Résumé
Contexte
Cette étude vise à mesurer l’incidence et les taux de mortalité du cancer parmi les membres inscrits des Premières Nations en Ontario et à les comparer à ceux des autres personnes de l’Ontario de 1991 à 2010.
Données et méthodes
Le Registre fédéral des Indiens, le Registre des cas de cancer de l’Ontario (RCCO) et la Base de données sur les personnes inscrites ont été couplés pour former une cohorte de personnes des Premières Nations qui ont reçu un diagnostic de cancer en Ontario. On a calculé l’incidence et les taux de mortalité du cancer normalisés selon l’âge propre au sexe et au siège, ainsi que certaines tendances au fil du temps. Des rapports de taux (RT) ont été utilisés pour comparer les taux des Premières Nations avec ceux des autres personnes de l’Ontario.
Résultats
La cohorte des Premières Nations comptait 194 392 personnes, comportant 6 859 diagnostics de cancer. Les taux de certains cancers étaient plus élevés chez les Premières Nations que chez les autres personnes de l’Ontario : les cancers du poumon (RT de 1,19 pour les hommes; RT de 1,47 pour les femmes), colorectaux (RT de 1,36 pour les hommes; RT de 1,34 pour les femmes) et du rein (RT de 1,95 pour les hommes; RT de 2,23 pour les femmes). Alors que les taux de cancer du poumon ont augmenté chez les femmes des Premières Nations (variation annuelle en pourcentage [VAP] +2,67), ils ont chuté à un taux semblable (VAP -2,28) chez les hommes. Les taux de cancer du col de l’utérus ont diminué (VAP -9,53) et ont approché le taux chez les autres femmes en Ontario. Les taux de cancer du rein ont augmenté chez les Premières Nations.
Interprétation
L’incidence et la mortalité de certains cancers sont plus élevées chez les Premières Nations que les autres personnes de l’Ontario. Toutefois, les baisses des taux de cancer du col de l’utérus chez les femmes des Premières Nations et les taux de cancer du poumon chez les hommes des Premières Nations illustrent les répercussions probables de l’adoption des tests Pap et des programmes de renoncement au tabac. Les efforts déployés par les collectivités pour élaborer des programmes de prévention et de dépistage adaptés aux différences culturelles sont essentiels pour réduire encore davantage le taux de cancer chez les Premières Nations.
Mots clés
Autochtones, cancer, Premières Nations
DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202100600002-fra
Résultats
Il existe trois groupes autochtones distincts au Canada : les Premières Nations, les Inuits et les Métis (PNIM). Ces trois groupes distincts ont leur propre histoire ainsi que leurs propres langues, pratiques culturelles et croyances. Les Premières Nations constituent le plus grand de ces groupes, comptant plus de 230 000 personnes résidant en Ontario (environ 2 % de la population provinciale et environ 24 % de la population nationale des Premières Nations). De nombreuses personnes des Premières Nations sont confrontées à des obstacles importants pour rester en bonne santé, qui découlent en partie du colonialisme, du racisme et de l’exclusion sociale. Par conséquent, bon nombre d’entre elles souffrent d’une mauvaise santé comparativement à la population en général (p. ex. une espérance de vie plus faible, une mortalité évitable plus élevée). D’autres facteurs peuvent également contribuer à de moins bons résultats en matière de santé, y compris des défis géographiques qui limitent l’accès aux services de santé, à des aliments abordables et à l’éducation. [Article complet]
Auteurs
Sehar Jamal travaille à l’unité des soins de cancérologie chez les personnes autochtones de Santé Ontario (Action Cancer Ontario), à Toronto, en Ontario, Canada. Carmen Jones travaille avec Chiefs of Ontario (secteur de la santé), à Toronto, en Ontario, Canada. Jennifer Walker travaille à l’Institut de recherche en services de santé (IRSS), à Toronto, en Ontario, Canada. Maegan Mazereeuw travaille à l’Institut canadien d’information sur la santé, à Ottawa, en Ontario, Canada. Amanda J. Sheppard (amanda.sheppard@ontariohealth.ca) travaille pour l’Unité des soins de cancérologie chez les personnes autochtones de Santé Ontario (Action Cancer Ontario), à Toronto, en Ontario, Canada, et à l’Université de Toronto (École de santé publique Dalla Lana), à Toronto, en Ontario, Canada. David Henry travaille pour l’Université Bond (Institute for Evidence-Based Healthcare), située à Robina, au Queensland, Australie. Loraine D. Marrett travaille pour l’Unité des soins de cancérologie chez les personnes autochtones de Santé Ontario (Action Cancer Ontario), à Toronto, en Ontario, Canada, et à l’Université de Toronto (École de santé publique Dalla Lana), à Toronto, en Ontario, Canada.
