mentale, tandis que l’Échelle d’interactions sociales négatives était associée positivement à ces indicateurs (tableau 4). Les interactions possibles entre deux mesures des expériences sociales et du statut 2ELGBTQ+ ont été mises à l’essai (c.-à-d. 2ELGBTQ+ provisions sociales; interactions 2ELGBTQ+*interactions négatives), mais aucune n’a été jugée statistiquement significative (tableau 4). Les résultats de l’analyse de sensibilité ont indiqué que les sous-populations de jeunes 2ELGBTQ+ présentaient chacune un risque élevé d’avoir des troubles de santé mentale. Cependant, les intervalles de confiance étaient importants en raison de la petite taille des cellules, ce qui donnait des estimations de faible qualité. Le tableau 1 de l’annexe présente les résultats du modèle de prévision de la satisfaction aux critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la CIDI. Les résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la petite taille des cellules.


Tableau 3
Résultats des modèles de régression logistique qui prédisent les indicateurs de santé mentale, corrigés en fonction des covariables sociodémographiques
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Résultats des modèles de régression logistique qui prédisent les indicateurs de santé mentale N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI
(au cours des 12 
derniers mois), Épisode
dépressif majeur
(au cours des 12 
derniers mois), Idées
suicidaires
(au cours des 12 
derniers mois), Trouble d’anxiété généralisée
(au cours des 12 
derniers mois), Trouble lié à la consommation
de substances
(au cours des 12 
derniers mois), Rapport
de cotes
corrigé et Intervalle
de confiance
de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI
(au cours des 12 
derniers mois)
Épisode
dépressif majeur
(au cours des 12 
derniers mois)
Idées
suicidaires
(au cours des 12 
derniers mois)
Trouble d’anxiété généralisée
(au cours des 12 
derniers mois)
Trouble lié à la consommation
de substances
(au cours des 12 
derniers mois)
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
de à de à de à de à de à
Statut 2ELGBTQ+Tableau 3 Note 1
Personnes 2ELGBTQ+ 2,58Note * 1,85 3,59 2,84Note * 1,91 4,23 4,78Note * 3,01 7,60 4,16Note * 2,69 6,65 1,36 0,74 2,49
GenreTableau 3 Note 2
Femmes+ 2,15Note * 1,66 2,79 2,01Note * 1,42 2,84 1,68Note * 1,08 2,59 2,06Note * 1,32 3,18 0,69 0,43 1,10
Groupe d’âgeTableau 3 Note 3
15 à 19 ans 0,83 0,64 1,09 1,07 0,75 1,52 1,10 0,72 1,67 0,77 0,50 1,19 0,51Note * 0,32 0,80
Groupe de populationTableau 3 Note 4
Autochtones 1,45 0,65 3,26 1,08 0,35 3,32 1,47 0,49 4,41 0,55 0,14 2,13 3,02 1,16 7,85
Personnes racisées 0,78 0,57 1,06 1,16 0,77 1,75 1,38 0,85 2,26 0,86 0,49 1,48 0,41 0,22 0,76
Taille de la populationTableau 3 Note 5
Moins de 1 000 1,14 0,77 1,70 0,72 0,40 1,31 0,72 0,33 1,54 1,22 0,65 2,29 1,27 0,71 2,27
1 000 à 99 999 0,97 0,67 1,41 0,77 0,47 1,28 1,31 0,77 2,22 1,13 0,61 2,09 0,93 0,48 1,78
Statut d’immigrantTableau 3 Note 6
Personnes nées
à l’extérieur du Canada
0,99 0,72 1,36 0,86 0,56 1,33 0,60 0,35 1,01 0,74 0,40 1,35 1,13 0,57 2,24

Tableau 4
Résultats des modèles de régression logistique qui prédisent les indicateurs de santé mentale, corrigés en fonction des provisions sociales et des interactions négatives
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Résultats des modèles de régression logistique qui prédisent les indicateurs de santé mentale N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI
(au cours des 12 derniers mois), Épisode dépressif majeur
(au cours des 12 
derniers mois), Idées suicidaires
(au cours des 12 derniers mois), Trouble d’anxiété généralisée
(au cours des 12 derniers mois), Trouble lié à la consommation
de substances
(au cours des 12 derniers mois), Rapport
de cotes
corrigé et Intervalle
de confiance
de 95 %, calculées selon Estimation, valeur
de t et valeur
de p unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI
(au cours des 12 derniers mois)
Épisode dépressif majeur
(au cours des 12 
derniers mois)
Idées suicidaires
(au cours des 12 derniers mois)
Trouble d’anxiété généralisée
(au cours des 12 derniers mois)
Trouble lié à la consommation
de substances
(au cours des 12 derniers mois)
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
Rapport
de cotes
corrigé
Intervalle
de confiance
de 95 %
de à de à de à de à de à
Statut 2ELGBTQ+Tableau 4 Note 1
Personnes 2ELGBTQ+ 2,33Note * 1,58 3,43 2,40Note * 1,55 3,70 4,80Note * 2,96 7,76 3,47Note * 2,13 5,64 1,09 0,58 2,06
GenreTableau 4 Note 2
Femmes+ 2,04Note * 1,52 2,75 1,91Note * 1,30 2,79 1,35 0,83 2,21 2,06Note * 1,25 3,40 0,61Note * 0,37 1,00
Groupe d’âgeTableau 4 Note 3
15 à 19 ans 0,77 0,57 1,03 0,92 0,63 1,34 0,83 0,51 1,36 0,67 0,41 1,08 0,42Note * 0,27 0,68
Groupe de populationTableau 4 Note 4
Autochtones 1,15 0,50 2,65 0,81 0,30 2,14 0,80 0,25 2,59 0,59 0,14 2,48 2,90 1,21 6,93
Personnes racisées 0,53Note * 0,37 0,76 0,79 0,50 1,23 0,89 0,51 1,56 0,57 0,32 1,03 0,32Note * 0,17 0,61
Taille de la populationTableau 4 Note 5
Moins de 1 000 1,20 0,77 1,87 0,64 0,34 1,21 0,71 0,32 1,57 1,26 0,63 2,53 1,15 0,61 2,16
1 000 à 99 999 0,92 0,60 1,42 0,64 0,37 1,12 0,90 0,49 1,63 1,13 0,59 2,15 0,86 0,45 1,66
Statut d’immigrantTableau 4 Note 6
Personnes nées
à l’extérieur du Canada
1,09 0,76 1,56 0,84 0,54 1,32 0,62 0,35 1,09 0,86Note * 0,47 1,58 1,18 0,55 2,51
Provisions sociales (inversées) 1,07Note * 1,03 1,11 1,10Note * 1,05 1,15 1,15Note * 1,09 1,22 1,08Note * 1,02 1,13 1,07Note * 1,02 1,12
Interactions négatives 1,43Note * 1,34 1,53 1,34Note * 1,25 1,44 1,34Note * 1,22 1,47 1,35Note * 1,23 1,48 1,21Note * 1,11 1,33
Estimation valeur
de t
valeur
de p
Estimation valeur
de t
valeur
de p
Estimation valeur
de t
valeur
de p
Estimation valeur
de t
valeur
de p
Estimation valeur
de t
valeur
de p
Termes d’interactionTableau 4 Note 7
2ELGBTQ+ x
provisions sociales
0,04 1,47 0,142 0,02 0,90 0,368 -0,03 -0,86 0,388 0,03 1,45 0,147 0,02 0,58 0,560
2ELGBTQ+ x
interactions négatives
-0,03 -0,55 0,583 0,01 0,17 0,862 0,00 0,09 0,929 -0,03 -0,62 0,537 -0,08 -1,37 0,171

Soutien en santé mentale

Les analyses définitives ne tenaient compte que des jeunes qui satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble de santé mentale ou trouble lié à la consommation de substances évalué par la CIDI au cours des 12 derniers mois. Les proportions de jeunes qui satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble et qui ont déclaré avoir accès à chaque type de soutien sont présentées au tableau 5. Les tests d’indépendance du khi carré de Rao-Scott ont indiqué que les jeunes 2ELGBTQ+ qui satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble ont plus souvent déclaré avoir accès à n’importe quel type de soutien en matière de santé mentale ou de consommation de substances, comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels (84 % comparativement à 66 %, respectivement), y compris le soutien informel (80 % comparativement à 61 %) et le soutien formel (66 % comparativement à 38 %), en particulier de la part d’un psychiatre (19 % comparativement à 7 %), d’un omnipraticien (39 % comparativement à 21 %), d’un psychologue (20 % comparativement à 11 %) ou d’un travailleur social, d’un conseiller ou d’un thérapeute (40 % comparativement à 14 %) (renseignements détaillés au tableau 5).