Remerciements
Contributions analytiques
Les auteurs tiennent à souligner le rôle fondamental de leur estimée collègue, Diane Nishi, dans ce projet. En particulier, le travail a bénéficié de son expertise analytique, de sa vigilance constante en ce qui concerne les raisonnements défectueux et la qualité des données, ainsi que ses recommandations toujours judicieuses concernant les améliorations à apporter. Abigail Amartey a également joué un rôle essentiel dans le développement initial de la cohorte d’étude. Nelson Chong était responsable du processus complexe de couplage d’enregistrements.
Apport de direction
Alethea Kewayosh et Tracey Antone ont apporté au projet du leadership organisationnel et une perspective nouvelle tout en maintenant leur loyauté envers les populations qu’elles servent.
Chiefs of Ontario Health (Cancer Care Ontario), Santé Canada (Santé des Premières Nations et des Inuits), Services aux Autochtones Canada (anciennement Affaires indiennes et du Nord Canada) et l’Institut de recherche en services de santé (IRSS) ont collaboré à ce projet pendant plus d’une décennie.
Avis de non-responsabilité
Cette publication a été réalisée avec l’appui de Santé Ontario (Action Cancer Ontario [ACO]) grâce au financement du ministère de la Santé de l’Ontario. Les opinions, les résultats, les points de vue et les conclusions présentés dans la présente publication sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de Santé Ontario (Action Cancer Ontario). Aucune approbation par Santé Ontario (Action Cancer Ontario) n’est prévue ou ne devrait être supposée.
Cette étude a été appuyée par l’IRSS, qui est financée par une subvention annuelle du ministère de la Santé et des Soins de longue durée (MSSLD) de l’Ontario. Certaines parties de ce document sont fondées sur des données et des renseignements compilés et fournis par le MSSLD, ACO et l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). Les analyses, les conclusions, les opinions et les déclarations qui y sont présentées sont uniquement celles des auteurs et ne reflètent pas celles des sources de financement ou de données; aucune approbation n’est prévue ni ne devrait être déduite.
Début de l'encadré
Ce que l'on sait déjà sur le sujet?
- Avant 1991, les taux de cancer étaient plus faibles chez les membres inscrits des Premières Nations que dans l’ensemble de la population; cependant, les taux de certains cancers (p. ex. cancer du poumon, colorectal) ont augmenté plus rapidement au fil du temps que pour d’autres personnes en Ontario.
- Les études de suivi ont révélé des taux de survie au cancer plus faibles chez les Premières Nations par rapport à d’autres personnes, particulièrement pour les cancers colorectaux, les cancers du sein chez les femmes, les cancers du poumon chez les hommes et les cancers de la prostate.
- Compte tenu des taux croissants de certains cancers (p. ex. poumon, colorectal), il est important de mettre à jour les statistiques sur le fardeau du cancer dans cette population pour fournir des mesures et des programmes de prévention plus ciblés.
Ce qu'apporte l'étude?
- De 1991 à 2010, les taux d’incidence et de mortalité de plusieurs cancers (p. ex. poumon, colorectal et rein) étaient plus élevés chez les Premières Nations par rapport à d’autres personnes en Ontario.
- Bien que l’incidence du cancer du col de l’utérus était à la hausse chez les femmes des Premières Nations avant 1991, les résultats de cette étude indiquent une diminution au fil du temps et une convergence avec les taux d’incidence de la population générale.
- Cette étude présente des données importantes pour la planification et l’établissement des priorités en matière de lutte contre le cancer d’une façon adaptée à la culture; toutefois, des données sur le dépistage et le suivi du cancer chez les Premières Nations de l’Ontario sont nécessaires pour éclairer les politiques et les programmes de santé.
Fin de l'encadré
- Date de modification :