Tableau 5
Proportion de personnes ayant accès à du soutien parmi celles qui satisfont aux critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la Composite International Diagnostic Interview
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Proportion de personnes ayant accès à du soutien parmi celles qui satisfont aux critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la Composite International Diagnostic Interview Personnes cisgenres hétérosexuelles, Personnes 2ELGBTQ+, Rao-Scott Χ2, valeur de p, % et Intervalle
de confiance
de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
Personnes cisgenres hétérosexuelles Personnes 2ELGBTQ+ Rao-Scott Χ2 valeur de p
% Intervalle
de confiance
de 95 %
% Intervalle
de confiance
de 95 %
de à de à
Tout soutien 66,4 60,6 71,8 84,1 75,5 90,0 13,6 < 0,001
Soutien informelTableau 5 Note 1 60,8 55,0 66,3 80,4 71,5 87,0 15,6 < 0,0001
Soutien formelTableau 5 Note 2 38,0 32,5 43,8 66,4 56,9 74,8 23,3 < 0,0001
Psychiatre 7,5 4,7 10,3 19,3 12,1 26,4 12,9 0,000
Omnipraticien 20,5 15,9 25,2 39,4 30,1 48,7 14,9 0,000
Psychologue 11,1 7,5 14,7 19,7 11,9 27,5 4,6 0,032
Infirmier 4,8 2,3 7,3 6,4 2,1 10,7 0,4 0,503
Travailleur social, conseiller ou thérapeute 13,8 10,0 17,6 40,4 30,3 50,4 29,99 < 0,0001

Discussion

Cette étude représentative à l’échelle nationale portant sur plus de 2 000 jeunes âgés de 15 à 24 ans révèle que les jeunes 2ELGBTQ+ au Canada subissent un fardeau disproportionné en matière de mauvaise santé mentale. Plus de la moitié des jeunes 2ELGBTQ+ ont satisfaisait aux critères relatifs à n’importe quel trouble de santé mentale ou trouble lié à la consommation de substances au cours des 12 derniers mois (comparativement à 29 % des jeunes cisgenres hétérosexuels), et 1 jeune sur 4 a eu des idées suicidaires au cours de la dernière année (comparativement à 5 % des jeunes cisgenres hétérosexuels). Les résultats des analyses de régression logistique donnent à penser qu’après correction pour tenir compte des covariables sociodémographiques importantes, les jeunes 2ELGBTQ+ couraient un risque élevé d’être atteint de troubles de santé mentale, notamment un épisode dépressif majeur, un trouble d’anxiété généralisée et des idées suicidaires comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Aucune différence significative n’a été relevée dans la prévalence ou les rapports de cote corrigés associés au fait de satisfaire aux critères relatifs à un trouble lié à la consommation de substances.

Ces résultats correspondent en grande partie à un corpus de recherches établissant un lien entre le fait d’être lesbienne, gai ou bisexuel et le risque accru de mauvaise santé mentale chez les jeunesNote 20, lorsqu’on y ajoute le groupe peu étudié de jeunes transgenres et non binaires. Historiquement, la recherche sur la population n’a pas été en mesure d’examiner la santé mentale chez les jeunes transgenres et non binaires, car jusqu’à récemment, les enquêtes n’évaluaient pas à la fois le sexe à la naissance et le genreNote 21. En raison du faible taux de base de la diversité des genres dans la population (voir la note 5 en annexe), l’étude de cette sous-population de jeunes dans la recherche sur la population demeure difficile. Bien qu’il s’agisse également d’un problème avec l’ESMAS, ce qui empêche de mener une analyse approfondie de la santé mentale des jeunes transgenres et non binaires, les résultats de l’analyse de sensibilité donnent à penser que les personnes transgenres et non binaires courent un risque élevé de maladie mentale comparativement à leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Ces résultats concordent avec des travaux récents indiquant un risque plus élevé d’être atteint de troubles de santé mentaleNote 3 et d’avoir des tendances suicidaires5 chez les jeunes transgenres et non binaires.

En ce qui concerne les troubles liés à la consommation de substances, aucune disparité n’a été constatée entre les jeunes 2ELGBTQ+ et leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Il s’agit d’une constatation qui va à l’encontre de travaux antérieurs laissant entendre que les jeunes de diverses identités sexuelles et de genre éprouvent des problèmes de consommation de substances à un taux plus élevé que la population généraleNote 4. Certaines recherches indiquent une hétérogénéité entre les sous-groupes 2ELGBTQ+, ainsi que les groupes d’âge, puisque certaines sous-populations présentent des disparités dans les groupes d’âge plus jeunes (c.-à-d. de 18 à 25 ans) et d’autres seulement dans les groupes plus âgésNote 22. La présente étude portait sur des jeunes de 15 ans, ce qui peut avoir eu des répercussions sur les taux déclarés de troubles liés à la consommation de substances.

On a laissé entendre que les expériences sociales des jeunes 2ELGBTQ+ pouvaient contribuer de manière importante à leur santé mentale. La présente étude a permis d’examiner deux facettes des expériences sociales : le soutien social perçu et les interactions sociales négatives. Les conclusions de l’étude donnent à penser que les jeunes 2ELGBTQ+ ont déclaré des niveaux de soutien social semblables à ceux de leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Bien que les jeunes 2ELGBTQ+ déclarent plus souvent avoir des relations tendues avec des membres de leur famille, certaines recherches antérieures ont indiqué que ces jeunes reçoivent souvent du soutien social d’autres sources, y compris des amis et des proches, ce qui se traduit par des degrés similaires de soutien social lorsque l’on additionne les sources de soutienNote 23. Comme certaines recherches indiquent que les répercussions du soutien des parents et des pairs peuvent différerNote 24 et que le soutien d’une source peut servir de tampon pour les jeunes contre les effets du manque de soutien d’une autre sourceNote 25, les futurs chercheurs voudront peut-être examiner ces diverses sources de soutien séparément, dans la mesure du possible.

Dans la présente étude, les interactions sociales négatives étaient plus fréquemment déclarées chez les jeunes 2ELGBTQ+. Cette constatation cadre avec les résultats d’autres travaux indiquant que les jeunes de diverses identités sexuelles et de genre courent un risque plus élevé de subir de l’intimidationNote 26, de la cybervictimisationNote 27 et de la violence interpersonnelleNote 28, Note 29 comparativement à leurs pairs.

Selon la théorie du stress minoritaire, les iniquités en santé mentale auxquelles font face les groupes marginalisés (p. ex. les jeunes 2ELGBTQ+) sont en grande partie attribuables à des facteurs de stress sociaux comme la stigmatisation et la discriminationNote 7. Dans la présente étude, les provisions sociales et les interactions négatives étaient associées à la santé mentale; alors que les provisions sociales étaient associées à une plus faible probabilité de satisfaire aux critères relatifs à un trouble de santé mentale ou à un trouble lié à la consommation de substances ou d’avoir des tendances suicidaires, les interactions sociales négatives étaient associées à une détérioration de la santé mentale dans toutes les dimensions mesurées. L’étude n’a permis de relever aucune interaction avec le fait d’être une personne 2ELGBTQ+, ce qui donne à penser que les effets des expériences sociales négatives peuvent être semblables pour tous les jeunes, peu importe leur orientation sexuelle et leur diversité de genre. Toutefois, la petite taille des cellules a entraîné une faible puissance de détection des interactions, ce qui peut expliquer l’absence de résultats significatifs. Étant donné que les jeunes 2ELGBTQ+ ont vécu ces interactions négatives dans une plus grande mesure que leurs pairs cisgenres hétérosexuels, ces expériences sociales négatives demeurent un médiateur plausible des associations entre le fait d’être une personne 2ELGBTQ+ et les résultats négatifs en matière de santé mentale.

Il convient de mentionner que lorsque les interactions sociales négatives et le soutien social ont été inclus dans les modèles de régression, les associations entre le fait d’être une personne 2ELGBTQ+ et la santé mentale sont demeurées statistiquement significatives. Ce résultat indique que des facteurs autres que ceux mesurés peuvent influencer ces associations. Bien que les interactions sociales négatives aient été examinées, cette mesure (qui évaluait les concepts généraux, y compris la critique et la colère perçues) ne tient pas compte de l’ensemble des expériences sociales négatives vécues par les jeunes 2ELGBTQ+, notamment les préjugés, la discrimination et le rejet de la famille. De plus, les expériences sociales négatives comme celles-ci ne sont qu’une facette des facteurs de stress auxquels les jeunes 2ELGBTQ+ sont susceptibles de faire face, comme l’explique la théorie du stress minoritaire. D’autres aspects du stress minoritaire (p. ex. l’homophobie intériorisée [ou la biphobie ou la transphobie] et la dissimulation de l’identité)Note 30 devraient être pris en compte dans les recherches à venir.

En ce qui concerne le soutien formel en santé mentale, parmi les jeunes qui satisfaisaient aux critères relatifs à n’importe quel trouble de santé mentale ou trouble lié à la consommation de substances évalué selon la CIDI, les jeunes 2ELGBTQ+ étaient plus susceptibles d’avoir parlé à un professionnel de la santé au sujet de leur santé mentale ou de leur consommation de substances que leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Cette constatation va à l’encontre de recherches antérieures selon lesquelles les jeunes 2ELGBTQ+ font face à plus d’obstacles à l’utilisation des services et déclarent des besoins non satisfaits plus importants que leurs pairs cisgenres hétérosexuelsNote 31. Plusieurs explications sont possibles. Premièrement, les jeunes 2ELGBTQ+ au Canada sont peut-être plus au courant de la disponibilité des services en santé mentale que leurs pairs. Deuxièmement, la stigmatisation entourant les problèmes de santé mentale peut être plus faible chez les jeunes 2ELGBTQ+ que parmi la population cisgenre hétérosexuelle. De façon moins optimiste, la gravité des symptômes de santé mentale ressentis par les jeunes 2ELGBTQ+ peut être plus élevée que celle de leurs pairs, si bien qu’ils sont plus susceptibles d’avoir besoin d’un traitement ou d’une consultation. De plus, les jeunes transgenres et non binaires peuvent demander des consultations sur la dysphorie de genre ou les soins d’affirmation de genre, ce qui les met nécessairement en contact avec des professionnels de la santé mentale. Des recherches antérieures indiquent que la sensibilité aux problèmes uniques auxquels font face les jeunes 2ELGBTQ+ est un facteur clé qui influence l’efficacité du traitementNote 32. Par conséquent, la mise en place de services adaptés aux besoins particuliers des jeunes 2ELGBTQ+ et aux expériences que ceux-ci vivent est une étape essentielle pour améliorer les résultats en matière de santé mentale pour cette populationNote 32, Note 33.

Limites et orientations futures

La présente étude a porté sur le fardeau excessif de la maladie mentale chez les jeunes 2ELGBTQ+. Idéalement, la recherche sur les enjeux auxquels font face les jeunes 2ELGBTQ+ devrait permettre d’examiner séparément les sous-groupes de cette population (p. ex. les jeunes bisexuels, les jeunes transgenres). Elle devrait également appliquer une perspective intersectionnelle, en examinant, par exemple, les expériences uniques des jeunes 2ELGBTQ+ qui font également partie d’autres groupes marginalisés (c.-à-d. les jeunes transgenres noirs, les jeunes 2ELGBTQ+ handicapés). Leur appartenance à ces autres groupes peut exposer les jeunes à des expériences particulières et à des résultats potentiellement différents. Malheureusement, les données actuelles ne permettaient pas une taille d’échantillon suffisante pour examiner de façon interactive plusieurs domaines de marginalisation. Dans le même ordre d’idées, bien que l’ESMAS soit considérée comme étant généralement représentative de la population canadienne dans son ensemble, il est possible que cette enquête ne soit pas représentative des jeunes 2ELGBTQ+, parce que ce sous-échantillon était relativement petit. Pour régler ces problèmes, les futurs chercheurs pourraient vouloir utiliser des stratégies comme la mise en commun de plusieurs années de données ou le suréchantillonnage ciblé de groupes d’intérêtNote 34.

Conclusion

Chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans au Canada, ceux qui ont déclaré être 2ELGBTQ+ semblent courir un risque plus élevé d’avoir une mauvaise santé mentale que leurs pairs cisgenres hétérosexuels. Les jeunes 2ELGBTQ+ déclarent plus d’interactions sociales négatives que leurs pairs, lesquelles sont à leur tour associées à plusieurs indicateurs de santé mentale. Cependant, les associations entre le statut 2ELGBTQ+ et la santé mentale mesurées dans la présente étude étaient indépendantes du soutien social et des interactions négatives, ce qui laisse entendre qu’il faut poursuivre la recherche pour élucider les mécanismes sous-jacents à ces associations. Comme les jeunes 2ELGBTQ+ qui présentent des symptômes de maladie mentale sont susceptibles de demander un soutien professionnel, les fournisseurs de services devraient se familiariser avec les besoins uniques de cette population.


Annexe
Notes
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Notes (figurant comme en-tête de colonne).
1 Alors que le gouvernement du Canada a adopté et encourage l’utilisation du sigle 2ELGBTQI+ pour désigner les personnes aux deux esprits (bispirituelles), lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers et intersexuées ainsi que celles qui emploient d’autres termes relatifs à la diversité sexuelle ou de genre, aux fins d’analyse, le sigle 2ELGBTQ+ est utilisé dans la présente, car dans le cadre des enquêtes de Statistique Canada, des renseignements ne sont pas encore spécifiquement recueillis à propos des personnes intersexuées.
2 Une variable binaire relative au genre a été établie à partir des réponses au recensement pour classer chaque personne comme étant un homme ou une femme strictement aux fins de la répartition de l’Enquête sur la santé mentale et l’accès aux soins.
3 En raison de la petite taille de la population non binaire, lorsque les données relatives à cette population ne pouvaient pas être publiées pour protéger la confidentialité, les personnes non binaires ont été réparties dans les catégories « femmes+ » et « hommes+ » au moyen de méthodes d’imputation aléatoires. Ce processus de distribution a été mené par l’équipe de l'enquête avant la diffusion des données. Pour l’échantillon complet, la catégorie « femmes+ » comprend les femmes et certaines personnes non binaires, et la catégorie « hommes+ » comprend les hommes et certaines personnes non binaires. Dans les analyses portant sur le statut 2ELGBTQ+, seul le groupe 2ELGBTQ+ comprend les personnes non binaires.
4 Dans la présente diffusion, les groupes de personnes racisées sont constitués et mesurés à l’aide de la variable détaillée « minorité visible » conformément aux normes actuelles de Statistique Canada. Les renseignements sur les minorités visibles ont d’abord été recueillis pour appliquer les dispositions de la Loi sur l’équité en matière d’emploi, qui définit les minorités visibles comme des « personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche ». Les groupes racisés comprennent, entre autres, les Sud-Asiatiques, les Chinois, les Noirs, les Philippins, les Arabes, les Latino-Américains, les Asiatiques du Sud-Est, les Asiatiques occidentaux, les Coréens et les Japonais.
5 En 2021, les personnes transgenres et non binaires représentaient 0,73 % de la population âgée de 15 à 19 ans et 0,85 % de la population âgée de 20 à 24 ansAnnexe  Note 1.

Tableau 1 de l’annexe
Résultats de la régression logistique permettant de prévoir la satisfaction des critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la Composite International Diagnostic Interview de la sous-population 2ELGBTQ+
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Résultats de la régression logistique permettant de prévoir la satisfaction des critères relatifs à n’importe quel trouble évalué selon la Composite International Diagnostic Interview de la sous-population 2ELGBTQ+ N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI (au cours des 12 derniers mois), Rapport de
cotes ajusté et Intervalle
de confiance
de 95 %(figurant comme en-tête de colonne).
N’importe quel trouble mesuré selon la CIDI (au cours des 12 derniers mois)
Rapport de
cotes ajusté
Intervalle
de confiance
de 95 %
de à
Statut 2ELGBTQ+Tableau 1 Note 1
Personnes cisgenres et lesbiennes ou gaies 2,14Note * 1,03 4,44
Personnes cisgenres et bisexuelles 2,43Note * 1,60 3,69
Personnes cisgenres et d’une autre orientation sexuelle 3,61Note * 1,54 8,47
Personnes transgenres ou non binaires, toutes les orientations sexuelles 3,12Note * 1,02 9,54
GenreTableau 1 Note 2
Femmes+ 2,15Note * 1,65 2,79
Groupe d’âgeTableau 1 Note 3
15 à 19 ans 0,83 0,64 1,08
Groupe de populationTableau 1 Note 4
Autochtones 0,77 0,57 1,05
Personnes racisées 1,46 0,65 3,26
Taille de la populationTableau 1 Note 5
Moins de 1 000 1,14 0,77 1,69
1 000 à 99 999 0,97 0,67 1,40
Statut d’immigrantTableau 1 Note 6
Personnes nées à l’extérieur du Canada 0,99 0,72 1,36
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